Prise de position du KRASS (Russie) sur la guerre en Géorgie

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailNous publions ci-dessous une prise de position diffusée dès le début des affrontements en Géorgie de l'été 2008 par les camarades du KRASS, un petit groupe de la mouvance anarcho-syndicaliste basé principalement en Russie. Bien qu'il existe des désaccords sur un certain nombre de questions entre nos deux organisations, le CCI entretient des rapports politiques fraternels avec le KRASS, des rapports cimentés par les positions internationalistes que nous partageons. Comme le lecteur pourra s'en rende compte, cette prise de position vient illustrer, une fois de plus après des prises de position précédentes, notamment lors des conflits en Tchétchénie, la position parfaitement internationaliste défendue par le KRASS :
  • dénonciation des visées uniquement capitalistes et impérialistes des différents gouvernements nationaux et stigmatisation de leur rapacité, notamment celle des grandes puissances ;

  • aucun soutien à l'un ou l'autre des camps en présence dans la guerre capitaliste et impérialiste ;

  • appel des travailleurs de tous les pays belligérants à manifester leur solidarité de classe par dessus les frontières et à mener le combat contre leurs exploiteurs respectifs.

C'est pour cela que nous apportons notre plein soutien à l'essentiel de cette prise de position.

Nous voulons toutefois préciser que les mots d'ordre adressés aux soldats qui figurent à la fin du document (désobéir aux ordres des commandants, retourner les armes contre eux, etc.), s'ils sont parfaitement justes du point de vue d'une perspective historique (et ils ont été mis en pratique lors des révolutions russe en 1917 et allemande en 1918) ne sauraient être immédiatement d'actualité, alors qu'il n'existe pas, tant dans la région qu'à l'échelle internationale, ni une puissance ni une maturité suffisantes des combats de la classe ouvrière. Dans le contexte actuel, une attitude de ce type de la part des soldats les expose à la pire des répressions sans qu'ils puissent compter sur la solidarité de leurs frères de classe.

Cela dit, nous tenons ici à saluer les camarades du KRASS pour leur défense intransigeante de l'internationalisme et pour le courage politique dont ils font preuve depuis des années dans des conditions particulièrement difficiles, tant du point de vue de la répression policière que du poids des mystifications, notamment nationalistes, qui continuent à s'exercer sur la conscience des prolétaires du fait de la chape de plomb de la contre-révolution stalinienne qui a régné dans leur pays pendant des décennies.

Le CCI (25/08/2008)

 

NON À LA NOUVELLE GUERRE CAUCASIENNE !

L'éruption de nouvelles actions militaires entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud menace de se développer en une guerre plus large entre la Géorgie soutenue par l'OTAN d'un côté et l'État russe de l'autre. Des milliers de personnes ont déjà été tuées ou blessées, principalement des civils paisibles. Des villes entières et de nombreuses infrastructures ont été rayées de la carte. La société a été emportée par le torrent boueux du nationalisme et de l'hystérie chauvine.

Comme toujours et partout dans les conflits entre états, il n'y a pas et il ne peut y avoir quoi que ce soit de juste dans cette nouvelle guerre caucasienne ; tous sont coupables. Les braises sur lesquelles on a soufflé pendant des années ont finalement entraîné un embrasement militaire. Le régime de Saakashvili a plongé deux tiers de la population géorgienne dans une misère profonde, et plus montait dan le pays la colère contre cette situation, plus ce régime cherchait une échappatoire à cette impasse sous la forme d'une « petite guerre victorieuse » dans l'espoir que cela pourrait tout effacer. Le gouvernement russe est totalement déterminé à conserver son hégémonie dans le Caucase. Aujourd'hui il prétend défendre les faibles, mais son hypocrisie est tout à fait claire : en fait, Saakashvili ne fait que refaire ce que la soldatesque poutinienne a fait en Tchétchénie depuis neuf ans. Les cercles dirigeants d'Ossétie et d'Abkhazie aspirent à renforcer leur rôle d'alliés exclusifs de la Russie dans la région, et en même temps à rallier les populations paupérisées autour de la flamme de l'« idée nationale » et du « secours au peuple ». Les dirigeants des États-Unis, des États européens et de l'OTAN, au contraire, cherchent à affaiblir autant que possible l'influence de leur rival russe dans le Caucase afin de leur permettre de prendre le contrôle des ressources pétrolières et de leur acheminement. Ainsi sommes-nous témoins et victimes du nouveau point de fixation de l'antagonisme mondial dans la lutte pour l'énergie, le pétrole et le gaz.

Ces combats n'apporteront rien aux travailleurs, qu'ils soient Géorgiens, Ossètes, Abkhazes ou Russes, rien d'autre que du sang et des larmes, d'incalculables désastres et privations. Nous exprimons notre profonde sympathie à tous les amis et parents des victimes, à ceux qui n'ont plus de toit sur leur tête ni de moyens de subsistance à cause de cette guerre.

Nous ne devons pas tomber sous l'influence de la démagogie nationaliste qui nous demande l'unité avec « notre » gouvernement et déploie le drapeau de la « défense de la patrie ». L'ennemi principal des gens simples n'est pas le frère ou la sœur de l'autre côté de la frontière ou d'une autre nationalité. L'ennemi, c'est les dirigeants, les patrons de tout poil, les présidents et ministres, les hommes d'affaire et les généraux, tous ceux qui provoquent les guerres pour sauvegarder leur pouvoir et leurs richesses. Nous appelons les travailleurs en Russie, Ossétie, Abkhazie et Géorgie à rejeter le joug du nationalisme et du patriotisme pour retourner leur colère contre les dirigeants et les riches, de quelque côté de la frontière qu'ils se trouvent.

Soldats russes, géorgiens, ossètes et abkhazes ! N'obéissez pas aux ordres de vos commandants ! Retournez vos armes contre tous ceux qui vous envoient à la guerre ! Ne tirez pas sur les soldats « ennemis », fraternisez avec eux ! Plantez les baïonnettes en terre !

Travailleurs de l'arrière ! Sabotez l'effort militaire, quittez le travail pour aller aux réunions et manifestations contre la guerre, organisez-vous et mettez-vous en grève !

Non à la guerre et à ses organisateurs - dirigeants et riches ! Oui à la solidarité des ouvriers au-delà des frontières et des lignes de front !

Fédération pour l'Éducation, la Science et les ouvriers techniques, CRAS-IWA

Commentaires

re- Sur les mots

Comme je suis convaincu, "Un de l’AIT", que tu n’es ni de mauvaise fois, ni malhonnête dans ton précédent message, plutôt que de dénoncer le glissement sophistique, je vais modestement clarifier mon propos en pansant que je me suis mal exprimé.

Tu écris ceci : "par ailleurs, tu dis ne pas comprendre [...] le besoin de redéfinir ce que nous sommes." Aucunement, camarade. Je dis plutôt que ta proposition de changer l’expression "internationaliste" en "anationaliste," précisément, ne redéfinit rien, ne change rien, sinon une syllabe. Autrement dit, je veux bien débattre sur le sens de l’internationalisme, sur ce que cela représente et comment cela doit se concrétiser, sans crainte et sans peur d’évoluer dans mes positions. Mais j’affirme que pour un matérialiste la question de savoir s’il vaut mieux utiliser "inter-" ou "a-" est rigoureusement inutile, dans la mesure où le sens de l’expression est la même. La réponse est identique pour l'anarchosyndicalisme : je ne critique pas un mot mais des pratiques et des instruments. Tu vois bien qu’il n’y a ni "peur de me retrouver coupé de mes racines historiques" ni "dogmes figés," il y a plutôt la volonté de cerner, avec rigueur, les problèmes.

En relisant tes messages, je crois comprendre mieux tes ambitions. Peut-être penses-tu qu’en utilisant de nouveaux mots nous nous ferions mieux comprendre ? C’est une question qui a déjà été abordé sur ce site – en commentaire. Si tel est ta position, j’y répondrai par deux questions : Qu’en tirerons-nous ? La bourgeoisie qui a défiguré, notamment dans ses médias, les propos des révolutionnaires, cessera-t-elle de le faire parce que nous les changeons ?

de l'usage des mots ...

Tout d'abord, je te donne acte Vivien qu'il ne faut pas confondre le sens d'un mot et l'usage abusif qu'il peut en être fait. Et que le débat sur des syllabes est verbeux. Comme tu es matérialiste, je ne doute pas un instant que tu appliqueras le même raisonnement quand il s'agira de qualifier l'anarchisme de pensée réactionnaire petite bourgeoise ... Pas plus que tu n'acharnera à disqualifer l'anarchosyndicalisme parce qu'il comporte les syllabes syn-, di-, ca-, li- et -stes dans son nom, et que tu feras l'effort de bien distinguer l'anarchosyndicalisme du syndicalisme, les deux n'ayant rigoureusement rien à voir.

Par ailleurs, tu dis ne pas comprendre, en bon matérialiste que tu es, pourquoi le besoin de redéfinir ce que nous sommes, et pourquoi ne plus vouloir s'attacher à un mot qui a fait son temps et dont l'histoire à montré qu'il pouvait être recouvrir des politiques radicalement opposées ? Je t'invite simplement à continuer de réfléchir un petit peu sur ce que tu as écris, et la raison devrait t'apparaitre je pense ...

Je me demande si ce qui te fait peur par l'abandon du terme "internationaliste" au profit du terme "anationaliste" (qui pourtant définit plus clairement ce que vous êtes ...) tu n'as pas peur de te retrouver coupé de tes "racines" historiques. Et là, ce n'est plus la raison (politique) qui joue. On est plutôt dans l'identité / identification qui a plus à voir avec la religion ... (ce qui relie ... y compris au passé). Le mouvement révolutionnaire ne peut s'encombrer de dogmes figés.

Postuler le mouvement révolutionnaire comme l'invariance, c'est le tuer. L'immobilité c'est la mort ... Cette immobilité est le fruit du monolithisme, pente naturelle vers laquelle incline le CCI depuis sa création (je te renvoie à votre texte sur la culture de débat qui le reconnait avec courage et honnêteté).

Re- pour continuer

Le camarade "Un de l’AIT" se trompe lorsqu’il confond le sens d’un mot et l’usage abusif, y compris pour soi-même, qu’on peut en faire. Si les sociaux-démocrates, puisqu’il prend cet exemple, se disent internationalistes, cela renvoie au sens très évident qu’à ce mot. Autre chose est de se qualifier d’internationaliste alors qu’on ne l’est pas. (D’ailleurs, je ne suis pas certain que l’internationalisme soit encore très explicitement revendiqué par ces gens.) De même, ils peuvent bien se convaincre qu’ils sont effectivement internationalistes, en déployant pour eux-mêmes un arsenal d’œillères et d’écrans de fumée, cela ne change en rien leur compréhension de ce mot.

A la lumière de cette distinction et des arguments que j’ai exposé précédemment, je m’interroge encore sur les intentions du camarade "Un de l’AIT" quand il persiste, pour des raisons qu’un matérialiste ne comprend pas, à balayer d’un revers de la main un mot qui est le fruit d’une longue expérience et d’une longue maturation. Peut-être pense-t-il qu’il s’agit d’un acte authentiquement révolutionnaire, comme il l’a souligné plus bas ? Mais j'ai montré, que les débats des révolutionnaires portent sur le sens des mots et non pas leurs syllabes. Sauf, s’il ambitionne d’entrer à l’Académie Française, le camarade, quoi qu’il me semble sincère dans sa démarche, s’embourbe résolument dans un débat verbeux. Peut-être, alors, pense-t-il que les idéalistes ont raisons – et c’est son droit ? Mais pourquoi n’en tire-t-il pas les conséquences logiques, c’est-à-dire, en affirmant l’incorruptibilité de la première substance et la soumission de la créature à son créateur ?

A propos des anationalistes pendant la guerre de 14-18

Au compagnon qui demandait ce qu'avaient fait les anationalistes pendant la guerre de 14-18, un extrait de l’article « Efficacité de l’action directe » de l’anarcho-pacifiste hollandais Barthélemy de Ligt, publié dans la revue antionaliste "la Patrie humaine" du 12 janvier 1934, à propos de la grève lancée par la FORA argentine en 17 :

http://anarchismenonviolence2.org/spip.php?article60

Vers la fin de l’été 1917, les services secrets des Etats-Unis avaient découvert que la légation de Suède à Buenos-Aires « servait d’intermédiaires aux dépêches diplomatiques allemandes ». Du côté des alliés, on saisit immédiatement cette occasion pour entraîner l’Argentine (…) dans la guerre contre les Centraux. (…)

La tension entre les Etats-Unis et les pays neutres de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud augmenta de jour en jour, et Washington exerça même une forte pression sur les politiciens argentins afin de les ranger du côté des Alliés.

Le 21 septembre 1917, les journaux firent savoir que le Sénat argentin avait décidé de rompre toute relation avec l’Allemagne. Le jour suivant, le croiseur anglais Glasgow arriva à Buenos-Aires. (…) Le 25 septembre 1917, les journaux publièrent cependant que le gouvernement allemand avait affirmé au gouvernement argentin que la guerre sous-marine serait ramenée vis-à-vis de l’Argentine au principe de la guerre des croiseurs, c’est-à-dire que nul bateau argentin, transportant éventuellement de la contrebande, ne serait coulé sans contrôle et sans avertissement préalable. Toutefois les relations entre l’Argentine et l’Allemagne continuèrent à être tendues et la diplomatie des Etats-Unis fit tout son possible pour forcer l’Argentine à entrer dans la guerre.

Cependant, au mouvement en faveur de la guerre, les travailleurs argentins ne tardèrent pas à répondre par des actes de protestation, par des grèves impressionnantes, qui éclatèrent entre autres parmi les cheminots. Il y eut également des collisions entre le peuple et l’armée. Ici et là, on fit sauter des ponts. (…)

Toutefois, le 27 septembre 1917, la Chambre argentine décida aussi de rompre les relations diplomatiques avec l’Allemagne. Mais déjà le jour suivant, on pouvait lire dans la Feuille [ndlr : journal à tendances antimilitaristes qui parut vers la fin de la guerre mondiale à Genève] le communiqué suivant :

« Le gouvernement argentin est pris entre un Parlement qui décrète la guerre et un prolétariat qui ne la veut pas et qui, plus conséquent que ses camarades d’Europe, s’oppose de façon active à la mobilisation…De ce branle-bas politico-social, on ne saurait prévoir l’issue. »

En attendant, quelques dizaines de milliers d’Argentins, en particulier des bourgeois, manifestèrent en faveur de la guerre et votèrent des résolutions exigeant que le gouvernement agisse. Dans les sphères officielles, on constata que « tout le pays désirait la rupture ». (…) La chose importante maintenant était de combattre l’Allemagne « par affinité avec les Alliés et par amour de la justice » !

Mais le 30 septembre, la grève générale révolutionnaire éclata en Argentine, grâce à l’initiative de la Fédération des syndicats anarchistes [FORA]. Seuls, les syndicats socialistes refusèrent de participer au mouvement. Heureusement que leur influence sur la masse était restreinte.

Ce fut le début d’une crise politique. Le gouvernement se débarrassa du Parlement qui le poussait de toutes ses forces dans la guerre et reprit son équilibre moral.

Ce qui avait cependant fait pencher la balance en faveur de la paix, écrivait la Feuille du 3 octobre 1917, c’était l’attitude décidée du prolétariat dont les grèves multipliées et s’étendant sans cesse, avaient fini par intimider les manifestations de bourgeois et d’intellectuels, organisés dans la capitale. « C’est là une démonstration éclatante de ce qu’auraient pu les peuples de l’univers, le 1er août 1914, si au lieu de se laisser prendre aux communiqués officiels et aux excitations de la presse, ils avaient spontanément décrété cette grève générale, en réponse aux décrets de mobilisation. La guerre eût été évitée.

« Voilà trois ans qu’on le disait, mais en ajoutant que l’expérience avait démontré que pareille attitude était impossible, utopique. Les ouvriers et les cheminots argentins ont démontré, eux, que la chose était faisable (…). »

pour continuer

Oui tu as raison qu'il faut essayer d'éviter les débats verbeux. De même que bien sur l'interêt de groupes révolutionnaires est de permettre d'accumuler de l'expérience.

Cependant quand tu dis :

En ce sens, le concept d’internationalisme désigne quelque chose d’évident pour tous

Tu me permettras de douter de ta certitude ... En effet les partis sociaux démocrates aussi se disent internationalises. Ils sont dans une Internationale. Il faut donc croire que le concept qu'ils désignent par le même mot que tous ici est différent.

Le mot anational, ou antinational, me parait plus adapté.

Mais après ce n'est effectivement qu'un mot.

Un blabla verbeux

Être révolutionnaire, c’est aussi éviter les discussions verbeuses, dignes des pires échanges de la philosophie de salon. Il me semblait pourtant que, pour les marxistes et pour les anarchistes, le nominalisme faisait parti, en quelques sortes, d’un fond de pensée ; et que, donc, s’interroger pour savoir s'il vaut mieux utiliser le préfixe "a-" ou "inter-" n’a pas beaucoup de sens, sauf à penser que nous désignons des substances, c’est-à-dire à défendre un point de vu idéaliste et toutes les conclusions qui en découlent.

En quoi ? Le matérialisme est un principe de base d’où dérive la théorie de la révolution. Je ne m’étends pas sur le sujet et me contents de citer l’argument de Marx – qui vaut aussi pour les anarchistes : "Nul besoin d’une grande sagacité pour découvrire le lien de nécessité qui rattache le matérialisme au communisme et au socialisme [...]. Si l’homme tire toute connaissance, tout sentiment, etc., du monde sensible et de l’expérience de ce monde, il importe désormais d’organiser le monde empirique de manière telle que l’homme y éprouve l’authentiquement humain, et en prennent l’habitude, qu’il s’éprouve homme." (Engels et Marx, "La Sainte Famille.") Or pour les matérialistes les mots désignent, non pas des substances, mais, en dernier ressort, des agrégations d’idées simples. En ce sens, le concept d’internationalisme désigne quelque chose d’évident pour tous, en dépit du suffixe. C’est l’expérience, c’est-à-dire, l’histoire du concept, qui impose ce mot comme désignant quelque chose d’évident. Donc s’interroger comme l’a fait Un de l’AIT, n’a pas de sens pour les révolutionnaires

Qu’est-ce que cela révèle ? Que le camarade de l’AIT propose un questionnement idéaliste et que ce qu’il appelle de la "routine" relève en fait de l’expérience des révolutionnaires et de l’histoire de la pensée de gauche. Être révolutionnaire, c’est aussi s’enrichire de l’expérience des luttes des anciens et ne pas rejeter cela au nom de questionnements qui restent assurément verbeux, superficielles et inutiles.

dernière pour la route

Juste pur dire qu'être révolutionnaire c'est peut être aussi être capable de se débarrasser des modes de pensées routiniers, machinaux, qu'on reproduit sans s'en rendre compte, "parce que c'est comme ça et ça a toujours été comme ça" ... Vous vous dites internationaliste par pure convention de langage : c'est le terme usité traditionnellement dans le milieu révolutionnaire, en effet. Mais la tradition est elle compatible avec un esprit authentiquement révolutionnaire ? :-)

Il faut essayer d'avoir toujours un regard critique sur ce qu'on fait ... Sinon il est difficile d'avancer, enfin il me semble.

Quelques réponses

Thibault, ta première remarque est très pertiente ! C'est très juste ! et c'est la preuve que vous etes des anationalistes qui vous ignorez :-)

Et sur ta seconde "qu'ont fait les anationalistes pendant la première guerre mondiale ?, c'est marrant parce que après avoir posté la précédente intervention, je me suis dit "tiens on n'a pas encore abordé Zimmerwald". Comme quoi les grands esprits se rencontrent.

Ceci dit plusieurs choses :

1) ce qu'a fait untel ou tel tendance en 14, c'est certes intéressant mais ce qui compte c'est aujourd'hui ... qu'est ce qu'on fait aujourd'hui ? Aucun intérêt d'entretenir les cendres d'un panthéon ... Si effectivement comme le dit Mattick, "pour le marxisme [et j'ajouterai : pour le révolutionnaire], la pratique décide de la justesse d'une théorie", ce qui compte pour aujourd'hui c'est la pratique d'AUJOURD'HUI, pas celle de l'époque de Spartacus. L'histoire se fait avec des vivants, pas avec des morts ...

2) en 14, en France, d'une part les anationalistes n'étaient pas bézef (la ligue anti patriotique et autres association anti militartiste). La plupart étant sur le carnet B, ils ont été envoyés les premiers au front avec un pantalon garance ... Pas facile de faire quelque chose quand on est mort. D'autres sont effectivement tombés dans le patriotisme. Comme dans tous les courants. Il y a eu néanmoins des tentatives d'échapper à cela. Certains ont deserté et fuis en Espagne par exemple.

Je sais aussi qu'aux USA, les IWW - quine sont pas des anarchstes mais des syndiclaistes industriels - ont mené d'intenses grèves contre la production de matières premières minières nécessaires à la guerre par exemple.

3) certes en 14 et après les militants révolutionnaires se disaient internationalistes. Et alors ? Est ce que tout est figé depuis octobre 17 ? est ce que les idées et les concepts n'évoluent plus depuis ? est ce qu'il n'y aucune expérience pratique accumulée, aucune réflexion qui se soit dégagée depuis ? Octobre 17, fin de l'histoire ?

A la CNT AIT aussi on se disait internationalistes jusqu'à il y a quelques années. C'est précisément notre réflexion qui nous a amené à retrouver les expériences de la FORA, croisée avec nos propres expériences récentes (guerre du golfe, de yougoslavie, de tchétchénie, montée du sentiment identitaire et communautariste en europe occidentale, etc ...). Aujourd'hui nous pensons que le terme internationaliste contient encore trop d'ambiguité autour de la notion de nation pour qu'il exprime réellement ce que nous sommes et ce que nous voulons.

L'anationalisme pendant 14/18 ?

J'ai lu et relu les différentes interventions du débat mais j'ai encore du mal à comprendre les différences concrètes entre internationalisme et anationalisme.
Quand je lis le texte du Krass (que je salue et soutiens), j'y vois une prise de position qui refuse l'embrigadement de la classe ouvrière dans la boucherie impérialiste, qui dénonce les guerres comme des moments d'affrontements entre bourgeoisies où les ouvriers n'ont rien à gagner (ou que leur vie à perdre). Et c'est ce que je retrouve aussi dans les textes du CCI ou d'EKS.

Pour y voir plus clair, je pose donc une question à "Un de l'AIT" (ou tout autre copain qui serait me répondre): qu'ont fait les anationalistes pendant la première guerre mondiale ?

Pour mettre tout le monde à l'aise, je ne veux pas ici piéger qui que se soit et démontrer que tous les anarchistes sont tombés dans le chauvinisme crasse en 14 (ce qui serait totalement faux d'ailleurs). Avant la guerre, tous les communistes jurés la main sur le cœur être internationaliste, la Seconde Internationale faisait de grandes déclarations internationalistes et tout et tout... Et puis, patatras, le déclenchement de la guerre venue, la grande majorité de ces "grands révolutionnaires" se sont vautrés dans la défense nationale et ont voté les crédits de guerre ! Il n'y a eu qu'une poignée de révolutionnaires capables, contre vents et marées (ou plutôt contre plomb et mitraille), de se dresser contre la barbarie capitaliste, de maintenir bien haut l'internationalisme prolétarien, de continuer au péril de leur vie à appeler à "transformer la guerre impérialiste en guerre civile", etc...

Dans ce registre, y-a-t-il eu en 14-18, des anarchistes se réclamant de l'anationalisme qui ont aussi appelé les ouvriers à retourner les armes contre leurs propres exploiteurs ? Je présume que oui, et donc si c'est bien le cas, qu'ont-t-ils dit ? Quelle différence (s'il y en a une) avec les vrais internationalistes de l'époque, dans leurs discours et dans leurs actes ?

Enfin, pendant cette guerre, il y a eu des fraternisations dans les tranchées entre français et allemands, russes et allemands... et il me semble que les plus politisés de ces soldats appelaient ça de l'internationalisme... et n'est-ce pas ce type de fraternisation qui nous inspire tous, le CCI, le Krass, EKS, toi, moi... n'est-ce pas ce type de fraternisation qui nous montre qu'en plein déchainement de barbarie capitaliste, quand la bourgeoisie se vautre dans la boue et le sang, les ouvriers sont capables de montrer une autre voie, qu'un autre monde (sans guerre, sans nation, sans exploitation) est possible ?

une section française?

Cette discussion est super intéressante.
Juste une petite remarque en attendant que je réfléchisse plus sur "internationalisme" et "anationalisme"...
Le copain "AIT" parle d'une section française du CCI... pour montrer que le CCI est touché à un certain niveau par l'idéologie nationaliste mais quand on lit le bandeau de présentation du journal "Révolution internationale" on y lit "organe du CCI en France"... Cette précision est importante! Par exemple, le Parti Communiste se dit PCF; F comme français pour le coup... et là, effectivement, le nationalisme, le chauvinisme crasse du PCF n'est plus à démontrer ("produisons français...").

Anationaliste ou Internationaliste ?

Pour répondre aux camarades sur la différence entre anationaliste et internationaliste, j'ajouterai quant à moi ceci :

les camarades de la section française du CCI se considèrent-ils eux même comme des "français" ? Se définissent ils comme "français" ? (non pas administrativement parlant, mais d'un point de vue de ce qui fonde leur identité propre).

CQFD ...

Complement

Une nation c'est aussi une certaine histoire commune qui se traduit par des traditions, des langues, etc etc, qui nous collent à la peau qu'on le veuille ou non (ou plutôt qui nous collent à l'esprit, souvent de façon inconscient, dans nos habitudes culturelles, façons de penser, etc.).

D'une part, la nation est une histoire commune pour qui ? Qui inclus tu dans ce "commun" : les ouvriers avec les bourgeois, qui partageraient ainsi cette communauté de destin ? Tu défends le maintien de notions interclassistes, même dans une période post révolutionnaire ? Surprenant ...

Et justement, c'est quoi faire la Révolution ? Juste changer le mode de production économique ? Ou bien supprimer le paradigme actuel qui nous colle à la peau et le remplacer par un nouveau, sur des valeurs différentes ?

La Révolution c'est quoi au juste ? Un coup d'Etat et la gestion ouvrière ? Ou un bouleversement culturel ?

Si on se place uniquement dans la première hypothèse, ou aura beau changer l'infrastructure économique, si on ne bouleverse pas les soubassements idéologiques et même culturels de la société, c'est à dire les notions de Domination et de Hiérarchie, alors la Révolution échouera, encore.

Repousser à un après hypothétique ce travail de transformation culturelle, c'est se condamner à répéter la tragédie de la Révolution russe ...

Donc de la même façon que nous luttons aujourd'hui contre l'Etat, contre le capital, nous devons lutter contre les phénomènes "identitaires" dont le nationalisme n'est qu'une des expressions possible. (je vous renvois à nos textes sur le sujet : Nationales, régionales ou ethniques, les "identités" sont une arme du pouvoir http://www.cntaittoulouse.lautre.net/article.php3?id_article=245)

Tout cela ne pourra pas être aboli du jour au lendemain et encore moins en simplement se déclarant "anationaliste".

Que ça ne puisse pas être aboli aujourd'hui, certes. Mais un jour, qui sait ?

Et comment se fera cette abolition ? Je maintiens quant à moi l'idée que ce sera un processus violent et brutal, une rupture dans le temps et l'idéologie dominante. Tout ne tombera peut être pas complètement tout de suite au premier coup, mais en tout cas un bon gros morceau, suffisament significatif pour que le phénomène soit irréverssible.

Mais si tu penses que ça ne peut pas se faire comme ça, peut être es tu favorable à une lente évolution, progressive, par palier, par réformes successives ?

Rapidos

Rapidement,

1) Tout d'abord, papy anarcho c'était de l'auto-dérision ...

2)on ne peut pas être INTER-NATIONALISTE si on n'est pas d'abord NATIONALISTE et tu le reconnais toi même. Etre INTER-NATIONALISTE veut dire que tu reconnais comme valide le fait de s'organiser nationalement, par nation, ce que tu dis. Ce qui différencie les INTERNATIONALISTES des simples NATIONALISTES, c'est que les premiers sont pour des rapports fraternels ENTRE (inter en latin) les NATIONS.

Ceci dit on peut être INTER-NATIONALISTE et établir une hiérarchie entre les nations, comme Marx : il y a les nations avancées et les autres. Mais on le fait fraternellement : on n'est alors pas loin du paternalisme colonisateur ...

Si tu postules, et je suis d'accord avec toi, que les prolétaires n'ont pas de patrie, alors tu es ANTI-NATIONALISTE (ou Anationaliste, c'est pareil). S il n'y a plus de nation, alors il ne peut plus y avoir d'inter-nation, donc plus d'internationalisme ...

Après quand tu dis que les nations existent, qu'on ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas. Oui, et alors ? La belle affaire ! Le capitalisme existe. Est ce que pour autant tu ne te qualifies pas d'ANTI-CAPITALISTE ? Ou alors tu penses que puisque le capitalisme est présent, qu'on ne va pas le supprimer par la seule force de notre pensée dans la seconde qui vient (ce qui est vrai ...), il convient d'en tenir compte et de reconnaitre les limites que le capitalisme nous impose en nous intégrant dans les structures qui prennent cette réalité en compte, à savoir les syndicats ? Tes arguments ne tiennent pas la route ... Ils ne font le chemin qu'à moitié ...

3) Sur l'européeocentrisme, j'y reviendrai peut être plus longuement mais par exemple il y a votre dernier texte qui parle de l'attaque sur les classes moyennes qui est un phénomène certes réel, mais clairement européen ... Je ne suis pas sur que les camarades des Philippines aient les même préoccupations ...

Mais il y a une foultitutde d'autres exemples. Vous êtes des inter-nationalistes dans le sens des statuts de l'AIT (écris par Marx si je ne m'abuse ...) qui distingue entre pays avancés et pays arriérés. C'est typiquement une vision européocentriste, car dans l'esprit de Marx, les pays avancés n'étaient pas en Asie, ni en Amérique Latine, encore moins en Afrique ou en Océanie ...

Aussi le fait que vous n'ayez jamais produits d'analyse sur le lâchage par les bolchéviques de la révolution du Gilan en Iran, sacrifiés sur l'autel de la paix avec l'impérialisme britannique. Cette "omission" dans votre réflexion sur ce moment important de la Révolution "Russe", surtout de la part de gens qui connaissent aussi bien que vous tous les détails de la révolution bolchévique, en dit long de la zone où vous focalisez votre attention, la seule qui comptait aux yeux des bolchéviques et aussi aux votres : l'Europe.

Car c'est dès ce moment de la révolutin du Gilan, c'est à dire en 1920, que meurt l'idée de révolution internationale. C'est à ce moment que l'on peut dater le début de la notion de "socialisme dans un seul pays" (ou "dans une seule région", c'est à dire l'Europe, ce qui revient au même). les bolchéviques en 1920-21, en appuyant la Révolution au Gilan, avaient la possibilté d'étendre la révolution aux pays de l'Asie dite "mineure" (un truc d'européen ...) : Iran, Inde, etc ... Mais ils ont sacrifié la Révolution qui débutait, au profit d'aventures militaires en Europe (Pologne, Allemagne) alors qu'il n'y avait plus de révolution à ce moment là. Oui mais les Européens, étaient des ouvriers blancs et pas des paysans asiatiques arriérés ... (je te renvois à Marx et sa distinction entre pays arriérés et pays avancés, phares de la révolution mondiale ...)

A ce que je sache, le CCI se revendique des bolchéviques de cette période ... De toute façon, sur l'européeocentrisme de Lénine, je vous renvoie au très bon texte de Mattick sur le bonhomme. (lénine et sa légende : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewtopic.php?t=3586)

Après que vous ayez des contacts en philippines ne veut rien dire. Il y a bien des nazi berbères ... (http://www.takrut.blogspot.com/) On peut tout à fait exprimer des idées européocentristes en tagalog ...

4) Quant à Kropotkine et je ne sais qui : ça ne me touche pas ce que tu dis, je ne suis pas kropotkinien comme tu es Marxiste, je suis anarchiste. Je n'ai pas besoin de porter sur mes épaules l'Héritage du grand père, et de l'assumer de A à Z... Et que papy ait fait des conneries, ça ne me perturbe pas plus que ça. Pas besoin d'un leader barbu à qui s'identifier, d'un dieu à révérer. Je prends des idées chez différentes personnes (marx, kropotkine, ma poisonnière, mes collègues, mes amis, etc ...), je les évalue, les trie, les critiques même, pour me forger ma propre opinion, en toute liberté.

vous réclamiez de Lénine et d la révolution d'Octobre par exemple, qui a été une révolution essentiellement centrée sur l'europe, les bolchéviques laissant crever les révolutionnaires du Gilan (Perse, Iran), sacrifiés sur l'autel de l'entente avec l'impérialisme britannique. Il faudrait que je développe plus, là j'ai pas le temps. Paul Mattick a fait un très bon texte où il démonte l'européocentrisme de Lénine.

Merci de l'explication

Bon, d'abord et avant tout je remercie "AIT" d'avoir pris autant de temps et de peine pour avoir expliquer la différence telle qu'il le voit (et je présume que ce point de vue est partagé par d'autres anarchistes) entre "anationalisme" et "internationalisme". Je ne prétends pas répondre aussi longuement, mais d'expliquer comment je vois les choses.
Essayons d'abord de clarifier les termes.
Qu'est-ce que "l'internationalisme" selon les marxistes (et quand je dis marxistes, j'exclus ceux comme les staliniens, maoistes, et trotskystes qui sont prêts à défendre une "patrie" quelconque, fut-il soi-disant "socialiste").
Comme "AIT" doit certainement le savoir, le Manifeste Communiste disait déjà en 1848 que "Les ouvriers n'ont pas de patrie!" - et ça c'est au coeur même du marxisme qui est par définition POUR la lutte mondiale de la classe ouvrière pour créer un monde où les nations n'existeront plus.
Dans ce sens, appeler les gens comme "Alternatives Libertaires" qui réclament un État palestinien "inter-nationalistes" est, à mon avis, un abus de langage. Ce sont des nationalistes tout court (même s'il proposent de se battre pour une nation autre que "la leur", tout comme les staliniens qui voulaient défendre une "patrie socialiste"). Et que dit-on des anarchistes comme Kropotkine ou James Guillaume qui appelaient les ouvriers russes et français à la guerre contre les allemands en 1914? C'était également (ou ils sont devenus) des nationalistes tout comme les Plekhanov, Scheidemann et autres infâmes "socialistes" qui sont partis du même bord (celui de la bourgeoisie) en 1914? Guillaume était très explicitement nationaliste en '14 avec sa défense des traditions de la révolution française de 1789.
Est-ce que donc "internationalisme" et "anationalisme" ne serait que des termes interchangeables, l'un d'usage marxiste et l'autre d'usage anarchiste? Superficiellement, peut-être qu'on pourrait dire que oui. Mais le problème avec la vision "anationaliste" expliqué très clairement par "AIT" revient à un problème qu'on rencontre fréquemment dans l'anarchisme: c'est de penser qu'on peut abolir quelque chose simplement en déclarant qu'elle est abolie - à l'occurrence qu'on peut abolir la notion de la nation en s'organisant par région et en se déclarant "anationaliste". Le fait est que les nations existent - c'est même LE mode d'existence privilégié du monde capitaliste. Et cela va bien au-delà du fait que, objectivement, les ouvriers en lutte se trouvent confrontés en premier à un État national bourgeois, avec ses lois, sa police, son armée, etc., et qu'ils sont obligés d'en tenir compte dans leur façon de s'organiser (ce qui ne veut pas dire pour autant qu'on s'organise automatiquement par nation). Une nation c'est aussi une certaine histoire commune qui se traduit par des traditions, des langues, etc etc, qui nous collent à la peau qu'on le veuille ou non (ou plutôt qui nous collent à l'esprit, souvent de façon inconscient, dans nos habitudes culturelles, façons de penser, etc.). Tout cela ne pourra pas être aboli du jour au lendemain et encore moins en simplement se déclarant "anationaliste". L'internationalisme reconnaît que les nations existent - certes - mais pour les combattre: on ne peut pas combattre quelque chose simplement en faisant semblant qu'il n'existe pas (à moins qu'il s'agit de fantômes, mais l'Etat est tout sauf un fantôme!). De surcroît, la situation historique n'est plus la même aujourd'hui et c'est pourquoi entre autres le mode d'organisation de la 2e Internationale - ou de l'AIT - n'est plus valable aujourd'hui on plus.
Une toute autre question qui est soulevé par "AIT" est la question de la lutte organisationnelle entre les tendances dans l'AIT représentées par Marx d'un côté et par Bakounine de l'autre. Je ne propose pas d'entrer dans ce débat ici (le CCI a d'ailleurs publié deux articles à ce propos que tu peux lire au loisir: http://fr.internationalism.org/rinte84/organisation.htm et http://fr.internationalism.org/rinte85/organisation.htm - un autre source très intéressant est la biographie de Bakounine par EH Carr, mais malheureusement disponible seulement en anglais à ma connaissance et aujourd'hui épuisé). Tu ne seras pas surpris évidemment de savoir que je ne partage pas le point de vue de Bakounine sur l'organisation révolutionnaire et je n'en donnerai qu'un exemple de pourquoi - une citation de ses "Principes de révolution": "" pour la vraie révolution, il faut non des individus placés à la tête de la foule et qui la commandent, mais des hommes cachés invisiblement au milieu d'elle, reliant invisiblement par eux-mêmes une foule avec l'autre, et donnant ainsi invisiblement une seule et même direction, un seul et même esprit et caractère au mouvement. L'organisation secrète préparatoire n'a que ce sens là, et ce n'est que pour cela qu'elle est nécessaire". Quoi de plus "autoritaire"? Dire comme fait "AIT" que "L'inter-nationalisme se résume donc à la concentration du pouvoir d'un seul (celui qui dirige le Conseil Général ...)" est tout simplement contraire à la réalité historique.
Enfin un dernier point. Quand tu veux "épingler" le CCI pour son "insupportable" "langage professoral de donneur de leçons", il vaudrait quand même mieux éviter ce genre d'expression: "Cela démontre juste une petite lacune dans tes connaissances de l'histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire qui n'est pas étonnante de la part d'un membre du CCI qui se caractérise par une culture historique (certes large mais) marxiste européo-centriste prononcée. Mais c pas grave. Papy anarco va t'expliquer!" - même avec le sourire, ça fait prof qui corrige les devoirs du cancre de la classe! Quant à "l'europeo-centrisme" d'où vient cette idée? T'as remarqué je présume que le CCI publie en-dehors de l'Europe, en Amérique Latine (Mexique, Brésil, Venezuela), en Asie (Inde), voire en langue Tagalog (si, si!). Pourquoi des "europeo-centristes" se donnerait tant de peine, on se le demande!

Anationalisme

Est-ce que tous les anars (en dehors ceux bien sûr qui réclament le droit du peuple palestinien à un Etat etc) sont anationalistes et si oui pourquoi? Et si non pourquoi aussi?

Non, ils ne le sont pas tous. Certains sont internationalistes au sens propre du terme, comme tu le souligne sur la palestine (ils sont pour la reconnaissance d'une nation palestinienne, comme d'une nation israelienne, les quelles auront ensuite des rapports (inter) entre elles ). En règle générale, ce sont les mêmes qui organisent des campagnes "contre toute forme de délégation de pouvoir", collant des affiches sur le sujet le soir, et se présentent aux élections professionnelles sous l'étiquette CGT ou FO (voire Vignoles) le lendemain ... Ou qui disent "à bas les partis politiques, à bas la police" et signent des appels au rétablissement de l'ordre républicain dans les quartiers populaires après les émeutes ...

Et pourquoi : parce que la plupart sont des cons incohérents. (le CCI l'explique très bien, qui différencie les anarchistes officiels des autres, je ne reviendrai pas dessus :-) )

Que tu n'ai jamais entendu parler d'anationalisme (ou anti-nationalisme, son synonime), c'est possible. Cela démontre juste une petite lacune dans tes connaissances de l'histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire qui n'est pas étonnante de la part d'un membre du CCI qui se caractérise par une culture historique (certes large mais) marxiste européo-centriste prononcée. Mais c pas grave. Papy anarco va t'expliquer ! :-)

Car l'anationalisme est une position historique d'une partie non négligeable du mouvement ouvrier révolutionnaire : celà commence avec l'AIT première manière (c'est à dire avant son sabordage par Marx), dont le CCI se réclame pourtant ...

L'inter-nationalisme postule que l'on reconnait comme valide l'existence des "nations" et que l'on cherche à s'organiser dans leur cadre idéologique et politique, le but de l'organisation inter-nationaliste étant ensuite d'organiser les liens ENTRE (inter) les organisations groupées selon les Nations (national). C'est donc une concession à l'idéologie bourgeoise de la Nation. (cf ta remarque à propos de la palestine plus haut)

L'anationalisme au contraire ne reconnait aucune légitimité ni idéologique ni politique au concept de Nation. Le périmètre des organisations ne se fait pas en fonction de critères définis par la pensée dominante adverse, mais en fonction de critères librement déterminés par les prolétaires eux même, en dehors de toute influence bourgeoise ou religieuse, en fonction de ce qu'ils jugeront utiles et fonctionnel à leur organisation. Il n'y a donc pas de concession à l'idéologie bourgeoise nationale, qu'il s'agit de faire disparaitre par la révolution anationale mondiale, tout comme il s'agit de faire disparaitre les classes et l'Etat par le même procédé.

Certes toutes l'AIT n'était pas a-nationale. Ainsi dans ses statuts on peu lire :

L'émancipation du travail, n'étant un problème ni local ni national, mais social, embrasse tous les pays dans lesquels existe la société moderne et nécessite, pour sa solution, le concours théorique et pratique des pays les plus avancés;

Cette distinction entre "pays plus avancé" et "pays moins avancé" est clairement une formulation inter-nationaliste. En effet, elle définit les modes de relations entre les différentes nations, selon des principes hiérarchiques qui sont en fait des concession à l'idéologie bourgeoise nationale, courante à cette époque, et qui fit le lit du colonialisme.

Mais la position anationale avaient été tout de même adoptée par certaines sections de l'AIT, sans surprises plutôt les sections latines de tendances anarchistes et fédéralistes, comme l'indique leur dénomination "régionale".

En Espagne par exemple, la section de l'AIT ne revendiquait pas le titre de "section nationale" puisqu'elle s'appelait "Fédération régionale espagnole (F.R.E.) de l'A.I.T. ".

Par "régionale", elle entendait dire que pour eux l'Espagne ne doit pas être considéré comme une nation (avec tous les considérants idéologiques et politiques que cela sous entend) mais comme une simple région du monde. Ainsi les membres de la FRE ne se reconnaissaient aucune attache à la "nation espagnole", mais ils s'organisaient sur une base territoriale (celle de la région du monde communément dénommée Espagne).

Voir par exemple la conclusion de leur adresse suite à la commune :

A ce cri, les millions de travailleurs que nous sommes vous répondront de toutes les régions d'Europe : La Commune est morte ! Vive la Commune !

Il est question de "régions d'Europe" et non de "nations d'Europe" ...

Par la suite, cette tendance anationale a continué de s'exprimer en Amérique Latine essentiellement avec des organisations communistes anarchistes de masses telles que la FORA (férédation ouvrière REGIONALE argentine, créée en 1901), FORU (uruguay), FORC (chili), FORVe (vénézuela) etc ... [1]

A noter que les statuts de l'AIT première manière montrent bien la lutte entre ces deux tendances (anationale / internationale, fédéraliste / centraliste) dans l'AIT :

http://www.marxists.org/francais/ait/1864/00/18640000.htm

L'article 6 laisse une certaine liberté aux groupes locaux pour intervenir dans la vie de l'Association, puisque ceux ci pouvaient exister avec les mêmes prérogatives que les groupes nationaux.

Les groupes locaux pouvaient être se constituer sur des bases régionales (la Fédération Jurassienne, le Jura n'étant pas une nation en soit) ou sur un base municipale (cf. l'Appel aux Fédérations ouvrières internationales de la Fédération de Rouen. http://www.marxists.org/francais/ait/1869/10/ait_18691003.htm

On voit qu'en s'adressant directement à toutes les fédérations de l'AIT, le groupe de Rouen ne respecte pas le principe "inter-nationaliste" qui voudrait qu'elle écrive au bureau central de la Fédération NATIONALE de France lequel s'adresse au bureau central INTERNATIONAL qui fait redescendre aux bureaux centraux de chaque section NATIONALE lesquelles à leur tour communiquent à chaque sections locales. Au contraire, la fédération de Rouen adopte un point de vue a-nationaliste, communiquant directement avec chaque section et groupe local, se plaçant sur un terrain d'égalité avec chaque groupe. Et à l'époque il n'y avait pas internet ... :-) ).

Par contre, cette liberté d'organisation indépendamment des critères nationaux est farouchement combattue immédiatement après par l'article 7, dont on reconnait la patte centraliste marxiste :

Puisque le succès du mouvement ouvrier dans chaque pays ne peut être assuré que par la force de l'union et de l'association; que, d'autre part, l'action du Conseil général sera plus efficace, selon qu'il aura affaire à une multitude de petites sociétés locales, isolées les unes des autres, ou bien à quelques grands centres nationaux des sociétés ouvrières, les membres de l'Association Internationale feront tous leurs efforts pour réunir les sociétés ouvrières, isolées, de leurs pays respectifs en associations nationales, représentées par des organes centraux. Il va sans dire que l'application de cet article est subordonnée aux lois particulières à chaque pays, et que, abstraction faite d'obstacles légaux, chaque société locale indépendante aura le droit de correspondre directement avec le Conseil général.

On voit bien ici que ce qui compte avant tout pour le Conseil Général (c'est à dire Marx ...) c'est son statut central, son Pouvoir à la tête du Conseil général. Bref l'omnipotence d'un seul (ou d'un petit groupe) ... L'inter-nationalisme se résume donc à la concentration du pouvoir d'un seul (celui qui dirige le Conseil Général ...), lequel règle le ballet des relations ENTRE (inter) groupes NATIONAUX, lesquels ne peuvent pas communiquer librement entre eux mais doivent passer par le Comité central ...

(comme expliqué précédemment, on voit par l'exemple de l'appel de la Fédération de Rouen que ce mode de fonctionnemnt INTER-NATIONAL n'était pas spécialement respecté dans l'AIT ... Ce qui explique certainement les fameuses phrases de Marx sur son souhait de la victoire de la Prusse, qui marquerait la victoire de sa vision centraliste et autoritaire au sein du mouvement ouvrier au détriment des vision fédéralistes françaises et latines. Bref, il appelait de ses voeux une reprise en main ...)

Par la suite cette tendance a-nationale s'est également exprimée dans le mouvement espérantiste révolutionnaire. A noter que l'Esperanto a été interdit par les Staliniens, justement pour son côté anational.

Pour conclure, à mon tour de te poser une question : tu es d'accord pour dire que les travailleurs n'ont pas de patrie ? Donc pas plus de nation ? La véritable position d'un communiste révolutionnaire peut elle être autre que anationaliste (ou son synonyme : anti-nationaliste ?)

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[-1- à noter que ces organisations, anarchistes ouvrières et de masse, formulaient déjà les critiques contre le syndicalisme que professe aujourd'hui le CCI ...

Aussi incroyable que cela puise te paraitre, il y a eu aussi des mouvement révolutionnaires de masse avec des expériences intéressantes ailleurs qu'en Russie 1917-1921 ... (si tu es sage, je demanderai à un ami de venir de te parler de la Révolution du Gilan en Iran, trahis parles bolchéviks sur l'autel de la réconciliation avec l'empire britannique ...).]

Anationalisme?

Notre ami "AIT" excusera mon ignorance j'espère, mais je n'ai jamais entendu parler de cet "anationalisme". De quoi s'agit-il au juste? En en quoi cela diffère-t-il de l'internationalisme - position que je connais bien et qui a été le fond commun des révolutionnaires depuis toujours? Je ne demande pas à "AIT" de nous faire le professeur (rires) mais s'il pourrait nous éclairer la lanterne un peu ce serait le bienvenu. Est-ce que tous les anars (en dehors ceux bien sûr qui réclament le droit du peuple palestinien à un Etat etc) sont anationalistes et si oui pourquoi? Et si non pourquoi aussi?

Ce qui est important

Pour répondre au compagnon qui dis

Je lui pose donc une question: pour toi, ce point de vu commun sur la guerre, cet internationalisme, n'est -il pas le plus important, et de très très loin ????

je vais te répondre : oui mais pas seulement.

En effet, tu as raison, c'est important de constater les points d'accords et de convergence. Et il faut savoir faire fi de la forme (ici le ton paternaliste du CCI) pour s'accorder sur le fond.

Mais une fois que tu as constaté que tu étais d'accord, quoi ?

Et c'est bien là que le bât blesse ... rien ...

Le CCI constate une convergence de point de vue sur un évènement important. Et puis rien. On est bien content de savoir qu'on est d'accord et on rentre se coucher.

Au contraire, un tel constat devrait être moteur pour proposer de faire des actions en commun, même symboliques, ici, en France, sur ce sujet (ou d'autres). Même à peu, il est toujours faisable d'organiser un tractage, un collage, des prises de paroles, un débat, un rassemblement, etc ... Et il n'y a pas le risque qu'évoque l'autre camarade ici. On peut même faire le lien avec l'Afghanistan, la turquie etc ... Et on d'autant plus nombreux qu'on met en commun des maigres forces. Les petites rivières ...

Mais non, car la seule chose qui interesse le CCI c'est de faire le constat que certains sont presque sur les bonnes positions politiques, mais qu'il faut qu'ils fassent encore un effort pour être sur les positions parfaites, celles du CCI.

Autrement dit, en nous parlant du KRAS, le CCI nous parle surtout de lui même, à quel point ses positions politiques sont parfaites et inoxydables. Et c'est ça qui est insupportable. La centralité du CCI, soleil du milieu révolutionnaire autour duquel les satellites doivent tourner, qui ne parle que pour se contempler dans le miroir.

Mot d'ordre dangereux

Peut-on soutenir un mot d’ordre dangereux

Alors arrête de parler de révolution ... Car la révolution est dangereuse. C'est précisément la réthorique de tous les résignés et les défaitistes possibilistes : le seul résultat tangible de toutes les révolutions c'est un cortège incroyable de morts, blessés, estropiés, persécutés, famines, exilés, déportés, goulags, camps de concentration, un flot de sang ininterrompu. Bref, la révolution est une hypothèse trop dangereuse qu'il faut dare dare reléguer aux oubliettes de l'Histoire.

C'est objectivement vrai. Et pourtant, nous sommes prêt à faire le pari d'affronter ce danger, non ?

Alors si tu le permet, je vais faire mon petit prof moi aussi.

Tu confonds deux choses : le danger et le risque.

Le rôle des révolutionnaires est - entre autre - de faire en sorte que le risque associé à ce danger soit le plus faible possible pour les révolutionnaires et le prolétariat en général, et le plus élevé possible pour l'Etat et le capital.

Par ailleurs, dire que le KRAS pousse les prolétaires à commettre des actes risqués (et non dangereux) c'est faire une bien faible confiance dans les capacités des prolétaires à analyser PAR EUX MEME la situation, et notamment le niveau de risque. C'est prendre les ouvriers pour des idiots, à qui il suffirait d'indiquer le chemin pour que ceux ci s'engouffrent comme des ânes.

Contrairement aux marxistes, je pense quant à moi que la classe ouvrière dispose de grandes facultés, notamment en terme d'intelligence. (tu devrai relire "De la capacité des classes ouvrières" ...)

L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux même !

précision

A la relecture, juste pur affiner ce que je voulais dire :

non pas pour le faire tout de suite maintenant, mais pour que l'idée fasse son chemin.

des mots et des actes

Bien sur les amis que les mots sont importants.

C'est d'ailleurs pour cela d'ailleurs que je vous signale qu'il existe une différence fondamentale majeure entre le KRAS et la CNT AIT de France avec le CCI. En effet le KRASS tout comme la CNT AIT se disent A-nationalistes et non inter-nationalistes ... (que le KRASS emploie le terme "international" dans son texte ne change rien au fond. Pour bien connaitre la position des compagnons, lire leur presse, en avoir discuté avec eux, c'est comme cela qu'ils se définissent,le terme "anationaliste" n'existant pas formellement en russe).

Ceci étant dit, je suis bien d'accord que ces différences, pour importantes qu'elles soient, n'interdisent pas les discussions ni même éventuellement les actions communes.

Sur EKS, votre réponse est d'une langue de bois impeccable. C'est la marque de fabrique ! 40 ans d'expériences feront toujours la différence :-) Que vous soyez vexé qu'on vous taquine sur votre ton professoral, je le comprends tout à fait. Cependant, les faits sont là ... Votre "analyse" du texte du KRAS c'est exactement un corrigé de prof sur une copie d'élève. Et c'est franchement insupportable.

(comme vous le voyez, je suis également partisan de la franchise, ce qui n'exclue pas que j'envisage qu'on puisse politiquement travailler ensembles)

Enfin, et c'est précisément parce que comme vous le dite "les idées feront leur chemin" qu'il est important dans les tracts d'indiquer, en toute franchise, ce que l'on souhaite faire (en l'occurence ici fusiller les généraux) : non pas pour le faire, mais pour que les idées fassent leur chemin. Qu'on ne puisse pas le faire aujourd'hui, que ce soit dangereux ne doit pas nous empêcher de le dire ou de l'écrire. Car après tout, oser penser à la révolution c'est aussi dangereux et interdit par les lois de la République ... ou alors il faudrait que vous auto-censuriez pour rester dans le cadre légal admissible bourgeois ?

Après, merci de ne pas me faire de faux procès. Je ne suis pas non plus de ceux qui lancent des Appels à l'insurrection, ici et maintenant, en dehors de toute considération de contexte et de rapport de force.

Cependant, ce renversement brutal, massif et collectif, cette rupture avec l'ordre établi fait partie de nos perspectives communes, non ?

Des mots et des actes

En ce qui concerne la différence entre les divergences du CCI envers EKS et envers KRASS, notre "AIT" pourrait lire avec profit le débat interne à EKS (http://fr.internationalism.org/icconline/2008/un_debat_a_eks_sur_la_greve_a_turkish_telekom_en_turquie.html) ou le CCI a également pris position dans la discussion. Et on peut lui demander en quoi est-il "paternaliste" d'exprimer un désaccord? Est-ce que le débat est interdit chez l'AIT? Quant au "paternalisme", si "AIT" veut épingler le CCI là-dessus, ne vaut-il pas mieux éviter des expressions du genre "petits professeurs du CCI"? Pourquoi "un ton aussi condescendant"?
Mais là n'est pas l'essentiel de ce que je voulais dire. Plutôt je voudrais chercher plus loin exactement ce que veut dire "AIT" par ceci: "croire que parce que le KRAS par ses textes va pousser les soldats à l'insurrection, c'est accorder au Verbe un force, une valeur que l'on n'a pas vue depuis la rédaction de la Bible!!!". Alors de deux choses l'une:
- soit, les mots n'ont pas d'importance il n'y a que les actes qui comptent, et alors on se demande pourquoi le KRASS s'est donné la peine de faire sa déclaration (dangereuse pour lui à l'occurrence), et qu'en pense "AIT" (est-ce que ce n'est que du "blabla"?);
- soit, les mots comptent même quand il s'agit des mots d'une minuscule minorité qui les publient, parce que ces mots-là maintiennent vivant l'espoir et la bannière de l'internationalisme.
Pour ma part, les mots comptent. Le CCI a raison de déclarer sa solidarité au KRASS et de saluer le grand courage dont font preuve ces camarades en publiant depuis l'Etat mafieux russe leur déclaration. Peu importe que le CCI soit marxiste et le KRASS anarcho-syndicalistes: ce sont des internationalistes et c'est ça qui compte avant tout, c'est pour ça que nous nous trouvons du même côté des barricades malgré tous les désaccords qui peuvent exister entre les deux organisations. Et justement une des meilleures expressions de solidarité qu'on peut leur apporter, depuis ici et dans la situation actuelle, c'est la franchise dans l'expression des désaccords sur leur texte.
Sans doute peu de gens - en Russie ou ailleurs - entendront l'appel du KRASS ni ces commentaires sur le sujet. Mais les idées feront leur chemin, et si l'action veut être autre chose qu'une révolte aveugle, un misérable feu de paille vite réprimé par la classe dominante, alors le débat fait partie intégrante de l'action, et tant pis pour les condescendants qui n'y voient que du "blabla".

Moi, ce que je retiens

Moi, ce que je retiens surtout de ce texte, ce n'est absolument pas les critiques et les différences mais avant tout le point commun fondamental: l'internationalisme !!!!
Et même, je salue très fort le KRASS, EKS et le CCI de refuser de se vautrer dans le nationalisme, de maintenir bien haut l'étendard internationaliste...
Je suis ok avec la démarche du CCI dans son intro: "Bien qu'il existe des désaccords sur un certain nombre de questions entre nos deux organisations, le CCI entretient des rapports politiques fraternels avec le KRASS, des rapports cimentés par les positions internationalistes que nous partageons. Comme le lecteur pourra s'en rende compte, cette prise de position vient illustrer, une fois de plus après des prises de position précédentes, notamment lors des conflits en Tchétchénie, la position parfaitement internationaliste défendue par le KRASS"

Et c'est plutôt sain que le CCI dise "oui il y a des désaccords, on peut en parler, on doit en parler mais là, sur ce coup, ce qui est le plus important c'est notre point commun: l'internationalisme" (en tout cas, c'est comme ça que je comprends et interprete sa démarche.

D'ailleurs, ça semble aussi la démarche du KRASS (si j'ai bien compris) et la démarche d'EKS... et, toujours à mon avis, c'est justement ce que ne comprends pas "Un de l'AIT"... Je lui pose donc une question: pour toi, ce point de vu commun sur la guerre, cet internationalisme, n'est -il pas le plus important, et de très très loin ????

positions différentes

La critique des positions respectives du KRASS et de l’EKS sont effectivement différentes. Cette différence vient de la distinction entre les deux prises de position : contrairement au KRASS, l’EKS appelle la classe ouvrière dans son ensemble à développer son unité pour se dresser plus massivement contre la classe exploiteuse dans les luttes futures. « Lorsque la classe ouvrière commencera à agir et à lutter de façon unie, sur son propre terrain de classe et internationalement, la bourgeoisie sera balayée. » C’est une vision à plus long terme qui ne contient pas le risque que l’appel du KRASS comporte : mettre la classe ouvrière dans une situation d’échec et de manque de perspective. La répression dont nous parlons n’apporterait que et désorientation et désolation, et finalement ne servirait que les intérêts de la classe dirigeante. Si l’EKS avait défendu les mêmes positions que le KRASS, je suis pleinement convaincu que la réponse du CCI aurait été du même ordre.
Loin de penser que le CCI fonctionne sur un mode performatif, je me pose tout de même une question quand à la profondeur des convictions politiques de celui qui écrit : « croire que parce que le KRAS par ses textes va pousser les soldats à l'insurrection, c'est accorder au Verbe un force, une valeur que l'on n'a pas vue depuis la rédaction de la Bible !!! » Peut-on soutenir un mot d’ordre dangereux, simplement parce que l’on pense que celui-ci ne sera pas suivi ? Je pense qu’il est essentiel de montrer où est le danger, et d’en débattre collectivement pour voir s’il est bien réel. Mais visiblement nous semblons d’accord pour dire que la voie montrée par le KRASS, n’est pas celle à suivre.

Traitment différentiel

Je remarque simplement que lorsqu'il s'agit de l'EKS qui ne dit rien de bien différent de ce que dit le KRAS, ils n'ont pas le droit au même ton paternaliste de la part du CCI dans les commentiares d'introduction ...

(http://fr.internationalism.org/ri392/tensions_au_kurdistan_une_position_internationaliste_venant_de_turquie.html)

Est ce le fait de se réclamer anarchosyndicalisme qui vaut de la part des petits professeurs du CCI un ton aussi condescendant ?

Ceci étant dit, croire que parce que le KRAS par ses textes va pousser les soldats à l'insurrection, c'est accorder au Verbe un force, une valeur que l'on n'a pas vue depuis la rédaction de la Bible !!!

Ce n'est pas la première fois que je remarque que vous fonctionnez sur le mode du performatif : il suffit de Dire les choses pour qu'elles se réalisent. ("quela lumière soit ... et la lumière fut ...). D'où l'importance que vous accordez aux textes sacrés du Marxisme et à leur exégèse, et aussi le travail de moine pour analyser à la virgule le moindre texte et le fait de clouer au pilori quiconque use du mauvais mot. (c'est pourquoi quand à son tour on peut vous épingler, on s'amuse :-) )

Car vous le dite bien, ce qui compte ce n'est pas tant les textes que les actes, dans la construction du rapport de force.

Or là, à part les blabla habituelles et la rengaine CCIenne classique ? Rien ...

Quels outils ?

Donc, si j’ai bien compris les positions de « Un de l’AIT», il faut pousser les soldats sur place à retourner leurs armes contre leurs propres généraux, sans même se poser la question du rapport de force, qui a pourtant une certaine importance dans l’issue d’une telle action !?
Pousser les soldats à l’insurrection sans le soutien de la classe ouvrière, revient à les précipiter vers une perte tragique, dans l’isolement le plus total. Autant leur dire de jouer à la roulette russe sans se soucier du fait que leurs chargeurs soient pleins… (Hors l’aspect aléatoire des conséquences, les deux propositions se valent !)
Et puis s’il suffit de « se donner les moyens de sa politique » pour transformer le monde, pourquoi la CNT, qui existe depuis bien longtemps, ne l’a pas déjà fait ? Ne serait-ce point le rapport de force entre les classes antagoniques qui détermine « les moyens de sa politique » ?

Je constate que les

Je constate que les militants de l’AIT qui commentent les articles du CCI ont une propenssion systématique à bavarder haineusement sur des questions à la marge des propos de fonds. Peut-être que "se donner les moyens de sa politique" commence par cerner les problèmes et y répondre.

Simplement, reprocher aux communistes, qui défendent les mouvements massifs, de ne pas user des méthodes des anarchistes est "décidément confondant".

Paternalisme ...

Le ton paternaliste et donneur de leçon du CCI est décidément confondant :

Le KRAS un petit groupe de la mouvance anarcho-syndicaliste basé principalement en Russie.

Oui c'est vrai que c'est un groupuscule, alors que le CCI est une organisation de masse ...

Quant à dire qu'il est basé "principalement en Russie" c'est un euphémisme : il est basé EXCLUSIVEMENT en Russie, où il représente la section russe de l'AIT, dont la CNT-AIT est la section française. Car il existe une internationale anarchosyndicaliste ...

> Comme le lecteur pourra s'en rende compte, cette prise de position vient illustrer, une fois de plus après des prises de position précédentes, notamment lors des conflits en Tchétchénie, la position parfaitement internationaliste défendue par le KRASS :

Merci pour la distribution de bons points !

Nous voulons toutefois préciser que les mots d'ordre adressés aux soldats qui figurent à la fin du document (désobéir aux ordres des commandants, retourner les armes contre eux, etc.), s'ils sont parfaitement justes du point de vue d'une perspective historique (et ils ont été mis en pratique lors des révolutions russe en 1917 et allemande en 1918) ne sauraient être immédiatement d'actualité, alors qu'il n'existe pas, tant dans la région qu'à l'échelle internationale, ni une puissance ni une maturité suffisantes des combats de la classe ouvrière.

Verdict du professeur, après avoir passé en revue que tous les points du programme scolaire aient bien été visés : bien mais peut mieux faire.

Ceci dit, ce que le CCI ne nous explique pas c'est que s'il faut attendre que les esprits soient mur pour dire ou faire quoique ce soit, alors à quoi sert le CCI ? Attend qu'il remise son journal, son site etc ... et prenne ses cannes à pêche et aille voire ailleurs le temps que le prolétariat mature. Et quand celui ci sera mature, il se révoltera voire se révolutionnera et le CCI pourra revenir (mais il risque alors d'être trop tard ...)

Bien sur, appeler à la désertion et à l'insoumission présente des risques, le contexte n'est pas particulièrement favorable.

Cependant l'internationalisme, ce n'est pas que le blabla et répêter des mots d'ordres en bas de tracts. C'est aussi se donner les moyens de sa politique. ce que fait la KRASS avec les anarchosyndicalistes au sein de l'AIT : la question des déserteurs risque de se poser, y compris aux soldats de l'armée française, dans les temps à venir. Le CCI est il prêt à réflechir à la question et à mettre en place des outils ? Ou bien va t il se contenter, comme d'habitude, de prêcher la bonne parole seul dans le désert ?