Propagande nationaliste aux épreuves du brevet des collèges (courrier d'une lectrice)

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Nous publions ci-dessous le courrier d'une lectrice auquel nous apportons notre soutien. Cette camarade y dénonce la pourriture idéologique de la bourgeoisie qui « n’hésite pas […] à bourrer le crâne de gamins de 14-15 ans de sa propagande nationaliste la plus grossière » lors des épreuves du brevet des collèges.


Courrier de la lectrice

Chers camarades,

En 2005, je vous avais écrit une petite lettre pour vous exprimer mon indignation devant toute la propagande déversée lors de l’épreuve d’histoire – géographie – éducation-civique du brevet des collèges. « Tout le sujet puait l’hypocrisie et la manipulation. L’Etat prétend développer à travers son école la réflexion, l’esprit critique et la compréhension du monde, mais c’est une belle mascarade.  » 1 Tous les ans, c’est à peu près la même chose, la bourgeoisie profite de cet examen officiel pour présenter ses mensonges comme des vérités officielles. Elle n’hésite pas ainsi à bourrer le crâne de gamins de 14-15 ans de sa propagande chauvine la plus grossière ! Mais cette année, elle a battu un nouveau record… j’en suis presque tombée de ma chaise.

Le résumé de l’épreuve de géographie peut tenir en une seule phrase : « La France est belle et forte, Vive la France ! ». Je n’exagère pas du tout, sans rire. Le titre de l’épreuve annonce d’ailleurs la couleur (ou, plutôt, les trois couleurs… le bleu, le blanc et le rouge) : « La puissance française dans le monde ». Tout un programme !

Le premier document à étudier est sans nuance. En voici quelques extraits en forme de pot-pourri (mais vraiment pourri) :

  • « La réussite mondiale des grandes entreprises française est spectaculaire ».

  • « Les capacités technologiques françaises (aéronautiques, spatiales…) sont de premier plan ».

  • « A cela s’ajoutent de nombreux autres atouts (…) : notre langue (…), notre politique étrangère, une de celles qui comptent, notre capacité militaire à l’extérieur (…), l’image de qualité de la vie en France (…).

  • Et pour finir en beauté : « Ce tableau ne justifie pas un excès prétentieux de confiance en soi – il y a beaucoup à faire – mais il invalide le pessimisme ambiant » !

J’accorde, en tant qu’enseignante, une mention spéciale à l’Etat pour ce passage va-t-en-guerre qui résonne aujourd’hui de manière si sinistre avec l’actualité : « A cela s’ajoutent de nombreux autres atouts (…) : notre capacité militaire à l’extérieur ». Ces dix militaires, des gosses d’à peine 20 ans, morts en Afghanistan, leurs familles en deuil, ces villages ravagés par la guerre… voici en effet un bel « atout », une belle « capacité ».

Le deuxième document vient illustrer ces affirmations chauvines. Il vante les mérites économiques de quatre grandes entreprises françaises : Danone (« N°1 mondial des produits laitiers (…). Présents dans 45 pays »), Alstom (« Un des leaders mondiaux dans les infrastructures d’énergie et de transport. Présent dans 70 pays »), Louis Vuitton (« Un des leaders mondiaux de l’industrie du luxe ») et Carrefour (« N°1 en Europe et n°2 dans le monde dans le domaine de la grande distribution »). Ce document n’est rien d’autre qu’un encart de pub, une affiche que l’on pourrait retrouver dans le métro ou sur un bus… sauf qu’il est là, planté en plein milieu des copies officielles du brevet distribuées à des collégiens.

Toute cette épreuve de géographie est de la vraie propagande en boîte !

A partir de l’étude de ces documents, les élèves doivent répondre à des questions en en appelant, normalement, à leurs capacités d’observation et de réflexion, et à leur sens critique. Voyez-vous même :

  • Question 1 : « Relevez trois secteurs économiques qui font de la France une puissance mondiale. »

  • Question 2 : « Citez deux éléments qui font de la France une puissance militaire et un élément qui montre son rayonnement culturel. »

  • Question 3 : « Sur quel continent se manifestent à la fois cette puissance militaire et ce rayonnement culturel ? »

  • Et enfin, la question à 10 points, le fameux « paragraphe argumenté » qui en appelle aux connaissances individuelles de l’élève : « A partir des informations extraites des documents et de vos connaissances personnelles, rédigez un paragraphe argumenté d’une vingtaine de lignes montrant que la France est une puissance mondiale. »

Ça frise le ridicule, hein ? Tout ce qui est demandé aux élèves, finalement, c’est de répéter sous tous les angles possibles que « oui, la France est une puissance mondiale ». « Répète après moi : ‘Vive la France !’ et tu auras ton diplôme, mon enfant ». A quand chanter La Marseillaise comme épreuve obligatoire ? Mes collègues non plus n’en sont pas revenus. En salle des professeurs, à l’issue de cette épreuve, quelques commentaires ont fusé : « C’est de la pure propagande », « il n’y a aucun argument à retenir dans le premier document de géo, juste des affirmations… et on nous dit qu’il faut apprendre aux élèves à réfléchir !? ». Le nationalisme, la glorification de la puissance guerrière,… toutes ces notions ne cessent d’être martelées de plus en plus brutalement dès le collège (et sûrement dès l’école primaire, j’essayerais de me renseigner), comme s’il fallait convaincre de plus en plus jeune et à tous prix. Pourquoi ce discours aussi caricatural et récurent ?

Je ne suis pas sûre de moi mais je pense que ce n’est pas un hasard si une telle propagande arrive après le mouvement des étudiants contre le CPE en 2006 et le mouvement des lycéens contre la loi LRU en 2007. Il s’agit d’empêcher les jeunes de réfléchir par eux-mêmes, d’occuper le terrain de la réflexion dès le plus jeune âge. La conclusion édifiante du « document 1 » révèle parfaitement cette préoccupation de la classe dominante : « Ce tableau ne justifie pas un excès prétentieux de confiance en soi – il y a beaucoup à faire – mais il invalide le pessimisme ambiant ». Invalider « le pessimisme ambiant », c’est-à-dire nier la dégradation des conditions de vie, les attaques, la noirceur de l’avenir…, voilà à quoi s’attache cette épreuve du brevet en particulier et tous les discours des politiques en général. Si la bourgeoisie le pouvait, elle conditionnerait nos enfants à la mode ‘pavlovienne’ dès le berceau ! Mais elle peut bien faire ce qu’elle veut, elle ne parviendra pas à empêcher les nouvelles générations de prendre conscience de la barbarie de ce système et de développer leur volonté de se battre pour l’avenir… à mon avis.


Fraternellement, le 22 août, Li.


PS : Je vous transmets les documents officiels pour mieux illustrer mon propos. Ça vaut le coup d’œil !


Documents de l’épreuve d’histoire-géographie-éducation civique du brevet 2008
envoyés par la camarade :

 


 

1 Nous avions à l’époque publié cette lettre dans notre journal Révolution Internationale n°360 de septembre 2005 sous le titre « Brevet des collèges : la pourriture de l'idéologie bourgeoise  ».