Conférence mondiale de la Haye : seule la révolution prolétarienne sauvera l’espèce humaine

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Pas une organisation internationale de la bourgeoisie, OMC, Banque Mondiale, OCDE, ou FMI, qui n’affiche ses préoccupations de tout mettre en œuvre pour un “ développement durable ” soucieux de l’avenir des prochaines générations. Pas un Etat qui ne proclame son souci de respecter l’environnement. Pas une organisation non gouvernementale (ONG) à vocation écologiste qui n’ait ménagé ses efforts en manifestations, pétitions, mémorandums divers. Pas un journal de la bourgeoisie qui ne se fende d’un article pseudo-scientifique sur le réchauffement global de la planète. Tout ce beau monde, pétri de bonnes intentions – n’en doutons pas ! – s’était donné retait donné rendez-vous à La Haye du 13 au 25 novembre 2000 pour définir les modalités d’application du protocole de Kyoto[1]. Pas moins de 2000 délégués, représentant 180 pays, entourés par 4000 observateurs et journalistes étaient donc sensés nous concocter la recette miracle pour en finir avec les dérèglements climatiques observés. Résultat : rien. Strictement rien. Ou plutôt si : une preuve de plus que pour la bourgeoisie, les considérations de survie de l’humanité passent loin, loin, très loin derrière la défense du capital national.

Il y a dix ans, dans l’article “ écologie : c’est le capitalisme qui pollue la Terre ” de la Revue Internationale n°63, le CCI affirmait : “ le désastre écologique est maintenant une menace tangible pour l’écosystème de la planète lui-même ”. Force est de constater que le capitalisme met cette menace à exécution. Tout au long des années 90, le saccacute;es 90, le saccage de la planète s’est poursuivi à un rythme effréné : déforestation, érosion des sols, pollution toxique de l’air, des nappes phréatiques ou des océans, pillage des ressources naturelles fossiles, disséminations de substances chimiques ou nucléaires, destruction d’espèces animales et végétales, explosion des maladies infectieuses, enfin augmentation continue de la température moyenne à la surface du globe (7 des années les plus chaudes du millénaire se sont produites dans les années 90). Les désastres écologiques sont toujours plus combinés, plus globaux, prenant souvent un caractère irréversible, avec des conséquences à long terme difficilement prévisibles.

Si la bourgeoisie s’est avérée incapable de faire quoi que ce soit pour seulement freiner cette folie destructrice, elle n’est pas pour autant restée les deux pieds dans le même sabot pour ce qui est de cacher sa propre responsabilité derrière une multitude de paravents idéologiques. Il s’agit pour la bourgeoisie de présenter les calamit&eaer les calamités écologiques - quand elle ne peut pas les ignorer purement et simplement ! - en dehors de la sphère des rapports sociaux capitalistes, en dehors de la lutte de classe. De là toutes les fausses alternatives, des mesures gouvernementales aux discours anti-mondialisation des ONG, qui visent à obscurcir la seule perspective possible pour sortir l’humanité de ce cauchemar : le renversement révolutionnaire du mode de production capitaliste par la classe ouvrière.

En effet, pour les révolutionnaires, il est clair que c’est la logique productiviste propre au capitalisme qui est en cause, comme l’a analysé Marx dans le Capital : “ Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d’ordre de l’économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise. Et elle ne s’est pas fait un instant illusion sur les douleurs d’enfantement de la richesse : mais à quoi bon des jérémiades qui ne changent rien aux fatalités historiques ? ” (Livre I – Chap. XXIV). Voilà la logique et le cynisme sans borne du capitalisme : l’accumulation du capitulation du capital et non la satisfaction des besoins humains est le but véritable de la production capitaliste et peu importe alors le sort réservé à la classe ouvrière ou à l’environnement. Avec la saturation globale des marchés, effective depuis 1914, le capitalisme est entré en décadence. C’est à dire que cette accumulation du capital est devenue toujours plus conflictuelle, toujours plus convulsive. Dès lors “ la destruction impitoyable de l’environnement par le capital prend une autre dimension et une autre qualité […] c’est l’époque dans laquelle toutes les nations capitalistes sont obligées de se concurrencer dans un marché mondial sursaturé ; une époque, par conséquent, d’économie de guerre permanente, avec une croissance disproportionnée de l’industrie lourde ; une époque caractérisée par l’irrationnel, le dédoublement inutile de complexes industriels dans chaque unité nationale, […] le surgissement de mégalopoles, […] le développement de types d’agriculture qui n’ont pas été moins dommageable écologiquement que la plupart des types d&art des types d’industrie ” (Revue Internationale n°63). Cette tendance a encore franchi un palier supplémentaire avec la phase terminale de la décadence capitaliste, sa phase de décomposition qui depuis 20 ans caractérise le pourrissement sur pied du système capitaliste dans la mesure ou ni le prolétariat, ni la bourgeoisie n’arrivent à imposer leur solution : respectivement révolution prolétarienne ou guerre généralisée.

Le capitalisme a mis le chaos et la destruction à l’ordre du jour de l’histoire. Les conséquences pour l’environnement sont catastrophiques. C’est ce que nous allons illustrer (très partiellement tant les dégâts sont nombreux) en montrant comment à chaque fois, la bourgeoisie allume des contre-feux idéologiques pour que tous ceux qui se posent légitimement la question de savoir ce qu’il serait possible de faire pour enrayer ce cycle barbare de destruction se fourvoient dans des impasses.

Par son caractère mondial et l’étendue de ses implications, la question du changement climatique est ement climatique est de première importance. Ce n’est pas pour rien que la bourgeoisie en a fait un des axes majeurs de ses campagnes médiatiques. Les pédants peuvent bien prétendre qu’ “ en matière de météorologie et de climatologie, l’homme a décidément la mémoire courte ” (Le Monde 10/09/2000) ou invoquer des peurs millénaristes, une telle attitude, dont ne se départit jamais totalement la bourgeoisie, défend implicitement le statu-quo, une position dominante, le sentiment d’être “ à l’abri ”. Le prolétariat lui ne peut se permettre ce luxe. Physiquement, ce sont toujours les ouvriers et les fractions les plus pauvres de la population mondiale qui sont atteints de plein fouet par les conséquences apocalyptiques des perturbations globales dans le cycle de vie terrestre introduites par l’apprenti sorcier capitaliste.

L’IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), en charge de la synthèse des travaux scientifiques sur les changements climatiques, dans son “ rapport pour les décideurs ” du 22 octobre 2000 rappelle les données fondamentalecute;es fondamentales observées, qui toutes traduisent une rupture qualitative dans l’évolution du climat: “ la température moyenne de surface a augmenté de 0,6°C depuis 1860 […]. De nouvelles analyses indiquent que le XXe siècle a probablement connu le réchauffement le plus important de tous les siècles depuis mille ans dans l’hémisphère Nord […] La surface de la couverture neigeuse a diminué d’environ 10% depuis la fin des années 1960 et la période de glaciation des lacs et des rivières a diminué d’environ deux semaines dans l’hémisphère Nord pendant le XXe siècle. […] diminution de l’épaisseur de la glace de 40% en Arctique […] le niveau moyen des mers s’est élevé de 10 cm à 20 cm pendant le XXe siècle […] le rythme d’élévation des mers pendant le XXe siècle a été environ dix fois plus important que pendant les derniers trois mille ans. […] Les précipitations ont augmenté de 0,5 à 1 % par décennie pendant le XXe siècle sur la plupart des continents de moyenne et haute latitudes de l’hémisphère Nord. La pluie a dimiNord. La pluie a diminué sur la plupart des terres intertropicales ”.

Cette fracture est encore plus nette si l’on considère les concentrations des gaz dits à effet de serre[2], puisque “ depuis le début de l’ère industrielle, la composition chimique de la planète a subi une évolution sans précédent[3], ce que ne peut nier le rapport de l’IPCC : “ Depuis 1750, la concentration atmosphérique de gaz carbonique (CO2) s’est accrue d’un tiers. La concentration actuelle n’a jamais été dépassée depuis quatre cent vingt mille ans et probablement pas durant les vingt millions d’années passées. […] Le taux de concentration de méthane (CH4) dans l’atmosphère a été multiplié par 2,5 depuis 1750 et continue de s’accroître ”. En fait c’est essentiellement au XXe siècle, particulièrement dans les dernières décennies, et non depunnies, et non depuis 1750 que ces changements ont été observés.

Le simple fait de mettre en parallèle la durée de la décadence du capitalisme avec des périodes de l’ordre de centaines de milliers d’années, voire de millions d’années, est en soi l’acte d’accusation le plus formidable qui puisse être dressé de l’incurie et de l’irresponsabilité démentielle du capitalisme comme mode de production, car c’est un fait incontestable que ces mutations sont le résultat direct de l’activité sauvage et anarchique de l’industrie et de transports à combustions fossiles. Il va sans dire que si dans la même période le capitalisme a considérablement développé ses capacités productrices, la classe ouvrière et la plus grande partie de la population de la planète n’en ont pas récolté les fruits. De ce point de vue, le bilan social et humain de la décadence capitaliste, fait de guerres et de misère, est terriblement plus sombre encore que le bilan “ climatique ” et ne saurait donc aucunement tenir lieu de circonstance atténuante[4].

Par ailleurs, le fait que le rapport de l’IPCC signale que “ les preuves d’une influence humaine sur le climat global sont plus fortes maintenant qu’au moment du deuxième rapport ” de 1995, n’est là que pour dédouaner la bourgeoisie qui n’a eu de cesse de manipuler le discours scientifique tout au long des années 1990 en posant de mauvaises questions. Ainsi, une fois le réchauffement admis (très en retard par rapport aux études scientifiques), la question de la bourgeoisie fut : quelle est la preuve formelle que ce réchauffement est lié à l’activité industrielle et non pas à un cycle naturel ? Sous cette forme directe, il était effectivement difficile de répondre scientifiquement. Par contre ce qui a toujours été particulièrement flagrant, c’est cette rupture qualitative dans l’évolution observée du climat, décrite plus haut, alors même que les tendances cycliques du climat (parfaitement connues et modélisées car pilotées par des paramètress paramètres astronomiques tels que la variation de l’orbite terrestre, de l’inclinaison de l’axe de rotation de la terre, etc.) nous situent dans une période de glaciation relative depuis 1000 ans et pour 5000 ans encore. Et comme si ce n’était pas assez, deux autres paramètres vont également dans le sens du refroidissement : le cycle d’activité solaire et l’augmentation des particules dans l’atmosphère… augmentation due également à la pollution industrielle (mais aussi aux éruptions volcaniques). C’est assez dire l’hypocrisie de la bourgeoisie qui attendait des “ preuves ” ! Maintenant qu’il est difficile de contester l’origine anthropique du réchauffement, la nouvelle question qui occupe les médias bourgeois est : peut on démontrer formellement le lien entre ce réchauffement et les phénomènes extrêmes récemment observés (cyclones Mitch et Eline, tempêtes en France, inondations au Venezuela, en Grande Bretagne, etc.) ? Encore une fois la communauté scientifique est bien en mal de répondre à ce questionnement très peu… scientifique, dont le seul objectif est de distiller l&f est de distiller l’idée que finalement ce réchauffement n’aura pas forcément des conséquences sensibles. Des organismes officiels tels Météo-France s’en sortent par des formules jésuitiques assez délectables: “ il n’est pas démontré que les évènements extrêmes récents soient le signe d’un changement climatique, mais lorsque ce changement climatique sera pleinement perceptible, il est vraisemblable qu’il puisse s’accompagner d’une augmentation des évènements extrêmes ” !

Et d’ici 2100, les changements climatiques à venir sont sidérants, toujours selon l’IPCC : “ l’accroissement moyen de la température de surface est estimé devoir être de 1,5 à 6°C […] cette augmentation serait sans précédent dans les dix mille dernières années ” tandis que l’élévation des mers serait de 0,47 mètre en moyenne, “ ce qui est deux à quatre fois le taux observé pendant le XXe siècle ”. Encore, ces prévisions n&#prévisions n’intègrent-elles pas le rythme réel de déforestation (au rythme actuel, toutes les forêts auront disparu dans 600 ans). Aussi terribles et meurtrières que pourraient être les conséquences probables de ces variations climatiques en terme d’inondations, de cyclones dans certaines zones et de sécheresses ailleurs, en terme de pénurie d’eau potable, de disparitions d’espèces animales, etc., pour Dominique Frommel, directeur de recherche à l’INSERM, “ le principal danger n’est pas là. Il se trouve dans la dépendance de l’homme à son environnement. Les migrations, la surconcentration humaine en milieu urbain, la diminution des réserves aquafères, la pollution et la pauvreté ont, de tout temps [mais le capitalisme a particulièrement développé mégalopoles, pauvreté et pollution !], créé des conditions propices à la diffusion des micro-organismes infectieux. Or la capacité reproductrice et infectieuse de nombre d’insectes et rongeurs, vecteurs de parasites ou de virus, est fonction de la température et de l’humidité du milieu. Autrement dit, une hausse de la températ la température, même modeste, donne le feu vert à l’expansion de nombreux agents pathogènes pour l’homme et l’animal. C’est ainsi que des maladies parasitaires – telles que le paludisme, les schistosomiases et la maladie du sommeil – ou des infections virales comme la dengue, certaines encéphalites et fièvres hémorragiques – ont gagné du terrain ces dernières années. Soit elles ont fait leur réapparition dans des secteurs où elles avaient disparu, soit elles touchent à présent des régions jusque là épargnées. […] Les projections pour l’an 2050 montrent que le paludisme menacera 3 milliards d’êtres humains. […] De la même façon, le nombre des maladies transmises par l’eau se multiplie. Le réchauffement des eaux douces favorise la prolifération des bactéries. Celui des eaux salines – en particulier quand elles sont enrichies d’effluents humains – permet aux phytoplanctons, véritables viviers de bacilles cholériques, de se reproduire à une cadence accélérée. Pratiquement disparu d’Amérique latine à partir de 1960, le choléra a fait 1 368 05te;ra a fait 1 368 053 victimes entre 1991 et 1996. Parallèlement de nouvelles infections surgissent ou débordent bien au-delà des niches écologiques où elles restaient jusque-là confinées. […] la médecine reste désarmée, malgré ses progrès, devant l’explosion de maintes pathologies inattendues. L’épidémiologie des maladies infectieuses […] pourrait prendre au XXIème siècle de nouveaux visages, notamment avec l’expansion des zoonoses, ces infections transmissibles de l’animal vertébré à l’homme, et vice versa ” (Manière de Voir n°50 p. 77).

A ce niveau de responsabilité historique, la riposte idéologique de la bourgeoisie a été d’organiser de gigantesques kermesses hyper médiatisées, qui du Sommet de la Terre de Rio (1992) à La Haye en passant par Kyoto et Berlin, veulent nous faire croire que la classe dominante aurait enfin pris conscience des dangers qui menacent la planète. La mystification opère à plusieurs niveaux.

D’abord faire croire qued faire croire que si les objectifs fixés à Kyoto étaient atteints, cela constituerait un premier pas significatif. Hors, non seulement de toute évidence les objectifs ne seront pas atteints, mais même si c’était le cas, le rythme dérisoire fixé ne saurait remettre en cause la tendance actuelle au réchauffement. Toutes les ONG et tous les partis écologistes qui s’inscrivent à fond dans la problématique des discussions sur les modalités d’application du protocole de Kyoto, participent donc de cette mystification. En aucun il ne peut s’agir d’un premier pas en avant, tout au plus un pas de coté.

Deuxièmement, faire croire que si les Etats n’arrivent pas toujours à s’entendre, c’est parce qu’ils auraient une vision différente des moyens de parvenir à l’objectif commun de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En fait, chaque capital national défend ses intérêts bien compris et essaie d’imposer par le biais des négociations des normes de production aussi proches que possible des siennes, de ses capacités technologiques, de son mode d’approvisioode d’approvisionnement énergétique, etc. Par exemple, ni la France ni les USA ne respectent les engagements de Kyoto (depuis 1990 les émissions de gaz carbonique ont été de +11% pour les USA et de +6,5% pour la France), mais quand le président Chirac déclare que “ c’est d’abord vers les Américains que se porte l’espoir d’une limitation efficace des gaz à effet de serre ” (Le Monde 20/11/2000), il faut traduire: dans la guerre commerciale qui nous oppose, nous aimerions bien vous mettre un boulet au pied. Il en est de même pour la mise en place d’un système d’ “ observance ” réclamé par l’Union Européenne pour taxer financièrement ceux qui dépasseraient les quotas de pollution (encore une fois, il n’est pas question d’empêcher la pollution). Autant demander aux USA de financer Airbus et de brider la production de Boeing ! Pour les pays du tiers-monde, c’est encore plus simple : le poids de la crise, de la dette et de la misère, rendent systématiques le pillage des ressources naturelles et le laissez-faire accordé aux grandes compagnies occidentales qui alimente la corruption locale. ruption locale. C’est une réalité indépassable du capitalisme. Dans ce cadre, tout soutient à une mesure plutôt qu’une autre revient à faire le jeu d’un ou plusieurs Etats.

Enfin, dernière mystification, celle si chère aux réformistes de tous poils : l’idée qu’il faut lutter pour un capitalisme propre, respectueux de l’environnement, sans concurrence, un capitalisme imaginaire. Cette sainte croisade se fait au nom de l’anti-mondialisation et adresse ses déchirantes suppliques à l’Etat pour qu’il légifère, taxe, contraigne les multinationales honnies. Mais de la même façon que la législation du travail ne freine en rien l’exploitation capitaliste, le chômage, la misère et surtout n’empêche pas de passer outre cette législation si besoin est, de même toute législation, contrainte fiscale ou autre mesure à prétention écologiste ne pourrait être que quelque chose de parfaitement assimilable par le capitalisme, voire de favorable à la modernisation de l’appareil productif, quand il ne s’agirait pas purement et simplement d’une fmplement d’une forme déguisée de protectionnisme ou de justificatif commode pour des mesures anti-ouvrières (licenciements pour fermeture d’usines polluantes, baisse de salaires pour absorber les coût de mise aux normes, etc.). De ce point de vue les écotaxes (je pollue mais je paye... un peu) et le marché des permis d’émission de gaz à effet de serre dont le principe est admis, montrent le chemin du réalisme capitaliste en matière de lutte contre la pollution et le réchauffement global !

C’est pour cette raison que les tenants de l’écologie politique et les ONG les plus cohérents en viennent à justifier les mesures à prendre du point de vue de la rentabilité du capital lui-même et il n’est pas rare de les voir investir, à titre consultant, les centres de décision de la bourgeoisie. C’est évident pour les partis “ verts ” qui participent à de nombreux gouvernements (France, Allemagne) mais aussi pour des ONG comme le “ World Conservation Monitoring Centre ”, devenu une antenne des Nations Unies et soutenant que “ les politiques et mesures concernant le chures concernant le changement climatique doivent avoir un rapport efficacité/frais de façon à assurer des bénéfices globaux au coût le plus faible possible ”. Dans le même sens, les pourvoyeurs de l’idéologie anti-mondialisation (concrètement anti-USA) en France, Le Monde Dilomatique, s’offusque de ce que “ l’impact combiné des coûts sociaux du transport automobile – bruit, pollution de l’air, congestion de la circulation, consommation d’espace et manque de sécurité – pourrait représenter jusqu’à 5% du produit national brut (PNB) ” (Manière de Voir n°50 p. 70). Cette conversion au réalisme écologique peut aussi prendre la forme d’une aide effective à l’Etat comme on a pu le voir avec les offres de service de Greenpeace après le naufrage du chimiquier Ievoli-Sun au large des côtes françaises en novembre 2000.

C’est une caractéristique de tous les courants écologistes, ONG ou partis, que de faire de l’Etat capitaliste le garant des intérêts communs. Leur mode d’action se veut donc fondamentalemet donc fondamentalement a-classiste (puisque nous sommes tous concernés) et démocratique (ce sont aussi les champions de la démocratie locale) : c’est la pression populaire, le sursaut citoyen, qui doivent imposer à l’Etat (qu’on imagine sincèrement ému par une telle mobilisation) de prendre des mesures en faveur de l’environnement. Il va sans dire qu’une telle forme de contestation, qui ne remet en cause ni les fondements du mode de production capitaliste ni le pouvoir politique de la classe dominante, est totalement assimilé par la bourgeoisie. Et pour ceux qui n’adhéreraient pas à ces contes de fées, leur démoralisation est encore une victoire de la bourgeoisie.

Nous avons vu qu’il est parfaitement illusoire de penser qu’il existerait des mécanismes intégrés au capitalisme qui permettraient d’en finir avec les désastres écologiques[5] alors que ceux-ci sont le résultat du fonctionnement le plus intime du capitalisme. Ce sont donc les rapports sociaux capitalistes qu’il faut extirper pour établir une sociét&ea société dont la satisfaction des besoins humains, au centre du mode de production, ne se ferait pas aux dépends de l’environnement naturel puisque les deux sont indissociablement liés. Une telle société, le communisme, ne peut être mis en œuvre que par le prolétariat, la seule force sociale ayant développé une conscience et une pratique qui tendent à “ révolutionner le monde existant ”, à “ transformer pratiquement l’état de chose donné ” (Marx, Idéologie Allemande).

Dès son apparition comme théorie révolutionnaire du prolétariat, le marxisme s’est affirmé contre l’idéologie bourgeoise, y compris contre les conceptions matérialistes jusque là les plus avancées, qui ne voyaient dans la nature qu’un objet extérieur à l’homme et non pas une nature historique. La maîtrise de la nature n’a donc jamais signifié pour le prolétariat le saccage de la nature : “ à chaque pas il nous est rappelé, qu’en aucune façon, nous ne régnons sur eacute;gnons sur la nature comme un conquérant sur un peuple étranger, comme quelqu’un en dehors de la nature – mais que nous, avec notre chair, notre sang et notre cerveau, appartenons à la nature, existons en son sein, et que toute notre supériorité consiste dans le fait que nous avons l’avantage sur toutes les autres créatures d’être capables d’apprendre ses lois et de les appliquer correctement ” (Engels, Dialectique de la Nature).

Il reste évident que la prise de conscience de la gravité des problèmes écologiques ne peut être en soi un facteur de mobilisation dans les luttes que la classe ouvrière devra mener jusqu’à la révolution communiste, comme nous le disions dans la Revue Internationale n°63 et confirmé par les 10 dernières années: “ la question en tant que telle ne permet pas au prolétariat de s’affirmer comme force sociale distincte. Au contraire […] elle fournit à la bourgeoisie un prétexte idéal pour ses campagnes interclassistes […]. La classe ouvrière ne pourra prendre en charge la question écologique dans sa totalité totalité qu’après avoir pris le pourvoir politique au niveau mondial ”. Mais les aberrations de ce système capitaliste en pleine décomposition touchent aussi directement les prolétaires (santé, alimentation, logement) et à ce titre peuvent ressurgir comme élément de radicalisation dans les luttes économiques à venir.

Quand à tous les éléments étrangers au prolétariat mais sincèrement révoltés par le spectacle affligeant du massacre de la planète, la seule issue constructive à leur indignation est de faire la critique de l’idéologie écologiste, et, comme les y invitait le Manifeste Communiste de se hisser à la compréhension générale de l’histoire de la lutte de classes et de rejoindre le combat du prolétariat dans ses organisations révolutionnaires.

La lutte contre la destruction de l’environnement n’est pas un problème technique, mais politique : plus que jamais le capitalisme est un danger mortel pour l’a survie de l’humanité et plus que jamais l’avenir demais l’avenir de l’humanité est entre les mains du prolétariat. Il ne s’agit nullement d’une vision messianique ou abstraite. C’est une nécessité qui trouve ses racines dans la réalité du mode de production capitaliste. Pour trancher le nœud de l’histoire humaine entre révolution communiste ou plongée dans la barbarie, le prolétariat devra faire vite. Plus le temps passe, plus la décomposition accélérée de la société capitaliste laissera un héritage apocalyptique à gérer par la société communiste.

 

1Le protocole de Kyoto (décembre 1997) est la pétition de principes des Etats signataires de la convention sur les changements climatiques de Rio de Janeiro (1992), s’engageant à réduire de 5,2% d’ici 2010 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990.

2L’effet de serre est un “ processus [qui] fait jouer un rôle considérable aux gaz minoritaires de l’atmosphère (vapeur d’eau, dioxyde de carbone, méthane, ozone) : en empêchant le rayonnement infrarouge terrestre de quitter librement la planète, ils maintiennent suffisamment de chaleur près du sol pour rendre la planète habitable (elle aurait autrement une température moyenne de -18°C) ” (Hervé Le Treut, directeur de recherche au Laboratoire de Météorologie Dynamique à Paris - Le Monde 07/08/2000).

3Hervé Le Treut, idem.

4Voir l’article “ Le siècle le plus barbare de l’histoire ” dans la Revue Internationale n°101

5Nous ne pouvons développer faute de place les autres facettes du désastre écologique : désertification et déforestation incontrôlée, disparitions d’espèces animales avec les pertes médicinales potentielles que cela implique (d’ici 2010, 20% des espèces connues auront disparu, dont un tiers des espèces domestiques), empoissonnement permanent à la dioxine, utilisation massive de pesticides toxiques, pénurie d’eau potable (un enfant meurt toutes les 8 secondes de manque d’eau ou d’eau de mauvaise qualité), contamination nucléaire militaire et civile, saccage de régions entières pour l’exploitation pétrolière, épuisement des ressources océaniques, guerres locales, etc. Comme pour le réchauffement global, les “ solutions ” de la bourgeoisie sont de masquer la réalité quand elle peut et dans tous les cas de continuer de l’aggraver.