L'année 88 s'est
terminée sur une flambée massive de colère et de combativité qui s'est exprimée
en particulier parmi les ouvriers du secteur public. Aujourd'hui encore la
lutte dans les hôpitaux, notamment celle des infirmières, est dans toutes les
mémoires, et c'est en effet, une importante expérience que vient de faire la
classe ouvrière en France.
La
nécessité d'en tirer des leçons pour les luttes à venir est primordiale. C'est
une réflexion qui doit se mener aujourd'hui au sein de la classe ouvrière avec
détermination, profondeur, lucidité, avec un esprit critique sans concessions.
Cet
état d'esprit, cette démarche, elle en a d'autant plus besoin que la
bourgeoisie fait tout pour miner, empoisonner sa réflexion.
A
entendre toutes les fractions de la bourgeoisie, en particulier la gauche et
les gauchistes, il faudrait retenir des luttes de l'automne 88 que :
les infirmières ont été victorieuses puisqu'elles ont obtenu quelque chose,
leur lutte a fait preuve d'une grande force parce qu'elles sont restées entre
elles, parce qu'elles se sont battues essentiellement sur des revendications
qui ne concernaient qu'elles, et surtout parce qu'elles se sont dotées
d'organes de lutte efficaces, hors des syndicats : les coordinations.
Ces
leçons que tire la bourgeoisie n'ont rien à voir avec la réalité :
1)
S'il faut parler de victoire, c'est plutôt de celle de la bourgeoisie.
D'abord,
parce que les augmentations de salaires obtenues par les infirmières sont loin
de rattraper les pertes accumulées durant des années et la baisse réelle de
leur niveau de vie. Parce que le gouvernement n'a rien cédé en réalité (depuis
sa mise en place le gouvernement Rocard avait prévu ces augmentations dans son
budget normal) d'autant qu'il a réussi à mettre au placard les autres
revendications aussi importantes que les salaires (effectifs, cadences...).
Mais surtout, parce que les autres secteurs en lutte se sont battus pour rien. Ainsi
la bourgeoisie a réussi le tour de force de faire passer le gouvernement Rocard
comme un gouvernement de "dialogue" (la presse bourgeoise appelle
cela "la méthode Rocard"), "compréhensif',
"conciliant", sans avoir fondamentalement rien cédé. 2) Quant à la
"force" des infirmières, c'est en fait de leur principale faiblesse
que la bourgeoisie cherche à faire l'apologie : le corporatisme le plus étroit.
Que ce soit à travers la dynamique vers l'isolement donnée à leur lutte qui les
amenait à s'enfermer dans leur "tour d'ivoire", ou à travers la mise
en avant de revendications les plus spécifiques à leur corporation (voire même
à chacune des catégories), les plus bassement élitistes pour certaines (Bac +
3) au détriment des revendications qui concernent la plus grande majorité des
travailleurs. Même la revendication des "2000 F pour tous" est
unificatrice en apparence et démagogique en réalité.
Pour
ce qui est des coordinations qui auraient été une arme efficace pour les
infirmières, rien n'est plus faux et mensonger :
les coordinations, en particulier "la coordination infirmière", ont
joué le rôle de "cheval de Troie" de la bourgeoisie dans la lutte
pour faire le même sale boulot de
sabotage (division, enfermement corporatiste et dispersion du mouvement) que
celui que font habituellement les syndicats traditionnels;
de plus, elles ont dépossédé les travailleurs de leur lutte, comme le font les
syndicats classiques, tout en leur donnant l'illusion qu'ils la prenaient
réellement en charge.
Cette
"force" que la gauche et les gauchistes célèbrent aujourd'hui tourne
le dos en fait à la véritable lutte de classe, massive,
unie, seule capable de faire plier la bourgeoisie.
En
fait, ce dont les ouvriers doivent se convaincre aujourd'hui, c'est que le
sabotage de ce mouvement de lutte n'a pas concerné que les infirmières ou les
hospitaliers, mais bien l'ensemble de la classe ouvrière. Ce qu'ils doivent
comprendre, c'est qu'ils ont subi une gigantesque manœuvre, préparée de longue
date par le PS, les syndicats qui lui sont proches et les gauchistes de Lutte
Ouvrière et de la Ligue Communiste Révolutionnaire, dont le but était, à
travers la lutte des infirmières, par son déclenchement prématuré, et son
contrôle par les coordinations, d'entamer un travail de dispersion de la
combativité montante dans toute la classe ouvrière. C'est ce que les coordinations
et tous les syndicats (CGT en tête) ont réussi à faire et à développer durant
tout l'automne 88, non seulement dans les hôpitaux, mais surtout dans la
fonction publique (PTT, RATP) à Paris comme en province.
Il
y a là une leçon fondamentale que la classe ouvrière doit tirer et faire sienne
pour ses prochaines luttes : la bourgeoisie, ne pouvant éviter que la
colère et la combativité ne se développent partout contre ses politiques
d'austérité et de misère, met en place une stratégie visant à empêcher que cela
ne débouche sur des mouvements massifs qui pourraient s'unifier, d'où la
nécessité pour elle de disperser les forces ouvrières notamment en déclenchant
prématurément la bataille à travers un secteur ouvrier qu'elle peut contrôler.
Aujourd'hui,
il est plus que jamais nécessaire pour la classe ouvrière de s'armer contre un
ennemi prêt à tout, en tirant toutes les leçons de ses luttes et expériences,
en particulier celles de l'automne 88. C'est ce travail auquel cette brochure
(constituée en partie d'articles parus dans Révolution Internationale et dans
la revue internationale) veut participer activement et profondément. Le CCI, à
travers celle-ci, et parce que c'est sa responsabilité d'organisation
révolutionnaire, se donne comme objectif de rétablir la vérité sur ce mouvement
de lutte contre les mensonges colportés par la bourgeoisie. Et de tirer les
véritables leçons de cette expérience pour la classe ouvrière contre les
fausses leçons qui lui sont proposées, en la mettant en garde contre les pièges
(l'isolement corporatiste, la division et l'éparpillement de ses luttes) qui
lui sont tendus, en cherchant à la débarrasser des illusions qui lui restent
vis à vis des syndicats et de celles qu'elle peut caresser encore vis à vis des
coordinations.
Et
si la bourgeoisie encense aujourd'hui avec tant d"'enthousiasme" les
coordinations, c'est pour mieux accentuer et exploiter les illusions de la
classe ouvrières vis à vis de ces organes, c'est pour mieux la pousser à les
adopter et à les suivre dans ses prochaines luttes.
La
bourgeoisie cherche à empoisonner la conscience ouvrière : c'est comme cela
qu'elle prépare les prochaines confrontations.
Contrecarrer cette attaque politique et assimiler les leçons de cette
nouvelle expérience de lutte est fondamental pour la classe ouvrière: le sort
de ses luttes à venir en dépend.
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