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Révolution Internationale 2026 - n° 506 - 508

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Révolution internationale

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Révolution internationale n°506 - janvier avril 2026

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Une lutte impitoyable entre factions bourgeoises dont le prolétariat est la première victime !

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Un épouvantable massacre ! La répression qui s’abat sur les manifestants en Iran n’a plus aucune limite ; le régime des mollahs, la faction de la bourgeoisie iranienne au pouvoir, joue sa survie, elle le sait et répond comme toutes les fractions bourgeoises dans la même situation : elle tire dans le tas ! Elle massacre comme elle l’avait déjà fait de sinistre mémoire lors des manifestations de 2019 contre la hausse soudaine du prix de l’essence ou lors des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini en 2022. Mais aujourd’hui, cette faction particulièrement rétrograde de la bourgeoisie iranienne est acculée par une contestation et une colère devenues générales dans le pays et riposte avec une cruauté inouïe pour tenter de maintenir sa domination. À l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 12.000 morts sont entassés dans les morgues du pays[1], sans compter les blessés, notamment aux yeux, les forces de répression privilégiant le tir visant la tête. Plus de 26.000 personnes ont été arrêtées[2] et des milliers de condamnations à mort sont prononcées, faisant de cette répression de grande ampleur le plus grand massacre depuis les exécutions massives de 1988.

Cependant, cette répression ne fera qu’accroître la détestation du régime et ne résoudra en rien les convulsions économiques qui secouent le pays. L’économie iranienne souffre de plus en plus du poids de l’économie de guerre, avec des dépenses militaires considérables, et elle a ainsi dû faire face à l’effondrement de la monnaie nationale (elle a perdu 30% de sa valeur en 2025) et à l’inflation hors de contrôle (52% officiellement). Rien n’arrêtera l’appauvrissement d’une partie croissante de la population et la misère qui touche diverses couches sociales. Mais sur le désespoir économique sont très vite venus se greffer des revendications politiques liées à la contestation des factions bourgeoises rétrogrades au pouvoir.

Parties du bazar de Téhéran, pourtant un pilier politique du régime en place, les manifestations ont rapidement avancé des slogans en faveur d’un soutien renforcé à l’économie nationale («Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l’Iran»), qui exprimaient les doléances des commerçants et propriétaires de biens immobiliers. Malgré les tentatives du régime d’endiguer le mécontentement social en lâchant un peu de lest sur les «libertés individuelles», le mouvement initié par diverses factions de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie a pris de l’ampleur et sur cet élan sont venues s’agréger massivement des masses de manifestants issus de toutes les couches de la société. La colère qui s’exprimait massivement fin décembre dans une majorité de la population ne se laissait plus apaiser par quelques concessions superficielles et se transformait en véritables émeutes dans tout le pays.

Une impasse mortifère exploitée par la bourgeoisie

L’ampleur de la colère et du désespoir («de toute façon, on est déjà mort», cri de ralliement des émeutiers) constitue une matérialisation tragique de la décomposition du capitalisme, qui engendre indignation et révolte contre la corruption, la misère et la répression. Toutefois, par leur origine située dans la bourgeoisie et petite-bourgeoisie, par leur orientation nationaliste en faveur du sauvetage de l’économie nationale, ces émeutes se développaient sur un terrain menant nécessairement à leur instrumentalisation par différentes fractions de la bourgeoisie iranienne au profit des intérêts de l’opposition, elle-même gangrenée de rivalités et de haines recuites entre différentes factions, toutes incapables de présenter une alternative pour la gestion du pays, telle faction appelant à «démocratiser» l’Iran, telles autres au retour du fils de l’ex-Shah… Derrière ces cliques rivales se cachent aussi des vautours impérialistes, chacun avec son agenda, tel Trump qui promettait une aide aux émeutiers et que des manifestants appelaient à intervenir militairement d’urgence pour soutenir le mouvement.

Quelle que soit l’issue de ces confrontations intérieures et des ingérences extérieures, l’Iran court un risque majeur de dislocation car il est composé d’une mosaïque de minorités, avec la présence de Kurdes, Azéris, Arabes et Baloutches, sur lesquelles agissent factions locales et puissances étrangères. Les tendances centrifuges menant à la désintégration du pays ne peuvent que s’accroître et menacent d’enfoncer non seulement le pays mais aussi toute la région du Proche et Moyen-Orient dans une immense instabilité et dans la barbarie. L’appel à se ranger derrière les intérêts de telle ou telle faction de la bourgeoisie est dès lors un terrible piège dans lequel le prolétariat iranien doit éviter de tomber, au risque de voir toute une génération d’ouvriers fauchée au seul profit de cliques bourgeoises sans avenir et tout aussi barbares et exploiteuses que les mollahs. Alors que le capitalisme s’enfonce inexorablement dans le chaos, aucune faction de la bourgeoisie n’a de perspective à offrir autre que la barbarie et la misère.

L’hypocrisie sans bornes des bourgeoisies mondiales

L’hypocrisie de la bourgeoisie mondiale est sans bornes quand il s’agit d’œuvrer à la promotion de ses propres intérêts nationaux. Ainsi, la Russie et la Chine, alliées du régime sanglant de Téhéran, s’inquiètent cyniquement «face au spectre d’un chaos dans le pays» et appellent à «la paix et la stabilité» (sic). Les différents États européens, de leur côté, se sont limités à convoquer les ambassadeurs d’Iran pour exprimer leur «désapprobation» face à la situation. Quant à Trump, il a fait croire aux manifestants en Iran qu’il était de leur côté, leur a promis de venir à leur secours et a menacé le régime des Mollahs de terrifiantes représailles… pour en fin de compte faire volte-face et laisser le champ libre à la répression sanglante tout en assurant cyniquement avoir eu des garanties du pouvoir iranien que la répression allait cesser. En réalité, Trump se moque bien de la population iranienne : il s’agit surtout pour lui de régler ses comptes avec un régime ennemi des États-Unis depuis 1979, de l’empêcher de développer sa puissance nucléaire et de continuer à jouer les trouble-fête au Moyen-Orient, et enfin de mettre en évidence la puissance militaire inégalée des États-Unis, tout en subissant la pression des monarchies pétrolières arabes qui craignent par-dessus tout une implosion de l’Iran qui entraînerait l’explosion du chaos dans toute la région du golfe. Enfin, Israël non plus ne cache absolument pas son hypocrisie. Y a-t-il un régime qui ait montré plus ouvertement sa cruauté ces deux dernières années ? Après des bombardements massifs en Palestine, au Liban, en Syrie ou en Iran, après le massacre d’innocents palestiniens dans la bande de Gaza et les attaques incessantes contre les Palestiniens en Cisjordanie, Netanyahou ose carrément se présenter en défenseur du peuple iranien contre le «joug de la tyrannie», en appelant la population à descendre dans la rue pour se faire massacrer. En réalité, il fait le calcul cynique que ces affrontements affaibliront encore plus le concurrent impérialiste iranien dans la région.

Quant au régime des Mollahs, qui invoque sans ciller sa supériorité «révolutionnaire» et morale et qui prétend, soutenu par une partie de l’extrême gauche «anti-impérialiste», lutter contre la domination impérialiste des États-Unis et d’Israël dans le monde, il n’a clairement rien à envier à ces derniers au sujet du cynisme et de la barbarie, que ce soit à travers la gigantesque corruption qui gangrène le régime, ou la répression brutale qu’il exerce sur sa propre population, tant lors des manifestations qu’en exécutant massivement des membres de l’opposition politique.

Toutes les bourgeoisies du monde sont du même acabit que les massacreurs de Téhéran. Toutes ont d’une manière ou d’une autre versé le sang de populations et de prolétaires lors de leurs guerres et autres croisades impérialistes, ou simplement lors de leurs nombreuses opérations de répression sauvage. Loin d’être un cas isolé, l’Iran est l’expression caricaturale d’une tendance de fond de la période de décomposition du capitalisme que nous vivons : l’effondrement incontrôlable de l’économie mondiale, la paupérisation absolue de parties de plus en plus importantes de l’humanité, y compris dans les pays centraux, le développement tous azimuts des tensions impérialistes menant à une explosion générale de l’armement, la tendance de tous les régimes, qu’ils soient démocratiques ou non, à un mode de gouvernement totalitaire de plus en plus ouvertement répressif. Face à cette situation, la classe ouvrière doit éviter de se laisser entraîner dans le piège bourgeois des révoltes pour «changer le régime» et ne pas se laisser entraîner dans les règlements de compte des différentes factions de la classe dominante. Elle doit au contraire mener le combat sur ses propres revendications, à partir de la défense de ses propres intérêts de classe, comme le prolétariat iranien a pu le faire à différentes reprises depuis la fin des années 1970. Ce sera pour lui le seul moyen de politiser à terme son combat lui permettant d’affirmer sa perspective révolutionnaire.

HG / 15.01.26


[1]Selon Iran International et CBS News le 20.01.26.

[2]Chiffres avancés par Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis.

Géographique: 

  • Moyen Orient [1]
  • Iran [2]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [3]

Evènements historiques: 

  • Répression et massacre en Iran [4]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • Capitalisme d'Etat [5]

Rubrique: 

Carnage en Iran

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Liens
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