Aux États-Unis aussi, la putréfaction du capitalisme mondial s’accélère

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Depuis le retour de Trump à la Maison blanche, le chaos mondial qui s’était déjà fortement manifesté accélère de plus belle sa course effrénée : partout la guerre s’enlise et accumule les cadavres, les catastrophes climatiques, l’instabilité, la fragmentation des appareils politique. La violence et la brutalité ne font que redoubler plongeant davantage la planète dans un tourbillon mortifère. L’incurie croissante de la bourgeoisie, dont les mœurs de voyous et de vandales éclaboussent les écrans,[1] souligne à quel point le mode de production capitaliste précipite l’humanité vers sa destruction.

Terreur et désolation aux États-Unis

La situation intérieure de la première puissance mondiale, les États-Unis, est devenue emblématique de cette dynamique macabre qui alimente une véritable tragédie humaine. Dans toutes les grandes villes américaines, des rafles d’une grande sauvagerie se déploient contre les immigrés. Les meurtres de sang-froid par la police se banalisent, comme en atteste les morts de Renée Nicole Good, tuée à bout portant dans sa voiture, ou Alex Pretti, mort lui aussi de la même manière à Minneapolis.[2] Le moindre accent suspect ou la couleur de peau jugée trop basanée sont motifs à une arrestation brutale. Sans mandat, les portes des domiciles d’étrangers présumés illégaux sont forcées. Dans les parcs publics, comme celui du Centre de Los Angeles l’été dernier, très fréquenté par les latinos, la police de l’immigration,[3] en tenue de combat, s’est précipitée vers les tables de pique-nique et les balançoires pour procéder à des arrestations musclées. Il en va de même dans les rues, les hôpitaux, les lieux de cultes… Les enfants sont raflés sans vergogne sur le chemin de l’école, comme ce fut le cas pour le petit Liam, âgé de seulement 5 ans, conduit avec son père dans un centre de détention à 1.500 kilomètres de leur domicile. Une telle politique de terreur, où les immigrés n’osent même plus sortir de chez eux, conduit forcément la population indignée à réagir.

La bourgeoisie exploite la colère qu’elle génère

Face à ces violences et au racisme ambiant décuplé, cultivé par des actions qui répugnent autant qu’elles inquiètent, une grande majorité de la population exprime sa colère, notamment contre les méthodes de l’ICE dont les agents sont régulièrement sifflés, pris à partie, traités de «nazis» ou d’«agent de la Gestapo». Un peu partout, dès le mois de juin, des manifestations se sont organisées et multipliées, étendues, accompagnées de scènes d’émeutes. À Los Angeles, suite aux déclarations provocatrices de Trump, assurant que la Ville était «envahie par des ennemis étrangers», des affrontements violents se sont produits durant plusieurs nuits entre les protestataires et les forces de l’ordre. Une situation qui a amené Trump à déployer 700 Marines basés dans le sud de la Californie, ajoutant à ceux déjà présents 2.000 membres de la Garde nationale.

Partout ailleurs, les manifestations se sont multipliées : à New York, Washington, Boston, San Francisco, Seattle, Chicago, Austin, Dallas… et dernièrement à Minneapolis. Dans cette ville phare du Minnesota, des milliers de manifestants ont bravé le froid pour dénoncer une telle barbarie et les meurtres de deux manifestants, obligeant finalement Trump à faire marche arrière et à retirer ses sbires de l’ICE de la ville.

Pourtant, malgré la massivité des mobilisations, toutes ces manifestations n’ont pas arrêté Trump, n’ont pas fait cesser les exactions de la police de l’immigration. Pourquoi ? Certes, la colère qui a drainé des millions de personnes dans toute l’Amérique est légitime, mais ce n’est pas la classe ouvrière, avec ses armes de combat, qui s’est mobilisée contre la barbarie de la bourgeoisie, c’est la population des citoyens contre une faction de la bourgeoisie, celle de Trump et sa clique. Et c’est très différent ! En effet, les manifestations ont été aussitôt impulsées par de nombreuses composantes du milieu associatif, comme l’American Civil Liberties Union, MoveOn, Greepeace, ou encore par le mouvement syndical, revendiquant une société «plus équitable», prônant la défense des principes d’une «démocratie participative» contre «l’autoritarisme» du  trumpisme, sans remettre en cause le moins du monde le système capitaliste. Si Trump et sa milice de l’ICE sont ignobles, ils sont à l’image de tout le capitalisme, de toutes les bourgeoisies ! Faut-il rappeler la politique du Parti démocrate américain, qui pleure aujourd’hui des larmes de crocodiles alors qu’il n’a cessé, sous Biden et Obama, de refouler massivement les migrants et de séparer des enfants hispaniques de leur famille ? Faut-il rappeler les ignobles camps de concentration aux marges de l’Europe, soi-disant paradis des droits de l’homme et du progressisme, et les dizaines de milliers de cadavres qui peuplent les fonds de la Méditerranée et de la Manche ? Tous mènent des politiques parfaitement inhumaines à l’égard des migrants !

En fait, les associations et partis de gauche tentent encore de détourner le prolétariat de son combat de classe, de lui faire croire que c’est en tant que citoyen qu’il faut se battre, que son salut réside dans la défense de la démocratie bourgeoise. Ce mouvement protéiforme présente en cela un grand danger pour la classe ouvrière, déjà contenu dans son nom : «No kings». En effet, son appellation issue de la gauche bourgeoise, a pour origine le slogan des insurgés de la Révolution américaine, un slogan nationaliste qui rejetait en son temps la monarchie anglaise.

Tous ces mouvements n’ont donc rien de prolétarien ni de véritablement spontané et ont été, dès le départ, organisés et instrumentalisés sur un terrain bourgeois. Il n’est donc pas étonnant que ces mouvements aient été soutenus par des personnalités du show-business et par le Parti démocrate, Obama en tête.

Il s’agit donc là d’un véritable piège idéologique, comme ce fût le cas, dans le passé, du mouvement Black Live Matters suite au meurtre ignoble de George Floyd par la police, qui risque d’entraîner la classe ouvrière sur le faux terrain de la bourgeoisie, celui qui l’amène à soutenir une fraction bourgeoise soi-disant plus «progressiste» contre une autre, en défense de la «démocratie» ou d’une «bonne police», ou celui du piège de «l’anti-populisme» ou de «l’antifascisme». Bref, à choisir une faction bourgeoise contre une autre, à se bercer d’illusion sur un capitalisme plus juste. Une telle situation constitue donc un obstacle supplémentaire contre la prise de conscience de la classe ouvrière, un véritable danger pour le maintien de l’autonomie de sa lutte.

Affrontements au sein de la classe dominante

Ce danger est d’autant plus réel que la situation de plus en plus chaotique aux États-Unis est marquée par des affrontements croissants et brutaux au sein de la classe dominante, dont les diverses fractions putréfiées n’expriment autre chose que l’impasse d’un système capitaliste agonisant.

Ceci se manifeste d’une part sur le plan des options impérialistes, telles les avances de Trump envers la Russie, qui ont provoqué l’indignation de factions importantes, y compris au sein du parti Républicain et des forces armées, mais aussi la multiplication des interventions armées dans le monde qui déplaisent à certaines factions MAGA. Il en va de même en ce qui concerne sa politique économique et climatique déstabilisante, ouvertement contestée lors du forum de Davos par le discours du gouverneur démocrate de la Californie Gary Newsom. Par ailleurs, Trump n’hésite pas à favoriser de manière éhontée son clan et les factions qui le soutiennent tout en limogeant et poursuivant en justice ses adversaires, accentuant les divisions entre factions, y compris au sein de son propre camp (telles les critiques de la «Trumpiste historique» Marjorie Taylor Greene ou de l’influenceur pro-Trump Joe Rogan qui compare ICE à la Gestapo), renforçant ainsi la spirale d’imprévisibilité et de chaos.[4]

Cette situation produit une atmosphère particulièrement délétère, dans un pays fragmenté et de plus en plus clivé. Tout cela ne peut qu’avoir des répercussions négatives en Amérique-même et laisse entrevoir de plus grandes fractures encore avec la perspective de confrontations plus ouvertes, où le précédent assaut du Capitole par les hordes MAGA pourrait faire pâle figure à côté des menaces contenues et des rivalités croissantes qui risquent d’enflammer les diverses fractions de la bourgeoisie américaine.

C’est vers ces affrontements mortifères sans fin et de plus en plus violents que la bourgeoisie cherche à mobiliser la population !

Face à la barbarie, quelle perspective pour la classe ouvrière ?

Cela signifie-t-il qu’il n’y ait pour autant rien à faire pour la classe ouvrière ? Bien sûr que non ! Elle aussi est révulsée par le sort des migrants. Et la classe ouvrière, «native» ou «immigrée», subit comme partout une détérioration croissante de ses conditions de vie. Aux États-Unis, on parle ouvertement de la «crise du coût de la vie» («affordability») avec 66 % de la population ayant des difficultés à joindre les deux bouts. Comme ailleurs, la crise de surproduction mondiale, aggravée par la pression des dépenses militaires et l’inflation, engendre une misère qui se propage de plus en plus rapidement et touche les autochtones comme les immigrés. D’autant plus que partout la bourgeoisie demande davantage de sacrifices pour acheter ses armes et répandre la mort partout sur la planète !

En réalité, le prolétariat n’est pas encore en mesure d’arrêter les guerres ou de freiner le chaos actuel. Il lui faudra développer sa conscience politique pour être capable de réellement rejeter pleinement les pièges que lui tend la bourgeoisie, pour retourner contre celle-ci son indignation face aux cruautés infligées aux migrants. Mais il est la seule force capable, à terme, de donner une orientation alternative à la société, Et ce, d’abord à condition de résister à la crise par la lutte de manière solidaire.

Pour l’instant, il ne doit pas céder, ni s’engager derrière les pièges idéologiques qui lui sont tendus. Il doit au contraire mener une réflexion en profondeur sur la véritable manière d’être solidaire avec les migrants et plus largement avec tous ses frères de classe. Et, aujourd’hui, seule une réponse sur le terrain de la défense commune des intérêts ouvriers, sur le terrain de la défense des conditions de vie et des salaires peut apporter un début de réponse.

Ce début de réponse, on le trouve bien évidemment dans les luttes que le prolétariat a commencé à engager au niveau international depuis 2022, suite aux grèves et manifestations massives en Grande-Bretagne, en France et aux Etats-Unis même, pour dire «ça suffit !». Mais tout aussi significatives sont les luttes récentes aux États-Unis qui se déroulent dans des conditions particulièrement défavorables et que la classe dominante cherche à masquer et à torpiller. Au cours de ces mêmes mois où les médias nous ont inondés des fanfaronnades de Trump dans l’Air Force One, une lutte importante était en effet en cours parmi les 15.000 infirmières des hôpitaux de l’État de New York. Une lutte qui a duré plus de quatre semaines.

Alors que les mouvements engagés sur un terrain bourgeois n’ont d’autre perspective que les risques d’affrontements stériles et destructeurs entre factions bourgeoises toutes aussi barbares les unes que les autres, les luttes des infirmières représentent un pas singulier vers le futur. Cette lutte, parce qu’elle est potentiellement celle dans laquelle tous les prolétaires, immigrés et natifs, peuvent se reconnaître, contient une dimension universelle. Cette petite flamme ne demande qu’à nourrir un feu bien plus vaste, celui d’une lutte internationale, capable, à terme, de se politiser au point d’affirmer la perspective communiste. Une lutte qui permettra de poser les conditions nécessaires en vue d’abattre le capitalisme et proposer un autre monde sans classe ni exploitation.

WH, 16 février 2026


[1]Dont l’affaire Epstein n’est que le dessus de l’iceberg.

[2]Et ce ne sont pas les seuls cas : Keith Porter, par exemple, père de deux enfants, a été tué le soir du Nouvel an par un agent de l’ICE devant son immeuble à Los Angeles.

[3]Le tristement célèbre Service de l’immigration et des douanes des États-Unis ou ICE.

[4]Cf. «Venezuela, Groenland… Derrière les coups de force, les États-Unis exacerbent le chaos capitaliste !», Révolution internationale n° 506.

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Terreur de l’ICE, manifestations “no kings”…