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ICConline - 2026

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ICConline - janvier 2026

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Coup de force des États-Unis au Venezuela: Tous les États sont impérialistes! Le capitalisme, c’est la guerre!

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Il aura suffi d’une nuit aux forces spéciales américaines pour enlever Nicolas Maduro en plein cœur de Caracas, et l’incarcérer dans une prison new-yorkaise. Cette impressionnante démonstration de force destinée à décapiter le pouvoir vénézuélien a été l’occasion de nouvelles fanfaronnades de Donald Trump et d’un avertissement au monde : « Aucune nation au monde ne peut accomplir ce que nous avons accompli » !

Derrière Trump et Maduro, la même barbarie capitaliste

Les soutiens de Trump y sont allés de l’habituel numéro de défenseurs de la démocratie : en renversant un dictateur, l’Amérique aurait exporté « la paix, la liberté et la justice pour le grand peuple du Venezuela ».

La bouffonnerie passe mal, cette fois-ci. Car Trump ne s’embarrasse même plus du droit international, cache-sexe mensonger dont les grandes puissances, États-Unis en tête, se sont prévalues jusqu’à présent pour justifier leurs menées impérialistes et imposer leur « ordre » depuis 1945. L’armée américaine est ainsi intervenue en dehors de tout cadre légal sous le prétexte fumeux de lutter contre le narco-terrorisme. Et Trump n’a pas même hésité à lourdement justifier son intervention par les juteux profits que pourrait générer, selon lui, la main-mise américaine sur le pétrole vénézuélien. Trump et sa clique n’ont donc que faire de la démocratie ; ils n’avaient qu’un objectif en tête : renverser un régime peu accommodant, placer le Venezuela sous tutelle et administrer une énorme gifle à ses rivaux, notamment la Russie et surtout la Chine qui est à l’offensive depuis des années et s’implante en Amérique Latine : « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question » (Trump).

Bien sûr, les soutiens de Maduro, en particulier les forces d’encadrement du capital que sont les partis de la gauche « radicale », ont aussitôt dénoncé une atteinte au droit international et une « agression impérialiste ». Le régime bolivarien ; à la tête d’un pays « non aligné » représenterait, selon eux, un foyer de résistance à « l’impérialisme américain ».

Ce discours est une véritable tartufferie ! Le Venezuela est loin de la petite victime innocente de l’ogre américain. Dans leur confrontation avec les États-Unis, Maduro, et Chavez avant lui, se sont adjoints sans ciller le soutien de la Russie de Poutine et de la République islamique d’Iran, démontrant par là-même que Caracas est, comme tous les pays du monde, aussi faibles soient-ils, un authentique rouage de l’impérialisme, de ses guerres et de ses pillages. Si le Venezuela ne fait clairement pas le poids militairement face au mastodonte américain, ses dirigeants n’ont pas hésité à utiliser tant le pétrole que les cartels comme armes de guerre. En véritable corridor de la cocaïne produite en Colombie, le Venezuela a ainsi largement contribué à la déferlante de drogues chez ses ennemis.

Les partis de gauche peuvent bien vanter le « socialisme du XXIe siècle », les « dirigeants bolivariens » ne sont qu’une clique bourgeoise détestée et corrompue jusqu’à l’os. Chavez et Maduro ont tous deux menés une politique systématique de précarisation du travail et de renforcement de l’exploitation, appauvrissant la population comme jamais et réprimant dans le sang les nombreuses manifestations de colère qui ont émaillé leur règne. Le pays compte des milliers de prisonniers politiques. Les enlèvements, la torture et les exécutions extrajudiciaires sont monnaies courantes. Ce « paradis sur terre » de 28 millions d’habitants compte 8 millions de réfugiés, soit le taux le plus élevé du monde ! Le « terrorisme » de Maduro, c’est d’abord contre la classe ouvrière qu’il l’a exercé !

Comme lors de chaque conflit, la bourgeoisie cherche à nous faire choisir un camp bourgeois contre un autre, à nous enfermer dans une fausse alternative entre nations en guerre. Mais, nulle part, ni aux États-Unis, ni au Venezuela, ni en Ukraine, ni en Russie, ni en Israël, ni en Palestine, aucune faction bourgeoise ne porte le moindre espoir d’un monde plus juste et en paix. Car ce monde, c’est celui d’un capitalisme irrémédiablement en crise, où tous les États, qu’ils soient démocratiques ou autoritaires, populistes ou libéraux, sont en concurrence, tous sont impérialistes et sont des agents actifs de la destruction et du chaos.

Une nouvelle étape dans le chaos est franchie

L’Amérique Latine est un concentré de la barbarie dans laquelle s’enfonce le capitalisme. Misère rampante, trafics en tout genre, corruption à grande échelle, délitement des structures sociales et étatiques… le continent apparaît de plus en plus comme un gigantesque Far West. À travers son opération militaire, Trump y importe la guerre et la promesse d’accélérer considérablement ce chaos.

Aujourd’hui, Trump plastronne, sûr de la toute puissance de son armée : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse ». Mais les ennuis ne font que commencer. Loin du scénario « idéal » du coup d’État de 1973 au Chili, Washington n’est plus en mesure de remplacer à sa guise un dirigeant par un autre. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide, lorsque les bourgeoisies se montraient encore disciplinées et soucieuses de préserver les intérêts généraux du capital national dans le cadre de leur bloc militaire.

Désormais, sans l’existence de ces blocs, le chacun-pour-soi et le chaos règnent en maîtres. Les États-Unis ont passé vingt ans à tenter, en vain, d’instaurer un gouvernement stable en Afghanistan, en Irak, en Libye ou en Syrie. Même si Trump n’a « pas peur d’envoyer des troupes sur le terrain », il en sera de même au Venezuela. Quoi qu’il arrive, l’Administration américaine devra composer avec une bourgeoisie vénézuélienne extrêmement divisée1 et que Maduro avait difficilement réussi à mettre au pas. Ce que risque de récolter Trump, c’est un État impuissant, un pays fracturé, misérable et anarchique, une plaque tournante gangrenée par tous les trafics et le point de départ de nouvelles vagues d’émigration.

Tout cela risque d’ailleurs de déstabiliser le continent entier et d’imposer aux États-Unis une fuite en avant dans les interventions et aventures militaires. La Colombie voisine a déjà déployé ses troupes à la frontière, craignant les conséquences d’une crise humanitaire et des conflits entre cartels. Même le gouvernement américain est conscient de l’instabilité à venir : « Nous sommes prêts à lancer une deuxième attaque plus importante si nécessaire », a lancé Trump. Et son Secrétaire d’État, Marco Rubio, a déjà menacé Cuba avec des propos dignes d’un mafieux de cinéma : « Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais au moins un peu inquiet… »

Les conséquences de cette intervention vont même au-delà du seul continent américain. Trump vient de piétiner toutes les instances internationales de régulation destinées à encadrer les rivalités entre nations et de s’essuyer les pieds sur le cadre légal qui avait permis aux États-Unis de s’imposer, par le passé, en gendarme du monde. Trump prend acte du fait que les États-Unis n’ont plus le pouvoir d’imposer un ordre mondial face à l’avènement du chacun-pour-soi. Aussi, il exploite encore plus brutalement l’immense supériorité militaire américaine pour imposer les intérêts américains. Au milieu du chaos, seule la force à valeur de Loi.

De fait, l’opération Absolute Resolve n’est pas qu’un coup porté au grand rival chinois, c’est aussi un avertissement aux Européens : alors que Trump a fait part de son intention de faire main basse sur les vastes réserves d’hydrocarbure du Venezuela, les États-Unis n’hésiteront pas à poignarder leurs « alliés » dans le dos si la défense des intérêts stratégiques américains le nécessite. Katie Miller, l’épouse du directeur de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, a ainsi publié, le jour de l’enlèvement de Maduro, une photo du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une légende pour le moins explicite : « bientôt »…

Le capitalisme n’a plus rien à offrir à l’humanité que toujours plus de guerres et de barbarie. La seule force qui peut mettre fin à la guerre capitaliste, c’est la classe ouvrière, parce qu’elle porte en elle une perspective révolutionnaire, celle du renversement du capitalisme. Ce sont les luttes révolutionnaires du prolétariat en Russie et en Allemagne qui ont mis fin à la Première Guerre mondiale ! La paix réelle et définitive, partout, la classe ouvrière devra la conquérir en renversant le capitalisme à l’échelle mondiale. Il lui faudra des années de luttes pour reconquérir son identité de classe et ses armes de combat. Mais il n’y a pas d’autre chemin pour renverser ce système moribond et destructeur !

EG, 4 janvier 2026

 

 

 

1 D’ailleurs, les États-Unis n’ont pas caché que l’opération Absolute Resolve avait été permise grâce à des complicités au plus haut niveau de l’État.

Géographique: 

  • Vénézuela [1]
  • Etats-Unis [2]

Personnages: 

  • Donald Trump [3]
  • Nicolas Maduro [4]

Récent et en cours: 

  • Socialisme du XXIe siècle [5]
  • Absolute Resolve [6]
  • Enlèvement de Nicolas Maduro [7]

L'atrocité de Bondi Beach: Derrière les actes terroristes, un capitalisme en putréfaction

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Le 14 décembre dernier, sur le sable de Bondi Beach, en Australie, deux hommes armés, un père et son fils, ont utilisé deux fusils d’assaut, détenus légalement, pour ouvrir le feu sur un grand rassemblement marquant le début de la fête juive d’Hanoukka. Quinze personnes ont été tuées par les deux hommes, dont une fillette de 10 ans et un vieillard qui avait survécu à l'Holocauste. L'aîné des deux tireurs avait fait l'objet d'une enquête de la police australienne pour ses liens avec l'État islamique en 2019. Des dizaines d'autres personnes ont été blessées. Comme c'est désormais habituel dans ces manifestations de l'horreur capitaliste, des individus ont fait preuve d'un grand courage et d'un grand honneur en essayant de protéger leurs semblables et, comme c'est également habituel dans ces cas-là, les forces de l’ordre étaient impuissantes. La première réaction du gouvernement australien, par la voix du Premier ministre Anthony Albanese et de ses collaborateurs, a été de défendre leur État et sa «démocratie», tout en promettant de renforcer encore les mesures de sécurité et de répression qui pèseront avant tout sur la classe ouvrière. Ce dernier massacre d'innocents survient dix ans après la fusillade de Charlie Hebdo à Paris, la fusillade de masse au Bataclan à Paris, l'attentat à la bombe de l'aéroport de Bruxelles il y a neuf ans et, il y a huit ans, l'attentat à la bombe de la Manchester Arena pendant un concert, perpétré par un individu dont la famille djihadiste libyenne basée à Manchester travaillait pour le MI6. Au cours de ces quatre événements, tous étroitement liés aux intérêts impérialistes, plus de 200 personnes de tous âges ont été tuées et des milliers d'autres blessées par des engins explosifs sur lesquels était inscrit «à qui de droit». Le massacre de civils, qui a toujours été une caractéristique des systèmes oppressifs, atteint sans cesse de nouveaux sommets révoltants sous le capitalisme, qui se débat dans sa propre décomposition. Et au milieu de tout cela, les dirigeants ne peuvent qu'offrir leurs «condoléances» hypocrites et vides de sens aux victimes de leur propre système, tout en promettant de fliquer davantage les populations.

La décomposition du capitalisme, système pourrissant sur pied, s'accompagne d'une augmentation de tous les niveaux de violence aveugle, d'atrocités en tous genre, au premier rang desquels celle des États dans le renforcement de la terreur destinée au maintien de leur domination et de la défense de leurs intérêts impérialistes, que ce soit par la violence sociale exacerbée jusqu’au cœur des grandes puissances capitaliste, la guerre ou du terrorisme. Grandissant dans et entourés par cette putréfaction mondiale, la santé mentale des plus fragiles ne peut qu'être affectée et souvent déformée par les forces du désespoir, par l'absence d'avenir et de perspectives que le capitalisme maintient et généralise à travers le monde. Ainsi, les attaques aveugles explosent un peu partout : contre les écoliers et les étudiants, contre de simples passants… Elles sont en augmentation partout, devenues courantes et banales, tout comme les attaques des élèves contre les enseignants : «La société se fragmente et se désintègre. Le chômage, la misère, les problèmes de logement, de travail et de santé sont omniprésents. Partout, les guerres se multiplient. Partout, la planète part à vau-l'eau. Partout, l'angoisse de ne voir aucun avenir.»[1] Les jeunes sont particulièrement touchés par cette barbarie croissante. Ils se retrouvent désorientés, confus et psychologiquement affectés par la morbidité et la destruction qui les entourent.

Les États ne se soucient nullement des victimes et exploitent cyniquement les actes violents qui se produisent chez eux ou dans d'autres États. Ainsi, le boucher Netanyahu instrumentalise l’attaque en Australie en fustigeant le Premier ministre Albanese, affirmant que ce dernier «a laissé la maladie de l'antisémitisme se propager« en raison de son soutien à un État palestinien. Pour sa part, Albanese propose «un moment d'unité nationale», tout en préconisant de nouvelles mesures qui renforcent encore la machine répressive de l'État. La classe dirigeante lance généralement des campagnes idéologiques massives au moment de ces atrocités, attisant les divisions raciales et mettant en œuvre des mesures qui n’ont jamais permis de protéger la population, mais à accroître son contrôle totalitaire sur la société et se donner davantage de moyens pour réprimer la classe ouvrière. Et en Occident en particulier, la bourgeoisie la plus expérimentée utilise ces atrocités, non pas pour s'attaquer à leurs causes profondes, car elles échappent à son contrôle, mais pour défendre le mensonge de l'État démocratique.

Les effets de la décomposition, la violence, les destructions, l'irrationalité et l'absurdité du capitalisme resteront une menace mortelle pour l'humanité et un danger constant pour la classe ouvrière et sa lutte. Tant que le capitalisme existera, ces menaces ne feront que devenir plus manifestes et plus graves. Il y a eu des moments importants dans l'histoire qui montrent que seule la lutte de la classe ouvrière (et de la classe ouvrière seule) peut repousser la barbarie et les attaques de la classe dirigeante et ouvrir une perspective pour l'avenir de l'humanité : la révolution communiste. En 1905, en Russie, les travailleurs ont défendu les Juifs contre les pogroms déclenchés par le régime tsariste pour contrer la vague révolutionnaire ; en 1941, aux Pays-Bas, au plus fort de la guerre mondiale et de la contre-révolution, les travailleurs d'Amsterdam ont mené des grèves entravant autant que possible les mesures antijuives des nazis qui travaillaient en collaboration avec les autorités néerlandaises; en Hongrie, en 1956, lorsque les travailleurs sont descendus dans la rue pour s'opposer à la répression sanglante de la bourgeoisie à Poznan en Pologne, en France en 1968, lorsque les jeunes travailleurs ont manifesté leur solidarité avec les étudiants en se joignant à eux lorsqu'ils étaient attaqués par la police. Qu'il s'agisse d'une attaque terroriste ou d'un individu psychologiquement perturbé, la classe ouvrière ne peut pas faire grand-chose pour empêcher de tels événements, qui ne peuvent que se multiplier avec la décomposition du capitalisme. En s'impliquant dans les campagnes de la classe dirigeante autour de tels événements, elle ne peut que renier les principes de son combat. Ce que la classe ouvrière peut et doit faire, comme elle a commencé à l’exprimer avec force et vigueur en 2022, c'est développer sa propre lutte contre ce système pourri, car c'est dans cette lutte que réside sa force politique et la possibilité d’affirmer la perspective d'un avenir qui peut dépasser les horreurs du capitalisme.

Baboon, 24 décembre 2025


[1] Lire notre article « Assassinat dans les établissements scolaires : Derrière les actes monstrueux, une société monstrueuse ! [8] ».

Géographique: 

  • Australasie [9]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Rubrique: 

Barbarie du capitalisme

La démocratie est un piège pour la conscience et le combat de classe

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Lettre d’un contact

J’ai beaucoup de mal à accepter votre point de vue sur l’instauration d’une dictature du prolétariat.

De toutes les formes de société, la démocratie est, selon moi, la meilleure. Parce que dans une démocratie, la liberté d’expression est respectée. C’est grâce à notre forme de société démocratique que le CCI peut exprimer ses critiques à l’égard du système capitaliste. Dans une dictature fasciste, par exemple, le CCI n’aurait pas pu critiquer le système capitaliste. Si le CCI avait tout de même exprimé son opinion contre le capitalisme, vous auriez probablement disparu dans des camps de concentration. Mais dans une dictature du prolétariat, les libéraux, par exemple, ne peuvent pas critiquer le communisme. Si les libéraux avaient tout de même exprimé leur critique du communisme, ils auraient probablement disparu dans des camps de rééducation. C’est pourquoi je suis en faveur d’une société démocratique et contre toute forme de dictature. Car dans une société démocratique, toutes les opinions sont respectées.

Notre réponse

Le camarade pose dans son courrier une question importante qui est au cœur de la mystification sur la démocratie que la classe dominante veut enfoncer dans le crâne des exploités : dans une véritable démocratie, tous les individus seraient égaux («un homme, une voix») et, même si sa mise en œuvre n’est pas parfaite, les «citoyens» auraient pour tâche de défendre l’État démocratique qui est, selon les mots de Churchill, «le moins mauvais de tous les systèmes».

Nous saluons le sens des responsabilités du camarade en ce qu’il exprime très explicitement un désaccord de fond, ou du moins un questionnement, sur une position fondamentale du CCI et de l’héritage du marxisme en général. Cependant, sans vouloir offenser le camarade, la vision qu’il exprime dans son courrier ignore totalement les conditions dans laquelle la démocratie bourgeoise a émergé et s’est développée, au premier rang desquelles figurent les massacres des États démocratiques à l’égard du prolétariat en lutte et leur férocité contre les organisations révolutionnaires dès que celles-ci commencent à représenter le moindre danger pour l’ordre établi. Car c’est bien la démocratique République française qui a exterminé la Commune de Paris, c’est la démocratique République de Weimar qui a écrasé la révolution allemande de 1918-1919 dans le sang, ce sont les «grandes démocraties occidentales» qui ont pourchassé, bien souvent main dans la main avec les régimes autocratiques, fascistes ou staliniens, des révolutionnaires comme Rosa Luxemburg ou Léon Trotsky.

Alors, d’où vient ce décalage entre l’histoire sanglante de la démocratie bourgeoise et l’idée du camarade selon laquelle «dans une société démocratique, toutes les opinions sont respectées» ? Bien souvent, la difficulté ne se trouve pas dans la réponse, mais dans la façon de poser la question. Dans son courrier, le camarade parle de la démocratie comme un concept abstrait, celui de «démocratie en général» compris en dehors de l’histoire et des rapports entre les classes. Mais, dans l’histoire, il n’a jamais existé de «démocratie en général». Dès l’antiquité, la démocratie athénienne était l’organisation politique des propriétaires d’esclaves qui exerçaient impitoyablement leur domination sur la masse des exploités. De même, aujourd’hui, il n’existe aucune «démocratie en général» : il n’existe que des démocraties bourgeoises, qui se révèlent, comme nous allons tenter d’en convaincre le camarade et nos lecteurs, n’être qu’une machine à opprimer la classe ouvrière et l’arme la plus sophistiquée de la bourgeoisie pour exercer sa dictature sur le reste de la société.

La démocratie bourgeoise, c’est la dictature de la bourgeoise

En effet, pour les marxistes, la société actuelle n’est pas un ensemble d’individus égaux, une sorte d’agora où toutes les opinions viendraient se confronter librement sur le marché des idées. Au contraire, la société actuelle est divisée en classes aux intérêts contradictoires, une société dans laquelle la bourgeoisie domine et exploite le prolétariat. C’est ainsi qu’au XIXe siècle, les différentes fractions de la classe dominante ont pu se partager le pouvoir au Parlement en cherchant à en exclure le prolétariat (par le suffrage censitaire, par exemple). Le mouvement ouvrier se battait pourtant alors pour l’établissement d’États démocratiques. Pourquoi ? Parce que la «démocratie en général» est «le moins mauvais de tous les systèmes» ? Parce que le marxisme se faisait des illusions sur la possibilité de renverser le capitalisme grâce au Parlement ? Non ! Le courant marxiste voyait plus loin encore. La démocratie était alors l’arme de la bourgeoisie révolutionnaire contre les vieilles structures féodales qui s’accrochaient encore au pouvoir, et la classe ouvrière pouvait encore arracher des réformes véritables (temps de travail, salaires, fin du travail des enfants, etc.) au capitalisme à son apogée. Dans les deux cas, il s’agissait de favoriser le développement du prolétariat pour… mieux renverser le capitalisme et son État démocratique. Systématiquement, la bourgeoisie réprimait dans le sang les revendications démocratiques de la classe ouvrière.

Cependant, avec l’entrée du capitalisme dans sa phase de décadence à partir de la Première Guerre mondiale, les conditions d’exercice du pouvoir changeaient. La concurrence impérialiste s’exacerbait entre nations, contraignant la bourgeoisie à davantage de discipline derrière l’État. Le Parlement devenait une simple chambre d’enregistrement des directives du pouvoir Exécutif et le capitalisme n’était plus en mesure d’accorder de véritables réformes à la classe ouvrière. Partout, la forme démocratique de l’État devenait une coquille vide, une pure mystification idéologique destinée à entraver la perspective révolutionnaire désormais à l’ordre du jour.

La structure démocratique de l’État est, comme toutes les autres formes d’État au sein du capitalisme (dictature militaire, fascisme, stalinisme, etc.), un instrument visant à assurer et à perpétuer la domination de la bourgeoisie sur la société. C’en est même la forme la plus sophistiquée :

— le «suffrage universel» s’est avéré l’un des moyens les plus efficaces pour dissimuler la dictature du capital derrière l’illusion d’un «peuple souverain». C’est encore l’un des instruments privilégiés pour canaliser à la fois le mécontentement de la classe ouvrière et pour entretenir l’illusion qu’il est possible de rendre le monde capitaliste plus juste et plus humain grâce à la démocratie. Pour les marxistes, au contraire, depuis que le capitalisme est entré dans sa période de décadence (au moment de la Première Guerre mondiale), le prolétariat n’a plus aucune réforme réellement positive à arracher à la bourgeoisie, le capitalisme est devenu un système irrémédiablement réactionnaire et destructeur. Ce n’est pas un hasard si la bourgeoisie a commencé à pousser massivement le prolétariat vers les urnes avec l’entrée du capitalisme dans sa période de décadence, en particulier dans les pays où la classe ouvrière est fortement concentrée et expérimentée.

— La «liberté de la presse» est parfaitement compatible avec le monopole de l’information par la bourgeoisie et ses grands médias. Ces derniers ont pour rôle de diffuser les communiqués officiels de l’État et de noyer (avec les réseaux sociaux) la vérité sous un déluge quotidien de mensonges, de fausses informations et d’absurdités. Le message diffusé ad nauseam par le rouleau compresseur de la presse bourgeoise, c’est qu’il n’y a pas d’autre alternative au capitalisme. Et lorsque l’État démocratique le juge nécessaire, la liberté de la presse peut également être «restreinte» à tout moment, comme le font tous les gouvernements pendant les guerres ou lorsque le prolétariat défend sa perspective révolutionnaire.

— La «liberté d’expression et d’association», tout comme la «liberté d’opinion» sont elles aussi des mystifications, «tolérés»… tant qu’elles ne menacent pas le pouvoir de la bourgeoisie et ses intérêts impérialistes. Les exemples de restrictions ostentatoires de ces «libertés» ne manquent pas, y compris à l’égard de fractions bourgeoises concurrentes. Aux États-Unis, «champion mondial de la démocratie» et «patrie des droits de l’homme», des citoyens américains ont été persécutés pour leurs sympathies de gauche pendant la période du maccarthysme dans les années 1950. Lors de la grande grève de Mai 1968 en France, des groupes d’extrême gauche ont été interdits et leurs dirigeants arrêtés. Au cours de l’année dernière, le groupe Palestine Action en Grande-Bretagne a été qualifié d’organisation terroriste et mis sur liste noire. Depuis sa création en 1975 et malgré sa taille relativement modeste, le CCI n’a pas non plus été épargnée : ses militants ont également été suivis, intimidés et soumis à des perquisitions.

Comme l’écrivait Lénine dans L’État et la révolution (1917), «la république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme ; aussi bien le Capital, après s’en être emparé […] assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d’institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise». En bref, la démocratie bourgeoise est un exact synonyme de dictature de la bourgeoisie.

Mais qu’en est-il de la dictature du prolétariat ?

Au cours de l’histoire, aucune classe opprimée n’a pu renverser l’ancienne société sans passer par une révolution et une phase de dictature destinée à briser par la force la résistance de la classe dominante du passé, prête à toutes les extrémités pour conserver sa domination. C’est ainsi que la bourgeoisie a dû, à l’image des révolutions américaine et française, arracher l’appareil d’État des mains de l’aristocratie, menant, au nom de la démocratie et des Droits de l’Homme, une politique de répression et de terreur à l’égard de la contre-révolution.

Toutefois, comme l’a enseigné la Commune de Paris et l’expérience révolutionnaire de 1917-1923, la classe ouvrière ne peut pas, elle, utiliser l’État bourgeois pour établir sa propre domination sur la société. En effet, l’État n’est pas un instrument neutre qui pourrait tout aussi bien servir à la défense des privilèges des exploiteurs qu’au bénéfice de la classe exploitée. Au contraire, sous toutes ses formes, l’État est par essence un instrument de la domination d’une classe sur la société. Engels, dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, démontre très bien que l’État est un produit spécifique de la société de classe, destiné à maintenir, par la coercition (armée, police, justice, surveillance, contrôle social…), la cohésion de la société au profit de la classe dominante, un instrument de violence dirigé contre les classes exploitées. La tâche de la révolution prolétarienne, qui contient la disparition des classes et de l’exploitation, est donc de détruire de fond en comble l’État bourgeois[1]. Et l’arme politique de cette destruction, ce sont les conseils ouvriers. Ces conseils ne sont pas un vœu pieu, ni une utopie, mais la «forme enfin trouvée», comme l’écrivait Lénine, de la dictature du prolétariat. C’est la classe ouvrière qui a elle-même fait surgir cette forme d’organisation politique pour la première fois pendant la révolution russe de 1905. Pour la première fois dans l’histoire, à la place de la police et de l’armée, les conseils ouvriers revendiquaient le monopole des armes ; à la place d’une poignée de politiciens professionnels «choisis» tous les quatre ou cinq ans pour assurer la défense de la propriété bourgeoise et de l’exploitation, le pouvoir était exercé par toute la classe ouvrière, avec des représentants mandatés et révocables à tous moments ; à la place de la dictature de la minorité sur l’immense majorité, c’était la dictature de l’immense majorité sur la minorité.

Vouloir priver le prolétariat de ses armes que sont les conseils parce qu’ils seraient des instruments de dictature, vouloir dissoudre la classe ouvrière dans «le peuple» au nom de la démocratie, c’est lui imposer de renoncer à défendre sa perspective révolutionnaire, la seule alternative à l’inéluctable enfoncement du capitalisme dans la barbarie, la guerre et la misère généralisée.

Le CCI, 31 décembre 2025


[1]Le marxisme rejette néanmoins l’idée anarchiste de l’abolition du jour au lendemain de toute forme d’État. Comme le prolétariat est contraint de prendre le pouvoir avant de développer de nouveaux rapports de production communiste, il y aura tout une période de transition entre la prise du pouvoir par le prolétariat et la disparition de toutes les classes sociales avec la socialisation complète de la production. Or, comme on l’a vu précédemment, qui dit «classes sociales», dit «État». L‘expérience révolutionnaire de 1917 a montré que dans cette «période de transitions», surgira ce que Lénine appelait un «semi-État» destiné à assurer la cohésion de la société en train de naître. Mais ce semi-État est à des années-lumière de l’État stalinien hypertrophié. Comme tout État, il demeurera un corps conservateur sur lequel le prolétariat devra exercer sa dictature et le dissoudre à terme.

Vie du CCI: 

  • Courrier des lecteurs [11]

Questions théoriques: 

  • l'Etat capitaliste [12]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • La dictature du prolétariat [13]

Rubrique: 

Courriers de lecteurs

Venezuela, Ukraine, Moyen-Orient: Face à l'aggravation du chaos guerrier, quelle est la seule réponse possible?

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Réunion publique du CCI, samedi 7 février 2026.

En 1991, en réponse à l'effondrement du bloc de l'Est et à la guerre du Golfe, le CCI écrivait : «Face à la tendance au chaos généralisé propre a la phase de décomposition, et à laquelle l'effondrement du bloc de l'Est a donné un coup d'accélérateur considérable, il n'y a pas d'autre issue pour le capita­lisme, dans sa tentative de maintenir en place les dif­férentes parties d'un corps qui tend à se disloquer, que l'imposition du corset de fer que constitue la force des armes. En ce sens, les moyens mêmes qu'il utilise pour tenter de contenir un chaos de plus en plus sanglant sont un facteur d'aggravation consi­dérable de la barbarie guerrière dans laquelle est plongé le capitalisme». (« Texte d'orientation : Militarisme et décomposition », Revue internationale 64).
L'attaque américaine contre le Venezuela, la menace croissante d'annexion du Groenland et de nouvelles frappes aériennes contre le régime de Téhéran confirment que la première puissance mondiale est devenue le principal facteur d'accélération du chaos et de désintégration, un processus qui porte en lui la menace de la destruction de l'humanité.
Le CCI organise des réunions publiques pour discuter des implications de ces développements. Nous souhaitons approfondir l'évolution des conflits impérialistes, mais aussi poser la question de l'impact de ces événements sur la lutte des classes et sur la réponse que devrait apporter la minorité internationaliste face à l'aggravation de la barbarie militaire dans laquelle le capitalisme est en train de sombrer.
À cette occasion, trois réunions auront lieu le même jour, en anglais, en français et en espagnol.
Les réunions se dérouleront à :

-   Paris de 15h à 18h : CICP, 21 Ter rue Voltaire 75011 Paris (Métro 9, Rue des Boulets). 
-   Marseille de 15h à 18h : 61 Rue Consolât 13001 (Métro Réformé). 
-   Nantes de 15h à 18h : Salle de la Mairie de Nantes, salle C, 42 rue des Hauts-Pavés (Ligne 3 du tramway, direction Marcel Paul, arrêt Viarme-Talensac). 
-   Lille de 15h à 18h : Au MRESS, 5 rue Jules Vicq (Métro Fives). 
-   Lyon de 15h à 18h : Bâtiment de La Rayonne, 22 rue Alfred de Musset, salle 19 (Métro A. Arrêt à Vaulx -en-Velin, La Soie). 
-   Bruxelles de 14h à 18h : Pianofabriek, rue du Fort 35, 1060 St Gilles.

Dans le cas où des camarades voulant participer aux réunions publiques du CCI et ne pouvant pas se déplacer dans les villes où elles ont lieu, que ce soit en France, en Italie, en Belgique, en Espagne ou en Hollande, envoient un message  à [email protected] [14] ou dans la rubrique « contact » de notre site web. Un lien de connexion leur sera envoyé ultérieurement.

Rubrique: 

Réunions publiques du CCI

L'effondrement de la décharge de Cebu (Philippines): Le coupable, c'est le capitalisme en putréfaction

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Le 8 janvier 2026, une montagne de déchets s'est effondrée à Barangay Binaliw, dans la ville de Cebu aux Philippines, écrasant des vies sous des tonnes de déchets capitalistes. Au moins quatre personnes ont été tuées. Des dizaines d'autres sont toujours portées disparues. Mais le véritable coupable n'est ni la force de gravité, ni la nature, mais un système social qui accumule les déchets sur le dos des pauvres et appelle cela «développement».

Ce n'était pas une tragédie. C'était un crime. Et les empreintes digitales du capitalisme sont partout.

Le profit avant la vie : la négligence calculée de Binaliw

La décharge de Binaliw n'a jamais été sûre. C'était un monument purulent, laissant le capitalisme dans l'indifférence totale, exploité par «Prime Integrated Waste Solutions» sous le couvert d'un «partenariat public-privé». En réalité, c'était une bombe à retardement : une décharge à ciel ouvert déguisée en site d'enfouissement, creusée dans une montagne et remplie de déchets, au mépris des règles élémentaires de l'ingénierie et de la décence humaine.

Des avertissements avaient pourtant été émis, les habitants avaient protesté. Le conseiller municipal Joël Garganera, lui-même, a condamné le site, le qualifiant de catastrophe annoncée. Mais la municipalité et ses partenaires privés ont persisté. Pourquoi ? Parce que, dans le capitalisme, les déchets ne sont pas un problème à résoudre, mais une activité à exploiter. Et la vie des travailleurs et des pauvres des villes peut être sacrifiée sur l’Autel des bilans financiers.

Mensonges verts et théâtre de la réforme

Aujourd'hui, alors que les morts sont retirés des décombres, l'État accomplit son rituel habituel : larmes de crocodile, promesses d'«enquête» et vagues discours sur des «améliorations». Mais comme le Courant Communiste International (CCI) le met clairement en évidence dans son Manifeste sur la crise écologique [15], ces gesticulations ne sont que du théâtre. La réforme est un mensonge. La réglementation n'est qu'un écran de fumée. Le système ne peut être «réparé», car il fonctionne exactement en conformité avec ses fondements.

Le «greenwashing» du capitalisme –ses sommets sur le climat, ses promesses de «zéro émission nette», ses bricolages technocratiques– ne font qu'aggraver la crise. Il ne s'agit pas d'un dysfonctionnement. Il s'agit de la décomposition d’un système. Et dans sa décomposition, il empoisonne l'air, l'eau, le sol –et la possibilité même d'un avenir.

La classe ouvrière jetable : sacrifiée au dieu des ordures

Qui est mort à Binaliw ? Pas les cadres. Pas les politiciens. Ce sont les travailleurs. Les chiffonniers. Les familles vivant dans l'ombre d'une montagne d'ordures. Ils ont été sacrifiés sur l'autel de l'«efficacité» capitaliste, ensevelis non seulement sous les déchets, mais aussi sous le mépris d'un système qui les considère comme des déchets.

Ce phénomène n'est pas propre à Cebu. De Payatas à Delhi, de Lagos à Jakarta, les pauvres sont contraints de vivre et de mourir en marge des déchets. Le capitalisme crée des zones - géographiques et humaines sacrifiées – et il appelle cela le progrès.

Révolution ou extinction : le verdict sans appel du CCI

Le CCI ne mâche pas ses mots : le capitalisme est écocide. Il ne peut être réformé. Il doit être renversé. La classe ouvrière est la seule force qui ait le pouvoir et l'intérêt de réorganiser la société sur une base rationnelle, écologique et humaine.

Cela signifie rejeter toutes les illusions : la politique électorale, les «solutions» nationalistes, les pansements des ONG et l'activisme climatique bourgeois. Cela signifie construire un mouvement international et révolutionnaire enraciné dans la lutte des classes et basé sur la mémoire historique du prolétariat, en particulier les leçons des conseils ouvriers de 1917-1919.

Plus de tombes sous les ordures !

L'effondrement de Binaliw n'est pas un événement isolé. C'est le symptôme d'un système moribond qui nous entraînera tous dans sa chute si nous n'agissons pas. Le choix n'est pas entre une meilleure gestion des déchets et une moins bonne, mais entre un monde organisé pour répondre aux besoins humains et un monde enseveli sous ses propres déchets.

Nous devons plus aux morts que de les pleurer. Nous leur devons justice. Et la justice ne viendra pas de l'État, du marché ou des urnes. Elle viendra de la rue, des usines, des assemblées de travailleurs qui refusent d'être enterrés vivants.

Que la puanteur de Binaliw soit l'odeur du cadavre en décomposition du capitalisme. Enterrons le système avant qu'il ne nous enterre.

Internacionalismo (Philippines)

Géographique: 

  • Philippines [16]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Questions théoriques: 

  • "Ecologie" [17]
  • Décomposition [18]

Rubrique: 

Barbarie du capitalisme

Les États-Unis chassent la Chine et la Russie de leur arrière-cour

  • 76 reads

Le raid militaire américain sur le Venezuela, samedi 3 janvier, a soulevé plusieurs questions quant à l'ampleur de l'attaque, aux motivations du gouvernement américain et à la position à défendre en tant que révolutionnaires.

Nous avons reçu une contribution de deux contacts différents, que nous saluons en raison de leur défense claire de la position internationaliste en réaction à l’intervention militaire américaine au Venezuela. Tous deux reconnaissent le motif de cette attaque de la part des États-Unis, à savoir contraindre toute nation récalcitrante du continent américain à se plier aux exigences des États-Unis. Tous deux sont convaincus que cette démonstration de force vise également la Chine et a pour but de chasser ce pays de l'hémisphère occidental.

Une des contributions mentionne également un autre motif : « la bourgeoisie américaine a besoin d'une expansion des marchés ». C'est Trump qui se vantait sans cesse des dizaines de millions de barils de pétrole que le Venezuela allait fournir aux États-Unis. Mais la bourgeoisie américaine, et en particulier les compagnies pétrolières, savaient très bien que le Venezuela n'offrirait pas la possibilité d'investissements rentables à long terme. D'autre part, la population vénézuélienne est trop pauvre pour acheter en masse les produits américains coûteux.

En général, les guerres de la période actuelle ne conduisent pas à un essor économique du capitalisme, ni même à un avantage économique pour la nation victorieuse. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous parlons de l'irrationalité de la guerre. La seule « victoire » pour les États-Unis, conformément à la récente stratégie de sécurité nationale américaine, est d'avoir plus ou moins chassé la Chine et la Russie (les alliés les plus proches du Venezuela) du continent. Mais ils doivent en payer le prix par une instabilité accrue dans cette partie du continent, « forçant les États-Unis à se lancer tête baissée dans des interventions et des aventures militaires ».  C'est là une autre caractéristique de la période actuelle de décomposition : les États-Unis qui violent le droit international et incitent d'autres pays à faire de même, deviennent le principal acteur de l'aggravation du chaos dans le monde.

CCI.

Première contribution

Depuis un certain temps, Trump et la clique de nationalistes qui le soutiennent à la tête du mouvement MAGA (qu'il s'agisse de politiciens, de propagandistes ou de militants) ont ouvertement exprimé leur intention d'exercer un contrôle plus strict sur la région où se trouvent les États-Unis, par la force si nécessaire, en réclamant notamment : faire du Canada le 51e État, envahir le Mexique et même annexer le Groenland. Un nouvel événement est survenu à cet égard. Après des mois de bombardements au Venezuela et de menaces de changement de régime contre son président « socialiste », Nicolas Maduro, ce dernier a été capturé par les forces militaires américaines. L'administration Trump a alors affirmé son rôle prépondérant dans la formation du futur gouvernement vénézuélien, menaçant la nouvelle présidente et l'ancienne vice-présidente, Delcy Rodriguez, de céder aux intérêts impérialistes américains si le Venezuela ne subissait pas une nouvelle attaque, cette fois-ci plus virulente. Suite à cela, Trump a proféré des menaces contre Gustavo Petro, le président de gauche colombien qui a condamné le coup d'État contre Maduro, et a également réitéré son désir d'annexer le Groenland.

Deux raisons principales expliquent cette attitude belliciste dans la région. Premièrement, la bourgeoisie américaine a besoin d'étendre ses marchés, ce qui serait d'autant plus avantageux en cas d'occupation politique par les États-Unis, leur conférant un avantage considérable sur le marché mondial. Des politiques protectionnistes seraient probablement mises en œuvre afin de garantir que les industries issues de ces projets expansionnistes soient suffisamment monopolisées par la bourgeoisie américaine. Deuxièmement, l'État américain, sous la présidence de Trump, se prépare à la guerre, notamment contre la Chine, et juge nécessaire d'intégrer les pays de sa région à son giron politique, ou du moins de les subordonner de fait, même si leur souveraineté officielle est maintenue. Concernant la Chine, la capture de Maduro et l'insistance de Rodriguez à s'aligner sur les États-Unis ne relèvent pas seulement du Venezuela ou de l'Amérique latine, mais témoignent également de la rivalité entre les deux plus grandes puissances sur la scène impérialiste mondiale : les États-Unis et la Chine. Étant donné que le Venezuela de Maduro était aligné sur l'impérialisme chinois, la perspective d'un réalignement vers les États-Unis signifie pour la Chine la menace de perdre un allié important dans la région de son rival impérialiste.

Les propagandistes MAGA présentent souvent la situation vénézuélienne comme la libération du peuple vénézuélien d'un dictateur brutal. Même une grande partie de l'opposition démocratique ne conteste pas le coup d'État de Mauro ; elle critique simplement la méthode employée. Elle aussi a toujours appelé à libérer le peuple vénézuélien du régime de Mauro, d'une manière ou d'une autre. Tout cela n'est pourtant qu'un langage voilé masquant les véritables intentions. Pour les partisans de MAGA comme pour la bourgeoisie démocratique, la liberté signifie la possibilité pour les capitaux américains de pénétrer les marchés vénézuéliens. Que cela se produise dans un contexte de démocratie libérale ou de « dictature » leur importe peu, malgré ce que leur propagande pourrait laisser entendre. En fin de compte, que l'on vive en démocratie libérale ou sous une « dictature », on est inévitablement soumis à la dictature de la bourgeoisie, du capital.

En revanche, les propagandistes de gauche présentent souvent la situation vénézuélienne comme une nouvelle attaque des États-Unis contre un pays socialiste. Loin d'être socialiste, le Venezuela de Maduro, et celui de Chavez avant lui, était simplement un régime capitaliste d'État, c'est-à-dire qu'il nationalisait des pans importants de son économie, lesquels étaient contrôlés par la bureaucratie d'État. Mais la nationalisation n'est pas synonyme de socialisme, car elle perpétue les rapports sociaux capitalistes. Le fait que l'État, plutôt que les entreprises privées, devienne un employeur plus important de main-d'œuvre salariée ne change rien à cela. Le gouvernement de Maduro n'était pas non plus un gouvernement de la classe ouvrière, ni une dictature du prolétariat, comme ce fut le cas, par exemple, lors de la Commune de Paris à la fin du XIXe siècle ou dans les républiques de conseils du début du XXe siècle. La classe ouvrière n'a jamais accédé au pouvoir au Venezuela par la voie d'une révolution. Maduro était plutôt le successeur de Chavez, qui avait lui-même accédé au pouvoir par les urnes dans le cadre d'un État bourgeois, en s'adressant largement aux « masses » avec un discours petit-bourgeois et en promettant des réformes sociales.

Que le Venezuela soit aligné sur la Chine ou sur les États-Unis, « dictatorial » ou libéral-démocrate, capitaliste d'État ou capitaliste privé, le prolétariat vénézuélien restera exploité et opprimé. Ce n'est que par la création de ses propres organes politiques indépendants, en opposition à l'État bourgeois existant, et par l'écrasement subséquent de ce dernier, que le prolétariat vénézuélien pourra commencer à transformer sa condition. Et ce n'est que par la fraternisation, et la fusion éventuelle, du prolétariat vénézuélien avec le prolétariat des autres pays du monde, à condition que ceux-ci aient également réussi à conquérir le pouvoir politique, que la révolution sociale pourra être menée à un point tel que le capitalisme sera transcendé et qu'un nouveau mode de production émergera : le communisme, dans lequel les États et les classes auront disparu.

Synthezis

Deuxième contribution

Sur l'extorsion au Venezuela

Le deuxième quart du XXIe siècle a commencé comme le précédent s'était terminé : par des guerres, des occupations et des aventures militaires. Trois jours seulement après le Nouvel An, l'enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Maduro et de son épouse par les États-Unis – appuyés par des forces aériennes et navales, dont le plus grand porte-avions du monde, un sous-marin nucléaire, des avions espions et 15 000 soldats – en est l'exemple le plus flagrant. Mais la poursuite de la guerre en Ukraine, l'étranglement génocidaire en cours à Gaza et l'expansion de l'occupation israélienne de la Cisjordanie, sans oublier le carnage au Soudan, témoignent d'un système social en proie à une spirale d'autodestruction qui s'aggrave à l'échelle mondiale.

Pourquoi cette capture de Maduro digne d'un film hollywoodien ?

Ce n'était certainement pas, comme l'a affirmé Trump, à cause de Maduro ou de l'implication de son État dans le trafic de drogue, un domaine que les États-Unis connaissent bien. En effet, le président Trump a gracié plus de 100 personnes condamnées pour trafic de stupéfiants depuis son second mandat – la plus récente étant la libération de l'ancien président hondurien Hernández, condamné à 45 ans de prison par un tribunal américain en mars 2025.

Ce n'était pas non plus principalement pour accéder aux réserves pétrolières du Venezuela, considérées comme les plus importantes au monde. Alors que l'État américain, aux allures de mafia, a confirmé qu'il « dirigerait » le pays et « s'enrichirait » grâce aux profits pétroliers qu'il espère en tirer, la demande mondiale de pétrole (et les prix) sont en baisse et même la Chine, qui avait investi des milliards pour sécuriser son approvisionnement, a largement considéré cette situation comme une mauvaise affaire. Non : la principale motivation de cette « mission impossible » – orchestrée au mépris de toutes les règles établies du droit international – était de démontrer une fois de plus la supériorité militaire des États-Unis devant leurs « alliés » et leurs rivaux. Dans un monde où règne la loi du plus fort, l’Amérique a une fois de plus joué les héros de Top Gun.

C’était un avertissement aux alliés des États-Unis : contrairement aux affirmations de Trump, cette situation était incontestée dans l’hémisphère occidental. C’était un signal clair adressé à la clique religieuse au pouvoir en Iran : un changement de régime était la norme. Cela signifiait que Poutine, qui avait rencontré Maduro à Moscou quelques mois auparavant et lui avait réaffirmé son soutien indéfectible, était en réalité impuissant à défendre les pays de son entourage, comme l’avait démontré la chute d’Assad (en Syrie) l’année précédente. Et tandis que certains commentateurs bourgeois estimaient que l’anarchie cautionnée par l’entourage de Trump ne ferait qu’inciter la Chine à imiter de telles manœuvres à l’égard de Taïwan, la puissante machine de guerre américaine déployée dans les Caraïbes a une portée à la fois mondiale et régionale

Pourquoi une telle démonstration de force de la part des États-Unis ?

Après l’effondrement du bloc de l’Est, les États-Unis ont utilisé la première guerre du Golfe non seulement pour menacer leurs ennemis, mais surtout pour maintenir leurs alliés sous leur emprise. Car la disparition de l’Union soviétique et de sa sphère d’influence impliquait un effondrement concomitant de l’alliance occidentale – un processus reconnu et achevé dès le début du second mandat de Trump avec le « divorce atlantique ».

Mais de même que les guerres du Golfe n'ont pas empêché le chaos croissant des relations internationales, la tendance au « chacun pour soi » a été en réalité stimulée par l'intervention américaine, qui a engendré une véritable frénésie belliqueuse suite à ses actions en Irak, en Afghanistan, en Libye et aujourd'hui en Syrie.

La décomposition, phase finale de la décadence du capitalisme, a elle-même une histoire. Aujourd'hui, l'explosion des budgets militaires dans presque tous les pays, à mesure que la guerre ou les préparatifs de guerre se généralisent, et en particulier la montée en puissance de la Chine comme rival économique sérieux, même si sa puissance militaire n'est pas encore égale à celle des États-Unis, menace l'hégémonie américaine. Washington a renfloué le régime de Milei, proche de Trump, en Argentine, avec un plan de sauvetage de 20 milliards de dollars afin de contrebalancer l'influence chinoise dans ce pays. Le Venezuela était un autre pays d'Amérique du Sud dépendant de la générosité de Pékin. Ainsi, la bravade ostentatoire des États-Unis découle en réalité d'un affaiblissement global et historique de leur domination, même dans leur propre « arrière-cour ». Leurs actions créent une instabilité régionale et mondiale accrue, démontrant l'irrationalité totale des guerres impérialistes à notre époque.

L’intervention américaine au Venezuela est bien plus qu’un simple spectacle. Elle marque une escalade des tensions, un nouvel écart par rapport aux normes internationales et un pas de plus vers le chaos. Elle réaffirmera un temps la volonté des États-Unis. Mais elle ne pourra empêcher la décomposition croissante des relations capitalistes, aux conséquences meurtrières pour les populations de la planète. Elle ne fera en réalité qu’accélérer ce processus.

KT 4.1.2026

Vie du CCI: 

  • Courrier des lecteurs [11]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Rubrique: 

Courriers de lecteurs

ICConline -février 2026

  • 11 reads

Aux États-Unis aussi, la putréfaction du capitalisme mondial s’accélère

  • 182 reads

Depuis le retour de Trump à la Maison blanche, le chaos mondial qui s’était déjà fortement manifesté accélère de plus belle sa course effrénée : partout la guerre s’enlise et accumule les cadavres, les catastrophes climatiques, l’instabilité, la fragmentation des appareils politique. La violence et la brutalité ne font que redoubler plongeant davantage la planète dans un tourbillon mortifère. L’incurie croissante de la bourgeoisie, dont les mœurs de voyous et de vandales éclaboussent les écrans,[1] souligne à quel point le mode de production capitaliste précipite l’humanité vers sa destruction.

Terreur et désolation aux États-Unis

La situation intérieure de la première puissance mondiale, les États-Unis, est devenue emblématique de cette dynamique macabre qui alimente une véritable tragédie humaine. Dans toutes les grandes villes américaines, des rafles d’une grande sauvagerie se déploient contre les immigrés. Les meurtres de sang-froid par la police se banalisent, comme en atteste les morts de Renée Nicole Good, tuée à bout portant dans sa voiture, ou Alex Pretti, mort lui aussi de la même manière à Minneapolis.[2] Le moindre accent suspect ou la couleur de peau jugée trop basanée sont motifs à une arrestation brutale. Sans mandat, les portes des domiciles d’étrangers présumés illégaux sont forcées. Dans les parcs publics, comme celui du Centre de Los Angeles l’été dernier, très fréquenté par les latinos, la police de l’immigration,[3] en tenue de combat, s’est précipitée vers les tables de pique-nique et les balançoires pour procéder à des arrestations musclées. Il en va de même dans les rues, les hôpitaux, les lieux de cultes… Les enfants sont raflés sans vergogne sur le chemin de l’école, comme ce fut le cas pour le petit Liam, âgé de seulement 5 ans, conduit avec son père dans un centre de détention à 1.500 kilomètres de leur domicile. Une telle politique de terreur, où les immigrés n’osent même plus sortir de chez eux, conduit forcément la population indignée à réagir.

La bourgeoisie exploite la colère qu’elle génère

Face à ces violences et au racisme ambiant décuplé, cultivé par des actions qui répugnent autant qu’elles inquiètent, une grande majorité de la population exprime sa colère, notamment contre les méthodes de l’ICE dont les agents sont régulièrement sifflés, pris à partie, traités de «nazis» ou d’«agent de la Gestapo». Un peu partout, dès le mois de juin, des manifestations se sont organisées et multipliées, étendues, accompagnées de scènes d’émeutes. À Los Angeles, suite aux déclarations provocatrices de Trump, assurant que la Ville était «envahie par des ennemis étrangers», des affrontements violents se sont produits durant plusieurs nuits entre les protestataires et les forces de l’ordre. Une situation qui a amené Trump à déployer 700 Marines basés dans le sud de la Californie, ajoutant à ceux déjà présents 2.000 membres de la Garde nationale.

Partout ailleurs, les manifestations se sont multipliées : à New York, Washington, Boston, San Francisco, Seattle, Chicago, Austin, Dallas… et dernièrement à Minneapolis. Dans cette ville phare du Minnesota, des milliers de manifestants ont bravé le froid pour dénoncer une telle barbarie et les meurtres de deux manifestants, obligeant finalement Trump à faire marche arrière et à retirer ses sbires de l’ICE de la ville.

Pourtant, malgré la massivité des mobilisations, toutes ces manifestations n’ont pas arrêté Trump, n’ont pas fait cesser les exactions de la police de l’immigration. Pourquoi ? Certes, la colère qui a drainé des millions de personnes dans toute l’Amérique est légitime, mais ce n’est pas la classe ouvrière, avec ses armes de combat, qui s’est mobilisée contre la barbarie de la bourgeoisie, c’est la population des citoyens contre une faction de la bourgeoisie, celle de Trump et sa clique. Et c’est très différent ! En effet, les manifestations ont été aussitôt impulsées par de nombreuses composantes du milieu associatif, comme l’American Civil Liberties Union, MoveOn, Greepeace, ou encore par le mouvement syndical, revendiquant une société «plus équitable», prônant la défense des principes d’une «démocratie participative» contre «l’autoritarisme» du  trumpisme, sans remettre en cause le moins du monde le système capitaliste. Si Trump et sa milice de l’ICE sont ignobles, ils sont à l’image de tout le capitalisme, de toutes les bourgeoisies ! Faut-il rappeler la politique du Parti démocrate américain, qui pleure aujourd’hui des larmes de crocodiles alors qu’il n’a cessé, sous Biden et Obama, de refouler massivement les migrants et de séparer des enfants hispaniques de leur famille ? Faut-il rappeler les ignobles camps de concentration aux marges de l’Europe, soi-disant paradis des droits de l’homme et du progressisme, et les dizaines de milliers de cadavres qui peuplent les fonds de la Méditerranée et de la Manche ? Tous mènent des politiques parfaitement inhumaines à l’égard des migrants !

En fait, les associations et partis de gauche tentent encore de détourner le prolétariat de son combat de classe, de lui faire croire que c’est en tant que citoyen qu’il faut se battre, que son salut réside dans la défense de la démocratie bourgeoise. Ce mouvement protéiforme présente en cela un grand danger pour la classe ouvrière, déjà contenu dans son nom : «No kings». En effet, son appellation issue de la gauche bourgeoise, a pour origine le slogan des insurgés de la Révolution américaine, un slogan nationaliste qui rejetait en son temps la monarchie anglaise.

Tous ces mouvements n’ont donc rien de prolétarien ni de véritablement spontané et ont été, dès le départ, organisés et instrumentalisés sur un terrain bourgeois. Il n’est donc pas étonnant que ces mouvements aient été soutenus par des personnalités du show-business et par le Parti démocrate, Obama en tête.

Il s’agit donc là d’un véritable piège idéologique, comme ce fût le cas, dans le passé, du mouvement Black Live Matters suite au meurtre ignoble de George Floyd par la police, qui risque d’entraîner la classe ouvrière sur le faux terrain de la bourgeoisie, celui qui l’amène à soutenir une fraction bourgeoise soi-disant plus «progressiste» contre une autre, en défense de la «démocratie» ou d’une «bonne police», ou celui du piège de «l’anti-populisme» ou de «l’antifascisme». Bref, à choisir une faction bourgeoise contre une autre, à se bercer d’illusion sur un capitalisme plus juste. Une telle situation constitue donc un obstacle supplémentaire contre la prise de conscience de la classe ouvrière, un véritable danger pour le maintien de l’autonomie de sa lutte.

Affrontements au sein de la classe dominante

Ce danger est d’autant plus réel que la situation de plus en plus chaotique aux États-Unis est marquée par des affrontements croissants et brutaux au sein de la classe dominante, dont les diverses fractions putréfiées n’expriment autre chose que l’impasse d’un système capitaliste agonisant.

Ceci se manifeste d’une part sur le plan des options impérialistes, telles les avances de Trump envers la Russie, qui ont provoqué l’indignation de factions importantes, y compris au sein du parti Républicain et des forces armées, mais aussi la multiplication des interventions armées dans le monde qui déplaisent à certaines factions MAGA. Il en va de même en ce qui concerne sa politique économique et climatique déstabilisante, ouvertement contestée lors du forum de Davos par le discours du gouverneur démocrate de la Californie Gary Newsom. Par ailleurs, Trump n’hésite pas à favoriser de manière éhontée son clan et les factions qui le soutiennent tout en limogeant et poursuivant en justice ses adversaires, accentuant les divisions entre factions, y compris au sein de son propre camp (telles les critiques de la «Trumpiste historique» Marjorie Taylor Greene ou de l’influenceur pro-Trump Joe Rogan qui compare ICE à la Gestapo), renforçant ainsi la spirale d’imprévisibilité et de chaos.[4]

Cette situation produit une atmosphère particulièrement délétère, dans un pays fragmenté et de plus en plus clivé. Tout cela ne peut qu’avoir des répercussions négatives en Amérique-même et laisse entrevoir de plus grandes fractures encore avec la perspective de confrontations plus ouvertes, où le précédent assaut du Capitole par les hordes MAGA pourrait faire pâle figure à côté des menaces contenues et des rivalités croissantes qui risquent d’enflammer les diverses fractions de la bourgeoisie américaine.

C’est vers ces affrontements mortifères sans fin et de plus en plus violents que la bourgeoisie cherche à mobiliser la population !

Face à la barbarie, quelle perspective pour la classe ouvrière ?

Cela signifie-t-il qu’il n’y ait pour autant rien à faire pour la classe ouvrière ? Bien sûr que non ! Elle aussi est révulsée par le sort des migrants. Et la classe ouvrière, «native» ou «immigrée», subit comme partout une détérioration croissante de ses conditions de vie. Aux États-Unis, on parle ouvertement de la «crise du coût de la vie» («affordability») avec 66 % de la population ayant des difficultés à joindre les deux bouts. Comme ailleurs, la crise de surproduction mondiale, aggravée par la pression des dépenses militaires et l’inflation, engendre une misère qui se propage de plus en plus rapidement et touche les autochtones comme les immigrés. D’autant plus que partout la bourgeoisie demande davantage de sacrifices pour acheter ses armes et répandre la mort partout sur la planète !

En réalité, le prolétariat n’est pas encore en mesure d’arrêter les guerres ou de freiner le chaos actuel. Il lui faudra développer sa conscience politique pour être capable de réellement rejeter pleinement les pièges que lui tend la bourgeoisie, pour retourner contre celle-ci son indignation face aux cruautés infligées aux migrants. Mais il est la seule force capable, à terme, de donner une orientation alternative à la société, Et ce, d’abord à condition de résister à la crise par la lutte de manière solidaire.

Pour l’instant, il ne doit pas céder, ni s’engager derrière les pièges idéologiques qui lui sont tendus. Il doit au contraire mener une réflexion en profondeur sur la véritable manière d’être solidaire avec les migrants et plus largement avec tous ses frères de classe. Et, aujourd’hui, seule une réponse sur le terrain de la défense commune des intérêts ouvriers, sur le terrain de la défense des conditions de vie et des salaires peut apporter un début de réponse.

Ce début de réponse, on le trouve bien évidemment dans les luttes que le prolétariat a commencé à engager au niveau international depuis 2022, suite aux grèves et manifestations massives en Grande-Bretagne, en France et aux Etats-Unis même, pour dire «ça suffit !». Mais tout aussi significatives sont les luttes récentes aux États-Unis qui se déroulent dans des conditions particulièrement défavorables et que la classe dominante cherche à masquer et à torpiller. Au cours de ces mêmes mois où les médias nous ont inondés des fanfaronnades de Trump dans l’Air Force One, une lutte importante était en effet en cours parmi les 15.000 infirmières des hôpitaux de l’État de New York. Une lutte qui a duré plus de quatre semaines.

Alors que les mouvements engagés sur un terrain bourgeois n’ont d’autre perspective que les risques d’affrontements stériles et destructeurs entre factions bourgeoises toutes aussi barbares les unes que les autres, les luttes des infirmières représentent un pas singulier vers le futur. Cette lutte, parce qu’elle est potentiellement celle dans laquelle tous les prolétaires, immigrés et natifs, peuvent se reconnaître, contient une dimension universelle. Cette petite flamme ne demande qu’à nourrir un feu bien plus vaste, celui d’une lutte internationale, capable, à terme, de se politiser au point d’affirmer la perspective communiste. Une lutte qui permettra de poser les conditions nécessaires en vue d’abattre le capitalisme et proposer un autre monde sans classe ni exploitation.

WH, 16 février 2026


[1]Dont l’affaire Epstein n’est que le dessus de l’iceberg.

[2]Et ce ne sont pas les seuls cas : Keith Porter, par exemple, père de deux enfants, a été tué le soir du Nouvel an par un agent de l’ICE devant son immeuble à Los Angeles.

[3]Le tristement célèbre Service de l’immigration et des douanes des États-Unis ou ICE.

[4]Cf. «Venezuela, Groenland… Derrière les coups de force, les États-Unis exacerbent le chaos capitaliste !», Révolution internationale n° 506.

Géographique: 

  • Etats-Unis [2]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Personnages: 

  • Renée Nicole Good [19]
  • Alex Pretti [20]
  • Donald Trump [3]
  • Joe Biden [21]
  • Barack Obama [22]
  • Gary Newsom [23]
  • Marjorie Taylor Greene [24]
  • Joe Rogan [25]

Questions théoriques: 

  • Décomposition [18]

Rubrique: 

Terreur de l’ICE, manifestations “no kings”…

ICConline - mars 2026

  • 20 reads

Décadence et putréfaction de la classe dominante

  • 96 reads

Près de sept ans après le suicide en prison du prédateur sexuel et pédophile, Jeffrey Epstein, et la découverte d’un très vaste réseau international de trafic sexuel, les archives et photos tirées d’un épais dossier, dont seulement une partie a été rendue publique, ne cessent d’alimenter les Unes des médias. Ce scandale nauséabond implique directement deux présidents américains, Donald Trump et Bill Clinton, mais aussi un nombre impressionnant de personnalités politiques de tous bords, compromises dans le monde entier, allant du Prince Andrew jusqu’à des ministres de plusieurs puissances européennes ou des célébrités du monde de la finance comme du spectacle, sans compter le patron du Forum de Davos, le président du CIO, des promoteurs, hommes d’affaires, avocats, tous impliqués jusqu’à la moëlle. Les ramifications très sophistiquées et méthodiquement organisées de  «soirées privées», le financement faramineux et les complicités des plus hautes sphères de la classe dominante ont choqué la planète entière.

L’exploitation des femmes, reflet des mœurs des sociétés de classes

On voudrait nous faire croire que toute cette horreur n’est que le fait d’un pervers mégalomane et narcissique. Mais cette situation de dépravation et d’utilisation de sa position sociale pour exercer des chantages sexuels ne correspond nullement à un phénomène isolé. Il vient au contraire illustrer une pratique très largement répandue au sein de la classe dominante. Il suffit de rappeler quelques exemples notoires de ces dernières années : les soirées  «bunga bunga» organisées par l’ex-premier ministre italien Silvio Berlusconi, en même temps patron d’une chaîne de télévision et grand homme d’affaires, s’assurant le service régulier de call girls dans les années 1990 ; l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, à l´époque président en exercice du Fonds Monétaire International et grand favori des élections présidentielles en France de 2012, qui avait tenté d’abuser d’une femme de chambre dans un hôtel de New York et qui a été ensuite mis en accusation par beaucoup d’autres femmes pour des comportements similaires[1] ; ou encore l’ex-président-colonel Khadafi dont une journaliste, Mémona Hintermann, avait témoigné qu’il avait cherché à la violer lors d’un séjour en Libye en 1984 en échange d’une interview.

De fait, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, les femmes ont toujours été exploitées comme objets sexuels ou d’échange. Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État ou August Bebel dans La Femme et le socialisme ont clairement montré et dénoncé les rapports d’exploitation des femmes par les hommes dans toutes les sociétés de classe marquées par la domination patriarcale. Mais, avec l’entrée en décadence des modes de production et d’exploitation successifs, les superstructures idéologiques ont tendu à se déliter davantage et ont poussé les classes dominantes en déclin à des comportements encore plus  «déviants» et malsains.

Cela s’est notamment vérifié avec le déclin de l’aristocratie anglaise au XVIIIe siècle. Son libertinage et sa dépravation sont un thème récurrent du peintre William Hogarth. En France, à la même époque, notamment sous la Régence cynique de Philippe II de Bourbon, entre 1715 et 1723, le relâchement des mœurs et le succès des  «fêtes galantes» au Palais-Royal témoignent du même phénomène. Ce phénomène devait d’ailleurs perdurer sous Louis XV et ses favorites, anciennes courtisanes anoblies et sous une forme plus discrète avec la vogue des  «salons littéraires et artistiques».

Toutefois, dans le capitalisme, l’exploitation des femmes prend une dimension nouvelle avec la marchandisation du corps féminin, sorte de deuxième  «défaite historique du sexe féminin»[2], symbolisée par  «l’âge d’or des maisons closes» au XIXe siècle et sa généralisation de la prostitution  «au service» des armées en exercice. Même si le capitalisme a atténué, en partie, la division sexuelle du travail à l’origine des sociétés de classes en intégrant les ouvrières dans le procès de production, il maintient fondamentalement le cadre de la soumission forcée des femmes aux hommes, en particulier à travers le mariage et son isolement dans la famille étroite, résumé dans la formule de Flora Tristan, reprise par Marx et Engels :  «la femme est le prolétaire de l´homme».

Bebel en particulier a dénoncé avec virulence toute l’hypocrisie de la société bourgeoisie dans la période ascendante du capitalisme, en particulier dans les grandes familles bourgeoises :  «Dans le mariage, la femme est achetée et devient la propriété légale du mari. […] Si le mariage représente l’un des côtés de la vie sexuelle du monde bourgeois, la prostitution en représente l’autre. Le premier est la face de la médaille, la seconde en est le revers»[3].   De fait, les rapports capitalistes non seulement perpétuent mais accentuent le rôle de la femme en objet sexuel, qui devient réellement la propriété privée de l’homme au point d’être réduite à une fonction d’outil au service du désir et des pulsions masculines. Les femmes prolétaires, en particulier, et notamment dans le cadre de leur exploitation au travail, sont forcées, sous la menace constante de la mise au chômage et d’être réduites à la misère et la pauvreté, à s’abaisser à subir toutes les humiliations.

Un symbole de la putréfaction du capitalisme

Bien sûr, la prostitution, le viol et la pédophilie ont  «toujours existé». Mais cette exploitation prend une forme encore plus extrême, abjecte et massive avec l’enfoncement du système capitaliste dans sa crise historique. La prostitution a désormais pris une ampleur industrielle inimaginable, tout comme l’exploitation des femmes et des enfants dans la pornographie. Les réseaux d’esclavage sexuel ultra-violents ont explosé en tirant profit de la misère croissante et de l’isolement de jeunes filles. La pornographie, de plus en plus ignoble et cruelle, s’est largement banalisée, y compris chez les plus jeunes. On estime qu’une femme sur huit a aujourd’hui subi un viol ou une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans, en grande majorité dans le cadre familial et dans les contextes de guerre où la statistique s’envole à une femme sur quatre ! Ce musée des horreurs est interminable. Alors que la bourgeoisie n’a plus aucune perspective à offrir que la guerre, la misère et le chaos généralisé, le pourrissement sur pieds de toutes ses structures sociales à des effets considérables, y compris sur le plan moral :  «toutes ces manifestations de la putréfaction sociale qui aujourd'hui, à une échelle inconnue dans l'histoire, envahissent tous les pores de la société humaine, ne savent exprimer qu'une chose: non seulement la dislocation de la société bourgeoise, mais encore l'anéantissement de tout principe de vie collective au sein d'une société qui se trouve privée du moindre projet, de la moindre perspective, même à court terme, même la plus illusoire»[4].

Si ce phénomène touche toutes les couches de la société, il prend des formes extrêmes parmi la bourgeoisie pour qui l’accès à ces pratiques est largement facilité par la position dominante de ses membres. Ainsi, toutes les formes de corruptions croissent et prospèrent au sein de la bourgeoisie, notamment dans l’appareil politique, comme le déferlement de scandales dans la plupart des pays, à un niveau et avec une ampleur inégalée auparavant. À l’image de la gangstérisation croissante des appareils politiques et économiques, gangrenés par la corruption et les liens avec les milieux mafieux, Epstein, individu dépourvues de tout scrupule et formé dans les coulisses de la bourse de Wall Street,  n’a cessé d’exercer des rapports de force, de chantage, de menaces et d’intimidation, tant de ses richissimes  «clients» ou  «protecteurs» sur lesquels il exerçait un chantage permanent en accumulant les dossiers, que vis­-à-vis de ses victimes, soigneusement ciblées et choisies parmi les plus fragiles ou vulnérables, venant de milieux socialement défavorisés ou ayant connu une ambiance familiale difficile (drogues, alcoolisme, prostitution, abus sexuels…).

Ce n’est pas un hasard si Trump, fer de lance du populisme, lui-même en lien avec les milieux mafieux, a été un complice d’Epstein :  «De nombreuses femmes ont déjà affirmé que Trump les avait violées lors de divers événements ou concours de beauté. On sait également que Trump a payé pour faire taire les deux femmes qui l'accusaient d’avoir eu des relations illicites avec lui, la star du porno Stormy Daniels et l’ancienne playmate de Playboy Karen McDougall. [...] Bien connue est aussi son association avec Epstein, qui a été accusé de viol, d’abus et, surtout, de trafic international d’enfants. Il apparaît avec Trump sur des dizaines de photos. Enfin Trump a également été reconnu coupable de trente-quatre chefs d’accusation de falsification de documents commerciaux, qui ont été révélés lors de l’enquête sur les paiements versés à Stormy Daniels».[5]

Mais pourquoi tant de publicité est-elle consacrée à cette affaire dans les médias ?  Il y a bien entendu une exploitation idéologique de cette campagne médiatique.  Il existe une dimension de règlement de compte entre factions bourgeoises rivales : les uns pour discréditer la politique  «autoritaire, dictatoriale, fasciste» de Trump et tenter de le destituer ; les autres, dans le camp MAGA, pour alimenter leurs thèses délirantes sur un vaste complot fomenté par des  «élites»… Mais il s’agit aussi d’alimenter une campagne pour la défense de la  «démocratie menacée» polarisée sur la fausse opposition entre populisme et anti-populisme. C’est, d’une part, un piège dangereux tendu à la classe ouvrière pour la détourner de ses luttes. En même temps, cette campagne sert à détourner l’attention de l’enfoncement inexorable du capitalisme dans la barbarie : l’horreur de l’exploitation du corps des femmes et des enfants se réduirait à un individu, Epstein, et pourrait trouver sa solution dans  «plus de démocratie», plus de  «transparence», plus de  «justice». En focalisant l’attention sur des individus, la bourgeoisie cherche à dissimuler que derrière ces ignobles personnages, le véritable responsable, c’est la société capitaliste pourrissante. Elle cherche ainsi à empêcher la prise de conscience que pour mettre fin à toutes ces horreurs, il faut en finir avec ce système.

Wim, 28 février 2026


[1]Cf.  «Affaire DSK : la bourgeoisie est une classe de pourris [26]«, Révolution Internationale n° 424, (juillet/août 2011).

[2] Engels décrit le renversement du droit maternel au néolithique comme la  «défaite historique du sexe féminin».

[3]Bebel, La femme et le socialisme,  «La femme dans le présent».

[4] «THESES : la décomposition, phase ultime de la décadence capitaliste [27]« (mai 1990).

[5]  « Comment expliquer le chaos de la politique bourgeoise ?», Revue Internationale n° 174.

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  • Décomposition [18]

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Affaire Epstein

Escalade de la guerre au Moyen-Orient : un nouveau pas de l’enfoncement dans la barbarie capitaliste

  • 188 reads

Samedi 21 mars 2026

De 15 h à 18 h,

En réponse à l'escalade de la guerre au Moyen-Orient, le CCI a publié un nouvel article sur son site web (Le capitalisme, c'est la guerre ! Il faut renverser le capitalisme! [39]) et organise une réunion publique en ligne en français avec les buts suivants :

· Définir la position internationaliste contre tous ceux qui soutiennent l'un ou l'autre camp dans ce carnage inter-impérialiste

· Analyser l'évolution du capitalisme mondial et l'« avenir » catastrophique qu'il réserve à l'humanité

· Discuter des défis auxquels est confrontée la classe ouvrière, qui doit faire face à l'accélération de la guerre et du chaos.

Veuillez écrire à [email protected] [40] si vous souhaitez y participer

La réunion se tiendra en français. Le CCI organisera des réunions séparées, physiques et en ligne, dans plusieurs autres pays et langues. Veuillez consulter notre site web pour plus de détails (www.internationalism.org [41])

Les réunions publiques physiques en français se tiendront dans les villes suivantes :

 Paris. 15H – 18H CICP. 21 ter rue Voltaire. Métro rue des boulets

Marseille. 15H- 18H. La Combinerie: 28 bd National 13001 Marseille

Lyon. 14H30 – 17H30 : 22 rue Alfred de Musset,(ni au 22A et 22B) 69100 Villeurbanne. Metro A. Descendre a Vaulx en Velin la soie

Lille 15H -18H MRES 5 rue Jules de Vicq. Metro Fives

Nantes : 15h-18h : Salle de la Mairie (salle C) 42 rue des hauts-Pavés  44000 NANTES Tram ligne 3, direction Marcel Peul, arrêt Poitou

Bruxelles. 14h 18h  Pianofabriek- rue du Fort 35, St Gilles 1060-Bruxelles         

Toulouse. 15H -18H : La chapelle, 36 rue Danielle Casanova, Toulouse

Les camarades qui ne peuvent se rendre dans les réunions organisées dans ces villes nous préviennent en nous envoyant un mail à cette adresse : https://fr.internationalism.org/ [42], un lien leur sera envoyé pour participation à une réunion en ligne.  

Vie du CCI: 

  • Réunions publiques [43]

Conscience et organisation: 

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  • Benyamin Netanyahou [44]

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Rubrique: 

Réunion publique internationale du CCI

Fascisme et antifascisme, deux ennemis de la classe ouvrière

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Le matraquage médiatique et politique massif autour de la mort, le 14 février à Lyon, d’un jeune activiste d’extrême-droite, Quentin Deranque, à la suite des coups portés par des militants antifascistes, met de nouveau à l'ordre du jour l'utilisation par tous les secteurs politiques de la bourgeoisie de l'antagonisme entre fascisme et antifascisme.

Du côté de l'extrême droite, ce drame a été l'occasion d'une campagne massive de victimisation, une sorte de "preuve concrète et significative de la nocivité" de l'extrême-gauche dont seraient victimes les "patriotes" et "adeptes d'une vraie foi chrétienne". Ce secteur politique se présente aujourd'hui comme "pacifique", "non violent", tout en exhibant des portraits du jeune Quentin qui le font apparaître comme un "gentil garçon". Évidemment, on est très loin de la vérité : à 23 ans, Deranque avait déjà un pédigrée bien chargé. Ainsi, après un passage par l'Action Française, un groupe royaliste et antisémite, il a fondé un petit groupe à l'idéologie fasciste bien affirmée, Allobroges Bourgoins. Par ailleurs, c'était un ami proche d'un élément, Vincent Claudin, qui, sous les pseudos de JosephAntoine et PrimeDeRiviere (référence à José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange fasciste espagnole) a publié sur X, entre 2021 et 2026, 4 400 messages au contenu raciste, antisémite, homophobe et pro-Hitler. Par ailleurs, différentes études universitaires sérieuses ont mis en évidence que la violence physique mise en œuvre par les groupes d'extrême-droite est entre dix fois et vingt fois plus meurtrière que celle des groupes d'extrême-gauche (49 morts contre 5 entre 1986 et 2026 en France, 326 contre 17 entre 2015 et 2024 aux États-Unis).

Il faut noter que ce discours victimaire de l'extrême droite ne s'est pas seulement développé à l'intérieur des frontières de la France mais qu'il a acquis une dimension internationale. C'est ainsi que la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a écrit sur les réseaux sociaux que le meurtre de Deranque était "une blessure pour toute l'Europe". Quant à l'Administration des États-Unis, elle n'a pas voulu être en reste : l'ambassade américaine en France et le bureau de lutte contre le terrorisme du Département d'État américain ont annoncé qu'ils surveillaient la situation, car "le radicalisme violent de gauche est en hausse". Évidemment, ces déclarations n'ont rien de surprenant de la part de Meloni, une politicienne qui a fait ses classes au sein du Mouvement social italien, parti politique fondé en 1946 et se réclamant ouvertement de la tradition fasciste mussolinienne. De même, l'attitude des autorités américaines est dans la droite ligne du soutien ouvert et revendiqué de Trump et de ses amis aux forces politiques populistes d'extrême droite en Europe. Face à ces déclarations, le gouvernement français a réagi. À Meloni, le Président Macron a répondu : "Je suis toujours frappé de voir à quel point les personnes qui sont nationalistes, qui ne veulent pas être dérangées dans leur propre pays, sont toujours les premières à commenter ce qui se passe dans d'autres pays." (Déclaration faite en Anglais : "I’m always struck by how people who are nationalists, who don’t want to be bothered in their own country, are always the first ones to comment on what’s happening in other countries.") Quant aux semonces américaines, elles ont provoqué la convocation par le Ministre des Affaires étrangères français de l'ambassadeur des États-Unis à Paris (père du gendre de Trump) qui lui a fait un pied de nez en refusant d'obtempérer (contrairement aux usages diplomatiques).

Cela dit, cette réaction des autorités françaises sur le mode "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés" ne les pas empêchées de rependre à leur compte la dénonciation des "violences d'extrême-gauche". C'est ainsi que Gérald Darmanin, Ministre de la Justice de Macron, a déclaré, avant même qu'il y ait une enquête, que : "C’est l’ultragauche qui manifestement a tué. Aujourd’hui, c’est l’ultragauche qui a tué, c’est incontestable. (…) Les discours politiques violents mènent malheureusement à une violence très débridée sur les réseaux sociaux et dans le monde physique." Et il a accusé La France insoumise, le parti de Mélenchon, de "complaisance pour la violence politique".

En fait, nous avons ici une illustration de la politique mise en œuvre par les secteurs centraux de la classe bourgeoise : en soulignant les liens, réels, avec LFI des agresseurs de Deranque, lesquels appartiennent au groupe "Jeune Garde antifasciste", il s'agit de discréditer le plus possible Mélenchon (dont la Jeune Garde constitue le service d'ordre). Cette politique ne signifie nullement que Mélenchon soit un ennemi du système capitaliste (il a d'ailleurs été ministre sous Mitterrand et s'il parle de "révolution", il ajoute "citoyenne", c'est-à-dire qu'il la conçoit à l'intérieur des institutions bourgeoises). Mais, à l'heure actuelle, il est préférable pour la classe dominante de disposer d'une opposition de gauche combative, chargée de dévoyer la colère des exploités vers des impasses, plutôt que d'une gauche chargée de gérer les affaires du capitalisme (comme l'avait fait, par exemple, la "Gauche plurielle" du temps du gouvernement Jospin entre 1997 et 2002).

Cela dit, les messages de la grande majorité des partis bourgeois contre la "violence de l'extrême Gauche" n'ont pas seulement une vocation politicienne immédiate. Derrière la mise sur un même pied de la violence déployée par l'extrême-droite et celle de l'extrême-gauche, il y a une préparation idéologique en vue des futurs combats prolétariens. Dans ces combats, la classe ouvrière ne pourra pas faire l'économie de l'emploi de la violence. Sur un plan historique, l'acte de renversement du capitalisme, la révolution prolétarienne mondiale, sera nécessairement violent et armé face à une classe bourgeoise qui, comme déjà par le passé (pensons par exemple à la répression de la Commune de Paris en 1871), n'hésitera pas à déchaîner la violence la plus féroce et les pires massacres pour conserver son pouvoir. Mais même dans des luttes ouvrières défensives au sein du capitalisme, les prolétaires ne pourront s'éviter de faire appel à une violence de classe face à la répression policière ou aux attaques des milices à la solde des exploiteurs. Ils seront alors confrontés aux discours "démocratiques" qui s'empresseront de dénoncer les "violences de tous les côtés", de préférence lorsque ces violences seront le fait des exploités.

En outre, les organisations communistes qui défendront au sein de la classe ouvrière la perspective de la révolution mondiale, seront classées comme "organisations violentes", voire "terroristes" pour justifier la répression, l'emprisonnement et l'assassinat de leurs militants. Dès aujourd'hui, l'intransigeance des positions de la Gauche communiste, le refus par ce courant, dont fait partie le CCI, de tout compromis avec les formations bourgeoises ou de "soutien critique" de celles-ci sont dénoncées comme "preuve" de l'appartenance des véritables organisations révolutionnaires à cette "ultra gauche violente" dont fait partie, entre autres, la Jeune Garde. Les militants communistes n'ont rien à voir avec les braillards adeptes de la "castagne" que recrutent les groupes "anti-fa".

Cela dit, la menace probablement la plus dangereuse pour la classe ouvrière ne vient pas de ces discours mais bien du discours opposé, le discours antifasciste. L'histoire a fait la preuve en de nombreuses reprises que l'antifascisme est un poison mortel pour le prolétariat. Que les prolétaires se défendent contre des hordes fascistes, des hordes qui se basent sur les idéologies et les pratiques les plus répugnantes, xénophobes, racistes, suprématistes et haineuses envers la classe ouvrière, c'est tout à fait normal. Un des exemples d'une telle attitude est celle des prolétaires d'Italie, avec le soutien du Parti communiste, au début des années 1920[1]. Mais cette défense des bastions prolétariens (à l'époque il s'agissait notamment des Bourses du travail et des journaux ouvriers) contre les attaques des bandes mussoliniennes se basait fondamentalement sur la solidarité et la mobilisation du prolétariat pour la défense de ses intérêts de classe sans compromis aucun avec des forces de la bourgeoisie. En effet, le Parti communiste d'Italie (dirigé à l'époque par la Gauche de Bordiga) était bien conscient du danger que le combat contre cette lie de la société qu'est le fascisme fasse appel à une alliance de tous les "antifascistes", de tous les secteurs "démocratiques", une alliance qui conduit inévitablement le prolétariat à abandonner son terrain de classe pour aller sur celui de la bourgeoisie. Les exemples d'un tel désastre pour la classe ouvrière sont nombreux mais la période qui a précédé la Deuxième Guerre mondiale est sans conteste la plus significative. La Guerre d'Espagne de 1936 à 1939 a vu l'organisation la plus combattive du prolétariat de ce pays, la Confédération nationale du Travail anarchosyndicaliste (CNT), faire alliance avec les autres organisations antifascistes (socialistes, radicaux, staliniens, etc.) y compris en participant au Gouvernement de la République bourgeoise, et cela au détriment des intérêts de la classe ouvrière qui a été mobilisée comme chair à canon en défense de cette République laquelle, en mai 1937, sous la direction des staliniens, s'est livrée au massacre des ouvriers de Barcelone insurgés que les ministres anarchistes ont appelés à déposer les armes. Et ce n'était là qu'un premier pas vers une tragédie bien plus considérable, la Deuxième Guerre mondiale, dans laquelle ont été embrigadés par dizaines de millions les exploités des pays "démocratiques" au nom du même antifascisme. Et le pire de cette tragédie, c'est qu'elle n'a pu déboucher sur une nouvelle vague révolutionnaire comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale, et cela, en grande partie, grâce à l’idéologie démocratique antifasciste puisque la défaite du "camp fasciste" a été présentée comme une "victoire" pour les prolétaires, avec notamment la contribution éminente des partis staliniens dans des pays comme la France et l'Italie.

Aujourd'hui, Mélenchon et La France insoumise, qui prennent le risque de perdre des voix aux prochaines élections en continuant à apporter leur soutien à la Jeune Garde antifasciste, ont comme principal objectif de se présenter comme les "antifascistes" les plus déterminés et combatifs face à la montée de l'extrême-droite du Rassemblement national de Le Pen et Bardella. Et, en cas de victoire de ce parti aux prochaines présidentielles, LFI vise à prendre la place de principal parti d'opposition. Quant aux groupes comme la Jeune Garde qui basent leur idéologie sur l'antifascisme, ils ne peuvent que servir les intérêts de la bourgeoisie, et cela même si leurs membres s'imaginent être des combattants de la révolution. La polarisation sur le "danger fasciste", la volonté d'en découdre avec les groupes d'extrême droite, le désir de "casser du facho" (qui fait écho au désir de "casser du gaucho" des nervis fascistoïdes) constituent en réalité un dévoiement du véritable combat du prolétariat, d'un prolétariat qui doit être conscient que ses ennemis principaux ne sont pas les secteurs de la droite et de l'extrême-droite qui affichent ouvertement leur vocation anti-ouvrière. L'ennemi principal de la classe ouvrière ce sont les secteurs "démocratiques" dont la vocation est d'endormir les prolétaires pour qu'ils acceptent les sacrifices exigés par la bourgeoisie, de les désarmer quand ils engagent le combat contre les attaques capitalistes avant de les livrer à la répression des forces armées de l'État capitaliste. Et dans une telle situation, les exemples ne manquent pas d'une collaboration étroite entre les partis "démocratiques", notamment de "gauche", et les bandes de nervis d'extrême droite comme ce fut le cas lors de la révolution en Allemagne en 1919 où le gouvernement social-démocrate fit appel aux "corps francs", futures troupes de choc du nazisme, pour assassiner les prolétaires et les militants communistes, notamment ces deux figures lumineuses de la révolution que furent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

Aujourd'hui, la véritable préparation du prolétariat aux futurs affrontements révolutionnaires ne passe pas par la constitution de groupes ou de partis "antifascistes". Ces groupes, parmi lesquels il faut compter aussi tous ceux de la mouvance trotskiste, n'ont d'autre utilité que de dévoyer les luttes du prolétariat vers des impasses et, finalement, à la paralysie face à la répression. La seule préparation réelle aux combats révolutionnaires n'est pas d'ordre militaire comme se l'imaginent beaucoup de jeunes séduits par le radicalisme héroïque de ces groupes mais d'ordre politique. C'est la préparation mise en avant patiemment par la Gauche communiste : la dénonciation des pièges tendus par tous les secteurs politiques de la bourgeoisie, la nécessité pour le prolétariat de tous les pays de conserver en toutes circonstances son indépendance de classe, le développement de sa conscience et de sa solidarité internationaliste.

FM

Pour mémoire :

"… pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours." (Auguste Blanqui, "Le toast de Londres", 25 février 1851)

 

[1] Voir par exemple à ce sujet l'étude intitulée "Le Parti Communiste d’Italie face à l’offensive fasciste (1921–1924) [46]" publiée par la revue Programme Communiste (organe du courant "bordiguiste" de la Gauche communiste). Ce document cite notamment un dirigeant bordiguiste pour qui "le pire produit du fascisme a été l’antifascisme".

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Personnages: 

  • Quentin Deranque [47]
  • José Antonio Primo de Rivera [48]
  • Vincent Claudin [49]
  • Giorgia Meloni [50]
  • Emmanuel Macron [51]
  • Gérald Darmanin [52]
  • Jean-Luc Mélenchon [53]
  • François Mitterrand [54]
  • Amadeo Bordiga [55]
  • Rosa Luxemburg [56]
  • Karl Liebknecht [57]

Heritage de la Gauche Communiste: 

  • Fascisme/antifascisme [58]

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Mort d'un militant d'extrême-droite à Lyon

Guerre en Iran: Le capitalisme, c’est la guerre! Il faut renverser le capitalisme!

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« Ce régime apprendra bientôt que personne ne doit défier la puissance et les forces armées des États-Unis ». Tels étaient les propos de Trump quelques minutes après les premiers bombardements massifs de l’Iran par l’aviation israélienne et américaine. S’en est suivie une riposte tous azimuts des gardiens de la révolution qui ont à leur tour lancé des salves de missiles vers Israël et les bases américaines dans toute la région. Écoles, hôpitaux, ports et aéroports, zones résidentielles et touristiques, les missiles pleuvent de toutes parts sur des populations terrorisées. C’est tout le Moyen-Orient qui s’embrase ! À l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan des victimes est encore inconnu mais les morts s’amoncellent dans de nombreuses villes iraniennes et plusieurs victimes sont à déplorer dans les localités visées par les gardiens de la révolution, dont les premiers soldats américains.

Une plongée vertigineuse dans la barbarie et le chaos

Trump, pour justifier ce nouveau massacre, prétend chercher à détruire un régime sanguinaire qui « mène une campagne ininterrompue d’effusion de sang et de meurtres de masse, visant les États-Unis, nos soldats et des innocents dans de très nombreux pays ». Quant à son comparse, Nétanyahou, il affirme vouloir carrément protéger « l’humanité » de « ce régime terroriste et meurtrier ». Ce serait même une « intervention humanitaire », d’après le fils du Shah, Reza Pahlavi !

De leur côté, les autorités iraniennes se posent en victimes : « le moment est venu de défendre la patrie et de faire face à l’agression militaire de l’ennemi. De même que nous étions prêts à négocier, nous sommes plus prêts que jamais à défendre notre pays ».

À entendre tous ces bonimenteurs, leurs tapis de bombes seraient motivés par la sécurité du monde et la défense des opprimés ! Cette propagande de guerre n’est qu’un abominable tissu de mensonges ! La réalité, c’est que le Moyen-Orient plonge dans un chaos guerrier d’une ampleur inédite. Et cela, huit mois à peine après l’opération Midnight Hammer déjà censée « anéantir » le programme nucléaire iranien et imposer par la force la « paix » et la stabilité dans la région.

Mais cette nouvelle opération militaire, baptisée du terrifiant sobriquet d’Epic Fury, est d’une toute autre ampleur que celle de juin 2025. Les États-Unis ont accumulé une véritable armada autour de l’Iran : des navires de guerre, des sous-marins, des centaines d’avions et des milliers de soldats. C’est un véritable massacre qui commence. Trump et Nétanyahou le savent parfaitement et ont immédiatement affiché la couleur : leur opération sera massive et particulièrement meurtrière. Pour le président américain, « nous allons détruire leurs missiles et réduire à néant leur industrie de missiles. Elle sera totalement anéantie. Nous allons anéantir leur marine. […] Et nous veillerons à ce que l’Iran n’obtienne pas d’arme nucléaire ». Avant d’appeler le « grand et fier peuple d’Iran » à « prendre en main [son] destin ». Autrement dit : à prendre les armes contre le régime et à se faire massacrer dans les rues !

En face, l’État iranien menace les États-Unis et Israël d’une « riposte écrasante ». Les missiles pleuvent par milliers mais la dictature de Téhéran peine à contrer la toute-puissance américaine. Le régime a été considérablement affaibli par les bombardements de juin 2025 et la destruction de ses alliés du Hezbollah et du Hamas. La seule réponse que Téhéran a pu apporter à la crise déclenchée par l’opération Midnight Hammer a consisté en une féroce répression de l’opposition. Mais que le régime s’effondre ou parvienne, malgré la mort de son « guide » Khamenei, à se maintenir, il fera couler le sang sans vergogne pour sa survie et n’hésitera pas à exporter la guerre. Car faute de pouvoir répliquer frontalement, l’État iranien a déjà activé ses milices et ses groupes armés, prêts à semer le chaos partout où cela sera possible, y compris par l’arme du terrorisme.

Des conséquences internationales catastrophiques

Dans les jours qui viennent, Trump ne manquera pas de fanfaronner et de vanter la toute-puissance de l’US Army. Au niveau mondial, ce nouveau conflit va sans aucun doute affaiblir les principaux adversaires des États-Unis. Au premier rang desquels la Chine qui, tributaire du pétrole iranien et d’un accès aux ports du Moyen-Orient pour développer ses nouvelles routes de la soie, a largement réapprovisionné le stock de missiles des gardiens de la révolution. L’ampleur de l’opération Epic Fury est, à ce titre, un nouveau message adressé aux ennemis de l’Amérique : « personne ne doit défier la puissance et les forces armées des États-Unis » !

Mais, comme après l’opération de 2025, comme après celle au Venezuela, cette nouvelle démonstration de force n’est qu’un coup d’éclat, une victoire en trompe-l’œil qui ne va ni stabiliser la région, ni résoudre aucun conflit. Au contraire, le désordre mondial va franchir un nouveau palier dans la barbarie ! Car contrairement à ce qu’affirme Trump, l’hypothétique effondrement du régime, loin d’apporter la stabilité, ne sera que le prélude à une nouvelle plongée dans l’horreur : un Iran instable et morcelé par des factions rivales et surarmées, l’éclosion de groupes terroristes incontrôlables, une spirale sans fin de vengeances claniques, religieuses ou ethniques, des populations terrorisées cherchant par tous les moyens à s’enfuir… Quoi qu’il arrive, le chaos va s’accroître considérablement !

En menaçant le verrou économique et pétrolier du détroit d’Ormuz, l’Iran menace aussi l’économie mondiale d’une crise plus profonde. C’est la raison pour laquelle Téhéran a aussitôt ciblé la zone. Nul doute que ses complices Houthistes feront tout leur possible pour mettre la Mer rouge et le Golfe d’Aden en état d’alerte permanent.

Tous les États, qu’ils soient petits ou grands, tentent déjà d’exploiter le chaos ambiant au profit de leurs sordides intérêts impérialistes. L’Arabie saoudite se dit prête à intervenir, tout comme le Hezbollah et les milices pro-iraniennes en Irak. La Chine, dont l’influence est aussi visée à travers cette opération, finira tôt ou tard par montrer les muscles, à Taïwan ou ailleurs, risquant un conflit militaire avec les États-Unis.

Une expression de la barbarie du capitalisme

Il ne s’agit nullement d’une vision catastrophiste de la situation, mais de la conclusion logique que nous imposent tous les conflits guerriers de ces vingt dernières années : invasion de l’Afghanistan en 2001, guerre en Irak en 2003, implosion de la Syrie en 2011, guerre au Yémen en 2014, Gaza en 2023… à chaque fois, ces aventures guerrières n’ont conduit qu’à des situations catastrophiques et des fiascos, y compris pour les États-Unis, malgré la puissance de leur armée !

Derrière ces conflits sans fin, ponctués de promesses de paix incessantes et mensongères, la même dynamique est à l’œuvre : celle d’un capitalisme qui plonge inéluctablement l’humanité dans un chaos guerrier généralisé. De la Mauritanie à la Birmanie, un arc planétaire ininterrompu de conflits armés s’est durablement enraciné. En Europe avec le conflit en Ukraine, en Amérique Latine, en Afrique, en Océanie, partout la guerre se répand de façon incontrôlable et anarchique. Partout, le chaos règne et ni les États-Unis, ni les pays européens, ni la Chine, ni les Institutions internationales, aucun État, ni aucune faction bourgeoise n’est capable d’y mettre un terme. Les « cessez-le-feu » et les « négociations » se révèlent tous n’être que des interruptions momentanées et précaires, conclus pour mieux préparer les prochains affrontements !

Face à la barbarie du capitalisme, une seule issue : l’internationalisme prolétarien !

Dès sa première allocution, Trump appelait les Iraniens à « s’emparer du pouvoir ». À Londres, à Berlin ou en Géorgie, quelques manifestants se sont même rassemblés pour soutenir l’opération américaine et la « démocratie ». Ces cris bellicistes sont d’ignobles guets-apens ! Des appels à se faire massacrer pour le Shah ou toute autre faction de la bourgeoisie iranienne ! Avec la fin potentielle du régime des Mollahs, il n’y aura pas de lendemain heureux. Ce sera toujours le même système, le même capitalisme, la même barbarie !

De l’autre côté, les Mollahs et leurs soutiens, à commencer par les partis gauchistes d’Occident, appellent le « peuple iranien » et la classe ouvrière à se mobiliser partout contre « l’agression impérialiste » des États-Unis. Des manifestations pro-Iran ont eu lieu dès le lendemain de la première attaque, à Téhéran-même, mais aussi en Irak ou au Pakistan avec plusieurs victimes devant l’ambassade américaine. Là aussi, ce ne sont que des appels à soutenir un camp impérialiste et à se faire massacrer au nom d’une clique de barbares sanguinaires !

La classe ouvrière n’a pas à choisir de camps ! Les prolétaires du monde entier ne doivent pas succomber aux sirènes du nationalisme ni prendre parti pour l’un ou l’autre des camps, que ce soit au Moyen-Orient ou ailleurs. Toutes les nations, toutes les bourgeoisies, qu’elles soient démocratiques ou autoritaires, de gauche ou de droite, populistes ou « progressistes », toutes sont va-t-en-guerre !

Malgré les discours bouffis de morale hypocrite, opposant la « civilisation » à la « barbarie », le « bien » au « mal », les « agresseurs » et les « agressés », les guerres ne sont que des affrontements entre bourgeoisies rivales. Dans ces conflits toujours plus nombreux, ce sont toujours les exploités qui sont pris en otage et qui se sacrifient pour les intérêts de ceux qui les oppriment et les tuent !

Pour mettre fin aux guerres, il faut renverser le capitalisme ! L’histoire a montré que la classe ouvrière est la seule force qui peut mettre fin à la guerre capitaliste. C’est la force du prolétariat révolutionnaire qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, en 1917 en Russie et en 1918 en Allemagne ! Ces mouvements révolutionnaires ont été capables d’imposer l’armistice aux gouvernements. Mettre définitivement fin aux guerres, partout, la classe ouvrière devra le conquérir en renversant le capitalisme à l’échelle mondiale !

Mais c’est encore un long chemin semé d’embûches. Face à la barbarie guerrière, nombreux sont ceux qui ont envie de résister, d’exprimer leur indignation. Et, en effet, si nous ne réagissons pas, le capitalisme nous entraînera vers le chaos et la destruction généralisée. Mais ceux qui se retrouvent aujourd’hui dans la rue, le font bien souvent derrière les slogans de la gauche du capital : « No Kings », « Stop génocide », « Free Palestine »… autant de mots d’ordre qui instillent l’idée que les causes de la guerre résident dans tel ou tel dirigeant, dans la folie d’un Trump, dans le colonialisme d’Israël, dans les délires religieux des juifs intégristes, dans l’impérialisme américain… Derrière une apparente radicalité, derrière des discours « pour la paix », pour le « droit des peuples », « pour la défense des agressés », il s’agit toujours de choisir un camp bourgeois contre un autre et d’en appeler à la défense de l’État « démocratique ». Aux États-Unis, des manifestations anti-Trump ont ainsi dénoncé l’absence de consultation du Congrès et de respect du « droit international », comme si une guerre « légale » était moins barbare !

Bien que la classe ouvrière n’ait pas encore la force nécessaire pour s’opposer directement aux guerres de la bourgeoisie et que la perspective révolutionnaire semble encore lointaine, ce chemin passe néanmoins par la résistance acharnée contre les attaques d’un capitalisme écrasé par le poids croissant de la crise et du militarisme. En refusant de sacrifier nos vies et nos salaires sur l’autel de la « compétitivité » ou de « l’effort de guerre », nous commençons à nous dresser contre le cœur même du capitalisme : l’exploitation de l’homme par l’homme.

Comme nous l’avons montré dans de nombreux articles, depuis 2022, nous assistons à un véritable réveil de la combativité ouvrière à l’échelle mondiale. En refusant les sacrifices imposés par l’économie de guerre, les travailleurs manifestent une solidarité concrète envers leurs frères de classe piégés sous les bombes. Et cette détermination à ne pas se laisser faire s’accompagne d’une maturation de la conscience politique : partout, de petites minorités s’interrogent sur l’organisation des luttes et l’avenir du système, sur le lien entre la crise et la multiplication des guerres. Pour les minorités révolutionnaires, l’heure est au débat et à l’action pour transformer ces réflexions souterraines en une force organisée capable de préparer les luttes révolutionnaires de demain.

EG, 1er mars 2026

Géographique: 

  • Moyen Orient [59]
  • Iran [60]
  • Israel [61]

Personnages: 

  • Benyamin Netanyahou [44]
  • Ali Khamenei [62]
  • Donald Trump [3]

Récent et en cours: 

  • Guerre en Iran [63]

Rubrique: 

Guerre en Iran

Guerre et massacres en Iran et au Liban: Solidarité de toute la classe ouvrière, contre la barbarie du capitalisme mondial!

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Avec le déchaînement de la guerre en Iran, une fois encore, le Moyen-Orient est mis à feu et à sang. Une fois encore, la puissance américaine a déployé une gigantesque armada dans la région.

Et maintenant, un déluge de bombes et de missiles s’abat sur les populations civiles, prises en otage par les rivalités impérialistes de tous les États belligérants.

Des écoles, des hôpitaux, des quartiers ouvriers sont détruits quotidiennement ! Femmes, enfants, vieillards tentent désespérément d’échapper au bain de sang, errant dans les décombres et les ruines, enjambant les cadavres qui jonchent les rues de Téhéran, de Beyrouth et bien d’autres villes encore.

La paix dans le capitalisme, c’est la paix des tombes !

Pour justifier cette nouvelle boucherie impérialiste, les ennemis de l’État iranien, Trump et Netanyahou en tête, appellent les prolétaires à continuer à descendre dans la rue contre le régime sanguinaire des mollahs, au nom d’une cause prétendument « humanitaire ». Ils les appellent à se faire massacrer en les livrant encore pieds et poings liés à la répression sanguinaire du régime des mollahs.

Ces va-t-en-guerre prétendent ainsi défendre la cause du peuple iranien et de tous les opprimés.

Pure hypocrisie et mensonges éhontés !

Avec la riposte de l’État iranien, l’escalade guerrière ne fait qu’aggraver davantage la barbarie et le chaos dans cette région du monde.

Trump a mis sous les feux de la rampe la mort de Khamenei, et de certains dignitaires de sa garde rapprochée, pour nous démontrer que la première puissance « démocratique » mondiale peut sauver l’humanité des dictateurs.

Avec le déploiement de l’opération Epic Fury, Trump démontre que les États-Unis, qui étaient les « gendarmes du monde », sont devenus le premier vecteur de déstabilisation à travers le monde. On peut être sûrs que la pax americana va continuer à enfoncer le Moyen-Orient dans un chaos de plus en plus sanglant. Avec l’implication d’autres États et d’autres cliques bourgeoises (Arabie Saoudite, Hezbollah, milices pro-iraniennes en Irak).

Ne nous berçons pas d’illusions ! Ni les États-Unis, ni aucun autre État bourgeois ne peut apporter à l’humanité la paix, la prospérité, ni un quelconque nouvel « ordre mondial ». Bien au contraire. La « paix » dans le capitalisme a toujours été la paix des tombes ! L’Ukraine, Gaza, le Liban, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, le Soudan, le Congo… toutes ces zones de conflits guerriers montrent ce qui attend toute l’humanité, sur toute la planète, si le capitalisme n’est pas renversé.

Les ouvriers ne doivent soutenir aucun camp impérialiste !

Ces champs de ruines sont couverts d’appels incessants au patriotisme, à l’Union Sacrée derrière les drapeaux nationaux, derrière le fanatisme des cliques religieuses dans les pays dominés par toute sorte d’intégrismes.

Même si le régime des mollahs s’effondre, aucun nouveau régime ne pourra apporter à la population iranienne une quelconque accalmie ni stabilité. Tant que le capitalisme dominera la planète, les guerres et le chaos ne pourront que continuer à s’intensifier.

Dans cette nième guerre impérialiste, comme dans toutes les autres auparavant, le prolétariat ne doit pas se laisser prendre en otage pour des intérêts qui ne sont pas les siens.

Il n’a rien à y gagner ! Car cette guerre n’est pas la leur ! Se laisser embrigader derrière telle ou telle clique bourgeoise, se ranger derrière un camp contre un autre, c’est défendre les intérêts de nos exploiteurs.

Nous sommes tous concernés par les massacres en Iran !

Ce qui a servi de prétexte à l’escalade guerrière, c’est la répression sanglante des manifestations massives en Iran, dues à l’aggravation de la crise économique et de la paupérisation non seulement des petits commerçants, mais surtout de la classe ouvrière.

Dans cette révolte du « peuple » iranien contre la dégradation vertigineuse de leurs conditions matérielles d’existence, les prolétaires étaient noyés au milieu des autres couches non-exploiteuses de la population. Dans cette révolte du désespoir, ils n’ont pas pu s’affirmer comme classe autonome.

Mais les ouvriers iraniens, qui ont une longue tradition de luttes militantes, n’auront d’autre choix que de se battre contre la hausse des prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité. Car ils ne peuvent plus aujourd’hui nourrir leurs enfants ! En Iran, comme dans les pays les plus développés : « trop, c’est trop ! »

Nous ne pouvons pas rester spectateurs des massacres en Iran ! Nous ne pouvons pas rester indifférents.

Cette guerre n’est pas un conflit lointain et « exotique ».

Nous, prolétaires du monde entier, nous sommes tous concernés par ce qui se passe là-bas !

Ce sont nos frères et sœurs de classe qui tombent au Moyen-Orient, chaque jour, par dizaine de milliers sous les bombes et la mitraille de nos exploiteurs et massacreurs.

C’est notre sang que tous ces charognards versent sur l’autel du capitalisme !

Les prolétaires de tous les pays peuvent et doivent exprimer leur solidarité envers la classe exploitée et massacrée en Iran.

Mais pas en se laissant endormir par les partis de gauche et d’extrême gauche du capital qui dénoncent uniquement les bombardements massifs de l’impérialisme yankee en apportant leur soutien à l’État iranien. Quant à la dénonciation de la nature illégale de l’intervention, c’est pour mieux prôner la guerre « légale » des coalitions internationales. C’est le même piège que la défense de la guerre « humanitaire ». Toutes les guerres sont impérialistes ! Comme le disait Lénine au sujet de la Société des Nations : l’ONU, l’OTAN… sont tous des repaires de brigands.

La seule solidarité que les prolétaires de tous les pays doivent témoigner à leurs frères et sœurs de classe en Iran (et dans tous les États du Moyen-Orient), c’est la lutte massive contre « leur » propre bourgeoisie nationale, contre leurs exploiteurs et massacreurs, contre tous les États et leurs gouvernements de droite comme de gauche.

C’est la même classe dominante qui sème la terreur et la mort en Iran et qui nous impose ici les vagues de licenciements, la précarité et le chômage croissant.

C’est le même système d’exploitation, le capitalisme mondial, qui nous plonge dans la misère et déchaîne sa barbarie guerrière !

Le bain de sang qui inonde aujourd’hui l’Iran et le Liban constitue un appel à la responsabilité du prolétariat de tous les pays, particulièrement à ses bataillons les plus expérimentés d’Europe occidentale, des nations les plus « riches » et développées du capitalisme.

Ce n’est qu’en développant ses luttes autonomes sur son propre terrain de classe, contre l’exploitation capitaliste, que le prolétariat des pays situés dans le cœur historique du capitalisme pourra offrir un avenir à toute l’humanité, en entraînant avec lui les exploités du monde entier.

Le capitalisme est né en Europe dans la boue et le sang. C’est dans cette partie du monde que la classe ouvrière a déjà fait la cruelle expérience des deux guerres mondiales.

Souvenons-nous que c’est le développement de la vague révolutionnaire en Russie et en Allemagne qui a contraint la bourgeoisie des grandes puissances « démocratiques » à mettre fin au premier holocauste mondial de 1914-18

La classe ouvrière des pays centraux du capitalisme a une longue expérience des affrontements de classe contre les croisades impérialistes de « leur » bourgeoisie nationale. Elle a une longue expérience des mystifications idéologiques qui n’étaient que des prétextes pour les enrôler sur les champs de batailles au nom de la défense de la « démocratie » contre les régimes dictatoriaux, de la civilisation contre la barbarie, etc.

Parce qu’elle a des intérêts antagoniques à ceux de ses exploiteurs, la classe ouvrière est la seule force de la société qui peut mettre un terme aux guerres, aux tueries et au chaos dans lequel le capitalisme plonge inexorablement toute l’espèce humaine !

Quelle réponse à la barbarie guerrière ?

Pour en finir avec la dictature de la bourgeoisie mondiale, pour édifier une nouvelle société sans guerre et sans exploitation, les prolétaires du monde entier doivent développer des luttes massives, unies et généralisées au-delà des frontières nationales. Car les prolétaires n’ont pas de patrie ! En Russie ou en Ukraine, à Gaza ou en Israël, partout, toujours, les ouvriers doivent refuser de tuer leurs frères et sœurs de classe, fraterniser, se retourner contre leurs exploiteurs.

Pour parvenir à développer la perspective révolutionnaire, la classe ouvrière doit d’abord refuser de se laisser embrigader derrière les drapeaux nationaux, refuser de servir de chair à canon, refuser tous les sacrifices imposés par la classe dominante pour la défense de l’État et de l’économie nationale !

Lutter massivement contre les effets dévastateurs de la crise économique mondiale, une crise permanente et sans issue, c’est commencer à aller à la racine du chaos sanglant et de la barbarie guerrière, c’est le début du chemin de la nécessaire politisation des luttes. Pour marcher vers la révolution les prolétaires doivent développer leur conscience de classe.

En développant nos combats contre les empiétements du capital, contre la barbarie guerrière, nous devons affirmer notre unité et notre solidarité de classe internationale, une classe qui n’a aucun intérêt particulier à défendre.

Face à la gravité des enjeux posés par la plongée du capitalisme dans sa décomposition, et face à ce nouveau carnage en Iran, un seul mot d’ordre :

 

À bas la guerre ! À bas le capitalisme !

Solidarité internationale

de toute la classe ouvrière !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Courant Communiste International

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Que penser des discussions lors des de la réunion de Transnational Social Strike Plattform ?

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Le samedi 28 février 2026 s’est tenue à Cologne une réunion de Transnational Social Strike Plattform (TSSP), au cours de laquelle deux questions principales étaient mises en avant :

  • la réalité et les effets de l’énorme développement de la militarisation en Europe (dont l’expression était L’Europe en guerre – L’Europe est déjà en guerre),
  • et évidemment, la question : que faire ?

Après une courte introduction des organisateurs, dans laquelle il a été de notre point de vue justement souligné que nous n’avons aucun camp à choisir dans une guerre (le mot utilisé par l’orateur était « campisme »), le CCI a posé une question : mettre en avant l’idée de « l’Europe en guerre » ne tend-il pas à restreindre la dynamique de guerre à la seule Europe ? Bien sûr, depuis le début de la guerre en Ukraine nous voyons en Europe de menaçants pas en avant du militarisme (en Allemagne, l’ex-chancelier Scholz a parlé d’un « tournant historique » [« Zeitenwende »] tout en doublant les dépenses militaires), peu de temps après le début du mandat 2.0 de Trump en janvier 2025 l’Union Européenne a annoncé un paquet de dépenses militaires de 800 milliards d’euros afin de créer une industrie de guerre plus indépendante des Etats-Unis. Et la réinstauration du service militaire dans plusieurs pays (par exemple la France, l’Allemagne, immédiatement ou pas à pas) est un nouveau pas en avant dans la remilitarisation. L’exposé a justement souligné que cette évolution s’accompagne d’une militarisation des frontières, de l’expulsion de réfugiés et de mesures répressives à l’intérieur même du pays.

Spirale guerrière mondiale ou seulement en Europe ?

Le CCI a également posé la question d’éventuellement élargir la perspective pour y inclure la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, laquelle joue un rôle majeur dans nombre de conflits (par exemple l’intervention des Etats-Unis au Venezuela dans le but d’y faire reculer l’influence de la Chine), ou l’Iran, allié dont la Chine risque également d’être « privée ». En même temps, nous assistons à toute une série de guerres en Afrique, au Proche-Orient, au réarmement du Japon et du sud-est asiatique. En résumé, à travers le prisme de l’« Europe en guerre », on ne prend pas toute la mesure du militarisme dont la puissance destructrice s’étend au monde entier. La réunion avait lieu juste quelques heures avant le déclenchement de l’offensive des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, et seulement quelques jours après le bombardement de la capitale de l’Afghanistan pleine de réfugiés, Kaboul, par le Pakistan. Nous avons expliqué que le militarisme et sa spirale de destructions se développait sur la planète entière, et s’accompagnait d’une destruction environnementale toujours plus dévastatrice. En se restreignant à la guerre en Europe, ne sous-estime-t-on pas le danger que court l’humanité toute entière ?

L’intervention du CCI visait à clarifier qu’il ne faut pas se concentrer sur une région particulière (le rôle de la machine de guerre américaine, la politique de l’impérialisme russe, le réarmement chinois, les ambitions militaires de l’Inde, par exemple, montrent bien le contraire), mais plutôt de voir qu’il s’agit d’un phénomène mondial, historique et qui met en question un système capitaliste qui n’est plus qu’une impasse et ne peut survivre qu’à travers plus de destructions et de terreur, ce qui rend absolument indispensable la nécessité de son dépassement au niveau mondial.

La question derrière l’évaluation des forces en présence n’a pas été posée

Quand on pose dans la réunion la question des effets et de la perception ressentis par les participants qui viennent de plusieurs pays européens, ils dénoncent pour commencer toute cette campagne d’intimidation de la population et ces tentatives de recruter des soldats grâce à des messages publicitaires totalement mensongers, ainsi que le fait que cela ne mène en réalité qu’à des coupes et des restrictions budgétaires. Mais compte-tenu du fait que les pays de l’UE ont accepté le budget militaire de 800 milliards d’euros déjà mentionné, le financement illimité de la Bundeswehr allemande, l’augmentation du financement de l’OTAN à 5% du PIB pour chaque pays membre, l’augmentation du budget militaire américain de 900 milliards de dollars à 1500 milliards, il y a une difficulté à poser clairement la question : qui va payer la facture ?

Dans une intervention, nous avons souligné que c’est la classe ouvrière qui va devoir passer à la caisse, soit par une invitation à allonger le temps de travail (soit la semaine de travail, soit la durée de vie active), des coupes budgétaires sur la santé et l’éducation, l’augmentation des prix de l’énergie, des loyers, etc., en plus des autres détériorations liées à la crise économique, suppressions d’emplois, licenciements, intensification des rythmes de travail, baisses de salaires, etc. La question centrale : la classe dominante peut-elle répercuter la totalité de ces coûts sur la classe ouvrière, et cette dernière est-elle prête à se serrer la ceinture, et en fin de compte à donner sa vie pour la machine de guerre, n’a été que trop peu abordée. Mais en ne posant pas cette question, on a éludé celle, cruciale, de l’évaluation du rapport de force entre le Capital et le Travail. Par exemple, nous pensons aussi que depuis 2022 dans un certain nombre de pays européens, mais aussi aux Etats-Unis, une série de luttes de la classe ouvrière a eu lieu contre la précarisation croissante de ses conditions de vie, laquelle est en grande partie causée par la militarisation croissante de la société. Ces luttes, même si elles sont naturellement insuffisantes, sont une expression du fait que la classe ouvrière est toujours une force capable de peser contre ce que la classe dominante lui promet. Elles montrent que dans le rapport de force entre bourgeoisie et prolétariat, la balance ne penche pas entièrement en faveur de la bourgeoisie.

Il a été certes mentionné à quel point les tentatives de recruter de la chair à canon et des soldats aveuglés par l’idéologie pour la Bundeswehr ou d’autres armées par le biais de campagnes publicitaires sont grossières et sournoises, alors que la majorité des jeunes et des autres générations sont opposés à la guerre. Tout cela n’a été ni réellement évalué, ni approfondi.

Mais comme les besoins de l'économie de guerre et les mesures d'austérité associées vont poser de nouveaux défis à la classe ouvrière, pour lutter contre ces mesures il va falloir faire le lien entre crise et guerre et nous préparer à cette nécessité, et nous positionner vis-à-vis d’elle, il y avait un grand risque, lors de cette réunion, de ne pas se préparer aux besoins réels de la lutte.

Une participante a par exemple regretté que le syndicat IG-Metall salue et soutienne entièrement les commandes d’armement à l’industrie métallurgique, et qu’on ne puisse pas réellement compter sur les syndicats. Mais il n’a pas été évoqué le fait que les syndicats (et en Allemagne ils ont été précurseurs sur ce point) ont passionnément soutenu toute la machine de guerre du Capital allemand en appelant en août 1914 à l’Union sacrée, et que quatre ans plus tard ils ont collaboré avec l’armée et le SPD pour réprimer de façon sanglante le soulèvement de la classe ouvrière en Allemagne.

Activisme, ou bien sur quel levier faut-il agir ?

Au cours de la dernière partie de la réunion, lorsqu’a été posée la question de quoi faire, tout le dilemme dans cette approche est devenu clair. Il est juste et indispensable d’être actif, de briser le silence, de chercher collectivement à se regrouper. Mais sur quelles bases et avec quelles attentes ? De notre point de vue, il faut se protéger de l’illusion qu’il est possible d’obtenir quelque chose « ici et maintenant ».

Après que de nombreux participants ont rapporté, « action après action », de nombreuses initiatives, l’une après l’autre, et bien que l’impression qui transparaissait était qu’en termes d’efficacité, on ne pouvait aboutir à aucun succès réel, sauf qu’on avait réussi justement à mettre des militants en réseau, on avait en quelque sorte peur de poser la bonne question : qui peut exercer une pression pouvant faire céder le gouvernement et le Capital ? Comment parvenir à construire un rapport de force capable de paralyser le bras criminel de la classe dominante, voire toute la machinerie ? Peut-on y parvenir sans dépasser le système en tant que tel ? En d’autres termes, peut-on se débarrasser de la guerre sans dépasser le système ?

Comme déjà dit, beaucoup ont lancé avec beaucoup d’énergie de nombreuses initiatives, mais pas la recherche de la véritable force centrale, la classe ouvrière. Comme nous l’avons mis en avant lors de cette partie de la discussion, la classe ouvrière a démontré au cours de l’histoire que c’est elle, et non le pacifisme, qui peut mettre un terme à la guerre, mais qu'en fin de compte, c'est le système dans son ensemble qui doit être renversé. En bref, il ne faut rien de moins qu’une révolution, une révolution mondiale.

Les organisateurs de cette réunion avaient très justement mis dans leur invitation le « campisme » (terme désignant le fait de prendre parti pour l’un ou l’autre camp dans une guerre), mais au cours de la réunion pas une fois le terme « internationalisme » n’a été prononcé. Comment est-il cependant possible de relever tous les défis du combat contre le système capitaliste si nous ne parvenons pas à mettre en avant la nécessité d’une lutte commune de toute la classe ouvrière, au-delà de toutes les frontières qui la divisent ?

Par conséquent notre intervention s’est achevée par un appel à ne pas foncer tête baissée dans l’activisme, mais à poser la question de quelle force est susceptible de renverser le capitalisme, même si cela peut sembler improbable à première vue, compte-tenu des indéniables difficultés que rencontre actuellement la classe ouvrière. Mais si on ne pose jamais cette question et qu’on ne reconnaît pas où et comment il faut agir, ni combien le chemin pour dépasser le système sera long et difficile, on court le danger en fin de compte de sombrer dans la démoralisation… et bien sûr le système reste intact. Tant que nous n’examinerons pas sans concession les pièges de l’activisme, notre volonté de résister au système capitaliste s’éteindra sans perspective. En se lançant dans des actions effrénées, les unes après les autres, on fuit toute clarification politique. Mais ne serait-ce pas notre devoir de montrer comment la classe ouvrière doit lutter, même lorsqu’on ne s’attend pas à ce qu’elle se mobilise directement contre la guerre, mais que ce combat conscient contre la guerre nécessite le développement de la résistance de la classe ouvrière et que, pour cela, il faut mettre au centre du développement de la conscience le lien entre guerre et crise et notre appauvrissement ? Il est indispensable de clarifier ces questions.

Courant Communiste International

Le 05/03/2026

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  • Interventions [65]

Conscience et organisation: 

  • Courant Communiste International [10]

Rubrique: 

Aucun camp à choisir dans toute guerre

ICConline - avril 2026

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Rubrique: 

ICConline - mai 2026

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Rubrique: 

ICConline - juin 2026

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