Soumis par Révolution Inte... le
Avec l’opération spectaculaire du 3 janvier, enlevant dans leur sommeil, au fond d’une demeure ultra-sécurisée, le président du Venezuela Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, la première puissance mondiale lançait un avertissement au monde entier : les États-Unis peuvent user à tout moment de leur force militaire écrasante pour imposer et défendre partout leurs intérêts nationaux. Le chantage, les pressions ouvertes et désormais le rapt, propres aux systèmes mafieux, ont désormais pignon sur rue au sein de l’ex-communauté internationale. Et c’est selon ces mêmes méthodes ouvertes de gangsters que la puissance américaine a proféré des menaces face aux autres voyous du monde qui apparaissent, par contraste seulement, plus policés, soufflant le chaud et le froid sur le Groenland ou le Canada, face aux Européens, à l’Otan ou à l’ONU lors du Forum de Davos.1 La justification officielle complètement fallacieuse de lutte contre le narco-terrorisme de Maduro, était un simple prétexte qui ne trompe personne. De même, les grandes envolées de Trump sur le pétrole vénézuélien, largement reprises par toutes les bourgeoisies internationales et en particulier leurs fractions gauchistes, pour réduire l’événement à une simple guerre pour les ressources ne font plus vraiment recette : l’extraction trop coûteuse, les installations vétustes et l’instabilité n’intéressent pas vraiment les grands groupes pétroliers, ni les investisseurs qui ne se bousculent pas au portillon. Le sens de l’événement et la portée de l’offensive américaine sont bel et bien ailleurs, bien plus globaux, bien plus brutaux et destructeurs !
Un séisme d’ampleur historique
En réalité, les intentions de l’administration Trump et des États-Unis étaient de frapper et d’intimider leurs rivaux, notamment chinois et russes, de tenter de les dissuader, eux qui n’hésitent plus à s’engouffrer de manière agressive dans la zone d’influence traditionnelle de Washington qu’est l’Amérique latine. Les intrusions commerciales sur le continent ou la construction d’infrastructures portuaires sont de plus en plus mal vécues par l’Oncle Sam, comme en a témoigné déjà, par exemple, la réaction de Trump au Panama au sujet des flux de marchandises chinoises et du contrôle du canal. Derrière la rhétorique de la « consolidation par hémisphères » se cache une priorité stratégique qui demeure absolument intacte : contenir le principal challenger des États-Unis dans l’arène mondiale, la Chine, et empêcher son expansion. C’est là le principal mobile de cette entreprise militaire au Venezuela.
Cette politique brutale, qui ne fait qu’impulser la nouvelle Stratégie de Défense nationale (SSN) annoncée et publiée à peine un mois plus tôt, est d’envergure. Elle ouvre davantage la boîte de Pandore, celle de l’accélération inédite du chaos et du désordre mondial. Et sa méthode consistant à piétiner le droit international revient ni plus ni moins qu’à faire voler en éclats tout l’ordre international et les institutions mises en place pour le garantir qui avaient été instaurées depuis 1945 par les États-Unis eux-mêmes. En ce sens, l’offensive américaine marque un approfondissement considérable du processus de délitement de la société capitaliste, une qualité nouvelle dans l’évolution des rivalités impérialistes et du « chacun pour soi ».
La politique de Trump, prosaïquement décomplexée et aux contours imprévisibles, a déjà de profondes conséquences. En quelques jours seulement, Washington est passé de l’escalade de son intervention au Venezuela à de nouvelles et très directes menaces contre le Danemark concernant le Groenland, puis à la saisie d’un navire russe dans les eaux internationales, avant d’annoncer de nouveaux programmes d’armement massifs ! C’est maintenant le Canada qui est directement visé à travers la volonté américaine de déstabiliser la province de l’Alberta. Cette politique annonciatrice d’une nouvelle aggravation du militarisme et des tensions s’effectue déjà dans un contexte d’instabilité croissante et de guerres totalement destructrices, notamment en Europe entre l’Ukraine et la Russie, accélérant encore la course effrénée aux armements.2 Si les réactions de l’Union européenne ont été sur le moment plus fermes qu’à l’habitude face aux menaces de Trump, face à sa volonté de faire du Groenland le 51e État des États-Unis, les discordances ne font que s’amplifier au sein de l’OTAN. Contrairement au Venezuela, le Groenland fait partie du Danemark, menacé pour la première fois dans son intégrité par les États-Unis alors qu’il s’agit d’un État de l’Union européenne depuis 1973, membre fondateur de l’OTAN. De même le Canada, lui aussi menacé par le clan Trump, est un pays membre du Commonwealth britannique, de l’OTAN et un allié traditionnel des États-Unis.
Une telle accélération de la situation et la nature des menaces ne font ainsi que chauffer à blanc les tensions, renforcer la fébrilité, l’incapacité déjà existante des grandes puissances à maintenir une cohérence stratégique sur le long terme. Les événements s’enchaînent à une vitesse folle, obligeant des réponses immédiates, un bouleversement que les États ne peuvent prendre le temps d’assimiler, conduisant à des tensions où les alliances du passé déjà fragilisées sont rapidement remises en cause, poussant aussi à des réactions éphémères, de circonstances, changeantes, désormais sans véritable boussole. Les menaces imprévisibles de Trump, après le divorce transatlantique, comme la volonté de se délester du soutien à l’Ukraine et d’en finir unilatéralement avec ce conflit, sans compter les menaces de droits de douane délirants à l’égard des pays européens, avaient conduit à de timides réprobations de ces derniers. Aujourd’hui, même si cela s’avère en ordre dispersé, les pays européens et de l’Union européenne ont pour la plupart jugé les menaces « inacceptables » en faisant front. C’est la raison pour laquelle ils ont cette fois tenu tête et envoyé des contingents militaires symboliques en urgence au Groenland, poussant le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, à tenir un rôle complexe d’équilibriste, au prix de grands écarts, pour tenter de faire baisser la pression, d’infléchir en apparence les intentions de Trump et de soulager momentanément des bourgeoisies européennes toujours inquiètes. Une telle situation confirme pleinement l’analyse du CCI à propos du divorce entre l’Oncle Sam et l’Union européenne, souligne l’accélération du chaos guerrier dans le chacun pour soi, alors que les autres groupes du milieu politique prolétarien continuent de parler d’un « bloc qui se renforce en vue de la troisième guerre mondiale ».
De plus en plus de voix s’élèvent désormais en Europe pour affirmer que les États-Unis ne sont plus des alliés fiables ! Une conviction qui s’est encore affermie pour certains membres de l’Union européenne, notamment face à la nouvelle surprise de Trump consistant à contourner et s’abstraire en totalité du cadre de l’ONU, en inaugurant, au moment même du Forum de Davos, sa propre structure alternative, un prétendu « conseil de paix » entièrement érigé à sa botte. Finalement, les puissances européennes se trouvent prises au piège d’une dépendance militaire et énergétique forte envers Washington et leur fermeté initiale apparaît comme fragile. Une situation qui ne peut qu’aggraver les tensions croissantes entre les États européens, et en leur sein entre les factions pro et anti-américaines, engendrant ainsi une fragilisation et une instabilité politique accrue.
Mais rien de tout cela ne témoigne pour autant d’un regain du contrôle de la puissance américaine sur le monde. L’abandon du multilatéralisme, des règles de l’ordre international et des mystifications démocratiques, mis en place par les États-Unis eux-mêmes après la Seconde Guerre mondiale, est au contraire l’expression la plus claire de son affaiblissement historique. Si la Stratégie de sécurité nationale (SSN) ne marque nullement une rupture avec les ambitions hégémoniques de l’impérialisme américain, elle vise la défense de ses intérêts propres dans un contexte où il n’est plus capable d’imposer un « nouvel ordre mondial » face au chacun pour soi qui domine le monde. Aussi, si certains s’inquiètent pour la santé mentale de Trump et se demandent pourquoi nous en sommes arrivés à un tel niveau de chaos et de dangerosité du monde, où les États-Unis semblent à plus long terme se tirer une balle dans le pied, la réponse ne saurait se trouver dans la personnalité ou le profil de Trump, aussi irrationnel que puisse paraître son comportement. Les raisons de son comportement politique et de tout ce chaos sont à rechercher dans l’évolution historique du système capitaliste. Trump n’est autre que le vrai visage d’un capitalisme en pleine putréfaction.
Une nouvelle accélération de la phase de décomposition capitaliste
Après l’implosion du bloc de l’Est et l’effondrement de l’Union « soviétique » en 1989, produits et révélateurs de la nouvelle période de décomposition du capitalisme, le président Georges W. Bush senior annonça l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » sous la houlette des États-Unis et tira profit de l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 pour lancer la première Guerre du Golfe afin de garantir au nom de la « communauté internationale » et de l’ONU le respect du droit international, d’aligner derrière eux plus d’une bonne trentaine de pays et de resserrer les rangs de ses ex-alliés européens.
Mais rapidement, le paysage impérialiste mondial devait être marqué par une remise en cause systématique et généralisée du leadership américain, y compris par les alliés européens. Dès lors, les réactions du gendarme américain pour défendre son leadership deviendront de plus en plus brutales. Lors de la guerre en Yougoslavie peu de temps après, des membres de l’OTAN s’étaient opposés ouvertement et frontalement à l’Oncle Sam qui avait fini par avoir le dernier mot en montrant les muscles amenant à la signature des accords de Dayton en 1995, réussissant péniblement à mettre fin à la guerre en Bosnie. Plus gravement encore, lors de la seconde guerre et de l’invasion de l’Irak en 2003, des « alliés » de l’OTAN, dont la France et l’Allemagne, iront jusqu’à refuser de soutenir la politique des États-Unis et de participer aux opérations militaires. C’est sans l’assentiment de l’ONU et avec un soutien réduit des membres de l’OTAN que l’administration Bush junior envahira l’Irak.
À l’origine, ces tensions continuaient à s’inscrire dans un cadre multilatéral juridique et institutionnel issu de l’après Seconde Guerre mondiale, et les États-Unis avaient alors pour objectif de le maintenir tant bien que mal. Qui plus est, toutes ces opérations portaient le sceau idéologique du « combat pour la liberté et la démocratie » contre des pouvoirs autocratiques et dictatoriaux. Plus qu’un « gendarme », les États-Unis cherchaient à apparaître comme le « héraut » des valeurs humanistes victorieuses de l’Occident, le champion de la démocratie. Les guerres se menaient d’ailleurs systématiquement derrière le masque hypocrite de « l’aide humanitaire ».3
Avec la croisade ouverte contre le terrorisme suite à l’attentat des tours jumelles en 2001 et suite à la guerre d’Irak de 2003 et ses mensonges ouverts sur les prétendues découvertes d’armes de destruction massive, les États-Unis tendaient de plus en plus à s’affranchir ouvertement des décisions de l’ONU, menant de manière unilatérale leur propre croisade sanglante. Depuis, face à l’échec de plus en plus patent d’un « nouvel ordre mondial » patronné par les États-Unis, cette tendance à s’affranchir de plus en plus ouvertement du droit international, à intervenir militairement en semant le chaos, comme en Afghanistan, s’est accentuée. Le « gendarme du monde » américain devenait de plus en plus en réalité le principal voyou fauteur de trouble et de chaos.
Si Trump n’est au fond qu’une caricature de cette violence de plus en plus ouverte, le début du deuxième mandat de Donald Trump représente toutefois une véritable inflexion sur ce plan avec la volonté explicite de la nouvelle administration de mettre fin au conflit en Ukraine en se passant du multilatéralisme et des dispositifs traditionnels de la diplomatie et en excluant les principaux « alliés » européens des négociations. Les déclarations tonitruantes du Président américain contre le « droit international » et les institutions internationales censées le garantir torpillent les fameuses valeurs démocratiques pour faire de la place au pragmatique « America First », entérinant un véritable divorce entre les Européens et l’Amérique de Trump. La décision unilatérale de détruire les installations nucléaires en Iran au début de l’été 2025 confirme que l’ordre mondial issu de 1945 s’est effondré, même si l’illusion persiste d’une intervention pour « anéantir un danger nucléaire porté par une puissance antidémocratique ». Avec le coup de force du Venezuela, la première bourgeoisie mondiale qui avait fait de sa démocratie un modèle pour le monde entier, montre tout l’intérêt que cette classe de brigands a pour cette démocratie, les « droits de l’homme » et la « liberté » : ce ne sont que mensonges destinés à masquer le vrai visage du capitalisme, un système fondamentalement sans foi ni loi où le plus fort remporte la mise, quel qu’en soit le prix !
Un tel vandalisme de la part de Trump ne peut à son tour qu’encourager au chaos et au développement des tensions et manipulations idéologiques de toutes sortes. L’impérialisme russe se sentira enhardi à imposer sa domination sur sa « sphère d’influence » en Ukraine, dans les pays baltes et en Europe de l’Est. Les ambitions de la Chine envers Taïwan seront renforcées. L’Europe en sera d’autant plus fragilisée et menacée qu’elle connaît déjà de fortes dissonances entre États membres, un processus de fragmentation largement engagé. Pour autant, les États-Unis ne pourront sortir gagnants d’une telle dynamique faite d’irrationalité et de chaos. Ils deviennent les propres agents et accélérateurs de leur déclin, minés eux aussi de l’intérieur par une sorte de guerre civile larvée, où Trump et son clan se retrouvent de plus en plus isolés dans une société fracturée de toutes parts, y compris au sein de ceux qui ont soutenu sa campagne présidentielle derrière le drapeau MAGA. Si Trump a été obligé d’infléchir son attitude à propos du Groenland, c’est par la pression extérieure des Européens, qui ont réagi avec plus de fermeté, mais aussi par la situation politique chaotique intérieure et des fractures qui existent au sein de la première puissance mondiale.4 Une situation qui exprime un processus de pourrissement de l’appareil politique de la classe dominante, liée à la phase de décomposition du capitalisme.
Et le pire est devant nous ! Ainsi, les rivaux, de plus en plus nombreux, demanderont des comptes, ne feront que mettre des bâtons dans les roues des États-Unis en tentant à leur tour d’utiliser leurs armes, celles de jouer sur la déstabilisation et le chaos. Ce sera, par exemple, le cas en Amérique latine où loin de « mettre fin au narcotrafic », le coup de pied de Trump dans la fourmilière ne fera que générer une myriade d’autres trafics en tous genres. Bref, une spirale sans fin, un vortex qui ne peut qu’amener l’Oncle Sam à user de sa seule force, celle des armes, une logique qui se généralise et ne peut conduire qu’à la remise en cause des bases mêmes de toute civilisation, qui ne conduit qu’au néant et à la mort.
Face à cette dynamique monstrueuse, porteuse d’une possible destruction à terme pour l’espèce humaine, il n’existe qu’un pôle alternatif et un seul : celui du combat du prolétariat pour une société communiste.
WH, 24 janvier 2025
1) Il s’agit d’un « repaire de brigands », qualification appropriée utilisée par Lénine en son temps à propos de la Société des Nations (l’ancêtre de l’ONU).
2) Après avoir acté des dépenses colossales, tous les États ne cessent d’annoncer à nouveau des rallonges budgétaires en faveurs de nouvelles dépenses militaires. C’est bien évidement le cas des États-Unis qui prévoient un budget de défense de 1 500 milliards de dollars, c’est-à-dire 50 % en plus que ce qui était initialement attendu. Autre exemple, le cas de la France, avec une promesse de rallonge à 3,5 milliards d’euros au projet de loi de finances 2026 et une enveloppe de 3 milliards supplémentaires prévue pour 2027.
3) On peut prendre l’exemple de la première guerre du Golfe, avec l’opération de parachutage de vivres « Provide confort », destinée à justifier les bombardements sur l’Irak.
4) Comme le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, un démocrate, qui encourage les Européens à faire front contre la politique de Trump et appelé la communauté internationale de « se réveiller ».






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