Le congrès du P.C.I. D’Italie (II)

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Sur la base de divers comptes-rendus, écrits et oraux, on peut se faire une idée assez précise de ce qu'a été le congrès du PCI d'Italie.

Nous avons d'abord celui publié dans notre dernier internationalisme, qui donne une idée assez complète des débats du Congrès.

Dans la "Battaglia Communista" organe du PCI d'Italie et dans “l'internationaliste” organe de la fraction belge nous trouvons des articles traitant des travaux du Congrès.

Enfin la réunion publique organisée par la fraction française.

L'impression générale qui se dégage est comme l'a écrit le camarade Bernard en tête de son article, que cela "AURAIT PU NE PAS ÊTRE UN CONGRÈS CAR LES PROBLÈMES TRAITÉS L'ONT ÉTÉ D'UNE MANIÈRE PLUTÔT ÉTRIQUÉE."

Pour s'en convaincre il suffit de lire la presse du PCI d'Italie, et de ces sections en Belgique et en France. La déléguée de France a dit dans son compte-rendu oral : "LE CONGRÈS N'A TRAITÉ D'AUCUN DES PROBLÈMES FONDAMENTAUX, N'A FAIT AUCUNE ANALYSE POUSSÉE DE L'ÉVOLUTION ACTUELLE DU CAPITALISME ET DE SES PERSPECTIVES, DE TOUT SON ORDRE DU JOUR IL N'A DISCUTÉ QUE LES POSSIBILITÉS D'ACTION DU PARTI DANS LA SITUATION PRÉSENTE.” De son côté, la fraction belge, dans son dernier bulletin, consacre au Congrès un article d'une petite page ronéotypé dans lequel elle se contente de donner "RÉSUMÉ GROSSO MODO, LES DEUX TENDANCES QUI SE RÉVÉLÈRENT AU CONGRÈS » et conclure que celui-ci a décidé "D'ENTREPRENDRE UNE DISCUSSION APPROFONDIE SUR L'ANALYSE DU CAPITALISME DANS SON STADE ACTUEL."

Que nous sommes loin des fanfaronnades qui accompagnèrent la formation du parti en 1945, des salutations enthousiastes et grandiloquentes sur la "RECONSTRUCTION DU PREMIER PARTI DE CLASSE DANS LE MONDE PAR LE PROLÉTARIAT ITALIEN," et de tout le bluff qui a continué pendant deux années autour de l'activité et des succès de masse de ce parti.

Aujourd'hui, le résultat de trois années d'activisme a ramené les camarades à plus de modestie et à des réflexions plutôt amères, malgré certains jeunes néophytes comme la déléguée française qui ne peut terminer son compte-rendu sans finir, comme c’est la tradition en Russie, par cette phrase : "ET NOUS DISONS MERCI AU PCI D'ITALIE".

RECRUTEMENT, OBJECTIF N°1 DU PARTI

 Pendant la première période, le parti c'est laisser griser par son recrutement. À ce recrutement il a sacrifié la clarté des positions politiques, évitant de pousser trop à fond les problèmes pour ne pas "gênés" la campagne de recrutement, et à ne pas "troubler" les adhérents déjà acquis. Farouchement et catégoriquement il a tenu à ne pas porter, ni devant les ouvriers, ni devant les membres du parti, ni devant la conférence constitutive de fin 1945 la discussion sur la lamentable expérience de la participation d'une de ces sections et des camarades, futurs dirigeants du parti, au comité de coalition antifasciste italien de Bruxelles. Expérience qui a duré depuis la Libération jusqu'à la fin de la guerre et que ces camarades continuèrent à revendiquer comme politique juste et révolutionnaire. Toujours pour ne pas "gêner" le recrutement et peut-être aussi parce qu'on a soi-même partagé cette conception (ce qui serait encore plus grave) qui faisait partie de ses organismes militaires qui étaient les diverses formations armées de la Résistance. A leur sujet, la plateforme du parti adoptée à la conférence de 1945 dit :

"EN CE QUI CONCERNE LA LUTTE PARTISANE ET PATRIOTIQUE CONTRE LES ALLEMANDS ET LES FASCISTES, LE PARTI DENONCE LA MANŒUVRE DE LA BOURGEOISIE INTERNATIONALE ET NATIONALE QUI, AVEC SA PROPAGANDE POUR LA RENAISSANCE D'UN MILITARISME D'ÉTAT OFFICIEL (PROPAGANDE QU'ELLE SAIT VIDE DE SENS ?) VISE A DISSOUDRE ET A LIQUIDER LES ORGANISATIONS VOLONTAIRES DE CETTE LUTTE QUI DANS BEAUCOUP DE PAYS ONT DEJA ETE ATTAQUES PAR LA REPRESSION ARMEE."

 Et tout en mettant en garde contre les illusions suscitées par ces organisations parmi les ouvriers, la plateforme les caractérise ainsi :

“CES MOUVEMENTS QUI N'ONT PAS UNE ORIENTATION POLITIQUE SUFFISANTE ( A PART D'ETRE PARTISANE ET PATRIOTIQUE, QUE FALLAIT-IL DONC DE PLUS AU PCI ?) EXPRIMENT TOUT AU PLUS LA TENDANCE DE GROUPES PROLETARIENS LOCAUX A S'ORGANISER ET A S'ARMER POUR CONQUERIR ET CONSERVER LE CONTROLE DES SITUATIONS LOCALES ET DONC DU POUVOIR.”

Ainsi pour ne pas risquer sa popularité et les possibilités de son recrutement, le parti s'est gardé de les dénoncer pour ce qu'elle était réellement, et pour le rôle qu'elle jouait, et a préféré flatter les ouvriers de “CES TENDANCES QUI CONSTITUENT UN FAIT HISTORIQUE DE PREMIER ORDRE.”

 Tout aussi bien que sur cette question, le PCI n'a pas eu le souci de pousser plus à fond l'analyse de l'évolution du capitalisme moderne. Nous trouvons, bien sûr, et même très couramment l'affirmation que le capitalisme évolue vers une forme nouvelle, le capitalisme d'État, mais le parti n'avait pas pour autant une idée précise de ce qu'est exactement le capitalisme d'État, ce que signifie historiquement et de ce que cela comporte comme transformation profonde de structure du système capitaliste.

 Dans le paragraphe 14 où est traité le problème du capitalisme d'État, la plateforme parle de ”REACCUMULATION DES RICHESSES ENTRE LES MAINS DES ENTREPRENEURS ET DES BUREAUCRATES D'ÉTAT QUI ONT LEURS INTERETS LIES A CES DERNIERS”. N'ayant vu dans le capitalisme d'État que l'unité de classe d’avec les entrepreneurs privés face au prolétariat, mais n'ayant pas vu ce qui les opposent et distinguent les premiers des seconds, la plateforme dénonce "LES MOTS D'ORDRE INEPTES DE SOCIALISATION DES MONOPOLES QUI NE SERVENT QU'A TRAVESTIR CE RENFORCEMENT”. Dans les nationalisations qui sont la structure économique du capitalisme d'État, la plateforme ne voit rien d'autre qu'une manœuvre “DES PUISSANTS MONOPOLES INDUSTRIELS ET BANCAIRES "QUI" FERONT PAYER A LA COLLECTIVITE LE PASSIF DE LA RECONSTRUCTION DE LEURS ENTREPRISES”.

 Avec une telle analyse du capitalisme moderne et de ses tendances, qui n'allait pas plus loin que celle déjà énoncée en 1920, il était normal qu'on reprenne sur le plan de la politique, sans rien changer des positions essentielles de la 3e internationale il y a 25 ans : le parlementarisme révolutionnaire et la politique syndicale.

 Quelles en étaient les résultats ? Après près de 3 ans, le parti enregistre la perte de la moitié de ses adhérents. Des groupes entiers de militants se sont détachés, les uns pour former le groupe trotskiste POI, les autres la Fédération autonome de Turin, la majorité dans l'indifférence et le dégoût de toute activité militante. Nous avons, en somme, la reproduction de ce qui s'est passé pour les partis trotskistes dans les autres pays. Le parti n'a pas renforcé ses positions parmi les ouvriers. La fuite de la recherche théorique, l'imprécision et l'équivoque de ses positions ne lui ont pas davantage fait garder les militants. Dans son objectif N° 1 qui était de recruter à tout prix, le renforcement numérique, le parti enregistre aujourd'hui un fiasco, un échec cuisant qu'il n'était pas difficile de prévoir et de lui prédire.

UN PARTI SANS CADRES

 Mais il y a encore une chose plus grave que la défection de la moitié des membres, c'est le niveau idéologique extrêmement bas de la moitié des membres, c'est le niveau extrêmement bas des militants restants dans le parti. Bernard nous parle de ”FONCTION SCENIQUE” de la majorité des délégués au congrès, de leur non-participation au débat. Frédérique disait que les délégués ouvriers estimaient que les analyses théoriques générales les dépassaient et ne pouvaient être leur fait, que ce travail incombe aux intellectuels. Vercesi exprime cette vérité : ”POUR COURIR DERRIERE DES CHIMERES, LE TRAVAIL D'EDUCATION DES MILITANTS QUI EST DANS UN ETAT DEPLORABLE, A ETE NEGLIGE.” encore que Vercesi porte lui-même une bonne part de responsabilité pour cet état déplorable auquel il a contribué pendant trois années par son refus de porter publiquement la discussion de crainte de "troubler” les militants.

C'est le trait typique de toutes ces formations artificielles qui se proclame pompeusement parti, de ne pas comprendre que le fondement subjectif du nouveau parti ne se trouve pas dans le volontarisme mais dans l'assimilation véritable par les militants de l'expérience passée, et dans la solution des problèmes contre lesquels l'ancien parti s'est heurté et s'est brisé. Avoir voulu agir sur la base de la répétition d'anciennes formules et positions, fussent-elles celles des thèses de Rome sans tenir compte des changements fondamentaux apportés par les 20 dernières années, c'était accrocher l'action dans le vide, user en vain les énergies et gaspiller des forces et un temps précieux qui devait et pouvait utilement servir à la formation des cadres pour le parti et la lutte à venir.

L’absence des cadres et la négligence de leur formation, voilà le plus clair du bilan, révéler par le Congrès du PCI.

EXISTE-T-IL UN PARTI EN ITALIE ?

Numériquement très réduit par la perte de la moitié de ses membres, absence de cadres, "MANQUE COMPLET D’UNE ANALYSE DE L’ÉVOLUTION DU CAPITALISME MODERNE" (Vercesi), voilà pour ce qui est des conditions subjectives. Quant aux conditions objectives, période de concentration du capitalisme qui "A ÉTÉ CONDITIONNÉE PAR LA DÉFAITE INTERNATIONALE QUE LE PROLÉTARIAT A SUBI ET PAR LA DESTRUCTION DE CELUI-CI COMME CLASSE" (document de la C.E. à la suite du Congrès. Voir nos "directives de marche" dans la Battaglia Communista du 3-10 juillet). Que reste-t-il donc des conditions nécessaires justifiant la construction du Parti ? Rien, strictement rien, sinon le volontarisme et le bluff, familiers des trotskystes.

Au Congrès, le rapporteur Damen a essayé de justifier la proclamation du parti. Nous laissons de côté l’argument qui veut que les ouvriers italiens soient "POLITIQUEMENT PLUS SAINS" que ceux des autres pays. De tels argument ne montrent rien d’autre que la persistance des sentiments nationalistes même chez des militant très avancés. L’ouverture d’un cours révolutionnaire ne peut se faire que sur l’échelle internationale, de même la brisure avec l’idéologie capitaliste ne peut être une manifestation isolée d’un prolétariat en or d’un seul pays. Le patriotisme du prolétariat révolutionnaire d’Italie n’a pas plus de valeur que le patriotisme du socialisme dans un seul pays. Cet argument donc mis à part, Damen justifie la proclamation du Parti par le fait qu’une fraction n’aurait pu servir de pôle d’attraction pour les ouvriers, ce qui est vrai pour une période où les conditions pour la polarisation du prolétariat autour d’un programme révolutionnaire sont présentes mais qui absolument pas le cas en Italie, ni nulle part ailleurs. Finalement, Damen énonce que la Fraction n’a de raisons d’être que tant qu’il s’agit "D’OPPOSITION ET DE RÉSISTANCE IDÉOLOGIQUES À L’OPPORTUNISME DANS LE PARTI JUSQU’AU MOMENT DE LA LUTTE OUVERTE QUI NE PEUT ÊTRE MENÉE QUE SEULEMENT PAR UN ORGANISME POLITIQUE QUI AIT LES CARACTÉRISTIQUES ET LES TACHES DU PARTI." Le même thème, nous l’avons entendu développer dans la réunion de la FFGC. Que de chemin à rebours parcouru depuis le Congrès de la Fraction italienne de 1935 !

C’est là un argument type du trotskisme qui, pendant les années d’avant-guerre, soutenait contre nous la thèse qu’avec la mort de l’ancien parti ou son passage à l’ennemi de classe signifiait précisément l’absence de conditions pour l’existence du parti révolutionnaire. Ce parti étant conditionné par une orientation révolutionnaire se manifestant dans le prolétariat.

Quand les camarades Vercesi et Daniels, au Congrès, nient que le PCI puisse réellement jouer un rôle de parti, ils ne font que reprendre la thèse que nous avons développée depuis 1945 sur l’absence de conditions de constitution du parti, et du même coup ils reconnaissent implicitement que le PCI ne remplit pas davantage les tâches d’une fraction, c’est-à-dire l’élaboration programmatique et la formation de cadres. Nous n’avons ici rien d’autre que la traduction en italien des artifices et du comportement des trotskistes dans les autres pays.

Pour Damen le parti est un fait, "UN COIN ENFONCÉ DANS LA CRISE DU CAPITALISME". Si cela peut le consoler nous lui apprendrons toutefois que les trotskistes ne voient pas différemment leur parti dans les autres pays.

Pour Vercesi n’existent ni "LE COIN ENFONCÉ", ni "LA BRISURE, MÊME MINIME, DU CAPITALISME", ni le parti qui n’est qu’une fraction élargie.

Malheureusement, dirons-nous, il n’existe en Italie, ni parti ni fraction élargie, ni influence sur les masses, ni formation de cadres. L’activité menée par le PCI tendant à compromettre l’immédiat de l’un et l’avenir de l’autre.

LA VERIFICATION DES PERSPECTIVES

Une orientation vers la fondation du parti pouvait avoir sa raison d’être dans la période de 1943 à 1945 qui s’ouvrait avec les évènements de juillet 43 en Italie, la chute de Mussolini, le mécontentement grandissant en Allemagne, et qui permettait aux militants révolutionnaires d’espérer un développement d’un cours de brisure avec la guerre impérialiste et la transformation de celle-ci en un vaste mouvement de crise sociale. L’erreur fondamentale des militants du PCI et surtout de ses sections en France et en Belgique fut de persister dans cette perspective après la fin des hostilités, alors que les impérialistes russes et américains sont parvenus à occuper l’Allemagne, à disperser à travers le monde et à encaserner dans des camps de prisonniers les millions d’ouvriers allemands, en un mot à contrôler et à étouffer ce foyer capital de révolte et centre de la révolution européenne.

Mais loin de comprendre que la cessation de la guerre sans mouvements de révolte signifiait une défaite consommée par le prolétariat, une nouvelle période de recul, ouvrant avec elle le cours vers la nouvelle guerre impérialiste, la GCI, au contraire, échafaudait des théories sur l’ouverture d’un cours de luttes de classes, voyait dans la fin de la guerre la condition de reprise de luttes révolutionnaires où comme elle l’écrivait en corrigeant Lénine "LA TRANSFORMATION DE LA GUERRE IMPÉRIALISTE EN GUERRE CIVILE COMMENCE APRÈS LA FIN DE LA GUERRE".

Toute l’orientation de la GCI était basée sur cette perspective, et tous les évènements étaient examinés sous cet angle. Ainsi on prenait les évènements sanglants d’Algérie, de Grèce, du Proche-Orient, pour des prémisses de la crise révolutionnaire, on saluait les grèves économiques comme les mouvements de radicalisation des masses, on soutenait à fond le mouvement, et l’action syndicale qu’on se donnait comme tâche de conquérir la direction, enfin, on préconisait comme tâche immédiate la construction dans tous les pays le Parti de classe. En même temps, on se faisait des gorges chaudes, on raillait ces "PESSIMISTES" que nous étions, ces "DOCTEURS ET THÉORICIENS EN CHAMBRE" pour qui on affichait un hautain mépris.

Aujourd'hui toute cette perspective est par terre. Et Vercesi est absolument dans le vrai, et ne fait que reprendre la critique que nous formulions contre le PCI, quand il déclare "L'INTERPRETATION QUE LA GUERRE AURAIT OUVERT UN CYCLE REVOLUTIONNAIRE S'EST REVELEE COMPLETEMENT FAUSSE".

Si l'activité révolutionnaire n'a de valeur que pour autant ou elle est fondée sur des prévisions basées sur une analyse exacte de la situation et du cours, la reconnaissance par le Congrès du non fondé de la perspective signifie la condamnation implicite et l'écroulement de toute la politique et l'activité passée du parti, basé sur cette perspective.

 Toutefois nous devons mettre en garde contre l'orientation exprimée par la tendance de Vercesi postulant son analyse sur les "CAPACITES DE RENAISSANCE DE L'ECONOMIE CAPITALISTE AU TRAVERS DU SYSTEME DE PLANIFICATION, DE LA DISPARITION DE CRISE CYCLIQUE ET DE LA CONCURRENCE A L'INTERIEUR DES ETATS." cette conception n'est pas nouvelle : elle se rattache à la vieille théorie du renforcement économique du capitalisme, théorie dite de l'économie de guerre, et que nous avons à maintes reprises avant et pendant la guerre, l'occasion d'analyser et de combattre.

Aujourd'hui un nombre croissant de militants du PCI à ressenti et compris la stérilité d'un activisme en l'absence d'une analyse de la situation. bien que cela vienne avec un retard de 3 années, nous considérons ce fait comme le seul résultat positif qui s'est manifesté dans le Congrès. Nous souscrivons entièrement à l'idée de Daniels quand il déclare : "LES ARMES QUE POSSEDE LE MOUVEMENT SONT VIEILLIS DE 25 ANS ET TOUT EST EMOUSSEE. LE CAPITALISME A TRANSFORME ENTRE-TEMPS TOUTE SA STRUCTURE ET TOUTES CES METHODES DE LUTTE. LE PARTI DE CLASSE DOIT EN FAIRE AUTANT S'IL VEUT ETRE UN JOUR LE GUIDE DE LA CLASSE OUVRIERE, ET EN PREPARER LE REVEIL."

LA VIE INTERIEURE DU PARTI : DISCIPLINE OU CONSCIENCE DES MILITANTS

Nous avons, à plusieurs reprises, critiqué la tendance à la bureaucratisation dans le PCI d'Italie. Faisant allusion à cette critique, la déléguée française, dans son compte-rendu, de répliquer : "CEUX QUI N'ASSISTAIENT PAS AU CONGRES ET A SES DEBATS SOUVENT PASSIONNES, POUVAIENT SE RENDRE COMPTE DE LA DEMOCRATIE QUI REGNE DANS LE PARTI, ET DE LA GRATUITE DE L'ACCUSATION DE BUREAUCRATISATION." On pourrait avec autant de raisons citer en exemple les assises des partis trotskystes, et même des partis socialistes. Là aussi on discute “librement” et passionnément. Ce qui importe n'est pas la plus ou moins grande démocratie dans les congrès mais de savoir sur quoi est basé l'activité des militants, sur la trique de la "DISCIPLINE LIBREMENT CONSENTI" ou sur la conviction des positions et la plus grande conscience des militants ? la camarade de citer le cas où le PCI excluait des militants pour divergence politique, et elle ajoutait :i “comme tout parti qui se respecte”. En effet le nombre des exclusions prononcés par le PCI est frappant, mais il faut ajouter qu’au grand jamais ces exclusions ne sont faites après des discussions dans l'ensemble du parti, seule méthode qui aurait permis à ces crises d'être un moment de clarification des idées pour tous les militants, mais sont toujours prononcées par la direction.

Le congrès a par exemple révélé l'existence de divergence profonde dans le parti, mais en vain cherchera-t-on dans la presse du parti et cela même dans les semaines précédant le Congrès la moindre discussion et controverse. Cela aurait évidemment risqué de troubler les membres, et porter atteinte au prestige et partant à la discipline. On préfère non moins évidemment venir au Congrès pour constater, comme Vercesi : "IL Y A DES DELEGUES PARLEMENTARISTES, D'AUTRES FAVORABLES A UNE ESPECE DE COMPROMIS AVEC LE CENTRISME (stalinisme), LA MAJORITE EST SANS IDEE CLAIRE ET SUIT DES VOIES DIFFERENTES SUIVANT LES ZONES."

Plus catégorique et plus cinglant encore et Daniels, parlant pour ce qui concerne le congrès lui-même. Il constate : "IL Y A UNE TENDANCE AU CONGRES A PASSER SOUS SILENCE LES ERREURS DU PASSE ET A RENONCER A DISCUTER DES PROBLEMES QUI PEUVENT PROVOQUER D'AMPLEUR DES BAS, AU TRAVERS DESQUELS LE PARTI POURRAIT VRAIMENT RENAITRE A UNE VIE NOUVELLE ET METTRE A NU TOUT CE QUI, SOUS L'EXCUSE DE LA DEFENSE DES POSITIONS TRADITIONNELLES, CACHER D'OPPORTUNISME ET EMPECHE UNE CLAIRE ELABORATION IDEOLOGIQUE ET UNE CONSEQUENTE ASSIMILATION DE LA PART DES MILITANTS."

C'est ainsi qu'on doit comprendre la vie intérieure celle de l'organisation est fondée la force, l'efficacité de l'activité de chacun des membres sur la continuelle et plus ample confrontation des idées suscitée et entretenue par toute la vie du parti.

Par contre, quand Maffi, grand chef du parti , déclare s'être “ABSTENU DE TRAITER TEL PROBLEME” parce que “JE SAVAIS QUE CETTE DISCUSSION AURAIT PU EMPOISONNER LE PARTI”, nous disons que ce souci manifeste incontestablement et au plus haut point la tendance à l'ossification et à la bureaucratisation de la vie intérieure de l'organisation.

Et c'est parce que c’est cette dernière conception qui prévaut dans le PCI que nous avons pu assister à cette fin absurde du Congrès dont nous parle Bernard, où “VERCESI S’EST EN QUELQUE SORTE EXCUSE D'AVOIR ETE UN TROUBLE-FETE ET D'AVOIR AMENE LE TROUBLE PARMI LES MILITANTS”. Parce que, en fin de compte, les uns pas plus que les autres n'admettre l'existence des tendances et des fractions au sein du parti : pour les uns comme pour les autres le parti reste une organisation monolithique, homogène et monopoliste .

LA QUESTION DE PARTICIPATION AUX ELECTIONS

Une des questions qui a provoqué les débats les plus orageux fut celle de la participation aux élections. Bien sûr, personne ne préconise une politique de parlementarisme actif. Cela ressort moins d'une certitude de l'inutilité de l'action parlementaire que du fait que les forces présentes du parti ne lui donne aucune possibilité d'avoir réellement des élus. Aussi peut-on se permettre, d'économiser un débat qui, ne peut que “TROUBLER INUTILEMENT LE PARTI”. C'est pour la même raison que le parti aux dernières élections pouvait se payer à bon marché d'être révolutionnaire à l'extrême, au point d'inviter les électeurs à ne pas voter, même pour lui. Mais nous connaissons déjà le cas d'un élu au conseil municipal qui a finalement trouvé de bonnes raisons pour garder son mandat d'élus. Après tout, la justification définitive de tout parlementarisme se trouve dans ces arguments théoriques donnés par Damen, pour justifier la participation du PCI à la campagne électorale. Damen dit “SI LA BOURGEOISIE EST CONTRAINTE (?) D'ADOPTER UN MOYEN DE LUTTE QUI PEUT ETRE EXPLOITE UTILEMENT PAR LE PARTI DE CLASSE POUR ETRE RETOURNE CONTRE ELLE, L'AVANT-GARDE REVOLUTIONNAIRE NE PEUT RENONCER A L'UTILISER ET A S'INFILTRER DANS LA COMPETITION ELECTORALE”.

Aucun trotskyste ne manquerait de souscrire à cette argumentation. C’est du pur et du pire Lénine de la maladie infantile du communisme. La vérité est que le prolétariat ne peut utiliser pour sa lutte émancipatrice “ LE MOYEN DE LUTTE POLITIQUE” propre à la bourgeoisie et destiné à son asservissement. Il en était tout autrement, à une période antérieure d'avant 1914 quand le prolétariat ne pouvait pas encore poser comme objectif concret immédiat la transformation révolutionnaire de la société d'où découlait la nécessité de lutter sur le terrain même du capitalisme pour lui arracher le maximum de réformes. le parlementarisme révolutionnaire en tant qu'activité réelle n'a, en fait, jamais existé, pour la simple raison que l'action révolutionnaire du prolétariat quand elle se présente à lui suppose sa mobilisation de classe sur un plan extra capitaliste, et non la prise des positions à l'intérieur de la société capitaliste, ce que Damen appelle “L'UTILISATION” et “L'INFILTRATION” intérieure.

La politique du parlementarisme révolutionnaire a largement contribué à corrompre les parties de la Troisième Internationale et les fractions parlementaires ont servi de forteresse de l'opportunisme, aussi bien dans les parties de la troisième qu'autrefois dans les parties de la Deuxième Internationale. Mais le participe passionniste crois t'avoir trouvé un argument impressionnant en déclarant : “LE PHENOMENE ABSTENTIONNISTE EST DESORMAIS DEPASSE CAR IL N'AVAIT DE RAISON D'ETRE QUE DANS UNE PERIODE OU UNE PRECISION DE PRINCIPE, FACE AU COURANT PARLEMENTAIRE, DU VIEUX PARTI SOCIALISTE, ETAIT NECESSAIRE. AUJOURD’HUI, OU IL N'Y A PLUS DE DOUTE POSSIBLE SUR LE CARACTERE NETTEMENT ANTI PARLEMENTAIRE", du PCI, "CELUI-CI…PEUT ADOPTER CETTE METHODE DE LUTTE". Voilà un raisonnement pour le mois astucieux : dans le vieux parti parlementaire nous définissions être d’anti-parlementaires mais maintenant, puisque notre parti est anti-parlementaire, alors nous pouvons faire du parlementarisme. Nous ne doutons pas que cette argumentation puisse impressionner les patientes du parti qui passe à l'instant n'ose mettre en doute son infaillible révolutionnaire, garantie a priori et à jamais. Ceux par contre qui ont connu l’IC pour y avoir milité, ou simplement pour avoir étudié son histoire, seront probablement moins enclins à ouvrir un tel crédit à n'importe quel parti, fut-il même le parti de Damen et de Maffi. Croit-on vraiment que le Parti bolchevik et l’IC dans ses premières années, étaient moins sincèrement révolutionnaires que le PCI d'Italie ? ils offraient au moins autant de garanties, ne serait-ce que par le fait qu'ils exprimaient les positions programmatiques les plus avancées du prolétariat de l'époque alors que le PCI d’Italie, d'après ses propres aveux, retarde notablement. Cependant toutes les précautions prises par l’IC ( lire les thèses du deuxième congrès sur le parlementarisme révolutionnaire) non pas empêché cette politique de devenir un levier de l'opportunisme. C'est que la dégénérescence du parti n'est pas uniquement fonction de la situation générale et de rapport de force de classe mais est encore fonction de la politique pratiquée par le parti. Le prolétariat a trop payé durant ces dernières 25 années pour que les militants d'avant-garde oublient cette vérité première.

A quel point est savonneuse la pente participationniste nous le constatons par les résultats obtenus, auxquels on se réfère volontairement à chaque instant pour prouver la force et l’influence du parti. Le rapporteur au congrès n’a pas manqué de cite que dans telle région la liste du parti, aux dernières élections, a obtenu quatre fois plus de voix. Comme si on pouvait parler de force et d’influence du parti alors que la vente de la presse baisse, que l’organisation a perdu la moitié de ses membres et que le niveau idéologique des membres, de l’aveu même des responsables, est "LAMENTABLE". En entendant Damen parler des victoires du parti on ne peut manquer de penser qu’il y a des victoires qui sont les pires des défaites.

Peut-être ne serait-il pas inutile, pour calmer un peu la fièvre des participationnistes, de leur citer l’exemple du parti trotskiste en France qui en 1946 avait également obtenu un succès groupant sur ses listes près de 70,000 voix. Cela n’a pas empêché ce parti de voir la masse de ses électeurs fondre comme neige au soleil aux élections suivantes, et un an après avoir vu fondre ses propres rangs. Une bonne partie de ses militants poussant la logique à aller vers les masses à fond, a fini par aller au Rassemblement Démocratique Révolutionnaire où le nombre est plus grand et où leurs paroles peuvent avoir plus d’écho.

Car c’est exactement ainsi que raisonne le camarade Damen : "EN PARTICIPANT AUX ELECTIONS", dit-il, face aux anti-participationnistes, "LE PARTI A PU PENETRER DANS LES GRANDES MASSES, PORTER LA NOUVELLE PAROLE, ESSAYER DE DONNER CORPS AUX VAGUES ASPIRATIONS DE SORTIR DES CHEMINS BATTUS." Pris par un noble sentiment de semer la bonne parole, l’idée ne lui vient pas à l’esprit que pour lever, la semence doit être faite en terrain approprié, sinon ce n’est qu’un gaspillage de grains et d’énergies. Le révolutionnaire n’a pas à s’inspirer des missionnaires de l’Armée du Salut allant prêcher la parole divine dans les bordels. La conscience socialiste ne s’acquiert pas dans n’importe quelle condition, elle n’est pas le fait de l’action volontariste, mais présuppose une tendance de détachement des ouvriers d’avec l’idéologie bourgeoise, et ce n’est assurément pas les campagnes électorales, moment de choix de l’abrutissement des ouvriers qui offre cette condition.

Il y a longtemps qu’il a été mis en évidence que les racines psychologiques de l’opportunisme sont, aussi paradoxale que cela puisse paraître, son impatience d’agir, son incapacité d’accepter le temps de recul et d’attente. Il lui faut immédiatement « pénétrer dans les masses, porter la bonne parole ». Il ne prend pas le temps de regarder où il met les pieds. Il est impatient de planter le drapeau du socialisme oubliant dans sa précipitation que ce drapeau n’a de valeur que pour autant qu’il est planté sur un terrain de classe du prolétariat et non quand il est jeté sur le premier tas de fumier du capitalisme.

Malgré l’orthodoxie léniniste, la trique de la discipline et les succès enregistrés, la résistance de militants contre la politique de la participation augmentait sans cesse. Cela prouve que le PCI d’Italie repose sur des éléments de bas très sains. Mais malgré les vives critiques le congrès n’a pas résolu la question. Le compromis accepté de renoncer à la participation aux élections de novembre laisse cependant la question de principe ouverte. Le culte de l’unité et de "ne troublons les membres de base" ont prévalu sur la clarté et l’intransigeance des positions. Ce n’est qu’un recul pour mieux sauter. Les militants révolutionnaires ne sauraient se contenter longtemps de ces demi-mesures. Avec ou sans l’assentiment des chefs de file ils devront liquider ces "vieilles armes émoussées" ou se liquider eux-mêmes en tant que révolutionnaires.

LE PROBLEME SYNDICAL

C’est assurément la position prise sur le problème syndical qui présente le fait saillant de ce congrès.

Quelle était la position antérieure du PCI ? La plus platement orthodoxe, une copie conforme de thèses de l’IC.

"LE TRAVAIL AU SEIN DES ORGANISATIONS ÉCONOMIQUES SYNDICALES DES TRAVAILLEURS, EN VUE DE LEUR DÉVELOPPEMENT ET DE LEUR RENFORCEMENT EST UNE DES PREMIÈRES TÂCHES POLITIQUES DU PARTI".

"LE PARTI ASPIRE À LA RECONSTRUCTION D’UNE CONFÉDÉRATION SYNDICALE UNITAIRE, INDÉPENDANT DES COMMISSIONS D’ÉTAT ET AGISSANT AVEC LES MÉTHODES DE LA LUTTE DE CLASSE ET DE L’ACTION DIRECTE CONTRE LE PATRONAT, DEPUIS LES REVENDICATIONS LOCALES ET DE CATÉGORIES JUSQU’AUX REVENDICATIONS GÉNÉRALES DE CLASSE. LES COMMUNISTES NE PROPOSENT ET NE PROVOQUENT LA SCISSION DES SYNDICATS DU FAIT QUE LES ORGANISMES DE DIRECTIONS SERAIENT CONQUIS OU DÉTENUS PAR D’AUTRES PARTIS". (Plateforme politique du PCI 1946).

C’est sur cette base qu’a été fondé le travail dans les syndicats et allant jusqu’à la participation, là où cela a été possible, surtout en province et dans les petits syndicats, dans les commissions et directions syndicales. Il a soutenu sans réserve les luttes revendicatives économiques considérant ces luttes comme "UNE DES PREMIÈRES TÂCHES POLITIQUES DU PARTI".

Cette conception fut longtemps un principe pour la GCI. Une des raisons de l’hostilité de la GCI à notre égard était notre position antisyndicale. Nous ne pouvons donc qu’exprimer notre satisfaction de voir le PCI abandonner aujourd’hui la plus grande partie de ses vieilles positions concernant l’organisation syndicale, et les revendications économiques.

Nous ne pouvons que souscrire à cette définition : « le parti affirme catégoriquement que le syndicat actuel est un organisme fondamental de l’état capitaliste, ayant pour but d’emprisonner le prolétariat dans le mécanisme productif de la collectivité nationale. » ou encore : "LA CLASSE OUVRIÈRE, AU COURS DE SON ATTAQUE RÉVOLUTIONNAIRE, DEVRA DÉTRUIRE LE SYNDICAT COMME UN DES MÉCANISMES LES PLUS SENSIBLES DE LA DOMINATION DE CLASSE DU CAPITALISME". Nous souscrivons d’autant plus volontiers que nous là, non seulement les idées que nous avons défendues depuis longtemps, mais la reproduction jusqu’à nos propres termes et expressions .

Remarquons cependant que dans la question syndicale, comme dans bien d’autres questions, le PCI a laissé une fois de plus une petite fenêtre ouverte permettant à l’occasion la re pénétration de ses mêmes idées qu’on vient de rejeter par la porte.

Par exemple quand le PCI "DÉCLARE SON INDIFFÉRENCE CONCERNANT LA QUESTION FORMELLE DE L’ADHÉSION OU NON-ADHÉSION DU TRAVAILLEUR AU SYNDICAT" il ne fait que prendre une position passive qui cache mal son attachement affectif au syndicat. Dire que "CE SERAIT PÊCHER PAR ABSTRACTION QUE PROPAGER LE MOT D’ORDRE DE LA SORTIE DES SYNDICATS, MOT D’ORDRE CONVENABLE SEULEMENT QUAND LES SITUATIONS HISTORIQUES POSERONT LES CONDITIONS OBJECTIVES POUR LE SABOTAGE DU SYNDICAT", c’est chercher des prétextes sophistiqués pour ne pas choquer les sentiments arriérés de masses. Si on est convaincu que le syndicat est et ne peut désormais n'être qu’un organisme d’état capitaliste, avec la fonction d’emprisonner les ouvriers au service de la conservation du régime capitaliste, on peut rester "INDIFFÉRENT" au fait que l’ouvrier fait ou non partie organiquement, pas plus que nous ne restons indifférents que les ouvriers fassent ou non partie des maquis, des comités de libération nationale, des parties où toutes autres formations politiques du capitalisme.

Il n’est jamais venu à l’esprit d’un militant sérieux que l’abandon par les ouvriers des formations politiques du capitalisme dépend de ce qu’il lancera ou non le mot d’ordre ; il sait parfaitement que cela sera le résultat des conditions objectives ; Mais cependant cela ne l'empêche pas mais au contraire exige de lui de faire la propagande et d'appeler les ouvriers à déserter ses organisations de la bourgeoisie. La désertion des organisations du capitalisme n'est pas seulement une manifestation mais également une condition de la prise de conscience des ouvriers. Et cela reste valable aussi bien pour les organisations syndicales que pour les organisations politiques. De toute façon l'indifférence en matière de position politique n'est que le camouflage d'un acquiescement affectif et honteux.

Mais il y a mieux. Le PCI dénonce les syndicats mais préconise le rassemblement des ouvriers dans la fraction syndicale. Qu’est-ce donc que cette fraction syndicale ?

“C'EST", dit d'abord le document de la CE déjà cité, "LE RESEAU DES GROUPES D'USINE DU PARTI QUI AGISSANT SUR LA BASE UNITAIRE DE SON PROGRAMME… ETC. CONSTITUE LA FRACTION SYNDICALE”.

 On serait tenté de croire à la première lecture qu'il s'agit tout simplement de cellules du parti, mais à examiner de plus de plus près on s'aperçoit qu'il s'agit de tout autre chose. Premièrement, on comprend difficilement pourquoi l'ensemble des cellules d'usine se constituerait en un organisme à part, ses parents et divisant l'unité du parti en deux d'un côté les ouvriers groupés à part dans les cellules d'usine et d'un autre côté les non ouvriers groupés on ne sait pas exactement où, mais également à part. Deuxièmement, la gauche italienne s'est toujours opposée dans l’IC À l'introduction de cette structure des cellules d'usine, voyant en elle une tendance vers l'ouvriérisme et un moyen bureaucratique d'étouffer la vie idéologique du parti . Il serait vraiment surprenant que le PCI rompe aujourd'hui avec cette position traditionnelle et plus que jamais valable. Troisièmement, quels peuvent donc être les tâches spécifiques des membres ouvriers du parti distincte des tâches de l'ensemble du parti, et finalement on ne comprend pas que cet organisme centralisé, unifier sur le plan de l'ensemble du pays, constituerait et porterait précisément le nom de… la fraction syndicale.

En vérité, la fraction syndicale n'est pas les cellules d'usine du parti, mais bien une organisation séparée distingue du parti créé par celui-ci et dirigé par lui. Certainement le parti ne se fait pas trop d'illusions sur l'ampleur que peut prendre cette organisation dans l'immédiat et ”DANS LA SITUATION ACTUELLE, C'EST LA REDUCTION DE LA FRACTION SYNDICALE AU SEUL MEMBRE DU PARTI ET A QUELQUES SYMPATHISANTS AGISSANT DANS L'USINE OU DANS LE SYNDICAT, QUI SE VERIFIERA LE PLUS SOUVENT”. Mais ce n'est pas pour cela que le parti créé cette organisation il la destine à une fonction bien plus importante : “IL NE DEPEND PAS D'UN EFFORT VOLONTARISME DU PARTI MAIS DE L'EVOLUTION DE LA SITUATION GENERALE ET DE LA DYNAMIQUE DES LUTTES SOCIALES QUE DES PROLETAIRES SYNDIQUES OU NON INSCRIT OU NON A D'AUTRES PARTIES SE RASSEMBLENT AUTOUR DE NOS GROUPES D'USINE”.

De ces textes il ressort clairement que la fraction syndicale a une double fonction. Dans l'immédiat, ”AGISSANT DANS L'USINE OU DANS LE SYNDICAT”, et de servir dès à présent de noyau autour desquels se rassembleront demain les ouvriers de toutes les tendances, de tous les partis en quelque sorte des embryons de Soviets.

 Il est à remarquer que le PCI qui craint de ”PECHER PAR ABSTRACTION” et préconisant la désertion des syndicats en l'absence des conditions objectives nécessaires ne crains cependant pas le péché de bluff en constituant aujourd'hui les embryons de futurs Soviets.

 D’une part le parti a renoncé à son action dans le syndicat et à l'illusion de pouvoir agir, actuellement dans les masses, Non directement mais par l'intermédiaire d'une organisation spéciale créée à cette fin : la fraction syndicale point aussi ne pourrait-on rien lui reprocher, chacun a son compte et tout le monde est content.

 Ainsi le pas en avant fait dans la question a été immédiatement suivie de deux pas en arrière .

 Finalement, l'erreur d'hier a été doublée d'une confusion d'aujourd'hui. En ajoutant la confusion nouvelle à l'erreur passée, ça ne fait toujours qu'une confusion dans l'erreur et on n'a pas avancé d'un iota.

CONCLUSIONS

Nous venons de faire l'examen des travaux du PCI. Si on ne peut pas parler de son apport dans la clarification des problèmes fondamentaux de l'époque, de la vie même de ses partisans, on peut constater que le plus clair de son travail consistait dans le bouleversement total qu'il a apporté dans les positions et l'orientation prise à sa conférence constitutive.

 On trouverait difficilement un autre exemple dans les annales des groupes politiques, ou une plateforme constitutive se trouve être aussi profondément malmenée et infirmée, dans un laps de temps aussi court.

 Notre époque peut avec raison être caractérisée par ces changements brusques et la rapidité de son cours. Mais on ne serait attribué à cela le vieillissement surprenant de la plateforme du PCI car elle était déjà hors du cours et frappé de sénilité à sa naissance.

Cette constatation faite par les délégués eux-mêmes au Congrès n'est pas le fait du hasard. Elle a ses racines, entre autres, dans la suffisance et la prétention de détenir seule la vérité révolutionnaire, au sens les épaules à la seule idée de pouvoir apprendre quelque chose dans la confrontation d'idées avec d'autres groupes révolutionnaires dans les divers pays.

 2 ans et demi ont suffi pour ne laisser subsister intacte aucune des pages de la plateforme de décembre 1945. C'est une leçon sévère mais qui pourrait être salutaire si les camarades de la GCI comprennent et acceptent cette leçon à cette seule condition l'expérience pourrait ne pas avoir été vaine.

Pour finir, et dans la mesure où il nous est possible et permis de juger de loin et de formuler un avis, nous estimons prématuré la conclusion tirée par le camarade Bernard qui dit “POUR LES MILITANTS SINCEREMENT REVOLUTIONNAIRES IL N'Y A PAS D'AUTRE VOIE QUE LA SCISSION ET LA CREATION D'UN NOUVEAU REGROUPEMENT POLITIQUE QUI EST COMME TACHE FONDAMENTALE LA RECHERCHE ET LA FORMULATION DES BASES IDEOLOGIQUE POUR LA FORMATION AU FUTUR DU VRAI PARTIE DE CLASSE”. Nous ne méconnaissons pas les immenses difficultés auxquelles peuvent se heurter ses camarades dans l'atmosphère qui règne dans le PCI. Mais il est incontestable que le PCI d'Italie reste à ce jour la principale organisation révolutionnaire prolétarienne et probablement la plus avancée en Italie. Tout comme après la conférence de 1945 nous estimons qu'en son sein sont rassemblés à un grand nombre de militants révolutionnaires saints et de ce fait cette organisation ne peut être considérée comme perdue d'avance pour le prolétariat.

 En 1945 nous écrivions que derrière le patriotisme et l'apparence d'unité existent des divergences réelles qui ne manqueront pas de se manifester et de se cristalliser en tendance opportuniste et révolutionnaire. Aider à cette cristallisation, contribuer à dégager les énergies révolutionnaires afin qu’elles puissent trouver leur maturation et leur expression la plus avancée, telle nous paraît être encore aujourd'hui la tâche la plus urgente révolutionnaire, sincère.

Marco

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Débat dans le milieu politique prolétarien