Conflits inter impérialistes, lutte de classe: l'histoire s'accélère

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"Jamais depuis les années 30, l'impasse totale dans laquelle se "trouve l'économie capitaliste ne s'était révélée avec une tel-"le évidence ; jamais depuis la dernière  guerre mondiale, la "bourgeoisie n'avait  déployé de tels arsenaux militaires, n'a­vait mobilisé de tels efforts en vue de la production de moyens "de destruction ; jamais depuis les années 20, le prolétariat "n'avait mené des combats de l'ampleur de ceux qui ont secoué "la  Pologne et l'ensemble de la classe régnante en 1980-81. "Cependant, ce n'est là qu'un début. En particulier, si aujour­d'hui les dirigeants bourgeois semblent se consoler en bavar­dant sur "la reprise économique"; ils ont du mal à masquer que "le plus fort de la crise est devant nous. De même, le recul "mondial des luttes ouvrières qui a suivi les formidables combats de Pologne ne constitue qu'une pause avant les énormes "affrontements de classe qui mettront en mouvement les détachements décisifs du prolétariat mondial, celui des grandes métropoles industrielles et notamment d'Europe occidentale" (Résolution sur la situation internationale, 5e Congrès du CCI Revue Internationale n°35)

Les années80, à la suite des années 70, dominées par l'illusion d'une reprise économique, sont bien des ANNEES DE VERITE. Si, après 1'invasion de 1'Afghanistan par  les troupes russes, le développement de la grève de masse des ouvriers en Pologne a montré, dès 1'aube des années 80, comment se concré­tisait 1'alternative historique : guerre impérialiste ou révolution communiste, les années qui ont sui­vi la défaite partielle du prolétariat mondial en Pologne, ont été marquées par une avancée des ten­sions impérialistes sans que la classe ouvrière se manifeste de façon significative.

Déboussolée par 1'activité de la gauche dans 1'opposition et par d'intensives  campagnes idéologiques centrées sur la guerre, en partie démoralisée par  la défaite en Pologne, la classe ouvrière a marqué une pause dans ses luttes qui a d'autant plus facilité la forte accélération des préparatifs guerriers de la bourgeoisie.

Cependant, 1'enfoncement toujours plus rapide du capitalisme dans la crise, alors que le prolétariat mondial n'est pas vaincu, pas écrasé, fait que cette pause des luttes ne pouvait être que provisoire. Aujourd'hui, le renouveau de la combativité de la classe ouvrière dans les pays centraux, vient montrer que  le repli se termine.

L'histoire s'accélère sous la poussée de 1'aggravation de la crise. Comprendre cette accélération, tant sur le plan  des tensions inter impérialistes que sur celui de la lutte de classe, constitue une tâche essentielle des organisations révolutionnaires  aujourd'hui si elles veulent  être à même de remplir leur fonction dans la classe demain.

L’AGGRAVATION DES TENSIONS IMPERIALISTES

Depuis l'invasion russe de l'Afghanistan, le prolétariat est soumis à une propagande intensive sur la guerre. Rien que ces derniers mois : un bœing 747 avec des centaines de passagers à bord abattu par les russes au dessus de l'île Sakhaline ; des centaines de soldats américains et  français tues dans des attentats meurtriers à Beyrouth ; un débarquement de marines américains dans une minuscule île des Caraïbes, la Grenade ; des avions français et israéliens qui bombardent au Liban, avec, en toile de fond, des conflits anciens qui non seulement n'en finissent pas mais, au contrai­re, s'exacerbent : la guerre Iran-Irak qui a fait déjà des centaines de milliers de morts et de bles­sés, les guerres au Tchad, Angola, Mozambique, Sa­hara occidental, Nicaragua, Salvador, Cambodge, etc. La liste des conflits qui viennent illustrer l'exacerbation des tensions guerrières est longue. Et pas un qui ne soit prétexte à une intensification du matraquage obsédant du bloc occidental destiné à paralyser le prolétariat en lui faisant peur et en lui communiquant un sentiment d'impuissance, et à dénoncer l'agressivité du bloc russe, même si parfois, l'influence de celui-ci y est insignifian­te.

Comme toute propagande, celle-ci s'appuie sur une réalité : avec l'entrée dans les"années de vérité", s'aggravent toutes les grandes tendances propres à la décadence capitaliste, notamment la tendance à l'aiguisement des tensions militaires.

"Face   la crise  qui se développait, la bourgeoi­sie s'est cramponnée pendant des années à l'espoir qu'il y avait  des solutions... Aujourd'hui, la bour­geoisie déchante. De façon sourde mais lancinante, elle découvre qu'il n'y a pas de solution à la cri­se... Réalisant qu'elle est dans  une  impasse, il ne lui reste que la fuite en avant. Et pour elle, la fuite en avant, c'est la marche vers la guerre". (Les années 80, années de vérité, Revue Internatio­nale n°20).

C'est dans ce contexte qu'on assiste à une modi­fication qualitative de l'évolution des conflits impérialistes. Contrairement à la propagande assé­née quotidiennement par tous les médias du bloc oc­cidental, la caractéristique majeure de cette évo­lution consiste en une offensive du bloc américain contre le bloc russe. Celle-ci vise à parachever l'encerclement de l'URSS par le bloc occidental, à dépouiller ce pays de toutes les positions qu'il a pu conserver hors de son glacis direct. Elle a pour but d'expulser définitivement l'URSS du Moyen-Orient en réintégrant la Syrie au sein du bloc occidental. Elle passe par une mise au pas de l'Iran et la réin­sertion de ce pays dans le bloc US comme pièce ma­jeure de son dispositif militaire. Elle a pour am­bition de se poursuivre par une récupération de l'Indochine. Elle vise, en fin de compte, à étran­gler complètement l'URSS; à lui retirer son statut de puissance mondiale.

Une des caractéristiques principales de cette of­fensive, c'est l'emploi de plus en plus massif de sa puissance militaire par le bloc US, notamment par l'envoi de corps expéditionnaires américains ou d'autres pays centraux du bloc (France, GB, Italie) sur le terrain des affrontements. Cette caractéris­tique correspond au fait que la carte économique, employée abondamment par le passé pour mettre la main sur les positions de l'adversaire, ne suffit plus :

-     du fait des ambitions présentes du bloc US ;

-     du fait surtout de l'aggravation de la crise mon­diale elle même qui crée une situation d'instabilité interne dans les pays secondaires sur lesquels s'ap­puyait auparavant le bloc US.

A cet égard, les événements d'Iran ont été un ré­vélateur. L'effondrement du régime du Shah et la pa­ralysie que cela a occasionnée pour le dispositif américain dans cette région, ont permis à l'URSS de marquer des points en Afghanistan. Ils ont convaincu la bourgeoisie américaine de met­tre sur pied sa force d'intervention rapide (et lui ont permis de faire "avaler" facilement cette dé­cision à la population traumatisée par l'exploita­tion de l'affaire des otages de l'ambassade améri­caine à Téhéran en 1979) et de réorienter sa stratégie impérialiste.

De même aujourd'hui, le meilleur bastion militai­re du bloc occidental au Proche-Orient : Israël, se retrouve dans une situation économique et so­ciale difficile, ce qui impose une présence mili­taire directe accrue du bloc au Liban.

La difficulté de plus en plus grande du bloc US à entretenir son avancée contre le bloc russe par sa puissance économique alors que la crise frappe toujours plus fort, le pousse à subordonner de plus en plus totalement son économie à ses besoins militaires. Depuis longtemps, étant donnée sa fai­blesse économique, l'URSS a du, pour maintenir sa domination sur son bloc, sacrifier la compétitivi­té de son économie aux besoins de sa puissance mi­litaire par un développement hypertrophié de son économie de guerre. La primauté du militaire sur l'économique est une tendance générale de la déca­dence du capitalisme qui s'accélère aujourd'hui et que les années de vérité mettent à nu.

Cette tendance ne manifeste pas la force du ca­pital, mais constitue au contraire la preuve de son affaiblissement. La fuite en avant dans l'éco­nomie de guerre et vers la guerre elle-même est le produit de l'affaissement du marché mondial sur­saturé. La production d'armements a ceci de parti­culier qu'elle n'est destinée ni à la reproduction de la force de travail, ni à la production de mo­yens de production, mais à la destruction ; elle est elle-même une stérilisation et une destruction de capital.

Dans tous les pays, les programmes d'armements se développent depuis la fin des années 70. Les com­mandes d'armes de l'Etat américain sont un des facteurs déterminants de la "reprise" économique actuelle. Mais cette destruction massive de capi­tal ne fait qu'accentuer à terme les effets de la crise et accélérer la faillite du capitalisme mon­dial (voir article dans ce n°).

LE PROLETARIAT : FREIN A LA GENERALISATION DES CONFLITS

La banqueroute du capital mondial pousse la bour­geoisie vers la guerre comme l'ont dramatiquement montré les deux holocaustes impérialistes de ce siècle. La crise économique aujourd'hui est plus profonde et plus forte que toutes celles qui ont précédé. Dans ces conditions, comment se fait-il qu'aucun des multiples conflits impérialistes ne se soit encore généralisé dans une 3e guerre mon­diale ?

La classe ouvrière reste un obstacle décisif à la guerre mondiale. Ce n'est pas l'accumulation des ar­mements les plus destructeurs qui freine les ten­dances bellicistes de la bourgeoisie. Mais depuis 1968, celle-ci n'est pas parvenue à assurer la sou­mission de cette principale force sociale du mon­de capitaliste qu'est le prolétariat.

La guerre impérialiste généralisée serait une guerre totale. Il faut à la bourgeoisie un proléta­riat docile qui fasse tourner à plein les usines, qui accepte une militarisation totale du travail, de la vie sociale, qui subisse sans broncher le rationnement alimentaire le plus draconien, qui joue le rôle d’exécutant soumis de l'Etat bourgeois, au nom de la patrie, au nom du drapeau national, au coude à coude avec ses ex­ploiteurs.

Le développement des luttes ouvrières contre les effets de la crise depuis 1968, au coeur du capi­talisme mondial : en Europe, c’est-à-dire au cen­tre des rivalités impérialistes entre les deux blocs qui se partagent le monde, démontre que cet­te condition n'est pas remplie. C'est cette re­prise des combats du prolétariat à l'échelle mon­diale à la fin des années 60 qui a imposé à la bourgeoisie américaine de retirer ses 400 000 hommes du ViêtNam devant les risques de conflagra­tion sociale qui s'accumulaient.

La classe capitaliste doit entamer et briser cette résistance du prolétariat pour avoir les coudées franches et en découdre sur le terrain des affrontements impérialistes. Les campagnes idéologiques sur la guerre menées de façon inten­sive depuis l'invasion de l'Afghanistan par les troupes du bloc russe, n'ont pas d'autre but que de paralyser le prolétariat et lui faire accepter un effort de guerre et des interventions militai­res croissantes. Ces campagnes s'adressent d'abord aux fractions de la classe ouvrière dans les pays industrialisés, et notamment d'Europe dont le rôle a toujours été déterminant par le passé pour per­mettre une marche à la guerre généralisée. En ef­fet, l'embrigadement du prolétariat européen der­rière l'étendard national et les mystifications bourgeoises a permis les deux guerres mondiales. Nous ne sommes pas dans la même situation aujour­d'hui. Nulle part, des fractions importantes du prolétariat ne se trouvent vaincues, soumises, embrigadées par la bourgeoisie. Partout les lut­tes de résistance contre l'austérité montrent que le potentiel de combativité de la classe ouvriè­re est intact, loin d'être brisé.

Il y a deux ans, Reagan, devant le tollé suscité par l'envoi de quelques dizaines de milliers de "conseillers anti-guérillas" au Salvador, avait affiché son but : surmonter le "syndrome du Viêt­Nam", c'est-à-dire les réticences de la popula­tion des Etats Unis à l'envoi de soldats améri­cains dans des conflits ouverts. On peut voir aujourd'hui, avec les milliers de soldats dépêchés au Liban ou à la Grenade, que la bourgeoisie oc­cidentale, à coup de campagnes intensives, a avancé sur ce plan. Cependant, nous sommes encore loin de la période de contre-révolution durant la­quelle les Etats Unis pouvaient, sans coup férir, envoyer 16 000 hommes au Liban pour rétablir l'ordre. La bourgeoisie a encore du chemin à par­courir si elle veut briser la résistance de la classe ouvrière et s'ouvrir la route de la 3e guerre mondiale.

Ainsi, depuis 1968, le prolétariat reste une préoccupation déterminante de la bourgeoisie car elle sait qu'il est le principal danger auquel elle se trouve confrontée. Un exemple marquant de cette situation réside dans l'organisation actuel­le de l'appareil politique de la bourgeoisie : de plus en plus, elle tend, pour faire face à la lutte de classe, à mettre ses fractions de gauche dans l'opposition, alors que les besoins de la guerre mondiale nécessitent l'union nationale, ce qu'elle ne peut faire pour le moment. Ce qui est à l'ordre du jour, c'est la lutte de classe.

Mais même si la classe ouvrière joue un rôle de frein aux tendances bellicistes, cela ne signifie pas pour autant que les tensions inter impérialistes cessent d'exister. Au contraire, celles-ci ne peuvent que s'exacerber sous la poussée de la crise. La lutte du prolétariat ne peut empêcher l'éclatement des multiples conflits impérialistes localisés ; ce qu'elle empêche, c'est leur généra­lisation dans un troisième holocauste.

Les tensions inter impérialistes ne disparais­sent pas dans le capitalisme : le capital suppose la guerre; et les illusions pacifistes, c'est-à-dire d'un capitalisme pacifique, sont un des pires poisons pour la classe ouvrière. Même durant la grève de masse en Pologne 80, quand les deux blocs se sont entendus comme "larrons en foire" pour isoler le prolétariat de Pologne et lui impo­ser la défaite, les tensions inter impérialistes -même si elles ont été mises au second plan- n'ont pas disparu pour autant : les conflits ont continué à la périphérie et les programmes d'arme­ments ont fait un bond en avant dans les budgets des principales puissances impérialistes.

Le niveau de lutte de classe actuel, s'il empê­che l'ouverture d'une 3e guerre mondiale, n'est pas suffisant pour faire reculer la bourgeoisie sur le plan militaire. Les ouvriers de Pologne ont posé la question de la généralisation internatio­nale de la grève de masse au coeur de l'Europe, question à laquelle ils ne pouvaient répondre par eux-mêmes dans la situation d'isolement où ils se trouvaient. C'est seulement cette perspective qui peut faire reculer la bourgeoisie à l'échelle mon­diale et préparer le terrain de la révolution com­muniste qui, mettant fin au capital, mettra fin à toutes les guerres. Cette perspective est entre les mains du prolétariat d'Europe occidentale, le plus à même, par son histoire, par son expérience, sa concentration, de la mettre en avant. De sa ca­pacité de lutter, de s'opposer aux attaques de la bourgeoisie dépend l'avenir de l'humanité.

LA REPRISE DE LA LUTTE DE CLASSE

Alors que le thème de la guerre est omniprésent, obsédant, à travers le battage permanent de tous les médias ; alors que le prolétariat est soumis à un martelage incessant où, dans l'infernale logi­que du capitalisme, les cadavres viennent justifier les cadavres, tous les moyens d'information sont par contre soumis à un black-out sur les luttes de classe.

Pourtant, après un creux réel au lendemain de la défaite en Pologne, les grèves qui se déroulent de­puis quelques mois en Europe sont significatives d'une reprise des combats de classe ; elles vien­nent confirmer que le prolétariat, loin d'être vaincu, garde intact son potentiel de combativité et qu'il est prêt à s'exprimer avec ampleur.

A cet égard, la grève du secteur public en Bel­gique durant le mois de septembre est exemplaire ; elle constitue le mouvement de luttes ouvrières le plus important depuis les combats de Pologne 80. Il en est ainsi par la conjonction des éléments suivants :

-   le nombre de travailleurs impliqués (plusieurs centaines de milliers dans un pays qui ne compte que 9 millions d'habitants) ;

-   le fait que ce mouvement a touché un des pays les plus industrialisés du monde, de plus vieux ca­pitalisme, situé en plein coeur des énormes con­centrations prolétariennes d'Europe occidentale ;

-   la dynamique qui s'est exprimée au démarrage du mouvement : surgissement spontané des luttes qui a pris de court et a débordé les syndicats ; ten­dance à l'extension ; dépassement des clivages communautaires et linguistiques ;

-   l'énorme mécontentement qui s'est révélé dans ces luttes et qui va croissant ;

-   le fait que ce mouvement prend place dans un con­texte international de surgissements sporadiques mais significatifs de la combativité ouvrière (en Grande Bretagne dans l'automobile ; en France, dans les centres de tris postaux ; en Hollande dans les services publics, etc.).

Le black-out imposé par les Etats aux moyens d'information sur cette grève durant une dizaine de jours dans les pays riverains de la Belgique (France, RFA, GB) met en évidence la crainte que la classe dominante éprouve d'une extension des explo­sions de mécontentement en Europe occidentale.

Ces luttes paraissent bien insignifiantes si on les compare à la flambée magnifique qu'avait constituée la grève de masse en Pologne 80. Pourtant, elles se développent dans un contexte différent qui leur donne toute leur valeur et leur sens.

La faiblesse de l'encadrement syndical "officiel" et la rigidité de l'Etat polonais ont permis la dynamique (extension et auto organisation) de la grève de masse à l'échelle nationale. Cependant, dans leur isolement, les travailleurs de Pologne se sont cassés le nez sur les illusions du syndi­calisme à l'occidentale, "démocratique", véhiculées par Solidarnosc.

"Par contre, le prolétariat  d'Europe occidenta­le, parce qu'il n'est pas  dans la même situation d'isolement, parce qu'il a accumulé  depuis des décennies toute une  expérience de luttes où il s' est confronté aux syndicats, à la gauche, parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, la crise le pous­se à lutter, parce que son potentiel de combativité est intact, se trouve aujourd'hui dans des conditions meilleures qu'il n'en a jamais connues pour  clarifier  aux yeux  du prolétariat mondial la véritable nature des syndicats, de la gauche et de la démocratie". (Rapport sur la situation internationale, 5e Con­grès du CCI, Revue Internationale n° 35).

La grève en Belgique a manifesté des faiblesses qui continuent de peser sur la classe ouvrière et qui se sont notamment révélées par l'absence de remise en cause claire des syndicats et par l'ab­sence d'auto organisation des luttes. Cependant, ces faiblesses ne sauraient atténuer ou masquer 1'importance du mouvement. En fait, alors que la "gauche dans l'opposition" mise en place active­ment à partir de 79 dans la plupart des pays avait réussi à épuiser et à venir à bout de la poussée ou­vrière des années 78-80, les grèves de Belgique de septembre 83 constituent la première remise en cause d'envergure de l'efficacité de cette carte bourgeoise. Elles sont un indice indiscutable du fait que la classe ouvrière se remet de la défaite subie en Pologne 81, que le recul de ses combats qui marque les années 81-82, a pris fin.

A l'heure où la crise économique atteint mainte­nant de plein fouet les métropoles du capitalisme, la bourgeoisie ne peut plus différer ses program­mes d'austérité,ni les étaler dans le temps. La classe exploiteuse est obligée de plus en plus d'attaquer toutes les fractions du prolétariat en même temps, au coeur du monde industriel de la vieille Europe. Ainsi la classe ouvrière est de plus en plus poussée à exprimer à une échelle tou­jours plus massive ses réserves de combativité. Les conditions de l'extension et de la générali­sation se réunissent car le prolétariat doit fai­re face à une attaque générale de la bourgeoisie. Les conditions de l'auto organisation se rassem­blent parce que le prolétariat est amené à se con­fronter à la gauche et à ses syndicats en luttant contre l'austérité de l'Etat et que l'approfondis­sement de la crise se traduit par une usure des mystifications démocratiques et syndicales impo­sées depuis 50 ans par la bourgeoisie derrière le mythe de 1'Etat-providence.

Les luttes en Belgique, en France, en Hollande, etc., annoncent les luttes d'envergure qui pren­dront place dans le futur. La reprise de la lutte de classe de l'automne 83 n'en est qu'à ses débuts, "Dans les pays avancés d'Occident et notamment en Europe de 1'Ouest, le prolétariat ne pourra déplo­yer pleinement la grève de masse qu'à 1'issue de toute une série de combats, d'explosions violen­tes, d'avancées et de reculs, au cours desquels il démasquera progressivement tous les mensonges de la gauche dans 1'opposition, du syndicat et du syndicalisme de base". (Résolution sur la situation internationale du 5e Congrès du CCI, Revue Internationale n° 35)

Dans la mesure où le cours historique est la ré­sultante du rapport de forces entre les classes, il peut sembler paradoxal dans la période actuel­le d'assister en même temps à une accélération des tensions inter impérialistes et à la reprise de la lutte de classe. Le rapport entre les classes, entre le prolétariat et la bourgeoisie, n'est pas un rapport mécanique, immédiat ; c'est un rapport de forces historique. Devant 1 'exacerbation des contradictions provoquées par la crise, il faut une réponse à un degré qualitatif supérieur de la lutte de classe pour faire reculer la bourgeoisie et préparer l'assaut final contre le règne barba­re du capital.

Ce que la reprise de la lutte de classe annonce aujourd'hui, ce sont les futures grèves de masse de dimension nationale d’abord, et leur généralisation internationale ensuite qui permettront au prolétariat de mettre en avant la perspective ré­volutionnaire. Sur ce chemin le prolétariat d'Eu­rope, parce qu'aujourd'hui, dans le contexte im­périaliste, il est confronté au problème de la guerre de manière de plus en plus directe, devra assumer consciemment son opposition à celle-ci.

Plus que jamais, le prolétariat mondial aujour­d'hui sera contraint de faire sien le mot d'ordre du prolétariat révolutionnaire du début du siè­cle : GUERRE ou REVOLUTION !