Argentine : la mystification des "piqueteros" (NCI)

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Nous publions ci-dessous des extraits d’un long article des camarades du Núcleo Comunista Internacional d’Argentine consacré à une analyse approfondie du mouvement piquetero, à dénoncer son caractère anti-ouvrier et à combattre les mensonges avec lesquels les groupes gauchistes de tout poil "se sont consacrés à tromper le prolétariat avec de fausses attentes, lui faisant croire que les objectifs et les moyens du mouvement piquetero contribuaient au progrès de sa lutte".

 

Un groupe de tendance anarchiste comme le GCI, avec son langage pseudo marxiste, s’apprête à apporter son inestimable contribution à cette tâche consistant à tromper, falsifier et empêcher que le prolétariat ne tire les véritables leçons et ne s’arme contre les pièges tendus par son ennemi de classe. C'est ce que dénoncent très bien les camarades du NCI.

 

Les origines et la nature du mouvement piquetero

 

Il se peut que beaucoup considèrent que ces mouvements de chômeurs ont débuté au cours de ces 5 ou 6 dernières années quand la misère, le chômage et la famine se sont abattus dans les grands ensembles du Gran Buenos Aires, Rosario, Cordoba, etc. Ce n’est pas le cas : les courants piqueteros prennent leur origine, au cours des années 90, dans les mouvements appelés "Manzaneras", que dirigeait l’épouse du gouverneur de la province de Buenos Aire de l’époque, Eduardo Duhalde, et qui avaient une double fonction : d’une part le contrôle social et politique, le développement de la capacité de mobilisation des larges couches désespérées en faveur de la fraction bourgeoise que représentait Duhalde et, d’autre part, la prise en charge de la distribution de nourriture aux chômeurs (un œuf et un demi-litre de lait quotidiens), puisqu’il n’y avait pas alors de programmes pour les chômeurs, ni aides, etc. Mais au fur et à mesure de la croissance exponentielle du chômage et des protestations des chômeurs, les manzaneras commencèrent à disparaître de la scène. Il y avait une place vacante, qu’il était important d’occuper, et qu’occupèrent une ribambelle d’organisations pour la plupart dirigées par l’Église catholique, les courants politiques gauchistes, etc. Plus tard est entré en scène le Parti Communiste Révolutionnaire maoïste avec son "Courant Classiste et Combatif", les trotskistes du Parti Ouvrier qui ont formé leur propre appareil de chômeurs, le Pôle Ouvrier, et par la suite les autres courants.

 

Ces premières organisations reçurent leur baptême du feu à Buenos Aires, de façon massive, avec les barrages routiers sur la stratégique Route n° 3 qui relie Buenos Aires à l’extrême sud du pays, la Patagonie, avec la revendication de plus d’allocations pour les chômeurs, lesquelles étaient contrôlées et gérées par des conseils consultatifs qui comprenaient la municipalité, les courants piqueteros, l’Église, c’est-à-dire par l’État bourgeois.

 

C’est ainsi que les "Plans Travailler" ainsi que les différentes allocations permirent à la bourgeoisie d’exercer un contrôle social et politique sur les chômeurs à travers les différentes organisations piqueteras, qu’elles soient de type péroniste, trotskiste, guévariste, stalinien ou syndical à travers la C.T.A. Ensuite, ces courants ont commencé à se propager dans les quartiers ouvriers durement touchés par le chômage, la famine et la marginalisation, et ils ont commencé à tisser leur structure, tout cela avec l’argent de l’État bourgeois.

 

Pour qu’ils puissent bénéficier des aides et des colis de nourriture (5 kg) on exigeait des adhérents qu’ils se mobilisent derrière les drapeaux de l’organisation, qu’ils participent à ses actions politiques si celle-ci avait une structure politique, qu’ils lèvent la main et votent en faveur des propositions du groupe auquel elle "appartenait", tout cela sous peine de perdre le droit aux subsides, c’est-à-dire les misérables 150 pesos (ou 50 dollars).

 

Mais la liste des obligations des chômeurs envers le mouvement ne s’arrêtait pas là. Ces derniers avaient tout une série d’obligations auprès des organisations de chômeurs et leur réalisation était consignée dans un cahier où celui qui obtient le meilleur score –en participant aux réunions, aux marches, en donnant son accord à la position officielle, ne courait pas le risque de perdre ses prestations- en revanche pour qui exprimait des opinions non conformes, le score s’amenuisait jusqu’à perdre le bénéfice du plan.

 

Mais de plus, les organisations soutiraient aux chômeurs un pourcentage ou une somme fixe d’argent à titre de "cotisation", cet argent étant destiné à verser des revenus aux mouvements, à payer des locaux pour le fonctionnement des mouvements de chômeurs et des groupes politiques auxquels ils étaient rattachés, etc.

 

Le paiement de cette cotisation était obligatoire et à ce titre, les "référents" de chaque organisation locale de quartier des divers mouvements de chômeurs les accompagnaient à la banque même où, après avoir reçu leur allocation, ils devaient payer leur cotisation.

 

En 2001, avant les journées interclassistes du 19 et du 20 décembre, l’assemblée piquetera était dominée par le Pôle Ouvrier, le Courant maoïste Classe et Combat, et la Fédération Terres, Logement et Habitat.

 

Les positions soutenues dans ces assemblées et dans les suivantes montrent clairement quelle est la nature des divers groupes piqueteros, comme instruments au service de l’État bourgeois. Cette nature n’a pas changé après la rupture entre le Pôle Ouvrier et les autres courants, donnant naissance au Bloc piquetero.

 

Le rôle attribué aux chômeurs ou au "sujet piquetero" comme aime à le désigner le Parti Ouvrier dans son hebdomadaire Presse Ouvrière, lorsqu’il parle de l’objectif du mouvement piquetero, est de "devenir un mouvement de masse", sous entendu de la masse des chômeurs, des ouvriers actifs et de toutes les classes moyennes poussées vers la classe ouvrière et celle des dépossédés, c’est-à-dire que la classe ouvrière doit s’intégrer dans un vaste front inter classes et doit lutter, non sur son propre terrain mais dans un camp qui lui est totalement étranger.

 

Ce qui démontre la justesse de la position du CCI, telle que nous la défendîmes alors, quand il qualifiait les événements du 19 et 20 décembre comme une révolte interclassiste.

 

Le Parti Ouvrier (PO) dans un paragraphe on ne peut plus sobre d’une résolution de son 13ème Congrès affirme sans la moindre honte :

 

"Celui qui contrôle la nourriture des masses contrôle les masses…". En d’autres termes, malgré ses déclamations pour empêcher la bourgeoisie de contrôler les masses en contrôlant la nourriture, le PO a en réalité la même attitude que la bourgeoisie : le contrôle des plans sociaux, celui des colis alimentaires afin de pouvoir ainsi contrôler les chômeurs. Cette attitude n’est pas le propre du PO mais de l’ensemble et de la totalité des courants, groupes et regroupements piqueteros.

 

Ces quelques exemples démontrent que les mouvements de chômeurs qui ont occupé les mass média, que ce soit au plan national ou international, et qui amenèrent l’imaginaire de la petite bourgeoisie radicalisée à croire aux prémisses d’"une révolution", en l’existence de "conseils ouvriers", etc., sont une supercherie totale.

 

Si l’on considère, comme le PO, que le mouvement piquetero est le fait le plus significatif du mouvement ouvrier depuis le Cordobazo [soulèvement des ouvriers de Córdoba en 1969, NDLR], on discrédite ce dernier ainsi que les luttes de caractère ouvrier qui se déroulèrent à cette période ; il ne s’agissait pas d’une rébellion populaire ou de style inter classiste, bien au contraire ce furent des combats ouvriers qui développèrent des comités ouvriers qui se chargèrent des fonctions les plus diverses, en tant que comités de défense, de solidarité, etc.

 

Un contradicteur pourra nous critiquer en disant que nous avons bien rendu compte de la position des directions des mouvements et organisations piqueteras, mais que ce qui compte c’est la dynamique du processus ou du phénomène piquetero, ses luttes, ses mobilisations, ses initiatives.

 

La réponse est simple, à ceux qui nous font cette objection, nous devons répondre de la même façon que nous le fîmes au BIPR, avec la critique faite dans Revolución Comunista n° 2 [journal du NCI] à ses positions concernant l’"argentinazo" du 19 et 20 décembre : les positions adoptées par ce courant sont de simples désirs de type idéaliste.

 

Les organisations piqueteras sont qui les dirigent, leurs chefs, rien de plus. Le reste, les piqueteros au visage caché occupés à brûler des pneus sont prisonniers de leurs 150 pesos mensuels et des 5 kg de nourriture que l’État bourgeois leur octroie via les organisations.

 

Et comme il a été dit plus haut, tout cela doit être fait sous peine de perdre les droits en question. En résumé les mouvements piqueteros ne signifient nullement un développement de la conscience mais bien au contraire la régression de la conscience ouvrière, puisque ces organisations impriment une idéologie étrangère à la classe ouvrière, comme l’exprime la formule citée plus haut : qui gère la nourriture gère la conscience, mettant en évidence le fait que le PO adopte le point de vue de la bourgeoisie, avec sa logique perverse qui ne peut mener qu’à la défaite de la classe ouvrière et des chômeurs. Car tel est le rôle du gauchisme : LA DÉFAITE DE LA CLASSE OUVRIÈRE ET LA PERTE DE SON AUTONOMIE DE CLASSE, quelles que soient les consignes "révolutionnaires" qu’il puisse exhiber.

 

Le GCI ment sur la nature ouvrière du mouvement piquetero

 

Les inexactitudes, les demi-vérités, et les mystifications n’aident pas le prolétariat mondial, bien au contraire, elles aggravent davantage les erreurs et les limitations des futures luttes. C’est ce que fait le GCI lorsque il écrit dans sa revue Communisme (n°49, 50,51) que c’est : "la première fois dans l’histoire de l’Argentine que la violence révolutionnaire du prolétariat parvient à renverser le gouvernement", et il poursuit "la distribution entre les prolétaires de marchandises expropriées, et les repas "populaires" préparés avec le produit des récupérations… Affrontements avec la police et autres troupes de choc de l’État, comme les bandes mercenaires péronistes, spécialement le jour de la venue au pouvoir présidentiel de Duhalde…"

 

Le GCI, avec son attitude et ses mensonges sème la confusion dans la classe ouvrière mondiale, l’empêchant de tirer les nécessaires leçons des événements de 2001.

 

Tout d’abord ce n’est nullement la "violence révolutionnaire" qui renversa le gouvernement De La Rua. Au contraire, ce gouvernement bourgeois tomba à cause des conflits et des luttes internes au sein de la bourgeoisie. Il n’y pas eu non plus distribution "des biens expropriés", les pillages ne furent pas ce que prétend le GCI "une attaque généralisée de la propriété privée et de l’État", c’était le fait de personnes désespérées, affamées, qui ne pensèrent jamais, ne serait-ce qu'accessoirement, attaquer la propriété privée, mais simplement calmer la faim pendant un jour ou deux.

 

Ainsi, la falsification des faits se poursuit quand le GCI parle des affrontements lors de l’avènement de Duhalde comme d’une lutte du "mouvement" prolétaire contre les milices péronistes. C’est faux, c’est un mensonge. L’affrontement qui s'est produit le jour de l'accession de Duhalde à la première magistrature nationale, s'est déroulé entre appareils de l’État bourgeois : d’un coté les péronistes, de l’autre les gauchistes du MST, du PCA, et autres groupes trotskistes et guévaristes mineurs ; mais la classe ouvrière était absente ce jour là.

 

On peut penser un instant que, peut-être, ces "erreurs" du GCI sont dues à un excès d’enthousiasme révolutionnaire, en toute bonne fois. Mais en poursuivant la lecture de cette revue, il est facile d’observer que ce n’est pas le cas ; la seule chose que fait le GCI, c’est de jouer un rôle de confusion qui ne profite qu’à la bourgeoisie. Le GCI ment à la classe ouvrière mondiale et alimente la mystification piquetera, en disant : "l’affirmation du prolétariat n’aurait pas été possible en Argentine sans le mouvement piquetero, fer de lance de l’associationnisme prolétarien de la dernière décennie" et "en Argentine, le développement de cette force de classe se révèle en quelques mois si puissante que les prolétaires qui ont encore du travail s’y joignent. Pendant les dernières années toute grande lutte se coordonne et s’articule aux piquets, aux assemblées et structures de coordination des piqueteros." Il serait préoccupant que de telles affirmations proviennent du milieu politique prolétarien, en revanche, elles ne nous étonnent pas de la part du GCI, un groupe semi anarchiste qui revendique l’idéologie petite bourgeoise et raciste de Bakounine. Mais ce qui nous préoccupe, ce sont les mensonges que cette presse met dans l’esprit de ces lecteurs

 

Le mouvement piquetero, comme nous le disions plus haut, (excepté en Patagonie et au nord de Salta) est l’héritier des Manzaneras, et le supposé associationnisme que généraient les piquets, n’est rien d’autre que l’obligation qui est faite à chaque bénéficiaire du "Plan Travailler", ou des autres aides, de tout faire pour ne pas perdre ces subsides misérables que l’État bourgeois lui octroie. Il n’existe entre eux aucune solidarité, bien au contraire, ils sont tous contre tous, chacun recherchant un petit avantage au détriment et au prix de la famine d’un autre.

 

C'est pour cela qu'on ne peut qualifier le piquet, en aucune façon, comme le fait le plus significatif de la classe ouvrière et on ne peut mentir effrontément au sujet de la "coordination" des ouvriers chargés des piquets. Le GCI continue de mentir en disant que : "l’associationnisme généralisé du prolétariat en Argentine est sans aucun doute une affirmation naissante de cette autonomisation du prolétariat… L’action directe, l’organisation en force contre la légalité bourgeoise, l’action sans médiation intermédiaire, l’attaque contre la propriété privée… sont de formidables affirmations de cette tendance du prolétariat à se constituer en force destructrice de tout l’ordre établi…"

 

Ces affirmations sont, sans le moindre doute, la preuve claire d’une tentative délibérée d’escroquer la classe ouvrière mondiale pour l’empêcher de tirer les leçons et enseignements nécessaires. C’est en définitive un grand service que rend le GCI à la bourgeoisie et à la classe dominante. On ne peut escroquer la classe ouvrière en tentant de redessiner et transformer le sens des faits, des actions et des mots d'ordre ; le slogan "qu’ils partent tous" n’est pas une affirmation révolutionnaire, mais plutôt une affirmation pour qu’ils restent tous, c’est la recherche d’un "gouvernement bourgeois honnête".

 

Mais il faut se poser la question de savoir ce que recouvre pour le GCI le mot ‘prolétaire’. Pour ce groupe, le prolétariat ne se définit pas selon le rôle qu’il joue dans la production capitaliste : c’est-à-dire, si les prolétaires sont les maîtres des moyens de production ou s'ils vendent leur force de travail. Pour le GCI, le prolétariat est une catégorie qui comprend aussi bien les chômeurs (qui font partie de la classe ouvrière) que le lumpen et autres couches et catégories non exploiteuses, comme on peut le voir dans sa publication Communisme n°50.

 

La position du GCI, d’inclure le lumpen dans le prolétariat, n’est ni plus ni moins qu’une tentative de faire passer de façon détournée l'idée qu’un nouveau sujet social révolutionnaire s’est constitué, et aussi de soustraire les chômeurs à leur appartenance à la classe ouvrière. Bien qu’il s'en défende, le GCI a, à bien des égards, des positions semblables à celles adoptées par le gauchisme argentin, comme le Parti Ouvrier, quand il crée une sous-catégorie d’ouvriers, les "ouvriers piqueteros". Et cela se voit quand le GCI tente d’expliquer sa vision (semi-anarchiste et guerrilleriste qui n’a rien à voir avec le marxisme) sur ce sujet prolétaire et dit à propos des membres du lumpen qu’ils sont "les éléments les plus décidés à s’opposer à la propriété privée" car ils sont les éléments les plus désespérés.

 

La question à se poser est la suivante : le lumpen prolétariat est-il une couche sociale différente du prolétariat ? Pour le GCI elle ne l’est pas, c’est plutôt le secteur le plus attaqué du prolétariat. Ici le GCI assimile de façon évidente le lumpen avec les chômeurs ce qui est radicalement faux. Cela n'empêche absolument pas la bourgeoisie d'essayer d'utiliser le chômage pour que les détachements ouvriers privés de travail se démoralisent du fait de leur isolement, parvenant ainsi à les lumpeniser pour qu’ils perdent leur conscience de classe. Mais il y une grande différence entre cela et la position soutenue par le GCI, étant donné que l'idée que le lumpen est le secteur le plus désespéré du prolétariat et que ce désespoir mène à "ne pas respecter la propriété privée", est absolument fausse.

 

Les éléments du lumpen sont pleinement intégrés dans la société capitaliste du "sauve qui peut", du "chacun pour soi", et son "non respect de la propriété privée" est la manifestation du désespoir de cette couche sociale.

 

Il convient d’affirmer ici que le GCI proclame de façon détournée la fin du prolétariat, se faisant ainsi l’écho des idéologies et théories propagées par la bourgeoisie dans les années 90, lorsqu’il proclame que ces couches sociales sans avenir font partie du prolétariat, et en niant à la classe ouvrière son caractère d’unique classe sociale révolutionnaire à notre époque et qu’elle soit l’unique classe qui ait une perspective communiste et de destruction du système d’exploitation imposé par le capitalisme.

 

C'est faux que la révolte de 2001 ait eu un caractère prolétarien et révolutionnaire ; c'est faux que le prolétariat ait défié la propriété privée. Les structures associatives auxquelles se réfère le GCI font partie intégrante de l’appareil d’État, pour diviser, pour désunir la classe ouvrière, puisque les groupes piqueteros, quelles que soient leurs structures, n’ont jamais envisagé ni se sont donné pour objectif de détruire la propriété privée, ni proposé une perspective communiste.

 

En réalité, le GCI est partie intégrante de tout le tapage médiatique sur les piquets et les groupes piqueteros, mystifiant, divisant, et désunissant la classe ouvrière et niant le caractère révolutionnaire du prolétariat. Pour ce faire, il agite des thèmes à propos lesquels il essaie de maintenir une apparence marxiste, mais qui ne sont qu’une déformation de l’idéologie bourgeoise.

 

De plus, le GCI lance une violente attaque contre le CCI et la position que celui-ci a défendue concernant les événements de 2001. Nous considérons fermement que la position du CCI fut la seule qui tira correctement les leçons et l’enseignement de la révolte populaire d’Argentine en 2001, tandis que le BIPR se basait purement et simplement sur le fétiche des nouvelles "avant-gardes" et des "masses radicalisées des nations périphériques".

 

Le GCI (comme la fraction interne du CCI) adopta une position de type petit bourgeois, non prolétarienne et nettement colorée d’anarchisme.

 

Notre petit groupe tira des leçons sur la révolte interclassiste argentine qui étaient les mêmes que celles de nos camarades du CCI sans s’aveugler par l’impressionnisme tiers-mondiste du BIPR, ni l’"action révolutionnaire prolétarienne" du lumpen telle que la pose le GCI.

 

Assimiler la rébellion interclassiste argentine et les couches qui sont intervenues en son sein avec la révolution russe de 1917 est un non sens total. Que vient faire la référence à Kerensky dans les analyses du soulèvement de 2001 ? La réponse est RIEN. L’analogie faite par le GCI est évidemment intéressée. Elle n’est pas le fait de simples erreurs ou d’une analyse hâtive ou de visions idéalistes. C’est au contraire, purement et simplement, le produit de son option idéologique qui s’éloigne de la dialectique matérialiste et du matérialisme historique, et qui embrasse des positions anarchistes dans un mélange difficile à digérer. En d'autres termes, en utilisant des termes superficiels, il adopte l’idéologie petite bourgeoise des couches moyennes désespérées et sans avenir.

 

Les positions de la FICCI

 

Il vaut la peine d'évoquer ici des positions de la FICCI. Ce groupe, en dépit de ses affirmations où il se proclame le "vrai CCI", le "seul continuateur du programme révolutionnaire du CCI", démontre de façon claire son caractère de suiviste du BIPR et des analyses erronées de ce dernier concernant l'Argentine. (…) La lecture de la réponse que ce groupe a apportée à une note publiée dans Revolucion Comunista [journal du NCI] donne une idée claire de ses positions.

 

"… le CCI actuel, contrairement à tout le reste des forces communistes, a rejeté la réalité des luttes ouvrières en Argentine (…) nous pensons que les mouvements en Argentine étaient un mouvement de lutte ouvrière. (…) une vision schématique peut comprendre que le prolétariat des pays de la périphérie n'a rien d'autre à faire que d'attendre que le prolétariat des pays centraux ouvre la perspective de la révolution. Évidemment une telle vision a des implications, des conséquences, dans les orientations et même dans l'attitude militante envers les luttes. Déjà dans les années 70 dans le CCI, cette incompréhension incorrecte, vulgaire, mécanique, avait tendu à s'exprimer même dans la presse. Aujourd'hui, nous pensons que cette vision revient avec force dans les positions du CCI actuel sous une vision absolue, et donc idéaliste, de la décomposition, ce qui a fait que "notre" organisation a adopté une position indifférentiste, défaitiste, et même de dénonciation, des luttes des ouvriers argentins (cf. sa presse de l'époque) en 2001-2002."

 

Ces deux longues citations de la publication de la FICCI démontrent clairement les mêmes erreurs que celles commises par le BIPR, derrière lequel la FICCI pratique un suivisme sans principes, de même que celles du GCI. Le point de convergence consiste à considérer que la révolte populaire en Argentine était une lutte ouvrière. Rien n'est plus faux.

 

C'est vrai que la position du CCI, comme de notre petit groupe, est différente de celle des autres courants communistes, particulièrement du BIPR. Mais il ne s'agit pas là, comme le prétend faussement la FICCI, d'une position défaitiste. Tout au contraire. Nous n'arrêtons pas de répéter jusqu'à l'épuisement qu'il est nécessaire de tirer des luttes toutes les leçons et expériences afin de ne pas commettre des erreurs ou de tomber dans l'impressionnisme, comme il arrivé apparemment à ces groupes à propos de l'expérience "piquetera". Dire qu'il n'y a pas eu de lutte ouvrière en Argentine le 19 décembre 2001 n'implique nullement qu'on soit un déserteur de la lutte de classe comme l'affirme la FICCI. Cette position est typique des petits bourgeois désespérés qui essaient à tout prix de voir des luttes ouvrières là où il n'y en a pas en réalité.

 

Les nations les plus industrialisées se trouvent dans des conditions plus favorables pour les luttes ouvrières révolutionnaires… que les nations de la périphérie. Les conditions pour une révolution prolétarienne, comprise comme une rupture avec la classe dominante, seront plus favorables dans les pays où la bourgeoisie est la plus forte, où les forces productives ont atteint un haut degré de développement (…)

 

A l'image du GCI, la FICCI n'a fait que développer une politique de calomnies et injures contre le CCI. Et une telle démarche l'a conduite à nier l'indiscutable, à accepter l'inacceptable, en premier lieu que la lutte de 2001 en Argentine était une lutte ouvrière, de même qu'à présenter de façon mystifiée comme des organes de la classe les mouvements de chômeurs, les "piquetes", etc. quand la pratique concrète de la lutte de classe avait démontré le contraire.

 

Pour une perspective prolétarienne

 

Les courants piqueteros qui, dans leur ensemble, encadrent environ 200 000 travailleurs sans emploi, ne sont pas des syndicats au sens strict du terme, mais en ont l’aspect : paiement de cotisations, obéissance aveugle au courant qui gère le plan, ou effectue la remise des colis de nourriture, et fondamentalement son caractère permanent. Peu importe qu’il soient dirigés par des partis gauchistes ou par la CTA (Centrale des Travailleurs Argentins) dans le cas du FTV, c’est ainsi qu'à partir des luttes initiales des chômeurs en 1996-97 en Patagonie où ces derniers s’organisèrent en comités, en assemblées, etc. les partis gauchistes ont réussi à s’infiltrer, en tant qu’organes du capital et sont parvenus à stériliser la lutte des travailleurs chômeurs ou en activité.

 

Un contradicteur pourrait dire : "Ces courants ne pourraient ils pas se régénérer par l’action de la base ? Les chômeurs doivent ils abandonner la lutte ?" La réponse est simplement NON. Les organisations piqueteras, qu’elles soient les appendices d’un parti gauchiste, "indépendantes", ou le bras d’une centrale ouvrière, comme c’est le cas pour la CTA avec le FTV que dirige "l’officialiste" D’Elia, sont irrécupérables. Elles fonctionnent pour le capital, elles sont des appareils de la bourgeoisie, ayant pour objectif de diviser et de disperser les luttes, de les stériliser afin de transformer les chômeurs en partie du paysage urbain, sans perspective révolutionnaire, et les isoler de leur classe.

 

De même, il n’est pas question pour les travailleurs au chômage d'abandonner la lutte ; ils doivent tout au contraire la redoubler, mais il faut abandonner l’idée que les chômeurs puissent un jour obtenir satisfaction à leurs revendications ou des réformes à l’intérieur de ce système, c’est pourquoi les chômeurs doivent lutter au coude à coude avec les travailleurs en activité contre ce système. Mais il est nécessaire pour cela qu'ils sortent de leur isolement, non seulement vis-à-vis des travailleurs en activité mais aussi entre les chômeurs eux-mêmes ; isolement qu'à travers les partis gauchistes et les courants piqueteros la bourgeoisie a habilement établi au sein des mêmes groupements ou avec d’autres groupements, dans la mesure où ils ont introduit la division entre les chômeurs en générant l’idée que le voisin ou le camarade de quartier est un adversaire potentiel et un ennemi qui peut le priver de son allocation ou de sa nourriture.

 

Il faut détruire ce piège, il est nécessaire que les chômeurs rompent l'isolement que le capitalisme leur a imposé, en se joignant à l’ensemble de la classe dont ils font partie. Mais il faut pour cela un grand changement dans la manière de s’organiser : non à travers des organes permanents, mais à la manière des ouvriers de Patagonie en 1997, ou de ceux du nord de Salta, où l’unité entre la classe et les organismes de lutte se fit au sein des comités, des assemblées générales avec des mandats révocables, même s'ils ont été ultérieurement encadrés par les partis gauchistes.

 

Mais également, ces expériences de lutte sont valables, puisque les chômeurs doivent lutter contre le niveau misérable des allocations qui leur sont versées, contre l’augmentation des tarifs publics, etc., ce qui, d’une certaine manière est la même lutte que celle que mènent les travailleurs en activité pour les salaires ; ils doivent participer comme appui des luttes de classe et transformer leurs luttes en partie intégrante d’une lutte générale contre le capital.

 

Les courants piqueteros ont créé le terme "piquetero" pour établir un distinction non seulement avec les actifs, mais aussi avec les chômeurs qui ne sont pas encadrés dans leurs organisations. Ces courants, en établissant des catégories sociales ou de nouveaux sujets sociaux comme ‘ouvrier piquetero’, ‘chômeur piquetero’, tentent de diviser et d’exclure des millions de travailleurs actifs et chômeurs, situation qui bénéficie à la classe dominante : la bourgeoisie.

 

Les piqueteros, comme à une époque les zapatistes, furent et sont des instruments au service du capital. La 'mode' des passe-montagne, les pneus enflammés au milieu d’une autoroute, ne sont que du ‘marketing’ du capitalisme, pour dire deux choses à la classe dans son ensemble : d'une part qu’il existe des millions de chômeurs prêts à occuper pour un salaire moindre le poste de travail des actifs, et paralyser ainsi le développement de la lutte de classe ; d’autre part, avec les programmes affichés par les divers courants piqueteros, des allocations de 150 dollars, des colis alimentaires en plus grand nombre, du travail authentique dans les usines capitalistes, qu’il n’y a aucune issue en dehors de ce système, même lorsque ces courants se revendiquent d'un gouvernement ouvrier et populaire.

 

Il est donc nécessaire pour les chômeurs de détruire le piège tendu par la bourgeoisie, et ils y parviendront en détruisant les organisations piqueteras, en les abandonnant, puisque celles-ci, de même que les syndicats et les partis gauchistes sont partie intégrante du capital. Les chômeurs sont des travailleurs au chômage et non, comme les présente le gauchisme, des "piqueteros". Cette dénomination a pour but de diviser les ouvriers au chômage, de les isoler de l’ensemble de la classe ouvrière, et de les transformer en une caste, comme il ressort des positions de la gauche du capital.

 

Les travailleurs en activité et au chômage doivent tendre vers l’unité de classe, puisque les deux secteurs appartiennent à la même classe sociale : la CLASSE OUVRIÈRE, et qu'aucune solution ne viendra dans ce système puisqu'il est lui-même en faillite, que seule la révolution prolétarienne, en détruisant ce système, pourra en finir avec la misère, la famine, la marginalisation. C’est là la tâche à accomplir.

 

Buenos Aires, le 16 juin 2004.