Un témoignage du travail de sape des syndicats à l'Éducation nationale

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Nous publions ci-dessous le courrier d'une lectrice qui, en tant qu'institutrice, témoigne des attaques qui ont frappé les professeurs du primaire lors de cette nouvelle rentrée scolaire. Comme pour tous les ouvriers, l'exploitation s'intensifie, les charges de travail augmentent. En décrivant tout simplement ce qu'elle a vu, la camarade dénonce aussi le travail de sape des syndicats : assemblées générales (AG) bidon, culpabilisation des enseignants pour leur prétendu "manque de combativité" et donc démoralisation et fatalisme, propositions d'actions stériles..., toute la panoplie syndicale est passée en revue à travers ces quelques lignes.

Petit topo d'une "instit" en pleine rentrée des classes

Le gouvernement a pris une série de mesures visant à réorganiser l'école. Ainsi, nous sommes désormais tenus de faire 24 heures par semaine d'enseignement contre 26 heures les années passées. Les deux heures d'enseignement hebdomadaires en moins (soit 60 heures annuelles) sont destinées aux élèves en difficulté à qui l'on doit deux heures de soutien par semaine sur 25 semaines (soit 50 heures). Les 10 heures restantes sont destinées à la préparation de ce soutien. Mais en plus, nous sommes tenus de faire chaque année : 24 heures de concertations plus 18 heures "d'animation pédagogique" plus 6 heures de conseil d'école. Nous accomplissions déjà une partie de ces tâches évidemment, mais aujourd'hui elles nous sont imposées dans un cadre horaire strict et surveillé. Surtout, elles sont concentrées non-plus sur 6 mais 5 jours, ce qui signifie un rythme de travail beaucoup plus intense et usant. Tout comme nos élèves, nous faisons des journées beaucoup plus longues. Concrètement, nous allons travailler le midi (probablement... ce qui signifie une journée non-stop de travail  !), une dizaine de samedis (quand même) et souvent les mercredis et les soirs (pour les conseils et les réunions)  ! De plus, certains enseignants (de plus en plus nombreux) doivent faire des heures supplémentaires. Eux travailleront tous les midis et tous les soirs  ! Bref, nous allons "travailler plus" 1.

Le plus cynique dans l'histoire c'est que c'est à nous, en plus, de tout ré-organiser en fonction de ces directives ministérielles  ! Je tiens par exemple à préciser que pour organiser tout cela, nous avons eu six réunions en deux semaines en plus de nos préparations, des rencontres avec les parents, etc. En fait, l'État nous oblige ni plus ni moins à organiser et gérer nos propres conditions d'exploitation et la dégradation de nos conditions de travail  !

Face à cette augmentation de la charge de travail, quelle a été la réaction syndicale  ?

Lors d'une AG organisée par une intersyndicale (SNUIPP, FO et SUD) le 15 septembre, le discours des syndicats s'est résumé :

- à dénoncer... les écoles qui ont déjà rendu tous les documents nécessaires pour la mise en place du soutien alors qu'il fallait d'après eux boycotter cette tache  ;

- critiquer... les enseignants pour leur manque de combativité  ;

- et affirmer haut et fort que les moyens d'action et de riposte étaient... limités  !

Au final, leur seule proposition fut d'appeler à une réunion publique pour informer les parents. Je suis alors intervenue en disant (en gros) : "Nous sommes bien contents de savoir que nous pouvons boycotter le remplissage des formulaires, mais nous n'avons toujours pas parlé de ce que nous pouvons faire pour faire reculer le gouvernement sur ces mesures qui sont des véritables attaques contre nos conditions de travail, et qui vont à l'encontre du bien-être des enfants. Je pense donc qu'il faut discuter sur ce qu'on peut faire pour que le gouvernement retire ces mesures."

Certains de mes collègues ont alors scandé "révolution", ce qui n'est absolument pas habituel chez eux. Les délégués ont alors acquiescé d'un "on est d'accord", sans manquer d'ajouter aussitôt "mais là il faudrait un gros réveil des consciences". Alors qu'on a passé une heure et demie sur les histoires de statuts et de législation administrative pour savoir ce que l'on risquait si on ne remplissait pas les formulaires, ils ont évincé très vite la réponse à ma question. Finalement, mes collègues sont revenus sur le sujet en exprimant le fait que, eux, ils sentaient un fort mécontentement chez les enseignants et qu'en face les syndicats étaient peu réactifs, notamment concernant la manifestation prévue le 19 octobre qu'ils jugent trop tardive. Le présidium a alors déclaré : "On sait bien mais si les syndicats majoritaires ne veulent rien lancer, nous on ne peut rien faire."

Et quand nous nous sommes prononcés contre la date de la réunion publique prévue le 18 octobre car nous la jugions, elle-aussi, trop tardive, ils ont tout simplement fait mine de ne pas entendre  ! A la sortie, les collègues qui assistaient pour la première fois à une AG syndicale, trouvaient cela trop "plan-plan", jugeant même les militants syndicaux "anéantis". L'une d'elles m'a d'ailleurs dit : "Il ne faut plus rien attendre des syndicats. S'ils ne veulent pas appeler à la grève, il faut trouver un autre moyen de se battre : il faut les dépasser  !" Évidemment, ces propos ne concernent que ma localité, mais je tenais à vous informer de ce qu'il en était.

N (22 septembre)

 

1) Ndlr : la camarade fait ici allusion au "travailler plus pour gagner plus" du candidat Sarkozy. Il a tenu, en tant que président, la première moitié de sa promesse  !