Besancenot chez Drucker : la bourgeoisie fait un coup de pub à la LCR

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L'émission de Michel Drucker "Vivement dimanche" du 11 mai 2008 a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Et pour cause ! Ce divertissement est une véritable institution médiatique habituée à accueillir les "grands de ce monde", comme madame Chirac, Bertrand Delanoë, Valéry Giscard-d'Estaing, Edouard Balladur, en passant par Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner, François Bayrou, Martine Aubry ou les "citoyens d'honneur" et autres "fiertés nationales" comme David Douillet ou Bernard-Henri Lévy, etc. Eh bien, cette fois, l'invité de ce monument médiatique n'était autre... qu'Olivier Besancenot. Toute une après-midi dominicale consacrée au "contestataire révolutionnaire" le plus en vogue ; de quoi faire frémir "la ménagère de plus de 50 ans", cible principale de l'émission... et certains trotskistes ! Cette très people "spéciale Besancenot" a en effet été contestée par le chef de file de la tendance minoritaire de la LCR, Christian Picquet, qui déclarait dans les colonnes du  Parisien  (media pourtant lui aussi "bourgeois" et "people", patronné par le groupe Hachette-Lagardère) : "Ce type d'émission ne contribue pas à la différence d'idées, mais, au contraire, dépolitise l'espace public". Mais immédiatement, arrivant à la rescousse, le mentor de Besancenot, Alain Krivine, autre ex-candidat à la présidence, est venu plaider la participation de son poulain : "Boycotter la presse bourgeoise ? Si on fait ça, notre message ne passe nulle part". Quant à notre pétulant facteur et récent candidat à la présidentielle à la jeune bouille si sympathique et télégénique, il proclamait : "Je n'ai pas hésité une seconde à venir. C'est l'occasion de présenter un certain nombre d'engagements, de causes et de donner la parole à d'autres, de s'adresser à des millions de personnes, donc de s'adresser au peuple, quand on est une organisation populaire". Cette "tempête dans un verre d'eau" (dixit Besancenot lui-même) (1) a pourtant été relayée et gonflée par toute la bourgeoisie. Il n'y a qu'à se reporter aux manchettes de tous les médias de ce joli mois de mai. Besancenot est partout : à la une de Libération (du 12 mai) ou du Nouvel observateur (du 8 mai) qui titrait son grand article par un très accrocheur "Enquête sur le mystère Besancenot" en passant par l'Express, le Point, Gala, etc. (2).

Evidemment, y aller ou pas, le problème ne se pose pas du tout ainsi. La vraie question qui est soulevée par cette invitation est celle-ci : pourquoi les médias bourgeois non seulement inviteraient Besancenot mais lui offriraient-ils aussi un tel coup de pub s'il était bien le "grand révolutionnaire" qu'il prétend être ? Si la LCR mettait vraiment ce système en danger, pourquoi la bourgeoisie offrirait-elle au postier le plus célèbre du pays sa rampe de lancement médiatique la plus populaire ? La réponse est évidente : la prétendue "politique anticapitaliste" attrape-tout de la bande à Besancenot n'a rien de révolutionnaire et ne constitue nullement une menace pour le système capitaliste (3), car il est impossible de croire la bourgeoisie convertie à la révolution par la seule grâce de la LCR et de son rameau printanier d'Olivier. Cette invitation et  le grand barouf fait autour d'elle relèvent au contraire d'une véritable opération de marketing supplémentaire au moment même où, en pleine période de commémoration de Mai 68, Besancenot et la LCR annoncent d'ici la fin de l'année la construction d'un "futur nouveau parti anticapitaliste" à la gauche du PS. Il n'y a pas le moindre "mystère Besancenot" : il n'est qu'un pur produit de l'idéologie bourgeoisie et ne fait que travailler à alimenter une mystification de plus. La mise en avant de Besancenot n'est qu'une opération de marketing montée de toutes pièces par la bourgeoisie, à l'heure où le PS a tant de mal à se faire passer pour un parti d'opposition crédible afin de canaliser et stériliser la montée de la combativité et de la colère ouvrières. Par la même occasion, il s'agit pour l'opération médiatique Besancenot de permettre que puisse être diffusé le poison du nationalisme, sur tous les tons et en chansons, émission de "variétés" oblige ! (4) D'ailleurs, le Monde célébrait le lendemain comme il se doit la réussite de l'émission qui avait fait plus d'audience que lors du passage de Ségolène Royal et même de l'acteur Dany Boon, grâce à ce "jeune homme plein de générosité", riche de messages d'unité et de solidarité... essentiellement nationales et nationalistes. Sarkozy a paraît-il promis de supprimer la pub des chaînes publiques ! En tout cas sûrement pas pour tous ceux qui trompent la classe ouvrière et s'efforcent de lui servir des discours soi-disant "révolutionnaires" pour mieux l'asservir aux forces du capital, comme le font Besancenot et la LCR. Car ils sont bien trop utiles à la classe dominante (5) !

W (12 mai)

 

1)  En effet, Besancenot a déjà une longue expérience des shows "peopolisants". Au nom de la "popularisation de la révolution", il s'est retrouvé sur France-Inter aux côtés de Christine Bravo et Laurent Ruquier, en compagnie de Patrick Sébastien et Daniela Lumbroso, chez Ardisson ou Karl Zéro, ou encore interviewé sur Canal+ par Laurence Ferrari, sans oublier les Grosses têtes de Philippe Bouvard sur RTL, comme il n'avait pas hésité à poser auprès du "jet-seter" Massimo Gargia pour le magazine VSD en 2002.

2) Il n'y a pas si longtemps, c'était la consœur trotskiste concurrente de la LCR, LO et son égérie Arlette Laguiller qui bénéficiaient de ce traitement de faveur médiatique. Ainsi, "Arlette" a elle aussi joué les "vedettes" d'une émission de variétés de Drucker en 1993 et a même été en 1998 la première invitée politique du même show "Vivement dimanche". En particulier, la persévérance de la plus assidue candidate (six fois) à l'élection présidentielle, qui n'aura jamais cessé d'appeler les ouvriers à tomber dans le piège électoral, y avait été chaleureusement saluée ! La bourgeoisie n'a jamais manqué de reconnaître les mérites des organisations trotskistes à son service en leur offrant la vedette sur les plateaux de télé.

3) Il est d'ailleurs significatif que lors du "débat" chez Drucker, la députée "invitée" Christiane Taubira, du Parti des Radicaux de Gauche, parti fort peu suspect de sympathie avec "la révolution", a encouragé ainsi Besancenot qui, en toute fausse modestie, émettait des réserves sur la continuité de sa fonction de porte-parole pour l'avenir : "S'il te plaît, continue à parler !"

4) Le véritable fil rouge (ou plutôt tricolore) de l'émission a été tricoté en se vautrant dans ce nationalisme puant, alliant la pire tradition ultra-chauvine du stalinisme (l'hymne écœurant à Ma France entonné par Jean Ferrat) à sa version plus moderne et plus rap avec le groupe Zebda interprétant le morceau Carte de résidence dont le refrain martelait "Sachez bien que nos aïeux ont combattu pour la France", bien dans le style de ces co-fondateurs des "indigènes de la République". Autrement dit,  travailleurs immigrés sans-papiers, mettez vous bien dans le crâne que pour mériter d'être citoyen français, il faut servir de chair à canon à la France !

5) Dans les mois à venir, nous reviendrons sur l'histoire de la LCR pour comprendre sa vraie nature.

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