Licenciements à Volkswagen en Belgique : un exemple du sale boulot des syndicats

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Hier encore, patrons, gouvernement et syndicats affirmaient en chœur aux travailleurs de Volkswagen : si vous acceptez plus de flexibilité et une accélération des cadences, vos emplois seront sauvegardés. On voit aujourd’hui ce que valent ces belles promesses : 4000 licenciements directs et 8 à 10 000 licenciements indirects.

L’impasse de l’économie de marché

Depuis plusieurs jours, à coups d’émissions en direct et d’éditions spéciales, les médias bourgeois étalent tout le désarroi des travailleurs de VW jetés à la rue comme de vulgaires Kleenex. Le message que la bourgeoisie veut faire passer est clair : c’est triste et regrettable mais il n’y a rien à faire, ce sont les lois de l’économie et les conséquences de la mondialisation. Cela ne sert à rien d’opposer une résistance, car la logique de la concurrence capitaliste s’imposera de toute façon. La seule manière de s’en sortir est d’être plus compétitif et donc d’accepter encore plus de sacrifices, demandés par nos exploiteurs dans l’intérêt de la sauvegarde de l’économie nationale.

Mais ces " lois de l’économie de marché", ce sont les lois du capitalisme, leurs lois à eux : patronat et gouvernements. Des lois qui conduisent à un cycle sans fin de licenciements, de délocalisations, et de baisses des salaires. Des lois qui imposent aux ouvriers des pays industrialisés un rythme de travail et une flexibilité insupportables, et à leurs frères de classe des pays " émergents " des conditions de travail inhumaines.Quant à la solidarité qui nous est demandée avec le patronat et le gouvernement de " notre pays ", c’est la garantie de devoir encore subir plus de plans d’austérité ou de flexibilité au nom de " la compétitivité de ‘notre’ économie", c’est-à-dire au nom de la défense des taux de profit de la bourgeoisie belge dans la guerre de concurrence impitoyable qu’elle mène avec ses congénères, c’est la garantie d’être opposé aux travailleurs des autres pays dans une spirale sans fin de baisses des salaires, de hausses de productivité et de dégradation des conditions de vie.

Après les licenciements massifs à Renault Vilvorde, la SNCB, la Sabena, Ford Genk, DHL, Inbev ou AGFA Gevaert, avec demain peut-être Opel et, une fois de plus, la Poste, après "le pacte des générations" pour la compétitivité ou l’emploi, qui a réduit nos salaires et augmenté la flexibilité jusqu’à des niveaux effroyables, quelle perspective offre cette spirale d’austérité et de concurrence effrénée ? L’expérience des semaines passées à VW confirme ce que de plus en plus de travailleurs commencent à ressentir : l’économie capitaliste n’a rien à offrir que la paupérisation, l’insécurité et la misère sans fin.

Gouvernement et syndicats organisent la division
et instillent un sentiment d’impuissance

La soi-disant surprise de la bourgeoisie belge face à la brutale attaque à VW n’est que pure hypocrisie. Ce séisme social tombe bien à point pour elle au moment où doit se conclure un nouvel accord interprofessionnel devant fixer la " modération salariale " dans l’ensemble de l’industrie. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si, plusieurs semaines avant l’annonce des licenciements massifs, des rumeurs, savamment distillées, couraient déjà sur différents scénarios de licenciements. Aussi, dès que les chiffres se sont concrétisés, la bourgeoisie et ses syndicats étaient sur place pour encadrer la colère, diviser les travailleurs et en faire une démonstration d’impuissance pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Dès avant l’annonce définitive, les syndicalistes socialistes pointaient du doigt les responsables : les coupables n’étaient pas le patronat ni l’Etat bourgeois, mais les travailleurs allemands et "leurs "organisations syndicales qui, pour sauver leurs emplois, auraient sacrifié VW-Forest ! Quel mensonge répugnant ! Les travailleurs allemands, comme ceux de tous les pays, sont tout autant victimes de l’agression capitaliste. Nos ennemis, ce ne sont pas nos frères de classe d’un autre pays ou d’une autre région : ils subissent les mêmes attaques sauvages sur leurs conditions de vie ou de travail. Non ! Notre ennemi, c’est le capitalisme qui engendre fatalement cette logique infernale d’exploitation accrue et de licenciements, cette logique de compétition économique et guerrière de par le monde. En réalité la bourgeoisie et ses syndicats (en Belgique comme en Allemagne) jouent un jeu crapuleux en montant les ouvriers d’un pays contre ceux d’un autre à travers un immonde chantage aux salaires et à l’emploi

En braquant les projecteurs de l’ensemble des médias sur la colère impuissante et le désarroi des ouvriers à VW, l’objectif de la bourgeoisie et des organisations syndicales est d’étaler ce sentiment d’impuissance sur l’ensemble de la classe ouvrière de Belgique. La signification du message est claire : si ce puissant contingent, qui s’est régulièrement fait remarquer par ses luttes et sa combativité (les médias se plaisent à rappeler que l’usine avait la réputation dans les années 1990 d’être une usine "gréviste ") ne peut s’opposer à de telles mesures, alors la classe ouvrière ne le pourra nulle part en Belgique.

Le développement de ce battage n’est pas innocent. Gouvernement, patronat et syndicats sont inquiets face au développement d’un sentiment de colère un peu partout dans la classe ouvrière, sentiment qui commence à se manifester par une reprise du chemin des luttes dans de nombreux secteurs. C’est pour faire barrage à cette montée des conflits que la bourgeoisie essaie de faire passer ce sentiment d’impuissance et de fatalité.

Les syndicats organisent une mascarade de solidarité ouvrière

Les organisations syndicales sont parvenues à éviter l’éclatement de la lutte à VW. Ils ont demandé aux ouvriers de rester isolés chez eux à la maison, sans informations ni perspectives, dépendant du bon vouloir des patrons et des négociations à venir. Ils ont ensuite imposé aux ouvriers non pas une lutte active, mais une grève interminable (annoncée jusqu’au 15 décembre, le jour de la notification officielle des décisions en Allemagne), où chacun est resté isolé chez soi. La seule préoccupation des syndicats est de "rester digne", de " préserver l’outil de travail", de "ne pas occuper le site" sous le fallacieux prétexte de ne pas fâcher le patronat qui, disent-ils, tiendrait compte de "cette attitude responsable"  ! Purs bobards ! Les syndicats dévoilent là leur véritable nature de défenseurs des intérêts du capitalisme contre les intérêts des travailleurs !

C’est pourquoi, afin de ne pas apparaître comme de purs et simples saboteurs, ils organisent une mascarade de solidarité autour du cas de VW. C’est une mascarade parce que ce n’est en rien une réelle solidarité dans la lutte afin de faire plier, tous ensemble, le patronat et le gouvernement, mais un simulacre de solidarité consistant à organiser une manifestation nationale sans lendemain le 2 décembre et à envoyer quelques délégations syndicales dans les autres usines automobiles pour y rencontrer leurs homologues syndicalistes et quémander leur "soutien". C’est une véritable mascarade puisque tout cela est fait dans le seul but de "négocier avec les patrons les moins mauvaises conditions de licenciements", d’appuyer le gouvernement dans son "exigence" "d’un nouveau projet industriel" et de discuter le "reclassement" des milliers de sans-emploi … aux conditions du "Pacte des générations" c’est-à-dire avec obligation d’accepter n’importe quel travail à n’importe quelles conditions sous peine de perdre ses droits aux allocations !

La seule réponse aux attaques se trouve dans la véritable solidarité ouvrière

Toute l’histoire montre aussi que seule l’extension de la lutte aux autres fractions de la classe ouvrière est capable, même temporairement, de faire reculer la bourgeoisie. Et, vu l’effervescence parmi les travailleurs de nombreux secteurs, vu les menaces de licenciements dans d’autres usines, de telles possibilités d’extension ne sont nullement imaginaires. Mais cela signifie aussi que la solidarité ouvrière et l’extension des luttes ne peuvent être réalisées que par les ouvriers eux-mêmes. Ceci exige des assemblées massives et souveraines, prises en main par les ouvriers au travers d’une participation massive de tous et de tous les secteurs en lutte. Ceci ne peut être réalisé qu’en se confrontant au sabotage syndical et sous le contrôle direct des ouvriers en lutte.

Pour cela, il nous faut prendre exemple sur les combats récents (comme les luttes contre le CPE en France, les grèves du métro de New-York en décembre 2006 ou encore celle des métallurgistes à Vigo en Espagne au printemps dernier), où sont réapparues les marques de solidarité prolétarienne, les assemblées générales sous le contrôle des ouvriers ainsi que l’exigence de négocier directement, sans la médiation syndicale.


D’après Internationalisme, organe du CCI en Belgique ( 24 novembre 2006)