Suède : La fin d'un "modèle social"

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Depuis le printemps 2003, avec les grèves et manifestations massives contre la réforme des retraites qui se sont déroulées en France, de nombreux pays sont touchés par une remontée de la combativité ouvrière, dont les moments les plus significatifs ont été les grèves en Allemagne en 2004 dans l’industrie automobile (voir Ri n°352) et les grèves sauvages de l’aéroport de Londres l’été dernier (voir RI n°360 ). Un pays comme la Suède, un des symboles tant vantés de la "paix sociale", où les ouvriers se font exploiter "en douceur", a été à l’automne le théâtre d’un certain nombre de grèves sauvages, vites récupérées par les syndicats, qui marquent ce retour international de la lutte ouvrière contre les attaques qu’elle subit sur tous les aspects de ses conditions de vie et de travail.

Ainsi, dans les hôpitaux de Malmö et Umea, de nombreuses réactions et grèves contre les conditions de travail, bien qu’elles soient restées dispersées et sans lendemain, se sont développées. Il faut rappeler ici que la Suède se targuait depuis dix ans d’être un des pays d’Europe connaissant le plus bas niveau de conflits sociaux depuis 1995, année où l’on avait justement vu 70 000 infirmières se mettre en grève contre leurs conditions de travail et exiger des augmentations de salaires.

Outre les mouvements récents dans les hôpitaux, nous avons aussi récemment vu une grève sauvage des ouvriers de la construction à la raffinerie de Preem à Lysekil, où des centaines d’intérimaires se sont mis en grève contre les conditions de travail inhumaines qui leur sont imposées. 200 d’entre eux, des ouvriers thaïlandais "loués" par une entreprise chinoise à fonds italien, se sont ainsi mis en grève sauvage début septembre, contre ces conditions de travail et pour exiger les augmentations de salaires promises par la direction. Les ouvriers se sont trouvés soumis à la fois aux menaces de la direction de les renvoyer chez eux (quatre d’entre eux ont été immédiatement renvoyés) et au discours des syndicats qui se disaient "solidaires" avec eux mais n’ont strictement rien fait, à part appeler la direction à "respecter les accords de travail suédois et la législation suédoise". Ainsi, la direction de Preem et les syndicats détournaient l’attention sur une responsabilité "extérieure" tandis que les médias opéraient un soigneux black-out en Suède même, de façon à accroître l’isolement des ouvriers thaïlandais. Le travail a repris au bout de dix jours, après la promesse faite aux grévistes qu'ils toucheraient leurs salaires… à la condition de reprendre le travail. Ce qui s’est avéré être un mensonge car, au bout du compte, non seulement la plupart d’entre eux ont été proprement virés et remplacés par des ouvriers d’autres régions d’Asie, mais ceux qui sont restés attendent toujours les augmentations promises.

Mais c’est aussi chez les salariés de Connex-SL entreprise internationale de transports urbains, que l’on a vu monter la colère.

Connex est la plus importante compagnie d’autobus en Suède et gère aussi 4 lignes de train, le métro de Stockholm, et des ferries dans l’archipel de Göteborg. La section du métro et des tramways de Stockholm du syndicat SAC-Syndikalisterna a mené plusieurs conflits contre Connex.  Ces derniers mois, Connex a dénoncé unilatéralement un certain nombre d'accords.

En premier lieu, celui qui permettait au personnel  de partir à la retraite à 63 ans, pour obliger les ouvriers à travailler jusqu’à l’âge de 65 ans. C’est pourtant un secteur constamment classé dans la catégorie des conditions de travail les plus stressantes et les plus dangereuses de Suède. Connex, afin de faire des économies, utilise au maximum les embauches à temps partiel et les contrats d’emploi "à l’heure", provoquant ainsi une explosion de la précarité parmi les salariés. C'est aussi l’accord local réglant les heures des programmes de service et de travail qui est dénoncé pour le substituer à des "programmes de travail"qui représentent une détérioration importante des conditions de travail.  Par exemple les durées journalières de service de dix heures ne sont pas rares, ce qui signifie qu’il est pratiquement impossible d’être parent en travaillant dans le métro.

De même, c'est depuis plus de six mois, que les règles d’administratives sur le temps de travail et les régimes de travail ont été unilatéralement modifiées. Les bulletins de paye sont envoyés avec des erreurs, le calcul des congés annuels et les commandes sont aussi truffés d’erreurs. Le nouveau système administratif est si opaque qu'il est impossible qu’un employé obtienne un rapport complet et détaillé de son décompte d'heures payées. Aussi, lesouvriers ne peuvent pas vérifier leurs bulletins de paye !

Devant la montée de la colère, la direction a licencié de façon provocatrice un syndicaliste, l’accusant de "manque de loyauté" à l’égard de l’entreprise pour avoir divulgué dans la presse des éléments sur les conditions de travail des employés de la Connex. Cela a permis au syndicat suédois, SEKO (une branche du syndicat LO, équivalent des TUC en Grande-Bretagne), de prendre la tête de la grève, après avoir laissé des syndicalistes de base lancer la grève, prétendument de façon "sauvage", le 6 octobre, en paralysant tous les services de métro de la capitale. Cela a encore permis, tout en faisant croire aux ouvriers qu’ils dirigeaient la grève, de détourner les revendications et la colère sur la nécessité de pouvoir "s’exprimer" et de "défendre le syndicalisme".

Au bout de trois jours, le mouvement s’est arrêté, sans que bien sûr les ouvriers de la Connex n’obtiennent quoi que ce soit, à part la réintégration du délégué syndical, c’est-à-dire de leur pire ennemi dans l’entreprise.

Cela dit, la perspective n'en est pas moins au développement de la lutte ouverte, contre les attaques dont les ouvriers sont tous l’objet, dans tous les secteurs, et dans tous les pays, contre leurs ennemis, le patronat, l’Etat et contre leurs faux amis comme les syndicats.

Chaque lutte qui se déroule aujourd’hui illustre cette dynamique et est un nouvel apport au développement international de la lutte prolétarienne.

D'après Internationell Revolutie, section du CCI en Suède