Morts de froid : Le capitalisme est le vrai responsable

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Comme chaque hiver maintenant, les appels à la charité publique et à la "vigilance citoyenne" sont devenus endémiques. Les médias aux ordres réagissent dès qu’apparaissent les premières "victimes du froid". Alors se déclenche, comme on a pu le voir encore dernièrement, une nouvelle campagne idéologique destinée à couvrir en toile de fond cette tragédie du capitalisme.

Depuis quelques années, le nombre des victimes prend en effet des proportions de plus en plus grandes et dramatiques. Partout en Europe, les plus démunis font les frais des "politiques pour l’emploi" et sont jetés à la rue, exposés brutalement à la misère et à la mort face aux intempéries. En Pologne par exemple, depuis le mois d’octobre, c’est 178 victimes du froid qui sont recensées dont un quart sont sans abri (ce qui signifie que bon nombre de prolétaires n’ont plus les moyens de se chauffer quand ils ont la chance d’avoir encore un toit pour dormir). En France, nous en sommes déjà à 8 victimes officielles ! Et il ne s’agit plus seulement d’une partie de la population marginalisée au chômage qui est exposée. Maintenant, de plus en plus de salariés sont touchés par une grande précarité. La première victime recensée, au mois d’octobre en France, juste avant la trêve hivernale, résume à elle seule les conditions dans laquelle est plongée une partie croissante de la classe ouvrière : un prolétaire de 38 ans, intérimaire devenu chômeur, a été expulsé de son logement. Il a été retrouvé mort dans son véhicule (seul abri qui lui restait pour survivre !). Ce sinistre phénomène des "travailleurs pauvres", qui est apparu depuis plus d’une décennie, s’installe donc durablement : selon les chiffres de l’INSEE, un tiers des "sans domicile fixe" a un emploi. Et parmi eux, un quart est sur un CDI !

Conformément aux nécessités du capital pour faciliter l’exploitation d’une main d’oeuvre à bas prix, il n’est pas étonnant de devenir pauvre en travaillant. C’est aussi pour cela, par exemple, que le ministre Dominique de Villepin demande au SAMU social de tenter de garantir "un hébergement stable, pour un mois minimum, à toute personne sans toit disposant d’un contrat de travail". Les autres "SDF", ceux sans emploi, dont on ne peut extraire de la plus-value, peuvent par contre crever dehors ! Au mieux, ils peuvent tenter de s’entasser dans des centres d’hébergements pleins à craquer, dans une promiscuité dégradante, où ils seront virés à 6 heures le matin, ou mourir dans la rue sous les cartons ! Par cette mesure d’urgence qui est censée apparaître comme "du social", il est clair que l’Etat introduit une division supplémentaire au sein des prolétaires les plus fragilisés : entre ceux qui ont un contrat et les autres, parmi lesquels on isole sournoisement les immigrés. Une division que les révolutionnaires doivent dénoncer, comme ils doivent s’indigner et réagir au sort qui est réservé de plus en plus à tous les exploités.

Aujourd’hui, la situation est telle que le renforcement du centre d’appel d’urgence au numéro 115 et la hausse des capacités d’hébergements ne donnent plus l’illusion de répondre à la situation. C’est d’ailleurs pour cela que les médias et les politiciens de gauche ou les gauchistes de tous poils mettent plus en exergue "les dérives libérales" et "la mauvaise politique sociale" d’un gouvernement "de droite".

Cette "analyse", comme celle qui consiste à incriminer "le froid" en culpabilisant les ouvriers, a pour but essentiel de renforcer l’Etat bourgeois et de masquer la réalité d’une faillite totale du système capitaliste, d’un système qui ne peut plus générer autre chose que la misère et la mort.

WH (11 décembre)