Face aux attaques capitalistes : Nous n'avons pas d'autre choix que de lutter

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Depuis quelques mois, différents mouvements sociaux, en particulier en Europe, sont venus apporter une confirmation tangible de l’existence d’un tournant dans la lutte de classe au niveau international. C’est ce tournant qui s’est illustré à partir des luttes ouvrières du printemps 2003 contre la "réforme" des retraites en France et en Autriche.

L’accélération de la crise mondiale du capitalisme réduit de plus en plus la marge de manoeuvre de la bourgeoisie qui, dans sa logique d’exploitation, n’a pas d’autre choix que d’attaquer toujours plus violemment et frontalement le niveau de vie de la classe ouvrière dans son ensemble.

Malgré la force et l’omniprésence de l’encadrement syndical, malgré les hésitations de la classe ouvrière à entrer en lutte, il est clair désormais que celle-ci a commencé à répondre aux attaques de la bourgeoisie. Même si cette réponse est bien loin de pouvoir s’opposer au niveau des attaques qui sont portées aux prolétaires. Déjà, la mobilisation des conducteurs de tramways italiens, des postiers et des pompiers anglais durant l’hiver 2003, puis des ouvriers des usines Fiat à Melfi dans le Sud de l’Italie au printemps illustrait (et cela malgré toutes les faiblesses et l’isolement de ces luttes) ce réveil de la combativité ouvrière. Mais aujourd’hui, les exemples se multiplient et sont de plus en plus édifiants.

La combativité des ouvriers s’est affirmée à plusieurs reprises depuis la lutte de juillet dernier en Allemagne chez Mercedes-Daimler-Chrysler. Plus de 60 000 ouvriers avaient été impliqués à ce moment-là dans des grèves et des manifestations de protestation contre le chantage et l’ultimatum de la direction. Non seulement des ouvriers de Siemens, Porsche, Bosch et Alcatel avaient participé à ces mobilisations mais le fait que de nombreux salariés de Brême se soient associés à ces mouvements a constitué une manifestation très significative d’un embryon de solidarité ouvrière (voir RI n°349).

Depuis plusieurs semaines en Espagne, à Ferrol en Galice, à Puerto Real et San Fernando près de Cadix en Andalousie comme à Sestao (dans la région de Bilbao), les ouvriers des chantiers navals ont déclenché un mouvement très dur dans lequel ils tentent de s’opposer à un plan de privatisation qui se traduirait par des milliers de suppressions d’emplois. Ce plan, qui avait été initié sous le gouvernement de droite, a été relancé par le gouvernement de gauche, en dépit des promesses de le suspendre quand le parti socialiste était encore dans l’opposition. Les syndicats qui avaient préparé un "calendrier de mobilisations" ont été pris de vitesse par la combativité ouvrière. Le 17 septembre, en assemblée générale, les ouvriers de Ferrol ont décidé, contre l’avis des syndicats, d’une manifestation allant jusqu’au siège du PSOE (le parti du gouvernement Zapatero). A San Fernando (Andalousie), les ouvriers ont spontanément décidé d’une manifestation à travers la ville. Les intérimaires et travailleurs précaires se sont souvent joints à la lutte, contrairement aux précédentes manifestations des chantiers navals du mois de mars. Pour éviter d’être débordés, les syndicats ont changé de stratégie, laissant le programme des mobilisations "ouvert" à de telles initiatives pour permettre au syndicalisme de base de les encadrer. Même si le mouvement à été dominé par des actions traditionnelles des syndicats pour défouler la colère ouvrière à travers des impasses servant uniquement à diviser les ouvriers (barrages d’autoroutes ou de voies ferrées comme à Sestao, débouchant fréquemment sur de stériles affrontements avec la police), l’aspect le plus nouveau et significatif de ces mobilisations a été une poussée vers la recherche d’une solidarité d’ouvriers d’autres secteurs. Toujours à San Fernando, les syndicats ont été contraints d’organiser une journée de grève générale et une manifestation qui a été la plus grande de l’histoire de la ville.

Plus récemment, le 2 octobre, une manifestation organisée par les syndicats et les altermondialistes à Berlin (qui devait "clôturer" la série de "protestations du lundi" contre le plan gouvernemental "Hartz IV") a rassemblé 45 000 personnes. Le même jour, une gigantesque manifestation avait lieu à Amsterdam contre les projets du gouvernement, précédée d’importantes mobilisations régionales. Officiellement, il y avait 200 000 participants, constituant la manifestation la plus importante du pays de ces dix dernières années. En dépit du slogan principal qui était "Non au gouvernement, oui aux syndicats !", la réaction la plus spontanée des participants eux-mêmes était la "surprise"et "l’étonnement" de se retrouver si nombreux ensemble. Il faut d’ailleurs se rappeler que les Pays-Bas avaient été, avec la Belgique, un des premiers pays où se marquait déjà la reprise internationale des luttes ouvrières à l’automne 1983.

Le 14 octobre dernier, 9400 ouvriers de l’usine Opel à Bochum, dans le coeur industriel de la Ruhr, se sont mis en grève, dès l’annonce par la maison-mère General Motors d’un nouveau plan de licenciement de 12 000 salariés sur le sol européen (en Suède mais surtout 10 000 en Allemagne dont 4000 sur le site de Bochum, menacé de fermeture). Poussés par une profonde colère, les ouvriers se sont néanmoins très rapidement heurtés à différents obstacles. En particulier, ils ont été piégés dans la fausse alternative mise en place de concert par le syndicat IG Metall et le syndicalisme de base : "accepter des négociations ‘constructives’ pour éviter ‘le pire’" ou bien "la grève jusqu’au bout". Les syndicalistes de base à Bochum, incluant le noyau dur stalinien des maoïstes du MLDP déclarèrent qu’ils se battraient aussi  longtemps que les patrons n’auraient pas pris l’engagement de ne pas fermer l’usine de Bochum, et qu’ils préféraient que l’usine ferme plutôt que de faire quelque concession que ce soit. Le syndicat officiel, IG Metall, est resté en arrière plan, de façon "démocratique" et presque "neutre", déclarant qu’il respecterait tout ce que les ouvriers décideraient de faire. C’est à cause de cette tactique visant à permettre au syndicat IG Metall de ne pas perdre le contrôle du mouvement que les médias ont dit mensongèrement que ce syndicat avait été débordé. Parallèlement à cela, il s’est développé une campagne patronale contre les leaders du syndicalisme de base, ce qui a encore permis d’accroître le prestige de ces derniers. Après une semaine de grève, les manoeuvres de division de la bourgeoisie ont abouti à ce que la reprise du travail s’opère sous le signe de l’hostilité d’une minorité d’ouvriers combatifs, influencés par les gauchistes, contre tous ceux qui voulaient cesser la lutte.

A l’occasion de grèves organisées par les syndicats  de General Motors dans différents pays européens et largement suivies, le besoin de solidarité entre les ouvriers s’est exprimé sous différentes formes : le 19, les ouvriers d’Opel à Saragosse en Espagne, ont fait des arrêts de travail qui ont bloqué la production et ils avaient projeté d’autres actions pour les jours suivants en solidarité avec les "camarades d’Allemagne" ; en Pologne, à Gwilice (Silésie du Sud), des ouvriers déclaraient "Aujourd’hui, c’est le tour des Allemands, demain ce sera le nôtre" ; des salariés allemands déclaraient "la politique de la direction est de monter les salariés européens les uns contre les autres". Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que ces mobilisations syndicales au niveau européen avaient pour but de dévoyer une tendance naissante au développement de la solidarité de classe dans le nationalisme anti-américain (General Motors est une entreprise à capital américain !) et dans les impasses du réformisme de l’altermondialisme, des partis de gauche et d’extrême-gauche.

Chacun de ces mouvements sert de révélateur à la réflexion qui se développe en profondeur au sein du prolétariat  : l’accumulation, l’ampleur et la nature des attaques de la bourgeoisie sont amenées à saper les illusions que la classe dominante tente de répandre. Par ailleurs, elles imposent en même temps de plus en plus, au niveau de la conscience des exploités, une inquiétude et un questionnement sur le sort que ce système d’exploitation réserve pour leur avenir et celui de leurs enfants, pour les générations futures.

Le CCI est intervenu dans ces luttes en vue de pousser à la réflexion politique, notamment par tract dans la lutte des chantiers navals en Espagne et à Opel-General Motors en Allemagne (ces tracts sont consultables, ou le seront prochainement, en différentes langues sur notre site Internet).

Cette situation ouvre de nouvelles perspectives. Même si de telles luttes sont sporadiques, leur succession, de même que leur caractère massif, engageant chaque fois un prolétariat très concentré, démontre qu’elles ne sont pas un feu de paille. Elles témoignent d’une profonde perte d’illusions sur l’avenir que peut réserver le capitalisme. Elles révèlent la prise de conscience que les attaques, la dégradation des conditions de vie concernent les ouvriers de tous les pays et ne se posent pas au niveau d’un site, d’une entreprise, d’une nation. Elles démontrent enfin que se développe chez les ouvriers le sentiment d’appartenir à une seule et même classe.

W. (21 octobre)