Projet de loi sur la "sécurité intérieure"

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Alors que la crise économique se déchaîne avec son cortège de licenciements et d'austérité accrue pour la classe ouvrière, poussant sans vergogne, les plus vulnérables des prolétaires, vers la mendicité, la prostitution, la paupérisation absolue comme disait Marx, le capitalisme révèle tous les jours un peu plus sa faillite. C'est l'image d'un monde baignant dans la violence, sans avenir, un monde au bord du gouffre qui tend à s'imposer à toute la société. Aux guerres meurtrières qui se propagent sur tous les continents, répond en écho la nécessité pour la bourgeoisie d'encadrer et de réprimer ce qui fait désordre sur le plan social. En effet, chaque pays, du fait de l'impasse économique, est confronté à la dislocation du corps social qui gangrène toute la société et plus particulièrement ses couches les plus défavorisées. C'est pour cela que les gouvernements de droite comme de gauche n'ont de cesse ces dernières années de brandir la question de "l'insécurité" pour justifier des mesures de plus en plus répressives. Après la loi d'orientation sur la justice votée au mois d'août, qui s'est traduite par une augmentation considérable des effectifs policiers (cf. RI n°326), le pitbull Sarkozy récidive avec son projet de "sécurité intérieure", avec l'aval de Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'intérieur de Jospin qui déclare à propos de Sarkozy, que son successeur réalise "des choses que j'aurais sans doute faites si j'étais resté aux responsabilités. On est dans une continuité" (Le Monde du 7 octobre).

N'ayons aucune illusion à ce propos, quand il s'agit de défendre l'état bourgeois, et l'ordre républicain, ils sont tous complices !

Pour justifier ce nouveau tour de vis sécuritaire, la clique à Raffarin bénéficie en plus de la couverture médiatique des faits divers les plus sordides dont les médias aux ordres, n'ont de cesse de nous abreuver jusqu'à la nausée : de la mort tragique d'une adolescente brûlée vive à Vitry au meurtre raciste de Dunkerque ; des multiples reportages sur les réseaux d'exploitation de la mendicité de la population roumaine aux mafias de la prostitution de jeunes femmes des pays de l'Est. A chaque fois, les images effrayantes, les commentaires nauséabonds et les multiples débats de société stériles, ont pour but de nous renvoyer un sentiment d'impuissance, d'empêcher notre réflexion sur la faillite de ce système, de nous faire accepter les mesures répressives de l'État, qui dit vouloir "protéger" les bons citoyens des mauvais.

La criminalisation par l'Etat des prolétaires les plus défavorisés

Les ouvriers ne doivent pas se laisser abuser par cette intoxication idéologique. Accepter aujourd'hui que l'État s'en prenne aux plus défavorisés d'entre nous, c'est lui donner les moyens de faire passer de nouvelles mesures qui sont en préparation et qui n'ont comme seul objectif que d'empêcher que la classe ouvrière ne développe sa lutte en réponse aux attaques économiques, seule réponse possible à l'agonie moribonde du capitalisme.

Jospin avait promis durant la campagne électorale qu'il n'y aurait plus de SDF d'ici 2004, Sarkozy le met en oeuvre. Dorénavant l'exploitation de la mendicité " agressive " devient passible de 3 à 5 ans de prison, et les "mendiants", premières victimes, sont passibles de 6 mois de prison et 7500 euros d'amende, quel que soit le type de mendicité. La prostitution, dans laquelle les notables se sont largement vautrés du temps des maisons closes, devient un délit puni de 6 mois de prison. Le gouvernement souhaite également protéger "le droit à la propriété", ce qui est l'essence même du capitalisme. Tout rassemblement dans les halls d'immeubles sont dorénavant interdits quel qu'en soit le motif. Les gens du voyage, les squatters et les sans-logis, occupant des terrains privés, y compris ceux qui n'ont comme seule habitation de fortune que leur voiture, sont passibles de 6 mois de prison. Dans le dernier cas, le véhicule sera saisi et le permis de conduire suspendu pour une période de 3 ans.
Toute insulte ou injure à agent de l'autorité ou de la force publique sera sanctionnée d'une peine d'emprisonnement.
Quant aux étrangers, en séjour temporaire de 3 mois dont le comportement est fauteur de trouble, ils feront l'objet d'une reconduite à la frontière. Ainsi les ouvriers sans papiers ou en précarité sont particulièrement visés, puisque la loi leur interdit de participer à quelque manifestation que ce soit, sous peine d'être expulsés.

Comme Ceaucescu qui déclarait honteusement que le sida n'existait pas en Roumanie, ou les staliniens qui niaient l'existence du chômage dans les pays de l'Est avant l'effondrement du mur de Berlin, la clique à Raffarin a décidé que désormais il n'y aurait plus de pauvreté.
Mais la chasse aux pauvres ne s'arrête pas là. Certaines familles dont les enfants sont malheureusement tombés dans la délinquance, se voient déjà refuser la prolongation de leur bail locatif dans certaines cités HLM de la région parisienne. Un groupe de travail de l'éducation nationale est chargé de faire des propositions pour lutter contre l'absentéisme scolaire, et l'on parle déjà d'une amende de 2000 euros pour les parents d'élèves absentéistes.

L'extension et le renforcement les mesures répressives et sécuritaires contre la classe ouvrière

Si l'addition est déjà lourde, la partie la plus significative du renforcement policier est en préparation et celle-ci concerne plus particulièrement les ouvriers qui ne vont pas manquer de faire entendre leur colère face aux attaques massives dont ils sont déjà l'objet et les militants révolutionnaires qui seront à leur côté dans le combat de classe.

Dès 2003, le ministre de la justice présentera, sous couvert de lutte contre la criminalité, une loi qui supprimera la présence de l'avocat dès la première heure de garde à vue, et allongera la durée de cette garde à vue. La police aura accès à tous les fichiers nominatifs détenus par des organismes publics ou privés, et le fichier des empreintes génétiques sera étendu au delà des crimes sexuels, notamment pour les personnes dont la mise en examen pour crimes ou délits serait passible d'une peine d'au moins 3 ans d'emprisonnement. Le projet de loi pérennise le dispositif sur la sécurité quotidienne votée par la gauche en novembre 2001 qui permet aux forces de police de perquisitionner sans le consentement de la personne, y compris de nuit. Il élargit aussi le droit de fouiller des voitures, qu'elles soient à l'arrêt ou en stationnement pour les affaires de vol, terrorisme et trafic de stupéfiants.

N'ayons aucune illusion, le grand banditisme et le terrorisme sont les alibis tous désignés pour permettre aux forces de répression de faire comme bon leur semble. Rappelons nous les écoutes téléphoniques tous azimuts sous le gouvernement Mitterrand.
C'est bien parce que le système capitaliste est dans une impasse sur le plan économique, que son lent processus de décomposition génère autant de violence, de misère, de barbarie, que la seule solution qu'il soit capable de mettre en oeuvre est l'imposition d'un corset de fer, d'un renforcement permanent du blindage policier. Si l'insécurité est un pur produit de la crise et de la décomposition capitaliste, elle ne disparaîtra pas en raisonnant en tant que "citoyen responsable" qui fait confiance à cet État qui en est le géniteur. Seul le développement le plus large possible de nos luttes en réponse aux attaques de la bourgeoisie peut nous permettre d'affirmer en tant que prolétaires, que nous refusons le fatalisme de l'insécurité, le nihilisme et la violence que nous fait vivre le capitalisme. Le prolétariat est la seule classe capable de pouvoir transformer le monde ; c'est cette perspective que les mesures sécuritaires voudraient bien faire avorter.

Donald (16 octobre)