Oui ou Non au référendum : TOUJOURS LA MÊME EXPLOITATION

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La montée d’un "ras-le-bol" en France au cours des dernières semaines et des derniers mois est évidente.

Cela s'est exprimé à travers la mobilisation importante dans les journées d'action syndicales. Le 10 mars, les manifestations ont rassemblé près d'un million de salariés du secteur privé comme du secteur public en France. A Paris, entre 50 000 et 100 000 personnes ont participé à la manifestation malgré la quasi-paralysie des transports en communs (en particulier du métro) soigneusement organisée par les syndicats pour limiter l'ampleur de la mobilisation.

La remontée de la combativité ouvrière…

D'autres indices permettent de cerner une lente mutation du climat social. Sont présents une exaspération, une volonté de ne plus se laisser faire, de réagir, de faire quelque chose. Cependant, les mots d'ordre clamés à tue-tête par les sonos des syndicats ne sont guère repris par les manifestants. L'apathie n'est qu'apparente. La mise en doute de l'efficacité des mobilisations syndicales et une réticence à suivre aveuglément leurs directives envers lesquelles les prolétaires ont de moins en moins d'illusions dénotent de fait un sentiment diffus de méfiance envers les syndicats.

Dans les entreprises ou les manifestations, des minorités de plus en plus significatives d'ouvriers expriment un besoin de se regrouper, recherchent la discussion et sont avides de comprendre. L'angoisse d'un futur incertain pousse un nombre croissant de prolétaires à réfléchir et à s’interroger sur l’évolution de leurs conditions de vie, sur les perspectives d'avenir de la société dans son ensemble avec la conviction que le monde ne tourne plus très rond. Et les mêmes préoccupations se retrouvent chez les jeunes générations, au coeur des manifestations lycéennes (voir article en page 3).

Dans certains secteurs, la combativité s'exprime ouvertement, de façon sporadique, à travers des luttes qui restent encore très isolées et dispersées. A l'usine Citroën-PSA-Gefco d'Aulnay, 400 ouvriers ont fait grève pendant 10 jours pour réclamer le paiement des jours de mise en chômage technique et des jours de grève, contraignant la direction à céder momentanément à ces revendications ; près de 400 employés de l'hypermarché Carrefour de Liévin dans le Pas-de-Calais ont arrêté le travail pendant trois jours pour exiger une hausse de leurs salaires ; les éboueurs de la région de Montpellier ont arrêté le travail depuis le 17 mars pour réclamer une augmentation salariale ; les chauffeurs de bus et de tram d'Orléans ont fait de même depuis le 8 mars; un tiers des postiers des Bouches-du-Rhône se sont mis en grève contre la précarisation et la détérioration de leurs conditions de travail ; les guichetiers de la gare Montparnasse sont en grève depuis le 10 mars face au projet de supprimer 2 330 postes dans les deux prochains mois ; les conducteurs de train des réseaux Ile-de-France de Paris-Est et Paris-Nord ont déclenché des arrêts de travail à répétition contre l'instauration d'un salaire au mérite.

Et dans ces luttes, s'ébauchent peu à peu les contours d'une solidarité ouvrière. Après la réaction spontanée à la SNCF fin janvier suite au viol d'une contrôleuse et après la grève du personnel des aéroports en février en réaction à la chute mortelle d'une hôtesse de l'air et à la mise en cause de la responsabilité du personnel au sol, d'autres expressions embryonnaires d'une solidarité de classe s'infiltrent et s'ancrent peu à peu dans le tissu social même à une échelle plus réduite et modeste : à Cergy en banlieue parisienne, dans une usine de sous-traitance spécialisée dans l'équipement de sécurité des piscines, une centaine d'ouvriers dont l'emploi est menacé par la délocalisation de la production ont été soutenus par d'autres ouvriers travaillant dans la même zone industrielle.

Ces expressions, encore très confuses, d'un besoin de riposte et de solidarité face aux attaques incessantes de la bourgeoisie sont autant d'expressions d'une lente mais profonde remontée de la combativité ouvrière, bien qu'encore complètement encadrée et contrôlée par les syndicats.

… freinée par les initiatives de la bourgeoisie et de ses syndicats

La bourgeoisie ne s'y trompe pas. Elle a déjà pris les devants pour occuper et investir le terrain social. Et elle cherche aujourd'hui à gagner du temps et à freiner la montée de cette combativité. Dès le soir du 10 mars, alors que les médias en parlant du "succès" de la mobilisation syndicale, mettaient en avant que les hausses de salaire et le pouvoir d'achat étaient au cœur des revendications exprimées dans la rue, le gouvernement faisait mine de faire "un geste" envers les salariés. Un des objectifs de cette manœuvre était de redonner du crédit aux syndicats en cherchant à faire croire que c’est grâce à eux et à leurs journées d’action que le gouvernement aurait reculé. En réalité, il n’y a aucun recul de la bourgeoisie. Raffarin promettait derechef … la réouverture de négociations dans la fonction publique le 22 mars, reconduites le 29 mars. Cette carotte sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires masque surtout une attaque encore plus forte dans les prochains mois. Elle s'accompagne en effet d'un chantage à la "modernisation de la fonction publique", ce qui signifie une poursuite et une accélération des suppressions de postes, une sélectivité plus grande des primes et un avancement de carrière au "mérite". Une éventuelle augmentation de 1% en termes de "masse salariale" équivaut à 0,5 % sur la fiche de paie car l'autre moitié est automatiquement liée à des changements d'échelons. Cela représenterait en moyenne, pour la plupart des fonctionnaires, une augmentation variant entre 5 et 20 euros par mois. Enfin, ce soi-disant "coup de pouce" est d'ores et déjà reporté sur la fin de l'année.

La "recette" utilisée pour le secteur privé est également une arnaque. L’autorisation donnée par le gouvernement d'utiliser à tout moment le compte d'épargne acquis par les salariés de certaines grandes entreprises au titre de la participation (compte jusqu'ici bloqué pendant 5 ans) ou l’incitation à une augmentation de l'intéressement aux bénéfices de l'entreprise (dont le montant est plafonné à 200 euros… par an et par salarié) non seulement ne coûte rien à l’Etat mais il est tout bénéfice pour lui. Ce qui est donné aux salariés d’une main est immédiatement repris de l’autre, puisque les fonds retirés se retrouvent fortement imposables. Ces ficelles sont un peu grosses mais cela permet à l'ensemble de la bourgeoisie de gagner du temps et de passer à la vitesse supérieure pour tenter de pourrir le mécontentement social et l'amener dans une impasse.

En effet, en même temps qu'elle lanterne les ouvriers sur le pouvoir d’achat, elle utilise l’échéance du référendum sur la Constitution européenne pour pousser les ouvriers à abandonner les luttes au profit du bulletin de vote, vers la mystification de "l'expression citoyenne". En polarisant l'attention des ouvriers sur le débat au sein de la bourgeoisie par rapport à la Constitution européenne, la classe dominante, ses partis et ses syndicats s'emploient à polluer et à saper l'effort de réflexion qui se mène au sein de la classe qu'elle exploite (voir article ci-dessous). La bourgeoisie cherche à faire croire aux ouvriers que les attaques qu'ils subissent seraient non pas le produit du système capitaliste en crise qui exerce les mêmes ravages sociaux partout dans le monde mais le résultat d'une orientation politique particulière, "ultra-libérale" de l'Europe. On les pousse à manifester contre cette pseudo-dérive libérale en orientant toutes les manifestations, tous les rassemblements, toutes les mobilisations sur cette question. Déjà très présente dans la manifestation du 10 mars, la question du refus de la Constitution européenne se retrouve désormais en première ligne dans toutes les journées d'action syndicales. Ainsi, la manifestation des enseignants du 15 a été orientée "contre la casse du service public". Il en a été de même pour les dernières manifestations lycéennes appelées par les syndicats de la FIDL et de l'UNL. Lors de la manifestation syndicale européenne à Bruxelles le 19 mars, les syndicats français comme la CGT ont donné le ton et ont lancé le coup d'envoi d'une campagne sur la Constitution et sur la directive Bolkestein, désormais orchestrée à l'échelle européenne.

Le référendum sur la Constitution européenne n’est nullement un enjeu pour la classe ouvrière, contrairement au matraquage idéologique que lui assène la bourgeoisie pour la persuader du contraire et pour l’amener à se laisser mystifier une fois encore sur le terrain électoral. Elle n’a pas de camp à choisir dans ce qui relève d’une querelle interne à la bourgeoisie pour assurer la meilleure défense de l’intérêt national. Les prolétaires ne doivent pas tomber dans ce piège qui ne peut représenter pour eux qu’une manœuvre de diversion et de division.

Quelles perspectives ?

La classe ouvrière ne doit pas se laisser détourner de ses luttes et de la réflexion qu’elle a commencées à développer et qui constituent un encouragement pour ses prochains combats. Les attaques de la bourgeoisie qui vont s'intensifier, révélant de plus en plus crûment la faillite ouverte du capitalisme, sont aussi le ferment de prise de conscience de l'impasse totale dans laquelle le capitalisme plonge l'humanité. Le prolétariat ne peut que perdre de plus en plus ses illusions sur les possibilités de réformer ce système. Afin de défendre ses conditions de vie au quotidien, la classe ouvrière est poussée à se battre. Elle n'a pas d'autre choix que de développer ses luttes pour des revendications et des intérêts totalement antagoniques à ceux de la bourgeoisie Elle est amenée à se frayer laborieusement un chemin vers d'inévitables luttes massives en développant peu à peu le sentiment d'appartenir à une même classe, d'être confrontée aux mêmes attaques dans tous les secteurs, dans tous les pays. C'est dans ce sens et avec ce potentiel que ses luttes futures doivent aller. C’est la seule voie possible, le seul moyen de développer sa conscience des enjeux historiques réels et actuels, pour forger son unité, sa solidarité et prendre confiance en ses propres forces, en comprenant qu’elle est la seule force sociale, la seule classe capable de renverser ce système d'exploitation et d’ouvrir ainsi une perspective d’avenir à l’humanité.

W (25 mars)