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Ce numéro de la Revue internationale est consacré à trois thèmes principaux : la présence croissante de la guerre, notamment au Moyen-Orient, cinquante ans après Mai 68 et la révolution d'Octobre.

Les articles sur 1917/18 et 1968 commémorent ces moments importants de la vie de notre classe, il y a respectivement un siècle et un demi-siècle. Ils visent à répondre à la propagande de la classe dirigeante dans la période actuelle et à sa déformation de l'histoire de la classe ouvrière. En même temps, nous revenons sur ces événements parce qu'ils sont fondamentaux pour comprendre la situation mondiale actuelle et les énormes difficultés auxquelles nous sommes confrontés : le manque de confiance du prolétariat dans ses propres forces, le manque de perspective globale orientée vers une nouvelle société sans exploitation et sans échange de marchandises. Avec les articles sur la propagation des guerres et l'accroissement de la barbarie, ils font partie de notre tentative d'analyser la réalité contemporaine, les dangers auxquels nous sommes confrontés et les obstacles à une nouvelle entreprise révolutionnaire.

Le premier article, "Moyen-Orient : le capitalisme est une menace croissante pour l'humanité", est une évaluation concrète de l'évolution de la situation dans cette zone de guerre permanente depuis des décennies, dans le cadre de notre analyse de l'impérialisme et de la décomposition.  Le rôle accru de la Russie dans la région qui "s'engage en effet dans une contre-offensive, une réponse à la menace d'étranglement par les États-Unis et ses alliés" est un élément particulièrement important de ces changements.

Le troisième article, le "Rapport sur les tensions impérialistes (novembre 2017)", fait partie d'un bilan critique de nos analyses, en particulier au cours des 30 dernières années, depuis le début de la période de décomposition. Il donne une vision plus large de l'évolution des tensions impérialistes, à la fois géographiquement et pour l'ensemble de la période historique. Bien que nous ayons eu raison de dire, peu après l'effondrement du bloc russe en 1989-91, que la reconstitution des blocs n'était pas à l'ordre du jour, le rapport affirme à juste titre que notre "prédiction" de 1991 selon laquelle "malgré son énorme recul, l'URSS ne pourra plus jamais jouer un rôle majeur sur la scène internationale" et qu'elle est "condamnée à revenir à une "position de troisième rang" n'a pas été réellement confirmée. En effet, "la Russie n'est certainement pas redevenue un challenger mondial face aux États-Unis, mais elle joue un rôle non négligeable en tant que "fauteur de troubles", ce qui est typique de la décomposition. (....), Nous avons sans doute sous-estimé les ressources d'un impérialisme dos au mur, doté d'un arsenal militaire considérable, prêt à défendre ses intérêts bec et ongles."

Les deux articles sur les tensions impérialistes mettent en évidence la difficulté croissante des États-Unis et de son gouvernement actuel à contrôler la situation, et la montée constante de la Chine sur la scène mondiale, en tant que principal rival des États-Unis. Cette analyse comprend également un examen des tensions au sein de l'Union Européenne, portant précisément sur l'orientation d’une politique envers la Russie.

Le deuxième article de cette Revue, "Cinquante ans depuis Mai 68", commence par une présentation de différents articles qui ont été publiés sur notre site web ou dont la rédaction est prévue, et se poursuit avec l'article "L'enfoncement dans la crise économique depuis 50 ans" - le premier de trois articles qui passent en revue les 50 dernières années à la lumière de nos conclusions sur la signification des événements de Mai 68. Cet article d'ouverture est consacré au développement de la crise économique. En 1969, nous avons dit que les sources de prospérité et de plein emploi au cours des 20 années précédentes étaient proches de l'épuisement ("Comprendre Mai", Révolution internationale n°2, republiée sur notre site web). La prédiction s'est avérée exacte. Dans les années 1970, le consensus keynésien de l'après-guerre a été confronté à des difficultés croissantes, qui se sont traduites par une inflation croissante et des attaques contre le niveau de vie des travailleurs, en particulier sur les salaires qui avaient augmenté régulièrement pendant la période de prospérité de l'après-guerre. L'article montre aussi la justesse de l'analyse de 1969 sur la capacité du capitalisme d'État "d'atténuer temporairement les expressions les plus frappantes de la crise". Dans la phase suivante, sous la bannière du "néolibéralisme", l'État a eu tendance à déléguer nombre de ses fonctions au secteur privé, dans le but d'accroître l'avantage concurrentiel et de mobiliser au maximum tous les capitaux disponibles.

Le quatrième article, "La bourgeoisie mondiale contre la révolution d'Octobre" est une réponse aux mensonges que les médias bourgeois ont répandus sur les événements d'il y a cent ans. Pourquoi, tous les dix ans, dénigrent-ils constamment l'un des épisodes les plus précieux de l'histoire de la lutte du prolétariat ? Parce que la bourgeoisie sait très bien que la classe qui n'a pas réussi à renverser le système capitaliste il y a cent ans existe encore aujourd'hui - de même que la promesse encore inachevée d'un monde meilleur. L'article donne une image détaillée de la période qui a suivi l'insurrection victorieuse, avec l'ultimatum allemand à Brest-Litovsk, les forces alliées attaquant le pouvoir soviétique de toutes parts, l'étranglement économique - tout cela combiné réussissant à isoler le bastion révolutionnaire en Russie du reste du prolétariat mondial.

L'image de cette terrible période qui a favorisé la dégénérescence du parti bolchévique et la révolution elle-même est complétée par le dernier article de cette Revue, "Emma Goldman et la Révolution russe - une réponse tardive à une anarchiste révolutionnaire". Jusqu'en février 1918, Emma Goldman a parcouru l'Amérique pour défendre les bolcheviks, comme incarnant en pratique l'esprit de la révolution, malgré leur engagement envers la théorie marxiste. L'article se concentre sur les expériences d'Emma Goldman à partir de 1920 en Russie, alors que ses observations sur la réalité concrète de l'État décrivent très précisément comment celui-ci se développe de plus en plus et commence inexorablement à tout absorber. Témoin de l'écrasement sanglant du soviet de Cronstadt par un parti bolchevique qui s'était identifié à la machine d'État, elle combat avec véhémence l'idée que la fin justifie les moyens, mais tombe beaucoup trop dans la facilité en critiquant ce qu'elle appelle le jésuitisme des bolcheviks "depuis le début", ce qui est en totale contradiction avec leur propre histoire. Cette contribution n'est pas seulement une nouvelle tentative de retracer ces moments cruciaux de l'histoire révolutionnaire sans crainte de la vérité, mais aussi une continuation de notre débat avec les anarchistes internationalistes sur les leçons que le prolétariat devrait tirer de cette tragédie.

La rédaction (05/06/2018)