Editorial: seul le prolétariat peut mettre fin au capitalisme et à ses guerres!

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Si le XXème siècle a été le plus barbare de l’histoire, avec ses deux Guerres mondiales et son cortège de conflits faisant de la guerre impérialiste une réalité permanente et débouchant sur l’ère terrifiante de l’arme atomique, le nouveau siècle prolonge ce sinistre héritage de nouvelles souffrances.

La survie du capitalisme mène à la destruction de l’humanité

Dans ce contexte général de terreur et de barbarie, la nouvelle polarisation autour de l’arme atomique nord-coréenne, l’escalade des provocations et des insultes incarnées par le duel de personnalités politiques grotesques, Trump et Kim Jong-un, semblant interpréter une sorte de comédie ridicule dont l’improvisation expose les populations civiles au risque toujours possible d’un dérapage nucléaire, constituent les éléments formant la loupe grossissante de ce vers quoi nous conduit le monde capitaliste : la destruction de l’humanité.

Que ce soit en Corée ou en Europe occidentale, indépendamment des cliques au pouvoir ou de la personnalité des dirigeants, c’est exactement le même système économique, le même mode de production qui est à l’œuvre au sein des États.1 Partout, il ne fait que générer les pires maux : misère et pauvreté, précarité, exploitation forcenée, chômage massif, désastres écologiques et massacres en tous genres. Partout dans le monde, les populations civiles et en particulier les prolétaires sont exposés à l’insécurité croissante du monde. Si, en Corée du Nord et en Asie, la peur de la menace nucléaire est plus palpable au niveau local, en Europe occidentale, comme c’est le cas dans d’autres régions du monde déjà en guerre, le terrorisme est devenu une menace permanente qui dresse son épée de Damoclès au-dessus de chacune de nos têtes. Comme toujours, c’est encore le prolétariat qui est l’otage de la classe dominante et qui fait les frais de son système et de sa terreur, de l’irrationalité de son engrenage guerrier. Si le système économique est partout identique, il exploite une même classe sociale au niveau international. Ainsi, dans les deux Corées, en Asie ou ailleurs, qu’ils soient réfugiés, sur le chemin de l’exil ou dans leur lieu d’exploitation, tous nos frères de classe sont attaqués en permanence et subissent un sort qui nous est finalement commun. C’est cette condition d’exploités au niveau international qui fait la réalité de notre unité, au-delà des divisions et des frontières nationales qui ont été dressées par la bourgeoisie et son histoire, au-delà des murs et des barbelés qu’elle continue de dresser entre les uns et les autres, entre frères de classe.

L’avenir appartient toujours au prolétariat

Il est vital de lutter fermement pour défendre l’unité du prolétariat en permanence attaquée, développer ses seules armes : la solidarité et la conscience de classe. C’est en cela, par exemple, que nous nous sentons pleinement solidaires de la déclaration internationaliste des camarades de Corée du Sud que nous publions dans ce numéro (voir page 4). Même si nous ne partageons pas tout ce qu’ils écrivent, notre premier devoir est de les soutenir pour défendre ce combat commun, celui d’une même classe. Ceci est d’autant plus important que la pression du nationalisme qui s’exerce partout dans le monde est particulièrement forte dans les pays de la périphérie du capitalisme. La déclaration des camarades en Corée du Sud est à ce titre d’autant plus courageuse. Ce danger du nationalisme, répétons-le, est une véritable menace pour la classe ouvrière, y compris en Europe occidentale où les divisions et pressions nationales s’exacerbent également, même si cela n’est pas au même niveau et sur le même plan. Ainsi, au sein même des États les plus faibles de la zone euro, par exemple, la gangrène de la fragmentation régionaliste s’installe progressivement et le poison du nationalisme croît. Si cela se vérifie de manière spectaculaire en Catalogne (voir notre article ci-dessous), on retrouve ces mêmes tendances centrifuges plus insidieuses ou embryonnaires, expressions de la phase de décomposition du capitalisme, en Italie, avec le cas des consultations sur l’autonomie régionale en Vénétie ou en Lombardie.

Ce que nous enseigne l’histoire, comme toute l’expérience du mouvement ouvrier, c’est que la seule force capable de s’opposer à cette barbarie, c’est la solidarité et l’unité du prolétariat en lutte. Durant la Première Guerre mondiale, par exemple, le ras-le-bol et le rejet de la boucherie poussèrent le prolétariat à la rébellion, à fraterniser un peu partout sur les fronts, montrant ainsi la réalité de sa force sociale et historique, sa capacité à développer sa solidarité et son unité par-delà les frontières. Et c’est ce qui poussera les bourgeoisies rivales de l’époque à mettre fin à la guerre pour lutter contre la “menace bolchevique” et la vague révolutionnaire qui déferla en Europe notamment, dont le point le plus élevé sera la prise du pouvoir en Octobre 1917 en Russie au terme d’un combat révolutionnaire héroïque (voir notre Manifeste page 8) qui fera trembler la bourgeoisie du monde entier jusqu’au milieu des années 1920. La lutte du prolétariat était bel et bien dirigée contre le système et sa guerre et non simplement contre les seuls excès du commandement militaire : “quant à la thèse officielle des hommes politiques, comme des historiens aux ordres, affirmant que les révoltes de 1917 étaient dirigées contre un commandement incompétent, elle a du mal à résister au fait que c’est dans les deux camps et sur la plupart des fronts qu’elles se sont produites : faut-il croire que la Première Guerre mondiale n’a été conduite que par des incapables ? Qui plus est, ces révoltes se sont produites alors que dans les autres pays on commençait à avoir des nouvelles de la révolution de février en Russie.2 En fait, ce que la bourgeoisie essaie de masquer, c’est le contenu prolétarien indiscutable des mutineries et le fait que la seule véritable opposition à la guerre ne peut provenir que de la classe ouvrière”.3

Aujourd’hui, les organisations révolutionnaires ont la responsabilité majeure de s’appuyer sur les leçons du passé et de comprendre les enjeux de la période historique pour permettre une véritable riposte contre le système d’exploitation et ses terribles menaces. Face aux attaques massives et aux destructions en cours, la seule réponse possible, il n’y en a pas d’autre, c’est d’engager une lutte consciente, solidaire et déterminée pour défendre nos conditions de vie et le futur de nos enfants. Si ce combat doit bien être celui de toute la classe ouvrière mondiale, revient aux prolétaires des pays centraux du capitalisme, d’Europe occidentale notamment, à travers leur expérience historique du combat prolétarien comme des pièges tendus par la bourgeoisie, la responsabilité de montrer le chemin de ce combat vital. Les révolutionnaires se doivent de lutter pour cela, avec un même objectif, celui de défendre le programme politique du prolétariat et le mot d’ordre plus actuel et nécessaire que jamais du Manifeste communiste : “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous” !

WH, 24 octobre 2017

 

1 La Corée du Nord, pays prétendument “communiste”, n’est d’ailleurs que la caricature extrême du capitalisme d’État de type stalinien

2 Suite aux mutineries de l’armée française, une dizaine de milliers de soldats russes qui combattaient sur le front occidental aux côtés des soldats français ont été retirés du front et isolés jusqu’à la fin de la guerre dans le camp de La Courtine. Il ne fallait pas que l’enthousiasme qu’ils manifestaient pour la révolution qui se développait dans leur pays vienne contaminer les soldats français.

31918 - 1919 : la révolution prolétarienne met fin à la guerre impérialiste, Revue Internationale n°96, 1er trimestre 1999.