Comprendre la lutte de classes: le cours historique et l’impact de la décomposition

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Nous publions ci-dessous des extraits d’un rapport sur la lutte de classe daté de décembre 2000 (publié dans la Revue internationale no 107, 4e trimestre 2001). Nous montrions clairement à l’époque comment le poids de la décomposition pouvait affecter la conscience du prolétariat. Les éléments politiques contenus dans ce rapport restent à notre sens toujours d’actualité pour comprendre les obstacles et les difficultés de la classe ouvrière aujourd’hui.

L’ouverture de la décomposition est un résultat du cours historique identifié par le CCI depuis les années 1960, puisqu’elle est partiellement conditionnée par l’incapacité de la bourgeoisie à mobiliser la société pour la guerre. Mais elle nous a aussi contraint à soulever le problème du cours historique d’une façon nouvelle qu’on n’avait pas prévue :

– d’abord, l’éclatement des deux blocs impérialistes formés en 1945, et la dynamique du chacun pour soi que cela a déclenché – tous deux produits et expressions de la décomposition – sont devenus un nouveau facteur obstruant la possibilité d’une guerre mondiale. Tout en exacerbant les tensions militaires sur toute la planète, cette nouvelle dynamique l’a de loin emporté sur la tendance à la formation de nouveaux blocs. Sans blocs, sans un nouveau centre capable de défier directement l’hégémonie américaine, une précondition vitale pour déchaîner la guerre mondiale est absente.

– en même temps, cette évolution n’apporte aucune consolation quelle qu’elle soit à la cause du communisme puisqu’elle a créé une situation dans laquelle les bases d’une nouvelle société pourraient être sapées sans guerre mondiale et donc sans la nécessité de mobiliser le prolétariat en faveur de la guerre. (…) Le nouveau scénario envisage la possibilité d’un glissement plus lent mais non moins mortel dans un état où le prolétariat serait fragmenté au-delà de toute réparation possible et les bases naturelles et économiques pour la transformation sociale également ruinées à travers un accroissement des conflits militaires locaux et régionaux, les catastrophes écologiques et l’effondrement social. De plus, tandis que le prolétariat peut lutter sur son propre terrain contre les tentatives de la bourgeoisie de le mobiliser pour la guerre, c’est bien plus difficile par rapport aux effets de la décomposition.

C’est particulièrement clair par rapport à l’aspect “écologique” de la décomposition : bien que la destruction par le capitalisme de l’environnement naturel soit devenu en lui-même une véritable menace pour la survie de l’humanité – question sur laquelle le mouvement ouvrier n’a eu qu’un aperçu partiel jusqu’aux toutes dernières décennies – c’est un processus contre lequel le prolétariat ne peut pas faire grand-chose tant qu’il n’assume pas lui-même le pouvoir politique à l’échelle mondiale. (…)

Nous pouvons donc voir que la décomposition du capitalisme place la classe ouvrière dans une situation plus difficile qu’auparavant. Dans la situation précédente, il fallait une défaite frontale de la classe ouvrière, une victoire de la bourgeoisie dans une confrontation classe contre classe, avant que ne soient pleinement remplies les conditions pour une guerre mondiale. Dans le contexte de la décomposition, la “défaite” du prolétariat peut être plus graduelle, plus insidieuse, et bien moins facile à contrecarrer. Et par-dessus tout ça, les effets de la décomposition, comme nous l’avons maintes fois analysé, ont un impact profondément négatif sur la conscience du prolétariat, sur son sens de lui-même comme classe, puisque dans tous ses différents aspects – la mentalité de gang, le racisme, la criminalité, la drogue, etc. – ils servent à atomiser la classe, à accroître les divisions en son sein, et à le dissoudre dans une foire d’empoigne sociale généralisée. (…)

Où en sommes-nous ?

L’ouverture de la période de décomposition a donc changé la façon dont nous posons la question du cours historique mais elle ne l’a pas rendue caduque, au contraire. En fait, elle tend à poser de façon encore plus aiguë la question centrale : est-ce trop tard ? Le prolétariat a-t-il déjà été battu ? Existe-t-il un obstacle à la chute dans la barbarie totale ? (…) Dans les conditions d’aujourd’hui où la décomposition du capitalisme peut engloutir le prolétariat sans qu’aient eu lieu ni défaite frontale ni ce type de mobilisation “positive”, les signes d’une défaite insurmontable sont par définition plus difficiles à discerner. Néanmoins, la clé de la compréhension du problème se trouve au même endroit qu’en 1923, ou qu’en 1945 (...) – dans les concentrations centrales du prolétariat mondial et avant tout en Europe occidentale. Ces secteurs centraux du prolétariat mondial ont-ils dit leur dernier mot dans les années 1980 (ou comme certains le pensent, dans les années 1970), ou gardent-ils assez de réserves de combativité, et un potentiel suffisant pour le développement de la conscience de classe, afin d’assurer que des confrontations de classes majeures soient encore à l’ordre du jour de l’histoire ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’établir un bilan provisoire (…) de la période qui a suivi l’effondrement du bloc de l’Est et l’ouverture définitive de la phase de décomposition.

Là, le problème réside dans le fait que, depuis 1989, le “schéma” de la lutte de classe a changé par rapport à ce qu’il avait été durant la période qui a suivi 1968. (...) Pendant les différentes vagues de lutte, il était évident que les luttes dans un pays pouvaient être un stimulant direct pour les luttes dans d’autres pays (par exemple le lien entre mai 1968 et l’Italie 1969, entre la Pologne 1980 et les mouvements qui ont suivi en Italie, entre les grands mouvements des années 1980 en Belgique et les réactions ouvrières dans les pays voisins). En même temps, on pouvait voir que les ouvriers tiraient des leçons des mouvements précédents – par exemple, en Grande-Bretagne où la défaite de la grève des mineurs a provoqué une réflexion dans la classe sur la nécessité d’éviter d’être piégé dans de longues grèves d’usure isolées, ou encore en France et en Italie, en 1986 et 1987, où des tentatives de s’organiser en dehors des syndicats se sont mutuellement renforcées l’une l’autre.

La situation depuis 1989 ne s’est pas caractérisée par des avancées aussi facilement discernables dans la conscience de classe. Cela ne veut pas dire que pendant les années 1990, le mouvement n’ait eu aucune caractéristique. Dans le “Rapport sur la lutte de classe” pour le 13e Congrès du CCI, nous avons mis en évidence les principales phases que le mouvement a traversées :

– le puissant impact de l’effondrement du bloc de l’Est, accentué par les campagnes sans merci de la bourgeoisie sur la mort du communisme. Cet événement historique a mis une fin brutale à la troisième vague de luttes et inauguré un profond reflux tant sur le plan de la conscience que sur celui de la combativité de classe, dont nous subissons toujours les effets, en particulier sur le plan de la conscience ;

– la tendance à une reprise de la combativité à partir de 1992 avec les luttes en Italie, suivies en 1993 par des luttes en Allemagne et en Grande-Bretagne ;

– les grandes manœuvres de la bourgeoisie en France en 1995 qui ont servi de modèle à des opérations similaires en Belgique et en Allemagne. A ce moment-là, la classe dominante se sentait assez confiante pour provoquer des mouvements à grande échelle visant à restaurer l’image des syndicats. En ce sens, ces mouvements étaient à la fois le produit du désarroi dans la classe et d’une reconnaissance par la bourgeoisie que ce désarroi ne durerait pas éternellement et que des syndicats crédibles constitueraient un instrument vital pour contrôler de futures explosions de la résistance de la classe ;

– le développement lent mais réel du mécontentement et de la combativité au sein de la classe ouvrière confrontée à l’approfondissement de la crise s’est confirmé avec une vigueur supplémentaire à partir de 1998 avec les grèves massives au Danemark, en Chine et au ­Zimbabwe. Ce processus s’est illustré encore plus durant l’année passée avec les manifestations des employés des transports new-yorkais, les grèves des postiers en Grande Bretagne et en France, et, en particulier, par l’explosion importante de luttes en Belgique à l’automne 2000. (…).

Aucun de ces mouvements cependant n’a eu ni l’échelle ni l’impact capables de fournir une véritable riposte aux campagnes idéologiques massives de la bourgeoisie sur la fin de la lutte de classe ; rien de comparable aux événements de mai 68 ou à la grève de masse en Pologne, ni à certains mouvements suivis des années 1980. (…) Dans ce contexte, il est difficile même aux révolutionnaires de voir clairement un type de lutte ni des signes définis de progrès de la lutte de classe dans les années 1990. (...)

Cette tendance d’une classe ouvrière désorientée à perdre de vue son identité de classe spécifique, et donc à se sentir au fond impuissante face à la situation mondiale de plus en plus grave est le résultat d’un certain nombre de facteurs entremêlés. Au niveau le plus fondamental – et c’est un facteur que les révolutionnaires ont toujours eu tendance à sous-estimer, précisément parce qu’il est si basique – se trouve la position première de la classe ouvrière en tant que classe exploitée subissant tout le poids de l’idéologie dominante. En plus de ce facteur “invariant” dans la vie de la classe ouvrière, il y a l’effet dramatique du 20e siècle – la défaite de la vague révolutionnaire, la longue nuit de la contre-révolution, et la quasi-disparition du mouvement politique prolétarien organisé pendant cette période. Ces facteurs, par leur nature même, restent extrêmement puissants pendant la phase de décomposition, en fait même ils renforcent tous deux leur influence négative et sont eux-mêmes renforcés par celle-ci. (...) L’effondrement du stalinisme – produit par excellence de la décomposition – est ensuite utilisé par la bourgeoisie pour renforcer encore plus le message selon lequel il ne peut y avoir d’alternative au capitalisme, et que la guerre de classe est terminée.

Cependant, afin de comprendre les difficultés particulières que rencontre la classe ouvrière dans cette phase, il est nécessaire de se centrer sur les effets plus spécifiques de la décomposition sur la lutte de classe. Sans entrer dans les détails puisque nous avons déjà écrit beaucoup d’autres textes sur ce problème, nous pouvons dire que ces effets opèrent à deux niveaux : le premier sont les effets matériels, réels du processus de décomposition, le second est la manière dont la classe dominante utilise ces effets pour accentuer la désorientation de la classe exploitée. Quelques exemples :

le processus de désintégration apporté par un chômage massif et prolongé, en particulier parmi les jeunes, par l’éclatement des concentrations ouvrières traditionnellement combatives de la classe ouvrière dans le cœur industriel, tout cela renforce l’atomisation et la concurrence entre les ouvriers. Ce processus objectif directement lié à la crise économique est ensuite renforcé par les campagnes sur “la société post-industrielle” et la disparition du prolétariat. (...) La fragmentation de l’identité de classe dont nous avons été témoins durant la dernière décennie en particulier ne constitue en aucune façon une avancée mais est une claire manifestation de la décomposition qui comporte de profonds dangers pour la classe ouvrière.

Les guerres qui prolifèrent à la périphérie du système et qui se sont rapprochées du cœur du capital sont évidemment une expression directe du processus de décomposition et contiennent une menace directe contre le prolétariat de ces régions qui sont dévastées et par le poison idéologique déversé sur les ouvriers mobilisés dans ces conflits : la situation au Moyen Orient témoigne amplement de ce dernier aspect en particulier. Mais la classe dominante des principaux centres du capital utilise aussi ces conflits -pas seulement pour développer ses propres intérêts impérialistes- mais aussi pour augmenter ses assauts contre la conscience des principaux bataillons prolétariens, aggravant le sentiment d’impuissance, de dépendance envers l’Etat “humanitaire” et “démocratique” pour résoudre les problèmes mondiaux, etc.

Un autre exemple important est le processus de “gangstérisation” qui a pris beaucoup d’ampleur durant la dernière décennie. Ce processus englobe à la fois les plus hauts échelons de la classe dominante – la mafia russe étant une caricature d’un phénomène plus vaste – et les couches les plus basses de la société, y compris une proportion considérable de la jeunesse prolétarienne. (…) La classe dominante (…) n’hésite pas à “emballer” l’idéologie de “bande” à travers la musique, le cinéma ou la mode, la cultivant comme une sorte de fausse rébellion qui oblitère toute signification d’appartenance à une classe pour exalter l’identité de la bande, que cette dernière se définisse en termes locaux, raciaux, religieux ou autre.

(…) Néanmoins, contre toutes ces pressions, contre toutes les forces qui proclament que le prolétariat est mort et enterré, les révolutionnaires doivent continuer d’affirmer que la classe ouvrière n’a pas disparu, que le capitalisme ne peut pas exister sans le prolétariat, et que le prolétariat ne peut pas exister sans lutter contre le capital. Pour un communiste, c’est élémentaire. Mais la spécificité du CCI, c’est qu’il est prêt à s’engager dans une analyse du cours historique et du rapport de forces global entre les classes. Et ici, il faut affirmer que le prolétariat mondial au début du 21e siècle, malgré toutes les difficultés auxquelles il s’affronte, n’a pas dit son dernier mot, représente toujours l’unique barrière au plein développement de la barbarie capitaliste et contient toujours en lui-même la potentialité de lancer des confrontations de classe massives au cœur du système.

Il ne s’agit pas d’une foi aveugle, ni d’une vérité éternelle ; nous n’excluons pas la possibilité que nous puissions dans le futur réviser notre analyse et reconnaître qu’un changement fondamental dans ce rapport a eu lieu au détriment du prolétariat. Nos arguments se basent sur une observation constante des processus au sein de la société bourgeoise qui nous a menés à conclure :

– que malgré les coups portés à sa conscience pendant la dernière décennie, la classe ouvrière conserve d’énormes réserves de combativité qui ont fait surface dans un nombre considérable de mouvements pendant cette période. C’est d’une importance vitale parce que même s’il ne faut pas confondre combativité et conscience, le développement de la résistance ouverte aux attaques du capital constitue dans les conditions d’aujourd’hui une condition plus cruciale que jamais pour que le prolétariat redécouvre son identité en tant que classe ce qui est une précondition à une évolution plus générale de la conscience de classe ;

– qu’un processus de maturation souterraine s’est poursuivi et s’exprime entre autres par l’émergence “d’éléments en recherche” dans le monde entier, une minorité croissance qui se pose sérieusement des questions sur le système existant et est à la recherche d’une alternative révolutionnaire. (...) Leur arrivée sur la scène aura un effet considérable sur le milieu prolétarien existant, transformant sa physionomie et le contraignant à rompre avec ses habitudes sectaires établies depuis longtemps.

La permanence de la menace prolétarienne peut aussi se mesurer, dans une certaine mesure, “en négatif” – en examinant les politiques et les campagnes de la bourgeoisie. Nous pouvons voir cela à différents niveaux – idéologique, économique et militaire. Au niveau idéologique, la campagne sur “l’anticapitalisme” est un bon exemple. (...) L’insistance d’aujourd’hui sur “l’anticapitalisme” est (...) une expression de l’usure de la mystification sur le “triomphe du capitalisme”, de la nécessité que le capitalisme récupère et dévoie le potentiel d’un questionnement réel au sein de la classe ouvrière. Le fait que les protestations anticapitalistes n’aient mobilisé les ouvriers que d’une façon marginale ne diminue pas leur impact idéologique général.

(…) Au niveau économique, nous avons montré ailleurs que la bourgeoisie des grands centres continuera d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher l’économie de s’effondrer, de “s’ajuster” à son niveau réel. La logique derrière est à la fois économique et sociale. Elle est économique dans le sens où la bourgeoisie doit à tous prix continuer à faire tourner son économie et même maintenir ses propres illusions sur les perspectives d’expansion et de prospérité. Mais elle est aussi sociale dans le sens où la classe dominante vit toujours dans la terreur qu’un plongeon dramatique de l’économie ne provoque des réactions massives du prolétariat qui serait capable de voir plus clairement la banqueroute réelle du mode de production capitaliste.

De façon peut-être encore plus importante, dans tous les conflits militaires majeurs impliquant les puissances impérialistes, centrales pendant cette dernière décennie (les conflits du Golfe, des Balkans, d’Afrique), nous avons assisté à une grande prudence de la classe dominante, à sa répugnance à utiliser d’autres hommes que des soldats professionnels dans ces opérations, et même dans ce cas, à son hésitation à risquer la vie de ces soldats de peur de provoquer des réactions “au retour au pays”. (…) Il n’est pas du tout évident aujourd’hui que la classe ouvrière des grands pays industriels soit prête à marcher derrière les drapeaux nationaux, à s’enrôler dans des conflits impérialistes majeurs (...). Le capitalisme est toujours contraint de masquer ses divisions impérialistes derrière une façade d’alliances pour une intervention humanitaire. (...) Pour le moment il est impossible de voir quels thèmes idéologiques pourraient être utilisés pour justifier la guerre entre les principales puissances impérialistes aujourd’hui – elles ont toutes la même idéologie démocratique et aucune ne peut pointer le doigt contre un “Empire du mal” qui représenterait la menace numéro un à son mode de vie : l’antiaméricanisme encouragé dans un pays comme la France n’est qu’un pâle reflet des idéologies passées d’antifascisme et d’anti-communisme. Nous avons dit que le capitalisme devait toujours infliger une défaite majeure et ouverte à la classe ouvrière des pays avancées avant de pouvoir créer les conditions pour la mobiliser directement dans une guerre mondiale. (...) C’est une réelle expression du poids “négatif” d’un prolétariat non défait sur l’évolution de la société capitaliste.

Nous avons évidemment reconnu que dans le contexte de la décomposition, le prolétariat pourrait être englouti sans une telle défaite frontale et sans une guerre majeure entre les puissances centrales. Il pourrait succomber à l’avancée de la barbarie dans les pays centraux, un processus d’effondrement social, économique et écologique comparable mais encore plus cauchemardesque que ce qui a déjà commencé à arriver dans des pays tels que le Rwanda ou le Congo. Mais bien que plus insidieux un tel processus ne serait pas invisible et nous en sommes encore loin – ce fait s’exprime lui aussi “en négatif” dans les récentes campagnes sur les “demandeurs d’asile” qui se basent dans une grande mesure sur la reconnaissance que l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord restent des oasis de prospérité et de stabilité par rapport aux parties d’Europe de l’est et du tiers-monde les plus affectées par les horreurs de la décomposition.

On peut donc dire sans hésitation que le fait que le prolétariat n’ait pas été défait dans les pays avancés continue de constituer une barrière au plein déchaînement de la barbarie dans les centres du capital mondial.

Mais pas seulement : le développement de la crise économique mondiale décape lentement l’illusion qu’un brillant avenir se profile – un futur fondé sur la “nouvelle économie” où tout le monde serait dépositaire d’enjeux. Cette illusion s’évaporera encore plus quand la bourgeoisie sera contrainte de centraliser et d’approfondir des attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière afin de “s’ajuster” à l’état réel de son économie. Et bien que nous soyons encore loin d’une lutte ouvertement politique contre le capitalisme, nous ne sommes probablement pas très loin d’une série de luttes défensives dures et même à grande échelle quand le mécontentement du prolétariat qui couve prendra la forme d’une combativité directe. Et c’est dans ces luttes que les graines d’une politisation future pourront être semées. Il va sans dire que l’intervention des révolutionnaires sera un élément clé de ce processus.

C’est donc en reconnaissant de façon claire et sobre les difficultés et les dangers terribles qui font face à notre classe que les révolutionnaires peuvent continuer à affirmer leur confiance : le cours historique ne s’est pas tourné contre nous. La perspective de confrontations de classe massives reste devant nous et continuera à déterminer notre activité présente et future.

CCI