60 ans après la mort de Staline: le stalinisme exhale encore sa fétide odeur contre-révolutionnaire!

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Nous publions ci-dessous la traduction d'un article rédigé par nos camarades au Mexique et publié en espagnol dans le numéro 133 de Revolución Mundial (mars-avril 2013).

En toute occasion, la terreur et la dégénérescence de la révolution russe sont expliquées par la seule personnalité de Staline, personnage grossier, arriviste et aventurier. Il est certain que son caractère fut un élément important dans le rôle historique joué par Staline, mais pas uniquement.

Il y a 60 ans, le 6 mars 1953, la presse du monde entier annonçait la mort de Staline. "Mort le chien enragé, finie la rage", affirme l'adage populaire utilisé dans les pays hispanophones. Mais, dans le cas de Staline, une telle affirmation n'est pas justifiée. Si Staline a piloté la destruction physique et morale de toute une génération de révolutionnaires, s'il a ouvertement contredit tous les principes internationalistes du marxisme et s'il a été le représentant d'une des principales puissances impérialistes dans le partage et la division du monde, sa mort n'a nullement éliminé ni enrayé la dynamique contre-révolutionnaire qu'il a largement contribué à instaurer de son vivant. Cela confirme que son rôle comme acteur principal de la contre-révolution découle de l'absence d'extension de la révolution mondiale. L'isolement auquel fut soumise la révolution produisit directement la dégénérescence du parti bolchevik et sa transformation en parti d'État mettant les intérêts nationaux au-dessus de ceux de la révolution mondiale.

Le sinistre héritage de Staline a servi et continue à servir la classe dominante au pouvoir. Winston Churchill, personnalité bien connue de la classe exploiteuse et ennemi acharné du prolétariat, a ainsi rendu un hommage aux services rendus par Staline à la bourgeoisie, en affirmant qu'il "figurera parmi les grands hommes de l'histoire de la Russie".

Le stalinisme, incarnation de la contre-révolution bourgeoise

Dans la vague révolutionnaire qui a surgi durant et après la Première Guerre mondiale, le prolétariat russe s'est trouvé à la tête de la révolution de 1917 qui fut la période la plus bouillonnante de cette vague internationale. Dans la continuité de cette dynamique, en 1918, les bataillons ouvriers d'Allemagne se sont soulevés, cherchant à étendre la révolution, mais ont été impitoyablement écrasés par l'État bourgeois allemand dirigé par la social-démocratie avec la large collaboration des États démocratiques. Les tentatives pour étendre la révolution prolétarienne furent donc brisées et la révolution russe triomphante se trouva isolée. La bourgeoisie du monde entier déploya alors un cordon sanitaire autour des prolétaires en Russie, de fait incapables de maintenir entre leurs mains le pouvoir qu'ils avaient pris en 1917. C'est dans ces conditions que la contre-révolution surgit de l'intérieur : le parti bolchevik perdit toute vitalité ouvrière, favorisant l'émergence et l'hégémonie d'une faction bourgeoise à la tête de laquelle Staline se plaça.

Ainsi, le stalinisme n'est pas le produit de la révolution communiste mais, au contraire, le résultat de sa défaite. Suivant à la lettre les recommandations de Machiavel, Staline n´hésita pas à recourir à l'intrigue, au mensonge, à la manipulation et à la terreur pour s'installer à la tête de l'État et pour préserver son pouvoir, continuer son travail de sape contre-révolutionnaire en recourant à des actes aussi ridicules que la réécriture de l'histoire, en trafiquant les photos, en faisant disparaître de celles-ci les personnalités considérées par lui comme des "hérétiques" à cause de leur attitude oppositionnelle ou en mettant en avant le culte de sa personnalité, faisant du mensonge joint à la répression, le socle de sa politique. C'est pour cela que le stalinisme n'est nullement un courant prolétarien ; il est tout à fait évident que les moyens utilisés et les buts poursuivis par Staline et le groupe d'arrivistes dont il s'est entouré sont ouvertement bourgeois.

La vague révolutionnaire de 1917-23 ayant reflué, la contre-révolution ouvrit la porte aux agissements de Staline. Ainsi, la persécution, le harcèlement et la destruction physique des combattants prolétariens furent les premiers services qu'il rendit à la classe dominante. La bourgeoisie mondiale applaudit ses méthodes, non seulement parce toute une génération importante de révolutionnaires fut exterminée mais aussi parce qu'elles furent conduites au nom-même du communisme, entachant ainsi son image, mais surtout en jetant la plus totale confusion au sein de la classe ouvrière.

Les intrigues montées de toutes pièces par la police politique, le recours aux camps de concentration et les autres atrocités furent soutenus par tous les États démocratiques. Par exemple, avant même les procès de Zinoviev et de Kamenev (1936) dans lequel on recourut aux menaces contre leur famille et à la torture physique, les États démocratique se réjouirent des services que Staline leur rendait : par la voix de leurs "dignes" représentants rassemblés dans la Ligue des Droits de l'Homme (dont le siège est en France), la bourgeoisie approuva la parfaite "légalité" de ces purges et de ces procès. La déclaration du romancier Romain Rolland, prix Nobel de Littérature en 1915 et membre distingué de cette organisation, est révélatrice de l'attitude adoptée par la classe dominante : 'il n'y a aucune raison de mettre en doute les condamnations qui sont tombées sur Zinoviev et Kamenev, personnages discrédités depuis pas mal de temps, qui ont été deux fois renégats et qui ont trahi leur parole donnée. Je ne vois pas à quel titre je pourrais rejeter comme des inventions ou des aveux extorqués les déclarations publiques des accusés eux-mêmes".

De la même manière, avant l'exil forcé de Trotsky et sa persécution ultérieure à travers le monde, le gouvernement social-démocrate de Norvège et le gouvernement français, en toute complicité avec le stalinisme, n'ont pas hésité à harceler et finalement expulser le vieux bolchevik.

Photo prise pendant un discours de Lénine en 1920 sur laquelle figure Trotsky. En dessous, la même photo trafiquée par les services staliniens.

 

"Le socialisme dans un seul pays", négation-même du marxisme

La dérive totale du Parti bolchevik s'est révélée dans toute son ampleur en 1925, avec la doctrine imposée par Staline sur la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays.

Tout de suite après la mort de Lénine en janvier 1924, Staline s'est empressé de placer ses pions aux postes-clés du parti et a concentré ses attaques sur Trotsky, qui était après Lénine le plus prestigieux des révolutionnaires, en première ligne des mobilisations massives d'Octobre 1917.

Une des preuves de l'éloignement de Staline du terrain prolétarien se trouve dans la construction, conjointement avec Boukharine, de la thèse du "socialisme dans un seul pays". (Remarquons au passage que, des années plus tard, Staline fera même exécuter Boukharine !). S'autoproclamant "guide suprême du prolétariat mondial" et la voix officielle du marxisme, le meilleur service que Staline a rendu à la bourgeoisie, c'est justement cette "doctrine" par laquelle il a dénaturé et dévoyé l'internationalisme prolétarien défendu historiquement par le mouvement ouvrier. Cette politique a discrédité la théorie marxiste, répandant et semant la confusion non seulement parmi la génération de prolétaires de son époque mais également les générations actuelles. Par exemple, on nous présente cyniquement des faits comme l'invasion de la Tchécoslovaquie (1968), l'écrasement de l'insurrection en Hongrie (1956) ou encore l'invasion de l'Afghanistan dans les années 1980 comme des expressions de "l'internationalisme prolétarien". Même un personnage comme "Che" Guevara expliquait que l'envoi d'armes dans des pays comme l'Angola était une démonstration de l'internationalisme prolétarien. Ce n'est nullement une confusion mais une politique délibérée pour démolir cette poutre-maîtresse du marxisme.

Dans les Principes du Communisme (1847), Engels défendait clairement l'argument internationaliste attaqué par Staline : "Cette révolution se fera-t-elle dans un seul pays ? Non. La grande industrie, en créant le marché mondial, a déjà rapproché si étroitement les uns des autres les peuples de la terre, et notamment les plus civilisés, que chaque peuple dépend étroitement de ce qui se passe chez les autres. Elle a en outre unifié dans tous les pays civilisés le développement social à tel point que, dans tous ces pays, la bourgeoisie et le prolétariat sont devenus les deux classes les plus importantes de la société, et que l'antagonisme entre ces deux classes est devenu aujourd'hui l'antagonisme fondamental de la société. La révolution communiste, par conséquent, ne sera pas une révolution purement nationale. Elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés (…) Elle est une révolution universelle ; elle aura, par conséquent, un terrain universel."

Les mêmes bolcheviks, avec Lénine à leur tête, concevaient la révolution en Russie comme un premier moment de l'engagement dans la révolution mondiale. C'est pour cela que Staline mentait quand, pour mettre en valeur sa thèse, il affirmait qu'elle était dans la continuité des enseignements de Lénine. La nature bourgeoise de cette "théorie" a creusé la tombe du parti bolchevik dégénérescent et également celle de l'Internationale communiste (la Troisième Internationale) en soumettant définitivement ces organes de combat aux intérêts de l'État russe.

Le stalinisme, un pilier important pour la reconstitution de la bourgeoisie en URSS

L'expansion de la terreur à travers les camps de concentration et la surveillance, le contrôle et la répression du NKVD (la police politique), etc., symbolisent la contre-révolutionnaire impulsée par Staline. Mais ce n'est que la toile de fond du rôle plus profond qu'elle devait remplir : permettre la reconstitution de la bourgeoisie en URSS.

La défaite de la révolution prolétarienne mondiale et la disparition de toute vie ouvrière des soviets ont fourni les conditions pour la constitution d'une nouvelle bourgeoisie. Il est vrai que la bourgeoisie avait été défaite par la révolution prolétarienne de 1917, mais, la ruine de la classe ouvrière permit au stalinisme de reconstituer la classe dominante. La réapparition sur la scène sociale de la bourgeoisie ne provient pas de la résurrection des vestiges de l'ancienne classe (sauf dans quelques cas individuels), ni de la propriété individuelle des moyens de production, mais du développement d'un capital qui va apparaître dépersonnalisé, sans visage individuel, seulement incarné par la bureaucratie du parti fondu dans l'Etat, c'est-à-dire sous la forme de la propriété d'Etat des moyens de production.

Pour cette raison, supposer que l'étatisation des moyens de production est l'expression d'une société distincte du capitalisme ou qu'elle a représenté (ou représente) une "étape progressiste" est une erreur. C'est vrai, il faut ajouter que lorsque Trotsky dans La Révolution trahie expliquait que "la propriété étatique des moyens de production ne transforme pas de la bouse de vache en or et ne confère pas une auréole de sainteté au système de surexploitation", il poursuivait en insistant sur le fait qu'en URSS existait "un État ouvrier dégénéré", ce qui impliquer d'en appeler à sa défense, ce qui introduisait d'emblée une idée d'une profonde confusion. Le trotskysme après Trotsky a d'ailleurs poussé cette logique à l'extrême en embrigadant la classe ouvrière derrière la défense d'un camp impérialiste, l'URSS, pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce qui démontrait que le courant trotskiste avait abandonné le terrain prolétarien.

De fait, le comportement du stalinisme au cours de la Seconde Guerre mondiale a fait très ouvertement preuve de sa nature bourgeoise : "l'armée rouge" a écrasé l'insurrection ouvrière de Varsovie et, conjointement avec les Alliés, a participé au repartage du butin impérialiste en allant jusqu'à s'installer à Berlin.

La bourgeoisie rend hommage aux bouchers de la guerre impérialiste

Comme on l'a dit plus haut, la bourgeoisie mondiale a reçu et reçoit encore de très grands services de la part du stalinisme, même si hypocritement, elle a pris ses distances avec Staline en qualifiant son gouvernement de démoniaque, n'hésitant pas à l'utiliser comme repoussoir pour alimenter le patriotisme et justifier la guerre impérialiste.

L'année 2012 a été marquée par une accélération des luttes entre fractions bourgeoises en Géorgie qui, non seulement se sont manifestées sur les pistes du cirque électoral, mais qui ont affecté toutes les couches sociales. Dans le cadre de cette querelle bourgeoise, on en est revenu à invoquer Staline pour déchaîner une campagne nationaliste.

A la fin 2012 et les premiers mois de cette année, la bourgeoisie géorgienne, sous prétexte de retrouver une mémoire historique, a restauré dans plusieurs villes des statues de Staline. La bourgeoisie géorgienne (et principalement le parti ultra-nationaliste baptisé Rêve géorgien) a récupéré ce personnage pour la seule raison qu'il est né dans cette région, mais plus encore pour répandre parmi les exploités les relents anesthésiants de la défense des intérêts de la bourgeoisie locale.

De la même manière, le changement de nom de la ville de Volgograd rebaptisée Stalingrad durant six jours à l'occasion des commémorations festives de "la défense de Stalingrad", plus qu'un singulier acte provincial, doit être compris comme une justification par la bourgeoisie de la guerre impérialiste qui, au passage, anoblit le rôle qu'ont joué des bouchers sanguinaires comme Staline.

Mais si la bourgeoisie rend hommage à la mémoire de ses chiens de garde sanglants, la classe ouvrière qui a besoin de comprendre le monde et de le transformer, doit s'approprier sa propre histoire et tirer les leçons de son expérience afin d'être en mesure de reconnaître le profil anti-prolétarien de Staline et du stalinisme, et avant tout, de retrouver les principes internationalistes du marxisme que la bourgeoisie s'est obstinée à déformer dans le but de les dénaturer.

Tatlin, (février 2013).