Le refus de stand au CCI à la bourse du livre alternatif de Gand et d'Utrecht

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Cela fait maintenant plusieurs années que le CCI n’est pas admis en tant que détenteur de stand à la foire du livre anarchiste à Gand tout comme à la bourse anarchiste à Utrecht. Plusieurs années, les organisateurs ont fait comme si notre demande était introduite trop tard, ou comme s’ils manquaient de place, etc. Un peu fort. Quand nous avons insisté, les organisateurs ont répondu que nous ne correspondions pas au profil anarchiste qu’ils souhaitaient. Il ne nous viendrait naturellement pas à l’esprit de nous lamenter à propos de cette décision ou d’en appeler à plus de complaisance de la part des organisateurs. Il ne s’agit pour nous que de mettre à nu les véritables raisons du refus répété des organisateurs de ces bourses du livre.

Après leurs échappatoires administratives, les organisateurs mentent consciemment quand ils justifient leur refus par des raisons idéologiques (nous n’aurions pas le profil!). Qui n’a pas remarqué la présence à ces bourses de stands, de publications, de groupes et d’associations qui sont ouvertement sociaux-démocrates, staliniens ou nationalistes... et qui n’ont aucunement un «profil anarchiste». Pourquoi alors exclure le CCI, une organisation qui se réclame de l’internationalisme prolétarien et qui dénonce toutes les idéologies nationalistes, quel qu’en soit le prétexte ethnique, historique ou religieux, comme un véritable poison pour les prolétaires?

Le CCI a toujours mis en avant ses positions marxistes, tout autant que ses divergences de principe avec l’anarchisme. Le CCI a toujours dénoncé les positions bourgeoises de l’anarchisme officiel, qui se terminent en défense de l’Etat démocratique (comme c’était le cas avec Kropotkine et la CGT française en 1914, ou la CNT espagnole en 1936) et en défense du nationalisme le plus arriéré (comme l’anarcho-nationalisme breton ou flamand: voir à ce propos l’article sur L’anarcho-nationalisme de «De Vrijbuiter» dans «De Fabel van de Illegaal» n° 68). Si les organisateurs trouvent notre présence indésirable, c’est parce que des  éléments en recherche d’élargissement et d’approfondissement de leurs visions politiques, s’intéressent aux analyses de la Gauche Communiste, aux questions que nous posons et aux réponses politiques que nous apportons touchant des sujets d’intérêts pour la classe ouvrière et l’avenir de l’humanité. Ce que les organisateurs veulent en réalité, c’est empêcher qu’une confrontation honnête et ouverte des positions politiques ait lieu. Malgré leurs discours (faussement) libertaires, ils préfèrent se fier à leurs voisins staliniens et d’extrême gauche (pro- ou anti-staliniens) plutôt que de voir la Gauche Communiste trouver un écho pour une claire perspective de classe internationaliste.

Nous ne sommes absolument pas étonnés de cette attitude des organisateurs, qui renforcent ainsi le totalitarisme idéologique dont ils sont un rouage, bien que modeste, néanmoins indispensable pour prévenir que des éléments se posant des questions y trouvent des réponses politiques dont ils pourraient débattre. En nous refusant un stand, l’anarchisme officiel apporte sa petite pierre à l’édifice de la pensée unique bourgeoise.

Certains participants qui se sont irrités de ce comportement ont déjà ouvertement manifesté leur solidarité en diffusant notre presse à partir de leur stand, et ils n’ont pas non plus hésité à se plaindre verbalement et par écrit de l’attitude des organisateurs: «Le CCI est en effet très critique vis-à-vis de l’anarchisme, mais c’est une évidence: ce sont une fois pour toutes des marxistes. (...) Pour ceux qui ont un intérêt pour leurs positions, ils sont certainement ouverts à la discussion. Leurs réunions sont publiques et on peut tranquillement y aller exposer ses positions anarchistes, ou même diffuser des tracts anarchistes aux visiteurs. Cela me paraît donc beaucoup plus démocratique qu’une foire du livre anarchiste où quelques organisateurs décident de leur propre chef de refuser certains groupes. Pour certains anarchistes, il peut être très intéressant de distinguer les désaccords et les convergences, c’est comme ça qu’on apprend à formuler et défendre ses propres positions. Et si on n’a pas envie d’engager une discussion avec eux, par exemple parce qu’ils ne sont pas assez anarchistes, végétaliens, féministes ou pacifistes, ou tout simplement parce qu’ils ne correspondent pas à l’image qu’on se fait du monde, on ne le fait tout simplement pas... C’est tout autre chose que d’offrir une plate-forme pour la plate propagande des staliniens et des trotskistes qui viennent «gagner des âmes»! (...) dans le cas du CCI, je ne vois jusqu’à présent pas de raison suffisante pour leur refuser la participation à la foire du livre anarchiste. Et mon intention n’est en aucun cas d’ouvrir toutes grandes les portes à tout le micmac trotskiste et stalinien; selon moi le CCI s’en distingue, même d’un point de vue anarchiste, dans le bon sens. Les courants historiques dont ils se réclament ont en leur temps été autant les victimes de la terreur et de la répression déclenchées par Trotski et Staline que les anarchistes. Il serait tout de même étrange  si une certaine manière de penser, qui a pratiquement disparu de la surface du globe par l’action des staliniens (et qui fait indubitablement à beaucoup de gens une impression d’anachronisme)  était maintenant contrainte au silence par les anarchistes! « (1). Nous encourageons ceux qui veulent être politiquement conséquents à nous envoyer leurs prises de position, que nous publierons également.

De notre côté, nous invitons chacun qui souhaite engager une confrontation d’idées et débattre sur les problèmes du monde, sur la lutte de classe et l’avenir de l’humanité, à participer à nos activités publiques, aussi bien à nos permanences, où l’on discute des questions amenées par les participants, qu’à nos réunions publiques, où un débat suit la présentation de la position du CCI sur un sujet, ou à nous rencontrer au cours de la vente de notre presse à l’occasion de différentes manifestations et dans la lutte de la classe ouvrière n

Mai 2005

(1) Voir: lettre ouverte des éditions De Dolle Hond aux maîtres du marché anarchistes de la foire du livre d’Utrecht, sur notre site Web: http://www.internationalism.org/dutch, et Les organisateurs de la foire du livre anarchiste d’Utrecht dévoilent leurs pratiques staliniennes dans Wereldrevolutie n° 101.