1976-2016 : Il y a 40 ans, la démocratie espagnole naissante débutait avec des assassinats d’ouvriers à Vitoria

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Introduction (2016)

Il y a aujourd’hui 40 ans que se sont déroulés les événements de Vitoria de 1976, dans un contexte d’importantes mobilisations ouvrières partout en Espagne, pour la défense des conditions de vie face à la dévalorisation des salaires due à la crise économique. Les manifestations dans cette ville étaient devenues de plus en plus massives, s’unifiant dans des assemblées générales, en élisant un Comité de délégués révocables. Et c’est justement au moment où allait avoir lieu une assemblée générale dans l’église de San Francisco, que la répression policière s’est abattue sur les ouvriers. Le ministre de l’Intérieur d’alors, Fraga Iribarne, fondateur et président du parti de droite espagnol (Parti populaire), jusqu’à son décès, et toujours salué comme un grand « démocrate », donna l’ordre de tirer sur les travailleurs. Il y eu 5 morts et beaucoup de blessés.

La réponse ouvrière fut très puissante, partout dans le pays il y eu des manifestations de solidarité, des assemblées massives se sont organisées à l’échelle d’une ville entière comme à Pampelune, exprimant ainsi une dynamique de lutte de masses, unifiant les revendications et refusant tout retour au travail jusqu’à ce que ces revendications aient été satisfaites. L’État a dû céder partiellement.

Début mars dernier, dans de son premier discours parlementaire lors du premier essai d’investiture de Pedro Sánchez (du Parti socialiste), Iglesias (chef de Podemos)1 a voulu s’appuyer sur cet anniversaire pour avaliser ses propositions d’un « renouvellement démocratique » et de « justice sociale ». Mais ce que les ouvriers, en 1976, avaient en face d’eux ce n’était pas tant un gouvernement post-franquiste agonisant, mais un projet de transition démocratique organisé avec le soutien international des vieilles démocraties européennes qui faisaient à ce moment-là partie du bloc américain (l’Allemagne et la France, en particulier), pour essayer de contenir le grand malaise existant en Espagne et les luttes. Les Pactes de la Moncloa, un an plus tard, montrèrent l’unité de toute la bourgeoisie pour attaquer le prolétariat sous le couvert idéologique de la réforme démocratique. Si Vitoria 76 a bien un rapport avec les assemblées massives du 15 M [pour 15 mai 2011], avec la dynamique de la lutte de masse (même si en 2011 n’a pas pu surgir clairement une identité prolétarienne)2; le parti d’Iglesias n’a rien à voir avec tout cela3.

Avant de passer à la lecture de cet article de 1976, nous voudrions faire part à nos lecteurs du regard critique que nous portons aujourd’hui à son contenu. Cet article fut rédigé alors que la section du CCI en Espagne n’était pas encore constituée4. L’inexpérience et les difficultés pour assimiler nos positions ont eu une influence sur la prise position que nous présentons ci-dessus. Aujourd’hui, 40 ans plus tard, nous la considérons toujours parfaitement valable, surtout sur les points suivants :

  • Avoir dénoncé la grande manœuvre du « rétablissement de la démocratie » en Espagne dont nous vivons encore les conséquences mensongères ;

  • Avoir démasqué la convergence contre le prolétariat, des agissements de toutes les forces politiques de la bourgeoisie, surtout de celles qui proclament être de gauche et d’extrême-gauche ;

  • Avoir défendu les moyens de lutte du prolétariat, en particulier, les Assembles générales et l’unification des luttes ;

  • Avoir défendu la perspective communiste du prolétariat, seule alternative face aux prétendues reformes d’un système qui fait plonger dans la misère, la guerre et la barbarie la grande majorité du genre humain.

Ceci dit, cet article contient des passages qui révèlent une surestimation des possibilités réelles immédiates du prolétariat. On y dit, par exemple : « Et, la prochaine fois, ce sera les commissariats, les casernes, la poste et le téléphone ». Ceci est bien l’expression d’une surestimation des possibilités que la situation offrait à ce moment-là qui est presque considéré comme un moment pré-révolutionnaire. La situation internationale du prolétariat était vraiment loin de rendre possible une telle proposition car les luttes étaient fortement retombées après les déflagrations de 1968 en France, 1969 en Italie et 1970 en Pologne, réalité ignorée tout en disant le contraire : « Aujourd’hui, partout dans le monde des grèves apparaissent contre les conditions de vie que la crise fait subir, et, même si elles sont réprimées, elles ressurgissent avec une combativité de plus en plus forte ». Mais, plus généralement, le prolétariat était bien loin de se donner les moyens de conscience et de politisation de son combat pour se mettre à réaliser une telle proposition.

On affirme aussi dans l’article que « les moyens de l’unité, de la conscience et de l’organisation, nous les avons grâce à l’expérience de cette vague de luttes » ; même s’il est vrai que l’unité s’est développée et que la multiplication des assemblées fut impressionnante, il n’y avait pas du tout, loin de là, une conscience claire pour comprendre la nécessité de la révolution prolétarienne mondiale et l’absence des moyens pour aller vers elle. Même l’unité de la classe ouvrière n’était pas comprise dans tout ce qu’elle implique. Pesaient encore sur elle très fortement les divisions sectorielles, régionales, etc. Les assemblées générales elles-mêmes n’avaient pas assumé toutes les conséquences et les implications de leur fonction dans la classe et les comités de délégués commençaient à être récupérés et manipulés par les syndicats et les forces de l’extrême-gauche de la bourgeoisie.

L’inexpérience et les difficultés dans l’assimilation des positions de classe auxquelles avait adhéré la jeune section du CCI, s’est exprimé, par exemple, dans la vision qu’on a eue sur l’insurrection ouvrière des Asturies de 1934 comme si elle avait été une « révolution ». Malgré l’énorme combativité déployée à l’époque par les mineurs asturiens, la lutte est restée totalement enfermée dans le périmètre régional et elle fut plus la réponse à une provocation qui entraîna les mineurs vers l’insurrection qu’une action consciemment décidée par eux. Par ailleurs, la situation mondiale était faite d’une accumulation de défaites physiques et idéologiques de la classe, du triomphe de la contre-révolution, de préparation de la deuxième boucherie impérialiste, tout ce qui empêchait que les luttes prennent la moindre perspective révolutionnaire. L’insurrection des Asturies doit être placée sur le même chapitre que la provocation dans laquelle les sociaux-démocrates autrichiens embarquèrent les ouvriers de ce pays en février 1934 qui les amena à une terrible défaite. Les collègues socialistes espagnols de ceux-là, avec Largo Caballero en tête, qu’on a eu le culot de présenter comme « le Lénine espagnol » (alors qu’il avait été au Conseil d’État sous la dictature de Primo de Rivera), amenèrent les mineurs dans une souricière en les laissant en plan, en sabotant toute tentative de solidarité à Madrid et ailleurs5.

Rosa Luxemburg disait que « l’autocritique, la critique cruelle et implacable qui va à la racine du mal, est la vie et l’air pour le prolétariat ». Le fait de bien montrer ces erreurs nous aide à la clarté et à la conviction dans notre combat.

CCI, mars 2016

Vitoria : l’alternative prolétarienne (Mars 1976)

 

La bourgeoisie n’a pas caché son inquiétude face à la force déployée par les travailleurs dans ces trois premiers mois de l’année. On voit cela dans la phraséologie de la presse et dans les déclarations des personnalités publiques : pour le cardinal primat « des jours d’incertitude sont proches pour l’Espagne », Ricardo de la Cierva voit que « l’horizon est si noir que je n’arrive pas à voir ». Le journal Informaciones, face à l’avalanche de grèves se demande : « sommes-nous face à une tentative révolutionnaire de base ? ».

Nos grèves ont secoué le pays tout entier, toutes les branches de production. Salamanque ou Zamora, « où il ne se passe jamais rien », ont connu des grèves dans le bâtiment et les industries métallurgiques ; même les aveugles ont fait des arrêts de travail et ont manifesté dans la rue.6

Même avant-guerre, on n’avait pas vu un mouvement aussi général ! Rien qu’en janvier, il y a eu plus de grèves que pendant toute l’année 1975. Une si énorme mobilisation doit nous faire prendre conscience de la force que nous possédons et que cette force ouvrière est sur le bon chemin pour en finir avec une exploitation capitaliste de plus en plus insupportable.

Voilà la première leçon à tirer, qui, avec plus ou moins de clarté, a été présente lors des dernières luttes : Pampelune, Vitoria, Elda (Alicante), Vigo, le bâtiment à Barcelone... C’est pour cela que nos camarades [de Vitoria] ont organisé les grèves par le moyen des assemblées générales, les ont unifiées dans un Comité de délégués avec aussi une Assemblée générale de ville ; ils ont cherché la solidarité de tous les travailleurs dans la rue ; et, soutenus par cette force accumulée et cette organisation autonome, ils ont occupé la ville, fermant des bars, des commerces, des banques, des établissements de l’administration...

Parler de communisme, d’émancipation ouvrière, ce n’est plus vu comme de l’utopie. On sait que le jour de la révolution est encore bien loin, mais, pour l’atteindre, nous possédons quelque chose de très solide sur laquelle nous appuyer : l’expérience de nos frères de Vitoria, Pampelune, Vigo etc., les moyens pour nous unifier, pour nous affronter au pouvoir bourgeois, pour le détruire et nous libérer. Cette expérience fait partie du resurgissement actuel du prolétariat dans le monde entier et qui reprend le flambeau révolutionnaire qui embrasa l’Europe au cours des années 1917-1921 en atteignant son sommet avec les Soviets de 1917 en Russie et les Conseils Ouvriers de 1918 en Allemagne.

Il faut perfectionner ces expériences, les généraliser partout, en leur donnant une organisation consciente réalisée par les ouvriers eux-mêmes. Les moyens sont clairs :

  • La grève générale.

  • L’occupation de villes, en fermant et en paralysant les commerces, les bars, les établissements de l’administration, et, la prochaine fois, les commissariats, les casernes, la poste et les téléphones...

  • L’organisation autonome de notre classe en Assemblées unifiées en Comités de délégués ouvriers.

  • La défense de nos Assemblées et nos manifestations contre les attaques des corps répressifs de l’État.

Le chemin est long, difficile, mais nous ne partons pas de zéro, nous avons les expériences de deux siècles de luttes ouvrières. Aujourd’hui, partout dans le monde, surgissent des grèves contre les conditions imposées par la crise, grèves qui, même réprimées, ressurgissent avec encore plus de combativité.

Assassinats et démocratie : deux faces de la même pièce

Nous avons les moyens de l’unité, de la conscience et de l’organisation grâce à l’expérience de cette période de luttes, mais il est aussi vrai que la bourgeoisie est puissante et a à sa disposition des moyens pour nous défaire, nous diviser et nous empêcher d’avancer sur notre chemin.

Il faut que nous ayons une très claire conscience de quels moyens va utiliser la bourgeoisie pour écraser notre lutte. On peut les résumer en deux : répression et démocratie.

En moins de deux semaines, le gouvernement pré-démocratique de Fraga a assassiné plus d’ouvriers que le gouvernement fasciste de Carrero Blanco en deux ans... Face à la force incontrôlable des luttes ouvrières de Vitoria, Elda, Vigo, Pamplona etc, ce gouvernement ne pouvait avoir d’autre réponse que la répression la plus brutale et la même chose aurait été faite par un gouvernement fasciste que par un autre démocratique ou encore un gouvernement prétendument « ouvrier et révolutionnaire ». Le capitalisme (sous toutes ses formes d’État) aura toujours le même langage. L'histoire en offre trop d’exemples : en 1919, le social-démocrate Ebert écrase dans le sang les ouvriers de Berlin, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés; en 1921, le gouvernement bolchevique utilise les bombardements de l’aviation pour en finir avec l’insurrection ouvrière de Kronstadt ; en 1931, le gouvernement conservateur suédois tua neuf mineurs à Adalen ; en 1933, sous la République espagnole, le progressiste Azaña n’hésita pas à se salir les mains avec le sang des anarchistes de Casas Viejas, et de son côté, l’ultra-droitier profasciste Gil Robles (aujourd’hui démocrate) écrasa en 1934 l’insurrection ouvrière dans les Asturies avec les légionnaires. Après la 2ème Guerre mondiale, les tueries ont continué de plus belle : en Italie 1947 sous la démocratie-chrétienne, à Berlin 1953 et en Hongrie 1956 sous des gouvernements « communistes » ; Pologne en 1970 ; en Afrique du Sud où 12 mineurs ont été assassinés pendant une grève générale en 1972 ; en Argentine, sous le régime militaire avec des travailleurs tués à Cordoba, Tucuman...

Les crimes de Vitoria ne sont pas le fait d’une fraction ultra-droitière de la bourgeoisie, comme le dit l’OICE7 dans son journal Revolución nº 7, mais la réponse obligatoire et consciente que donnent et donneront les capitalistes face à la menace prolétarienne, quelle que soit la forme de gouvernement ! Carrillo aurait fait la même chose que Fraga !

Mais la répression n’est pas suffisante lorsque la classe ouvrière ne cesse d’avancer après chaque lutte et d’apprendre après chaque défaite. Il faut reformer les institutions de l’État bourgeois pour qu’elles puissent encadrer la lutte ouvrière, la diviser et l’enfermer derrière des objectifs qui, loin de détruire le système, le consolident.

Les événements de Vitoria n’ont pas amoindri la volonté de réforme de la part du gouvernement. Ils n’ont pas ouvert la voie au retour du redouté « bunker ».8 Le conseil des ministres a fait la déclaration suivante : « Le gouvernement (face aux événements de Vitoria) est disposé à agir en conséquence, pas seulement pour maintenir fermement l’ordre public, mais aussi pour créer les conditions objectives permettant une paix sociale réelle. (...) Les événements comme ceux de Vitoria sont particulièrement lamentables, avec lesquels on essaie clairement d’entraver le programme de réformes que le peuple espagnol désire et auquel le gouvernement d’est pas disposé à renoncer ».

Il n’y a aucune contradiction dans la combinaison de la démocratie avec les assassinats. Les bains de sang ne sont pas le monopole des fascistes. Toutes les fractions du capital utilisent les mêmes armes contre la révolte ouvrière. Mais, pour la bourgeoisie espagnole, il est indispensable d’écraser par le feu et par le sang toute lutte ouvrière indépendante et, en même temps, de créer les institutions politiques démocratiques (syndicats, partis, suffrage universel, « libertés ») pour éviter les affrontements directs comme celui de Vitoria, en enlevant tout le sens des luttes ouvrières contre l’exploitation.

Le vote, le syndicat et les partis ont une fonction : celle d’encadrer la classe ouvrière, en neutralisant toute propre initiative, en l’enfermant dans le cadre de l’entreprise et la nation, en dévoyant le chemin de sa lutte vers des reformes « socio-politiques » : l’autodétermination des peuples, l’autogestion, l’antifascisme. C’est un effort tenace et résolu celui qui est fait par les politiciens du Capital pour empêcher qu’on prenne conscience du fait que la seule solution possible à nos problèmes est celle d’en finir avec l’exploitation.

Face à un gouvernement incapable de contrôler la situation dont le seul langage connu, c’est : crime-arrestations-provocations, l’opposition démocratique de droite (libéraux, démocrates-chrétiens, etc.) s’unit à la gauche et à l’extrême-gauche dans la même entreprise : canaliser le mouvement des grèves vers une réforme démocratique.

Dans un article paru dans Mundo Diario avec le titre « L’urgence d’un pacte politique », Solé Tura, porte-parole du PC de Catalogne tire les conclusions suivantes des luttes de Vitoria, Pampelune, Sabadell : « Il faut être aveugle pour ne pas voir que nous sommes sur le point de perdre une grande occasion d’établir et de stabiliser une démocratie dans notre pays », en finissant avec la proposition suivante d’action immédiate : « Ou bien on arrive rapidement à un accord qui englobe l’opposition et les réformistes conséquents9 pour rendre faisable une alternative démocratique ou bien on atteindra bientôt la limite. Et au-delà de cette limite, les choses seront bien plus difficiles pour tous, c’est-à-dire pour le pays ».

On ne peut être plus clair. Un parti qui se dit « ouvrier » et « communiste » évalue des luttes en fonction des intérêts de la « Nation », autrement dit des propriétaires de la patrie : les capitalistes. Les groupuscules à la gauche du PC sont moins directs parce qu’ils disent parler au nom de la « classe ouvrière et du peuple », mais leur intervention est encore plus criminelle parce qu’ils présentent les mêmes reformes défendues par les PC et le reste des partis bourgeois, comme « des grandes conquêtes du peuple travailleur » !, alors qu’au moins, le PC a l’aplomb de parler clairement au nom de la bourgeoisie et de la nation !

L’ORT, le MCE et le PTE10 dans une déclaration commune, après avoir bien pleurniché sur le sort des ouvriers assassinés et avoir déclamé « qu’est-ce qu’il est méchant et fasciste le roi Juan Carlos ! », la concluent en affirmant la nécessité « d’une véritable unité des forces démocratiques qui lutte de façon conséquente pour la démocratie contre le fascisme, face à la désunion et aux hésitations bourgeoises de la Junta et de la Plataforma »11.

LC12, dans sa publication Combate nº 40 critique Ruiz Giménez et Tierno Galván13 parce qu’ils ne sont pas allés à la manifestation pro-amnistie à Madrid le 20 janvier, en ajoutant que « les milliers de manifestants n’avaient pas besoin de leur présence pour défendre l’amnistie et autres aspirations démocratiques des masses qu’ils ne savent pas réellement défendre ». Donc, si les bourgeois ne savent pas lutter pour la démocratie dont ils ont besoin, alors la LC se chargera d’amener les ouvriers à leur tirer les marrons du feu !

Pour la très gauchiste OICE, le bilan de Vitoria est le suivant : attribuer les crimes à une fantomatique fraction prétendue « d’extrême-droite » de la bourgeoisie ; elle en arrive même à considérer l’autodéfense ouvrière à travers les manifestations et les assemblées générales comme de la provocation et de l’aventurisme; elle considère la classe « immature » pour accomplir une « rupture socialiste »; et elle finit par profiter des événements pour faire du bluff en s’attribuant ‘‘l’honneur » d’avoir dirigé la lutte. Cette organisation soi-disant « anticapitaliste » et représentante de la « Gauche communiste » ne dit pas un mot sur la valeur que cette lutte a eu pour l’avancée du mouvement ouvrier, elle ne tire la moindre leçon montrant les succès et les erreurs afin de se préparer pour des luttes futures, elle ne la resitue pas non plus dans le cadre de la situation mondiale et de la lutte générale de la classe. Pas un mot sur tout cela ; toute l’obsession de l’OICE est de montrer « son sens des responsabilités » et de ne pas tomber dans les « provocations ».

La gauche du capital

Nous ne donnons-là qu’un petit aperçu des différentes réactions des fractions de droite, de gauche et d’extrême-gauche vis-à-vis des événements de Vitoria non pas, une fois celles-ci mises à nu et dénoncées, pour pouvoir déballer ensuite à notre tour notre propre marchandise idéologique et la vanter comme étant la meilleure sur le marché.

Nous et tous ceux qui mettons en avant la nécessité d’une lutte permanente, collective et organisée contre le Capital, nous avons besoin de nous regrouper dans une organisation politique où l’on puisse forger un programme communiste et une intervention cohérente dans les luttes. Le problème qui se pose est celui de savoir si ces organisations de gauche et d’extrême-gauche qui se présentent comme l’avant-garde du prolétariat, sont réellement ou pas un instrument utile dans la lutte pour le communisme.

Notre réponse est non. Nous ne pouvons pas trouver cet instrument ni dans le programme, ni dans l’organisation, ni dans la conscience de ces groupes :

  • L’objectif de leurs programmes n’est jamais le communisme, pas plus leurs moyens pratiques de lutte pour l’atteindre, la conscience et l’organisation. Au contraire, ils défendent les « libertés » (les uns les appellent démocratiques, les autres « politiques »), le syndicat « ouvrier », l’autogestion, le contrôle ouvrier..., c’est-à-dire une espèce de programme minimum de reformes du capitalisme, alors que nous savons bien à travers l’expérience historique de notre classe et à travers l’expérience des pays démocratiques que ce programme n’est pas « un pas en avant », mais une impasse qui nous affaiblit, nous divise et nous amène à la défaite.

  • Leur organisation est un modèle de bureaucratie et de hiérarchisation, où toute discussion politique, même entre militants, est entravée par des raisonnements du genre « l’unité », ne pas tomber dans « l’anarchie », ne pas être « dogmatiques », ni « puristes »... En fait, ce qu’il est important d’en retenir, c’est le schéma organisationnel qu’ils proposent à la classe ouvrière, basé sur la division entre lutte économique et lutte politique. En effet, la gauche en général et l’extrême-gauche avec un jargon encore plus confus ont insisté sur cette division en disant que les luttes sont des luttes « économiques » (Camacho14 n’a pas cessé de le répéter partout durant le mois de janvier). Ce qui est le plus cocasse, c’est qu’ils utilisent le même raisonnement spécieux que la droite, laquelle dit : « grèves économiques, oui, grèves politiques, non ! » (… « parce qu’elles seraient contrôlées par Moscou... ou par la CGT française » !!!). La gauche rejette l’accusation de politisation, en faisant une séparation (un peu à la manière de la théologie médiévale et en déni de toute réalité) entre économique et politique. Tout simplement, parce que pour elle, la seule politique que les ouvriers peuvent faire est celle de la bourgeoisie d’opposition... Voilà, « circulez, il n’y plus rien à voir ni à discuter ! » Mais, dans quelle tête a pu germer l’idée saugrenue que de simples ouvriers puissent lutter politiquement de façon autonome ? Quant à l’extrême-gauche, elle nous ressort les plus mauvais textes de Lénine pour justifier, en fin de compte, la même idée contre-révolutionnaire : les ouvriers ne peuvent atteindre qu’un niveau de conscience « trade-unioniste » (syndicale et économiste) de la lutte...

Personne ne peut nier le fait que la conscience est un processus qui a tout un chemin à parcourir et que le plus souvent les grèves éclatent pour des questions économiques. Ce que, par contre, nous refusons totalement et que nous affirmons être contre-révolutionnaire, c’est de placer des frontières infranchissables avec le « politique », de nier les évidences, de proclamer des vérités décrétées d’en haut, en niant que la conscience s’enrichit dans l’action et qu’entre la conscience économique et la conscience politique, il y a un mouvement de constants allers-retours.

« Mais quand il s'agit de rendre compte avec exactitude des grèves, des coalitions et des autres formes dans lesquelles les prolétaires accomplissent devant nos yeux leur organisation comme classe, les uns sont saisis d'une crainte réelle, les autres affichent un dédain transcendantal. (…) Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en même temps. » (Marx, Misère de la philosophie).

Les coupables de Vitoria

On a dit que les morts de Vitoria, il faut les mettre sur le compte du bunker qui, par ses provocations continuelles, a amené les ouvriers à une boucherie. Les ouvriers ne voulaient que la réintégration des 22 licenciés de [l’entreprise sidérurgique] Forjas Alavesas, l’attitude provocatrice de la police et sa violence exacerbée entraînant la tragédie. Tout cela ne serait qu’une manœuvre du bunker pour bloquer la démocratisation.

Le gouvernement a suivi heure par heure les événements et l’ordre de tirer est venu du préfet d’Alava [province dont le chef-lieu est Vitoria], après consultation du ministère de l’Intérieur. Dans le quartier de Zaramaga où la tragédie a eu lieu, une conversation fut interceptée sur la radio de la police entre le chef des forces de police et le préfet où celui-ci ordonnait expressément de ne pas hésiter à tirer.

Le préfet d’Alava n’avait pas la réputation d’être d’extrême-droite, c’était un homme de confiance de Fraga, qui l’avait nommé. Par ailleurs, la Garde Civile –nid de l’ultra-droite– n’a pas du tout été mêlée au conflit.

Une autre cause qui a été mise en avant a été l’entêtement du patronat d’Alava, se refusant à négocier avec les ouvriers. Forjas Alavesas et d’autres entreprises isolées ont fini par accepter une partie très substantielle des revendications, avec la volonté claire de diviser et de négocier entreprise par entreprise. Mais les ouvriers ont refusé une telle manœuvre. Ils voulaient qu’on leur donne une réponse globale sans licenciements ni arrestations. C’était une décision politique qui mettait en avant l’unité de la classe face à la négociation et face à quelques améliorations qu’on considérait comme pas très sûres. Lors des assemblées, il y a eu des débats houleux où l’on a discuté sur tout cela et, à la fin, c’est la position « ou tous ou personne » qui a prévalu. Dans Forjas Alavesas, le patron a tout octroyé, l’assemblée d’usine décida de retourner au travail, alors que l’assemblée générale commune lui demanda de reconsidérer sa position et de reconduire la grève. Ceux de Forjas ont accepté cette décision.

Ceci est une leçon d’une grande valeur. Cela veut dire mettre en priorité l’unité de la classe face à la négociation, face à de possibles améliorations dans une seule entreprise, signifie comprendre la nature politique (affrontement direct contre le capital et son État) du combat pour nos revendications ; cela signifie reconnaitre le pouvoir de l’Assemblée Commune des entreprises en lutte, en tant que mouvement général de la classe.

Lorsqu’on nous parle du bunker ou de l’irresponsabilité du patronat d’Alava, on est en train de nous inventer des boucs- émissaires. On voit la cruauté de l’aile fasciste du capital, mais on met un voile sur la cruauté de l’aile démocrate. En définitive, on est en train de nous masquer le fait que nos intérêts de classe se heurtent directement à l’ordre capitaliste dans son ensemble et que face à nos luttes, tout gouvernement bourgeois n’hésitera pas à employer les mêmes méthodes criminelles.

Vitoria est un exemple de lutte consciente et organisée du prolétariat contre le pouvoir bourgeois. Elle montre que là on a compris que nos revendications n’avaient pas de solution à l’intérieur des institutions capitalistes (conventions collectives, négociations, syndicat…), signifiant qu’il est nécessaire de se préparer pour affronter dans les meilleures conditions possibles l’inévitable affrontement contre le capital et son État.

Mettre en avant des boucs-émissaires a un but précis. Il s’agit de nous faire croire qu’une lutte syndicale est viable et aussi de nous faire croire que c’est un secteur réactionnaire et « bunkériste » contre lequel il faudrait diriger tous nos efforts. En même temps, on essaie d’occulter tout le contenu révolutionnaire que Vitoria contient et d’éviter que l’on se mette en face de la réalité : si nous généralisons notre lutte et l’unifions de façon autonome avec des organes de classe, toute la répression de l’État nous tombera dessus, ce qui veut dire qu’il est indispensable de se poser la question d’une défense organisée et consciente de nos assemblées et de nos manifestations.

La solidarité avec Vitoria

La solidarité avec Vitoria ne pouvait pas se réduire à une protestation contre les crimes du gouvernement, elle devait se comprendre dans le sens de comment s’unir à la lutte des ouvriers de Vitoria en soutien à leur affrontement conscient et autonome contre le pouvoir bourgeois.

Dans certains endroits du pays (Navarre, Tarragone) il y a eu une réponse de classe, alors que dans d’autres (Pays basque, Catalogne) la gauche a tiré profit des morts pour mettre en avant son alternative démocratique- nationaliste, tout en noyant la lutte dans la pleurnicherie envers ces crimes.

Madrid a représenté une sorte de cas à part. La fatigue de la récente grève générale a beaucoup pesé, il y a eu des endroits avec des arrêts de travail symboliques de 5 minutes, tandis que dans d’autres entreprises (Torrejón, Intelsa et Kelvinator à Getafe) il y a eu grève et sortie dans la rue avec la volonté d’étendre la lutte, mais sans succès.

En Navarre, l’ambiance était favorable à la lutte lorsqu’on a appris les événements de Vitoria. Le mercredi 3 mars même, les industries textiles étaient arrêtées, tandis que 300 entreprises étaient en grève pour la Convention Générale de Navarre afin de favoriser les petites entreprises. Dans ces actions, le Conseil de Travailleurs15 (qui avait été noyauté depuis longtemps par les candidats des Commissions Ouvrières liées au parti stalinien), malgré son « efficacité », fut débordé par les ouvriers qui avaient élu une assemblée de délégués d’entreprise. Et ils étaient justement réunis ce mercredi dans l’après-midi lorsqu’on a su ce qui s’était passé à Vitoria ; 160 délégués d’usine ont alors décidé de proposer une grève générale à leurs assemblées. Le matin du lendemain, des entreprises ont commencé à se mettre en grève, surtout celles du Polygone Landaben. La décision principale prise dans la quasi-totalité de ces assemblées était de sortir dans la rue, d’étendre la grève, de paralyser la ville. Des piquets et des manifestations, surtout animés par les ouvriers de Superser, Torfinasa, Perfil en Frío, Inmenasa..., encourageaient les autres à sortir des usines, en allant dans la rue, en fermant des commerces et des bars. Comme lors de la grève générale de 1973, on a repris la chanson : « Une chanson traverse les rues, lève le poing… Travailleur, laisse les machines, sort de l’atelier, viens dans la rue en clamant d’une même voix : Révolution!, Révolution! »16

Après avoir hissé des barricades et résisté aux dures attaques de la flicaille, les travailleurs atteignirent le centre de Pampelune, où ils ont été rejoints par une multitude d’employés du commerce et des banques. Les cris le plus entendus étaient : « Nous sommes des ouvriers, rejoins-nous ! », « Vitoria, Solidarité ! », « A Vitoria, ce sont nos frères, on ne vous oublie pas ». Les quartiers ouvriers se sont mobilisés à fond, tout le monde sortant dans la rue. Ceci s’est surtout produit à Rochapea, San Juan, Chantrea,... mais il y a eu aussi la même chose dans des villages de Navarre, comme à Lesaca, où ceux de Laminaciones, une fois le bourg paralysé, sont partis à pied par la route vers Irun, mais la Garde Civil les dispersa à coups de fusil. À Estella, à Tafalla, à Tudela, la grève a tout paralysé... Le mouvement a duré jusqu’à la fin de la semaine. Pour en finir, les patrons ont fait de nouvelles propositions économiques pour la Convention générale. Par ailleurs, le Conseil des Travailleurs a mis en avant la réadmission des travailleurs licenciés à la suite du conflit de Potasas (1975), ce que le patron (pris de panique à cause de la situation) accepta de négocier.

Ces concessions ont eu raison de la lutte, ainsi que le travail de sape des Commissions Ouvrières (contrôlées, dans ce cas précis, non pas par le PC, mais par l’ORT et le MC) qui ont proposé « d’attendre », de « garder des forces » pour la journée de lutte convoquée partout au Pays basque qui devait avoir lieu le 8 mars. Mais, ce jour-là il n’y a eu que très peu d’arrêts de travail en Navarre.

À Tarragone, dans la raffinerie où travaillaient 3 000 ouvriers, ceux-ci se sont proposés de donner une réponse de classe. Le jeudi, l’ambiance était effervescente, mais rien ne s’est concrétisé. Cependant, vendredi, les ouvriers de certains chantiers ont commencé à sortir et à rallier des travailleurs d’autres chantiers de sorte qu’en une heure tout le monde était réuni en assemblée générale. On y a lancé l’idée de faire une marche jusqu’au centre-ville (plus de 10 kilomètres), en essayant de proposer que les travailleurs de toutes les usines de la zone industrielle les rejoignent. Il y a eu des avis contraires, mais, à la fin, les deux-tiers des personnes rassemblées ont décidé de s’y rendre. La tentative s’est soldée par un échec : très peu d’ouvriers d’autres entreprises ont rejoint ceux des chantiers de la Raffinerie. Des groupes d’ouvriers demandaient néanmoins aux manifestants un rendez-vous sur les Ramblas du centre de Tarragone pour y aller à la sortie du travail. Il y a eu aussi beaucoup de personnes du quartier de Buenavista. Sur les Ramblas, il y a eu beaucoup d’échauffourées pendant tout l’après-midi. Un ouvrier marocain fut tué par la police, laquelle a réprimé avec une sauvagerie inouïe.

L’expérience de Tarragone nous montre que les choses n’arrivent pas du premier coup, mais c’est en essayant encore et encore qu’on ouvre le chemin. Les ouvriers d’une entreprise avec un niveau de conscience plus élevé ne doivent pas concentrer leurs forces sur les luttes de « leur » entreprise, mais leur conscience plus grande doit les encourager à faire leur la tâche d’étendre et de généraliser l’action ouvrière. Dans presque toutes les zones il y a eu des exemples d’usines qui ont été le moteur du mouvement : Kelvinator à Getafe, Superser à Pampelune, Standard à Madrid, Duro-Felguera à Gijon ...

L’autre « solidarité »

Au Pays basque, toutes les organisations politiques et syndicales ont appelé unitairement à une journée de lutte pour le 8 mars. Elle a été suivie par quelques 500 000 personnes. Un succès en nombre, mais un échec du point de vue de la lutte consciente de la classe ouvrière. Comment expliquer, par exemple, que le lundi on avait tué un ouvrier à Basauri (Bilbao) et que personne ne bouge même pas le petit doigt le lendemain pour protester contre un tel crime ?

Les journées de lutte ont signifié toute une série de choses pour le mouvement ouvrier qu’il faut critiquer et démystifier :

  • D’abord, s’arrêter 24 heures et retourner au travail le lendemain comme si rien n’était passé. Cela sert à habituer les ouvriers à l’idée que leurs armes de lutte (la grève, la manifestation) ne sont pas des moyens de libération qui se forgent au fur et à mesure notre unité, mais des formes démocratiques de régulation de la vie sociale ;

  • En second lieu, les journées de lutte sont en fait des démonstrations de force et un moyen de pression des partis de gauche pour que l’État et d’autres fractions traditionnelles de la bourgeoisie prennent en considération leur capacité de mobilisation et d’encadrement afin qu’ils leur laissent une place de choix dans le jeu politique. Même si c’est avec des moyens différents que ceux de la politique parlementaire, ils ont les mêmes objectifs : instrumentaliser la lutte ouvrière dans les conflits qui opposent des fractions du capital entre elles.

En lien avec ce que veut dire journée de lutte, il y a aussi le fait de poser la question à l’échelle du Pays basque, avec une propagande qui insistait sur le fait que les morts étaient des « Basques » assassinés par le centralisme « espagnoliste ».

Et la gauche de tout le pays a scandaleusement tiré profit de ces morts pour faire passer l’idée dans la population de la nécessité d’une vraie démocratie. C’est ainsi que lors de leurs funérailles, la plupart des cortèges ont été placés sous le signe de la protestation contre la « violence de ce gouvernement » pour réclamer « un autre régime démocratique qui en finisse avec toutes sortes de violence »...

Accion Prolétaria, organe du CCI en Espagne, mars 1976

 

1 Iglesias n’a pas été le seul à « rendre hommage » aux cinq ouvriers tués pour la « démocratie » et la « justice sociale ». Vitoria étant une ville basque, la représentante de la gauche nationaliste basque (suite « légale » de l’ETA) a lâché elle-aussi son laïus d’anniversaire, présentant ainsi les assassinats de ces prolétaires comme des sacrifiés sur l’autel de la « démocratie » pour l’un et, implicitement, de « la patrie basque » pour l’autre. Cette utilisation de l’assassinat des prolétaires par la démocratie naissante en Espagne et non pas pour ce régime d’exploitation, est exécrable. Ces événements sont lointains et ces vendeurs de la camelote faisandée du national-gauchisme en profitent. On peut par ailleurs lire : Podemos, des habits neufs au service de l’empereur capitaliste (Mars 2016). https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201603/9315/podemos-des-habits-neufs-au-service-l-empereur-capitaliste

2 Voir notre tract international : 2011, de l’indignation à l’espoir. https://fr.internationalism.org/ri431/2011_de_l_indignation_a_l_espoir.html

3 Comme nous l’avons analysé dans un article de dénonciation de la mystification de Podemos que nous avons publié (en espagnol) dans Acción Proletaria (2014) : es.internationalism.org/ccionline/201406/4033/podemos-un-poder-del-estado-capitalista

4 Il y eu un premier noyau, constitué de quelques éléments en 1973, qui participa au processus de discussions qui amena à la fondation du CCI en 1975. Ce noyau s’est écarté de ce processus en 1974 à cause de divergences activiste et ouvriériste, ses éléments s’éloignant de toute activité politique. Un nouvel ensemble de militants prit contact avec le CCI en 1975 et après une série de discussions, il s’est intégré définitivement en septembre 1976.

5 Voir notre livre en espagnol : 1936: Franco y la República masacran al proletariado. http://es.internationalism.org/booktree/539

6 Il s’agit de la ONCE, à l’origine association à but non lucratif devenue entreprise bien lucrative, toujours existante, qui emploie des aveugles, notamment, pour vendre des jeux de loterie dans les rues. [NdT, 2016]

7 L’OICE, ou Organisation de la Gauche communiste d’Espagne, dont la revue s’appelait Revolución, était, en réalité, une des organisations d’extrême-gauche des années 70, dont les principaux militants ont fini en passant par d’autres partis ou groupuscules gauchistes qui foisonnaient alors, par atterrir dans d’autres partis « plus conventionnels » du capital (PSOE, …). Elle se revendiquait de quelques positions politiques de la Gauche communiste, mais pour les dénaturer et ainsi pouvoir encadrer des mouvements autonomes du prolétariat afin de les emmener dans des impasses. [NdlR, 2016]:

8 C’est avec cette éloquente expression que l’on nommait en ce temps-là la partie de l’État qui voulait rester ancrée dans le franquisme. [NdlR, 2016]

9 Cela voulait dire, à l’époque, ceux issus du franquisme favorables aux changements, contrairement au « bunker ». [NdlR, 2016]

10 ORT, Organisation Révolutionnaire de Travailleurs ; MCE, Mouvement Communiste d’Espagne ; PTE, Parti des Travailleurs d’Espagne, étaient à l’époque trois organisations gauchistes, aujourd’hui disparues [ NdT, 2016].

11 La « Junta » s’est formée autour du PCE, en 1974 pour préparer la transition, un regroupement allant de partis d’extrême-gauche à la droite. De suite après, c’est autour du PSOE que s’est formée la « Plataforma », dont l’obsession était de ne pas laisser le PCE apparaître comme la force principale de l’anti-franquisme. [NdT, 2016]

12 LC : Liga Comunista, groupe trotskiste.

13 Deux politiciens de cette « Plataforma », le premier démocrate-chrétien (et ancien ministre de Franco) et le second étant une personnalité professorale membre du PSOE.

14 Camacho, militant du PCE, (1918-2010) fut l’organisateur du dévoiement vers le terrain syndical des initiatives des commissions ouvrières créées dans les luttes, vers une perspective capitaliste d’une organisation permanente déjà du temps du franquisme. C’est ainsi que naquit le syndicat Commissions Ouvrières (CO), dont il fut le secrétaire général pendant des années.

15 Ce « conseil » était un organe du syndicat dit « vertical » franquiste, qui était encore en vigueur pendant ces mois-là.

16 Cruza las calles una canción, alza el puño trabajador; deja las maquinas, sal del taller, ven a la calle a una sola voz, ¡Revolución!, ¡Revolución!