Les assemblées et la solidarité, piliers de la force de la lutte du quartier ouvrier de Gamonal à Burgos (Espagne)

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Nous publions cet article paru dans Acción Proletaria, organe du CCI en Espagne qui a une portée internationale, à la fois :

  • parce qu'il marque une étape importante dans le développement des luttes ouvrières actuelles, tout en démontrant qu'en Espagne même, subsiste une riche expérience "assembléiste" reprise et héritée du mouvement des Indignados, le plus important de ces dernières années pour le mouvement ouvrier mondial ;

  • aussi pour les enseignements indispensables que cet article tire des insuffisances et des faiblesses des luttes autour de Gamonal pour les luttes futures.

Jusqu'à il y a tout juste une semaine, les habitants du quartier ouvrier de Gamonal [dans la ville de Burgos, en Castille] sortaient dans la rue tous les jours pour exiger l'arrêt des travaux de réfection dans un boulevard. Le maire s'était toujours refusé à le faire, mais face aux manifestations continuelles et face à une solidarité qui s'est manifestée un peu partout en Espagne (dans une trentaine de villes au moins), il annonça d'abord l'arrêt temporaire des travaux pour, finalement, vendredi 17 [janvier], accepter leur arrêt définitif. Cependant, les habitants, réunis en assemblée samedi 18 décidaient de continuer la lutte, en exigeant la mise en liberté sans conditions de tous les détenus et le retrait de la police anti-émeutes.

Pourquoi et comment un tel mouvement est né ? Quelles leçons nous apporte-il ? Peut-on l'envisager comme faisant partie de la lutte internationale du prolétariat ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions avec la volonté d'en débattre et de contribuer ainsi à la progression de la lutte du prolétariat.

Ceci dit, avant tout, nous voulons exprimer notre solidarité avec la lutte et avec ceux qui ont été emprisonnés.

Ras-le-bol et indignation

En apparence, la lutte est née d'un fait mineur : la reconstruction d'un boulevard qui fait partie de ces travaux pharaoniques de nombreuses villes pour favoriser des intérêts urbanistiques inavouables, entachés de corruption et sans le moindre souci du mieux-vivre pour les habitants.

Mais il arrive que les apparences soient trompeuses et qu'une analyse sérieuse puisse faire apparaître un arrière-plan plus profond qui permet de comprendre les luttes et d'y contribuer. De la même manière, un mouvement social important avait surgi en Turquie à partir d'un petit détonateur : l'abattage des quelques arbres dans un parc d'Istanbul1

Gamonal est un quartier ouvrier de Burgos bâti à côté d'une zone industrielle du même nom pendant les années 1960. D'énormes bâtiments avec des malfaçons en pagaille, des cages à lapins entassés dans des bidonvilles verticaux. Mais si déjà de telles conditions de vie, subies pendant des années laisse un arrière-goût amer, les dernières années ont connu la montée spectaculaire du chômage, la disparition des services sociaux, l'augmentation exponentielle des impôts municipaux, les expulsions…, un cumul oppressant de souffrances qui modèle sur les visages des gens les marques de l'angoisse, des soucis, de la crainte d'un futur encore pire.

Dans ce contexte, la reconstruction du boulevard avec un gaspillage ostentatoire et un plan de parkings souterrains qui menaçait les fragiles fondations de nombreux bâtiments, tout cela a été vécu comme la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, un "vase" plein à ras bord de chômage, de no future, d'atomisation, d'angoisse vitale, ce qui n'est pas une "spécificité de Burgos", mais le calice amer que doivent avaler tous les jours des millions d'ouvriers et des exploités de par le monde.

Les assemblées, cerveau et cœur de la lutte

La lutte de Gamonal n'avait rien de comparable avec ce genre de manifestations où les gens viennent pousser quelques cris et rentrent ensuite sagement au bercail, chacun calfeutré dans son univers d'atomisation et de solitude. Tous les jours sans exception, des assemblées se sont déroulées à midi et à 19 heures, celles-ci suivies de manifestations.

Les assemblées ont été le cœur et le cerveau du mouvement. Le cerveau, parce c'est en leur sein qu'on a réfléchi collectivement sur comment lutter, quelles actions il fallait mener ensuite, quelles décisions prendre. Le cœur, parce que l'assemblée a vraiment représenté le moyen pour communiquer, se comprendre, pour établir des liens, rompre la solitude et l'atomisation, qui sont les stigmates terribles de cette société où chacun est enfermé dans "son foyer" que la marchandise domine.

Comme il a été écrit sur un blog tenu par des gens qui ont participé activement à la lutte2 : "La déchéance des vieilles structures de pseudo-participation tels que les partis politiques et aussi l'ouverture de l'assemblée auto-organisée, sans leaders, d'égal à égal, ouvrent la voie vers un monde nouveau", mais encore plus importante a été l'insistance sur le fait que "nous sommes tous nécessaires, les aînés, les jeunes, les mères et les pères, les enfants" et c'est au sein de l'assemblée (méthode propre à la classe ouvrière) que tous trouvent leur place et peuvent rendre concrets les apports de chacun.

L'assemblée a encouragé la prise de conscience. Les luttes qui se succèdent depuis 2003 partout dans le monde surgissent dans un contexte de perte d'identité de la classe ouvrière, celle-ci ayant perdu confiance en elle-même et ne se reconnaissant pas comme telle3 . Nous y lisons cependant ceci : "aujourd'hui jeudi [16 janvier], on a libéré nos camarades emprisonnés. Des habitants, des parents, toutes sortes de gens solidaires sont venus les saluer à leur sortie de la prison de Burgos aux cris de 'vous n'êtes pas seuls !' et de 'vive la lutte de la classe ouvrière !'" Soyons réalistes, nous savons que cela n'est qu'un indice, mais de telles proclamations mettent en relief que, du moins, certaines minorités commencent à faire confiance à la force du prolétariat.

Un graffiti disait : "La barricade ferme la rue, mais ouvre le chemin! (Paris, Mai 68- Gamonal, janvier 14)". Répétons-le, il ne s'agit pas de pavoiser mais il faut souligner le rapport établi entre ce mouvement dans un quartier de Burgos et la lutte de Mai 68. Marx parlait de la maturation souterraine de la conscience dans la grande masse ouvrière comme une vieille taupe qui creuse son trou et avance dans les profondeurs de la terre. Aujourd'hui, la classe ouvrière parait être enterrée dans un puits sombre, mais la lutte de Gamonal montre les efforts de prise de conscience qui la traversent. "Nous portons dans nos cœurs un monde nouveau" rappelle-t-on dans le Diario de Vurgos.

Il est très significatif que le mouvement ne se soit pas arrêté à la suite de l'abandon définitif du projet, en ajoutant qu'il faut "aller bien plus loin vers l'extension de la lutte pour le logement, contre le travail-chômage-précarité,… et la création d'une communauté de lutte qui affronte les différentes agressions de l'État". "Il est toujours nécessaire d'entretenir la flamme d'un phénomène qui n'est pas du tout nouveau et qui fait partie du patrimoine collectif de tous les exploités et humiliés du monde".

Comment faire face à la répression ?

L'État a répondu rapidement. Le quartier fut encerclé de tous côtés par la police anti-émeutes. C'était un état de siège masqué, avec des policiers contrôlant les identités, établissant des barrages partout, dissolvant tout groupe "suspect". Il y a eu 46 arrestations.

L'État démocratique, dont on nous raconte qu'il est le champion des droits et du respect humains, a traité à sa manière brutale et humiliante les détenus : "Lors de l'assemblée de ce midi [jeudi 16], un des jeunes qui a séjourné en prison a pris la parole pour raconter son séjour au commissariat et en prison. Au commissariat, ils ont été molestés (…) Lors de l'arrestation ce jeune portait un sac à dos que les policiers, par la suite, ont rempli de cailloux. Devant les protestations du jeune arrêté disant que ce n'était pas lui qui avait mis ces cailloux dans le sac, les policiers l'ont menacé de le mettre dans une cellule avec plus de policiers et de le passer à tabac comme ils avaient fait avec d'autres."

Les syndicats et les partis de gauche nous donnent une image fausse de l'État, ils reconnaissent qu'il y a en lui une face sombre (les politiciens, le gouvernement du moment, la police et ses excès), pour nous embobiner avec "l'autre face", celle des juges "stars" qui n'hésitent pas à mettre en examen même la fille du Roi ! Mais ces contes de fées s'évanouissent quand on regarde l'expérience concrète de Gamonal : "Ce matin, la juge du tribunal nº3 de Burgos a envoyé en prison quatre camarades, libérables sous versement d'une caution de 3000 euros, accusés de troubles contre l'ordre public dans la soirée du lundi. (…) Lors de son passage au tribunal, [ce jeune] raconte que la juge leur parlait en les insultant, les méprisant, n'écoutant même pas les déclarations sur ce qu'ils avaient subi dans le commissariat". Dans l'Etat, il n'y a pas de "face sombre" et de "face aimable", c'est une machine à réprimer au service de la classe exploiteuse et toutes ses institutions y participent depuis la police et l'église jusqu'aux juges et aux syndicats.

Contre la répression, la meilleure arme fut la massivité de la lutte et la recherche de la solidarité. L'assemblée demandait à chaque fois qu'après la manifestation les participants ne se dispersent pas chacun de leur côté individuellement, mais en groupes les plus compacts possible afin que les forces anti-émeutes ne profitent de la fin de la manif pour s'adonner à la chasse aux manifestants isolés. L'assemblée a essayé d'éviter les provocations de la police qui cherchait le corps à corps pour disperser les manifestants en groupes isolés face à la puissance policière. Diario de Vurgos le dit très justement : "la bataille d'aujourd´hui n'a pas été rangée ; elle a été psychologique : les forces de répression ont fait de l'intimidation pendant des heures, progressivement dans tout le quartier, avec leurs fusils, leurs matraques et leurs uniformes suintant la haine, en essayant d'envoyer le message : 'ici, c'est nous qui commandons'. Mais on n'est pas tombés dans le piège. Ils ne commandent pas, mais ils voudraient le faire. Aujourd'hui plus que jamais, la rue appartient toujours au quartier de Gamonal et c'est le quartier lui seul qui se donne le ton et le rythme de sa lutte. Et c'est seulement le quartier qui décide quand on rugit et quand on mord."

La force de la solidarité

Ceci dit, Diario de Vurgos tombe dans une contradiction : "À Madrid, on sort dans la rue trois jours durant et on continue à charger [contre la police], à Saragosse, on construit des barricades, ainsi qu'à Valence et Alicante, à Barcelone, les vitres des banques tombent au milieu des barricades et le commissariat des Ramblas est attaqué. Il y a une vingtaine d'arrestations dans tout le pays. C'est maintenant à nous de montrer la solidarité avec tous ceux qui l'ont montré avec nous !" Auparavant, Diario de Virgos avait montré très clairement comment l'Assemblée de Gamonal avait évité le piège des affrontements isolés avec la police, et maintenant, il met en valeur de tels affrontements.

Nous apportons notre soutien aux 20 détenus. Nous ne condamnons pas leurs actes, bien au contraire, nous comprenons très bien leur rage et leur frustration. Ce que nous condamnons, c'est le piège que nous tend la bourgeoisie en nous faisant croire que la lutte se joue sur le terrain de la violence de rue minoritaire.

Quel est le "danger Gamonal" d'après le journal télévisé ? Il paraîtrait que ce qui fait trembler le ministre de l'Intérieur, ce seraient les encagoulés qui jettent des cailloux, les conteneurs brulés et les vitrines en miettes. Il y a sans doute quelques bourgeois stupides qui éprouvent des frissons face à des tels ''désordres''. Mais le Capital est une machine froide et impersonnelle et ses gestionnaires les plus intelligents (qui sont aussi les plus cyniques) savent parfaitement ce qui doit les préoccuper en vérité : c'est ce dont les médias dits de ''communication'' ne parlent pas vraiment lorsqu'ils font référence à Gamonal : le caractère massif et "assembléiste" de ce mouvement.

Jetons un coup d'œil à un blog qui s'appelle El Confidencial et qui s'est donné pour mission d'alerter les politiciens et le patronat. Sur Gamonal4, ce blog dit ceci: "Les emplois, le logement ou la participation des habitants, comme c'est le cas à Gamonal, ne se défendent plus sur la base de la même logique qu'il y a cinq ou six ans, alors qu'il n'y avait pas d'alternative au leadership des syndicats ou d'organisations en lien direct avec les partis politiques. Il y a eu depuis un processus de discrédit et de décomposition de ces agents sociaux en parallèle au succès des nouvelles formes d'organisation et de protestation, qui possèdent une moindre structure mais, par contre, une capacité évidente de mobilisation". Plus loin, ces messieurs donnent l'alerte: "Les nouvelles logiques de protestation ont pris tout le monde de court. Elles n'entrent pas dans la définition classique des organisations ou des mouvements sociaux, elles ne correspondent pas non plus à la manière d'être des associations de quartier, encore moins à celle des syndicats". Pas un seul mot sur le "terrible danger" contre lequel alertent, hystériques, le ministre de l'Intérieur ou la Déléguée du gouvernement de la région de Madrid (celle-ci considérée maintenant "progressiste" à cause de ses ''critiques'' à la loi Gallardón5).

La force de Gamonal repose sur deux piliers : les Assemblées et la solidarité. Solidarité avec les 46 emprisonnés au point qu'aujourd'hui lundi la lutte continue tant qu'ils ne seront pas libérés avec abandon des charges retenues contre eux. Mais il y a eu une solidarité bien plus importante grâce à l'extension que ce mouvement a entraînée partout en Espagne.

L'Assemblée de Gamonal avait décidé d'envoyer des délégués pour informer d'autres villes sur sa lutte, pour en expliquer les objectifs profonds et surtout mettre en avant le fait que les objectifs sont communs et qu'ils justifient une lutte commune. Ce germe a porté ses fruits et mercredi 14, à la Puerta del Sol de Madrid, 3000 personnes, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés en soutien à Gamonal. Jeudi et vendredi, les manifestations se sont multipliées tout en continuant dans la capitale du pays. On a dénombré des manifestations dans plus de 30 villes où ce sont surtout des jeunes qui se sont rassemblés en criant des mots d'ordre de soutien à Gamonal. Cette solidarité dans la rue a permis aux habitants de Gamonal de continuer à élargir la brèche. Les grandes expériences de 2011 ne sont pas tombées dans le panier percé de l'oubli6, leurs traces peuvent être perçues ici ou là. Il y a à peine deux mois, ce fut la grève du nettoyage à Madrid, une grève qui a pu amortir les coups qui lui étaient portés grâce aux expressions de solidarité d'autres secteurs ouvriers7. En novembre 2013, une grande vague de grèves a secoué le Bangladesh en solidarité avec les ouvriers du textile. Actuellement, les travailleurs des Lavanderías (blanchisseries) des hôpitaux de Madrid sont en lutte en marge et contre les syndicats. De même, les travailleurs de Tragsa (entreprise publique pour l'environnement composée de 4600 personnes en Espagne) ont rejeté l'accord signé par les syndicats qui impliquait 600 licenciements.

La critique nous rend forts

Mais surestimer ce mouvement serait cependant une erreur grave.

L'Assemblée de Gamonal a eu une dynamique propre que les partis d'opposition n'ont pas réussi à freiner (PSOE et IU8). Mais, si le PSOE a été rejeté, IU s'est mieux adaptée en utilisant le canal de l'association de quartier et même si par ce moyen elle n'a pas pu bloquer la lutte, elle a pu, par contre, freiner beaucoup la réflexion en son sein : en invoquant que la cause des problèmes serait le gouvernement actuel du PP, et que tout cela serait de la faute des privatisations au détriment du secteur public, elle a prétendu qu'il existerait "une alternative" avec des administrations municipales véritablement liées "au peuple". Pour ceux qui ne pensent qu'à "l'action" et pour lesquels ce qui serait important, c'est que "les gens bougent" sans savoir trop pourquoi, avec qui et pour quoi faire, se poser d'autres genres de questions, ce serait se compliquer la vie avec des sornettes.

En fait, cela sert à masquer que le besoin que nous avons tous, nous, les prolétaires, c'est de faire l'effort de la réflexion, de nous réapproprier notre expérience historique pour ne pas tomber dans les erreurs du passé, nous avons besoin d'une théorie révolutionnaire qui soit une véritable force pour l'action.

Cette difficulté pour se donner une orientation s'est concrétisée dans le fait que les manifestations en solidarité avec Gamonal ne sont pas parties d'assemblées, elles ne sont pas non plus terminées sur la base des assemblées générales. Ceci veut dire que, tout en étant très précieuse et prometteuse, la solidarité est restée au niveau du souhait sans se concrétiser et les manifestations ne sont pas allées plus loin que la simple protestation.

Malgré ce que le slogan "Vive la lutte de la classe ouvrière !" a signifié, le mouvement se voit encore comme une lutte "citoyenne et populaire" (on a souvent entendu dans les manifs : "Le peuple uni ne sera jamais vaincu"). C'est un terrain qu'imposent la bourgeoisie et ses partis (même les syndicats parlent de "protestation citoyenne").

Si nous nous considérons comme "des citoyens" ou "le peuple", nous devenons les frères de classe du politicien qui nous trompe, du policier qui nous frappe, de la juge qui nous emprisonne, d'Amancio Ortega, l'homme le plus riche d'Espagne, nous faisons tous partie de la "grande famille espagnole". Et si nous acceptons cette "Sainte Famille", nous ne pouvons qu'accepter la précarité, les coupes dans les budgets sociaux, les expulsions, exigés par la compétitivité du label "Espagne".9 C'est cela que le gouvernement, le patronat et la droite proclament avec toute leur cynique franchise et ce à quoi la gauche et les syndicats opposent une idyllique "marque de fabrique Espagne" sans coupes ni licenciements à laquelle ils ne croient pas eux-mêmes comme on peut bien le vérifier lorsque la gauche est au gouvernement ou lorsque les syndicats signent les accords sur les licenciements et les baisses de salaire.

Comme nous le disions dans notre tract international de bilan des mouvements de 2011 : ''Et pourtant la société est divisée en classes, une classe capitaliste qui possède tout et ne produit rien et une classe exploitée (le prolétariat) qui produit tout et possède de moins en moins. Le moteur de l'évolution sociale n'est pas le jeu démocratique de "la décision d'une majorité de citoyens" (ce jeu est plutôt le masque qui couvre et légitime la dictature de la classe dominante) mais la lutte de classe. Le mouvement social a besoin de s'articuler autour de la lutte de la principale classe exploitée (le prolétariat) qui produit collectivement l'essentiel des richesses et assure le fonctionnement de la vie sociale : les usines, les hôpitaux, les écoles, les universités, les ports, les travaux, la poste (...) Il n'existe pas d'opposition entre la lutte du prolétariat moderne et les besoins profonds des couches sociales spoliées par l'oppression capitaliste. La lutte du prolétariat n'est pas un mouvement particulier ou égoïste mais la base du 'mouvement indépendant de l'immense majorité au bénéfice de l'immense majorité' (Le Manifeste Communiste).''

Il est évident que tant que les luttes sont considérées comme faisant partie d'un "mouvement citoyen", elles ne seront pas dirigées contre l'État mais elles chercheront désespérément, en se heurtant encore et toujours au même mur de leur prétendue "reforme", qui revient au "il faut que tout change pour que tout puisse rester pareil", comme le disait le prince de Lampedusa. Au-delà des illuminations comme celle de voir le lien entre Gamonal, 2014 et Mai 68, si les luttes sont vues comme une "action populaire", elles n'arriveront pas à briser le carcan national et elle ne mettront pas en avant ce dont elles ont besoin : d'être des maillons actifs d'un grand mouvement international du prolétariat. Il est évident que tant que les luttes ne s'assument pas en tant que lutte de classes, elles ne combattront pas le système capitaliste mondial, mais elles finiront par se perdre en désignant tour à tour comme responsables, dans un dédale d'emboîtements du genre poupées russes, les spéculateurs, les banquiers, les politiciens corrompus et ainsi de suite.

Les assemblées, les débats, les discussions dans les rues, sur les lieux de travail, dans les écoles, doivent aborder ces dilemmes. Nous ne devons avoir peur ni des problèmes ni des critiques. "Reprenant de façon critique les expériences de deux siècles de lutte prolétarienne, les mouvements actuels pourront tirer profit des tentatives du passé de lutte et de libération sociale. Le chemin est long et hérissé d'obstacles, ce dont rendait bien compte un slogan répété maintes fois l'an dernier en Espagne : 'l'essentiel n'est pas qu'on aille vite ou pas, c'est qu'on aille loin.' En menant un débat le plus large possible, sans aucune restriction et sans ambiguïté pour ainsi préparer consciemment les futurs mouvements, nous pourront agir pour que devienne réalité cet espoir : une autre société est possible!" (Extrait de notre tract international déjà mentionné). Gamonal, avec ses assemblées et sa solidarité est un pas de plus sur ce chemin long et difficile.

Acción Proletaria (22 janvier 2014)

 

1 Voir : Mouvements sociaux en Turquie et au Brésil : l’indignation au cœur de la dynamique prolétarienne, sur : http://fr.internationalism.org/revue-internationale/201309/8650/mouvements-sociaux-turquie-et-au-bresil-l-indignation-au-coeur-dyna

2 Il s’agit du Diario de Vurgos (écrit volontairement avec un "v" ; car en espagnol le "b" et le "v" se prononcent de la même façon), collectif qui se présente comme "des habitants du Burgos souterrain", en opposition au Burgos officiel des partis, des syndicats, de l’église et autres "huiles", y inclus le journal de la ville Diario de Burgos. Leurs analyses sont très intéressantes et il semble qu’ils ont eu une influence positive sur la lutte. Leur e-mail est http://diariodevurgos.com/dvwps/

Sans autre référence, toutes les citations sont tirées de ce site Web.

3 Pour situer la lutte de Burgos dans la dynamique internationale de la lutte de classes, nous encourageons nos lecteurs à analyser la Résolution sur la situation internationale de notre dernier Congrès à partir du point 15 : http://fr.internationalism.org/revue-internationale/201401/8855/resolution-situation-internationale-20e-congres-du-cci

5 Ministre de la justice qui va proposer une loi très restrictive sur l’avortement [NdT].

6 Voir notre tract international : 2011 : de l'indignation à l'espoir, sur : http://fr.internationalism.org/isme354/2011_de_l_indignation_a_l_espoir_tract_international.html.

8 Le PSOE est le Parti socialiste espagnol. Depuis 2012 il est dans l’opposition. IU, Gauche Unie, est une coalition autour du PC (un peu comme le Front de Gauche en France), jouant le même rôle d’opposition démocratique "radicale". Le PP est le Parti populaire, droite, actuellement au pouvoir.

9 L’État espagnol a lancé une campagne avec ce label "Marca España" pour faire la promotion de ses produits.

 

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