Commémoration du débarquement : derrière les discours de paix, la barbarie capitaliste

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Même si cette année la commémoration du 6 juin n’a pas connu l’ampleur hystérique de celle de l’anniversaire du cinquantenaire du Débarquement, la cérémonie du mois dernier s’est déroulée avec une relative publicité encensant le grand invité Obama. C’est dans le sillage de cette prétendue « nouvelle Amérique » qu’ont été, une nouvelle fois encore, vantés les mérites de la « démocratie » et de la « paix ».

A Colleville-sur-Mer, le nouvel hôte de la Maison Blanche a vénéré comme il se doit la « bravoure » des soldats sur le sol de Normandie, soulignant : « On ne pouvait savoir alors que tant de progrès qui façonneraient le XXème siècle sur les deux rives de l'Atlantique découleraient de cette bataille »1. Sarkozy, vantant « l’héroïsme », « l’honneur » et la « gloire » des vainqueurs, celle de se faire trouer la peau à 20 ans (même si « il est bien trop tôt pour mourir »), vantait lui aussi « l’Amérique qui se bat pour la démocratie et les droits de l’homme », ponctuant son discours par un « nous avons fait la paix et nous avons fait l’Europe pour que la paix dure toujours. » Toutes ces paroles ne sont que mensonges ! Car ces faiseurs de cérémonies, qui s’extasient devant les défilés d’engins de mort, vantant la paix dans de beaux discours émouvants, ne sont en réalité que les mêmes politiciens qui font la course aux armements, déclarent la guerre et finissent toujours par programmer des massacres qu’ils mettent à exécution. Ce qu’oublient de dire ces beaux parleurs de l’ancien bloc militaire allié, c’est qu’à peine vaincue, l’Allemagne était déjà convoitée par ces mêmes vautours, déchirés par des intérêts impérialistes divergents. L’après-Yalta plongeait alors le monde dans la terreur de ce qui allait devenir la Guerre froide, avec son cortège de conflits localisés, de massacres coloniaux, sans compter la menace thermonucléaire permanente. Seul le fait que la classe ouvrière n’ait pu être de nouveau embrigadée dans une troisième guerre mondiale par ces charognards de la démocratie, nous vaut le fait que l’Europe et le reste du monde ne soient pas encore complètement un champ de ruines fumantes jonchées de cadavres ! Après la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, libérant les forces centrifuges contenues par le corset de fer des blocs militaires rivaux, éclatait la première guerre du Golfe, au nom de la « démocratie », contre le « boucher de Bagdad » ! Une guerre dite « chirurgicale » faisant au bas mot 500 000 morts ! Puis ce fut la seconde guerre du Golfe, au nom d’une mensongère menace par des « armes de destructions massives », dont l’objet barbare était en réalité de priver les puissances européennes rivales d’un accès au Proche-Orient et aux matières premières stratégiques comme le pétrole, afin de les isoler du reste du globe. En Europe même, épicentre des tensions, l’horreur s’était rapidement invitée en ex-Yougoslavie dès 1992, avec sa guerre et ses charniers, impliquant les mêmes grandes puissances démocratiques rivales par nations interposées. A l’initiative de l’Allemagne d’ouvrir un accès à la côte Dalmate en soutenant la Croatie, répondait l’appui de la France à la Serbie pour faire barrage à cette entreprise, le tout cerné par le gendarme américain positionné centralement en terre bosniaque pour défendre ses intérêts sordides.

Ce sont ces mêmes rivalités qui se poursuivent toujours aujourd’hui et s’expriment ailleurs sur tous les points chauds de la planète, par puissances ou cliques rivales interposées, notamment en Afrique et au Proche-Orient, mais aussi en Asie. La publicité autour du prétendu « homme de paix » que serait le nouveau président Obama n’est que de la poudre aux yeux. Derrière le masque des beaux discours éduqués et son physique de gentleman, il y a les mêmes pratiques barbares de la bourgeoisie : il a conservé les tribunaux militaires, rationalisé ses forces armées, poursuivi la croisade guerrière de l’Amérique en repositionnant ses forces en Afghanistan. Tous ces prétendus « hommes de paix », au moment même de leur discours en Normandie, étaient positionnés ailleurs et armés jusqu’aux dents sur de multiples terrains d’opérations militaires ! Comme par le passé, les discours de paix d’aujourd’hui ne sont que les mêmes mensonges qui préparent d’autres crimes à venir.

La Libération : un épisode de la barbarie impérialiste

C’est pourquoi la « gloire » du débarquement ne doit pas occulter que les alliés ont pris une large part aux massacres. Des massacres qu’ils ont su longtemps dissimuler, d'une part en exhibant les horreurs du camp adverse et d'autre part en mystifiant le « Jour le plus long », le "D-Day", par des images aseptisées et une plastique cinématographique s’imposant comme l’antithèse des camps de la mort. Dans la réalité, des jeunes ont été tués, des civils bombardés et massacrés en masse. Cette « grande victoire » des Alliés préparait ainsi ce qu’on a appelé la « Libération » et son hystérie nationaliste, son atmosphère de pogrom haineusement exhalée par toutes les composantes de la bourgeoisie, jusqu’au journal L’Humanité qui osait titrer sa Une : « A chacun son boche ! » Cette même atmosphère glorieuse de carnage s’était partout prolongée quelques mois après le débarquement par une barbarie revancharde, au nom de « l’efficacité militaire » : « A partir de l’automne 1944 (…) avec une technique parfaitement rodée, le Bomber command2 (…) entreprend l’attaque et la destruction systématique de villes moyennes ou même de petites agglomérations (allemandes NDLR) sans le moindre intérêt militaire ou économique. (…) Cette volonté de destruction systématique qui prend des allures de génocide se poursuit jusqu’en avril 1945(…) »3. A ces bombardements massifs des alliés s’ajoutent « les raids répétés de l’aviation tactique, bimoteurs et chasseurs-bombardiers. Ces raids visent les trains, les routes, des villages, des fermes isolées, voir des paysans dans leurs champs. Les allemands ne pratiquent plus les travaux agricoles que le matin à l’aube, ou le soir au crépuscule. Des mitraillages interviennent à la sortie des écoles (…). Lors du bombardement de Dresde, les chasseurs alliés s’en prennent aux ambulances et au voitures de pompiers ». Les partenaires soviétiques du camp allié ne sont pas en reste, puisque à cette même période, leurs soldats s’adonnent impunément à des « viols, pillages, incendies de villages. (…) Le soldat soviétique devient l’instrument d’une volonté froide, délibérée, d’extermination. Des colonnes de réfugiés sont écrasées sous les chenilles des chars, mitraillées par l’aviation. La population est massacrée avec des raffinements de cruauté (Il s’agit évidemment de populations allemandes des provinces de l’est NDLR). Des femmes nues sont crucifiées sur les portes de granges. Des enfants sont décapités où ont la tête écrasée a coup de crosse (…) le nombre de victimes peut être évalué à 3 ou 3,5 millions. Comme par hasard, les massacres systématiques cessent dans les régions de l’Allemagne destinées à constituer la zone d’occupation soviétique. » Le même auteur ajoute que « dès le départ, ces crimes font l’objet d’une volonté d’oubli des occidentaux (…) le souvenir se cristallise sur le système concentrationnaire et le génocide, il est vrai effroyable ».

En réalité, ce n’est pas tant un « oubli » qu’une volonté délibérée des alliés de masquer leurs propres crimes à des fins de propagande démocratique. Voilà ce que cachent les retrouvailles et les commémorations, les beaux sourires d’un Obama et les trémolos théâtralisés d’un Sarkozy ! Comme le soulignait Rosa Luxembourg il y a presque un siècle : « Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. »4

WH

1 Extraits des discours de Obama et Sarkozy à Colleville sur Mer.

2 Centre de commandement des bombardements alliés sous la direction politique de Churchill et d’officiers supérieurs (dont le commandant Harris a été un des plus zélés fanatiques).

3 Cette citation et les suivantes sont extraites de Une guerre totale, coll. Pluriel ( P612 à 614), PH. Masson.

4 Rosa Luxembourg, La crise de la social-démocratie, Spartacus, p.28