Soumis par RevueInternationale le 14 février, 2006 - 12:45.
LA REVOLUTION en Russie de 1917 a représenté à ce jour la plus grandiose action
des masses exploitées pour tenter de détruire l’ordre qui les réduit à l’état
de bêtes de somme de la machine économique et de chair à canon dans les guerres
entre puissances capitalistes. Elle a constitué le poste avancé d’une vague
révolutionnaire mondiale qui s’est développée en réaction à la barbarie de la Première Guerre
mondiale. Pour devenir maîtres de leur propre destinée et commencer la
construction d’une autre société, une société communiste, sans exploitation,
sans misère, sans guerres, sans classes, sans nations, des millions de
prolétaires, entraînant derrière eux toutes les autres couches exploitées de la
société, sont parvenus à briser leur atomisation, à s’unir consciemment, à se
donner les moyens d’agir collectivement comme une seule force. Pour la première
fois dans l’histoire du prolétariat, celui-ci parvenait à prendre le pouvoir
politique dans un pays.
En liguant contre elle les forces
de ses différentes fractions nationales qui, la veille encore, s’affrontaient
dans la Première
Guerre mondiale, la bourgeoisie a réussi à vaincre, avant
qu’elle ne se généra¬lise, la révolution mondiale en particulier en écrasant
le prolétariat en Allemagne qui constituait le coeur du prolétariat industriel
mondial. C’est elle qui, en étouffant la révolution russe par le blocus de ses
frontières, a hâté son processus de dégénérescence et la perte progressive, par
le prolétariat, de son pouvoir politique. C’est ainsi qu’objectivement elle a
favorisé la victoire en Russie du stalinisme qui a été l’artisan de la
contre-révolution dans ce pays où il s’est imposé par la répression
systématique et massive de la classe ouvrière, par l’élimination au sein du
Parti bolchevique, de ceux qui avaient été les principales figures d’Octobre
1917.
Cette première tentative
révolutionnaire mondiale constitue pour la classe ouvrière une source
d’enseignement considérable qui constitue un patrimoine inestimable en vue de
la préparation aux prochains affrontements révolutionnaires ([1]).
Rien ne rend plus enragée une
classe exploiteuse qu’un soulèvement des exploités. Les révoltes des esclaves
dans l’empire romain, des paysans sous le féodalisme ont toujours été réprimées
avec une impitoyable cruauté. La rébellion de la classe ouvrière contre le
capitalisme est un affront encore plus grand contre la classe dominante de ce
système puisqu’elle porte clairement sur son drapeau la perspective d’une
nouvelle société, une société authentiquement communiste libérant l’humanité
des maux de toutes les sociétés de classe de l’histoire jusqu’au capitalisme.
Par conséquent, pour la classe capitaliste, il ne suffît pas seulement de
réprimer les tentatives révolutionnaires de la classe ouvrière, de les noyer
dans le sang, même si la contre-révolution capitaliste est certainement la plus
sanglante dans l’histoire, il est aussi nécessaire de les dénaturer pour les
discréditer.
C’est à cette fin que, en plus de
son arsenal répressif, la bourgeoisie a utilisé son arsenal idéologique pour
mettre en scène et entretenir le plus grand mensonge de l’histoire selon lequel
le stalinisme aurait constitué la continuité du régime politique issu de la
révolution de 1917 en Russie. De même, un autre mensonge veut aussi que tous
les pays sur lesquels l’URSS a par la suite étendu sa domination, auraient été
également des “ régimes communistes”. Toutes les fractions de la bourgeoisie,
des PC à l’extrême droite en passant par les sociaux-démocrates (sans oublier
le courant trotskiste depuis qu’il a rejoint celles-ci en trahissant
l’internationalisme prolétarien lors de la Seconde Guerre
mondiale) ont, depuis la fin des années 1920, apporté leur contribution à cette
mystification. Les campagnes démocratiques assourdissantes qui, avec l’effondrement
des régimes staliniens au début des années 1990, ont traîné dans la boue le
mouvement ouvrier, ses heures de gloire (Octobre 1917), ses organisations
révolutionnaires (le Parti bolchevique) et ses grandes figures (Marx, Lénine)
sont venues relancer cette mystification avec l’objectif, atteint en partie,
d’affaiblir la conscience de la classe ouvrière.
Néanmoins, la bourgeoisie n’est
pas parvenue à éradiquer la conscience de classe du prolétariat et, à nouveau,
sous la pression de l’enfoncement dans la crise et des attaques contre la
classe ouvrière, face aux manifestations de plus en plus évidentes de la
faillite du capitalisme, se font jour des tentatives de la part de minorités
pour renouer avec le passé révolutionnaire de leur classe. Les mensonges les
plus grossiers de la bourgeoisie sur la révolution russe ne résisteront pas à
leurs questionnements ni à leur la quête de vérité. C’est pourquoi nous ne
comptons pas revenir spécifiquement dans cette brochure sur la mise en évidence
que, loin de représenter une continuité avec le mouvement révolutionnaire, le
stalinisme a été, au contraire, son principal bourreau ([2]).
A travers la publication de ce
recueil d’articles parus dans notre Revue internationale, nous avons choisi de
répondre à un certain nombre de questions ou doutes qui reviennent
régulièrement dès qu’est évoquée la révolution d’Octobre :
– L’insurrection
d’Octobre a-t-elle été un coup d’Etat du parti Bolchevique ou bien l’émanation
de la volonté des soviets ?
– La
classe ouvrière a-t-elle marché à la révolution d’Octobre en suivant
aveuglément le Parti bolchevique ou bien Octobre a-t-il constitué
l’aboutissement d’un mouvement authentique de la classe ouvrière ?
– Comment
expliquer l’influence croissante du Parti bolchevique au sein de la classe
ouvrière ? Les ouvriers, trompés et mystifiés par le Parti bolchevique, se
seraient-ils progressivement démis de leurs responsabilités pour les lui
abandonner ? Ou bien était-ce que cette avant garde en son sein défendait
réellement ses intérêts immédiats et historiques, face au positionnement de
tous les autres partis (y compris les partis dits ouvriers) qui étaient en
faveur de la défense du capital national et pour la guerre ?
– Aurait-il
été possible que, après avoir donné le pouvoir à un parti bourgeois en février
1917, le prolétariat soit parvenu, sans parti, à prendre le pouvoir en octobre
?
– Comment
expliquer la dégénérescence de la révolution russe ? Etait-elle inscrite
d’avance dans le programme du Parti bolchevique portant de façon sous-jacente
le projet stalinien ? Ou bien et-ce à cause de l’isolement international du
bastion prolétarien ?
[2] Pour ceux de nos lecteurs que cela intéresse, nous leur
recommandons la lecture de nos brochure suivantes La terreur stalinienne :
un crime du capitalisme, pas du communisme et Effondrement du stalinisme,
de même que notre manifeste Révolution communiste ou destruction de
l’humanité.
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