L’inexorable enfoncement dans la crise montre la faillite historique du capitalisme

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Des attaques tous azimuts : depuis une dizaine de mois, c’est en millions qu’il faut compter les licenciements dans le monde.  C’est le reflet d’une crise qui touche tous les secteurs de l’économie, à la notable exception de l’industrie d’armement : l’informatique (Ubisoft, Oracle, Cap Gemini, IBM), l’automobile (Aston Martin, Stellantis, Volkswagen, Bosch et tous les sous-traitants du secteur, comme Goodyear), l’industrie du verre (Arc, Verallia), la grande distribution (Auchan, Jennyfer), la banque et les services financiers (ABN Amro aux Pays-Bas, Block dans les cryptomonnaies),  la logistique (Amazon, UPS, Ziegler), la presse (La Tribune, Washington Post), divers secteurs industriels (Heineken, SEB, Erasteel, Lanxess et BASF) sont touchés. À ces chiffres s’ajoutent les licenciements résultant de l’introduction de l’intelligence artificielle (IA) dans les processus de production, notamment dans l’informatique avec des dizaines de milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’employés qui se retrouvent au chômage, avec peu de chance de retrouver rapidement du. On peut y ajouter les suppressions de postes chez les fonctionnaires partout dans le monde, Trump et Musk, après Milei et « sa tronçonneuse », n’ayant été précurseurs que de quelques mois dans ce domaine. L’Éducation nationale française est un autre bon exemple pour les mois qui viennent.

Aucune économie nationale ne saurait échapper à la purge qui frappe le capitalisme dans son ensemble. La Chine est touchée autant que les autres, malgré l’opacité des statistiques du chômage dans ce pays. L’Allemagne est notablement touchée, car son secteur industriel, longtemps porté par la croissance du marché intérieur chinois, ne peut plus compter dessus. Elle est concurrencée très efficacement, notamment par l’industrie chinoise, dans ses productions les plus emblématiques : les machines, la chimie et le secteur automobile, ce qui se traduit par une cascade de suppressions d’emplois dans un pays qui n’y est pas habitué : Volkswagen et Opel, mais aussi Bosch, Aumovio et tous les sous-traitants de l’industrie automobile prévoient de drastiques baisses d’effectifs. BASF envisage sérieusement de délocaliser une partie de ses services administratifs vers l’Inde et la Malaisie ; l’entreprise chimique Lanxess va elle aussi réduire son personnel. Toutes ces annonces au cœur de l’industrie européenne sont la conséquence d’une dégradation économique générale. En Allemagne, les créations d’emplois sont principalement à temps partiel alors que les postes supprimés étaient qualifiés, à temps plein, productifs et bien payés.

La liste est sans fin. Même l’ONU licencie massivement ses salariés à travers le monde !

Ces licenciements s’accompagnent d’un durcissement des politiques sociales et de santé des États et d’un flicage de plus en plus sévère des chômeurs : en Argentine, le gouvernement Milei dérégule encore un peu plus le marché du travail pour faciliter les licenciements, étendre le temps de travail journalier de 8 à 12 heures, autoriser le fractionnement des congés... La Belgique va quant à elle limiter la durée d’indemnisation des chômeurs, excluant mécaniquement une partie d’entre eux de tout revenu.

Les jeunes travailleurs sont particulièrement touchés dans le monde : en Angleterre, le système de financement des études supérieures, basé sur des emprunts étudiants à taux variables, génère des situations d’endettement colossal pour les jeunes diplômés. En Inde, plus de la moitié des jeunes diplômés ne vont pas trouver de travail. Même problématique en Chine, où le taux de chômage des jeunes est très supérieur à la moyenne nationale : plus d’un jeune sur six y est sans travail. Le taux de chômage des jeunes est même une préoccupation de plus en plus centrale du gouvernement, en même temps que sévit la « malédiction des 35 ans » (les licenciements liés à l’âge).

L’économie mondiale de plus en plus marquée par la putréfaction du capitalisme

Toutes ces attaques sont la conséquence d’une plongée du capitalisme depuis une quinzaine d’années dans une dynamique de crise économique de plus en plus incontrôlable : crises financières (subprimes en 2008 et dette souveraine d’États), déstabilisation de l’économie mondiale pendant le Covid, l’économie mondiale entraînée dans le tourbillon de la guerre (Ukraine, Gaza, Iran…).  L’inflation est  aggravée par une situation mondiale de plus en plus instable, une économie de guerre  marquée par l’explosion vertigineuse des dépenses militaires, la hausse des prix de l’énergie entraînée par le conflit en Ukraine et maintenant en Iran, les droits de douane en hausse à peu près partout dans le monde, les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à des conflits locaux comme les problèmes posés dans le détroit d’Ormuz, mais aussi le coût de plus en plus exorbitant du saccage de l’environnement.

D’autre part, la stagnation de plus en plus marquée de l’économie mondiale (hors armement) souligne les limites historiques du système : la surproduction permanente, l’incapacité à dépasser les politiques nationales de gestion de l’économie, et la concurrence féroce entre nations concurrentes poussent la bourgeoisie dans des logiques de repli de plus en plus autodestructrices : elle démolit tous les pares-feux et contre-mesures mis en place après la Seconde Guerre pour mener des politiques un minimum concertées afin de lutter contre les effets de la crise historique du capitalisme, comme l’ouverture des marchés, la limitation des droits de douane, le développement de normes communes, la mise en place de politiques monétaires concertées. La surproduction est clairement la cause de la crise ouverte qui génère les licenciements. La Chine, par exemple, arrive aux limites de son marché intérieur malgré d’énormes subventions pour lui permettre d’absorber sa production[1]. Elle n’a pas d’autre choix que d’inonder le monde et ses concurrents de marchandises qu’elle ne peut écouler sur son marché domestique.

L’impact de la décomposition du capitalisme se traduit par une accélération de mesures étatiques de plus en plus à courte vue. Tout cela marqué par la fragmentation des bourgeoisies nationales toujours plus aiguë sur la politique à mener, par des programmes populistes irrationnels et démagogiques (comme la guerre des droits douaniers, déclenchée par l’administration Trump), par l’aveuglement idéologique de cliques bourgeoises hystériquement accrochées à leurs privilèges. Le poids de la décomposition sur l’économie s’est fortement accentué, la bourgeoisie n’ayant aucune politique économique cohérente à proposer pour atténuer les effets d’une crise irréversible.

L’enfoncement brutal et durable dans la crise auquel nous assistons est profond : aucune contre-tendance sérieuse et globale de la politique bourgeoise n’est visible, et les destructions auxquelles nous assistons dans les pays en guerre ne seront probablement jamais réparées. D’ailleurs, qui les financerait ?

Lutter contre les attaques, c’est commencer à combattre le capitalisme

La crise historique du système capitaliste est celle d’un système économique basé sur l’exploitation de plus en plus féroce des prolétaires qui ont encore la chance d’avoir un emploi et sur l’abandon cynique des autres. La surproduction affecte toutes les marchandises, dont celle de la main-d’œuvre est la plus tragique ! Cette réalité barbare, que les prolétaires vivent de plus en plus crûment, montre l’incapacité de la bourgeoisie à leur offrir une quelconque perspective autre que la guerre, l’exploitation sans répit et la misère.

Certes, le chemin à parcourir est encore long et difficile pour que les ouvriers parviennent à mettre en avant la perspective révolutionnaire. Mais en combattant contre les effets de la crise, notre classe se confronte au cœur du capitalisme : l’exploitation de l’homme par l’homme, le salariat et la propriété privée. En étant contrainte de se battre pour survivre, elle renoue avec le seul terrain sur lequel le prolétariat peut développer sa force, celui des revendications économiques, celui de la grève, des assemblées pour organiser la lutte, des manifestations de rue. La lutte permet aux prolétaires de retrouver peu à peu ce qui fait leur force : leur unité, leur solidarité, le besoin de s’auto-organiser, la réflexion sur les buts à donner au mouvement.

La crise qui déploie aujourd’hui ses effets destructeurs montre le véritable futur qui attend les prolétaires s’ils ne font rien pour se défendre. En dépit des énormes souffrances que le capitalisme inflige au prolétariat, la crise du capitalisme demeure néanmoins l’alliée du prolétariat.

HD, 9 avril 2026


[1]

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Rubrique: 

Crise économique