Il y a cinquante ans, Mai 68 - La difficile évolution du milieu politique prolétarien (I)

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Introduction

Le 100e anniversaire de la fondation de l'Internationale Communiste nous rappelle que la révolution d'Octobre en Russie avait placé la révolution prolétarienne mondiale à l'ordre du jour immédiat. La révolution allemande, en particulier, était déjà en marche et était cruciale à la fois pour la survie du pouvoir des soviets en Russie et pour l'extension de la révolution aux principaux centres du capitalisme. A ce moment-là, tous les différents groupes et tendances qui étaient restés fidèles au marxisme révolutionnaire étaient convaincus que la formation et l'action du parti de classe étaient indispensables à la victoire de la révolution. Mais avec le recul, on peut dire que la formation tardive de l'IC -près de deux ans après la prise du pouvoir en Russie et plusieurs mois après le début de la révolution en Allemagne- ainsi que ses ambiguïtés et ses erreurs sur des questions programmatiques et organisationnelles essentielles, ont également été un élément de la défaite de la vague révolutionnaire internationale.

Nous devons garder cela à l'esprit lorsque nous repensons à un autre anniversaire : Mai 68 en France et la vague de mouvements de classe qui s'ensuit. Dans les deux articles précédents de cette série, nous nous sommes penchés sur la signification historique de ces mouvements, expressions du réveil de la lutte de classe après des décennies de contre-révolution : la contre-révolution provoquée par l'anéantissement des espoirs révolutionnaires de 1917-23. Nous avons essayé de comprendre à la fois les origines des événements de mai 68 et le cours de la lutte des classes au cours des cinq décennies à venir, en nous concentrant en particulier sur les difficultés que rencontre la classe pour se réapproprier la perspective de la révolution communiste.

Dans cet article, nous voulons nous pencher spécifiquement sur l'évolution du milieu politique prolétarien depuis 1968, et comprendre pourquoi, malgré des avancées considérables au niveau théorique et programmatique depuis la première vague révolutionnaire, et malgré le fait que les groupes prolétariens les plus avancés aient compris qu'il est nécessaire de prendre les mesures essentielles pour la formation d'un nouveau parti mondial avant les confrontations décisives avec le système capitaliste, cet horizon semble encore très lointain et parfois disparaître complètement de la scène.

1968-80 : Le développement d'un nouveau milieu révolutionnaire rencontre les problèmes du sectarisme et de l'opportunisme

Le renouveau global de la lutte de classe à la fin des années 1960 a entraîné un renouveau global du mouvement politique prolétarien, l'éclosion de nouveaux groupes cherchant à réapprendre ce qui avait été détruit par la contre-révolution stalinienne, ainsi qu'une certaine réanimation des rares organisations qui avaient survécu à cette période noire.

On peut se faire une idée des composantes de ce milieu en regardant la liste très diversifiée des groupes contactés par les camarades d’Internationalism aux Etats-Unis dans le but de mettre en place un Réseau de Correspondance International[1] :

  • USA : Internationalism et Philadelphia Solidarity
  • Grande-Bretagne : Workers Voice, Solidarity
  • France : Révolution Internationale, Groupe de Liaison Pour l'Action des Travailleurs, Le Mouvement Communiste
  • Espagne : Fomento Obrero Revolucionario
  • Italie : Partito Comunista Internazionalista (Battaglia Comunista)
  • Allemagne : Gruppe Soziale Revolution ; Arbeiterpolitik ; Revolutionärer Kampf
  • Danemark : Proletarisk Socialistisk Arbejdsgruppe, Koministisk Program
  • Suède : Komunismen
  • Pays-Bas : Spartacus ; Daad en Gedachte
  • Belgique : Lutte de Classe, groupe "Bilan"
  • Venezuela : Internacionalismo.

Dans son introduction, Internationalism a ajouté qu'un certain nombre d'autres groupes les avaient contactés pour demander à y participer : World Revolution, qui s'était entre-temps séparé du groupe Solidarity au Royaume-Uni ; Pour le Pouvoir International des Conseils Ouvriers et Les Amis de 4 Millions de Jeunes Travailleurs (France) ; Internationell Arbearkamp (Suède) Rivoluzione Comunista et Iniziativa Comunista (Italie).

Tous ces courants n'étaient pas le produit direct des luttes ouvertes de la fin des années 60 et du début des années 70 : beaucoup les avaient précédés, comme dans le cas de Battaglia Comunista en Italie et du groupe Internacialismo au Venezuela. D'autres groupes qui s'étaient développés avant les luttes ont atteint leur apogée en 68 environ et ont ensuite décliné rapidement - l'exemple le plus évident étant les situationnistes. Néanmoins, l'émergence de ce nouveau milieu d'éléments à la recherche de positions communistes a été l'expression d'un processus profond de croissance "souterraine", d'une désaffection croissante pour la société capitaliste qui a affecté à la fois le prolétariat (et cela a aussi pris la forme de luttes ouvertes comme les mouvements de grève en Espagne et en France avant 68) et de larges couches de la petite bourgeoisie qui était elle-même déjà en voie d'être prolétarisée. En effet, la rébellion de ces dernières couches en particulier avait déjà pris une forme ouverte avant 68 - notamment la révolte dans les universités et les protestations étroitement liées contre la guerre et le racisme qui ont atteint les niveaux les plus spectaculaires aux Etats-Unis et en Allemagne, et bien sûr en France où la révolte des étudiants a joué un rôle évident dans le déclenchement du mouvement explicitement ouvrier en mai 68. La réémergence massive de la classe ouvrière après 68, cependant, a donné une réponse claire à ceux qui, comme Marcuse, avaient commencé à théoriser sur l'intégration de la classe ouvrière dans la société capitaliste et son remplacement comme avant-garde révolutionnaire par d'autres couches, comme les étudiants. Elle réaffirmait que les clés de l'avenir de l'humanité sont entre les mains de la classe exploitée comme elle l'avait fait en 1919, et convainc de nombreux jeunes révoltés et éléments en recherche, quelle que soit leur formation sociologique, que leur propre avenir politique réside dans la lutte ouvrière et dans le mouvement politique organisé de la classe ouvrière.

Le lien profond entre la résurgence de la lutte de classe et cette couche nouvellement politisée confirme l'analyse matérialiste développée dans les années 1930 par la Fraction italienne de la Gauche communiste : le parti de classe n'existe pas en dehors de la vie de la classe. C'est bien sûr un facteur vital et actif dans le développement de la conscience de classe, mais c'est aussi un produit de ce développement, et il ne peut exister dans les périodes où la classe a connu une défaite historique mondiale comme dans les années 20 et 30. Les camarades de la Gauche italienne avaient fait l'expérience de cette vérité dans leur chair et dans leur sang puisqu'ils avaient vécu une période qui avait vu la dégénérescence des partis communistes et leur récupération par la bourgeoisie, et la réduction des véritables forces communistes en petits groupes assiégés tels que le leur. Ils en tirent la conclusion que le parti ne pourra réapparaître que lorsque la classe dans son ensemble se sera remise de sa défaite à l'échelle internationale et posera à nouveau la question de la révolution : la tâche principale de la fraction est donc de défendre les principes du communisme, de tirer les leçons des défaites passées et d'agir comme un pont vers le nouveau parti qui sera formé lorsque le cours de la lutte de classe sera profondément modifié.  Et quand un certain nombre de camarades de la Gauche italienne oublièrent cette leçon essentielle et se précipitèrent en Italie pour former un nouveau parti en 1943 quand, malgré certaines expressions importantes de révolte prolétarienne contre la guerre, surtout en Italie, la contre-révolution régnait toujours en maître, les camarades de la Gauche Communiste de France prirent le flambeau abandonné par une Fraction italienne qui se dissout précipitamment dans le  Parti Communiste Internationaliste (PCInt).

Mais comme, à la fin des années 60 et au début des années 70, la classe se débarrassait enfin des chaînes de la contre-révolution, que de nouveaux groupes prolétariens apparaissaient dans le monde et qu'il y avait une dynamique de débat, de confrontation et de regroupement entre ces nouveaux courants, la perspective de la formation du parti - pas dans l'immédiat, bien sûr - se trouvait à nouveau posée sérieusement.

La dynamique vers l'unification des forces prolétariennes a pris diverses formes, depuis les premiers voyages de Marc Chirik et d'autres du groupe Internacialismo au Venezuela pour relancer la discussion avec les groupes de la Gauche italienne, les conférences organisées par le groupe français Information et Correspondance Ouvrières (ICO), ou le réseau international de correspondance lancé par Internationalism. Ce dernier s'est concrétisé par les réunions de Liverpool et de Londres de différents groupes au Royaume-Uni (Workers Voice, World Revolution, Revolutionary Perspectives, qui s'était également séparé de Solidarity et était le précurseur de l'actuelle Communist Workers Organisation), avec RI et le GLAT de France.

Ce processus de confrontation et de débat n'a pas toujours été sans heurts : l'existence de deux groupes de la Gauche communiste en Grande-Bretagne - une situation que beaucoup d'éléments à la recherche d'une politique de classe trouvent extrêmement déroutante - aujourd'hui peut être attribuée à l'immaturité et à l'échec du processus de regroupement après les conférences au Royaume-Uni. Certaines des divisions qui ont eu lieu à l'époque n'étaient guère justifiées car elles étaient provoquées par des différences secondaires - par exemple, le groupe qui a formé Pour une Intervention Communiste (PIC) en France s'est séparé de RI très précisément à propos du moment où produire un tract à propos du coup d'Etat miliaire au Chili. Néanmoins, un véritable processus de décantation et de regroupement avait lieu. Les camarades de RI en France sont intervenus énergiquement dans les conférences d’Information et Correspondance Ouvrières pour insister sur la nécessité d'une organisation politique basée sur une plate-forme claire par opposition aux notions ouvriériste, conseilliste et "anti-léniniste" qui étaient extrêmement influentes à l'époque, et cette activité accéléra leur unification avec des groupes à Marseille (Cahiers des Communistes de Conseils) et Clermont-Ferrand. Le groupe RI a également été très actif au niveau international et sa convergence croissante avec WR, Internationalism, Internacialismo et de nouveaux groupes en Italie et en Espagne a conduit à la création du CCI en 1975, montrant la possibilité de s'organiser à une échelle internationale de manière centralisée. Le CCI se considérait, comme la GCF dans les années 1940, comme l'expression d'un mouvement plus large et ne voyait pas sa formation comme le point final du processus plus général de regroupement. Le nom "Courant" exprime cette approche : nous n'étions pas une fraction d'une ancienne organisation, bien que nous poursuivions une grande partie du travail des anciennes fractions, et nous faisions partie d'un courant plus large allant vers le parti du futur.

Les perspectives pour le CCI semblaient très optimistes : l'unification réussie de trois groupes en Belgique a permis de tirer les leçons de l'échec récent du Royaume-Uni, et certaines sections du CCI (en particulier en France et au Royaume-Uni) se sont considérablement accrues numériquement. WR, par exemple, a quadruplé par rapport à son noyau d'origine et RI comptait à un moment donné suffisamment de membres rien qu'à Paris pour qu'il existe une section nord et une section sud dans cette ville. Bien sûr, nous parlons encore de très petits nombres, mais c'était néanmoins une expression significative d'un réel développement dans la conscience de classe. Entre-temps, le Parti Communiste International bordiguiste (Programma/Le Prolétaire) a créé des sections dans un certain nombre de nouveaux pays et est rapidement devenu la plus grande organisation de la Gauche communiste.

 Et la mise en place des conférences internationales de la Gauche communiste, initialement convoquées par Battaglia et soutenues avec enthousiasme par le CCI, a revêtu une importance particulière dans ce processus, bien que nous ayons critiqué la base initiale de l'appel pour les conférences (pour discuter du phénomène de "l'eurocommunisme", que Battaglia a appelé la "démocratisation sociale" des partis communistes).

Pendant environ trois ans, les conférences ont constitué un pôle de référence, un cadre de débat organisé qui a attiré vers elles des groupes d'horizons divers[2]. Les textes et les présentations des réunions ont été publiés dans une série de brochures ; les critères de participation aux conférences ont été plus clairement définis que dans l'invitation originale et les sujets débattus se sont davantage concentrés sur des questions cruciales telles que la crise capitaliste, le rôle des révolutionnaires, la question des luttes nationales, etc. Les débats ont également permis à des groupes partageant des perspectives communes de se rapprocher (comme dans le cas de CWO et de Battaglia, du CCI et de Fur Kommunismen en Suède). 

Malgré ces développements positifs, cependant, le mouvement révolutionnaire renaissant a souffert de nombreuses faiblesses héritées de la longue période de contre-révolution.

D'une part, un grand nombre de ceux qui auraient pu être gagnés à la politique révolutionnaire ont été absorbés par l'appareil du gauchisme, qui s'était aussi considérablement développé dans le sillage des mouvements de classe après 68. Les organisations maoïstes et surtout trotskystes étaient déjà formées et offraient une alternative d’apparence radicale aux partis staliniens "officiels " dont le rôle de briseur de grève dans les événements de 68 et par la suite avait été évident. Daniel Cohn-Bendit, "Danny le Rouge", le célèbre leader étudiant de 68, avait écrit un livre attaquant la fonction du Parti Communiste et proposant une "alternative de gauche" qui se référait avec approbation à la Gauche Communiste des années 1920 et aux groupes conseillistes comme ICO à ce moment[3]. Mais comme tant d'autres, Cohn-Bendit a perdu patience à l'idée de rester dans le petit monde des véritables révolutionnaires et est parti à la recherche de solutions plus immédiates qui lui offraient aussi la possibilité d'une carrière, et il est aujourd'hui membre des Verts allemands qui a servi son parti au sein de l'Etat bourgeois... Sa trajectoire –depuis des idées potentiellement révolutionnaires jusqu’à l'impasse du gauchisme- a été celle suivie par plusieurs milliers d'éléments.

Mais certains des plus grands problèmes rencontrés par le milieu émergent étaient "internes", même s'ils reflétaient finalement la pression de l'idéologie bourgeoise sur l'avant-garde prolétarienne.

Les groupes qui avaient maintenu une existence organisée pendant la période de contre-révolution -en grande partie les groupes de la Gauche italienne- étaient devenus plus ou moins sclérosés. Les bordiguistes, en particulier des différents Partis Communistes Internationaux[4] s'étaient protégés contre la pluie perpétuelle de nouvelles théories qui "transcendaient le marxisme" en faisant du marxisme lui-même un dogme, incapable de répondre aux nouveaux développements, comme en témoigne leur réaction aux mouvements de classe après 68 -essentiellement la même que celle que Marx avait déjà tournée en dérision dans sa lettre à Ruge en 1843: "Voici la vérité (le Parti), à genoux !" Indissociable de la notion bordiguiste d'"invariance" du marxisme, on trouvait un sectarisme extrême[5] qui rejetait toute notion de débat avec d'autres groupes prolétariens, une attitude concrétisée dans le refus catégorique de tout groupe bordiguiste de participer aux conférences internationales de la Gauche Communiste. Mais si l'appel de Battaglia n'était qu'une petite avancée pour sortir de l'attitude consistant à considérer son propre petit groupe comme le seul gardien de la politique révolutionnaire, il n’était pas exempt lui-même d’une attitude sectaire: son invitation excluait initialement les groupes bordiguistes et n'était pas envoyée au CCI dans son ensemble, mais à sa section en France, trahissant une idée tacite que le mouvement révolutionnaire est fait de "franchises" séparées dans différents pays (Battaglia détenant bien évidemment la franchise italienne).

De plus, le sectarisme ne se limitait pas aux héritiers de la Gauche italienne. Les discussions sur le regroupement au Royaume-Uni en ont été torpillées. En particulier, Workers Voice, craignant de perdre son identité de groupe local basé à Liverpool, a rompu les relations avec la tendance internationale autour de RI et WR autour de la question de l'Etat dans la période de transition, qui ne pouvait être une question ouverte que dans le cadre d'un accord entre révolutionnaires sur les positions de classe essentielles du débat. La même recherche d'une excuse pour interrompre les discussions a ensuite été adoptée par RP et la CWO (produit d'une fusion éphémère de RP et de WV) qui ont déclaré que le CCI était contre-révolutionnaire parce qu'il n'acceptait pas que le parti bolchevique et l'IC aient perdu toute vie prolétarienne depuis 1921 et pas même un moment après. Le CCI était mieux armé contre le sectarisme parce qu'il tirait ses origines de la Fraction italienne et de la GCF, qui s'étaient toujours considérés comme faisant partie d'un mouvement politique prolétarien plus large et non comme le seul dépositaire de la vérité. Mais la convocation des conférences avait aussi mis en évidence des éléments de sectarisme dans ses propres rangs ; certains camarades avaient d'abord répondu à l'appel en déclarant que les bordiguistes et même Battaglia n'étaient pas des groupes prolétariens en raison de leurs ambiguïtés sur la question nationale. Il est significatif que le débat ultérieur sur les groupes prolétariens qui a conduit à une grande clarification du CCI[6] a été lancé par un texte de Marc Chirik qui avait été "formé" dans la Gauche italienne et française pour comprendre que la conscience de classe prolétarienne n'est en aucun cas homogène, même parmi les minorités les plus avancées politiquement, et que l'on ne peut déterminer la nature de classe d'une organisation indépendamment de son histoire et de sa réponse à des événements historiques majeurs, tels que la guerre ou la révolution.

Avec les nouveaux groupes, ces attitudes sectaires étaient moins le produit d'un long processus de sclérose que d'immaturité et d'une rupture avec les traditions et les organisations du passé. Ces groupes étaient confrontés à la nécessité de se définir par rapport à l'atmosphère dominante de la gauche, de sorte qu'une sorte qu'une certaine rigidité de pensée apparaissait souvent comme un moyen de défense contre le danger d'être aspirés par les organisations beaucoup plus importantes de la gauche bourgeoise. Et pourtant, en même temps, le rejet du stalinisme et du trotskysme prenait souvent la forme d'une fuite vers des attitudes anarchistes et conseillistes -ce qui manifestait non seulement la tendance à rejeter toute l'expérience bolchévique mais aussi une suspicion généralisée envers toute discussion sur la formation d'un parti prolétarien. Plus concrètement, de telles approches ont favorisé les conceptions fédéralistes de l'organisation, l'équation des formes centralisées d'organisation avec la bureaucratie et même le stalinisme. Le fait que de nombreux adhérents des nouveaux groupes étaient issus d'un mouvement étudiant beaucoup plus marqué par la petite bourgeoisie que le milieu étudiant d'aujourd'hui a renforcé ces idées démocratistes et individualistes, plus clairement exprimées dans le slogan néo-situationniste "le militantisme : stade suprême de l'aliénation"[7].  Le résultat de tout cela est que le mouvement révolutionnaire a passé des décennies à lutter pour comprendre la question de l'organisation, et ce manque de compréhension a été au cœur de nombreux conflits et divisions dans le mouvement. Bien sûr, la question de l'organisation a nécessairement été un champ de bataille constant au sein du mouvement ouvrier (comme en témoigne la scission entre marxistes et bakouninistes dans la Première Internationale, ou entre bolcheviks et menchéviks en Russie). Mais le problème de la réémergence du mouvement révolutionnaire à la fin des années 60 a été exacerbé par la longue rupture de continuité avec les organisations du passé, de sorte que nombre des leçons léguées par les luttes organisationnelles précédentes ont dû être réapprises presque de zéro.

C'est essentiellement l'incapacité du milieu dans son ensemble à surmonter le sectarisme qui a mené au blocage et finalement au sabotage des conférences[8]. Dès le début, le CCI avait insisté pour que les conférences ne restent pas muettes, mais qu'elles publient, dans la mesure du possible, un minimum de déclarations communes, afin de préciser au reste du mouvement les points d'accords et de désaccords qui ont été atteints, mais aussi -face à des événements internationaux majeurs comme le mouvement de classe en Pologne ou l'invasion russe en Afghanistan- qu'elles fassent des déclarations publiques communes sur des questions qui étaient déjà des critères essentiels pour les conférences, comme l'opposition à une guerre impérialiste. Ces propositions, soutenues par certains, ont été rejetées par Battaglia et la CWO au motif qu'il était "opportuniste" de faire des déclarations communes alors que d'autres divergences subsistent. De même, lorsque Munis et le FOR sont sortis de la deuxième conférence parce qu'ils refusaient de discuter de la question de la crise capitaliste, et en réponse à la proposition du CCI pour que soit faite une critique commune du sectarisme du FOR, BC a simplement rejeté l'idée que le sectarisme était un problème: le FOR était parti car il avait simplement des positions différentes, où donc était le problème ?

Il est clair que, sous ces divisions, il y avait des désaccords assez profonds sur ce que devrait être une culture prolétarienne du débat, et les choses ont atteint un point culminant lorsque BC et la CWO ont soudainement introduit un nouveau critère de participation aux conférences -une formulation sur le rôle du parti qui contenait des ambiguïtés sur sa relation au pouvoir politique qu'ils savaient inacceptables pour le CCI et qui l'excluait effectivement.  Cette exclusion était elle-même une expression concentrée du sectarisme, mais elle montrait aussi que le revers de la médaille du sectarisme est l'opportunisme : d'une part, parce que la nouvelle définition "dure" du parti n'empêchait pas BC et la CWO de tenir une quatrième conférence grotesque à laquelle seuls eux-mêmes et les gauchistes iraniens de l'UCM (Unity of Communist Militants)[9] participèrent; et d'autre part, parce que, avec le rapprochement entre BC et la CWO, BC avait probablement estimé avoir retiré tout ce qui était possible des conférences, un exemple classique de sacrifice du futur du mouvement pour un profit immédiat. Et les conséquences de l'éclatement des conférences ont, en effet, été lourdes : la perte de tout cadre organisé de débat, de solidarité mutuelle et d'une pratique commune entre les organisations de la Gauche Communiste, qui n'a jamais été restaurée malgré des efforts occasionnels de travail commun dans les années suivantes.

Les années 1980 : crises dans le milieu

L'effondrement des conférences s'est rapidement révélé être l'un des aspects d'une crise plus large dans le milieu prolétarien, exprimée le plus clairement par l'implosion du PCI bordiguiste et "l'affaire Chénier" dans le CCI, qui a conduit plusieurs membres à quitter l'organisation, en particulier au Royaume-Uni.

L'évolution de la principale organisation bordiguiste, qui publiait Programma Comunista en Italie et Le Prolétaire en France (entre autres) a confirmé les dangers de l'opportunisme dans le camp prolétarien. Le PCI avait connu une croissance régulière tout au long des années 70 et était probablement devenu le plus grand groupe communiste de gauche au monde. Pourtant, sa croissance a été assurée dans une large mesure par l'intégration d'un certain nombre d'éléments qui n'avaient jamais vraiment rompu avec le gauchisme et le nationalisme. Certes, les profondes confusions du PCI sur la question nationale n'étaient pas nouvelles: il prétendait défendre les thèses du Deuxième Congrès de l'Internationale Communiste sur la solidarité avec les révoltes et les révolutions bourgeoises dans les régions coloniales. Les thèses de l'IC se révéleront très tôt fatalement défectueuses en elles-mêmes, mais elles contenaient certaines formulations visant à préserver l'indépendance des communistes face aux rébellions menées par les bourgeoisies nationales dans les colonies. Le PCI avait déjà pris des mesures dangereuses pour s'écarter de telles précautions, par exemple en saluant la terreur stalinienne au Cambodge comme un exemple de la vigueur nécessaire d'une révolution bourgeoise[10]. Mais les sections d'Afrique du Nord organisées autour du journal El Oumami sont allées encore plus loin, car face aux conflits militaires au Moyen-Orient, elles appelaient ouvertement à la défense de l'Etat syrien contre Israël. C'était la première fois qu'un groupe bordiguiste appelait sans vergogne à participer à une guerre entre États capitalistes. Il est significatif qu'il y ait eu de fortes réactions au sein du PCI contre ces positions, témoignant du fait que l'organisation a conservé son caractère prolétarien, mais le résultat final a été le départ de sections entières et de nombreux militants, réduisant le PCI à un groupe beaucoup plus restreint qui n'a jamais été capable de tirer tous les enseignements de ces événements.

Mais une tendance opportuniste est également apparue dans le CCI à l'époque - un regroupement qui, en réponse aux luttes de classe de la fin des années 70 et du début des années 80, a commencé à faire de sérieuses concessions au syndicalisme de base. Mais le problème posé par ce regroupement se situait surtout au niveau organisationnel, puisqu'il a commencé à remettre en cause le caractère centralisé du CCI et à faire valoir que les organes centraux devraient fonctionner principalement comme des boîtes aux lettres plutôt que comme des organes élus pour donner une orientation politique entre les réunions générales et les congrès. Cela n'impliquait pas que le groupement était uni par une profonde unité programmatique. En réalité, son existence était basée sur des liens affinitaires et des ressentiments communs contre l'organisation -en d'autres termes, c'était un "clan" secret plutôt qu'une tendance réelle, et dans une organisation immature il a donné naissance à un "contre-clan" dans la section britannique, avec des résultats catastrophiques. Et c'est l'élément douteux Chénier, qui avait l'habitude de voyager à travers des organisations révolutionnaires et d'y fomenter des crises, et qui se livrait à la manipulation la plus honteuse de ceux qui l'entouraient, qui attisait ces ressentiments et ces conflits. La crise a atteint son paroxysme à l'été 1981 lorsque des membres de la "tendance" sont entrés dans la maison d'un camarade alors qu'il était absent et ont volé du matériel à l'organisation au motif fallacieux qu'ils ne faisaient que récupérer l'investissement qu'ils avaient fait dans l'organisation. Cette tendance s'est transformée en un nouveau groupe qui s'est effondré après une seule publication, et Chénier est "retourné" au Parti Socialiste et à la CFDT -pour lesquels il avait travaillé depuis le début- probablement dans le "Secteur des Associations" qui surveille l'évolution des courants à gauche du PS.

Cette scission s'est heurtée à une réaction très inégale de la part du CCI dans son ensemble, en particulier après que l'organisation eut fait une tentative déterminée de récupérer son matériel volé en visitant les maisons des personnes soupçonnées d'être impliquées dans les vols et en demandant la restitution de ce matériel. Un certain nombre de camarades au Royaume-Uni ont simplement quitté l'organisation, incapables de faire face à la prise de conscience qu'une organisation révolutionnaire doit se défendre dans cette société, et que cela peut inclure l'action physique comme la propagande politique. Les sections d'Aberdeen/Edinburgh ont non seulement rapidement quitté les lieux, mais elles ont également dénoncé les actions du CCI et menacé d'appeler la police si elles faisaient elles-mêmes l'objet de visites (puisqu'elles avaient également conservé une certaine quantité de matériel appartenant à l'organisation, même si elles n'avaient pas été directement impliquées dans les premiers vols). Et lorsque le CCI a émis un avertissement public grandement nécessaire au sujet des activités de Chénier, ils se sont précipités pour défendre son honneur. Ce fut le début peu glorieux du Groupe Bulletin Communiste (CBG), dont les publications étaient largement consacrées aux attaques contre "le stalinisme" et même "la folie" du CCI. Bref, il s'agissait là d'un exemple précoce de parasitisme politique qui allait devenir un phénomène important au cours des décennies suivantes[11]. Dans le milieu prolétarien au sens large, il y avait peu ou pas d'expressions de solidarité avec le CCI. Au contraire, la version des événements du CBG circule toujours sur Internet et a une forte influence, en particulier sur le milieu anarchiste.

Nous pouvons citer d'autres expressions de crise dans les années qui ont suivi. Le bilan des groupes qui ont participé aux conférences internationales est essentiellement négatif : disparition de groupes qui n'avaient que récemment rompu avec le gauchisme (L'Éveil internationaliste, l'OCRIA, Marxist Workers Group aux États-Unis). D'autres ont été tirés dans la direction opposée : le NCI, une scission avec les bordiguistes qui avaient montré une certaine maturité en matière d'organisation lors des conférences, a fusionné avec le groupe Il Leninista et l’a suivi pour abandonner l'internationalisme avec une forme plus ou moins ouverte de gauchisme (OCI)[12]. Le Groupe Communiste Internationaliste, qui n'était venu à la troisième conférence que pour la dénoncer, exprimant déjà son caractère destructeur et parasitaire, a commencé à adopter des positions ouvertement réactionnaires (soutien aux maoïstes péruviens et à la guérilla salvadorienne, aboutissant à une justification grotesque des actions du "centriste Al-Qaida" et aux menaces physiques contre le CCI au Mexique[13]. Le GCI, quelles que soient ses motivations, est un groupe qui fait le travail de la police.... non seulement en menaçant de recourir à la violence contre les organisations prolétariennes, mais aussi en donnant l'impression qu'il existe un lien entre les groupes communistes authentiques et le milieu trouble du terrorisme.

En 1984, nous avons aussi vu la formation du Bureau International pour le Parti Révolutionnaire, réunissant la CWO et Battaglia. Le BIPR (aujourd'hui la TCI) s'est maintenu sur un terrain internationaliste, mais le regroupement s'est fait à notre avis sur une base opportuniste - une conception fédéraliste de groupes nationaux, un manque de débat ouvert sur les différences entre ces derniers, et une série de tentatives hâtives pour intégrer de nouvelles sections qui, dans la plupart des cas, aboutirent à un échec.[14]

1984-1985 a vu la scission du CCI qui a donné naissance à la "Fraction Externe du CCI". La FECCI a d'abord prétendu être le véritable défenseur de la plate-forme du CCI contre les prétendues déviations sur la question de la conscience de classe, l'existence de l'opportunisme dans le mouvement ouvrier, le prétendu monolithisme et même le "stalinisme" de nos organes centraux, etc. En réalité, toute l'approche pour "retrouver le vrai programme" du CCI a été abandonnée très rapidement, ce qui montre que la FECCI n'était pas ce qu'elle pensait être: une véritable fraction pour lutter contre la dégénérescence de l'organisation originale. À notre avis, il s'agissait d'une autre formation clanique qui placent les liens personnels au-dessus des besoins de l'organisation et dont l'activité une fois qu'elle a quitté le CCI a fourni un autre exemple de parasitisme politique[15].

Le prolétariat, selon Marx, est une "classe de la société civile qui n'est pas une classe de la société civile", qui fait partie du capitalisme et qui lui est pourtant étrangère dans un sens[16]. Et l'organisation prolétarienne, qui incarne avant tout l'avenir communiste de la classe ouvrière, n'en est pas moins un corps étranger dans cette société en faisant partie du prolétariat. Comme l'ensemble du prolétariat, elle est soumise à la pression constante de l'idéologie bourgeoise, et c'est cette pression, ou plutôt la tentation de s'y adapter, de s'y concilier, qui est la source de l'opportunisme. C'est aussi la raison pour laquelle les organisations révolutionnaires ne peuvent pas vivre une vie "pacifique" au sein de la société capitaliste et sont inévitablement condamnées à traverser des crises et des divisions, alors que des conflits éclatent entre "l'âme" prolétarienne de l'organisation et ceux qui sont tombés sous l’emprise des idéologies d'autres classes sociales. L'histoire du bolchevisme, par exemple, est aussi une histoire de luttes politiques. Les révolutionnaires ne cherchent ni ne préconisent les crises, mais lorsqu'elles éclatent, il est essentiel de mobiliser ses forces pour défendre ses principes fondamentaux prolétariens s'ils sont ébranlés et lutter pour clarifier les divergences et leurs racines au lieu de fuir ces nécessités. Et bien sûr il est vital de tirer les leçons que ces crises portent inévitablement avec elles, afin de rendre l'organisation plus résistante dans le futur.

Pour le CCI, les crises ont été fréquentes et parfois très dommageables, mais elles n'ont pas toujours été entièrement négatives. Ainsi, la crise de 1981, à la suite d'une conférence extraordinaire en 1982, a conduit à l'élaboration de textes fondamentaux sur la fonction et le mode de fonctionnement des organisations révolutionnaires de cette époque[17], et elle a apporté des leçons vitales sur la nécessité permanente pour une organisation révolutionnaire de se défendre, non seulement contre la répression directe de l'Etat bourgeois, mais aussi contre des éléments douteux ou hostiles qui se font passer pour des éléments du mouvement révolutionnaire et peuvent même infiltrer ses organisations.

De même, la crise qui a conduit au départ de la FECCI a vu une maturation du CCI sur une série de questions clés: l'existence réelle de l'opportunisme et du centrisme comme maladies du mouvement ouvrier; le rejet des visions conseillistes de la conscience de classe comme étant purement un produit de la lutte immédiate (et donc la nécessité de l'organisation révolutionnaire comme expression principale de la dimension historique et profonde de la conscience de classe) ; et, liée à cela, la compréhension de l'organisation révolutionnaire comme une organisation de combat, apte à intervenir dans la classe à plusieurs niveaux: non seulement au niveau théorique et de la propagande, mais aussi de l’agitation, de fournir des orientations pour l'extension et l'auto-organisation de la lutte, de participer activement aux assemblées générales et aux groupes de lutte. 

Malgré les éclaircissements apportés par le CCI en réponse à ses crises internes, ceux-ci ne garantissaient pas que le problème d'organisation, en particulier, était désormais résolu et qu'il n'y aurait plus de cas de rechute dans l'erreur. Mais au moins, le CCI a reconnu que la question de l'organisation était une question politique à part entière. D'un autre côté, le milieu en général n’a pas vu l'importance de la question organisationnelle. Les "anti-léninistes" de diverses tendances (anarchistes, conseillistes, modernistes, etc.) ont vu la tentative même de maintenir une organisation centralisée comme étant fondamentalement stalinienne, tandis que les bordiguistes ont commis l'erreur fatale de penser que le dernier mot avait été dit sur cette question et qu'il n'y avait plus rien à discuter. Le BIPR était moins dogmatique mais avait tendance à traiter la question de l'organisation comme secondaire. Par exemple, dans leur réponse à la crise qui a frappé le CCI au milieu des années 90, ils n'ont pas du tout abordé les questions d'organisation, mais ont fait valoir qu'elles étaient essentiellement un sous-produit des d’erreurs du CCI dans l’évaluation du rapport de force entre les classes.

Il ne fait aucun doute qu'une mauvaise appréciation de la situation mondiale peut être un facteur important dans les crises organisationnelles: dans l'histoire de la gauche communiste, par exemple, on peut citer l'adoption, par une majorité de la Fraction italienne, de la théorie de Vercesi sur l'économie de guerre, qui considère que la marche accélérée vers la guerre à la fin des années 1930 était la preuve que la révolution était imminente.  Le déclenchement de la guerre impérialiste vit donc un désarroi total dans la Fraction.

De même, la tendance des groupes issus de la montée de 68 à surestimer la lutte de classe, à considérer la révolution comme étant "au coin de la rue", signifiait que la croissance des forces révolutionnaires dans les années 70 était extrêmement fragile: beaucoup de ceux qui avaient rejoint le CCI à cette époque n'avaient ni la patience ni la conviction pour tenir le cap quand il est devenu clair que la lutte pour la révolution était posée à long terme et que l’organisation révolutionnaire serait engagée dans une lutte permanente pour survivre, même lorsque la lutte de classe suivrait globalement un cours ascendant. Mais les difficultés résultant de cette vision immédiatiste des évènements mondiaux avaient aussi une composante organisationnelle majeure: non seulement dans le fait que, pendant cette période, les membres étaient souvent intégrés de manière rapide et superficielle, mais surtout dans le fait qu'ils étaient intégrés dans une organisation qui n'avait pas encore une claire vision de son rôle et sa fonction, et  se voyait comme un mini parti, alors qu'il s'agissait surtout de se considérer comme un pont vers le futur parti communiste. L'organisation révolutionnaire dans la période qui a commencé en 1968 conservait ainsi de nombreuses caractéristiques d'une fraction communiste, même si elle n'avait pas de continuité organique directe avec les partis ou fractions du passé. Cela ne signifie pas du tout que nous aurions dû renoncer à l'intervention directe dans la lutte de classe. Au contraire, nous avons déjà soutenu que l'un des éléments clés du débat avec la tendance qui a formé la "Fraction Externe" était précisément l'insistance sur la nécessité d'une intervention communiste dans les luttes de classe -une tâche qui peut varier en ampleur et en intensité, mais qui ne disparaît jamais, dans différentes phases de la lutte de classe. Mais cela signifie que la plus grande partie de nos énergies a nécessairement été consacrée à la défense et à la construction de l'organisation, à l'analyse d'une situation mondiale en évolution rapide et à la préservation et à l'élaboration de nos acquisitions théoriques. Cette focalisation allait devenir encore plus importante dans les conditions de la phase de décomposition sociale à partir des années 1990, qui ont fortement accru les pressions et les dangers auxquels sont confrontées les organisations révolutionnaires, Nous examinerons l'impact de cette phase dans la seconde partie de cet article.

Amos

Annexe

Note introductive aux brochures contenant les textes et actes de la deuxième Conférence internationale des groupes de la gauche communiste, 1978, rédigées par le comité technique international :

"Avec cette première brochure, nous commençons la publication des textes de la Deuxième Conférence internationale des groupes de la gauche communiste, tenue à Paris les 11 et 12 novembre 1978 à l'initiative du Parti communiste international/Battaglia Comunista. Les textes de la première Conférence internationale, tenue à Milan les 30 avril et 1er mai 1977, ont été publiés en italien sous la responsabilité du PCI/BC et en français et anglais sous la responsabilité du CCI.

Le 30 juin 1977, le PCI /BC, conformément à ce qui avait été décidé à la Conférence de Milan et aux contacts ultérieurs avec le PCI et la CWO, a envoyé une lettre circulaire invitant les groupes suivants à une nouvelle conférence qui se tiendrait à Paris :

Courant communiste international (France, Belgique, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Allemagne, Hollande, USA, Venezuela)

Communist Workers Organisation (Grande-Bretagne)

Parti communiste international (Programme communiste : Italie, France, etc.)

Il Leninista (Italie)

Nucleo Comunista Internazionalista (Italie)

Iniziativa Comunista (Italie)

Fomento Obrero Revolucionario (France, Espagne)

Pour Une Intervention Communiste (France)

Forbundet Arbetarmakt (Suède)

For Komunismen (Suède)

Organisation Communiste Révolutionnaire Internationaliste d'Algérie

Kakamaru Ha (Japon)

Partito Comunista Internazionale/Il Partito Comunista (Italie)

Spartakusbond (Pays-Bas)

Dans le volume II, nous publierons cette lettre.

Parmi les groupes invités,

Spartakusbond et Kakamaru Ha n'ont pas répondu.

 Programme communiste et Il Partito Comunista ont refusé de participer à travers des articles parus dans leurs publications respectives. Tous deux ont rejeté l'esprit de l'initiative ainsi que le contenu politique de l'initiative elle-même (en particulier sur le parti et les guerres de libération nationale).

Le PIC, à travers une lettre-document, a refusé de participer à une réunion basée sur la reconnaissance des deux premiers congrès de la Troisième Internationale, qu'il considère depuis le début comme étant essentiellement social-démocrate (voir Vol II).

Forbundet Arbetarmakt a rejeté l'invitation car elle doutait de pouvoir reconnaître les critères de participation (voir Vol II).

Iniziativa Comunista n'a pas donné de réponse écrite, et à la dernière minute -après avoir accepté de participer à une réunion conjointe de Battaglia et Il Leninista- a refusé de participer à la conférence, justifiant son attitude dans la publication de son bulletin qui a paru après la conférence de Paris.

Il Leninista. Bien qu'elle ait confirmé son accord de participation, elle n'a pas pu assister à la réunion en raison de problèmes techniques au moment où ils sont partis pour la réunion.

L'OCRIA des immigrés algériens en France n'a pas pu participer physiquement à la réunion pour des raisons de sécurité, mais a demandé à être considérée comme un groupe participant.

Le FOR, bien qu'il ait participé au début de la conférence -à laquelle il s'est présenté comme observateur en marge- s'est rapidement dissocié de la conférence, affirmant que sa présence était incompatible avec les groupes qui reconnaissent qu'il y a maintenant une crise structurelle du capital (voir vol II)".

Entre la deuxième et la troisième conférence, le groupe suédois För Komunismen était devenu la section suédoise du CCI et Il Nucleo et Il Leninista avaient fusionné pour devenir une seule organisation, Il Nuclei Leninisti.

La liste des groupes participants était la suivante : CCI, Battaglia, CWO, Groupe Communiste Internationaliste, L'Eveil Internationaliste, Il Nuclei Leninisti, OCRIA, qui a envoyé des contributions écrites. Le Marxist Worker's Group américain s'est associé à la conférence et aurait envoyé un délégué, mais il en a été empêché à la dernière minute.


[1] Publié dans Internationalism n°4, non daté, mais sorti vers 1973.

[2] Pour la liste des groupes qui y ont assisté ou ont soutenu les conférences, voir l'annexe.

[3] Obsolete Communism, the Left wing Alternative, Penguin 1969

[4] Ces groupes ont tous leur origine dans la scission de 1952 au sein du Parti communiste internationaliste en Italie. Le groupe autour de Damen a conservé le nom de Parti communiste internationaliste ; les "Bordiguistes" ont pris le nom de Parti communiste international, qui, après de nouvelles scissions, a correspondu à différentes organisations ayant chacune le même nom.

[5] Le sectarisme était un problème déjà identifié par Marx lorsqu'il écrivait : "La secte voit la justification de son existence et son point d'honneur non pas dans ce qu'elle a en commun avec le mouvement de classe mais dans le ‘schibboleth’ particulier qui la distingue du mouvement". Bien sûr, de telles formules peuvent être mal utilisées si elles sont prises hors contexte. Pour la gauche du capital, toute la Gauche Communiste est sectaire parce qu'elle ne se considère pas comme faisant partie de ce qu'elle appelle le "mouvement ouvrier" -des organisations comme les syndicats et les partis sociaux-démocrates dont la nature de classe a changé depuis l'époque de Marx. De notre point de vue, le sectarisme est aujourd'hui un problème entre organisations prolétariennes. Il n'est pas sectaire de rejeter les fusions prématurées ou l'adhésion qui couvrent des désaccords réels. Mais il est certainement sectaire de rejeter toute discussion entre groupes prolétariens ou d'écarter le besoin d'une solidarité de base entre eux.  

[6] Ce débat a donné lieu à une résolution sur "Les groupes politiques prolétariens" lors du deuxième Congrès du CCI, publiée dans la Revue internationale n° 11.

[7] Le début des années 70 voit aussi la montée de groupes "modernistes" qui commencent à mettre en doute le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière et qui ont tendance à considérer les organisations politiques, même lorsqu'elles sont clairement en faveur de la révolution communiste, comme de simples "rackets". Voir les écrits de Jacques Camatte. Ce sont les ancêtres de la tendance actuelle des "communisateurs". Un certain nombre de groupes contactés par Internationalism en 1973 sont partis dans cette direction et ont été irrémédiablement perdus: Mouvement Communiste en France (pas le groupe autonome existant, mais le groupe autour de Barrot/ Dauvé qui avait initialement fait une contribution écrite au meeting de Liverpool), Komunsimen en Suède et, dans un certain sens, Solidarity au Royaume-Uni qui partage avec ces autres groupes la grande fierté d'avoir dépassé le marxisme.

[8] "Le sectarisme, un héritage de la contre- révolution à dépasser", Revue internationale n° 22.

[9] Une expression précoce de la tendance "hekmatiste" qui existe aujourd'hui sous la forme des partis communistes ouvriers d'Iran et d'Irak -une tendance qui est encore souvent décrite comme communiste de gauche mais qui est en fait une forme radicale du stalinisme. Voir notre article en anglais "Worker Communist Parties of Iran and Iraq : the dangers of radical stalinism" "Les partis communistes ouvriers d'Iran et d'Irak : les dangers du stalinisme radical".

[10] Revue internationale n° 28, Convulsions actuelles du milieu révolutionnaire, et Revue internationale n° 32, Le PCI (Programme Communiste) à un tournant de son histoire.

[11] Nous reviendrons sur le problème du parasitisme politique dans la seconde partie de cet article.

[12] Organizzazione Comunista Internazionalista.

[15] Lire "La fraction externe du CCI" dans la Revue internationale n° 45.

[16] Dans l'introduction à "Contribution à une critique de la philosophie du droit de Hegel"

[17] Voir les deux rapports sur la question de l'organisation de la Conférence extraordinaire de 1982 : sur la fonction de l'organisation révolutionnaire (Revue internationale n°29) et sur sa structure et son mode de fonctionnement (Revue internationale n°33).

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Mai 68