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Gomulka était-il trotskiste ?

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  • Internationalisme - année 1948
  • Internationalisme (GCF) n°38 - octobre 1948

Un vent de rébellion a passé sur les plaines polonaises. Mais le souffle court est venu, en la personne de Gomulka, s'affaler dans un fauteuil, y confesser ses péchés nationalistes. Comparée à l'épuration sans à-coups du stalinisme roumain, celle menée dans les rangs staliniens en Pologne semble singulièrement plus animée. C'est qu'Anna Pauker, en ménagère avisée sait laver son linge sale en famille. C'est surtout que la situation intérieure de la Pologne ainsi d'ailleurs que l'attitude adoptée par Belgrade à l'encontre des semonces et représailles du Kremlin rendait pressante autant qu'inévitable une mise au pas des velléitaires du "déviationnisme".

En Pologne, à l'instar des autres pays européens sous la coupe du stalinisme moscovite, la politique des prébendes du capital d'État s'est axée sur un développement forcené de l'industrie, complétée par une "collectivisation" des terres. Les motifs en sont multiples. Historiques : la liquidation physique ou la fuite au cours de la guerre des grands propriétaires a donné mainmise, aux dirigeants du nouvel État polonais, sur l'essentiel du capital social existant encore en 1945-46. Ces dirigeants se trouvent face aux problèmes que pose la colonisation des territoires ex-allemands en même temps que la reconstruction d'un pays atrocement dévasté. On notera aussi qu'en Pologne les seules couches sociales où se peuvent recruter les agents directs de Capital d'État sont celles des techniciens et fonctionnaires du parti d'État s'appuyant sur les masses ouvrières et les contrôlant, et tenant les paysans en main par leur contrôle des stations de tracteurs ; distributions des semences, engrais, etc. Enfin, la Russie, qui a besoin de compléments à son industrie, s'est décidée -après pillage- à soutenir quelque peu la politique d'industrialisation par prêt et "remises" sur "réparations".

Cependant, la pénurie en outillage principalement a dû faire la Pologne se retourner vers l'ouest, vers les États-Unis et les pays marshalliens. Des accords ont été passés, des échanges effectués qui ont donné à réfléchir aux Gomulka et autres dirigeants de l'appareil étatique. Le lourd tribut prélevé par la Russie leur a paru disproportionné par rapport à l'aide effectivement fournie par elle. D'autant que la Russie a offert déjà tout ce qu'elle pouvait offrir : les grands territoires du nord et de l'ouest ou, si l'on peut dire, auquel manque un aval occidental.

D'autre part, Gomulka et ses sous-ordres du parti-État ou du ministère des territoires dits recouvrés se sont trouvés en tête d'une tendance visant au renforcement du caractère privé assez vaguement conféré à la propriété rurale lors de la réforme agraire ; lors aussi de la distribution des terres soustraites aux petits tenanciers ou hobereaux les 8.500.000 expulsés de manière ou d'autre. Gomulka et ses amis, ce faisant, traduisaient les désirs et les craintes conjugués de la paysannerie polonaise, soit 2/3 de la population polonaise. Leur politique, par un freinage dans l'organisation des kolkhozes ainsi que par un relâchement du contrôle étatique sur la production agricole, devait entraîner, à la campagne, une certaine extension du marché noir "accapareur de plus-value". D'où revendications sourdes et absentéisme dans la main-d’œuvre industrielle déjà rare à l'heure actuelle. Bierut et les sommités "dans la ligne" y ont mis le holà. L'opposition paysanne, latente, trouvera là quelque appoint ; la condition ouvrière n'en sera pas spécialement améliorée. En résumé, le limogeage, temporaire ou non, de Gomulka et de ses pareils clôt un débat entre bureaucrates avides. Les uns conscients des impératifs géographiques et des nécessités immédiates ont fait venir à résipiscence les autres, ceux qui, pour eux tout seuls, voulaient garder le gâteau polonais.

***

Aux yeux de Trotsky et selon qu'ils étaient ou non en grâce auprès de Staline, des personnages tels Zinoviev et Kamenev devenaient des "capitulards éhontés", des militants honnêtes et "non-carriéristes". Ses épigones ont-ils plus de suite dans le jugement ? Dans leurs fictions historiques, hier encore contées, Tito et sa clique représentaient "en potentiel... l'un des éléments de la dualité de pouvoir créée en partant de l'action de masses". Aujourd'hui, Tito rejette l'ultimatum du Kremlin et supervise, en conséquence, le congrès du parti d'État yougoslave. Que béni soit son nom ou, plus exactement, celui de la "révolution socialiste yougoslave" (sic !). C'est qu'il exprime "dans des conditions très particulières, la contradiction entre les aspirations révolutionnaires des masses et le rôle contre-révolutionnaire de la direction stalinienne". Pour tout dire, selon les trotskistes, ce serait les "masses ouvrières" de Yougoslavie qui auraient obligé Tito à "résister" au Kremlin.

Telle analyse en prend à son aise avec le déroulement des faits. Pour elle, "l'attirance du dollar est calomnie, au moins pour l'immédiat". Voire ! Il suffira, à ce propos, de consulter les chiffres cités dans le dernier numéro de notre bulletin. Ou bien, peut-être les trotskistes songent-ils à remplacer les exportations et investissements éventuels des anglo-saxons en Yougoslavie par des envois massifs d'épîtres à ce qu'ils appellent le PC yougoslave. Toujours est-il, les USA sont aujourd'hui les seuls dispensateurs de matériel d'équipement industriel et agricole, en même temps que les banquiers du monde.

Pour réaliser son plan d'industrialisation, la Yougoslavie a dû se tourner vers eux. Et bientôt, la vagissante "démocratie populaire" a vu trancher le cordon qui la liait au Kremlin. Intégrées qu'elles sont à l'État par le contrôle policier, par les syndicats, le parti unique, le rationnement alimentaire, etc., les masses ouvrières, en tant que luttant pour leurs objectifs de classe, n'ont en rien pesé sur le cours des événements. Lorsqu'une faction s'est dressée, qui entendait demeurer l'administrateur délégué du capital d'État russe dans les territoires yougoslaves, Tito et Rankovic, son grand maître de la police, l'ont mis à l'ombre.

Des "trahisons idéologiques" que le stalinisme de stricte observance dénonçait chez Tito, il les a, mutatis mutandis, retrouvées chez Gomulka. Mais moins fortement assise, la situation de ce dernier ne lui a pas permis de sauter le pas, d'entrebâiller la porte aux capitaux anglo-saxons. L'ex-Thorez polonais, bien sûr n'est pas plus trotskiste que le maréchal yougoslave. Mais, moins heureux que ce dernier, il ne recevra pas même une petite lettre du "SI" de la IV°. Honte, honte à ce capitulard et arriviste !

La bourgeoisie yougoslave a changé de tuteur. Et le trotskisme, illico, de rendre hommage "à ce parti de travailleurs révolutionnaires" qui, maintenant, va comprendre "la véritable signification des procès de Moscou" !!! Mais, il n'est pas exagéré d'affirmer la dernière évolution trotskiste annonce l'agonie de ce qui fut, en fin de compte, un courant de la pensée révolutionnaire. La guerre qui vient en rangeant, qu'il le veuille ou non, Tito dans "le camp américain" balaiera tout le fatras phraséologique qui va venir de la Rome du trotskisme. Mais, pour ceux de ses militants qui se refusent à opter pour l'un ou l'autre camp des impérialistes, le moment est encore d'assainir leurs cerveaux. Le temps presse !

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Liens transversaux de livre pour Gomulka était-il trotskiste ?

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