Avec la vague de protestation populaire qui a inondé les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine, pour faire « dégager » Bouteflika et son clan, le vieux président a fini, semble-t-il par céder sous la pression de son « peuple » : «Il n'y aura pas de cinquième mandat et il n'en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m'assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l'assise des fondations d'une nouvelle République en tant que cadre du nouveau système algérien que nous appelons de tous nos vœux» (message de Bouteflika à la nation, diffusé par les medias le 11/03/2019). Première étape d’une victoire du peuple pour un projet démocratique nous disent les médias ! Alors que la foule en liesse criait « victoire !», le président sortant a fini par annoncer qu’ « il n’y aura pas d’élection présidentielle le 18 avril prochain. Il s’agit ainsi de satisfaire une demande que vous avez été nombreux à m’adresser » La colère populaire a été galvanisée par cette déclaration. Pour la population algérienne, ce départ est clairement apparu comme un faux départ, une contorsion de Bouteflika et son clan pour prolonger son mandat sans passer par la case…électorale. Quelle farce ! Dans les manifestations, on pouvait entendre « Il faut que le peuple soit souverain, qu'il décide de son destin et de son avenir et de son Président» ; « Avec le départ de Bouteflika, nous pourrons avoir de nouveaux partis politiques qui peuvent émerger et nous donner une nouvelle Algérie».
Ces jeunes, précaires, chômeurs, lycéens, étudiants qui se sont portés à la tête de la contestation, entrainant derrière eux des familles entières, des catégories sociales de toute sorte, boutiquiers, petits commerçants, fonctionnaires, etc… sont mobilisés depuis le 22/02/2019 par centaines de milliers. Du jamais vu contre la candidature d’un cinquième mandat présidentiel de Bouteflika, dénonçant son système corrompu. Le discrédit de Bouteflika au sein de la population est tellement fort que personne ne croit à son discours de départ, Les manifestations massives continuent pour exiger la fin du système « boutef » et l’instauration d’une « vraie démocratie ».
La classe ouvrière en Algérie ne doit pas se raconter des histoires. Quelle que soit la clique au pouvoir, son sort sera toujours celui d’être une classe exploitée. Dans cette union nationale « populaire » pour chasser toute cette clique de dirigeants haïe, le prolétariat est complètement noyé dans le « peuple algérien», au milieu de secteurs de la bourgeoisie « progressiste», de la petite bourgeoisie, des intellectuels et autres « démocrates » nationalistes. Le terrain de la défense de la démocratie bourgeoise, le terrain nationaliste aspirant à une « Algérie nouvelle », n’est pas celui de la classe ouvrière. Défendre la démocratie bourgeoise et son cirque électoral, aspirer au renouveau de la nation algérienne, c’est abandonner le combat contre l’exploitation.
C’est toujours la classe dominante qui gagne les élections ! Quelle que soit la fraction dirigeante au pouvoir, tous les gouvernements, tous les chefs d’Etat dans tous les pays du monde n’ont qu’une seule fonction : gérer le capital national, défendre les intérêts et préserver les privilèges de la bourgeoisie sur le dos de la classe ouvrière. Certes le clan Bouteflika s’est montré particulièrement méprisant, arrogant, étalant ostensiblement sa richesse alors que la majeure partie de la population vit dans des conditions de misère effroyable. Mais il suffit de voir ce qui se passe dans les pays où règne une « démocratie pluraliste », où les gouvernements de droite comme de gauche se sont succédé : la classe ouvrière y subit la même exploitation ; la misère, le chômage, la dégradation de ses conditions de vie et de travail, les attaques sur les salaires n’ont fait que se développer d’année en année. Les prolétaires en Algérie ne doivent pas se laisser envoûter par les chants de sirènes des syndicats qui les appellent à rejoindre la contestation populaire en organisant une grève générale. Une grève non pas contre la misère, l’exploitation, la dégradation de toutes les conditions de vie, mais pour remplacer Bouteflika par un « bon » chef d’Etat soucieux des intérêts du « peuple » et pour la construction d’une « Algérie nouvelle » toutes classes confondues. Tous ces partis menteurs, ces « hommes providentiels », ces syndicats saboteurs de la lutte de classe, promettent aux exploités en Algérie un avenir radieux dans une « Algérie nouvelle », plus démocratique, alors que l’ensemble du monde capitaliste plonge de plus en plus dans une crise économique qui frappe de plein fouet la classe ouvrière mondiale. Le prolétariat en Algérie sait ce que veut dire se battre contre l’exploitation. Dans le passé, il a su mener des grèves dans différents secteurs, il a su faire face à la répression de la clique Bouteflika. Il ne doit pas se bercer d’illusions : demain, même si Bouteflika « dégage », ce sera cette même répression qui s’abattra sur la classe exploitée si elle ose vouloir défendre ses propres intérêts en se mobilisant sur son propre terrain de classe, une répression commanditée par un gouvernement « new look » et démocratiquement élu.
En Algérie, comme dans l’ensemble du monde capitaliste, le prolétariat doit rejeter la mystification électorale bourgeoise et le poison du nationalisme. Bouteflika, ce potentat sénile, n’est que la personnification d’un système capitaliste mondial sénile qui n’a rien à offrir aux exploités que toujours plus de misère et de répression. En Algérie, comme dans tous les pays, il n’y a qu’une seule alternative : la lutte autonome des prolétaires contre leurs exploiteurs !
Raymond.
Le CCI vient de tenir six réunions publiques en France sur le thème “Pourquoi les prolétaires doivent défendre leur autonomie de classe”. Cette intervention, dans le contexte du mouvement des “gilets jaunes” qui perdure depuis de nombreuses semaines en France, était rendue nécessaire pour répondre à de nombreuses questions concernant cette lutte, questions posées par le prolétariat en général et par de nombreux éléments en voie de politisation. Nous avons, en effet, pu entendre dans les médias comme dans le milieu politique, que ce mouvement est une manifestation inédite de la lutte de classe, quelque chose de comparable à la grève générale de Mai 68. Nous rejetons cette analyse et renvoyons nos lecteurs à nos articles publiés depuis le début de ce mouvement.
Dans ces réunions publiques, il était important de pouvoir répondre directement à nos sympathisants et nouveaux éléments intéressés à comprendre ce mouvement, important surtout de rappeler pourquoi la classe ouvrière ne peut se laisser noyer dans un mouvement interclassiste sous peine d’être happée par des idéologies réactionnaires et anti-prolétariennes comme le nationalisme patriotard, la xénophobie, le racisme anti-immigrés. La classe ouvrière est une classe d’immigrés et son mot d’ordre est : “Les prolétaires n’ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays unissez-vous !”
Il était donc nécessaire de rappeler et débattre sur ce que représente l’interclassisme comme danger et mieux comprendre le besoin d’autonomie de la classe ouvrière pour mener son combat. Ces questions ne sont pas simples et ne sont pas des “élucubrations idéalistes” comme un participant nous l’a reproché lors de la réunion publique à Lyon, par exemple.
Ces notions de classes, d’interclassisme, d’autonomie de classe sont-elles aujourd’hui secondaires, à relativiser et à “adapter” au contexte immédiat dans lequel se trouve le prolétariat ? Sont-elles devenues carrément obsolètes ? Le combat prolétarien peut-il trouver de nouvelles voies ou des raccourcis pour renouer avec sa perspective révolutionnaire ? Toute convulsion sociale est-elle bénéfique pour le combat de la classe ouvrière ? Rien n’est plus faux !
L’interclassisme est un obstacle majeur pour la lutte du prolétariat, pour sa conscience et la défense de ses propres intérêts de classe révolutionnaire, la seule capable de mettre fin au chaos capitaliste.
Parmi les personnes présentes lors de ces réunions publiques, certaines rencontraient le CCI pour la première fois, d’autres représentaient le milieu politique prolétarien (des militants du courant bordiguiste étaient présents à la réunion publique de Marseille).
Les discussions qui se sont déroulées dans plusieurs grandes villes de France (Paris, Lille, Toulouse, Lyon, Marseille, Nantes) ont toutes confirmé le besoin de clarifier et comprendre la situation sociale du moment et les perspectives du combat prolétarien.
Contrairement à d’autres réunions publiques du passé, où les groupes du milieu politique avançaient prioritairement leurs divergences avec le CCI, nous nous sommes retrouvés ensemble avec ces camarades pour défendre une voix prolétarienne et une position marxiste face à l’interclassisme (sans gommer pour autant nos divergences). Nous voulions saluer cet état d’esprit responsable pour défendre l’héritage du marxisme et de la Gauche Communiste à l’heure où d’autres jettent à la poubelle cet héritage et sapent dans le même temps tout l’effort de clarification face aux idéologies conservatrices et réactionnaires.
La présence encore très limitée d’éléments politisés lors de ces réunions publiques a aussi une signification que nous devons reconnaître, indépendamment du fait qu’il y ait eu des manifestations de “gilets jaunes” au même moment. Cette réalité reste surtout liée aux grandes difficultés que connaît la classe ouvrière actuellement (notamment sa perte d’identité de classe), à l’intense propagande bourgeoise générant la méfiance envers les idées révolutionnaires. Tout cela entrave fortement la réflexion et amène même les prolétaires les plus combatifs à la sous-estimation de tous les dangers que l’interclassisme représente pour la lutte ouvrière aujourd’hui.
Tous les éléments présents lors de ces réunions publiques ont exprimé un besoin de clarification politique et de résistance à tous les discours sur la prétendue “bouffée d’oxygène” qu’aurait pu avoir le mouvement des “gilets jaunes” pour la classe ouvrière et sa conscience. Ce soi-disant “espoir” qu’entretient sciemment l’idéologie dominante est encore une fois une illusion très dangereuse. Nous voulions donc saluer la richesse des débats, cet effort de réflexion et de clarification politiques, se situant à contre-courant du climat politique ambiant qui veut faire croire que “tout ce qui bouge” dans la rue est nécessairement “révolutionnaire”.
Néanmoins, les débats dans ces réunions publiques ont aussi exprimé toutes les difficultés à comprendre en profondeur les questions cruciales posées par le mouvement des “gilets jaunes” :
– Qu’est-ce qu’un mouvement interclassiste ?
– Que représentent les couches intermédiaires, petites bourgeoises ?
– Qu’est-ce que l’autonomie de classe du prolétariat ?
– Qu’est-ce que la classe ouvrière en tant que seule classe révolutionnaire au sein de la société ?
– Que signifie la perte de l’identité de classe pour le prolétariat ? Quelles sont ses faiblesses aujourd’hui et comment peut-il retrouver cette identité de classe ?
– Quel est le poids de la décomposition du capitalisme sur la société, sur le prolétariat et sur le mouvement des “gilets jaunes” ?
– Quelle est la responsabilité des organisations révolutionnaires dans la transmission des leçons des combats de classe du passé et dans la défense de la perspective révolutionnaire pour les combats à venir ?
Nous ne pouvons reprendre ici toutes ces questions. Nous nous attacherons à rendre compte du débat sur les deux premières.
Même si la quasi-totalité des participants a exprimé son accord avec la dimension interclassiste du mouvement, la compréhension en profondeur de ce que représente et signifie l’interclassisme est restée encore assez superficielle.
À Lille, par exemple, des sympathisants ont exprimé l’idée “qu’il y avait des choses positives qui sortaient du mouvement et qui pouvaient participer au développement de la conscience dans la classe”. L’un d’eux a notamment affirmé que “le mouvement avait permis de faire comprendre qu’on est tous les mêmes”.
En réalité, c’est faux. Dans ce mouvement, on trouve aussi bien des petits entrepreneurs, des artisans, des professions libérales et des agriculteurs, que des ouvriers paupérisés qui se sont égarés par désespoir dans ce mouvement général de colère contre les attaques du gouvernement Macron. La réalité est que les intérêts des uns et des autres ne sont pas les mêmes. Dans les couches intermédiaires, petite bourgeoisie en tête, la concurrence règne en maître et chaque petit patron est soucieux de préserver ses propres intérêts. La classe ouvrière, elle, ne possédant rien d’autre que sa force de travail, n’a pas d’intérêt individuel à défendre, séparé des autres et de l’intérêt général de la classe.
Une autre difficulté qui s’est exprimée dans les débats : la classe ouvrière était-elle présente en tant que telle dans le mouvement des “gilets jaunes” ? Lors de la réunion publique de Lille, un moment important de la discussion a été consacré à clarifier la nature du mouvement, la différence entre présence d’ouvriers dans la révolte des “gilets jaunes” et un réel mouvement prolétarien. Cette question est fondamentale. C’est un aspect sur lequel les participants à nos réunions se sont souvent focalisés, sans voir beaucoup plus en profondeur le danger de tirer un trait d’égalité entre les deux.
Malgré leurs revendications prolétariennes contre la baisse de leur pouvoir d’achat, les ouvriers présents ne se sont pas mobilisés sur leur terrain de classe, celui du prolétariat, mais en tant qu’individus et citoyens français. Dans les discussions, dans la rue, le mot “peuple” était dans toutes les bouches : “peuple bafoué”, “peuple ignoré”, “peuple travailleur”, et c’est, en effet, la colère du “peuple français” (et non pas de la classe exploitée) qui s’exprime dans ce mouvement. D’où La Marseillaise chantée régulièrement dans les manifestations, et le drapeau national tricolore brandi sur les ronds-points devenant l’étendard de ce mouvement interclassiste. Toutes ces expressions de nationalisme n’ont JAMAIS été remis en cause.
Ce concept nationaliste de “peuple français” ne peut déboucher que sur la dilution du prolétariat dans toutes les autres couches et classes sociales. En réclamant un référendum citoyen (le fameux RIC), une baisse des taxes, la demande d’un État plus “juste”, etc. tout cela ne peut conduire, dans certaines circonstances historiques, qu’à l’union nationale, à l’union sacrée des exploités avec leurs propres exploiteurs.
La nature de classe d’un mouvement social n’est pas déterminée par sa composition SOCIOLOGIQUE mais par son orientation POLITIQUE et ses méthodes de lutte.
Nous devons affirmer haut et fort que la notion de “peuple français” n’appartient pas au vocabulaire du marxisme et du mouvement ouvrier, et cela depuis les journées de Juin 1848. Le drapeau tricolore de la Révolution de 1789 a été par la suite celui des Versaillais, massacreurs de la Commune de Paris, alors que les communards avaient remplacé ce drapeau par le drapeau Rouge, devenu le symbole du mouvement ouvrier et de l’internationalisme. La référence des “gilets jaunes” est la Révolution française de 1789 où la révolte populaire des “sans-culottes” contre la famine avait permis à la bourgeoisie, asphyxiée par les taxes fiscales, de prendre le pouvoir politique et de se débarrasser de la noblesse qui avait le privilège de ne pas payer d’impôts.
Sur cette question, certains sympathisants du CCI ont relativisé cet aspect et ont estimé que “les références à 1789, les chants de la Marseillaise ne sont pas conscients, mais résultent d’un manque de connaissance de ce que cela recouvre”, ce qui est vrai. Mais est-ce une question secondaire, un simple détail sans importance ? Contrairement à la révolution de 1789, lors des journées insurrectionnelles de Juin 1848, le prolétariat a dû et est parvenu à se détacher des autres couches sociales pour s’affirmer comme classe indépendante, et comme seule force révolutionnaire de la société. Le Manifeste communiste est devenu alors le programme révolutionnaire de la classe porteuse du communisme, même si en 1848, comme le dit Marx, les conditions de la révolution n’étaient pas encore mûres. Beaucoup de participants à ces réunions publiques semblaient méconnaître cet épisode fondamental de l’histoire du mouvement ouvrier, permettant de donner un cadre historique et théorique aux débats.
L’autonomie de classe du prolétariat signifie son indépendance par rapport aux autres classes de la société, sa capacité à donner une orientation politique à l’ensemble des autres couches non exploiteuses. Cette indépendance de classe du prolétariat constitue une CONDITION INDISPENSABLE pour son action révolutionnaire visant, à terme, au renversement du capitalisme et à l’édification d’une société sans classes et donc sans exploitation de l’homme par l’homme. Les objectifs de la lutte du prolétariat n’a rien à voir avec les objectifs du mouvement nationaliste et “citoyen” des “gilets jaunes” : améliorer la démocratie bourgeoise, réformer le système capitaliste pour une meilleure répartition des richesses de la nation française, et une plus grande “justice fiscale”. C’est pour cela que la référence des “gilets jaunes” à la Révolution de 1789 et leur nostalgie de cette révolution du “peuple français” avec ses cahiers de doléances, tenues à l’époque par les curés des paroisses catholiques, est totalement réactionnaire.
Tous ces doutes et questionnements sur l’autonomie nécessaire de la classe ouvrière par rapport aux autres couches sociale sans devenir historique (notamment la petite bourgeoisie) traduisent, en réalité, une difficulté à comprendre ce qu’est la classe ouvrière en tant que classe révolutionnaire. Ces difficultés ne datent pas d’aujourd’hui et sont la base de discussions depuis de nombreuses années avec tout un milieu d’éléments qui se politisent et se questionnent sur la perspective révolutionnaire en se demandant qui ou quelle classe peut changer le monde. Ces difficultés sont encore renforcées par le fait que la classe ouvrière a subi un recul dans la conscience de sa propre identité, en oubliant momentanément son expérience passée faite de luttes glorieuses contre le capitalisme.
Malgré l’accord de nos sympathisants concernant le danger de l’interclassisme, la plupart d’entre eux ont exprimé l’idée que ce mouvement pouvait représenter une étincelle, une sorte de tremplin pour des mouvements prolétariens à venir. Certains camarades estimaient “normal que les prolétaires présents ne soient pas conscients, la conscience se développant dans la lutte et c’est donc aux révolutionnaires de leur montrer que le mouvement ne répond pas aux besoins de la classe et qu’il faut faire autre chose”. Cette analyse révèle de profondes illusions sur les potentialités du mouvement des “gilets jaunes” et la possibilité que celui-ci fasse surgir une dynamique de classe clairement prolétarienne. Une telle illusion occulte les dangers contenus dans ce mouvement interclassiste, notamment la contamination du prolétariat par des idéologies et de méthodes de luttes qui lui sont totalement étrangères. L’idée que ce mouvement serait une sorte de guide suprême pour la classe ouvrière ou un “tremplin” pour ses luttes, révèle également un manque de confiance dans les potentialités du prolétariat en tant que classe historiquement révolutionnaire.
Seul la méthode marxiste permet d’identifier quelles sont les forces sociales en mouvement, leur nature profonde, au-delà des simples apparences sociologiques. Quant aux rôles des révolutionnaires dans ce mouvement lui-même, il est totalement dérisoire. Ces derniers se situant à contre-courant de ce raz de marée interclassiste et nationaliste ne peuvent avoir aucun écho. Pour la grande majorité des “gilets jaunes”, les révolutionnaires apparaissent au mieux comme des “martiens” venus d’une autre planète, au pire comme des saboteurs de leur mouvement (ou des “indifférentistes”)
À Marseille, du fait de la présence à notre réunion publique de camarades du courant bordiguiste (qui publient “Le Fil Rouge”), le débat a permis d’approfondir la question du danger de l’interclassisme, en rappelant qu’en 1789, la révolution française contre la monarchie était un mouvement populaire interclassiste qui a permis à la bourgeoisie de prendre le pouvoir. Un camarade du “Fil Rouge” a apporté de nombreux arguments très profonds pour étayer notre analyse de la nature du mouvement des “gilets jaunes”. Ce camarade a, entre autre, rappelé qu’une des revendications des petits commerçants en “gilets jaunes”, étaient le boycott des hypermarchés et l’appel à faire ses courses dans les petits commerces de proximité. Si les ouvriers préfèrent aller au supermarché, c’est tout simplement parce que les denrées de première nécessité y sont beaucoup moins chères que dans les petits commerces de quartiers. Il est donc évident que les intérêts des ouvriers pauvres en “gilets jaunes” ne sont pas les mêmes que ceux des petits commerçants asphyxiés par la compétitivité des hypermarchés !
Les intérêts du prolétariat ne peuvent donc qu’être dilués au milieu des revendications propres à la petite bourgeoisie et aux petits patrons. Nous devons rappeler que la lutte de classe n’est pas une lutte “populaire” entre les “riches” et les “pauvres”, mais un combat de classe entre une classe exploiteuse et une classe exploitée.
Concernant la question de la violence, les débats n’ont pu vraiment se développer, faute de temps. Là encore, il sera important d’y revenir et de comprendre pourquoi la bourgeoisie a fait usage d’un tel degré de répression (face à un mouvement qui ne peut pas mettre en danger sa domination de classe) et pourquoi les confrontations des “gilets jaunes” avec les forces de l’ordre, assez spectaculaires, ne peuvent représenter un but en soi, un moyen de renforcer la lutte elle-même et de “faire plier” le gouvernement et encore moins de pousser Macron à la démission !
En conclusion, de multiples questions fondamentales restent encore à débattre. Pour les aborder, les clarifier, et comprendre les enjeux de la situation sociale actuelle, le cadre politique du marxisme basé sur l’histoire du mouvement ouvrier reste absolument fondamental.
Stopio, 1er mars 2019
“La constitution de l’IC éveille aussi de très mauvais souvenirs pour l’ensemble de la classe capitaliste et ses serviteurs zélés. En particulier, l’angoisse qu’elle eut au sortir de la Première Guerre mondiale devant le flot montant, et qui paraissait alors à tous inéluctable, de la vague révolutionnaire internationale. 1917 : révolution prolétarienne victorieuse en Russie en octobre, mutineries dans les tranchées ; 1918 : abdication de Guillaume II et signature précipitée de l’armistice devant les mutineries et la révolte des masses ouvrières en Allemagne ; mouvements ouvri-ers à partir de 1919 : insurrections ouvrières en Allemagne, instauration sur le modèle russe de républiques des con-seils ouvriers en Bavière et en Hongrie, début de grèves de masse ouvrières en Italie et en Grande-Bretagne, muti-neries dans la flotte et les troupes françaises, ainsi que dans des unités militaires britanniques, refusant d’intervenir contre la Russie soviétique...” (“1919 : fondation de l’Internationale communiste”, (Revue internationale n° 57).
L’Internationale communiste s’est formée pour donner une orientation politique claire à la recrudescence massive de la lutte de classe, pour montrer la voie de la conquête du pouvoir mondial par la classe ouvrière. À cette époque, il s’agissait d’une organisation très différente de ce qu’elle est devenue plus tard avec l’isolement, la dégénérescence et la défaite de la révolution en Russie (une simple agence pour la politique étrangère d’un État russe intégré au système impérialiste mondial). Les révolutionnaires d’aujourd’hui doivent donc reconnaître que l’histoire de l’IC est une partie vitale de l’histoire du mouvement ouvrier. Mais nous sommes également confrontés à la tâche de comprendre les faiblesses et les échecs de l’Internationale afin de construire le futur parti mondial sur les principes programmatiques et organisationnels les plus clairs possibles.
Le CCI invite tous ceux qui sont intéressés à débattre des leçons de cette expérience historique majeure lors de nos réunions publiques qui seront organisées :
Retrouvez toutes les dates et lieux de cette réunions publiques dans notre rubrique "agenda" [5]
Lors de la dernière journée de grève générale du 5 février, appelée par la CGT, les CRS ont encore envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation qui se déroulait dans le calme à Paris. Les forces de l’ordre n’ont pas hésité une fois de plus à tabasser lâchement des femmes et des retraités qui défilaient tranquillement (avec ou sans gilet jaune) pour protester contre toutes les mesures d’austérité du gouvernement Macron. La répression aveugle qui s’est abattue sur les manifestations des “gilets jaunes” depuis quatre mois a également fait de nombreuses victimes, estropiées par les tirs de flashball et de grenades lacrymogènes de “désencerclement”. C’est lors du baptême du feu des CRS en 1947-48 que les flics républicains, aux ordres d’un gouvernement “socialiste”, avaient utilisé les premiers canons à eau et grenades lacrymogènes contre les luttes ouvrières, n’hésitant pas à se servir également de leurs armes pour assassiner froidement des prolétaires. Aujourd’hui, en plus des canons à eau et des grenades lacrymogènes modernisées, l’État démocratique de la Ve République a encore sophistiqué ses armes de répression avec la production et l’utilisation des LBD (flashballs).
La classe ouvrière ne doit pas se faire d’illusion : plus la bourgeoisie va attaquer les conditions de vie des exploités, plus elle va renforcer son État policier. Ce ne sont pas les manifestations-balades derrière les syndicats ou les “gilets jaunes” qui vont faire reculer et affaiblir le Moloch capitaliste.
“Pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d’arbres de la liberté, par des phrases sonores d’avocat, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, de la mitraille enfin, de la misère toujours”. (Auguste Blanqui).
C’est à la suite de la révolte des Canuts à Lyon en 1831 et des journées insurrectionnelles de juin 1848 à Paris que la bourgeoisie a créé, à Lyon en 1851, sa première police d’État (dans la continuité de celle instituée par Colbert sous le régime monarchique de Louis XIV). Mais face au développement du prolétariat, ces compagnies de Police d’État créées dans les grandes villes (et placées sous l’autorité des maires) étaient insuffisantes pour le maintien de l’ordre. Il fallait donc créer une force de répression mobile distincte de l’armée et capable d’intervenir sur tout le territoire français. Ce rôle fut dévolu à la Garde nationale, qui existait depuis 1799, et qui était une milice dans laquelle s’étaient engagés beaucoup d’éléments de la bourgeoise qui payaient leur équipement pour intégrer ses rangs.
Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, après la défaite de l’armée française à Sedan, le 4 septembre, le gouvernement républicain de la Défense nationale est mis en place. Le 6 septembre, tous les électeurs inscrits dans la ville de Paris sont enrôlés dans la Garde nationale, cette même Garde nationale qui, en juin 1848, avait massacré les prolétaires insurgés. 590 000 citoyens sont ainsi mobilisés et vont participer à la défense de Paris assiégée par l’armée prussienne.
Dès octobre 1870, des bataillons de gardes nationaux, composés majoritairement, cette fois-ci, d’ouvriers en uniforme, étaient influencés par les idées de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT). Entre le 1er février et le 3 mars 1871, 2 000 délégués réunis élaborent, puis adoptent, les statuts d’une Fédération républicaine de la Garde nationale avec un Comité central élu. Celui-ci s’oppose à toute éventuelle tentative de désarmement de la Garde nationale laquelle ne voulait reconnaître d’autres chefs que ceux qui seraient élus. Le 18 mars, après la signature de l’armistice entre la France et la Prusse, le gouvernement de Thiers réfugié à Versailles, tente de faire reprendre par l’armée les canons de Belleville et Ménilmontant. Les gardes nationaux s’y opposent estimant que ces canons leur appartiennent puisqu’ils avaient contribué à les acheter. Ils sont appuyés par les soldats envoyés par Thiers qui se retournent contre leurs officiers. Dans les affrontements, deux généraux versaillais sont tués. La Commune de Paris est proclamée. C’est la Garde nationale qui va assurer sa défense, du 18 mars au 28 mai 1871.
Après la répression sanglante de la Commune, Thiers dissout le 25 août 1871, les Gardes nationales dans toutes les villes de France. La bourgeoisie avait compris qu’il ne fallait plus laisser les armes entre les mains du prolétariat. La Garde nationale est définitivement supprimée.
En 1936, Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur radical-socialiste, lance l’idée d’une force mobile de police : les Groupes Mobiles des Gardiens de la Paix “chargées par une surveillance constante, d’assurer le maintien de l’ordre et la sécurité publique sur l’ensemble de la zone où fonctionnera la Police d’État. Centralisées dans les agglomérations les plus importantes, ces forces pourront être déplacées à tout instant pour suppléer à l’absence ou à l’insuffisance de moyens d’action sur tous les points de la région où le besoin s’en fera sentir”. (Lettre d’Albert Sarraut au président de la IIIe République, Albert Lebrun, 11 mars 1936).
En août 1941, la Police Nationale est créée par Pétain et remplacera les Gardiens de la Paix. C’est en s’inspirant de ces groupes mobiles de “Gardiens de la Paix” que Pétain décide, en 1941, de créer les GMR (“Groupes Mobiles de Réserve”). Ces unités paramilitaires de la police nationale constituées en “zone libre [8]”, placée sous l’autorité du préfet régional, ont été déployées, fin 1942, dans toute la France occupée, avant d’être mobilisées dans la lutte contre le maquis de la Résistance à partir de la fin 1943.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, De Gaulle maintiendra la police nationale du régime de Vichy qui regroupait trois corps : les forces mobiles de maintien de l’ordre, la Police Judiciaire, et les services des Renseignements Généraux.
En août 1944, lors de la Libération de Paris, les forces de police ont été obligées de retourner leur veste sous peine de se faire lyncher par les FFI et la population. Malgré la complicité de la Préfecture de Paris dans la “solution finale” du régime nazi (c’est elle qui est en première ligne dans la rafle de 13 000 juifs les 16 et 17 juillet 1942 – la rafle du Vel’ d’Hiv’), De Gaulle va lui décerner la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre pour son courage et sa “loyauté” dans l’insurrection contre l’armée d’occupation allemande. Néanmoins, De Gaulle va procéder à l’épuration de la police en dissolvant immédiatement les GMR, trop marqués par le pétainisme, pour les remplacer par une nouvelle police de maintien de l’ordre ; les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) composées en partie de résistants des FFI, dans lesquels se trouvaient de nombreux Francs-Tireurs et Partisans inféodés au PCF.
Depuis la Libération, l’État policier, constitué par le gouvernement de Vichy, ne cessera de se renforcer (sous la IVe République de 1946 et la Ve République de 1958) jusqu’à nos jours.
Pour reconstruire l’économie nationale dévastée par la guerre, il fallait imposer au prolétariat une impitoyable surexploitation. Les prolétaires, après avoir subi les sacrifices de la guerre et de l’Occupation, étaient appelés à “retrousser les manches”, à “produire d’abord et revendiquer après”, selon l’expression du PCF qui entre en 1945 dans le gouvernement tripartite (PCF, SFIO socialiste, MRP démocrate-chrétien). Dans les bassins miniers, le PCF (sur le modèle de la politique stakhanoviste menée par Staline en URSS) se fera le principal chantre de la “bataille du charbon”, principale source d’énergie dont dépendait la reconstruction de l’économie nationale. Pour contenir les luttes ouvrières qui risquaient d’exploser contre la dégradation des conditions de vie des prolétaires, l’État policier s’est doté d’une police anti-émeute musclée. Le gouvernement Ramadier et son ministre de l’Intérieur “socialiste” Jules Moch avait confié aux CRS le soin de faire le sale travail de répression des luttes la classe ouvrière.
La première grève éclate à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt au printemps 1947. Face à l’inflation galopante, la hausse du prix du pain, la pénurie alimentaire et les cadences infernales, les ouvriers réclament une augmentation des salaires de 10 francs. La grève éclate le 25 avril à l’initiative de quelques ouvriers (trotskistes et anarcho-syndicalistes). Dès le début, Plaisance, le dirigeant CGT de Renault déclare : “Ce matin, une bande d’anarcho-hitléro-trotskistes a voulu faire sauter l’usine”. Malgré les tentatives des dirigeants de la CGT de casser la grève, celle-ci s’étend à tous les ateliers de Renault. Le 5 mai, les quatre ministres du PCF sont exclus du gouvernement pour avoir voté, en tant que députés, contre la politique de Ramadier de renforcement des mesures d’austérité.
Après l’expulsion du PCF du gouvernement, les dirigeants de la CGT inféodée à ce parti, prennent le train en marche et se rallient aux grévistes pour prendre le contrôle du mouvement qui s’étend à plusieurs autres secteurs. Le gouvernement négocie avec la CGT et finit par accorder à tous les ouvriers de Renault une prime de 1600 francs et une avance de 900 francs sur les salaires. Ce qui a permis à la CGT de faire voter la reprise du travail.
Dans le contexte de la “guerre froide” initiée par le Plan Marshall, le PCF cherche à revenir au gouvernement. Son seul moyen de pression pour déstabiliser le gouvernement est d’instrumentaliser la classe ouvrière en poussant la CGT à se radicaliser sur le front social. Le 10 [9] novembre 1947, après la victoire du RPF gaulliste à la municipalité de Marseille, l’augmentation du prix des tickets de tramway met de nouveau le feu aux poudres, avec des grèves et des manifestations massives, cette fois sous le contrôle total de la CGT. Quatre membres de la CGT sont arrêtés. Immédiatement, 4 000 ouvriers dirigés par la CGT envahissent le Palais de Justice exigeant la libération de leurs camarades. Ils se rendent également à la mairie et insultent le nouveau maire gaulliste de la cité phocéenne (Michel Carlini). La CGT entraîne ensuite les ouvriers dans une action commando : l’attaque de nuit des bars louches dirigés par la mafia marseillaise. Un jeune ouvrier (Vincent Voulan) est alors abattu par les gangsters de la bande mafieuse de Mémé Guérini (ami de Gaston Deferre pendant et après la Résistance). Le jour de ses funérailles, le 14 novembre, trois salariés sur quatre étaient en grève à Marseille.
Le 4 décembre, le nouveau ministre de l’Intérieur, Jules Moch, décide la dissolution et le remplacement de deux compagnies sur trois des CRS de Marseille. Ces compagnies, qui avaient été en bonne partie constituées par d’anciens résistants, étaient fortement influencées par le PCF et la CGT et elles s’étaient montrées hésitantes face aux “émeutiers”.
Le 17 novembre 1947, la grève s’étend aux mines de charbon sur tout le territoire, puis à tous les secteurs : Renault et Citroën, l’Éducation nationale [10], le BTP [11], la métallurgie, chez les dockers et dans toute la fonction publique. [12].
Le 29, à Saint-Étienne, 30 000 grévistes manifestent dans la rue et affrontent, pour la première fois, les CRS avec des barres de fer. Jules Moch mobilise toutes les forces de l’ordre, y compris des bataillons de l’armée et un régiment de parachutistes. Maurice Thorez s’inquiète de la radicalisation de la grève dans les bassins houillers.
Après le sabotage de la liaison ferroviaire Paris-Tourcoing (qui provoque le déraillement d’un train dans la nuit du 2 au 3 décembre faisant 20 morts et 50 blessés), le gouvernement négocie secrètement avec Thorez : il échange l’immunité de quatre militants du PCF contre l’appel à la reprise du travail. Bilan de la répression : 100 licenciements, 1 000 suspensions et 500 déplacements forcés de mineurs d’un puits à un autre.
Le 18 septembre 1948, trois décrets du ministre de la Production industrielle, Robert Lacoste, remettent en cause le statut des mineurs obtenu en 1946 : baisse de 10 % du personnel de surface et des employés administratif, licenciement en cas d’absence de six jours, mises à pied immédiatement applicable sans passer par une commission paritaire, remise en cause du régime spécial de Sécurité sociale concernant les accidents du travail et les maladies professionnelles, restriction du droit syndical (en plus de la suppression en septembre 1947, du salaire garanti). Ces attaques brutales contre le statut spécial des mineurs sont assénées alors que le pouvoir d’achat a encore baissé avec la hausse des prix et des loyers.
Le 4 octobre, 340 000 mineurs sont en grève dans toute la France et occupent les bassins miniers. C’est le début d’un mouvement qui va durer 56 jours. Les mineurs revendiquent l’abrogation des décrets Lacoste qu’ils estiment totalement illégaux en regard du statut du mineur, reconnu par la loi et la constitution.
Sans attendre la fin des négociations entre la CGT et le cabinet de Lacoste, Moch envoie immédiatement une gigantesque armada de blindés et de CRS dans les mines de charbon. Plus de 60 000 “hommes” décérébrés par l’infâme propagande “socialiste” de Jules Moch, transformés en machines à tuer juchées sur des automitrailleuses, ont été déployés autour des fosses. Le 7 octobre, à Merlebach en Lorraine, le mineur Jansek d’origine polonaise, est sauvagement abattu à coups de crosse par les CRS. D’autres seront tués aussi à Alès et à Firminy. Le 19 octobre, en Lorraine, les forces de l’ordre envahissent les camps où sont logés les mineurs étrangers (nord-africains et réfugiés espagnols). Ces hordes de CRS saccagent leurs baraquements et les conduisent de force à la mine. Des opérations similaires sont menées dans plusieurs bassins. Les journaux officiels aux ordres du gouvernement titrent (avec un cynisme sans nom) que la police “démocratique” au service du “peuple” a dû intervenir pour faire respecter la “liberté du travail”. Quant à la CGT, elle pousse à l’affrontement entre les ouvriers et dénonce les “jaunes”, alors que les ouvriers immigrés ont été traînés de force dans la mine et menacés d’être expulsés vers leurs pays d’origine (ce qui signifie, pour les réfugiés espagnols, d’être livrés à la répression sanguinaire de Franco).
La vengeance et la sauvagerie de la répression seront ignobles, comme en témoigne, entre autres, le traitement infligé au mineur Léon Léglise. Atteint de silicose et ne pouvant plus descendre au fond de la mine, il avait obtenu un poste d’ouvrier de surface. Pour le punir d’avoir participé à la grève, il sera renvoyé dans les puits et en mourra. Les mineurs licenciés ont aussi perdu leur logement et se sont retrouvés dans le dénuement le plus total avec impossibilité de retrouver du travail dans la région.
Pourquoi les CRS aux ordres du chien sanglant “socialiste” Jules Moch ont-ils assassiné à coups de crosse le mineur Jansek (avec les mêmes moyens employés par les Corps Francs du chien sanglant “socialiste” Noske pour assassiner Rosa Luxemburg en janvier 1919 à Berlin) ? Dans la commune de Creutzwald, en Moselle, un sous-lieutenant des CRS affirmera plus tard que le ministère de l’Intérieur avait envoyé en Lorraine les CRS de Clérmont en prétendant que la population de cette région, proche de la frontière franco-allemande, était… hitlérienne ! Ainsi, Jules Moch, pour s’assurer de la loyauté des CRS, devait raviver dans leurs esprits l’hystérie nationaliste et la haine revancharde anti-“boche” de la Libération. La grève n’était plus “l’arme des trusts” (selon l’expression du “communiste” Thorez en 1947), mais “l’arme des boches”, d’après le “socialiste” Jules Moch ! Comme le disait Goebbels, chef de la propagande nazie : “Un mensonge énorme porte avec lui une force qui éloigne le doute”.
C’est le même type de mensonges et de “fake news” que la bourgeoisie française et son État démocratique avait déjà utilisé en 1871 pour préparer la répression sanglante de la Commune de Paris : on racontait aux troupes versaillaises que les communards étaient des brigands, des voleurs, et des traîtres à la patrie ! De même, pour embrigader massivement, la fleur au fusil, les ouvriers et paysans dans la Première Guerre mondiale, la classe dominante faisait publier dans les journaux la “nouvelle” que les soldats du Reich violaient les femmes et égorgeaient les enfants ! De l’autre côté de la frontière, la propagande prussienne racontait que les français étaient des “sauvages” et des “cannibales” (parce que des soldats des troupes coloniales, notamment des tirailleurs sénégalais, étaient envoyés dans les tranchées comme chair à canons) !
Aujourd’hui, on veut faire croire aux téléspectateurs que derrière chaque manifestant déguisé en gilet jaune, se cache un antisémite néo-nazi, un anarchiste, un casseur, un terroriste islamiste, un extrémiste de gauche, etc. En chaque occasion, la classe dominante ne peut galvaniser ses forces de répression et intoxiquer la population qu’en semant la psychose et la paranoïa dans les esprits.
La grève des mineurs prend fin le 28 novembre 1948. Les “gueules noires”, engagées dans la “bataille du charbon”, ont été contraintes de reprendre le travail sans avoir obtenu l’abrogation des décrets Lacoste. La répression féroce et la militarisation du travail montre, s’il en était encore besoin, le visage hideux de l’ordre “républicain” et de ses sbires “socialistes”.
Comme le dira plus tard, le mineur Norbert Gilmez, licencié le 5 décembre 1948 (avant d’écoper d’une peine de prison) : “Nous avons été victimes du terrorisme d’État !”
Face à la répression, le PCF n’a pas lancé d’appel à la grève générale en solidarité avec les mineurs. Il savait que son ambition de revenir au gouvernement était désormais vaine. L’heure était encore à “retrousser les manches”. Le parti stalinien s’est contenté d’organiser la solidarité matérielle et l’aide humanitaire aux mineurs. Liberté, le journal du PCF du Nord-Pas-de-Calais, a payé la moitié des amendes infligées aux grévistes. Le PCF a également recueilli les messages et dons de solidarité qui arrivaient du monde entier (au total, 300 millions de francs seront récoltés en soutien aux mineurs). Les paysans apportaient de la nourriture, les dockers bloquaient l’arrivée de charbon étranger (et les dockers américains ont refusé de charger le charbon à destination de la France !). Les associations solidaires de la région parisienne ont envoyé des autocars pour aller chercher les enfants affamés.
Les images d’enfants montant dans ces autocars, ne pouvaient que rappeler les années noires de la guerre. Ces années où, sous le gouvernement de Vichy, des enfants juifs ont été séparés de leurs parents et recueillis par des familles de la zone libre et par des associations caritatives (comme l’Organisation de Secours aux Enfants) qui cherchaient à les sauver des camps de la mort.
C’est dans ce contexte que le slogan “CRS=SS” a été tagué par les “gueules noires” sur les murs des corons. À leurs yeux, les CRS aux ordres de Jules Moch (que les ouvriers appelaient Jules “Boche”) faisaient en effet, le même sale travail que les troupes d’occupation allemande. Ils ont fait même pire, à un certain égard. Lors de la grève des 100 000 mineurs des bassins du Nord-Pas de Calais, fin mai-début juin 1941, l’armée allemande avait exercé une répression brutale (plus de 200 arrestations, exécutions des “meneurs” et déportations de 270 grévistes). Cependant, l’administration nazie avait fini par accorder aux grévistes une petite augmentation de salaires, des rations de viande et de savon supplémentaires ainsi que des vêtements de travail, alors qu’en 1948, les mineurs ont été contraints de reprendre le travail en courbant l’échine, sans avoir rien obtenu ! La “démocratie” de la “France libre” n’avait rien à envier à la dictature de l’occupant nazi.
Vingt ans plus tard, en Mai 68, le slogan des mineurs “CRS=SS” est réapparu sur les murs des universités et des lieux publics. Les “enragés”, étudiants et jeunes ouvriers, l’avaient repris de leurs parents qui avaient vécu l’enfer de la militarisation du travail et la brutalité de la répression.
Le baptême du feu des premières Compagnies Républicaines de Sécurité, en 1948, a révélé au grand jour ce dont est capable la classe dominante, avec son “État de droit”, ses institutions “démocratiques”, son Parlement, ses élections, sa “liberté du travail” et sa police nationale au service du “peuple” (en réalité au service du Capital). (1) Il serait illusoire de croire que la violence dans la répression des luttes ouvrières appartient désormais au passé dans les pays “civilisés” et “démocratiques” de la vieille Europe !
“Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit ; c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. (…) Sur notre navire, nous transportions les trésors les plus précieux de l’humanité confiés à la garde du prolétariat, et tandis que la société bourgeoise, flétrie et déshonorée par l’orgie sanglante de la guerre, continue de se précipiter vers sa perte, il faut que le prolétariat international se reprenne, et il le fera, pour ramasser les trésors que, dans un moment de confusion et de faiblesse au milieu du tourbillon déchaîné de la guerre mondiale, il a laissé couler dans l’abîme. Une chose est certaine, la guerre mondiale représente un tournant pour le monde. C’est une folie insensée de s’imaginer que nous n’avons qu’à laisser passer la guerre, comme le lièvre attend la fin de l’orage sous un buisson pour reprendre ensuite gaiement son petit train” (Rosa Luxemburg, La crise de la social-démocratie).
Marianne, 5 mars 2019
1Pour illustrer cet article, nous invitons nos lecteurs à se référer à cet extrait d’un documentaire diffusé sur FR3 : https://www.youtube.com/watch ? v=Oxzyz6QkCT4 [13]
Nous publions ci-dessous l’exposé introductif aux réunions publiques que le CCI a organisé en France au mois de janvier.
L’idée très répandue, aussi bien par les médias de la bourgeoisie que par certains partis politiques, c’est que le mouvement des “gilets jaunes” est une manifestation inédite de la lutte de classe, quelque chose de comparable à la grève généralisée de Mai 68. Ce mouvement embrasse, en réalité, une panoplie très large de revendications, allant de l’annulation de la taxe sur le carburant et l’allègement des impôts jusqu’à l’augmentation du SMIC et/ou des retraites.
C’est pour cela que, parmi les “gilets jaunes”, on retrouve aussi bien des petits entrepreneurs à l’origine de cette mobilisation que des ouvriers qui se sont progressivement agrégés à ce mouvement de colère contre les attaques du gouvernement Macron. C’est pourquoi nous qualifions ce mouvement d’interclassiste. Les prolétaires sont en effet noyés dans ce magma informe. Malgré leurs revendications prolétariennes contre la baisse de leur pouvoir d’achat, ils ne se sont pas mobilisés sur un terrain de classe, en tant que membres de la classe ouvrière mais en tant que citoyens français. Ce mouvement des “gilets jaunes”, en tant que tel, s’est développé dès le début sur un terrain qui est opposé à celui de la classe ouvrière, tant dans ses méthodes de lutte que par certaines revendications étrangères au prolétariat. Évidemment, ce mouvement se situe aux antipodes du but historique du mouvement prolétarien : la lutte pour le renversement du système capitaliste ouvrant la perspective de l’abolition de l’exploitation et de l’esclavage salarié.
Le développement du capitalisme n’a pas fait disparaître les couches intermédiaires, situées entre les deux classes fondamentales de la société : le prolétariat et la bourgeoisie. Ces couches sociales intermédiaires sont composées de petits artisans, de petits entrepreneurs, des professions libérales, de secteurs de la paysannerie qui se sont mobilisés contre leur paupérisation, contre la dégradation de leurs conditions de vie. L’objectif de ces couches intermédiaires, et leur seule perspective, consiste à quémander à l’État le maintien des moyens leur permettant de continuer à vivre de leur petit business, de s’aménager une meilleure place au sein la société capitaliste.
Ces couches intermédiaires, du fait qu’elles ne sont pas intégrées dans le salariat, ne sont pas intéressées à l’abolition du capitalisme. Il n’en est pas de même pour le prolétariat dont la condition fondamentale est de vendre sa force de travail à la classe bourgeoise, puisque cette force de travail est la seule “richesse” qui permet aux prolétaires de survivre dans un monde dominé par la production de marchandises.
Pour le prolétariat, il ne s’agit pas de quémander quoi que soit à l’État capitaliste mais de lutter contre son exploitation et pour la défense de ses conditions de vie constamment attaquées par le capital avec l’aggravation de la crise économique. Le développement de ses luttes, la généralisation de son combat, leur unification est un véritable tremplin pour poser les jalons du renversement du capitalisme et pour instaurer une nouvelle société débarrassée de l’exploitation et de toutes ses conséquences : la barbarie, les guerres, la décomposition et le chaos social. Pour le prolétariat, son horizon, c’est le futur, et non pas les mesquins intérêts immédiats de la petite bourgeoisie.
Les luttes du prolétariat s’appuient sur une réalité matérielle : le travail associé. Cette association du travail est le cadre dans lequel la classe ouvrière puise sa force en tant que classe sociale antagonique à la bourgeoisie. Ses méthodes de luttes sont le produit de cette association. Les assemblées générales, l’organisation du prolétariat en comités de lutte, en comités de grève, en conseils ouvriers sont l’expression de cette association. La classe ouvrière dans ses luttes s’organise et développe, de manière consciente, un projet de société qui sera “une association de producteurs où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous” comme le disait Marx dans le Manifeste du parti communiste.
Le mouvement des “gilets jaunes” est bien loin de cette perspective car au sein de ce mouvement, c’est le besoin d’être reconnu comme de bons citoyens français qui a dominé. Pour les petits patrons en gilets jaunes, la principale motivation de leur colère, c’est la nécessité de se dresser contre les grandes entreprises capitalistes qui les étouffent, c’est la volonté de lutter contre l’augmentation des taxes fiscales qui asphyxie leurs petites entreprises. Nous sommes loin de la réalité prolétarienne, loin du travail associé. Contrairement au prolétariat, les couches sociales intermédiaires, notamment la petite bourgeoisie, qui dominent le mouvement des gilets jaunes, n’ont aucun projet révolutionnaire de transformation de la société ; elles sont fondamentalement conservatrices et même réactionnaires.
Les ouvriers qui se sont laissés entraîner dans ce mouvement, à la remorque des petits patrons, ne luttent pas sur leur terrain de classe. De ce fait, ils sont inévitablement happés par l’idéologie bourgeoise, par des idéologies réactionnaires et anti-prolétariennes comme le nationalisme patriotard, la xénophobie, le racisme anti-immigrés à tel point que parmi les 42 revendications initiales des “gilets jaunes” on trouve la revendication de l’expulsion des immigrés clandestins, avec l’idée répugnante et populiste qu’on ne veut pas que nos impôts servent à accueillir tous les migrants qui fuient la misère absolue et la barbarie guerrière de leur pays d’origine. Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des “gilets jaunes” a été soutenu dès le début non seulement par tous les partis de droite mais aussi par celui de Marine Le Pen, l’ex-FN. Contrairement au mouvement interclassiste des “gilets jaunes”, nous devons rappeler ici que la classe ouvrière est une classe d’immigrés et que son mot d’ordre est : “Les prolétaires n’ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays unissez-vous”.
Ce mouvement interclassiste se présente en réalité comme une révolte populaire, c’est la colère du “peuple français” qui s’exprime. On est tous unis parce qu’on est le peuple français. Sur les ronds-points et dans les manifestations de “gilets jaunes”, c’est à tue-tête que l’on entend chanter la Marseillaise avec le drapeau national tricolore comme étendard. Or, nous devons affirmer haut et fort que le drapeau tricolore était celui des Versaillais, des massacreurs de la Commune de Paris tandis que les communards avaient remplacé le drapeau tricolore de la Révolution de 1789 par le drapeau Rouge, devenu le symbole du mouvement ouvrier et de l’internationalisme. La référence historique des “gilets jaunes” est en effet la Révolution française de 1789 où la révolte populaire des “sans culottes” contre la famine avait permis à la bourgeoisie, asphyxiée par les taxes, de prendre le pouvoir politique et de se débarrasser de la noblesse qui avait le privilège de ne pas payer d’impôts.
Contrairement à la révolution française de 1789, la nouvelle classe exploitée qui est apparue sur les décombres de la société féodale, le prolétariat, ne peut plus faire alliance avec les couches sociales victimes aussi de l’augmentation de leurs impôts. Dès le début du mouvement ouvrier, le prolétariat a dû affirmer son autonomie de classe pour défendre ses propres intérêts de classe révolutionnaire ayant ses propres méthodes de lutte en lien avec son projet historique : le communisme. C’est ce projet révolutionnaire qui était déjà contenu dans la révolte des Canuts en 1830, dans les journées insurrectionnelles de juin 1848 ou dans la Commune de Paris de 1871.
Souvenons-nous que Marx, il y a 150 ans, avait identifié les journées insurrectionnelles de juin 1848 à Paris comme étant la première manifestation de l’autonomie de la classe destinée à devenir le fossoyeur du capitalisme, et ceci à une époque où le salariat ne s’était pas encore généralisé.
Au milieu du XIXe siècle, la bourgeoisie devait poursuivre l’achèvement de sa révolution en se débarrassant des vieux restes de la féodalité et instaurer un régime de démocratie parlementaire. Cependant, face à la grande crise économique de 1847, les masses populaires des villes et des campagnes ont été confrontées à la famine, ce qui a provoqué une série de soulèvements des masses urbaines de prolétaires ou de semi-prolétaires à Paris, Berlin, Vienne et d’autres villes. Comme le Manifeste du parti communiste l’a mis en évidence, le prolétariat était déjà devenu une force distincte des autres couches sociales.
En février 1848, les ouvriers parisiens avaient constitué la force principale derrière les barricades, dans le soulèvement qui avait renversé la monarchie de Louis-Philippe et instauré la République. Mais au cours des mois suivants, l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie “républicaine” était devenu ouvert et aigu, du fait que la nouvelle classe exploiteuse avait montré clairement qu’elle était incapable de faire quoi que ce soit pour soulager la misère économique des ouvriers. La résistance du jeune prolétariat parisien s’était concrétisée dans la revendication confuse du “droit au travail”, lorsque le gouvernement décida de fermer les Ateliers nationaux qui avaient été créés pour apporter aux ouvriers un minimum de secours face au chômage.
Néanmoins, comme l’avait affirmé Marx en 1850, dans son livre Les luttes de classe en France, derrière le slogan du “droit au travail” s’était exprimé les débuts d’un mouvement pour la suppression de la propriété privée. La bourgeoisie était consciente de ce danger : lorsque les ouvriers parisiens ont érigé des barricades, les armes à la main, pour défendre les Ateliers nationaux, le soulèvement a été réprimé avec la plus grande férocité. En réalité, ce que voulait la bourgeoisie en provoquant ce soulèvement, c’était retirer les armes au prolétariat. Comme l’écrivait Marx dans Les luttes de classe en France : “les ouvriers, avec un courage et un génie sans exemple, sans chefs, sans plan commun, sans ressources, pour la plupart manquant d’armes, tinrent en échec cinq jours durant l’armée, la garde nationale de Paris ainsi que la garde nationale qui afflua de la province. On sait que la bourgeoisie se dédommagea de ses transes mortelles par une brutalité inouïe et massacra plus de 3 000 prisonniers.”
Cette première défaite sanglante du prolétariat a démontré de manière implacable la fin d’une illusion, d’une utopie, l’illusion que la République bourgeoise pourrait alléger les souffrances de la classe exploitée. Les journées insurrectionnelles de Juin 1848 ont donc fait apparaître avec clarté l’affrontement inexorable de deux classes sociales ayant des intérêts totalement opposés. Elles ont fait apparaître également que, contrairement à la révolution de 1789, le prolétariat s’est détaché des autres couches sociales pour s’affirmer comme classe indépendante, et comme seule force révolutionnaire de la société. Le Manifeste du parti communiste est devenu alors le programme révolutionnaire de la classe porteuse du communisme, même si, en 1848, comme le dit Marx, les conditions de la révolution n’étaient pas encore mûres.
Ainsi l’autonomie de classe du prolétariat signifie son indépendance par rapport aux autres classes de la société. Cette autonomie constitue une CONDITION INDISPENSABLE pour l’action révolutionnaire de la classe exploitée. C’est pour cela que la référence des “gilets jaunes” à la Révolution de 1789 et leur nostalgie de cette révolution du “peuple français” avec ses cahiers de doléances, tenues à l’époque par les curés des paroisses catholiques, est totalement réactionnaire. Face à la révolte populaire des “gilets jaunes”, nous devons rappeler que la notion de “peuple” n’appartient pas au vocabulaire du marxisme, et cela depuis les journées de Juin 1848. Au contraire, cette notion de “peuple français” ne peut déboucher que sur l’interclassisme, la dilution du prolétariat dans toutes les autres couches et classe sociales. Finalement, ce concept nationaliste de “peuple français” ne peut conduire, dans certaines circonstances historiques, qu’à l’union nationale, à l’union sacrée des exploités avec leurs propres exploiteurs.
Pour terminer cet exposé, nous voulons répondre ici à une question que certains de nos lecteurs se sont posée : le mouvement des “gilets jaunes” peut-il devenir un tremplin pour le surgissement d’une lutte autonome de la classe ouvrière ?
Notre réponse est clairement NON. La lutte de classe du prolétariat ne peut pas surgir à la remorque d’un tel mouvement interclassiste, nationaliste et citoyen. Bien que la grande majorité des prolétaires éprouve une certaine sympathie pour ce mouvement contre “la vie chère”, ils ne se reconnaissent pas dans les méthodes de luttes des “gilets jaunes”. Ils ne se reconnaissent pas dans les blocages et l’occupation stériles des ronds-points. Ils ne se reconnaissent pas dans les actes de violence aveugles et désespérés qui ne peuvent mener qu’au chaos social et faire le jeu de la répression et du renforcement de l’État policier. La grande majorité des prolétaires ne se reconnaissent pas non plus dans un mouvement soutenu par la droite et l’extrême droite.
Aujourd’hui, on voit encore plus clairement l’impasse, le caractère non prolétarien de ce mouvement de citoyens français en gilets jaunes, à travers sa revendication d’un Référendum d’Initiative Populaire, une revendication parfaitement réformiste qui vise à dévoyer les prolétaires derrière la mystification électorale et la défense de la démocratie bourgeoisie. Pour les “gilets jaunes”, il s’agit d’améliorer la démocratie parlementaire de l’État capitaliste afin que la “voix du peuple” puisse être entendue. Alors que pour le prolétariat, le but de son combat de classe est de renverser l’État bourgeois et toutes les institutions démocratiques de la dictature du Capital. C’est justement parce que cette revendication du RIC n’a rien de prolétarien qu’elle est soutenue par toutes les cliques bourgeoises, de l’extrême droite du parti de Marine Le Pen à l’extrême gauche trotskiste du NPA de Besancenot, en passant par le parti de Mélenchon.
RI, 19 janvier 2019
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Nous avons retiré un article et le premier tract sur les protestations contre le changement climatique des pages française, néerlandaise et espagnole (ils n'ont pas été publiés en anglais), parce qu'il y a un accord général dans l'organisation que ces deux textes originaux n'étaient pas assez critiques sur l'implication de la bourgeoisie dans les manifestations sur le changement climatique. Le nouveau tract international sur notre site Internet exprime la position de l'organisation sur ces manifestations. Nous produirons une analyse plus détaillée des protestations contre le changement climatique en temps voulu.
Depuis plusieurs mois, se sont succédé des manifestations de jeunes dans 270 villes du monde pour protester contre la détérioration du climat et la destruction de l'environnement.
Les jeunes descendent dans la rue pour exprimer leur inquiétude totalement justifiée pour l'avenir de la planète et de l'espèce humaine elle-même, un avenir de plus en plus compromis par les effets d'un système de production qui détruit l'environnement naturel (tout en détruisant la vie de millions d'êtres humains par l'exploitation, la guerre et la misère qu'il provoque) et qui entraîne des changements des conditions climatiques, atmosphériques et reproductives de la planète aux conséquences toujours plus catastrophiques.
De même, ils expriment leur indignation face au cynisme et à l'hypocrisie des dirigeants qui ont la bouche pleine de déclarations exprimant "leur préoccupation" pour le "problème de l’environnement" et qui organisent d'innombrables forums (Kyoto, Paris, etc.) pour adopter des "mesures" aussi spectaculaires que peu efficaces alors qu’en même temps, au service de leurs desseins impérialistes et économiques, ils ne font qu'aggraver encore la détérioration de la planète.
Nous partageons pleinement l'inquiétude et l'indignation de ces dizaines de milliers de jeunes, mais nous devons nous demander si ce mouvement, dans ses objectifs, ses approches et ses méthodes, constitue un véritable combat pour résoudre le problème, ou s'il constitue un piège qui ne peut que les conduire au découragement et à l'amertume d'être utilisés et trompés.
L'histoire des 100 dernières années regorge de ce genre de tromperies répugnantes perpétrées par les gouvernements et les partis qui servent le capitalisme. Dans les années 1930 et 1980, de grandes manifestations "pour la paix" ont été organisées par les gouvernements et les partis "démocratiques", et l'expérience a montré qu'il s'agissait d'une manipulation terrible car avec ces mobilisations "pacifistes" ils préparaient la guerre : la Seconde Guerre mondiale avec ses 60 millions de morts ou les innombrables guerres locales qui continuent à couvrir avec la mort, les ruines et la douleur de nombreux endroits de la planète.
Les manifestations actuelles ont pour axe de "demander aux autorités de faire quelque chose", de faire pression sur elles, voire de remplir leurs ordinateurs de mails, de tweets etc. truffés de menaces.
Mais ce sont ces mêmes autorités qui, pour défendre les intérêts capitalistes du profit maximum et l'occupation de positions stratégiques sur le marché mondial, adoptent des mesures qui ne font qu'aggraver la détérioration du climat et de l'environnement. Une telle démarche de "pression" sur les gouvernements pour qu'ils "bougent", c'est comme demander à un hacker de s'occuper de la sécurité informatique ou au renard de prendre soin des poules.
Les dirigeants des États ne sont pas "au service des citoyens" et ne cherchent pas non plus à "écouter leurs demandes". L'État n'est pas l'organe du "peuple" mais la machine exclusive et d’exclusion qui défend les intérêts de chaque capital national, de la minorité qui nous exploite et qui est responsable de la dégradation de l’environnement.
Les initiateurs du mouvement dénoncent le fait que "depuis 40 ans, les partis politiques de toutes couleurs perdent la guerre contre le changement climatique !" Ces partis ne font que promettre et tromper la galerie, alors qu'en pratique, ils prennent des décisions économiques, militaires ou guerrières qui contribuent à la destruction de la planète. Un lycéen genevois de 18 ans a dénoncé cette farce : "Il y a une grande méfiance dans la politique institutionnelle, mais aussi dans les organisations environnementales comme Greenpeace, qui sont perçues comme trop modérées et institutionnalisées."
Les manifestations se concentrent sur la réalisation de "conversations" avec des ministres, des parlementaires, des groupes de pression et des militants écologistes. Cela ne sert qu'à laver le visage de l'État démocratique et à se perdre dans le labyrinthe des lois et des politiques gouvernementales. Les tentatives de "dialogue" avec les porte-parole politiques ne débouchent que sur des promesses grandiloquentes qui ne résolvent rien.
Le mot d’ordre des manifestations se propose de "Sauver le climat, changer le système", une formule vague qui se traduit par "passer à la pratique" et se perdre dans une série de mesures locales ou régionales qui ne résolvent absolument rien et causent fatigue et déception.
Dans différentes écoles, par exemple, des "comités climat" ont été créés pour développer des "projets climat" par école. Sous le slogan "Changez le monde, commencez par vous-même", l'objectif proposé est de réduire votre propre "empreinte écologique".
Ce genre d'orientation est particulièrement pervers car elle nous fait sentir COUPABLES DE LA CATASTROPHE CLIMATIQUE, transformant un problème historique et global causé par le capitalisme en un problème "domestique" causé par des individus. La réduction de "notre empreinte écologique" consisterait à utiliser moins d'eau pour faire la vaisselle, à ne se doucher qu'une fois par semaine et à ne pas tirer la chasse d'eau.
Cette approche de "responsabilisation des individus " est particulièrement dangereuse. Tout d'abord, parce qu'elle sert à exonérer de toute responsabilité le Capital ainsi que les États et gouvernements qui le servent.
Deuxièmement, parce qu'elle fait de ces milliers de jeunes qui sont aujourd'hui des écoliers ou des étudiants mais qui demain seront des travailleurs ou des chômeurs, des "citoyens" qui "exigent et réclament auprès de leurs gouvernants". Cela induit une fausse image de la société dans laquelle nous vivons : elle n'est pas formée par des "citoyens libres et égaux" mais par des classes sociales confrontées à des intérêts antagonistes : une minorité, la classe capitaliste, qui possède presque tout et qui est de plus en plus riche, et une immense majorité, le prolétariat, qui ne possède rien et est toujours plus pauvre.
Et, troisièmement, et c'est le plus grave : l'approche individualiste de "faisons chacun quelque chose pour le climat" conduit à la division et à la confrontation au sein de la classe ouvrière elle-même. Lorsque des usines automobiles ou d'autres branches industrielles ou logistiques seront fermées au nom de la "lutte pour le climat", les autorités pointeront du doigt les travailleurs qui résistent aux licenciements en les dénonçant comme complices de la dégradation du climat.
Avec la même approche, mais inversée ("arrêtons de parler du changement climatique et gardons les emplois"), le démagogue populiste Trump a obtenu de nombreuses voix dans les États industriels sinistrés du Midwest américain ("la ceinture de la rouille") qui lui ont permis de remporter l’élection présidentielle.
C'est un dilemme dans lequel ils veulent nous piéger : maintenir l'emploi au détriment du climat ou perdre les conditions de vie et l'emploi lui-même afin de "sauver la planète" ? C'est un piège crapuleux avec lequel le capitalisme sauve ses intérêts égoïstes enveloppés dans le drapeau attrayant de "sauver la planète".
Les problèmes de destruction de la nature, d'épuisement des ressources naturelles, de détérioration et de réchauffement du climat ne peuvent être résolus qu'à l'échelle mondiale. La bourgeoisie ne peut pas et ne veut pas le faire parce que, dans le capitalisme, l'État-nation est la forme la plus élevée d'unité qu'elle peut atteindre. En conséquence, les nations s’affrontent comme des vautours, aussi " verts " que soient leurs gouvernements, malgré l'existence de conférences internationales et d'organisations supranationales telles que l'ONU ou l'Union européenne.
Les organisations internationales comme l'ONU n'ont pas pour objectif de "résoudre les problèmes de la population mondiale". Il n'y a pas de "communauté internationale des nations". Au contraire, le monde est le théâtre d'une confrontation impérialiste brutale entre tous les États et d'une compétition à mort pour en tirer le meilleur profit. L'ONU ou la multitude d'organisations internationales de "coopération" sont des repaires de brigands utilisés par chaque capital national pour imposer ses propres intérêts.
La seule classe qui puisse affirmer un véritable internationalisme est la classe ouvrière.
Quelles forces sociales peuvent réaliser un changement si fondamental ? Contrairement à la bourgeoisie, la classe ouvrière est capable de s'unir au niveau mondial, de surmonter les divisions et les oppositions entre États-nations et n'a aucun privilège à défendre dans la société d’exploitation actuelle. Ce n'est que dans le cadre d'une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière mondiale que les problèmes environnementaux pourront être pris en main.
La classe ouvrière n'a aucun intérêt, en tant que classe la plus exploitée de la société, à défendre ce système décadent et, d'autre part, en raison de la manière associée dont elle est organisée dans le capitalisme, elle peut semer les graines d'une autre société, une société qui n'impose pas une division entre les peuples, entre la nature et les produits qui en découlent, entre l'homme et son environnement naturel. Quand la classe ouvrière s'affirme comme classe autonome en développant une lutte massive, sur son propre terrain de classe, elle entraîne derrière elle une part toujours plus grande de la société, derrière ses propres méthodes de lutte et ses mots d’ordre unitaires et, finalement, son propre projet révolutionnaire de transformation de la société.
Le mouvement contre le réchauffement climatique se développe dans un contexte d'absence quasi totale de luttes de la classe ouvrière, qui fait également face à une perte de confiance en soi et même de sa propre identité de classe. En conséquence, la classe ouvrière n'est pas encore en mesure de répondre à la question que se poseront certains des participants au mouvement pour le climat, à savoir celle d'une perspective d'avenir face à une société capitaliste qui se dirige vers l’abîme.
Que pouvons-nous faire ? Il ne s'agit pas de ne rien faire, il s'agit de rejeter le prétexte de "faire quelque chose" pour appuyer, avec ce prétexte, les partis et les gouvernements qui servent le capitalisme.
L'indignation et l’inquiétude pour l'avenir de la planète commenceront à trouver un cadre historique de réponse avec le développement des luttes de la classe ouvrière mondiale face aux attaques contre ses conditions de vie, les licenciements, etc. car il y a une unité entre la lutte contre les effets de l'exploitation capitaliste et la lutte pour son abolition.
Les jeunes qui participent au mouvement doivent comprendre qu'ils ne sont pas de "futurs citoyens" mais, dans leur très grande majorité, de futurs précaires, de futurs chômeurs, de futurs exploités, qui devront unir à leur lutte contre l'exploitation capitaliste la lutte contre la guerre, la catastrophe environnementale, la barbarie morale, etc. que ce système d'exploitation transpire par tous ses pores.
C'est ce que le mouvement contre le Contrat Première Embauche en France en 2006 ou le mouvement des Indignés en Espagne et dans d'autres pays a commencé à faire, bien que très timidement, en 2011. C’étaient des mouvements de jeunes qui entrevoyaient que leur avenir n'est pas celui de "citoyens libres et égaux" mais celui d’exploités qui doivent lutter contre l'exploitation pour finalement l'abolir.
Dans le capitalisme, il n'y a pas de solution : ni à la destruction de la planète, ni aux guerres, ni au chômage, ni à la précarité. Seule la lutte du prolétariat mondial avec tous les opprimés et exploités du monde peut ouvrir la voie à une alternative.
Courant Communiste International (14-3-2019)
Sommet de Copenhague : pour sauver la planète, il faut détruire le capitalisme ! [16] : https://fr.internationalism.org/content/9839/sommet-copenhague-sauver-planete-il-faut-detruire-capitalisme [16]
Conférence mondiale de la Haye : seule la révolution prolétarienne sauvera l’espèce humaine : https://fr.internationalism.org/french/rint/104_ecolo.html [17]
Le monde à la veille d'une catastrophe environnementale [18] : https://fr.internationalism.org/rint135/le_monde_a_la_veille
_d_une_catastrophe_environnementale.html [18]
Thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France : https://fr.internationalism.org/rint125/france-etudiants [19]
2011 : de l’indignation à l’espoir [20] : https://fr.internationalism.org/ri431/2011_de_l_indignation_a_l_espoir.html [20]
“Quand on voit dans les comptes rendus opérationnels le nombre de lacrymos ou de flash-ball utilisés, on est à des niveaux exceptionnels, alors qu’on a vécu des manifestations beaucoup plus dangereuses pour nous où on avait interdiction d’utiliser les lanceurs de balles de défense. (…) Aucune consigne de mesure n’est donnée aux CRS, contrairement à d’autres manifestations où on nous met la pression. Là, il y a une volonté que les collègues se lâchent. Quand on doit se lever à 2 heures du matin pour rejoindre sa compagnie à 3 heures et être sur les Champs-Élysées de 7 heures du matin à 22 heures, c’est sûr qu’on est épuisé et qu’on n’a plus le même discernement ni le même self-control”. Quant à la prime au rendement (promise par Macron), “tous les collègues auxquels j’en ai parlé se sont sentis insultés. On l’a ressenti comme si c’était un susucre qu’on nous donnait pour qu’on ferme notre gueule et qu’on aille faire le sale boulot. Certains taperaient sur père et mère si on leur en donnait l’ordre. Mais il y a une vraie crise existentielle pour d’autres. On se demande si notre devoir ne serait pas d’être avec le peuple. On subit la même violence sociale en termes de salaire, et on est doublement victimes de l’autoritarisme de l’État parce qu’en plus c’est notre patron et qu’on est muselés”, souligne le fonctionnaire, qui a observé plusieurs arrêts maladie dans sa compagnie ces derniers jours. “Il ne manque pas grand-chose pour que les flics refusent de retourner en manif la prochaine fois”, estime-t-il.Concernant le changement de stratégie de maintien de l’ordre (annoncé par Christophe Castaner, après le tabassage d’un CRS le 1er décembre devant l’Arc de Triomphe à Paris, ce CRS affirme : il s’agit d’une “décision politique habituelle. C’est ce qui a été fait lors des dernières manifestations contre la loi travail ou le 1er Mai : on nous donne l’ordre de laisser casser pour que le mouvement devienne impopulaire, et la fois d’après on y va fort parce que l’opinion publique attend une réaction de répression policière”. (témoignage recueilli par L’Humanité).
Notre commentaire
Il ne faut pas se bercer d’illusions. Nous sommes encore très loin d’une situation révolutionnaire où les forces de répression se rallient massivement à la cause du prolétariat. Les CRS n’ont pas le droit de faire grève mais ils ont le droit de manifester. Il ne reste plus à ceux qui sont en “crise existentielle”, qu’à rejoindre “le peuple” en endossant un gilet jaune (en prenant le risque de se prendre une balle de flashball de leurs collègues prêts à “taper père et mère si on leur en donnait l’ordre”). Ils peuvent aussi démissionner, comme le préconise cette chanson dérisionnaire composée par un petit groupe de jeunes de la mouvance “libertaire” : https://www.youtube.com/watch?v=rpPOooh07Us [23]
Liens
[1] https://fr.internationalism.org/tag/5/229/algerie
[2] https://fr.internationalism.org/tag/vie-du-cci/reunions-publiques
[3] https://fr.internationalism.org/tag/5/36/france
[4] https://fr.internationalism.org/tag/situations-territoriales/situation-sociale-france
[5] https://fr.internationalism.org/calendar-node-field-date/month
[6] https://fr.internationalism.org/tag/conscience-et-organisation/troisieme-internationale
[7] https://fr.internationalism.org/file/4783
[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_libre
[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/10_novembre
[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_%C3%A9ducatif_fran%C3%A7ais
[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A2timent_et_travaux_publics
[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France#cite_note-Hist-1
[13] https://www.youtube.com/watch?v=Oxzyz6QkCT4
[14] https://fr.internationalism.org/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[15] https://fr.internationalism.org/files/fr/tract_climat.pdf
[16] https://fr.internationalism.org/content/9839/sommet-copenhague-sauver-planete-il-faut-detruire-capitalisme
[17] https://fr.internationalism.org/french/rint/104_ecolo.html
[18] https://fr.internationalism.org/rint135/le_monde_a_la_veille_d_une_catastrophe_environnementale.html
[19] https://fr.internationalism.org/rint125/france-etudiants
[20] https://fr.internationalism.org/ri431/2011_de_l_indignation_a_l_espoir.html
[21] https://fr.internationalism.org/tag/recent-et-cours/ecologie
[22] https://fr.internationalism.org/file/4782
[23] https://www.youtube.com/watch?v=rpPOooh07Us