Hier encore, patrons, gouvernement et syndicats avaient affirmé en chœur aux travailleurs de VW : si vous acceptez plus de flexibilité et une accélération des cadences, vos emplois seront sauvegardés. L’on voit aujourd’hui ce que valent ces belles promesses : 4.000 licenciements directs et 8 à 10.000 licenciements indirects.
Comment réagir à ce bain de sang social d’une brutalité inouïe ? Doit-on rester calme et accepter la logique des licenciements comme le proposent les syndicats ? Doit-on faire confiance aux négociations et s’en remettre aux mascarades de solidarité formelle des délégations syndicales ? Comment développer une lutte réelle, solidaire et collective ? Le capitalisme a-t-il encore un avenir à offrir ? Doit-on croire aux nouvelles promesses de reclassements, nouveaux plans industriels, etc. ou sont-elles de vains espoirs pour contenir la colère et la lutte des travailleurs ? Telles sont les questions cruciales posées dans le conflit social de VW et auxquelles il faut trouver des réponses claires.
Depuis plusieurs jours, à coup d’émissions en direct et d’éditions spéciales, les médias bourgeois relaient les larmes de crocodile hypocrites des hommes politiques et étalent tout le désarroi des travailleurs de VW jetés dans la rue comme de vulgaires kleenex. Le message que la bourgeoisie veut faire passer est clair et vise l’ensemble des travailleurs du pays : "C’est triste et regrettable mais il n’y a rien à faire : ce sont les lois de l’économie et les conséquences de la mondialisation. Cela ne sert à rien d’opposer une résistance, car la logique de la concurrence capitaliste s’imposera de toute façon. La seule façon de s’en sortir est d’être plus compétitifs et donc d’accepter encore plus de sacrifices, demandés par nos exploiteurs dans l’intérêt de la sauvegarde de l’économie nationale". Est-ce la seule perspective ? Qu’en est-il en réalité ?
Après les licenciements massifs à Renault, Vilvorde, la SNCB, la Sabena, Ford Genk, DHL, Inbev ou AGFA Gevaert, avec demain peut-être Opel et, une fois de plus, la Poste, après ‘le pacte des générations’ pour la compétitivité ou l’emploi, qui a réduit nos salaires et augmenté la flexibilité jusqu’à des niveaux effroyables, quelle perspective offre cette spirale d’austérité et de concurrence effrénée ? L’expérience des semaines passées à VW confirme ce que de plus en plus de travailleurs commencent à ressentir : l’économie capitaliste de marché (avec ou sans régulation "sociale") n’a rien à offrir que la paupérisation, l’insécurité et la misère sans fin.
La soi-disant surprise de la bourgeoisie belge face à la brutale attaque à VW et sa ‘compréhension’ envers la colère des travailleurs licenciés ne sont qu’hypocrisie. Rappelons-nous comment elle a cyniquement sacrifié des milliers d’emplois chez DHL au nom de la "lutte contre les nuisances sonores" ou, en tant qu’‘Etat-patron’, comment elle a réduit l’emploi de moitié à la SNCB et bientôt à la poste. De plus, ce séisme social tombe bien à point pour elle au moment où doit se conclure un nouvel accord interprofessionnel devant fixer la ‘modération salariale’ dans l’ensemble de l’industrie. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si, depuis plusieurs semaines avant l’annonce des licenciements massifs, des rumeurs, savamment distillées, couraient déjà sur différents scénarios de licenciements. Aussi, dès que les chiffres se sont concrétisés, la bourgeoisie et ses syndicats étaient sur place pour encadrer la colère, diviser les travailleurs et en faire une démonstration d’impuissance pour l’ensemble de la classe ouvrière :
Le développement de ce battage n’est pas innocent. Gouvernement, patronat et syndicats sont inquiets face au développement d’un sentiment de colère un peu partout dans la classe ouvrière, sentiment qui commence à se manifester par une reprise du chemin des luttes dans de nombreux secteurs. C’est pour faire barrage à cette montée des conflits que la bourgeoisie essaie de faire passer ce sentiment d’impuissance et de fatalité.
Les organisations syndicales sont parvenues à éviter l’éclatement de la lutte à VW. Ils ont demandé aux ouvriers de rester isolés chez eux à la maison, sans informations ou perspectives, dépendants du bon vouloir des patrons et des négociations à venir. Ils ont ensuite imposé aux ouvriers une grève, non pas active et de lutte, mais une grève interminable (annoncée jusqu’au 15 décembre, le jour de la notification officielle des décisions en Allemagne), toujours isolé chacun chez soi à la maison. La seule préoccupation des syndicats est de "rester digne", de "préserver l’outil", de "ne pas occuper le site" sous le fallacieux prétexte de ne pas fâcher le patronat qui, disent-ils, tiendrait compte de "cette attitude responsable" ! Purs bobards ! Les syndicats dévoilent là leur véritable nature de défenseurs des intérêts du capitalisme contre les intérêts des travailleurs !
C’est pourquoi, afin de ne pas apparaître comme de purs et simples saboteurs, ils ‘organisent’ une mascarade de solidarité autour du cas de VW. C’est une mascarade parce que ce n’est en rien une réelle solidarité dans la lutte afin de faire plier, tous ensemble, le patronat et le gouvernement, mais une solidarité formelle consistant à organiser une manifestation nationale sans lendemain le 2 décembre et à envoyer quelques délégations syndicales dans les autres usines automobiles pour y rencontrer leurs homologues et quémander leur ‘soutien’. C’est une véritable mascarade puisque tout cela est fait dans le seul but de "négocier avec les patrons les moins mauvaises conditions de licenciement", d’appuyer le gouvernement dans son ‘exigence’ "d’un nouveau projet industriel" qui ne peut, en réalité, qu’être une nouvelle illusion, et de discuter le "reclassement" des milliers de sans-emplois … aux conditions du ‘Pacte des générations’ c’est-à-dire avec obligation d’accepter n’importe quel travail à n’importe quelles conditions sous peine de perdre ses droits aux allocations ! Et comme toutes ces illusions n’aboutiront qu’à un échec, les syndicats auront beau jeu, comme à leur habitude, de rejeter la responsabilité sur le dos des ouvriers qui n’auraient pas été assez solidaires !
Toute l’histoire montre qu’un tel enfermement dans le carcan syndical ne peut mener qu’à la défaite et au découragement. Et ceci non pas parce que les délégués syndicaux de VW ou les secrétaires nationaux de la centrale des métallos seraient des vendus : les syndicats divisent les ouvriers et défendent une gestion responsable de l’économie capitaliste aux dépens des exploités parce qu’ils font partie depuis longtemps des structures de l’Etat capitaliste et qu’ils défendent sa logique.
Toute l’histoire montre aussi que seule l’extension de la lutte aux autres fractions de la classe ouvrière est capable, même temporairement, de faire reculer la bourgeoisie. Et, vu l’effervescence parmi les travailleurs de nombreux secteurs, vu les menaces de licenciements dans d’autres usines, de telles possibilités d’extension ne sont nullement imaginaires. Mais cela signifie aussi que la solidarité ouvrière et l’extension des luttes ne peuvent être réalisées que par les ouvriers eux-mêmes. Ceci exige des assemblées massives et souveraines, prises en main par les ouvriers au travers d’une participation massive de tous et de tous les secteurs en lutte. Ceci ne peut être réalisé qu’en se confrontant au sabotage syndical et sous le contrôle direct des ouvriers en lutte.
Pour cela, il nous faut prendre exemple sur les combats récents comme les luttes contre le CPE en France, les grèves du métro de New-York ou encore celle des métallurgistes à Vigo en Espagne, où sont réapparues les marques de solidarité prolétarienne, les assemblées générales sous le contrôle des ouvriers ainsi que l’exigence de négocier directement, sans la médiation syndicale.
Aujourd’hui, la crise du capitalisme, la calamité omniprésente du chômage et la barbarie générale du système sont beaucoup plus évidentes. La grande vague de sympathie de la population pour les ouvriers de VW –bien plus forte que lors de l’annonce des licenciements à Ford Genk il y a deux ans-, est directement liée à cette reconnaissance qui se fait jour progressivement de la gravité de la situation générale et du problème fondamental qui se pose pour la société: quelle perspective offre cette spirale d’austérité et de concurrence effrénée ? Les salaires et conditions de travail arrachés au cours de deux siècles de luttes ouvrières sont menacés d’être remis en question. La force de travail humaine, en tant que source des richesses de la société, est de plus en plus surexploitée et dépréciée. Tout cela ne constitue pas le signe de la naissance douloureuse d’un nouveau système mais est au contraire l’expression d’un capitalisme moribond qui est devenu un obstacle au progrès de l’humanité. Les efforts balbutiants d’aujourd’hui vers une résistance ouvrière, vers un retour à la solidarité, vont de plus en plus de pair avec une réflexion en profondeur sur la situation. Ceci peut et doit conduire à remettre en question ce système barbare, dans la perspective d’un système social supérieur, socialiste.
CCI / 24.11.06Vingt ans après que la révolte des ouvriers eût secoué la Hongrie en 1956, les vautours de la bourgeoisie "célèbrent" l’anniversaire dans leur style habituel. La presse bourgeoise traditionnelle verse une larme nostalgique sur la résistance héroïque du "peuple hongrois" contre les "horreurs du communisme", alors qu'à l'autre bout du spectre politique de la bourgeoisie, les trotskistes se souviennent nostalgiquement de l'insurrection comme d'une "révolution politique pour l'indépendance nationale et les droits démocratiques" (New Line, octobre 1976). Tous ces souvenirs ne décrivent que l'apparence de la révolte, et donc masquent et distordent sa signification réelle. La révolte de 1956 en Hongrie, comme les grèves qui ont éclaté la même année et plus récemment en 1970 et 1976 en Pologne, ne sont pas les expressions de la volonté du "peuple" d'Europe orientale de réformer le "communisme" ou de réformer des "Etats ouvriers dégénérés". Elles sont le résultat direct des contradictions insolubles du capitalisme en Europe de l'Est et dans le monde entier.
La crise dans le bloc de l'Est, de 1948 à 1956
L'établissement de régimes staliniens d'Europe de l'Est après la seconde guerre mondiale fut la réponse que le capital russe faisait à l'intensification des rivalités impérialistes à l'échelle mondiale. Le blocus de Berlin, la guerre de Corée, l'avènement de la guerre froide exprimaient la tension incessante entre les deux géants impérialistes, la Russie et l'Amérique, tension qui dominait le monde après la guerre. La Russie, toujours sur la défensive à cause de la supériorité économique américaine, était forcée de transformer les pays d'Europe de l'Est en un glacis économique et militaire contre l'Ouest. Pour assurer la domination du capital russe sur ces économies, l'appareil politique rigide du stalinisme devait leur être imposé. L'étatisation totale de ces régimes était accélérée par la faiblesse de leur économie suite à la guerre. Mais le système stalinien fut même imposé aux pays comme la Tchécoslovaquie, qui avaient "bénéficié" des bienfaits de la démocratie avant la guerre. Le caractère stalinien de ces régimes est inséparablement lié à la domination économique de la Russie; défier l'un revient à défier l'autre. Les événements de 1956, comme ceux de Tchécoslovaquie en 1968, montrent les limites étroites de la "libéralisation" que le Kremlin tolère parmi ses "satellites".
Dans les années 1948-53, la pression de la concurrence inter-impérialiste a poussé le bloc russe à s'engager dans une nouvelle phase d'accumulation frénétique. Industrie lourde et production militaire ont été développées au détriment des biens de consommation et des conditions de vie de la classe ouvrière. En plus de cela, la Russie exigeait un énorme tribut de ses clients en termes d'échanges inégaux, de firmes de propriété russe, etc. Ce "partenariat" brutal avait son expression économique et militaire dans le Comecon et le Pacte de Varsovie. En termes politiques, cette période "d'économie de siège" était accompagnée d'une répression massive tant contre les ouvriers que contre les vieux partis bourgeois, en plus d'une série de purges et de procès spectaculaires de dissidents au sein de la bureaucratie elle-même; Slansky en Tchécoslovaquie, Rajk en Hongrie, etc. Ces charades barbares étaient destinées à éradiquer toute tendance au "Titisme" au sein des bourgeoisies nationales d'Europe de l'Est. Le Titisme fonctionnait simplement comme une étiquette pour éviter toute velléité centrifuge dans le sens d'une autonomie nationale de la part des bourgeoisies locales.
La faiblesse économique du bloc russe par rapport au bloc occidental explique pourquoi la classe ouvrière à l'Est n'a pas commencé à bénéficier de la reconstruction d'après-guerre avant qu'elle ne soit pratiquement achevée. Dans le but de "rattraper" les USA au niveau militaire (le seul niveau où la Russie peut espérer rivaliser avec les USA), la bourgeoisie du bloc russe devait maintenir des bas salaires et développer l'industrie lourde aussi vite que possible. Dans la période 1948-53, les conditions de vie des ouvriers partout dans le bloc de l'Est sont tombées en dessous du niveau d'avant-guerre, mais la Russie est sortie de cette période avec sa bombe H et ses spoutniks.
Néanmoins, de profondes tensions économiques ont commencé à apparaître à l'intérieur du bloc lorsque les marchés du Comecon ont atteint leur point de saturation, et lorsque la classe ouvrière a commencé à s'agiter de façon croissante, suite à ces assauts terribles contre ses conditions de vie. Il devenait de plus en plus nécessaire pour faire face à l'encerclement de procéder à un lifting, et pour la Russie de s'ouvrir au marché mondial. En Europe de l'Est, un certain relâchement de la même sorte était également nécessaire, mais exigeait l'abandon partiel du contrôle russe sur les économies de ses satellites.
La mort de Staline en 1953 a opportunément coïncidé avec le besoin général du capitalisme dans le bloc russe d'un "relâchement", tant politique qu'économique. Les conflits sociaux qui s'étaient envenimés sous la surface éclataient maintenant ouvertement. Une fraction "libérale" de la bureaucratie a commencé à émerger, appelant à un abandon partiel du despotisme économique et politique et à une réorientation de la politique étrangère. De telles mesures étaient défendues comme le seul moyen de restaurer le profit et de maintenir le contrôle sur le prolétariat. Cette dernière exigence était particulièrement accentuée par l'éclatement de révoltes ouvrières massives en Allemagne de l'Est, en Tchécoslovaquie, et même en Russie (dans l'énorme camp de travail de Vorkuta).
En Russie, la mort de Staline a été suivie de luttes de factions qui se sont conclues par la victoire de la "clique révisionniste" de Khrouchtchev au 20ème congrès du PCUS en 1956, où les crimes et les excès de l'ère stalinienne ont été dénoncés devant le monde ébahi. La nouvelle ligne annoncée par Khrouchtchev promettait un retour à la démocratie prolétarienne, accompagnée d'un politique étrangère de "coexistence pacifique", dans laquelle la Russie se restreindrait à une compétition économique et idéologique avec "l’occident capitaliste".
Dans les pays d'Europe de l'Est, la tendance "libérale" dans la bureaucratie exprimait inévitablement une sorte d'indépendance économique par rapport à la Russie. C'était un problème majeur pour les "libéraux" de savoir jusqu'où ils pouvaient sans risque pousser leurs pulsions nationalistes, mais tout d'abord, les Russes encourageaient activement des programmes de réformes prudentes dans les pays satellites. En Hongrie en 1953, Malenkov demande au stalinien Rakosi de céder sa place au réformiste Imre Nagy. Nagy réclamait un ralentissement dans le développement de l'industrie lourde, plus d'insistance sur la production de biens de consommation, une suspension des campagnes de collectivisation dans les campagnes, et un relâchement du contrôle sur la "culture". Durant les quelques années qui ont suivi, la bureaucratie hongroise a été déchirée par le conflit qui en est issu entre "conservateurs" enracinés dans la police et la hiérarchie du parti, et les "réformateurs" qui s'appuyaient sur les échelons inférieurs de la bureaucratie, les directeurs d'usines, etc. En même temps, la libéralisation des arts donnait naissance à un mouvement national d'artistes et d'intellectuels, dont l'aspiration à l'indépendance nationale et à la "démocratie" dépassait considérablement le programme défendu par la fraction Nagy de la bureaucratie.
En dépit de la nature prudente de la "NEP" de Nagy, la bourgeoisie russe a décidé très rapidement qu'il agissait à un rythme trop précipité. En 1955, il était relevé de son poste de premier ministre et l'impopulaire Rakosi reprenait une nouvelle fois les rênes du pouvoir. Mais les Russes et leurs laquais avaient mis en mouvement quelque chose de difficile à contrôler. Le mouvement de protestation des artistes, des intellectuels et des étudiants continuait à enfler. En avril 1956, le cercle Petöfi était formé par des étudiants "Jeunes Communistes". Officiellement groupe de discussion culturel, il devint rapidement une sorte de "Parlement" pour tout le mouvement d'opposition. La censure officielle de ce mouvement n'arriva qu'à lui donner un nouvel élan.
En juin 1956, les ouvriers de Poznan en Pologne déclenchaient une grève de masse, qui prit très vite des allures d'insurrection locale. Bien que rapidement et brutalement réprimée, la révolte déboucha en Pologne sur le triomphe des "réformistes" dirigés par W. Gomulka. Comme son successeur Gierek en 1970, le "gauchiste" Gomulka apparaissait dans son ascension vers le pouvoir comme le seul personnage capable de maintenir le contrôle sur la classe ouvrière.
Les convulsions en Pologne ont donné un formidable coup d'accélérateur aux développements en Hongrie. L'insurrection de Budapest le 23 octobre a suivi une manifestation massive, organisée à l'origine par les étudiants "en solidarité avec le peuple de Pologne". La réponse intransigeante des autorités, qui ont traité les manifestants de "fascistes" et de "contre-révolutionnaires", la répression sanglante menée par l’AVO (la police secrète), et par-dessus tout, le fait que la manifestation "étudiante" ait été renforcée par des milliers et des milliers d'ouvriers, ont transformé la protestation pacifique exigeant des réformes démocratiques et le retour de Nagy en insurrection armée.
Ce n'est pas l'endroit de revoir dans tous les détails les événements qui ont mené de l'insurrection du 23 octobre à l'intervention finale de la Russie, qui a coûté la vie à des milliers de personnes, en majorité de jeunes ouvriers. Nous voudrions seulement revenir sur le caractère général de la révolte dans le but de la sortir des terribles confusions qui l'entourent.
Comme nous l'avons vu, l'opposition à la "vieille garde" stalinienne s'exprimait de deux manières. La première provenait de la bourgeoisie elle-même, menée par des bureaucrates libéraux et soutenue par des étudiants, des intellectuels et des artistes un peu plus radicaux. Ils défendaient une forme plus démocratique et plus profitable du capitalisme d'Etat en Hongrie. Mais "l'autre opposition" était la résistance spontanée de la classe ouvrière à l'exploitation monstrueuse qui lui était imposée. Et comme on a pu le voir clairement en Allemagne de l'Est et en Pologne, cette résistance était une menace potentielle non pour une ou l'autre fraction de la classe dominante, mais pour la survie du capitalisme elle-même.
En Hongrie, ces deux mouvements "se sont rejoints" dans l'insurrection. Mais c'est l'intervention de la classe ouvrière qui a transformé un mouvement de protestation en insurrection, et c'est la contamination de l'insurrection ouvrière par toute l'idéologie nationaliste et démocratique des intellectuels qui a affaibli et troublé le mouvement prolétarien.
Les ouvriers ont "rejoint" le mouvement de protestation par haine instinctive pour le régime stalinien et à cause des conditions intolérables dans lesquelles ils étaient forcés de vivre et de travailler. Une fois que les ouvriers eurent jeté leur poids dans le mouvement, celui-ci prit un caractère violent et intransigeant que personne n'avait prédit. Bien que différents éléments aient pris part au combat (étudiants, soldats, paysans, etc.), ce sont essentiellement des jeunes travailleurs qui, dans les premiers jours de l'insurrection, ont détruit le premier contingent de chars russes envoyés à Budapest pour restaurer l'ordre. C'est principalement la classe ouvrière qui a démantelé la police et l'armée hongroises, et qui a pris les armes pour combattre la police secrète et l'armée russe. Lorsque la seconde vague de chars russes arriva pour écraser l'insurrection, ce sont les quartiers ouvriers qu'il a fallu mettre en ruines, parce qu'ils étaient les principaux centres de résistance. Et même après la restauration de "l'ordre" et l'instauration du gouvernement Kadar, même après le massacre de milliers d'ouvriers, le prolétariat a continué à résister en menant des luttes âpres et nombreuses.
L'expression la plus claire du caractère prolétarien de la révolte a été l'apparition de véritables conseils ouvriers à travers tout le pays. Nommés à l'échelle de l'usine, ces conseils faisaient le lien de régions industrielles entières, de villes, et étaient sans aucun doute le centre organisationnel de toute l'insurrection. Ils ont pris en charge l'organisation de la distribution d'armes et de nourriture, la direction de la grève générale, et dirigé la lutte armée. Dans certaines villes, ils détenaient le commandement total et incontesté. L'apparition de ces soviets sema la terreur parmi les capitalistes "soviétiques" et inspira indubitablement la "sympathie" des démocraties occidentales, cependant mal à l'aise à cause du caractère excessivement "violent" de la révolte.
Mais chanter les louanges des luttes des ouvriers hongrois sans analyser leurs faiblesses extrêmes et leurs confusions seraient une trahison de nos tâches comme révolutionnaires, qui n'est pas d'applaudir passivement les luttes du prolétariat, mais de critiquer leurs limites et de souligner les buts généraux du mouvement de classe. Malgré le fait que les ouvriers avaient de facto le pouvoir dans de grandes zones de la Hongrie durant la période insurrectionnelle, la rébellion de 1956 n'était pas une tentative consciente de la part du prolétariat de prendre le pouvoir politique ni de bâtir une nouvelle société. C'était une révolte spontanée, qui a échoué à devenir une révolution parce qu'il manquait à la classe ouvrière une compréhension politique claire des buts historiques de sa lutte.
Dans un sens immédiat, l'obstacle principal au développement d'une conscience révolutionnaire de la part des ouvriers hongrois était l'énorme battage de l'idéologie nationaliste et démocratique qui leur était assénée de toutes parts. Les étudiants et les intellectuels étaient les propagateurs les plus actifs de cette idéologie, mais les ouvriers souffraient eux-mêmes inévitablement de toutes ces illusions. Et donc, au lieu d'affirmer les intérêts autonomes du prolétariat contre l'Etat capitaliste et toutes les autres classes, les conseils tendaient à identifier la lutte des ouvriers avec la lutte "populaire" pour réformer la machine étatique en vue de "l'indépendance nationale". L'indépendance nationale est une utopie réactionnaire à l'époque de la décadence capitaliste et de l'impérialisme. Au lieu d'appeler –comme les Soviets de Russie l'avaient fait en 1917- à la destruction de l'Etat bourgeois et à l'extension internationale de la révolution, les conseils se sont limités à exiger le retrait des troupes russes, une "Hongrie socialiste indépendante" sous la direction de Imre Nagy, la liberté d'expression, l'autogestion des usines, etc. Les méthodes de lutte utilisées par les conseils étaient implicitement révolutionnaires, exprimant la nature intrinsèquement révolutionnaire du prolétariat. Mais les buts qu'ils ont adoptés restaient tous dans le cadre politique et économique du capitalisme. La contradiction dans laquelle les conseils se sont retrouvés peut être résumée dans la revendication suivante, mise en avant par le conseil ouvrier de Miskolc: "Le gouvernement doit proposer la formation d'un Conseil National Révolutionnaire, basé sur les conseils ouvriers des différents départements et de Budapest, et composé de délégués élus démocratiquement par ceux-ci. En même temps, l'ancien Parlement doit être dissous". (Cité dans Bureaucratie et Révolution en Europe de l'Est, de Chris Hermann, p. 161).
Le conseil de Miskolc exprime ici son hostilité au système parlementaire bourgeois, et comme d'autres conseils, il protestait aussi contre la réapparition des anciens partis bourgeois. De telles positions montrent que la classe ouvrière organisée en conseils se dirige en tâtonnant vers le pouvoir politique. Pourtant, on peut voir simultanément les terribles conséquences de la mystification selon laquelle l’Etat stalinien, d’une façon ou d’une autre, appartiendrait déjà à la classe ouvrière, qu’il soit ou non "bureaucratiquement dégénéré". Cette illusion empêchait les conseils de franchir le pas réellement crucial qui aurait fait de la révolte une révolution prolétarienne : la destruction de toute la machine stalinienne de l’Etat bourgeois, tant ses ailes "conservatrice" que "libérale". Mais au lieu de franchir ce pas, les conseils ont adressé leur revendication de dissolution du parlement et la mise sur pied d’un conseil central des ouvriers au gouvernement de Imre Nagy, c’est-à-dire à la force elle-même qu’ils auraient dû supprimer ! De telles illusions ne pouvaient que conduire à l’écrasement des conseils, ou à leur intégration dans l’Etat bourgeois. Il faut porter au crédit de la majorité des conseils ouvriers qu’ils ont soit péri en luttant, soit se sont dissous quand ils ont vu qu’il n’y avait plus d’espoir de développement de la lutte et qu’ils étaient condamnés à devenir des organes d’amortissement social pour le gouvernement Kadar.
L’incapacité des ouvriers hongrois à développer une compréhension révolutionnaire de leur situation est également apparue dans le fait que, à notre connaissance, aucun regroupement politique révolutionnaire n’est issu en Hongrie de ces énormes convulsions. Comme l’écrivait Bilan, la publication de la Gauche italienne, à propos de l’Espagne dans les années 1930, l’échec du prolétariat espagnol à créer un parti de classe malgré la nature radicale de sa lutte était fondamentalement l’expression du profond creux dans lequel le mouvement prolétarien international se trouvait à ce moment-là. A certains points de vue, la situation autour de 1956 était même pire : la dernière des fractions communistes de gauche avait disparu, et pas seulement en Hongrie, mais partout dans le monde, le prolétariat se retrouvait presque sans aucune expression politique propre. Les petites voix révolutionnaires qui peuvent avoir existé étaient facilement submergées par la clameur de ces forces de la contre-révolution dont le rôle est de parler "au nom" de la classe ouvrière. Les staliniens de tous les pays montraient leur nature brutalement réactionnaire en calomniant le soulèvement ouvrier de "conspiration" au service de Horthy ou de la CIA. Beaucoup d’individus ont quitté les PC par dégoût à cette époque, mais les partis eux-mêmes ont soutenu la répression sauvage des ouvriers hongrois. Qui plus est, certains d’entre eux, conduits par le grand timonier, le Président Mao à Pékin, ont critiqué Khrouchtchev pour ne pas avoir réprimé les ouvriers hongrois assez sévèrement ! Les trotskistes, parce qu’ils ont claironné leur "soutien" au soulèvement, peuvent sembler avoir été du côté des ouvriers. Mais en caractérisant la révolte comme une "révolution politique" pour la "démocratie ouvrière" et "l’indépendance nationale", ils contribuent à renforcer la mystification insidieuse selon laquelle l’Etat en Hongrie avait déjà un caractère ouvrier et devait seulement être purgé de ses déformations bureaucratiques pour revenir entièrement aux mains des ouvriers. Cela vaut la peine de se souvenir que même pour les Socialistes Internationaux, qui apparemment voient la Russie comme un pays dominé par le capitalisme d’Etat, la Russie est digne de soutien sur base du fait qu’elle serait un "moindre mal" dans toute situation de confrontation inter-impérialiste avec les USA. Il y a trop d’exemples du soutien de SI à des conflits de "libération nationale" téléguidés par la Russie pour en dresser la liste ici ; un des plus récents, toutefois, est la MPLA en Angola. Par conséquent, leur "soutien" au soulèvement ouvrier de Hongrie en 1956 n’est qu’un vil mélange de moralisme petit-bourgeois et de totale duperie.
Le degré auquel les trotskistes non seulement essaient de maintenir la lutte des ouvriers à l’intérieur du cadre de l’Etat bourgeois, mais aussi agissent comme annexes pures et simples aux bureaucrates "libéraux" des régimes staliniens, est exprimé de manière concise dans la prise de position de 1956 d’Ernest Mandel, grand prêtre de la Quatrième internationale, à propos de la victoire de la clique Gomulka en Pologne : "La démocratie socialiste aura encore beaucoup de batailles à remporter en Pologne, (mais) la bataille principale, celle qui a permis à des millions d’ouvriers de s’identifier à nouveau avec l’Etat ouvrier, est déjà gagnée" (cité par Harman, p. 108).
Depuis 1956, des analyses plus "radicales" des événements en Hongrie ont été publiées, mais peu rompent vraiment avec le cadre du trotskisme. Par exemple, les libertaires de Solidarity, dans leur brochure Hongrie 56, voient la revendication de l’autogestion ouvrière (élaborée par les syndicats hongrois !) comme le véritable noyau révolutionnaire du soulèvement. Mais cette revendication, comme l’appel à l’indépendance nationale et à la démocratie, n’était qu’une diversion supplémentaire de la tâche première des ouvriers : la destruction de l’Etat capitaliste, la saisie par les conseils, non simplement de la production, mais du pouvoir politique.
L’absence de toute tendance communiste claire dans les années 1950 n’était qu’un reflet de la raison historique fondamentale de l’impasse atteinte par le soulèvement hongrois. Dans cette période, le système capitaliste mondial traversait le long boom de la reconstruction postérieure à la guerre, et la classe ouvrière ne s’était pas encore relevée des défaites sanglantes qu’elle avait subies dans les années 1920, 30 et 40. Beaucoup de fractions de la bourgeoisie se rappellent aujourd’hui avec nostalgie des années 1950, car c’était une période où l’idéologie bourgeoise semblait avoir conquis le contrôle absolu de la classe ouvrière, et où les contradictions économiques du système ressemblaient à un cauchemar depuis longtemps disparu. La crise économique et la lutte prolétarienne qui ont toutes deux déferlé sur le bloc russe dans les années 1950 étaient limitées aux pays de ce bloc. Les ouvriers d’Europe de l’Est se sont donc retrouvés isolés et soumis à toutes les illusions issues d’une situation en apparence "particulière". Avec un capitalisme occidental qui semblait aussi prospère et libre, il n’était pas difficile pour les ouvriers du bloc de l’Est de voir leur ennemi dans la Russie ou le stalinisme, et non dans le capitalisme mondial. Cela explique les terribles illusions qu’avaient souvent les insurgés sur les régimes "démocratiques" de l’Ouest. Beaucoup espéraient que l’Ouest "leur vienne en aide" contre les Russes. Mais l’occident avait déjà reconnu à Yalta le "droit" de la Russie d’exploiter et d’opprimer les travailleurs des pays de l’Est, et n’avait aucun intérêt à venir en aide à quelque chose d’aussi incontrôlable qu’un soulèvement massif d’ouvriers. Effectivement, les "démocraties" non seulement ne sont pas restées à l’écart ; elles ont de plus opportunément fourni au Kremlin un écran de fumée moral pour éliminer l’insurrection en lançant leur attaque sur le canal de Suez au moment précis où les Russes préparaient leur entrée dans Budapest. Seuls et isolés, les ouvriers hongrois se sont battus comme des lions, mais leur lutte était condamnée à la défaite.
Le monde capitaliste n’est plus ce qu’il était dans les années 1950. Depuis la fin des années 1960, l’ensemble du système a sombré de plus en plus profondément dans une crise économique insoluble, expression de la décadence historique du capitalisme. En réponse à cette crise, une nouvelle génération de travailleurs, consolidée et renforcée par la période de reconstruction, a ouvert une nouvelle période de lutte de classe à l’échelle internationale. Aujourd’hui, la crise et la lutte de classe déferlent autant à l’Ouest qu’à l’Est. A l’Est, l’avant-garde de ce mouvement a été formée par les ouvriers polonais, dont les grèves en 1970 et 1976 ont constitué un avertissement aux bureaucraties staliniennes partout dans le monde. Si on compare les grèves de Pologne au soulèvement en Hongrie, on peut voir que beaucoup des illusions des années 1950 ont commencé à perdre de leur emprise. Les ouvriers de Pologne ne se sont pas battus comme "Polonais" mais comme ouvriers ; et leur ennemi immédiat n’était pas "les Russes" mais leur propre bourgeoisie ; leur objectif immédiat n’était pas la défense de "leur" pays mais la défense de leur propre niveau de vie. C’est cette réapparition du prolétariat international sur son terrain de classe qui a remis la révolution communiste mondiale à l’ordre du jour de l’histoire. Mais, bien que le soulèvement hongrois appartienne à une période dépassée par la classe ouvrière, il contient beaucoup d’enseignements pour la classe ouvrière actuelle dans sa lutte pour acquérir la conscience de sa mission révolutionnaire. Au travers de ses erreurs et de ses confusions, le soulèvement soulignait de nombreuses leçons cruciales à propos des ennemis de la classe ouvrière : le nationalisme, l’autogestion, le stalinisme sous toutes ses formes, la "démocratie" occidentale, etc., etc. Mais en même temps, dans la mesure où elle a hanté la bourgeoisie de l’Est et de l’Ouest du spectre des conseils ouvriers armés, l’insurrection a été un héroïque signe avant-coureur du futur qui attend le prolétariat partout dans le monde.
C.D. Ward, décembre 1976
Nous ci-dessous un texte publié par la section du CCI en Espagne (voir notre site en langue espagnole) le lendemain de la catastrophe dans le métro de Valence. Mettant à profit la visite du chef du Vatican à Valence, toute la bourgeoisie espagnole, nationale ou régionale, de gauche ou de droite, cherche à mettre sous le tapis les véritables causes de cet accident. La palme de l’intimidation cynique revient sans doute au gouvernement régional de Valence qui a même menacé de faire un procès à ceux qui, ayant eu connaissance d’un risque possible pour la sécurité des personnes sur cette ligne, ne l’ont pas dénoncé avant l’accident de lundi, risque dont ce gouvernement n'aurait pas eu connaissance au préalable… ! Après cela, sans doute, ses différentes fractions vont utiliser cet accident dans leurs guéguerres, mais pour la bourgeoisie, ce qui importe, maintenant, c’est que l’explication selon laquelle il s'agirait d'une "faute humaine" s’ancre bien dans les esprits. C’est ce que nos camarades ont voulu dénoncer immédiatement. La responsabilité de cet accident incombe bel et bien et entièrement à ce système capitaliste devenu totalement inhumain.
Hier, 3 juillet 2006, le pire accident de métro de l’histoire d’Espagne et l’un des plus graves en Europe a arraché brutalement la vie à 41 personnes à Valence et en a blessé gravement 40 autres.
Face à cette catastrophe, une solidarité spontanée s’est rapidement développée et organisée : les victimes encore valides, au lieu de s'éloigner à toute vitesse du lieu de l’accident et de céder à un sentiment de panique ont apporté de l'aide aux autres, des travailleurs et des gens du voisinage sont arrivés pour porter secours, il y a eu la mobilisation des pompiers et du personnel de la santé hors de leurs heures de service, et des donneurs de sang sont accourus en grand nombre… Une solidarité qui exprime un sentiment profond de fraternité vis-à-vis des autres, en opposition radicale avec l’individualisme et la guerre de tous contre tous que la société actuelle transpire par tous ses pores. Une solidarité qui dément dans les faits l’image que les médias, les politiciens, les idéologues de tout poil se plaisent à donner de nous autres, travailleurs : une masse indistincte d’égoïstes mue par le "chacun pour soi", seulement préoccupée par la consommation, non solidaire et irresponsable.
C’est cette solidarité humaine, sociale que nous voulons, en premier lieu, exprimer aux victimes et à leurs proches. Solidarité avec leur douleur et avec leur indignation.
Douleur, parce que, une fois encore –comme c’était arrivé lors de l’accident du métro de Londres il y a trois ans ou lors de l’attentat de l’an dernier dans cette même ville ou encore lors de l’attentat de Madrid à la gare d’Atocha- ce sont les travailleurs qui subissent dans leur chair les conséquences de ces catastrophes. La majorité des victimes de cet accident étaient de Torrente, une ville dortoir de la banlieue de Valence.
Indignation causée par la version honteusement falsifiée qui a été présentée sur les causes de l’accident. Tous les politiciens –autant ceux du PP parti de droite, que ceux du PSOE- ainsi que les médias ont affirmé que l’accident a été causé par la vitesse excessive de la rame, rejetant ainsi la faute sur le conducteur, qui est mort lui aussi dans l’accident.
Voilà le message, clairement délivré par la bourgeoisie : FAUTE HUMAINE, due à un travailleur irresponsable, afin d'incriminer l'exécutant qui aurait mal fait son boulot. Ce n’est pas nouveau : les investigations sur l’accident ferroviaire d’Almansa d’il y a trois ans, qui ont mis en évidence les graves carences dans l’infrastructure, la signalisation et les systèmes de sécurité, se sont conclues en rejetant toute la faute sur un travailleur de la RENFE (Compagnie du chemin de fer espagnol), qui a été condamné à 3 ans de prison.
Avec cette politique, le capitalisme et son Etat se lavent les mains, apparaissent comme des blanches colombes innocentes qui ne portent aucune responsabilité, tout en semant la zizanie et un sentiment de culpabilité chez les travailleurs et dans la population en général.
C’est vrai, le train circulait à 80 km/heure, le double de ce qui est permis à cet endroit. C’est ce qu’a montré la boite noire de la machine. Mais on n'a présenté là qu'une toute petite partie de la vérité, bien distincte d’une série de considérations fondamentales dont l’analyse nous permet de comprendre qu’il existe UNE AUTRE VÉRITÉ sur les causes de l’accident.
Courant Communiste International (4 juillet 2006)
Une tactique commune dans les attaques capitalistes contre les retraites et les avantages de santé est la tentative de créer des systèmes « multi-niveaux », dans lesquels les nouveaux employés perçoivent des avantages ou des retraites plus faibles, que cela prenne la forme de baisse de la valeur des avantages reçus par les plus récents employés ou celle d’exiger d’eux un paiement plus élevé des contributions à l’assurance maladie ou aux fonds de pension. Les ouvriers plus anciens sont bridés par la promesse que les coupes ne les affecteront pas, mais seulement les inconnus qui seront embauchés dans le futur. Traditionnellement, les syndicats aident à faire passer ces « marchés », saluant leurs efforts pour avoir préservé les ouvriers déjà employés comme des « victoires ». Cette tactique divise les ouvriers les uns contre les autres, opposant les intérêts des ouvriers employés de longue date à ceux des nouveaux ouvriers, le vieille génération contre la jeune – une recette désastreuse pour l’unité de la classe ouvrière – permettant aux directions de diviser et de gagner. Cela a précisément été la tentative de diviser les ouvriers qui s’est trouvée au cœur de la récente lutte dans les transports de la ville de New York. La Metropolitan Transit Authority, contrôlée par le gouverneur, et dans une moindre mesure par le maire, a cherché à reculer l’âge de la retraite pour les nouveaux embauchés, des actuels 55 ans à 62 ans, et à exiger que ces derniers paient 6 % de leur salaire dans les fonds de pension. L’âge de la retraite à 55 ans (après 25 ans de service) est depuis longtemps en place du fait de la reconnaissance des conditions de travail extrèmement dures dans lesquelles peinent les ouvriers des transports dans des souterrains vieux de cent ans, avec un air vicié et des fumées, l’infestation des rats et le manque général de structures sanitaires. La proposition du gouvernement n’aurait cependant affectée aucun des ouvriers déjà employés.
Mais les ouvriers du métro et des bus n’étaient absolument PAS prêts à se laisser diviser par cette escroquerie. Au nom d’une classe ouvrière qui a enduré une attaque générale sur ses retraites, les ouvriers des transports ont essentiellement tiré une ligne dans le sable et refusé d’accepter quelque changement que ce soit dans les retraites. Ils se sont mis en grève pour protéger les retraites des ouvriers qui n’étaient pas encore au travail, ceux qu’ils appelaient « nos pas-nés »- leurs collègues futurs, inconnus. En tant que telle, cette lutte est devenue l’incarnation la plus claire du mouvement pour réaffirmer l’identité de classe de la classe ouvrière et sa solidarité à ce jour. Elle n’a pas seulement eu un impact profond sur les ouvriers qui ont participé à la lutte, mais aussi sur la classe ouvrière dans d’autres secteurs. Les ouvriers du métro se sont ainsi mis en grève par solidarité de classe avec la future génération, avec ceux qui n’étaient pas encore embauchés. Cela a résonné chez beaucoup d’ouvriers dans de nombreuses industries, qui ont vu quelqu’un enfin se lever en disant : « Ne touchez pas aux retraites ! ».
La grève des 33 700 ouvriers du métro qui a paralysé la ville de New-York trois jours durant dans la semaine avant Noël a été la lutte ouvrière la plus significative depuis quinze ans aux Etats-Unis. Elle a été importante pour un nombre de raisons qui sont liées :
La signification de cette grève ne doit pas être exagérée ; elle ne peut être comparée aux grèves des années 1980 qui ont mis en jeu l’autorité de l’appareil d’Etat syndical destiné à contrôler et faire dérailler les luttes ouvrières et qui ont posé la question de l’extension de la lutte à d’autres ouvriers. Cependant, considérant le contexte de conditions difficiles dans lesquelles la classe ouvrière lutte aujourd’hui, cette signification doit être clairement comprise.
Bien qu’elle soit restée strictement sous le contrôle d’une direction syndicale locale dominée par les gauchistes et les syndicalistes de base, la grève du métro a reflété non seulement la combativité montante de la classe ouvrière, mais aussi des pas en avant significatifs et importants dans le développement d’un sentiment retrouvé de l’identité et de la confiance en elle-même de la classe ouvrière, ainsi que de la compréhension de la solidarité de classe, de l’unité des ouvriers par delà les frontières des générations et de lieux de travail. Les ouvriers du transports ont entrepris cette grève alors même qu’ils savaient être en violation de la loi Taylor de New-York qui interdit les grèves dans le secteur public et pénalise automatiquement les grévistes de deux jours de salaire pour chaque jour de grève, ce qui veut dire perdre trois jours de salaire pour chaque jour de grève (un jour pour celui non travaillé et deux jours de pénalité). La ville a ainsi menacé de requérir une amende pénale de 25 000 dollars contre chaque ouvrier pour fait de grève, et de la faire doubler chaque jour : 25 000 dollars le premier jour, 50 000 le deuxième, 100 000 le troisième. Avec de telles peines fermes brandies par la bourgeoisie, la décision de faire grève n’a pas été prise à la légère par les ouvriers mais a représenté un acte courageux de résistance militante.
La grève du métro de New York s’est déroulée dans le contexte d’une tendance internationale existant dans la classe ouvrière à renouer avec le combat ouvert de défense de ses intérêts de classe, après un reflux dans la lutte de classe qui a duré presque quinze ans, depuis la chute des deux blocs impérialistes issus de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1989, l’effondrement du bloc stalinien, dirigé par la Russie impérialiste, qui fut suivi de la désintégration du bloc impérialiste rival de l’Ouest, dirigé par les Etats-Unis, ainsi que les évènements chaotiques qui s’aggravèrent au niveau mondial, avaient ouvert une période de désorientation pour la classe ouvrière internationale. Le changement de conditions historiques, l’offensive idéologique répétée de la part de l’Etat bourgeois et de ses médias, proclamant la fin du communisme, le triomphe de la démocratie et la fin des classes, firent leur effet nocif sur le prolétariat. Le processus de clarification qui se développait depuis les années 1960 fut rompu et les avancées de la conscience de classe connurent un recul important. Ceci s’avéra particulièrement problématique concernant la compréhension que les syndicats, qui avaient été dans le passé des organisations de défense de la classe ouvrière, s’étaient intégrés dans l’appareil d’Etat du capitalisme décadent et servaient à présent de flics de base du capitalisme, et concernant la recherche de nouvelles formes de lutte permettant aux ouvriers de prendre leurs luttes en mains. Si profond a été le reflux dans la lutte de classe et si systématique l’attaque idéologique de la classe dominante, que le prolétariat a montré des signes de perte de confiance en lui-même comme classe et une difficulté à même reconnaître sa propre identité de classe.
Cependant, la gravité de la crise économique et l’escalade consécutive des attaques de la classe dominante sur le niveau de vie ouvrier impliqua inévitablement que cette terrible période de désorientation du prolétariat ne pouvait durer éternellement. En 2002, nous avons commencé à voir un tournant dans la lutte de classe internationale, qui fut caractérisé non par des surgissements spectaculaires de luttes combatives, mais plutôt par le début d’une tentative difficile et hésitante à revenir au centre de la scène historique. La première tâche posée par ces luttes naissantes dans de nombreux pays n’a pas été l’extension des luttes au delà des frontières géographiques et de secteurs, mais la ré-acquisition de la conscience, aux niveaux les plus fondamentaux, de l’identité de classe et de la solidarité.
Ce processus s’est mis en route aux Etats-Unis, comme les exemples de la lutte des employés d’épicerie en Californie, les luttes à Boeing et à Northwest Airlines, la grève des transports à Philadelphie, et la lutte des maîtres-assistants de l’université de New York le démontrent. Ce qui rend la grève des transports de New York si significative dans ce processus n’est pas simplement qu’elle est la lutte la plus grande avec l’impact le plus fort, dans le sens qu’elle a paralysé la plus grande ville de l’Amérique trois jours durant, mais par le niveau de progrès dans le développement de la conscience de classe qu’elle reflète.
Comme nous avons dit, la principale question dans la grève était la défense des retraites, qui subissent une attaque incroyable de la bourgeoisie partout dans le monde mais spécialement aux Etats-Unis. Dans ce pays, les allocations gouvernementales de sécurité sociale sont minimales et les ouvriers comptent sur leur entreprise ou sur des fonds de pension liés à leur travail pour maintenir leur niveau de vie une fois en retraite. Ces deux genres de pensions sont en danger dans la situation actuelle, la première sous les efforts de l’administration Bush pour « réformer » la sécurité sociale, et la deuxième à travers le véritable manque de finances et les pressions pour réduire le paiement des retraites. Depuis l’effondrement d’Enron Corporation, dans lequel des milliers d’employés ont perdu leurs retraites entièrement, d’innombrables entreprises américaines sont revenus sur leurs engagements par rapport aux retraites. Plus récemment, devant la banqueroute de ce secteur, des acteurs majeurs de l’industrie aéronautique n’ont pas honoré leurs fonds de pension. L’agence gouvernementale fédérale qui assume la responsabilité de ses fonds de pensions corporatifs avortés ne peut garantir que 50 % de ce que les ouvriers auraient normalement été en droit de recevoir. Tant de fonds de pension sont en faillite, que cette agence opère avec un déficit anticipé de 24 milliards de dollars.
L’industrie automobile, avec les banqueroutes qui menacent à General Motors et Ford, a aussi mis les fonds de pension en péril.
La réaffirmation de la capacité de la classe ouvrière à se voir et se comprendre en tant que classe a pu être vu à plusieurs niveaux et dans de nombreuses manifestations dans la lutte des transports. Clairement, le problème central lui-même – la protection des retraites pour les futurs ouvriers – contenait cet aspect. Ce n’est pas seulement à un niveau abstrait mais à un niveau concret qu’on pouvait le percevoir et l’entendre. Par exemple, à un piquet de grève d’un dépôt de bus de Brooklyn, des douzaines d’ouvriers se sont rassemblés en petits groupes pour discuter de la grève. Un ouvrier a dit qu’il ne pensait pas qu’il était juste de lutter sur les retraites pour des ouvriers futurs, pour des gens qu’on ne connaissait même pas. Ses collègues s’y opposèrent en argumentant que les futurs ouvriers contraints d’accepter l’attaque contre les retraites « pouvaient être nos enfants ». Un autre a dit qu’il était important de maintenir l’unité des différentes générations dans la force de travail. Il a montré que dans le futur il était probable que le gouvernement essaierait de diminuer les avantages médicaux ou le paiement des retraites « pour nous, quand nous serons en retraite. Et il sera important pour les gars au travail alors de se souvenir que nous nous sommes battus pour eux, afin qu’ils se battent pour nous et les empêchent de casser nos avantages ». Des discussions similaires se sont passées ailleurs dans la ville, reflétant clairement et concrètement la tendance des ouvriers à se concevoir en tant que classe, à rechercher au-delà des barrières de génération que le capitalisme cherche à utiliser pour diviser les uns contre les autres.
D’autres ouvriers passant devant les piquets de grève klaxonnaient en signe de solidarité et criaient des hourras de soutien. A Brooklyn, un groupe d’enseignants d’une école élémentaire a exprimé sa solidarité en discutant de la grève avec les élèves et a amené les classes d’élèves de 9-12 ans à rendre visite à un piquet de grève. Les enfants ont apporté des cartes de Noël aux grévistes avec des messages comme : « Nous vous soutenons. Vous vous battez pour le respect. »
Les enfants ont été chargés par leurs enseignants d’interviewer les grévistes, et ils ont demandé aux ouvriers quel genre de travail ils faisaient et pourquoi ils étaient en grève.
Le jour suivant la fin de la grève, un de nos camarades a pris le bus et a eu une conversation avec le chauffeur qui illustre les avancées faites dans cette lutte. Après avoir payé son ticket, il dit au conducteur, un ouvrier latino de 35 ans : « Vos gars ont fait ce qu’il fallait. »
Le chauffeur a répondu : « Mais nous n’avons pas gagné. Nous sommes retourné au travail sans contrat. »
« Mais le principal est ce que vous avez fait. Vous avez dit ne touchez pas aux retraites, les ouvriers ont besoin de se serrer les coudes, quoi qu’il arrive. C’est un exemple important pour les autres ouvriers. » a dit notre camarade.
A cela, le chauffeur a répondu : « Oui, c’est vrai. Cela a été important que nous nous dressions pour la classe ouvrière. »
La grève des transports est devenu un point de référence pour les ouvriers dans d’autres secteurs. A côté des démonstrations de soutien et de la solidarité mentionnées ci-dessus, il y a eu de nombreux autres exemples. Les ouvriers qui n’étaient pas des transports étaient bienvenus aux piquets de grève. Par exemple, un groupe de maîtres-assistants de l’université de New York en grève a rendu visite au piquet de Brooklyn ; ils se sont présentés, pour discuter des problèmes de la grève et de sa stratégie avec les ouvriers. Dans d’innombrables lieux de travail autour de la ville, d’autres ouvriers d’autres secteurs ont parlé de l’importance de la solidarité comme étant un exemple sur la question de la défense des retraites. Parmi les ouvriers municipaux, dont la plupart étaient depuis trois ans ou plus sans nouveau contrat, l’adhésion des ouvriers des transports au slogan : « Pas de contrat, pas de travail », a montré l’importance de la lutte.
La sympathie pour les grévistes a été si forte que les sondages des médias capitalistes montraient que Roger Toussaint, président du syndicat des transports, affichait un taux de popularité plus élevé que le maire ou le gouverneur au premier jour de la grève. L’existence d’un excédent financier de 1,02 milliards de dollars pour la Metropolitan Transit Authority fait apparaître la ligne dure de la direction comme particulièrement sévère et impitoyable aux autres ouvriers. Le deuxième jour de la grève, la bourgeoise s’est appuyée sur une campagne de diabolisation des grévistes. Les tabloïdes, comme le Post et le Daily News, traitaient les grévistes de « rats » et de « lâches ». Même le libéral New York Times dénonçait la grève comme « irresponsable » et « illégale ».
Le thème de « l’illégalité » a été repris par le maire Michael Bloomberg et le gouverneur George Pataki. Pataki a déclaré que la grève était criminelle et qu’aucune négociation n’interviendrait jusqu’à ce que les grévistes retournent au travail. Bloomberg a fait écho à cette position, traitant les grévistes de « voyous » et de « criminels ». Le maire milliardaire est soudain devenu le champion de la cause des ouvriers pauvres incommodés par la grève, prétendument pris en otage par les grévistes des transports comparativement bien payés. De son côté, Toussaint dénonçait le maire et le gouverneur pour leurs accusations insultantes, et se faisait le champion des ouvriers des transports contre les « insultes ».
Les reportages télévisés se centraient sur les difficultés infligées par la grève sur la population essayant de co-voiturer pour aller au travail ou marchant le long des ponts de l’East River pour se rendre à Manhattan. Mais même après ce battage des médias, les dirigeants de la ville savaient que la solidarité de la classe ouvrière avec la grève restait forte. Un juge local a menacé de prison les dirigeants syndicaux et d’amende des grévistes individuellement pour avoir défié une injonction de la cour d’arrêter la grève et de reprendre le travail, mais le maire Bloomberg s’est empressé de proposer que la cour devrait augmenter les amendes et ne pas mettre les dirigeants syndicaux en prison, que cela ferait de Toussaint « un martyr » et risquerait de provoquer des grèves de sympathie chez d’autres employés du secteur public.
L’illégalité de la grève elle-même a déclenché des discussions importantes au sein de la classe ouvrière à travers la ville et dans le pays. Comment pouvait-il être illégal pour les ouvriers de protester en se retirant du travail ? demandaient beaucoup d’ouvriers. Comme l’a dit un ouvrier lors d’une discussion dans une école de Manhattan, « c’est presque comme si on peut faire grève que si elle n’a aucun effet ».
De nombreux ouvriers étaient amèrement conscients que la nouvelle direction combative du syndicat avait cédé trois ans auparavant pour un contrat donnant 0 % d’augmentation la première année, et 3 % les deuxième et troisième années. Le syndicat était donc sous la pression d’une colère et d’une combativité montante des ouvriers pour agir de façon plus combative dans la situation actuelle. Alors que le syndicat local des ouvriers des transports conduit par les gauchistes et syndicalistes de base contrôlait clairement la grève, employait une rhétorique combative et adoptait un langage de solidarité pour tenir fermement en mains la grève, le rôle du syndicat a été cependant de miner la lutte et de minimiser l’impact de cette grève importante. Très tôt les syndicats ont laissé tomber la revendication d’une augmentation de salaire de 8 % pendant trois ans, et ont focalisé entièrement sur les retraites. Le meeting syndical qui avait voté la grève ne permit aucune discussion ou débat mais fut conduit comme un défilé syndical, avec en vedette une adresse démagogique du révérend Jesse Jackson.
La collusion entre le syndicat et la direction a été révélée dans un reportage publié après la grève dans le New York Times. Toutes les insultes vicieuses entre le syndicat et les officiels du gouvernement étaient une farce. Tandis que le maire et le gouverneur appelait bruyamment à la reprise du travail comme pré-condition à l’ouverture de négociations, des négociations secrètes étaient en fait en route à l’Hôtel Helmsley, et le maire acceptait secrètement une proposition de Toussaint d’obtenir de la direction le retrait de l’attaque sur les retraites en échange d’une augmentation dans les contributions des ouvriers à la couverture maladie pour dédommager le gouvernement du coût représenté par le maintien des retraites pour les futurs employés.
Cette fin orchestrée par le syndicat et le gouvernement n’est bien sûr pas
une surprise, mais simplement une confirmation de la nature anti-ouvrière de tout
l’appareil syndical, et n’enlève rien à la signification des apports importants
réalisés dans le développement de la conscience de classe. Cela nous remet en
mémoire les tâches importantes qui restent devant la classe ouvrière pour se
débarrasser du carcan syndical et pour garder le contrôle de la lutte dans ses
propres mains.
Partout en Italie, en France, en Allemagne, au Portugal, on a assisté à un déchaînement d'hystérie nationaliste. A l'issue de chaque match, des millions de "supporters" déchaînés ont déferlé dans les rues des villes pendant des heures, dans un concert assourdissant de klaxons, en agitant des bannières ou des pièces de tissus aux couleurs de leur drapeau national tout en vociférant à tue-tête des chants patriotards. Ce prétexte à défoulement et à excès de beuveries a même donné lieu à quelques débordements, parfois mortels.
Sous l'alibi prétendu "apolitique" du Mondial, la classe dominante est parvenue à ses fins : réaliser l'union nationale, l'union sacrée comme lors des guerres mondiales mais, cette fois, autour du ballon rond. Pour l'Allemagne, Etat organisateur, il a été largement souligné que cette coupe du monde a permis de retrouver un véritable sentiment de fierté nationale, d'orgueil à l'Est comme à l'Ouest, toutes générations confondues, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en entonnant l'hymne national et en déployant le drapeau tricolore sans le moindre complexe.
Cette coupe du monde fut donc une aubaine pour la bourgeoisie qui a réussi à rassembler toutes les classes de la société derrière ces "Bleus" ou ces "Azzuris" devenus, pour un temps, les idoles du "peuple ". Tous les journaux de Libération au Journal du Dimanche, en passant par Le Monde et Marianne ont parlé de cette résurrection du sentiment national le temps de la Coupe reprenant même à leur compte le slogan euphorisant utilisé lors des grèves de la fonction publique en 1995 "Tous ensemble !" pour mieux duper les prolétaires et les dévoyer sur ce terrain nationaliste le temps de la coupe du monde.
Un des thèmes favoris de cette gigantesque campagne nationaliste, résidait dans l'idée mensongère colportée par les médias, suivant laquelle le Mondial aurait permis de dépasser tous les clivages sociaux, tous les antagonismes de classe. De plus, en France, la bourgeoisie continue depuis 1998 à utiliser la composition "black-blanc-beur" de l'équipe nationale de foot pour faire croire que l'Etat français se soucie de l'intégration des immigrés. C'est nous prendre pour des imbéciles. L'illustration de cette 'hypocrisie de l'Etat français, c'est que ce sont les mêmes qui au gouvernement renforcent les lois anti-immigrés et ne trouvent pas mieux que de surenchérir dans la démagogie. Alors que les attaques contre les travailleurs immigrés n'ont cessé de s'aggraver au fil des années, aussi bien sous les gouvernements de gauche que de droite (flicage permanent, contrôles d'identité pour délit de "sale gueule", expulsions musclées de leurs logements ou vers leurs pays d'origine des sans-papiers et des clandestins, etc.)
L'équipe de France de foot, symbole de l'intégration des immigrés ? Certainement pas ! Pour cette coupe du monde comme pour celle de 1998, comme pour les Jeux Olympiques, ce ne sont pas des "immigrés" que l'Etat bourgeois s'est efforcé "d’intégrer", mais des "champions", capables, grâce à leurs performances sportives de rehausser l'image et le prestige du capital français sur la scène mondiale. C'est pour cela que le président Chirac les a invités à déjeuner en grandes pompes, malgré leur défaite en finale, pour les féliciter et les remercier de leur parcours qualifié "d'extraordinaire épopée" en leur déclarant : "Vous avez fait à tous égards honneur à la France. (…) C'est ainsi qu'une nation se dépasse (…) au-délà de l'exploit, vous avez démontré à la France qu'elle est forte quand elle est rassemblée dans sa diversité et qu'elle a confiance en elle".
Plus le capitalisme décadent s'enfonce dans la décomposition, plus le "chacun pour soi" et l'atomisation dominent la vie sociale, et plus les manifestations sportives se révèlent comme un véritable substitut de la religion. Les spectacles sportifs, par leur fonction d'abrutissement des consciences, non seulement font office de nouvel "opium du peuple" (ils ont été systématiquement développés depuis l’entre-deux guerres), mais ils sèment l'illusion qu'à travers le sport, il est possible de retrouver un semblant de communauté humaine. Lorsque les ouvriers ne peuvent affirmer leur unité de classe dans la lutte, lorsqu'ils sont atomisés et soumis à la pression de l'idéologie dominante, les spectacles sportifs sont pour eux un moyen de s'évader de la réalité du monde capitaliste et de la misère de leurs conditions d'existence.
C'est justement ce besoin d'évasion que la bourgeoisie exploite au maximum et cherche à accentuer. En ce sens, cette coupe du monde de foot n'est pas sans rappeler les jeux romains : quand il n'y a plus de pain, la classe dominante offre des jeux aux ouvriers pour leur faire accepter leur condition de classe exploitée.
A la veille et au moment des congés d'été, elle a cherché à leur faire oublier l'aggravation du chômage et la misère résultant de l'enfoncement inexorable du capitalisme dans une crise économique mondiale sans issue. Elle a cherché à faire passer le plus discrètement possible, et dans le dos des ouvriers, les attaques et les mesures d'austérité qu'elle venait de concocter. Pour détourner l’attention des prolétaires des attaques capitalistes contre leurs conditions de vie, il faut faire diversion et susciter chez eux un artificiel sentiment d’euphorie. En Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel a, par exemple, largement profité de "l'effet coupe du monde" pour annoncer un nouveau plan de réforme du système de santé comportant notamment une hausse généralisée des cotisations pour la sécurité sociale.
Le Mondial est une arme toute trouvée pour l'Etat bourgeois. Non seulement l'exploitation médiatique de cette coupe du monde visait à abrutir les prolétaires derrière le suspens entretenu par la grande question du siècle : "Les Bleus iront-ils jusqu'à la finale ?", mais elle visait encore à les enchaîner à la pire idéologie bourgeoise, celle qui les a conduit par deux fois pieds et poings liés à la guerre mondiale : la défense du drapeau et du capital national. Ce qui distingue principalement les jeux de la Rome antique et ceux du capitalisme décadent, c'est la guerre que se livrent les différents Etats nationaux concurrents derrière les maillots de leurs équipes sportives.
Si aujourd'hui, beaucoup d'ouvriers ont encore la gueule de bois, l'euphorie du Mondial est appelée à se dissiper rapidement.
Ce Mondial qui les a transportés au paradis, pendant quelques soirs d'apothéose, n'a pas effacé les antagonismes de classe, comme le prétend la bourgeoisie et ses médias aux ordres. La réalité de la crise économique avec son lot incessant d'attaques contre les conditions d'existence des ouvriers ne peut que les conduire à retrouver le chemin de la lutte sur leur propre terrain de classe et à rompre avec l'illusion de l'union nationale.
Derrière la liesse "populaire", interclassiste du Mondial, le prolétariat n'a rien "gagné". Au contraire, il a tout à perdre à faire cause commune avec ses propres exploiteurs derrière les drapeaux nationaux.
Ce terrain n'est pas le sien. C'était avant tout celui des supporters de l'Etat bourgeois, les Chirac, Villepin, Sarkozy, Royal, et consorts, qui, aujourd'hui plus que jamais, ne ratent aucune occasion d'exploiter le sport comme arme idéologique contre la lutte de classe.
Marine (10 juillet)
Sur le site du GCI[1] [11], dans la rubrique "nouveautés", daté du 21 mars 2006 on peut trouver un tract, en français et en anglais, sur le mouvement anti-CPE. Dans ce tract, le GCI, qui se vante souvent prétentieusement de développer des analyses sur les forces en présence dans tel ou tel pays, non seulement ne dit pas un mot sur comment se sont déroulés les événements en France, mais, en plus, il ment sur ces luttes, il attaque et dénonce ce qui a été la force du mouvement : la capacité de s'organiser en assemblées générales. Tout cela enveloppé dans un langage ultra-radical de dénonciation du CPE et des syndicats ; mais quand il s’agit de faire des propositions pour développer les luttes, la seule chose qu’on peut lire dans ce tract, c’est "grève générale" et "actions violentes pour bloquer la circulation des marchandises" (c'est-à-dire blocages des routes, des chemins de fer, etc.)… Voilà des méthodes syndicalistes pur sucre ! Face à la dynamique de grève de masse qui a animé la lutte contre le CPE, le GCI oppose la dynamique syndicale de lutte ! Et il a le culot, en mentant, de critiquer les étudiants parce qu’ils "défilent derrière les syndicats" !
Pour commencer, le tract confond délibérément les tentatives de la bourgeoisie pour affronter les luttes avec les initiatives décidées au cours de la lutte, en attribuant ainsi aux étudiants les appels syndicaux ou les appels à faire confiance dans les promesses électorales, et même de s’être laissés piéger dans des affrontements stériles avec la police : "Et contre tout cela [le CPE], comment réagit-on ?:
Ce mouvement de lutte a pris à contre-pied la bourgeoisie française. Le gouvernement de Villepin n’avait pas prévu l’impact que l’attaque du CPE pouvait avoir sur les jeunes générations de prolétaires. Il n’avait pas pris le temps de préparer cette attaque politiquement, en mettant en place une stratégie syndicale et « de gauche » pour l’accompagner[2] [12]. C’est pour cela que les différentes forces de l’Etat bourgeois, les syndicats en tête, ont dû réagir sur le tas, ce qui a laissé une marge de manœuvre aux étudiants. Ainsi, il faut dire clairement que ce ne sont pas les étudiants qui ont défilé derrière les syndicats, mais ces derniers qui ont dû s’y mettre pour essayer de prendre le train en marche et encadrer la lutte.
Pratiquement, jusqu’aux manifestations du 18 mars, les syndicats n’arrivaient pas à être présents dans le mouvement et à s’imposer. Le 7 mars, à Paris, quand les étudiants de Censier se rassemblent pour aller à une manifestation massive, la CGT essaye de se mettre à la tête du cortège avec ses troupes et ses pancartes ; la réaction des étudiants, qui refusent que ce syndicat prenne la tête de la manifestation, consiste à se mettre en avant par différents moyens pour le déloger, prenant la direction de la manifestation et en imposant des slogans unitaires. Le lendemain, le leader de la CGT, Bernard Thibault, déclarait à la télé : "nous sommes face à des faits inconnus" , et plusieurs journalistes des medias bourgeois affirment que "la CGT a été humiliée" . Ainsi, ce ne sont pas les étudiants qui ont défilé derrière les syndicats, mais ceux-ci qui ont été obligés de défiler derrière les étudiants. Même la semaine suivante, le 14 mars, la manifestation principale à Paris est spontanée et ne suit aucun appel syndical.
Mais ce n’est pas seulement dans les appels aux manifestations que s’est exprimée cette confrontation avec les syndicats. Dans les universités elles-mêmes, il y a eu un combat pour prendre le contrôle des AG et la direction du mouvement. Le syndicat étudiant, l’UNEF, de même que des militants des organisations gauchistes (trotskistes surtout), ont essayé de prendre la présidence des AG et de s'accaparer des commissions qui en émanaient ; mais dans une partie importante d’universités, c’est une présidence élue, contrôlée et mandatée par l'AG chaque jour qui a fini par s’imposer, avec l’idée, en permanence, d’en déloger les syndicalistes professionnels.
Sur la question de l’extension de la lutte aussi, il y a eu affrontement avec les syndicats. Certaines AG des universités ont envoyé des délégations aux zones industrielles, mais les syndicats des différents lieux de travail ont tout fait pour éviter tout contact direct entre ces délégations et les travailleurs, prenant eux-mêmes en charge la réception des étudiants pour essayer de les berner. Prenant conscience de la manœuvre, dans certaines universités les plus combatives, on n’a pas renoncé à la discussion directe avec les ouvriers et des piquets ont été envoyés aux stations du métro et aux arrêts de bus où passent les ouvriers pour aller au travail.
On peut en dire autant de l’affirmation du GCI comme quoi ce mouvement de lutte aurait mis sa confiance dans les promesses électorales des politiciens et qu’il se serait fourvoyé sur la voie électorale ( "En gobant les promesses électorales…" ). En fait, rien que la lutte elle-même est déjà un démenti cinglant à cette affirmation selon laquelle il existerait une confiance dans les promesses électorales de la bourgeoisie. Ce n’est pas en votant que les jeunes ont imposé le retrait du CPE, mais en luttant. Tout le long du mouvement, jusqu’à ce que le retrait du CPE s’impose, aucune force politique de la bourgeoisie ne peut se targuer d’avoir été à la tête d’un mouvement qui est resté sur un terrain de classe. C’est seulement lors de la démobilisation actuelle que la bourgeoisie essaye de récupérer le terrain perdu, lançant une campagne idéologique pour éviter qu’on tire une leçon : la lutte autonome, sur un terrain de classe, paye. Alors elle déploie son cirque électoral et démocratique, en essayant d’y amener les jeunes, bien rangés et isolés, à voter pour la gauche du capital aux prochaines élections. Il est évident qu’il est fort possible que pas mal de jeunes se laissent entraîner sur ce terrain et que la gauche de la bourgeoisie française parvienne à canaliser une partie d’entre eux à voter pour elle. Mais ce qui est fondamental, ce qui a pris une profondeur historique, ce qui restera de ces combats, ce sont ces leçons : comment lutter, comment organiser les assemblées et les manifestations, comment on discute, pourquoi et comment on doit chercher la solidarité, etc. Voilà ce que la nouvelle génération ouvrière a gagné. Dans ce sens de l’incorporation d’une nouvelle génération dans la lutte, l’expérience du mouvement anti-CPE est, à tout point de vue, comparable à ce que les luttes de Mai 68 en France, ou 69 en Italie, ou celles des années 70 en Espagne, par exemple, ont signifié pour les générations d’alors[3] [13].
Mais le comble du cynisme est atteint par le GCI quand il accuse ces luttes de se laisser "piéger dans des affrontements stériles là où les forces de l’ordre nous attendent" ; ce groupe, justement, qui n’arrête pas de se laisser éblouir par des "affrontements stériles" en Bolivie, Argentine ou Irak, où la classe ouvrière est entraînée dans des mouvements interclassistes et parfois, dans le pire des cas, dans des affrontements inter-impérialistes[4] [14]. En effet, les médias n’ont pas arrêté d’insister depuis le début du mois de mars sur la violence dans les manifs, en passant en boucle des images d’affrontements avec la police, etc. Le seul objectif de cette campagne a été de décourager les indécis d’aller aux manifestations et aux assemblées.
Dès le début du mouvement, le terrain de la violence a été un terrain de la bourgeoisie. C’est la bourgeoisie qui organisa la provocation et l’assaut à la Sorbonne, c’est elle, avec la collaboration des syndicats (en utilisant leurs services d’ordre), qui organisa les affrontements à la fin des manifestations, qui organisa et permit que des attaques soient déclenchées contre les manifestants par des bandes plus ou moins incontrôlées mais sans doute bien « suivies » par les services de police. Mais il est faux de dire que les étudiants se sont laissés entraîner sur ce terrain. Au contraire, un des aspects qui exprime le mieux la conscience du mouvement, sa volonté d’unification, sa maturité et sa conscience prolétarienne, c’est la façon avec laquelle il a géré cette manœuvre de la bourgeoisie, comment il a abordé cette question de la violence.
La nuit du 10 au 11 mars, lors de l’assaut policier à la Sorbonne, les étudiants parisiens les plus à l’avant-garde, qui sont allés dans cette faculté pour apporter leur solidarité et des victuailles à leurs camarades assiégés, ont dénoncé le fait qu’on était en train de leur tendre un piège, et c’est pour cela qu’ils se sont adressés aux CRS en essayant par tous les moyens d’empêcher la répression et l’affrontement stérile ; ils avaient réussi en partie, jusqu’au moment où les provocateurs se sont mis à agir, ce qui a été le signal pour donner l’assaut à la Sorbonne.
Le mouvement a donné aussi une réponse aux affrontements provoqués par des bandes canalisées par la police. Certaines AG de différents lieux ont envoyé des délégations pour discuter dans les quartiers pour y affirmer que leur lutte était aussi une lutte pour la défense des conditions de vie des habitants des banlieues plongés dans le chômage massif et l’exclusion.
"…En fait, même si il est encore très loin de se poser la question de la révolution, et donc de réfléchir au problème de la violence de classe du prolétariat dans sa lutte pour le renversement du capitalisme, le mouvement a été confronté implicitement à ce problème et a su lui apporter une réponse dans le sens de la lutte et de l'être du prolétariat. Celui-ci a été confronté depuis le début à la violence extrême de la classe exploiteuse, la répression lorsqu'il essayait de défendre ses intérêts, la guerre impérialiste mais aussi à la violence quotidienne de l'exploitation. Contrairement aux classes exploiteuses, la classe porteuse du communisme ne porte pas avec elle la violence, et même si elle ne peut s'épargner l'utilisation de celle-ci, ce n'est jamais en s'identifiant avec elle. En particulier, la violence dont elle devra faire preuve pour renverser le capitalisme, et dont elle devra se servir avec détermination, est nécessairement une violence consciente et organisée et doit donc être précédée de tout un processus de développement de sa conscience et de son organisation à travers les différentes luttes contre l'exploitation. La mobilisation actuelle des étudiants, notamment du fait de sa capacité à s'organiser et à aborder de façon réfléchie les problèmes qui lui sont posés, y compris celui de la violence, est de ce fait beaucoup plus près de la révolution, du renversement violent de l'ordre bourgeois que ne pouvaient l'être les barricades de Mai."i[5] [15]
Mais là où l’intervention du GCI est carrément abjecte, c’est dans son attaque contre les AG. Sans la moindre explication, sans arguments d’aucune sorte, son tract dit ceci : "CASSONS le démocrétinisme des AG ‘souveraines et massives’, crachons sur les ‘délégués élus et révocables en permanence’ ".
Et pourtant ce sont justement les AG qui confirment la nature de classe de ce mouvement, son ouverture vers l’ensemble de la classe ouvrière, leur recherche de l’extension, leur développement de la discussion et de la prise de conscience. Ce sont elles qui prouvent que ce mouvement de luttes s’inscrit dans le développement de la grève de masse qui conduira à long terme à des affrontements décisifs entre bourgeoisie et prolétariat.
Dans les AG, qui n’ont rien à voir avec les parodies d’assemblées que les syndicats convoquent (même si ça a été le cas dans certaines universités et, surtout, au début du mouvement), celui-ci a pris la lutte en main, en prenant la responsabilité des décisions et des mobilisations, en discutant sur toutes les questions. Dans certaines AG, s’est confirmée cette pratique de la recherche de l’unité de la classe ouvrière. Elles ont essayé de rassembler dans une seule AG des assemblées séparées (personnel, professeurs, étudiants…). Encore mieux, ces AG se sont ouvertes également aux interventions de certains parents et grands-parents qui ont pu ainsi transmettre l’expérience des luttes qu’ils avaient vécues dans les années 1960 ou 70. Il y a même eu des retraités qui ont pu participer aux AG des étudiants, montrant ainsi, dans la pratique, l’unité des différentes générations de la classe ouvrière et la transmission de l’expérience.
Dans certaines AG, on a pu prendre conscience de la nature ouvrière du mouvement qui était en train d’être vécu. C’est ainsi que des demandes ont été formulées pour organiser des discussions sur l’histoire du mouvement ouvrier, demandant aussi aux "anciens" de raconter leurs expériences dans l’organisation des luttes.
Dans beaucoup d’AG, le problème a été posé de rechercher l’extension du mouvement, et, pour ce faire, dans certaines d’entre elles, des décisions ont été prises pour organiser des manifestations et des délégations pour aller dans les quartiers ouvriers et les zones industrielles.
Et, surtout, les AG ont permis la participation, l’implication du plus grand nombre dans le mouvement, dans les luttes, intervenant dans les discussions, faisant des propositions, participant aux piquets de grève et aux délégations… Avec toutes leurs limitations, les AG ont été une expérience politique de la première importance (comment prendre des initiatives, comment centraliser un mouvement), pour une nouvelle génération de prolétaires qui vient d’entrer pour la toute première fois en lutte.
Face à cela, la seule chose que retient le GCI, le seul argument qu’il pointe, pour justifier ce qu’il appelle la "débilité de l’assembléisme ", c’est que "L’AG de Dijon s’est réunie pendant 17 HEURES pour décider de 2 journées de mobilisation".
Nous ne savons pas exactement ce qui a pu se passer dans cette AG de Dijon, qui ne peut pas être considérée comme l’épicentre du mouvement ; mais, quoi qu’il en soit, la durée d’une AG ne peut pas être un argument contre elle. En fait, dans qu’un mouvement de lutte, la seule manière de le prendre en charge est la tenue d’une AG permanente, à travers de laquelle tous les ouvriers peuvent prendre en charge la responsabilité de la lutte. Par ailleurs, ce n’est pas une critique « fulminante » que celle de dire que cette AG a décidé deux, trois ou aucune journée de mobilisation.
Il reste donc à se poser la question : qu’est-ce que le GCI a contre les AG ?
Nous savions déjà, par d’autres de ses prises de position précédentes, que ce groupe "préfère" les organisations minoritaires qui préparent les luttes, telle que … les mères de la place de Mai !, à Buenos Aires, Argentine, "véritables expressions de l’associationnisme ouvrier" comme il disent4. Et le tract en question exprime maintenant une opposition frontale contre les AG, leurs délégués élus et révocables en tant qu’expression de la lutte ouvrière.
Et pourtant, la tendance des luttes ouvrières du 20e siècle a toujours été de développer des AG, avec des délégués élus et révocables, à commencer par les grèves de masse de 1902, 1903, ou 1905 et 1917 en Russie. Les conseils ouvriers ne sont pas autre chose que l’unification et la politisation des AG dans une période révolutionnaire et à une échelle autrement plus élevée. Et cela a été le cas aussi, plus tard dans le siècle, en Pologne en 1976 ou en 1980, ou, en Espagne –à Vitoria, en 1976-, pour ne donner que quelques exemples. Et en négatif, au moment de grandes luttes ouvrières comme celles de mai 68, les syndicats ont tout fait pour tuer dans l’œuf toute tentative de généralisation des AG, dans la plupart des cas en en prenant eux-mêmes le contrôle pour amener le lutte dans des impasses. La grève de masse, avec les AG et leurs délégués élus et révocables, est la forme que prend la lutte ouvrière dans la période de décadence du capitalisme, c’est la forme qui garantit la participation directe, massive et unifiée de la classe ouvrière dans ses luttes. Voilà ce que les révolutionnaires doivent mettre en avant.
Le tour de passe-passe du GCI consiste à faire passer la grève de masse, les AG, les délégués élus et révocables, qui portent en germe le double pouvoir contre la bourgeoisie, qui portent en germe la révolution et la dictature du prolétariat, comme des vulgaires expressions du crétinisme démocratique.
Quelle alternative propose le GCI après avoir rejeté la grève de masse, les AG, et la participation directe des masses au cours historique, et, à long terme, à la dictature du prolétariat ?
L’alternative syndicaliste du GCI
Après tout une bordée de calomnies et d’insultes contre le mouvement de lutte en France, le CGI pointe trois propositions "en positif" , pour, comme le dit le tract, "descendre autrement dans la rue" pour"être réellement victorieux" :
Laissons de coté cette alternative mensongère, qui n’a rien à voir avec la lutte prolétarienne, "[d’étrangler] la dictature de l’économie comme(…) en Bolivie, Algérie, Argentine, Irak", sur laquelle nous avons déjà pris position récemment4.
Il faut d’abord examiner ce que signifie la proposition du tract du GCI : il faut sortir dans la rue "autrement" , d’une manière différente de celle qui s’est développée lors de cette lutte contre le CPE. Et cet "autrement", c'est quoi ? La "grève générale" … Alors que la lutte contre le CPE a surgi spontanément, qu’elle s’est affirmée au fur et à mesure de son extension et de son élargissement vers d’autres étudiants et vers des ouvriers, au fur et à mesure qu’elle prenait conscience d’elle-même et de ses objectifs, avec l’intervention d’ouvriers de différentes générations et des révolutionnaires, la grève générale, par contre, est convoquée pour une journée donnée, sans l’engagement, sans l’implication et la conscience des travailleurs, mais ceux-ci servant de masse de manœuvre aux ordres d’une quelconque direction politique, d’une minorité. Alors que pendant les luttes en France, les minorités faisaient partie du mouvement où elles se joignent à l’ensemble des travailleurs en tant que partie d’une unité, lors d’une "grève générale", les minorités sont séparées de leur classe.
En fait, on en a entendu des "appels à la grève générale" de la part des gauchistes de tout poil, des anarchistes ! Des appels pressants aux syndicats pour que eux, à leur tour, appellent à la grève générale. Ces appels avaient deux tonalités : d’abord ceux qui mettaient l’avenir du mouvement entre les mains des seules forces capables, pour eux, de faire reculer le gouvernement et, d’un autre coté, ceux qui, avec leur critique, voudraient mettre les syndicats au pied du mur. Quelle que soit l’intention, quelle que soit la "bonne foi" de ceux qui font appel à la grève générale, une chose est sûre : derrière, il y a toujours l’idée que ce sont les organisations syndicales qui doivent et peuvent la prendre en charge. De fait, les syndicats ne "" "décréteront" non pas la grève générale, mais une espèce de grève "inter-professionnelle" comme ils disent, que s’ils ont toutes les cartes en main pour éviter tout débordement. Ou bien, comme en Mai 68, pour essayer justement d’enrayer la montée de la grève de masse qui s’est amorcée après le 13 mai, pour « prendre le train en marche » et essayer de le faire dérailler. La grève générale est, dans le meilleur de cas, une confusion dans les termes ou un mythe entretenu. Jamais une grève générale, autrement dit une grève décrétée par les syndicats, n'a fait reculer l’Etat, surtout pas depuis que les syndicats sont devenus pleinement ses serviteurs. Et c’est jouer sur les mots et sur la crédulité des ouvriers que de prétendre qu’on peut "mettre les syndicats au pied du mur" . Alors pour mieux vendre cette marchandise frelatée de la grève générale décrétée par les syndicats (il n’en existe pas d’autre), le GCI adopte une phraséologie encore plus radicale que les gauchistes, en appelant à une "grève générale en-dehors et contre la mascarade syndicale". Autrement dit, c’est vouloir lutter contre l’emprise des syndicats en utilisant l’arme que eux seuls maîtrisent. Pour compenser son vide politique, le GCI se met en rogne pour faire sortir tous les mots insultants de son misérable dictionnaire (débilité/démocrétinisme…) pour dénigrer les AG, autrement dit le SEUL moyen pour que le mouvement puisse aller de l’avant, puisse aller vers une extension des grèves, vers une première étape de la grève de masse. Ce n’est pas une question de terminologie, mais de savoir quelle est la force, quel est le sens d’un mouvement.
Les délégations et les piquets du mouvement contre le CPE émanaient des AG et étaient responsables devant elles. Ils étaient soutenus par elles et ils exprimaient la force de tout le mouvement. Par contre, les piquets pour bloquer les routes et les gares que le GCI propose dans son tract, ne font appel qu’à des minorités agissant de leur propre chef ou de décisions imposées par une minorité. Là aussi, sous des apparences « radicales » et avec la grandiloquence du vide, le GCI ne fait que du syndicalisme radical.
En bref, "la forme" de la lutte contre le CPE en France est celle portée par la dynamique de la grève de masse, alors que "la forme" proposée par le GCI n’est que la lutte syndicale. Pour cela, il suffit de revenir sur l’expérience de la lutte ouvrière dans les vingt ou trente dernières années pour comprendre à quoi ont servi les différentes grèves générales convoquées et décidées par les syndicats. Quant aux "piquets volants, le blocage des marchandises aux carrefours, gares, aéroports…" , cela ne va pas plus loin que toutes ces actions-commandos minoritaires où les syndicats, faisant passer la fumée et l’odeur âcre des pneus qui brûlent sur la chaussée pour le summum de la radicalité, s’amusent à défouler les prolétaires surtout pour qu’ils n’aient pas l’idée d’aller organiser la vraie solidarité dans d’autres lieux de travail.
Parce que, justement, l’importance du mouvement de lutte en France a été de permettre aux nouvelles générations de prolétaires de faire une expérience sur comment s’organiser et prendre en charge les luttes, sur comment doit être la lutte du prolétariat dans la période actuelle. Et c’est justement cela que le GCI attaque.
[1] [16] GCI: Groupe communiste internationaliste. Nous avons pris position récemment sur la nature parasitaire de ce groupe dans "A quoi sert le Groupe Communiste Internationaliste? [17]" Revue Internationale nº 124.
On peut lire son tract : "CPE-CNE, CDI-CDD, RMI-RMA… Derrière ces sigles la même et ignoble réalité capitaliste: des conditions pires d’exploitation !". Nous ne savons pas si, outre leur publication sur Internet, ce tract a été distribué lors des manifestations ou les AG ; en tout cas, dans les différentes villes et mobilisations où nous sommes intervenus, nous n’avons pas vu le moindre exemplaire de ce tract, ni entendu le moindre commentaire. Ce n’est pas étonnant : au vu d’autant de calomnies sur si peu de texte, et du mépris pour les luttes, il se peut que le GCI, malgré le style vantard qui le caractérise, ait craint de ne pas être bien accueilli par les étudiants. En revanche, il a bel et bien lancé un appel pour que d’autres reproduisent leur tract et le distribuent.
[2] [18] Voir notre article : "Thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France" dans la Revue Internationale nº 125 (https://fr.internationalism.org [19])
[3] [20] "Thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France" .
[4] [21] Nous n’allons pas faire ici la critique de ces positions. Voir l’article mentionné : "A quoi sert le Groupe Communiste Internationaliste? [22]"
[5] [23] "Thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France" , point 14.
Toutes les lamentations sur l’absence de "grand coup" dans l’accord de coalition négocié entre la CDU/CSU et le SPD ne visent uniquement qu’à détourner l’attention du fait que le gouvernement récemment constitué a concocté la série de mesures la plus brutale de tout l’après-guerre au détriment de la population. Ainsi : l’augmentation drastique de la TVA de près de 3% ; l’allongement progressif de la durée de la vie active jusqu’à 67 ans ; la réduction ou bien même la suppression définitive "d’avantages" fiscaux comme le forfait d'éloignement ou la prime d’accession à la propriété ; d’autres coupes sombres de 4 milliards d’euros sur le dos des plus pauvres parmi les pauvres, les bénéficiaires de l’indemnité prévue par la loi Hartz IV ; la suppression totale de toute protection de l’emploi pendant les deux premières années d’embauche ; la poursuite du blocage des pensions de retraite, lesquelles, eu égard à la hausse actuelle du coût de la vie et des augmentations d’impôts, subissent de fait une réduction drastique.
L’augmentation de la TVA est le symbole de l’aggravation de la guerre des exploiteurs faite aux exploités. Au cours de la campagne électorale le SPD s’emportait contre les projets de réforme fiscale de Kirchhoff, désigné par Merkel pour occuper le poste de ministre des finances, et qui rêvait d’introduire une tranche d’imposition à taux unique s’appliquant aux millionnaires comme aux précaires. Mais précisément l’augmentation du taux de la TVA touche deux fois plus durement les pauvres. En effet, même les sans-abri et les mendiants doivent payer cet impôt dés qu’ils achètent quelque chose.
Une telle attaque générale de la classe dominante contre les intérêts vitaux de la classe ouvrière va certainement provoquer la colère et l’indignation de ceux qu’elle touche. Cependant l’art et la manière avec lesquels cette série d’attaques est préparée, montre que la classe exploiteuse fait tout pour compliquer d’emblée la riposte ouvrière. En plus de la brutalité des mesures prises, un autre aspect est caractéristique de la coalition rouge-noire : les efforts qu’elle effectue afin de monter les salariés les uns contre les autres. L’exemple typique en est donné par la prévision de la baisse de 2% des cotisations à l’assurance chômage. La moitié doit être "contre-financée" par la réduction du soutien apporté aux chômeurs. L’autre moitié doit être fournie par l’augmentation de la TVA. Il doit ainsi en résulter une division entre actifs et chômeurs. En réalité, concernant cette mesure, il s’agit pour le patronat, partenaire paritaire (« à moitié ») de l’assurance-chômage, de baisser les coûts des charges salariales. Le coût de cette baisse - si elle doit avoir lieu - devra être supporté par les seuls salariés et chômeurs. Par exemple, la promesse de la baisse des cotisations à la caisse d’assurance maladie par le gouvernement rouge-vert montre ce que valent les prétendus allègements de charges en faveur de la classe ouvrière. Alors que les soins de santé n’ont pas cessé de se réduire et de se dégrader considérablement, jusqu’à ce jour, aucune baisse des cotisations-maladie n’a eu lieu. Au contraire. Et maintenant la hausse de la TVA va provoquer aussi une nouvelle augmentation également dans ce domaine.
Plus largement, ce que confirme l’accord de coalition, c’est le caractère mensonger, non seulement des promesses électorales (par exemple, la CDU/CSU a promis de faire baisser la charge fiscale globale sur la population, et le SPD a promis d’empêcher l’augmentation de la TVA) mais aussi de la campagne électorale même. Ainsi tout le monde a-t-il fait comme si démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates, "libéraux" et "partisans de l’Etat social " formaient des camps politiques irréconciliables. Maintenant chacun voit de nouveau gauche et droite au sein de la coalition gouvernementale s’arranger miraculeusement les uns avec les autres quand il s’agit d’imposer les intérêts du Capital contre les exploités. Cela est valable pour tous les partis, y compris le PDS, qui assume des responsabilités gouvernementales dans certains états fédéraux et des municipalités. Il est plus important encore d’aller au delà de la simple leçon sur le fait que les candidats et les partis en campagne nous mentent, et reconnaître que la démocratie constitue une forme bien plus puissante du totalitarisme étatique que la domination basée sur la violence sans fard d’un Hitler ou d’un Staline, car bien plus raffinée et élastique. Grâce au "suffrage libre" et au "libre choix" des urnes, on donne ainsi l’impression aux opprimés d’instituer eux-mêmes le gouvernement et de disposer ensuite des moyens de le destituer. Le gouvernement n’obéit pas à la volonté du peuple, mais aux nécessités du système capitaliste. C’est la concurrence capitaliste dans le cadre de la crise de déclin du système qui dicte le programme gouvernemental. Cette crise se fiche comme d’une guigne des résultats électoraux. Elle contraint chaque capitaliste pris isolément ainsi que l’état capitaliste, à attaquer la classe ouvrière, sous peine de courir à la ruine. Le cirque parlementaire sert exclusivement à mystifier les prolétaires.
Le programme de gouvernement rouge-noir est uniquement l’aspect directement étatique de l’attaque capitaliste. Les expériences dans le "privé" nous renseignent sur la manière dont nous devons prendre les promesses des politiciens affirmant qu’accepter les dégradations et « les mesures de rigueur » permettrait pour bientôt l’amélioration de la situation des premiers concernés eux-mêmes. A Deutsche Telekom, après avoir déjà fait accepter la suppression des primes de Noël et des primes de congé, arrive l’annonce de nouvelles suppressions d’emplois - et pas moins de 32 000 ! Chez Volkswagen, alors que toujours plus d’ouvriers changent de grille de rémunération et travaillent pour 20% de moins, on a désormais aussi supprimé le supplément pour travail de nuit ainsi que le paiement des temps de pause. Ce sont des faits produits par la réalité capitaliste, et que tout nouveau gouvernement produira encore.
Les plus récentes luttes ouvrières en Allemagne montrent une classe luttant le dos au mur. Lors des occupations d’usines chez AEG à Nuremberg ou chez Infineon à Munich, il ne s’agissait pas d’empêcher les fermetures d’entreprises, mais d’empêcher que ceux qui sont jetés à la rue par ces fermetures ne se retrouvent sans moyens de vie du jour au lendemain. Les temps sont révolus, où les puissants groupes du secteur high-tech - dont justement Infineon - versaient « de bon gré » des indemnités aux licenciés, afin d’éviter des explosions sociales. Il n’y a pas si longtemps qu’on ressassait encore « le triomphe définitif » du capitalisme et qu’on tenait pour établi que l’affirmation de Marx et Engels selon laquelle les ouvriers n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes, était contredite par l’histoire. La situation des ouvriers d’AEG et d’Infineon aujourd’hui prouve la complète actualité des la célèbre formulation du Manifeste Communiste.
Ces luttes montrent la colère des ouvriers - rage, qui, comme nous l’avons dit, est attisée par les intentions du nouveau gouvernement. Celle-ci est importante, car sans cette colère, les luttes ne peuvent pas se produire. Mais la colère seule ne suffit pas. La colère sans conscience de classe peut facilement être canalisée dans des impasses inoffensives. Cela aussi, c’est l’une des leçons confirmée par les dernières élections. La colère des victimes des attaques a été détournée en direction des urnes électorales. La proposition de l’Etat démocratique c’est de « sanctionner » les responsables - c’est à dire le SPD comme parti au pouvoir et la CDU/CSU aspirant à la chancellerie - par le bulletin de vote. Effectivement, les deux « partis populaires » ont connu leur plus mauvais résultat électoral depuis longtemps. Pour quel résultat ? Ce sont précisément ceux qui ont été sanctionnés qui forment le nouveau gouvernement, et qui sont récompensés par la classe dominante pour leurs efforts. L’impuissance de la « sanction » démocratique comme forme de protestation ne peut pas être plus clairement mise en lumière.
Il est énormément important que la classe ouvrière se débarrasse des illusions sur la réalité du capitalisme qui demeuraient encore toutes ces dernières années. La croissance des attaques ne fait qu’exprimer l’absence d’issue à la crise d’un système social incompatible avec le progrès de l’humanité. C’est une prise de conscience pour laquelle la classe ouvrière devra se battre car justement la gauche, cette partie de l’état démocratique qui prétend défendre les intérêts ouvriers, mobilise pour tuer cette prise de conscience dans l’œuf. C’est ainsi qu’au mois d’octobre et novembre 2005, les syndicats ont organisé des journées d’action dans toute une série d’états européens - entre autres en France, en Belgique et en Grèce, pour protester contre certaines mesures gouvernementales. Ce faisant, ils ne cherchent pas seulement à laisser s’échapper la vapeur, afin que la pression au sein de la classe ouvrière ne puisse s’accumuler dangereusement (pour le Capital). Ils doivent plus largement maintenir l’illusion que ces attaques ne constituent pas l’expression de la faillite du capitalisme, mais qu’il s’agit de mesures isolées ou d’une « politique erronée » qu’il serait possible de remettre en cause en y opposant des actions limitées et ponctuelles. Cela trouve son pendant parlementaire avec les « anti-globalisation », sous la forme du Linkspartei et du PDS, qui, à grand bruit, font leur entrée dans le nouveau parlement. Ces forces affirment que la cause des tourments de la classe ouvrière ne réside pas dans la crise du système mais dans le fait que ces dernières années le capital s’est internationalisé, pour devenir surpuissant. Ce à quoi il proposent de répondre par le renforcement de l’Etat national. De fait, cette manière de voir dissimule la faillite du système. Le fait que le Capital agisse au plan international, n’est absolument pas nouveau. Déjà du vivant de Marx, la classe ouvrière a fondé la première Internationale entre autres afin d’empêcher que des ouvriers d’autres pays puissent être utilisés comme briseurs de grève. Non seulement les mouvements du capital et ses crises, mais la lutte de la classe ouvrière ont pris dés le départ une dimension internationale. Mais ce qui caractérise le capitalisme ce n’est pas seulement la contradiction entre marché mondial et Etat national, entre production internationale et appropriation nationale. La concurrence sans merci entre tous les Etats du monde comme « lieux de production » ainsi que l’embrasement de conflits guerriers, démontre aujourd’hui, que cette contradiction n’a pas disparu. L’Etat national constitue la forme la plus élevée de la concurrence capitaliste. Il est une partie du problème, et, en aucune manière, une partie de la solution.
Ainsi, le nouveau programme de gouvernement allemand n’est-il que l’incarnation en Allemagne d’un phénomène mondial. Compte tenu de ce développement, la classe ouvrière doit se préparer à de grandes luttes, même à des décennies de longues luttes.
Gouvernement et opposition, gauche et droite, s’affrontent pour défendre la voie la plus efficace, la plus équitable, la plus socialement acceptable pour le renforcement de l’Allemagne comme lieu de production. Dans tous les pays se répète le même cinéma, sous des formes différentes. La bourgeoisie ne connaît aucune autre réponse à la crise du système, que de toujours se livrer à la concurrence. La concurrence n’est pas une réponse à la crise et ne forme pas une issue à celle-ci ; au contraire, elle constitue le principe fondamental du capitalisme. Elle est la racine de l’inhumanité des conditions de vie de la classe ouvrière tout comme de son impuissance. Avant le capitalisme, les exploités étaient contraints par la violence à fournir du surtravail. Au contraire, dans le capitalisme, c’est la concurrence entre les ouvriers, qui force le prolétariat à se soumettre à l’exploitation.. La classe ouvrière ne peut développer sa propre force qu’en opposant à la concurrence capitaliste son principe de solidarité de classe.. Seule cette solidarité permet le développement de la lutte ouvrière comme véritable contre-pouvoir et comme projet de société alternatif à ce monde du chacun pour soi. Là éclôt le germe d’une société nouvelle, sans classes, communiste.
Cette solidarité est avant tout internationaliste. Dans la société actuelle, la classe ouvrière est la seule classe internationale apte à développer une solidarité mondiale. Il ne s’agit là en aucun cas d’un principe abstrait ou d’une question qui se posera seulement dans un lointain futur. A l’instar des salariés de Volkswagen à Wolfburg, qui, récemment, ont été opposés à leurs collègues du Portugal pour avoir le site de production le meilleur marché pour le nouveau modèle Marrakech, l’ensemble de la classe ouvrière se trouve face à cette question. Elle se pose en ces termes : ou bien se soumettre aux intérêts de « ses propres » capitalistes, ou bien, partout, riposter avec détermination aux attaques du capital - en conscience politique, mener un combat commun et solidaire.
" Les prolétaires n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! "
traduit
de Weltrevolution n° 133 (décembre 2005/janvier
2006), organe du CCI en Allemagne.
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Le 8 mars, des étudiants de la Sorbonne ont occupé leur fac pour pouvoir tenir des assemblées générales et discuter de leur participation au mouvement de protestation contre le CPE et les attaques ignobles portées contre les jeunes travailleurs par le gouvernement Villepin.
Le rectorat de Paris a exigé l'évacuation des locaux classés "monuments historiques".
Les étudiants refusent et sont encerclés par les forces de l'ordre qui transforment l'Université en une véritable souricière. Ils sont faits comme des rats, privés de nourriture et de tout contact avec leurs camarades des autres universités en lutte au coeur de la capitale (notamment Censier, Jussieu, Tolbiac).
Le vendredi 10 mars, les étudiants des autres facs décident de se rendre massivement et PACIFIQUEMENT à la Sorbonne pour apporter leur solidarité et de la nourriture à leurs camarades affamés et pris en otage sur ordre du recteur de l'Académie de Paris et du ministère de l'Intérieur. Une partie d'entre eux, accompagnés de travailleurs précaires du spectacle en lutte, réussissent à entrer dans les locaux et décident de prêter main forte à leurs camarades présents sur les lieux depuis plus de deux jours. Dans la nuit du 10 au 11, les forces de "l'ordre" à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, envahissent la Sorbonne. Ils expulsent les étudiants en lutte et en arrêtent plusieurs dizaines.
Les étudiants et les jeunes en lutte ne se font aucune illusion sur le rôle des prétendues "forces de l'ordre". Elles sont les "milices du capital" (comme le scandaient les étudiants) qui défendent, non pas les intérêts de la "population" mais les privilèges de la classe bourgeoise. "L'ordre républicain", c'est le "désordre" d'une société qui condamne au chômage, à la précarité et au désespoir des masses croissantes de jeunes qui se décarcassent pour essayer d'avoir une vie décente. Cependant, certains de ceux qui étaient venu prêter main forte à leurs camarades enfermés dans la Sorbonne ont tenté de discuter avec les Gardes Mobiles : ils n'étaient pas venus pour saccager les locaux, ils n'étaient pas venus pour "faire la peau au flics" ni pour s'amuser et "faire la fête" comme le prétendaient les médias bourgeois. Ils étaient venu apporter des vivres à leurs camarades qui avaient faim et leur manifester leur solidarité ! Ceux qui ont essayé de discuter avec les gardes mobiles ne sont pas des naïfs. Au contraire, ils ont fait preuve de maturité et de conscience. Ils savent que derrière leurs boucliers et leurs matraques, ces hommes armés jusqu'aux dents sont aussi des êtres humains, des pères de famille dont les enfants vont être eux aussi frappés par le CPE. Et c'est ce que ces étudiants ont dit aux gardes mobiles dont certains ont répondu qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'obéir.
Aujourd'hui, "l'ordre règne à la Sorbonne" et son président, Jean-Robert Pitte, a déclaré que cela permettrait aux étudiants de "travailler dans des conditions normales lundi". Les barrages d'hommes en armes et la perspective d'une précarité toujours plus grande : voila les conditions "normales" de "l'ordre" capitaliste.
A ceux qu'on attaque avec des mesures ignobles comme le CPE et qui veulent utiliser les facs comme lieux de discussion et de débat pour organiser leur riposte, on envoie la répression, les grenades lacrymogènes et les matraques. Voila le vrai visage de notre belle "démocratie républicaine". Voilà le vrai visage du fameux "Liberté, égalité, fraternité" issu de la révolution bourgeoise de 1789 !
Sur les chaînes de télévision et dans les journaux, on tente de plus en plus de présenter le mouvement des étudiants comme de simples affrontements avec la police, comme des émeutes.
Les médias sont aux ordres de la classe dominante. Nous dénonçons la propagande frauduleuse et mensongère de leurs manipulations et autres intoxications idéologiques. Nous dénonçons, le "Times" qui, dans son édition du 8 mars, avant même les affrontements à la Sorbonne, affichait sur sa première page : "RIOTS..."
C'est faux ! Les étudiants ne sont pas des émeutiers ("riots" signifie "émeutes" en langue anglaise). Cette falsification purement mensongère du journal aux ordres du gouvernement de Tony Blair (qui vient à la rescousse du gouvernement français) n'a qu'un seul but : faire un amalgame entre les violences aveugles et désespérées qui ont embrasé les banlieues en novembre dernier et la LUTTE DE CLASSE des enfants de la classe ouvrière et des travailleurs (notamment les enseignants, les personnels IATOS) qui se sont joint à leur mouvement. Et ce n'est pas un hasard, si lors de la manifestation des étudiants, qui s'est déroulée "pacifiquement" le jeudi 9 mars sur les Champs-Élysées, un tract tout à fait "louche" circulait d'un "comité pour l'extension des émeutes". Qui a fait circuler ce papier pour faire croire que les manifestations des étudiants étaient téléguidées par un prétendu "comité d'extension des éMEUTES" ? Des éléments du lumpen manipulés par le gouvernement et son Ministère de l'intérieur, des mouchards et autres provocateurs ou bien des partis politiques qui veulent pousser les étudiants, paquets par paquets, à se jeter pieds et poings liées sous les coups de la répression afin de sauver la mise à Villepin et à son CPE ?
Aujourd'hui, la Sorbonne est de nouveau sous le contrôle des "autorités". Les étudiants en lutte ne pourront pas se réunir dans ce lieu symbolique de Mai 68. Mais nous ne sommes pas des fétichistes. Nous n'avons pas besoin de "symboles" dans la lutte, car notre lutte n'est pas "symbolique". Elle est réelle et vivante ! S'ils veulent récupérer leur "monument historique", qu'ils se le gardent On peut aller bâtir ailleurs un véritable "monument" qui laissera des traces dans l'Histoire ! On peut se réunir dans d'autres facs moins "chic" et pleines d'amiante. Et s'ils nous virent, on trouvera d'autres lieux !
Et s'il faut tenir jusqu'au temps des cerises, on ira faire nos AG dans les jardins publics; à l'ombre des arbres et au milieu des fleurs ! Au milieu des mamans qui viendront promener leurs bébés et qui pourront participer aux débats !
Comme le disait un professeur en grève dans une AG de la fac de Paris-Censier: les étudiants d'aujourd'hui ont inventé quelque chose de nouveau et de très important. L'imagination créatrice qui est le propre de la classe ouvrière en lutte est déjà au pouvoir dans certaines universités ! C'est le cas de celle de Censier où l'AG étudiante du 9 mars a décidé de tenir des AG communes avec le personnel de la fac en grève et d'ouvrir la fac le samedi et le dimanche pour permettre aux travailleurs de la région parisienne de venir discuter avec les étudiants des perspectives de la lutte, d'une lutte qui est celle de toute la classe ouvrière, parce que c'est toute la classe ouvrière qui est attaquée. Et même si certains rêvent de faire de la journée du 18 mars une manif enterrement, s'ils parviennent d'ici une semaine à saboter le mouvement et à nous conduire à la défaite, nous aurons (peut-être) perdu une bataille, mais nous n'aurons pas perdu la guerre !
Nous reviendrons à la charge dès que nos forces seront reconstituées. Car la plus grande victoire de la lutte, c'est la lutte elle-même ! C'est l'expérience de l'unité, de la solidarité. Ce sont les leçons que nous allons en tirer qui nous permettrons de repartir au combat encore plus forts et plus unis !
Les futurs chômeurs et les futurs précaires en lutte du printemps 2006 sont d'ores et déjà allés plus loin que leurs aînés, ces "enragés" qui avaient construits des barricades en Mai 68 et qui pensaient participer à un "conflit contre les vieilles générations", à une "révolte contre l'autorité". Les années 60 étaient encore des "années d'illusion". Aujourd'hui, avec la crise mondiale de l'économie capitaliste, avec les attaques incessantes contre les conditions de vie des travailleurs, nous sommes entrés dans l'ère des véritables "années de vérité" ! Et, comme le disait le vieux Karl, c'est bien dans la pratique, que l'homme fait la preuve de la vérité, de la profondeur et de la puissance de la pensée !
Courant Communiste International (11 mars 2006)
La petite bande de voleurs et mouchards [1] [28] autoproclamée "Fraction interne du CCI" (FICCI) s'est donnée comme raison d'être, au nom de la défense des positions du "vrai CCI", de déverser, sur son site Internet, le maximum d'ordures sur notre organisation. Pas un de ses 37 bulletins n'a manqué de publier au moins deux textes visant à calomnier le CCI ou ses militants. Quelques fois, c'est plus de la moitié de ses articles qui est consacrée à ce sale travail, quand ce n'est pas la totalité du bulletin.
Le dernier en date (le n° 37) du "Bulletin communiste" ne fait pas exception à la règle. On y trouve en particulier un long article destiné à couvrir de boue les "Thèses sur le mouvement des étudiants du printemps 2006 en France [29]" adoptées par notre organisation au cours même du mouvement et qui tente d'en dégager les principaux enseignements. On y trouve également, mis en exergue, un petit encart intitulé "Dernière nouvelle" dans lequel on peut lire que : "L'intense campagne de presse de la bourgeoisie qui braque tous ses projecteurs sur la "bombe coréenne" (ainsi que sur les ambitions nucléaires de l'Iran) et cherche à en faire LE véritable danger menaçant la paix du monde, s'est trouvé un relais dans le CCI. (…) Le CCI actuel, dans sa logique de dégénérescence en est donc à contribuer à la mise en place des pièges bourgeois les plus grossiers et les plus dangereux, et qui ne visent que la classe ouvrière."
Quels arguments la FICCI a-t-elle trouvés pour appuyer cette accusation ?
"Dans une pompeuse "Déclaration internationaliste depuis la Corée contre la menace de guerre" publiée tout récemment sur son site web, ce groupe qui continue de se revendiquer de la Gauche communiste "dénonce sans réserve ce nouveau pas vers la guerre accompli par l'État capitaliste de Corée du Nord" et va jusqu'à dédouaner, d'une certaine manière, les grandes puissances de leur responsabilité première dans l'aggravation de la situation mondiale, en ne les accusant que... d'hypocrisie. Quand les campagnes idéologiques actuelles de la bourgeoisie font tout pour déformer la réalité, pour brouiller la conscience de la classe ouvrière et la désarmer, on trouve des "internationalistes", avec leurs moyens et leur drapeau, prêts à y apporter leur contribution."
Cela vaut la peine de lire ce qui est effectivement écrit dans cette déclaration adoptée au cours d'une conférence qui s'est tenue fin octobre en Corée du sud et dont le CCI n'était pas le seul signataire (il y a au total 10 signatures de groupes ou d'éléments individuels) :
"Suite à l'annonce de l'expérience nucléaire en Corée du Nord, nous, communistes internationalistes réunis à Séoul et Ulsan :
Dénonçons le développement d'une nouvelle capacité nucléaire entre les mains d'un autre État capitaliste : la bombe nucléaire est l'arme ultime de la guerre inter impérialiste ; sa seule fonction étant l'extermination massive des populations civiles en général et de la classe ouvrière en particulier.
Dénonçons sans réserve ce nouveau pas vers la guerre accompli par l'État capitaliste de Corée du Nord qui a ainsi démontré une nouvelle fois (si cela était nécessaire) qu'il n'a absolument rien à voir avec la classe ouvrière ou le communisme, et n'est pas autre chose qu'une version extrême et grotesque de la tendance générale du capitalisme décadent vers la barbarie militariste.
Dénonçons sans réserve la campagne hypocrite des États-Unis et de leurs alliés contre leur ennemi Nord-Coréen qui n'est pas autre chose qu'une préparation idéologique pour déchaîner – lorsqu'ils en auront la possibilité – leurs propres frappes préventives dont les populations travailleuses seront les principales victimes, comme c'est le cas aujourd'hui en Irak. Nous n'avons pas oublié que les États-Unis est la seule puissance à s'être servi des armes nucléaire, lorsqu'ils ont annihilé les populations civiles de Hiroshima et Nagasaki. (…)"
Comme on peut le voir, le CCI, de même que les autres signataires de la déclaration, n'accusent pas seulement les grandes puissances, à commencer par les États-Unis qui sont à la tête des campagnes actuelles, du simple péché véniel d'hypocrisie comme le prétend la FICCI. La déclaration dit clairement que ces campagnes hypocrites ne sont pas autre chose "qu'une préparation idéologique pour déchaîner – lorsqu'ils en auront la possibilité – leurs propres frappes préventives dont les populations travailleuses seront les principales victimes, comme c'est le cas aujourd'hui en Irak". Et pour enfoncer le clou, la déclaration rappelle que "les États-Unis sont la seule puissance à s'être servie des armes nucléaires, lorsqu'ils ont annihilé les populations civiles de Hiroshima et Nagasaki."
La FICCI veut démontrer que le CCI est en train de trahir l'internationalisme prolétarien. Pour y parvenir, elle n'a rien trouvé de mieux que de falsifier de façon éhontée le contenu véritable de la "Déclaration". Elle démontre ainsi deux choses:
qu'elle n'a trouvé aucune formulation réelle dans les textes que nous écrivons ou que nous soutenons pouvant illustrer notre prétendue trahison de l'internationalisme;
qu'elle reprend sans scrupule la méthode des faussaires staliniens.
Le mensonge de la FICCI est plus que grossier. Une nouvelle fois, comme nous l'avons constaté à de nombreuses reprises, elle reprend à son compte la devise de Goebbels, chef de la propagande nazie: "Un mensonge énorme porte avec lui une force qui éloigne le doute".
Cependant, la FICCI ne saurait se contenter de falsifications aussi grossières car elle est bien consciente que les lecteurs de sa prose peuvent très facilement vérifier sur notre propre site ce que nous avons réellement écrit. C'est pour cela que, à côté de ses manipulations et de ses mensonges les plus grossiers, la FICCI juge utile de faire preuve de plus de subtilité dans certaines de ses entreprises de falsification destinée à traîner le CCI dans la boue. C'est ce qu'on peut constater dans sa dénonciation de nos thèses sur le mouvement des étudiants.
Dans cette dénonciation, il s'agit de "prouver" que le CCI "[trahit], [travestit] ce que sont et ont toujours été les véritables positions de notre organisation à propos d'une question aussi fondamentale pour le prolétariat que la violence de classe" et que, ce faisant, il "[participe] de la livrer [la classe ouvrière] aux bras armés de la classe ennemie". Mais comme il n'y a aucune ambiguïté dans notre position là-dessus non plus, que nous continuons à défendre celle que le marxisme a adoptée depuis le 19e siècle et qui a été réaffirmée tant par l'Internationale communiste que par la Gauche communiste qui s'est dégagée de celle-ci lors de sa dégénérescence, la FICCI ne peut éviter de faire appel à ses méthodes favorites : le mensonge et la falsification. Sur le fond, il n'y a donc pas de différence entre son petit encart à propos de la Corée et son long texte à propos de notre analyse du mouvement des étudiants. Mais dans ce dernier texte, c'est de façon plus subtile qu'elle procède.
D'abord, elle prépare le lecteur en laissant croire, à partir d'une citation isolée de son contexte, que le CCI serait aujourd'hui frappé du stigmate "d'un éloignement progressif du marxisme et d'une tendance de plus en plus affirmée à mettre en avant (et à défendre) des valeurs bourgeoises et petites bourgeoises en vogue (le "jeunisme", le féminisme et surtout la "non-violence")". Plus précisément, elle a le culot de prétendre que "pour analyser et évaluer un mouvement de lutte, il [le CCI] fait davantage appel à des critères de sexe, de classes d'âge, voire à des critères biologiques et psychologiques qu'à des critères caractérisant le terrain de classe, c'est-à-dire essentiellement des critères d'organisation et de conscience politique." Et quelle serait la "preuve" d'un tel "abandon du marxisme" par le CCI ? Tout simplement le fait que nous écrivons : "En 'temps normal' les femmes prolétaires, du fait qu'elles subissent une oppression encore plus étouffante que les prolétaires hommes sont, en règle générale moins impliquées qu'eux dans les conflits sociaux. Ce n'est qu'au moment où ces conflits atteignent une grande profondeur, que les couches les plus opprimées du prolétariat, notamment les ouvrières, se lancent dans le combat et la réflexion de classe. La très grande participation des étudiantes et des lycéennes dans le mouvement actuel, le rôle de premier plan qu'elles y jouent, constituent un indice supplémentaire non seulement de sa nature authentiquement prolétarienne, mais aussi de sa profondeur."
Évidemment, la FICCI se garde bien d'indiquer que plus de la moitié du texte est destinée à établir, sur la base de "critères d'organisation et de conscience politique" (la nature de classe des revendications, la solidarité entre les étudiants des différentes facultés, avec les lycéens, avec les salariés, avec les travailleurs des autres générations, la grande vitalité, l'ouverture et la qualité d'organisation des assemblées générales, la capacité de déjouer toute une série de pièges tendus par le gouvernement, etc.) le caractère prolétarien du mouvement contre le CPE, ainsi que sa profondeur. La question de l'ampleur de la participation des étudiantes et des lycéennes est signalée, à la fin du texte comme un indice supplémentaire (nous soulignons) de cette réalité. Cela ne gêne pourtant pas la FICCI pour prétendre que ce serait là notre principal "argument".
Une fois qu'on a ainsi "préparé" le lecteur qui n'a pas lu l'ensemble de notre document, on passe à l'étape suivante. On nous sert un passage truffé de citations du CCI tronquées et d'omissions sur ce que nous avons réellement écrit, le tout accompagné de petits commentaires destinés à faire dire à nos textes le contraire de notre pensée véritable :
"Comment s'est positionné le CCI actuel au moment où l'État bourgeois a envoyé massivement ses CRS et ses forces anti-émeutes contre les étudiants mécontents du printemps 2006, au moment où ces mêmes hordes policières ont attiré les étudiants et les ouvriers dans des pièges, ont frappé les plus isolés à coups de matraques, allant jusqu'à envoyer plusieurs d'entre eux à l'hôpital, tandis que des centaines d'autres ont été envoyés aux postes de police avant d'être remis aux mains de la justice bourgeoise ? Et bien le CCI a soutenu… les manifestations de "solidarité avec les CRS blessés", il a salué ceux qui "reconnaissent que les enfants des CRS qui sont mal payés sont eux-mêmes touchés par les attaques du gouvernement", il a encensé, comme ayant fait "preuve de maturité et de conscience" (alors que ce n'était, au mieux, qu'une preuve de naïveté extrême), ces jeunes étudiants qui, selon l'expression du CCI, "savent que derrière leurs boucliers et leurs matraques, ces hommes armés jusqu'aux dents (les forces anti-émeutes, les CRS !) sont aussi des êtres humains, des pères de famille". En d'autres termes, les bras armés de la répression bourgeoise ne sont eux-mêmes que des "opprimés" et des "exploités" qu'il faut comprendre et défendre. Sous cet angle, leurs intérêts ne sont-ils pas les mêmes que ceux du prolétariat ?
Que ce discours écoeurant et mystificateur soit tempéré, par ailleurs, par quelques phrases passe-partout destinées à simuler une dénonciation "radicale" de l'État bourgeois et de sa répression, ne change rien à la prise de position centrale ; celle qu'aura laissé filtrer le CCI actuel dans son intervention et qui se trouve à l'exact opposé de celle qu'a toujours défendue le CCI dans la tradition du mouvement ouvrier."
Après cette deuxième étape de la manœuvre, la FICCI se propose alors d'exposer "quelle est, quelle a été, dans des circonstances similaires, la véritable position défendue par notre organisation ?
Nous avons alors droit à de longues citations d'articles publiés par le passé dans la presse du CCI dans lesquels nous exposions nos positions sur la répression et sur la violence de classe du prolétariat contre la bourgeoisie. Compte tenu de la "préparation" préliminaire, cette partie du texte de la FICCI vise évidemment à ancrer l'idée que, aujourd'hui, nous aurions abandonné ces positions et que nous faisons de ce fait le jeu de la répression.
Ce n'est pas la première fois que la FICCI nous accuse de faire le jeu de la répression à propos du mouvement du printemps 2006. C'était déjà le cas dans le texte "Manifestations et grèves en France : le nouveau CCI affirme sa solidarité avec les CRS et la police anti-émeutes !", publié dans son Bulletin 35. A cette accusation écoeurante nous avions déjà répondu sur notre site avec l'article "La prétendue 'solidarité du CCI avec les CRS' : comment la FICCI essaie de masquer ses propres comportements policiers" [30]. Nous renvoyons le lecteur à cet article puisqu'il démonte avec de nombreuses précisions les accusations de la FICCI en soulignant ses falsifications tant de ce que nous avons réellement écrit que de la position classique du mouvement ouvrier (notamment lors de la révolution de 1905 en Russie) sur comment le prolétariat doit faire face aux forces de répression. Évidemment, le long texte de la FICCI publié dans son Bulletin 37 ne fait pas la moindre référence à cet article du CCI.
Nous le réaffirmons une nouvelle fois, le CCI n'a pas trahi ses principes, que ce soit sur la question de la violence de classe, sur celle de l'internationalisme ou sur toutes les autres questions. L'examen sérieux de nos documents l'atteste amplement. Les véritables trahisons des principes communistes, ce sont les membres de la FICCI qui les ont accomplies puisque le mensonge et la calomnie de même que le vol, le chantage et le mouchardage n'ont jamais fait partie des méthodes des organisations du prolétariat mais de celles de la classe exploiteuse.
Aujourd'hui, alors qu'en différents points du monde se confirme l'apparition d'éléments ou de groupements s'approchant des positions de la Gauche communiste, ou s'en revendiquant directement, les calomnies systématiques de la FICCI contre le CCI ont évidemment comme objectif d'instiller chez ces éléments la méfiance envers notre organisation. Et comme elle constate le manque d'efficacité de son entreprise, la FICCI peut de moins en moins contenir sa rage [2] [31]: ce n'est pas un hasard si elle a réagi au quart de tour suite à la publication de la déclaration internationaliste adoptée fin octobre en Corée. Mais quelle que soit l'efficacité du sale travail de la FICCI, celui-ci, en jetant le discrédit sur la Gauche communiste, ne peut servir que les intérêts de la bourgeoisie.
CCI (17 novembre 2006)
[1] [32] Évidemment, ce n'est pas de façon gratuite que nous qualifions ainsi ces éléments. Dans plusieurs textes publiés dans notre presse et sur notre site Internet, nous avons donné de nombreux exemples des mœurs de petites frappes qu'on adoptées ces anciens membres de notre organisation que nous avons exclus lors de notre 15e congrès international au printemps 2003. Il s'agit notamment des textes suivants : "XVe Congrès du CCI, Renforcer l'organisation face aux enjeux de la période [33]" dans la Revue internationale n° 114, "Les méthodes policières de la FICCI [34]" et "Défense de l'organisation : Des menaces de mort contre des militants du CCI [35]" respectivement dans Révolution internationale n° 330 et Révolution Internationale n°354.
[2] [36] Et la FICCI enrage d'autant plus qu'elle va de déception en déception dans son entreprise de travail en commun avec le BIPR qu'elle présente pourtant comme le seul pôle de regroupement pour le futur parti du prolétariat (après la prétendue "dégénérescence" du CCI). C'est ce qu'on peut constater dans ce même Bulletin 37 où la FICCI se plaint qu'une lettre que lui a envoyée récemment le BIPR constitue "une fin de non-recevoir, la conclusion définitive d'une discussion dont de nombreux points étaient (et sont encore) en cours d'élaboration et de clarification". On comprend l'amertume de la FICCI qui n'a pas cessé, au cours des dernières années, de passer la brosse à reluire au BIPR, lequel n'a d'ailleurs jugé à aucun moment opportun de mettre l'adresse du site Internet de la FICCI sur la page de liens de son propre site.
Au printemps, des centaines de milliers d'ouvriers immigrés, pour la plupart "étrangers illégaux" comme les appelle la bourgeoisie américaine ("illegal aliens") et en grande majorité en provenance des pays d'Amérique latine, ont manifesté dans les rues des principales villes du pays, de Los Angeles à Dallas, de Chicago à Washington et New York, pour protester contre la menace de lois répressives proposées par l'aile droite du parti républicain. Le mouvement a apparemment surgi d'un coup, venant de nulle part. Quelle est la signification de ces événements et quelle est la nature de classe de ce mouvement ?
La législation anti-immigrés qui a reçu l'approbation de la Chambre des députés et provoqué les manifestations, prévoit, pour la première fois de l'histoire américaine, de considérer l'immigration illégale comme un crime. Jusqu'ici, être un immigré illégal constituait une violation des droits civils, pas un délit criminel. Avec cette loi, les immigrés illégaux seraient arrêtés, jugés, condamnés, expulsés et perdraient toute possibilité de jamais pouvoir revenir légalement aux Etats-Unis. Les lois particulières des Etats qui interdisent à des organismes locaux - la police, les écoles, les servies sociaux - de dénoncer les étrangers illégaux aux services de l'immigration seraient annulées et les employeurs qui embauchent des sans papier devraient payer une amende. Avec cette loi, jusqu'à 12 millions d'immigrés devraient être expulsés La fraction dominante de la bourgeoisie ne soutient pas une législation aussi extrême car celle-ci ne correspond pas aux intérêts globaux du capitalisme d'Etat américain qui a besoin d'ouvriers immigrés pour pourvoir aux empois mal payés, pour servir d'armée de réserve de chômeurs et d'ouvriers sous employés afin de faire baisser les salaires de toute la classe ouvrière. Pour elle, l'idée d'une expulsion massive de 12 millions de gens est une absurdité. L'administration Bush, la direction officielle du Parti républicain au Sénat, les Démocrates, les maires des grandes villes, les gouverneurs des Etats, les patrons des grandes entreprises qui ont besoin d'exploiter une réserve abondante d'immigrés (dans les magasins, les restaurants, la boucherie industrielle, l'agroalimentaire, le bâtiment et les aides à domicile), tous sont contre cette proposition répressive, de même que les syndicats qui rêvent de récupérer les cotisations de nouveaux membres sans le sou. Cet assemblage hétéroclite de "champions" bourgeois de la cause des ouvriers immigrés milite pour une loi plus modérée qui renforce le contrôle aux frontières, limite le nombre de nouveaux immigrants, permette aux sans papier ayant vécu aux Etats-Unis un certain nombre d'années d'être légalisés et oblige ceux qui sont présents depuis moins de deux ans à quitter le pays, mais avec la possibilité de revenir légalement dans l'avenir. Une sorte de programme pour des ouvriers "temporaires" serait établi et permettrait aux ouvriers étrangers de trouver légalement du travail aux Etats-Unis pendant une période de temps limitée, ce qui maintiendrait la réserve nécessaire de main d'œuvre bon marché.
C'est dans ce contexte politique et social que les manifestations d'ouvriers immigrés ont surgi. Venant à la suite des émeutes des jeunes chômeurs d'origine immigrée en France l'automne dernier, de la révolte étudiante dans le même pays au printemps contre l'attaque du gouvernement précarisant le travail, et de la grève du métro à New York en décembre, les manifestations des sans papier ont été acclamées par les gauchistes de tous poils ainsi que par beaucoup de groupes libertaires et anarchistes. Les immigrés menacés par la loi sont sans aucun doute un secteur de la classe ouvrière qui subit une exploitation particulièrement dure et brutale, mène une vie harassante, n'a pas accès aux services sociaux ni aux traitements médicaux et sa situation nécessite le soutien et la solidarité de l'ensemble de la classe ouvrière. Cette solidarité est d'autant plus nécessaire que, selon ses méthodes classiques, la bourgeoisie utilise le débat sur la légalité ou l'illégalité du statut des immigrés comme moyen d'exciter le racisme et la haine, de diviser le prolétariat, tout en profitant de l'exploitation des ouvriers immigrés. Cette lutte aurait vraiment pu être une lutte sur le terrain du prolétariat, mais il y a une grande différence entre ce qu'elle aurait pu être et ce qu'elle a été dans la réalité.
Nos désirs ne doivent pas nous aveugler sur la véritable nature de classe des récentes manifestations qui ont été, dans une large mesure, une manipulation de la bourgeoisie. Oui, il y avait des ouvriers dans les rues, mais ils étaient totalement prisonniers du terrain de la bourgeoisie qui a provoqué, manipulé, contrôlé et ouvertement dirigé ce mouvement. Il y a eu, il est vrai, quelques exemples comme les marches spontanées des lycéens immigrés mexicains en Californie - les enfants de la classe ouvrière - qui suggèrent certaines similarités avec la situation en France, mais ce mouvement n'était pas organisé sur un terrain prolétarien ni contrôlé par les ouvriers immigrés eux-mêmes. Les manifestations qui ont rassemblé des centaines de milliers de gens dans les rues ont été orchestrées et organisées par les média de langue espagnole, c'est-à-dire par la bourgeoisie de langue espagnole, avec le soutien des grandes entreprises et des politiciens établis.
Le nationalisme a empoisonné le mouvement : que ce soit le nationalisme "latino" qui est apparu dès le début des manifestations ou, plus récemment, la ruée nauséabonde qui a suivi, pour affirmer son "américanisme" ; et l'opposition nationaliste aux immigrés, basée sur le racisme, fomentée par les animateurs d'entretiens radiophoniques et les républicains de l'aile droite ajoué son rôle de son côté. Après que les médias eurent relayé des plaintes vis-à-vis du fait que trop de manifestants immigrés portaient des drapeaux mexicains en Californie et que cela démontrait qu'ils étaient plus loyaux vis-à-vis de leur pays d'origine que vis-à-vis de leur pays d'adoption, les organisateurs du mouvement fournirent des milliers de drapeaux américains à déployer dans les manifestations qui allaient suivre, pour affirmer la loyauté et l'américanisme des protestations. Fin avril, une version espagnole de l'hymne national a été enregistrée par les pop stars de langue espagnole les plus connues et diffusée à la radio. Evidemment, les nationalistes d'extrême droite ont sauté sur l'occasion - la version espagnole de l'hymne - pour proclamer que c'était un affront à la dignité nationale. La revendication de citoyenneté qui se situe totalement dans le cadre du légalisme bourgeois, constitue un autre exemple du fait que la lutte était sur un terrain non prolétarien. Cette idéologie nationaliste putride a pour but de court-circuiter toute possibilité que les ouvriers immigrés et les ouvriers nés en Amérique reconnaissent leur unité fondamentale.
Nulle part ailleurs que dans la manifestation massive à New York en avril la nature capitaliste du mouvement n'a été plus évidente : 300 000 immigrés ont manifesté devant la mairie et ont reçu le soutien du maire de la ville, le républicain Michael Bloomberg, et des Sénateurs démocrates Charles Schumer et Hilary Clinton qui a parlé à la foule et donné leur lutte en exemple d'acte d'américanisme et de patriotisme.
20 ans se sont écoulés depuis la dernière réforme majeure sur l'immigration, réalisée par l'administration Reagan, qui avait accordé l'amnistie aux sans papier. Mais cette amnistie n'avait pas endigué le flot d'immigration illégale qui s'est sans cesse poursuivi, deux décennies durant, parce que le capitalisme américain a constamment besoin de main d'œuvre bon marché et parce que les effets de la décomposition sociale du capitalisme dans les pays sous-développés y ont dégradé les conditions d'existence au point qu'un nombre croissant d'ouvriers est forcé de chercher refuge dans les métropoles capitalistes relativement plus stables et plus prospères.
Pour la bourgeoisie, le temps est à nouveau venu de stabiliser la situation car il devient de plus en plus difficile d'absorber un flot croissant d'immigrés et de tolérer une situation où des millions d'ouvriers ne sont pas officiellement intégrés dans l'économie ou dans la société, ne paient pas d'impôts, n'ont pas de papiers après presque 20 ans de statut illégal. D'une côté, cela a amené l'administration Bush à faire de maladroits efforts pour restreindre l'immigration à la frontière, en militarisant par exemple la frontière avec le Mexique, en construisant littéralement un Mur de Berlin pour empêcher la traversée des immigrés. D'un autre côté, cela l'a amenée à favoriser la légalisation des ouvriers présents aux Etats-Unis depuis plus de deux ans. Comme l'économie américaine a besoin d'un flot constant de main d'œuvre bon marché dans d'importants secteurs, il est très improbable que plusieurs millions d'ouvriers qui sont aux Etats-Unis depuis moins de deux ans et à qui on va demander légalement de quitter le pays, le fassent. Le plus probable, c'est qu'ils resteront illégalement et constitueront la base de la future force de travail illégale qui continuera d'être nécessaire à l'économie capitaliste, à la fois comme main d'œuvre bon marché et pour faire pression sur les salaires du reste de la classe ouvrière.
Le fait que l'aile droite de la bourgeoisie ne veuille pas accepter cette réalité n'est que le reflet de l'irrationalité politique créée par la décomposition sociale, irrationalité qui s'est déjà manifestée dans la difficulté de la classe dominante à obtenir aux élections présidentielles des résultats conformes à ses désirs. Il est difficile de croire que l'extrême droite ne comprenne pas l'impossibilité d'expulser 12 millions de personnes, ni la nécessité de stabiliser la situation. La capacité de la fraction dominante dans la bourgeoisie d'imposer sa solution au problème et l'arrêt des manifestations massives ne sont qu'une question de temps, puisque la bourgeoisie évolue vers l'intégration de la population nouvellement reconnue légalement dans le processus politique national.
Internationalism, avril 2006
Nous avons reçu une déclaration de solidarité avec les jeunes et les ouvriers en lutte contre le CPE – que nous reproduisons ci-dessous – de la part d’un groupe de discussion communiste au Bengale.
Le fait même de cette déclaration est indicatif du fait que la signification des luttes contre le CPE va bien au-delà des frontières françaises. Cette lutte n’est pas un mouvement national, mais une partie de la reprise internationale des luttes de la classe ouvrière contre la "pourriture du capitalisme".
CCI
Nous, les participants d’un groupe de discussion de Bengale en Inde, avons pris connaissance des évènements en France à partir des documents publiés sur votre site web en anglais. Nous considérons que le mouvement en France est un moment significatif de la lutte de la classe ouvrière, surtout dans cette phase où les attaques capitalistes prennent un caractère de plus en plus généralisé, ce qui appelle une réponse de plus en plus généralisée de la part de la classe ouvrière. Nous attendons avec impatience son développement sur un terrain entièrement prolétarien. Nous pensons qu’il est de notre devoir, en tant que partie du mouvement ouvrier international, d’envoyer notre solidarité au mouvement. Cette lettre doit être considérée comme une déclaration de solidarité, de la part des membres du groupe de discussion, à tous les camarades qui luttent contre le CPE, et contre la pourriture du capitalisme en général. Nous serions très heureux si vous pourriez envoyer cette déclaration de solidarité aux camarades en lutte.
Salutations à vous tous, de la part du groupe de discussion du Bengale.
Une
fois de plus, le Moyen Orient est en flammes, les avions et les bateaux de
guerre israéliens bombardent systématiquement Beyrouth et d’autres cibles dans
le Sud et le Nord Est du Liban. Des centaines de civils ont déjà été tués ou
mutilés et des infrastructures vitales pour la population sont détruites. Les
réfugiés fuient les lieux bombardés en nombre croissant. Au moment où nous
écrivons, l’armée israélienne entame les préparatifs d’une prochaine
invasion terrestre. Plus au Sud, dans la bande de Gaza, quelques mois
seulement après le retrait des forces israéliennes, la région toute entière est
devenue, plus qu’avant, un champ de bataille pour les troupes israéliennes et
les groupes armés palestiniens. Le blocus militaire des territoires
palestiniens étouffe l’économie et provoque des souffrances sans
précédent chez les civils. La population d’Israël est, elle aussi,
de plus en plus terrorisée par ce conflit sans fin : les roquettes
du Hezbollah ont déjà causé plusieurs décès au Nord à
l’image des 8 personnes qui ont été tuées par le lancement d’un missile sur un
dépôt de chemin de fer à Haïfa.
La raison officielle de cette offensive musclée de l’Etat israélien est
l’enlèvement de certains de ses soldats par le Hamas dans le Sud et par
le Hezbollah au Nord. Mais ceci n’est qu’un prétexte : Israël a
utilisé ces enlèvements comme un alibi pour essayer de liquider le
Hamas dans les territoires palestiniens et pour réduire
le Hezbollah à l’impuissance. Mais il s’agit aussi pour Israël de provoquer la
Syrie et l’Iran et ainsi les pousser à rentrer dans le conflit.
Une menace d'extension de la guerre à toute la région
Le conflit actuel contient donc la menace d’une escalade vers une guerre
embrasant toute la région. Comme le Moyen Orient est une place
stratégique de la plus haute importance pour les puissances
impérialistes, chaque guerre dans cette région implique que le conflit ne soit
pas seulement confiné entre Israël et les groupes armés palestiniens, ou ses
voisins arabes, mais s’élargisse aux grandes puissances mondiales.
En 1948, les gouvernements russes et les américains ont soutenu la
formation de l’Etat d’Israël en tant que moyen de faire une brèche dans la
domination des vieilles puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne
qui contrôlaient jusque là cette zone. La guerre déclenchée par la
nationalisation du canal de Suez par l’Egypte en 1956 a confirmé que
l’Amérique devenait le principal chien de garde de la région : elle a humilié
les Etats français et les anglais en exigeant qu’ils mettent fin à leur
expédition contre l’Egypte de Nasser. Les guerres de 1967, 1973 et 1982 se sont
ensuite intégrées au conflit global entre les blocs américain et russe, avec
les Etats-Unis soutenant Israël et la Russie l’OLP et les régimes arabes. Avec
l’effondrement du bloc de l’Est en 1989, la scène était "prête"
pour une " Pax Americana" au Moyen Orient. Les Etats-Unis
devenaient ainsi le principal artisan des Accords d’Oslo de 1993.
Ils espéraient que mettre fin au conflit entre Israël et Palestine leur
permettrait de devenir les maîtres incontestés de la région. L’énorme démonstration
de puissance militaire des Etats-Unis en Irak en 1991 avait le même but.
Cependant, tous les efforts de l’impérialisme américain pour imposer un
"nouvel ordre" au Moyen Orient n’ont abouti à rien. Depuis les
Accords "de paix" d’Oslo, mais surtout depuis "la seconde
Intifada" en 2000, le conflit permanent entre Israël et
la Palestine a pris la forme d’une spirale interminable d’attentats
kamikazes, suivis de représailles israéliennes brutales, suscitant encore
davantage d’attentats suicides et plus de représailles. Parallèlement,
les efforts des Etats-Unis pour asseoir leur pouvoir en Afghanistan et en
Irak –"la guerre contre le terrorisme"- leur ont explosé à la figure
créant deux "nouveaux Vietnam", plongeant ces deux pays dans un
chaos total. Alors que l’on assiste à une escalade au Liban, la population
irakienne subit chaque jour des massacres épouvantables, tandis qu’en
Afghanistan, le gouvernement soutenu par les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne a perdu le contrôle de la majorité du pays. Bien plus, les
conséquences du bourbier militaire en Irak et en Afghanistan ont des
répercussions sur le conflit israélo-palestinien et vice versa. Les discours
provocateurs d’Israël vis-à-vis de l’Iran font écho à la confrontation de la
Maison Blanche avec le gouvernement de Téhéran au sujet de son programme
nucléaire, alors que la progression réalisée par le terrorisme islamique
en Irak influence les actions du Hamas et du Hezbollah. Et le massacre par des
gangs terroristes de civils à New York, Madrid et Londres, confirme que la
guerre au Moyen Orient s’est déjà étendue jusqu’au centre même du système
capitaliste.
En bref, la situation dans tout le Moyen Orient démontre que les
Etats-Unis ne contrôlent pas la situation et se trouvent devant le
développement d’un chaos incontrôlable. La fuite en avant dans l'aventure
militaire est la seule réponse que chaque clique ou chaque puissance, des plus
grandes aux plus petites, puisse apporter pour défendre ses prétentions
impérialistes face à ses rivaux. C’est ce que montre l’attitude ultra agressive
d’Israël[1] [38].
Les rivaux des Etats-Unis se préparent à tirer parti de la situation
En ce qui concerne les autres grandes puissances, elles agitent des banderoles
pour la paix comme elles l’ont fait avant l’invasion de l’Irak. La France et la
Russie ont clairement condamné l’opération militaire
"disproportionnée" d’Israël au Liban. La Grande-Bretagne a
aussi adopté une ligne plus indépendante : elle a fait de sévères critiques à
la "punition collective" des Palestiniens à Gaza par Israël et
elle a fait son grand show en envoyant des bateaux de guerre pour évacuer ses
ressortissants du Liban. Ces puissances, cependant, ne s’intéressent pas à la
paix mais au maintien de leur propre sphère d’influence dans la région. Elles
essaieront certainement de profiter de la faiblesse de l’impérialisme
américain, mais aucune d’elles n’est en position d’assumer le rôle de
gendarme du monde, de plus leurs intérêts impérialistes conflictuels
rendent impossible leur évolution vers une quelconque politique commune
cohérente. C’est pourquoi au récent sommet du G8, si les grandes puissances ont
tenu un discours "unitaire" sur la crise au Liban, elles ont
ouvert immédiatement la voie à des récriminations et à des désaccords
entre elles.
Tous les Etats et toutes les forces impliquées dans ce conflit sont très
occupés à élaborer des plans militaires et diplomatiques qui correspondent à
leurs propres intérêts. Ils utilisent certainement les méthodes de calcul les
plus rationnelles pour élaborer ces plans, mais tous sont englués dans un
processus fondamentalement irrationnel : l’enfoncement inexorable du système
capitaliste dans la guerre impérialiste qui prend aujourd’hui, de plus en
plus, le caractère de la guerre de tous contre tous. Même le
puissant Oncle Sam est happé par ce gouffre. Dans le passé, quand les
civilisations agonisaient, elles étaient de plus en plus entraînées dans des
guerres sans fin. Le fait que le capitalisme soit devenu un système
vivant dans la guerre permanente est la preuve la plus évidente que lui aussi
est dans un état de pourriture avancée et que sa survie même est devenue un
danger mortel pour l’humanité.
Si tous les plans de paix du capitalisme sont voués à l’échec, quelle peut être
l’alternative au désordre impérialiste qui les condamne ? Certainement pas les
différents gangs nationalistes ou religieux qui prétendent
"résister" à l’impérialisme américain en Palestine, en Irak ou
en Afghanistan – Hamas, OLP, Hezbollah, Al Qaïda…- eux aussi sont
complètement intégrés dans la logique de l’impérialisme, soit en
affirmant le leur, soit en s’alignant directement sur des Etats capitalistes
existants. Leurs objectifs – que ce soit la création de nouveaux Etats
nationaux ou le rêve d’un califat islamiste sur le Moyen Orient – ne sont
envisageables qu’à travers la guerre impérialiste ; leurs méthodes – qui
impliquent toujours le massacre des populations civiles – sont précisément
celles des Etats auxquels ils prétendent s’opposer.
La seule opposition à l’impérialisme est la résistance de la classe ouvrière à
son exploitation parce qu’elle est la seule lutte ouverte contre le
système capitaliste, une lutte pour remplacer ce système de guerre et de
profit par une société qui vise à satisfaire les besoins de l’humanité. Parce
que les exploités ont partout les mêmes intérêts, la lutte de classe est
internationale et n’a aucun intérêt à s’allier avec un Etat ou son rival.
Ses méthodes s’opposent directement à l’aggravation de la haine entre groupes
ethniques ou nationaux, parce que la lutte requiert le rassemblement du
prolétariat de toutes les nations dans un combat commun contre le capital et
l’Etat.
Au Moyen Orient, la spirale des conflits nationaux a rendu la lutte de classe
très difficile, mais elle existe toujours – pour preuve les manifestations
d’ouvriers palestiniens contre les autorités palestiniennes, les grèves des
ouvriers du secteur public en Israël contre les budgets d’austérité du
gouvernement. Mais la possibilité de création la plus vraisemblable d’une
brèche dans le mur de la guerre et de la haine au Moyen Orient réside en dehors
de cette région : dans les luttes croissantes des ouvriers des pays centraux du
capitalisme. Le meilleur exemple de solidarité de classe que nous pouvons
offrir aux populations qui souffrent directement des horreurs de la guerre
impérialiste au Moyen Orient est de développer les luttes qu’ont commencé à
mener les étudiants en France en tant que travailleurs précaires ou futurs
salariés, les métallurgistes de Vigo en Espagne, les postiers de Belfast ou les
ouvriers de l’aéroport de Londres.
[1] [39] La mise en œuvre directe de la politique guerrière et barbare de l'Etat d'Israël a été prise en charge par Amir Peretz, chef de la gauche du parti travailliste et ministre de la Défense, ancien dirigeant syndicaliste et ancien militant du mouvement pacifiste "La Paix maintenant". On pourrait penser que cette vocation de massacreur jusqu'auboutiste chez un "homme de gauche" est une sorte de "spécificité israélienne" mais ce serait une erreur. Il y a un an, lors de l'assassinat par la police dans le métro de Londres d'un jeune ouvrier brésilien, un de ceux qui a justifié avec le plus de fermeté l'attitude des flics consistant à "tirer pour tuer" toute personne soupçonnée de pouvoir être un "terroriste" n'est autre que Ken Livingstone, le maire très "à gauche" de Londres. Dans la défense armée et sanglante des intérêts du capital national, la "gauche" a toujours fait la preuve de sa détermination et de son absence de scrupules, quel que soit le pays.
Au petit matin du 14 juin, 3000 policiers attaquèrent un campement-manifestation établi dans le centre d’Oaxaca, capitale de l’Etat mexicain du même nom. Ce campement y était installé depuis trois semaines par les travailleurs de l’Education de l’Etat pour exiger des augmentations salariales. Dans l’Etat d’Oaxaca il y a des régions entre les plus pauvres du Mexique où des instituteurs sous-payés travaillent dans des conditions inimaginables au milieu des enfants affamés. Les instituteurs, à travers des manifestations massives, ont essayé de trouver le soutien des autres travailleurs. Mais ces travailleurs se sont trouvé face à toutes les manœuvres syndicales, que ce soit celles du syndicat « officiel » ou le syndicat dissident « de base », et face à la répression de l’Etat. Même si les travailleurs ont réussi dans un premier temps à résister à cette répression, leurs revendications salariales, qui sont l’expression de leur condition de classe et leur critique directe du système d’exploitation, ont été annulées. Leur combativité, leurs exigences ont été noyées dans le cadre d’une mobilisation interclassiste prise en main par l’APPO, « Assemblée Populaire du Peuple d’Oaxaca ». L’APPO, sous la radicalité des actions et sa prétendue autonomie, est dominée par les syndicats, les staliniens, et les gauchistes de tout poil. Le mécontentement ouvrier (surtout chez les instituteurs) et d’autres secteurs opprimés (comme les paysans pauvres) a été dévié vers « l’amélioration » de l’ordre démocratique, vers l’exigence de destitution du gouverneur d’Oaxaca, Ulises Ruiz, un véritable gangster dans la meilleure tradition de la bourgeoisie mexicaine et de son ex parti dominant, le PRI.
Depuis le début des mobilisations, l’intromission d’intérêts étrangers à ceux des travailleurs était déjà évidente, à travers la structure syndicale. A travers le syndicat diverses forces de la bourgeoisie tentent de détourner le mécontentement des travailleurs, non seulement pour émousser la combativité dont ils font preuve, mais aussi pour utiliser cette force comme chair à canon dans leurs querelles au sein de la bourgeoisie.
Malheureusement le mouvement d’Oaxaca a tendance à ressembler, du point de vue de la manipulation des masses, à ce qui a été fait par le secteur de la bourgeoisie représenté par Obrador[1] [41] : ils ont réussi à étouffer le mécontentement et la volonté de lutter présente dans de nombreux secteurs, et à les faire participer aux mobilisations « pour la défense du vote ». La tactique était de les impliquer dans une lutte bidon et de les amener à une réflexion erronée, qui s’est achevée par la neutralisation totale du mécontentement (ou sa poursuite dans une autre direction à travers l’activité de la CND[2] [42] et de son « gouvernement parallèle »), le mécontentement fut exploité pour utiliser les masses pour le soutien d’une clique de la bourgeoisie, et c’est ainsi que la confusion s’est répandue et amplifiée.
Dans le cas d’Oaxaca, la colère actuelle des travailleurs de l’éducation qui appellent à la mobilisation, est également utilisée et détournée vers la recherche d’une fausse alternative : la réforme de l’Etat. Ce qui ressort de ces mobilisations n’est pas le progrès de la conscience et de la combativité des masses laborieuses (comme le prétendent les gauchistes) mais l’instrumentalisation de ce mécontentement et le profit qu’en tire une des fractions de la classe dominante. Elle utilise la mobilisation pour mettre en difficulté une fraction rivale.
En cachant les intérêts des fractions de la bourgeoisie impliquées dans la bagarre derrière les manifestations et les actions sincères de milliers de personnes vivant dans cette région, on a réussi à transformer le mécontentement des travailleurs contre l’aggravation de leurs conditions de vie, en « exigences démocratiques » d’une masse de « citoyens » amorphes. Ils encouragent ainsi la vaine espérance comme quoi le capitalisme pourrait changer en mieux, simplement en remplaçant un gouverneur, certes véritable « gangster, voleur et corrompu » par un autre ayant « bon cœur ».
Les mobilisations impulsées par l’APPO ont en effet été massives et n’ont cessé de démontrer la volonté de combattre. Il y a eu aussi des expressions de solidarité envers les instituteurs de la part de différents secteurs exploités. Cependant tout cela a été anéanti lorsque les intérêts des travailleurs ont été soumis et orientés vers la défense de la démocratie. La structure syndicale et les divers groupes gauchistes, à travers l’APPO, ont très habilement conduit les masses dans une impasse. La nature brutale et sanguinaire du système s’exprime bien sûr par une répression qui va devenir de plus en plus forte, menée par la bourgeoisie contre les manifestants. Mais cela ne confère pas pour autant de caractère « révolutionnaire » ou « insurrectionnel » comme le prétend l’appareil de la gauche du capital[3] [43], le caractère de classe d’un mouvement s’exprime dans les objectifs que se donne la lutte, dans son organisation et sa direction, et dans les moyens avec lesquels se développe le combat. On a fini par imposer aux travailleurs des objectifs et des mots d’ordre qui ne font que renforcer le système. Les objectifs visés montrent que les prolétaires n’ont plus le moindre contrôle sur ces mobilisations. On peut constater que l’organisation de ce mouvement, même si elle a pu surgir avec la volonté d’étendre la solidarité avec les enseignants, a pris un virage pour soumettre les intérêts de classe (représentées par les revendications salariales) aux intérêts « citoyens » impulsés par les différents groupes sociaux qui constituent l’APPO secondés par les groupes qui constituent l’appareil de gauche du capital (du PRD aux groupes trotskistes et staliniens).
Ainsi, les travailleurs agglutinés dans l’APPO on été dépouillés de leur force de classe. Ils ne peuvent plus y exprimer leur volonté, leur courage de classe, étant dénaturés et détournés de leurs objectifs, mais pire encore leur potentiel de combativité fut réduit du fait de l’impossibilité d’auto organisation, en faisant une force stérile, soumise aux décisions et aux méthodes de lutte propres à la classe dominante.
Au cours d’une entrevue avec l’avocat de l’APPO, Ochoa Lara ; il explique, voulant justifier la spontanéité de son organisation, le caractère et la nature de l’APPO, il signale qu’elle regroupe formellement environ 200 groupes et communautés de la région. Mais la plupart d’entre eux sont des initiales sans rien derrière. Le groupe le plus nombreux est le Mouvement d’Unification de la Lutte Triqui[4] [44] (MULT), représenté à l’APPO par Rogelio Pensamiento, lequel, d’après l’avocat, est connu pour « ses accointances avec les gouvernements priistes »[5] [45]. Un autre dirigeant de l’APPO est Flavio Sosa, qui fut député PRD, « il se joignit ensuite à la campagne de Vicente Fox et puis il a constitué le parti Unité Populaire, qui a favorisé le PRI aux élections qui au porté au gouvernorat Ulises Ruiz. » (Proceso 1560, 24-09-06)
Ainsi malgré les rassemblements spectaculaires et la répression menée contre ses membres, les mobilisations menées par l’APPO n’expriment pas la force du prolétariat, mais les agissements désespérés de classes et couches moyennes (qui, bien qu’exploitées et opprimés n’ont pas de perspective historique), qui sont largement utilisés par la bourgeoisie. Il n’y a pas plus faux que les spéculations de l’appareil de gauche du capital, quand il affirme que les mobilisations de l’APPO sont le début de la « révolution » ; des propos identiques se répandirent à l’apparition du mouvement piquetero en Argentine et la réalité démontra que c’était bien loin d’être le cas.
Il s’agit pour nous de clarifier le sens de ces mobilisations et non pas d’agresser ceux qui y participent. Il ne s’agit pas de minimiser les expressions prolétariennes dans cette région, mais, au contraire, d’impulser la réflexion sur la nécessité d’une organisation autonome, qui interdisse à la classe dominante d’imposer ses objectifs, ou que, grâce à ses syndicats et ses appareils gauchistes, elle mette en place des moyens de lutte stériles, qui ne peuvent qu’entraîner la répression et mener à la défaite.
Nous avons la responsabilité en tant que révolutionnaires, de définir clairement quelles sont les forces et les limites des mobilisations auxquelles participent les travailleurs, de signaler sans mentir les dangers que court l’action prolétarienne quand les forces de la bourgeoisie entrent en jeu pour les manipuler, et indiquer quels sont ses alliés et quelle orientation donner à ses luttes. Nous connaissons la difficulté de cette tâche pour les communistes car nous devons aller à contre-courant du discours pragmatique de la gauche du capital, qui gagne des « sympathies » en applaudissant tout ce qui bouge, en encourageant l’impatience et l’immédiatisme. Mais ces agissements ne sont qu’un sabotage, ou, dans le « meilleur des cas », ne sont que l’expression petite-bourgeoise de l’absence total de confiance historique dans le prolétariat, de là cet enthousiasme pour les révoltes inter-classistes. L’exploitation, l’oppression et la misère ne disparaîtront pas avec un simple changement de fonctionnaires, le prolétariat est l’unique classe qui puisse les éliminer, et sa conscience et son organisation sont les seules armes sur lesquelles il peut compter.
Traduit de Revolución Mundial, organe du CCI au Mexique, 20 10 2006
[1] [46] A.M. Lopez-Obrador, dit AMLO, était le candidat du PRD (gauche) aux récentes élections présidentielles mexicaines. Le candidat de droite, Calderón, a gagné de quelques voix. Obrador a fait toute une campagne sur la fraude qui aurait entaché ces élections, ce qui ne serait pas étonnant, vu les mœurs politiques de la bourgeoisie mexicaine. Mais ce qui importe c’est que la gauche mexicaine a profité de cette situation pour renforcer dans les têtes l’idée qu’il pourrait y avoir une bonne et juste démocratie, qu’il faut une « nouvelle constitution », etc. Plus le pouvoir de la bourgeoisie apparaît comme ce qu’il est : une dictature quelque soit l’enveloppe, plus les forces spécialisées dans l’encadrement des classes exploitées, c'est-à-dire la gauche plus ou moins radicale, font miroiter des lendemains démocratiques qui chantent, des démocraties nouvelles, directes, participatives et autres joyeusetés du même tonneau. Dans ce sens, au Mexique on en aura été servi cet automne : De la gauche qui a monté une occupation symbolique du centre de la capitale fédérale jusqu’à la confiscation de la lutte des instituteurs par l’APPO à Oaxaca, en passant par le EZLN (mouvement zapatiste) et sa 6ème déclaration, très critique vis-à-vis de la gauche officielle d’Obrador, on a eu droit à tout l’éventail de « nouveautés » pour éviter que le prolétariat se pose vraiment la vraie question du pouvoir.
[2] [47] La Convention National Démocratique, coalition de la gauche mexicaine qui ne reconnaît qu’Obrador comme président « légitime », organise des forums pour maintenir la pression.
[3] [48] Voir à ce sujet le dernier numéro de Revolución Mundial dans ce même site l’article qui dénonce les mensonges des trotskistes.
[4] [49] Les « triquis » est un des peuples indigènes de l’État d’Oaxaca.
[5] [50] “priiste”, du PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnel qui a gouverné le Mexique pendant 70 ans.
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Depuis début février, et malgré la dispersion de la période des vacances scolaires, les étudiants et lycéens, dans la plupart des grandes villes du pays, se sont mobilisés pour exprimer leur colère contre les attaques économiques du gouvernement et du patronat, contre le CPE (Contrat Première Embauche). Et cela malgré le black out des médias bourgeois et notamment de la télévision qui, jour après jour, a préféré focaliser ses projecteurs sur les "exploits" sinistres du "gang des barbares".La colère des étudiants est légitime !
Les institutions de l'éducation nationale (collèges, lycées, universités…) sont devenues des usines à chômeurs, des réservoirs de main d'œuvre bon marché. C’est parce qu’elles l’ont compris, que des assemblées d’étudiants, comme à Caen, ont envoyé des délégations auprès des travailleurs des entreprises voisines et auprès des jeunes chômeurs des cités pour les appeler à rejoindre la lutte. Le CPE, c’est la précarité organisée. Mais la précarité ne frappe pas uniquement les jeunes. Ce sont toutes les générations qui sont touchées par le chômage, la précarité et la misère.
C'est aussi pour cela que, dans certaines universités comme celle de Paris III Censier, les enseignants et les personnels ATOS se sont eux aussi mis en grève en solidarité avec les étudiants.
Face aux émeutes qui ont embrasé les banlieues au mois de novembre, la bourgeoisie, son gouvernement, ses partis politiques, ont ramené l'ordre en imposant le couvre feu, en expulsant hors des frontières nationales les jeunes immigrés qui ne respectent pas leur "terre d'accueil". Aujourd'hui, ceux qui nous gouvernent, veulent continuer à "nettoyer au karcher" les enfants de la classe ouvrière avec un cynisme sans borne : c'est au nom de "l'égalité des chances" qu'ils leurs promettent, avec le CPE, la précarité et la misère. Avec le CPE, les jeunes qui auront la "chance" de trouver un emploi à la fin de leurs études seront à la merci des patrons. Aucune possibilité de trouver un logement, de fonder une famille, de nourrir leurs enfants. Cela veut dire que chaque jour, ils devront aller au boulot avec la peur au ventre, avec l'angoisse de recevoir la fameuse "lettre recommandée" avec sa sinistre sentence : LICENCIé ! Voilà ce qu'est l'esclavage salarié ! Voilà ce qu'est le capitalisme !
La seule "égalité" contenue dans le CPE, c'est l'égalité de la misère : entassement dans les cités ghettos, petits boulots précaires, chômage, RMI, survie au jour le jour. Voilà, l'"avenir radieux" que la classe dominante, la bourgeoisie et son État "démocratique" promettent à coup sûr aux enfants de la classe ouvrière !
Ces enfants dont les parents s'étaient mobilisés en 2003 contre la réforme du système de retraite et à qui le prédécesseur de Villepin, Monsieur Raffarin, avait eu le culot de dire : "Ce n'est pas la rue qui gouverne !"
Après le coup de massue porté contre les "vieux" et futurs retraités, les coups sont maintenant assénés contre les "jeunes" et futurs chômeurs ! Avec le CPE, le capitalisme montre ouvertement son vrai visage : celui d'un système décadent qui n'a plus aucun avenir à offrir aux nouvelles générations. Un système gangrené par une crise économique insoluble. Un système qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a dépensé des sommes pharamineuses dans la production d'armements de plus en plus sophistiqués et meurtriers. Un système qui, depuis la guerre du Golfe en 1991 n'a cessé de répandre le sang sur toute la planète. C'est le même système en faillite, c'est la même classe capitaliste aux abois qui ici jette des millions d'êtres humains dans la misère, le chômage, et qui sème la mort en Irak, au Moyen-Orient, en Côte d'Ivoire !
Jour après jour, le système capitaliste qui domine le monde fait la preuve qu’il doit être renversé. Et c’est parce qu’ils ont commencé à le comprendre, qu’à l'université de Paris Tolbiac, dans une AG, des étudiants se retrouvent derrière une motion affirmant qu’"il faut en finir avec le capitalisme" ! C’est aussi pour cela qu’à Paris Censier, le vendredi 3 mars, les étudiants ont invité une compagnie de théâtre à venir chanter des chants révolutionnaires. Le drapeau rouge flotte et plusieurs centaines d'étudiants, enseignants, personnels ATOS chantent l'Internationale. Le "Manifeste communiste" de Karl Marx est distribué. Dans l'enceinte de l'université, le mot RÉVOLUTION est prononcé, répété. Autour du spectacle, on discute de la lutte de classe, on évoque la révolution russe de 1917 et les grandes figures du mouvement ouvrier, comme Rosa Luxemburg lâchement assassinée, avec son camarade Karl Liebknecht, en 1919 pendant la révolution allemande, par des tueurs aux ordres du parti socialiste qui dirigeait le gouvernement.
Pour affronter le "gang des barbares" en costard cravate qui nous gouverne, les jeunes générations doivent se souvenir de l'expérience de leurs aînés. En particulier, elles doivent se remémorer ce qui s’est passé en Mai 1968.
Dans la foulée des mouvements qui avaient touché auparavant les universités de la plupart des grands pays développés, en particulier les États-Unis et l'Allemagne, les étudiants des universités françaises s'étaient mobilisés massivement en mai 68. Mais cette mobilisation a pris une tout autre ampleur quand tous les secteurs de la classe ouvrière sont entrés dans la lutte : 9 millions de travailleurs en grève ! Les étudiants les plus conscients et combatifs ont alors dépassé leurs revendications spécifiques pour proclamer que leur combat était le même que celui de la classe ouvrière. Ils ont appelé les ouvriers à venir dans les universités occupées pour discuter de la situation et des perspectives. Partout on discutait de la révolution, de la nécessité de renverser le capitalisme.
Mai 68 n’a pas débouché sur la révolution, elle n’était pas encore possible parce que le capitalisme n’était qu’au début de sa crise. Mais les bourgeois ont eu la plus grande trouille de leur vie. Et si le gouvernement a réussi à reprendre le contrôle de la situation, c’est parce que les syndicats ont tout fait pour que les ouvriers retournent au travail ; c’est parce que les partis de gauche, ceux qui se présentent comme les défenseurs des travailleurs, ont appelé à participer aux élections organisées par le régime de De Gaulle.
Mai 68 a montré que la révolution n’est pas une vieille pièce de musée poussiéreuse, qu’elle n’appartient pas à un passé révolu, mais qu’elle représente le seul futur possible pour la société. De plus, ce grand mouvement de la classe ouvrière, qui a été suivi par de nombreuses luttes ouvrières dans beaucoup d’autres pays, a montré à la classe dominante qu’elle ne pouvait pas embrigader les exploités derrière les drapeaux nationaux, qu’elle n’avait pas les mains libres pour déchaîner une troisième guerre mondiale, comme elle l’avait fait en 1914 et en 1939. Si, contrairement à celle des années 1930, la crise économique n’a pas débouché sur un massacre généralisé, c’est bien grâce aux luttes de la classe ouvrière.
Le mouvement de la jeunesse contre le CPE montre que les germes d'une nouvelle société sont en train de pousser dans les entrailles de la vieille société capitaliste à l'agonie. L'avenir est entre les mains de cette nouvelle génération. Les lycéens et étudiants sont en train de prendre conscience que, en tant que futurs chômeurs et futurs précaires, ils appartiennent, dans leur grande majorité, à la classe ouvrière. Une classe exploitée que le capitalisme tend à exclure de plus en plus de la production. Une classe qui n'aura pas d'autre choix que de développer ses luttes pour défendre ses conditions de vie et l'avenir de ses enfants. Une classe qui n'aura pas d'autre alternative que de renverser le capitalisme pour en finir avec l'exploitation, la misère, le chômage et la barbarie. Une classe qui, elle seule, peut construire un monde nouveau, basé non pas sur la concurrence, l'exploitation, la recherche du profit mais sur la satisfaction de tous les besoins de l'espèce humaine.
En 1914, les enfants de la classe ouvrière, dont la grande majorité étaient encore des adolescents, avaient été envoyés dans les tranchées pour servir de chair à canon. La hyène capitaliste, en se vautrant dans le sang des exploités, avait fauché ces jeunes générations que Rosa Luxembourg appelait la "fine fleur du prolétariat".
Ce système capitaliste décadent, qui a mutilé et massacré les enfants de la classe ouvrière envoyés sur le front en 1914, et une nouvelle fois en 1939, la "fine fleur du prolétariat" du vingt et unième siècle aura la responsabilité de le détruire en développant la lutte aux côtés de toute la classe ouvrière, de toutes les générations.
Récemment, au Brésil, à l'université de Vitoria da Conquista, les étudiants ont manifesté la volonté de discuter de l'histoire du mouvement ouvrier. Ils ont compris que c'est en se plongeant dans l'expérience des générations du passé que les nouvelles générations pourront reprendre le flambeau du combat mené par leurs parents, grands-parents et arrière grands-parents. Ces étudiants ont voulu entendre ceux qui pouvaient leur transmettre ce passé, un passé qu’ils doivent s’approprier et grâce auquel les jeunes générations pourront construire l'avenir. Ils ont découvert que l'histoire de la lutte de classe, l'histoire vivante ne s'apprend pas seulement dans les livres (et encore moins sur les bancs de l'école), mais aussi dans l'action. Ils ont osé parler, poser des questions, exprimer des désaccords, confronter les arguments.
Dans les universités de France, comme dans celles du Brésil, il faut ouvrir les amphis, les AG à tous ceux, ouvriers, chômeurs, révolutionnaires qui veulent en finir avec le capitalisme.
Depuis plusieurs mois, dans tous les pays, le monde du travail est secoué par des grèves dans le secteur public comme dans le privé, en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Inde, en Amérique latine. Contre le chômage et les licenciements, partout les grévistes ont mis en avant la nécessité de la solidarité entre les générations, entre les chômeurs et les "actifs".
Étudiants, lycéens, votre colère contre le CPE ne peut être qu'un coup d'épée dans l'eau si vous restez isolés, enfermés dans les murs de l'université ou du lycée ! Exclus des lieux de production, vous n'avez aucun moyen de faire pression sur la bourgeoisie en paralysant l'économie capitaliste.
Travailleurs salariés, au chômage ou retraités, il faut se mobiliser, ce sont vos enfants qui sont maintenant attaqués ! C'est vous qui avez produit et produisez encore toutes les richesses de la société. C'est vous qui êtes le moteur de la lutte contre le capitalisme !
Jeunes chômeurs des banlieues, vous n'êtes pas seuls à être "exclus" ! Aujourd'hui, on vous traite de "racaille". Ce n’est pas nouveau : en 1968 vos parents qui s’étaient révoltés contre l’exploitation capitaliste étaient traités de "chienlit".
La seule perspective, le seul avenir, ce ne sont pas les violences aveugles, les incendies de voitures. Le seul avenir, c'est la lutte solidaire et unie de toute la classe ouvrière, de toutes les générations ! C'est dans les grèves, les assemblées générales, dans les discussions sur les lieux de travail et d'étude, dans les manifestations de rue qu'il faut exprimer TOUS UNIS notre colère contre le chômage, l'emploi précaire et la misère !
A bas le CPE ! A bas le capitalisme ! La classe ouvrière n'a plus rien à perdre que ses chaînes. Elle a un monde à gagner.
Courant Communiste International (6 mars 2006)
Comme vous l'avez appris par les médias, hier après-midi plusieurs centaines d'étudiants des universités de la région parisienne sont allés à la Sorbonne occupée depuis plusieurs jours par une cinquantaine d'étudiants de cette faculté située au centre de Paris. A la faculté de Censier, l'Assemblée générale des étudiants qui s'est tenue hier matin avait décidé d'envoyer une délégation massive pour apporter de la nourriture à leurs camarades enfermés dans la Sorbonne par les cordons de flics.
Plusieurs centaines d'étudiants sont entrés de force dans la Sorbonne, en passant par les fenêtres. Mais le mouvement de solidarité avec leurs camarades pris en otage dans le piège de l'occupation de la Sorbonne, était très hétérogène. Certains étudiants, notamment ceux de Censier, ont essayé de discuter avec les gardes mobiles de la gendarmerie. Certains scandaient le slogan "CRS avec nous !" d'autres criaient "Sarkozy, au RMI !" Les flics n'ont pas chargé, même si les plus excités ont quand bousculé et donné quelques coups de matraques discrets. Malgré les échauffourées, il n'y a pas eu, à notre connaissance, d'arrestations à ce moment là. Les forces de l'ordre avaient, de façon évident, reçu la consigne de ne pas charger ce qui a permis l’entrée dans la Sorbonne de étudiants qui ont forcé les portes et les fenêtres. Plusieurs centaines d'étudiants sont donc tombés dans le piège.
La situation a basculé cette nuit où il y a eu des affrontements violents entre les étudiants et les forces de l'ordre. A 4 heures du matin, les CRS ont finit par évacuer la Sorbonne à coups de matraques et de bombes lacrymogène. Plusieurs dizaines d'étudiants ont été arrêtés.
Il est donc arrivé aux enfants de la classe ouvrière la même tragédie que celle de la chèvre de monsieur Seguin. Ils ont tenu jusqu'au petit matin et le loup les a mangés.
Face à la répression, aux arrestations mais aussi au flicage des universités qui sont truffées de mouchards et de RG, le CCI se doit de dénoncer haut et fort toutes les attaques portées par l'État "démocratique" bourgeois contre les enfants de la classe ouvrière. Le CCI se déclare solidaire des enfants de la classe ouvrière attaqués par le CPE, tabassés et arrêtés par la police.
Aujourd'hui, "l'ordre règne" à la Sorbonne. Les enfants de la classe ouvrière ont perdu une bataille, mais le prolétariat n'a pas perdu la guerre de classe.
La meilleure solidarité que la classe ouvrière puisse apporter aux jeunes générations face aux attaques du capitalisme, c'est d'engager maintenant la lutte dans tous les secteurs contre le CPE, contre toutes les attaques de la bourgeoisie et contre la répression. La classe ouvrière doit exiger la libération de ses enfants embarqués dans les paniers à salade.
Pour cela, il faut développer partout des assemblées générales massives, des lieux de débat. Il faut manifester massivement dans la rue.
Mais avant de se mobiliser, il faut réfléchir, discuter tous ensemble, tous unis, des perspectives et des moyens de la lutte. Car la fin ne justifie pas tous les moyens. Les éléments les plus conscients, les plus éclairés de la classe ouvrière, les éléments les plus conscients de la jeunesse estudiantine doivent jouer le rôle d'avant-garde pour que la riposte contre le CPE ne soit pas une aventure sans lendemain. Ce qui s'est passé à la Sorbonne cette nuit n'est qu'un épisode d'un mouvement beaucoup vaste, un mouvement qui va, à un moment ou un autre, faire tâche d'huile au-delà des frontières nationales.
Nous allons maintenant revenir rapidement sur les événements de ces dernières semaines.
Malgré le black-out des médias bourgeois et notamment de la télévision, malgré la dispersion de la période des vacances scolaires, depuis le début du mois de février, les étudiants et dans une moindre mesure les lycéens, se sont mobilisés dans la plupart des universités des grandes villes du pays pour protester contre le fameux Contrat Première Embauche qui vient d'être adopté à l'assemblée nationale.
Dès que nous avons eu écho de ce qui se passait dans les facs et notamment à Paris 3-Censier, nous avons mobilisé immédiatement nos forces pour essayer de comprendre ce qui se passait et la signification de ce mouvement.
Aujourd'hui, nous pouvons affirmer clairement que ce mouvement de la jeunesse estudiantine n'a rien à voir avec une agitation interclassiste. Et cela même si il y a dans les facs, évidement, des enfants de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie dont la plupart sont hostiles à la grève et se font beaucoup d'illusions sur l'avenir que leur promet le capitalisme. La lutte des étudiants contre le CPE, quelle que soit son issue, n'est pas un feu de paille, une révolte sans lendemain. Le CCI salue haut et fort ce mouvement qui s'inscrit pleinement dans le combat de la classe ouvrière.
Pourquoi ?
D'abord, parce que la révolte des étudiants est une riposte légitime à une attaque économique directe, massive et frontale contre l'ensemble de la classe ouvrière. Avec le Contrat Première Embauche, c'est encore plus de précarité et de misère qui attend les nouvelles générations à la fin de leur scolarité.
Ensuite, parce que les étudiants se sont mobilisés immédiatement sur un terrain de classe, comme ils l'ont montré de façon magistrale à la manifestation du 7 mars. Ils ont été capables de laisser de côté leurs revendications spécifiques (comme la réforme du LMD par exemple) pour mettre en avant des revendications derrière lesquelles toute la classe ouvrière peut se reconnaître.
Enfin, pour la première fois depuis Mai 68, on a vu les étudiants lancer des mots d'ordre appelant à l'unité et à la solidarité de toute la classe ouvrière : "Travailleurs, chômeurs, lycéens, étudiants, même combat !"
On les a vu aller plus loin encore que les étudiants de mai 68 : contrairement à la génération de mai 68 qui avait été fortement marquée par l'esprit contestataire et ce qu'on appelait à l'époque "le conflit des génération", les étudiants d'aujourd'hui ont mis en avant la nécessité de l'unité non seulement entre tous les secteurs de la classe ouvrière, mais aussi entre toutes les générations, entre ceux qui sont attaqués par le CPE et les retraités et futurs retraité qui seront attaqués par un contrat "dernière embauche".
Si la nouvelle génération, par certains cotés, est beaucoup plus mûre que celle de la fin des années 60, c'est justement parce que les conditions objectives ont mûri : la crise économique s'est approfondie. Elle dévoile aujourd'hui ouvertement la faillite irrémédiable du système capitaliste.
Mais là où les étudiants d'aujourd'hui sont allés encore plus loin que leurs aînés de mai 68, c'est dans la façon dont ils ont pris eux-mêmes leur lutte en mains, en s'appropriation de façon assez étonnante et remarquable les méthodes de lutte du mouvement ouvrier et en faisant vivre la solidarité dans la lutte. Et cette méthode s'est très clairement révélée dans les Assemblées générales à Censier, et non pas dans l'occupation de la Sorbonne.
Nous voulons d'abord évoquer maintenant ce qui s'est passé ces derniers jours à la fac de Paris 3-Censier.
Tous les jours, les étudiants et les salariés en grève occupent les amphis et tiennent des assemblées générales massives.
Pour avoir été témoins de ce qui se passait dans ces AG de Censier, nous pouvons affirmer clairement qu'elles fonctionnent sur le modèle des conseils ouvriers. La richesse des discussion où chacun peut prendre la parole et exprimer son point de vue, la façon dont la tribune organise les débats, les votes, la création de différentes commissions, la nomination de délégués élus et révocables devant les AG souveraines, toute cette dynamique, cette méthode de lutte son celles qui ont surgi dans les momens les plus élévés de la lutte de classe : en 1905 et 1917 en Russie, en 1918 en Allemagne, en Pologne lors de la grève de masse en Août 1980.
Pour nous, il est clair que le poumon du mouvement, l'épicentre du séisme ne se trouve pas à la Sorbonne où les étudiants ont été enfermés dans la fac occupée et encerclée par les CRS. L'épicentre du séisme se trouve à la fac de Censier. Et cela la bourgeoisie le sait. C'est pour cela que les médias ont fait un black-out total sur les AG de Censier.
Les étudiants de Censier ont réussi à entraîner leurs professeurs et le personnel administratif dans la grève. Ils ont réussi à construire un mouvement solidaire et uni. A tel point qu'il a été décidé de tenir des AG communes entre étudiants et salariés de la fac.
Comment ces jeunes dont certains, parmi les leaders du mouvement, sont en première année de fac, comment ont-ils pu aller aussi vite, prendre une telle décision depuis la manif du 7 mars ?
Tout simplement, parce que la fin de non revoir de monsieur Villepin après la manif du 7 mars a poussé les étudiants à ouvrir leurs assemblées générales aux salariés et à leur donner la parole. En 1968, c'est justement l'enfermement des ouvriers dans les usines, préconisé par les syndicats, qui avait permis à la bourgeoisie d'envoyer la classe ouvrière à la défaite.
La plupart des ouvriers ne pouvaient plus aller discuter avec leurs camarades des autres entreprises ou avec les étudiants. Ils se sont laissé emprisonner derrière les grilles de leurs usines. C'est une expérience que les jeunes générations doivent connaître pour pouvoir déjouer les manoeuvres et les pièges de tous les saboteurs qui veulent les envoyer au casse-pipe paquet par paquet.
Pour revenir à ce qui s'est passé à Censier depuis le 7 mars :
Au lendemain de la manif, une petite minorité de travailleurs d'autres secteurs, qui sont aussi des militants révolutionnaires et des parents d'étudiants en lutte, est allé voir ce qui se passait dans les facs. Et ce que nous avons vu et entendu dans les AG de Censier nous a amenés à reconnaître dans cette agitation estudiantine contre le CPE un combat qui s'intègre pleinement dans celui de la classe ouvrière. Encore une fois, nous réaffirmons aujourd'hui, que l'avenir de la société humaine est bien entre les mains des jeunes générations. Encore une fois, la vieille taupe de l'histoire, comme le disait Marx, a bien travaillé. Encore une fois le marxisme, la théorie révolutionnaire du prolétariat, a été vérifié.
Les militants du CCI sont intervenus dans les AG en tant que travailleurs et parents d'étudiants en lutte. Mais ce qui a guidé le sens général de leurs interventions, c'est le cadre d'analyse du CCI qui seul peut donner une perspective, pour que la lutte des étudiants ne reste pas isolée.
Dès que nous avons compris ce qui se passait Censier, le CCI a décidé de combattre le sale travail des médias bourgeois : c'est pour cela que notre tract est en train d'être traduit dans toutes les langues (et est déjà sur notre site Internet en anglais et en espagnol, ce qui veut dire que la classe ouvrière et les université d'Europe et du continent américain peuvent être informés de ce qui se passe en France).
Dans les AG de ces deux derniers jours, les professeurs de l'université de Censier et les personnels administratifs ont apporté un souffle nouveau au mouvement. Ils ont fait plusieurs interventions pour affirmer qu'ils allaient participer activement à l'extension de la grève dans les facs. Ils ont essayé d'entraîner les étudiants les plus hésitants et hostiles à la lutte en les rassurant : ils se sont engagés à ne pas pénaliser les élèves grévistes pour les examens et pour le versement de leur allocation d'études.
Enfin, pour résumer nous reprenons ici à notre propre compte cette phrase d'un enseignant de Paris 3 : "Les étudiants de Censier ont inventé quelque chose de nouveau, quelque chose de très puissant qui va entraîner les autres universités derrière eux. Et cela, nous l'avons vu très clairement à la manifestation du 7 mars."
Effectivement, que s'est-il passé le 7 mars ?
Plus de mille étudiants se sont retrouvés sur le parvis de la fac de Censier pour partir ensemble à la manifestation organisée à l'appel de tous les syndicats et partis de gauche. Dès qu'ils se rendent compte que les cortèges syndicaux, et notamment celui de la CGT, se sont placés à la tête de la manif, les étudiants font demi-tour. Ils prennent le métro pour se placer devant les cortèges syndicaux en entraînant derrière eux leurs camarades d'autres facs. C'est comme cela que la jeunesse estudiantine en lutte, s'est spontanément retrouvée à la tête de la manif derrière une seule banderole, avec des mots d'ordre unitaires, exigeant le retrait pur et simple du CPE, alors que le tract diffusé par le PCF ne dit pas un seul mot sur le retrait du CPE (ce tract nous l'avons ici et les camarades pourront venir le chercher) !
Grâce à cette ruse de sioux des étudiants de Censier, le cortège du vieux dynosaure stalinien se retrouve ainsi à la queue des enfants du mammouth de l'éducation nationale. La CGT est obligée de raccrocher ses wagons rouillés à la locomotive de cette jeune génération, une génération que Rosa Luxemburg appelait à juste raison la "fine fleur du prolétariat !"
Comme en mai 68, la classe dominante et ses forces d'encadrement dans les rangs ouvriers ont été surprises, dépassées par la situation. Et nous devons le reconnaître, dans une certaine mesure, le CCI lui-même a été surpris par la vitalité et a créativité des étudiants les plus en pointe.
C'est justement parce qu'il n'avait pas prévu le coup que, après la manifestation du 7 mars, dans une interview tétévisé sur la chaîne LCI, le leader de la CGT, Bernard Thibault, a dit aux journalistes : "il est vrai que dans cette manifestation, il y avait une part d'imprévu".
C'est aussi à cause de cette "part d'imprévu", parce qu'ils ont été débordés par la situation, que des gros bras du PCF nous ont agressés à la manif et notamment à notre table de presse. L'un d'entre eux a proféré ces insultes : "J'ai envie de vous cracher à la figure. Vous n'avez pas honte de diffuser votre brochure [ Comment le PCF est passé dans le camp du capital ] alors qu'ils n'y a plus de staliniens au PCF" (sic !)
On va s'arrêter là pour ce qui concerne les événements anecdotiques. Les camarades, et notamment les étudiants qui sont dans cette salle, pourront compléter, rectifier ou préciser cette présentation, dans le débat.
Nous allons maintenant faire brièvement un point sur le black out des médias.
On se souvient qu'à l'automne dernier, lors des émeutes qui ont embrasé les banlieues, la bourgeoisie ne s'était pas privé de faire un battage médiatique très bruyant, non seulement en France, mais aux quatre coins de la planète. Partout, dans tous les pays, sur tous les continents, les émeutes en France avaient fait la Une des journaux et de toutes les chaînes de télé.
Que se passe-t-il aujourd'hui dans les médias ? Jusqu'à la manif du 7 mars, c'était silence radio. Jour après jour, on nous a bassinés avec la grippe aviaire, l'affaire sordide du "gang des barbares" et autres rideaux de fumée pour amuser la galerie et surtout pour ne pas parler de l'essentiel, c'est-à-dire de la mobilisation des étudiants contre le CPE.
Pourquoi les médias aux ordres de l'ordre capitaliste ont-ils gardé le silence sur la grève des étudiants alors qu'ils avaient fait beaucoup de bruits sur les émeutes dans les banlieues ? Tout simplement parce que, contrairement aux émeutes désespérées des jeunes des cités, la lutte des étudiants n'est pas un feu de paille. Elle est porteuse d'une perspective d'avenir pour la société
Et si aujourd'hui, les médias lèvent le black-out, c'est encore pour servir les intérêts de la bourgeoisie. On nous présente les étudiants comme de simples émeutiers. C'est bien le message que veut faire passer Monsieur Tony Blair lorsque le journal anglais le "Times" titrait au lendemain de la manif du 7 mars : "RIOTS,,,", c'est-à-dire "Emeutes dans les universités françaises".
Quant aux médias françaises, elles apportent maintenant leur petite pierre au sabotage de la lutte de classe. Et pas seulement les journaux de droite comme Le Figaro ou Le Parisien. Mais aussi ceux de gauche comme le journal Libération dirigé par l'ex-soixante huitard Serge July qui lui ne sera jamais touché par le chômage. Ainsi, l'édition du 10 mars de Libération était distribué gratuitement dans le hall de Censier parce qu'il y avait un petit article ridicule sur la grève dans cette facr intitulé "un air de mai 68".
Le message est, excusez-nous l'expression, putassier. Un air de mai 68, ça veut dire que les étudiants n'ont fait que chanter des chansons révolutionnaires en invitant la troupe de théâtre "Jolie môme" le 3 mars dans l'enceinte de la fac ! Par contre, il n'y a pas un mot sur la dynamique des AG, sur l'unité et la solidarité du mouvement qui a entraîné les professeurs et le personnel administratif dans la grève.
Et ce silence n'est certainement pas dû au fait que les journalistes de Libé et de la télévision n'étaient pas au courant. Ils ont occupé la fac avec leur caméra et leurs interviews. L'Etat français peut décerner une belle médaille à ses journaleux et à leurs images très artistiques !
Pour le CCI, il est clair que ce mouvement de la jeunesse scolarisée fait peur à la classe dominante. Monsieur Villepin et ses petits camarades, à droite comme à gauche, ont peur tout simplement que la créativité des étudiants de Censier ne donne de mauvaises idées à l'ensemble de la classe ouvrière.
Le silence des médias, la falsification de leurs informations, le tripatouillage de leurs caméras, de leurs reportages, et de leurs interviews n'ont qu'une seule signification : ils sont une illustration de la trouille de la bourgeoisie. Et cette trouille est d'autant plus grande que ces étudiants les plus conscients, ce sont ceux qui sont aujourd'hui aux avant-postes du mouvement. C'est cette avant-garde que la bourgeoisie française, avec ses flics et ses RG, veut démoraliser et soumettre au silence.
Les enfants de la classe ouvrière qui se sont mobilisés massivement contre le CPE, ce sont les enfants de ceux à qui monsieur Raffarin, pour imposer la réforme du système des retraites, avait eu le culot de dire : "Ce n'est pas la rue qui gouverne" .
Et la seule réponse de la bourgeoisie à cette protestation contre la précarité et le chômage, c'est la répression. Le CPE est une illustration de la faillite du système capitaliste. La répression montre aujourd'hui clairement le vrai visage de la démocratie bourgeoise ! Aujourd'hui, la situation sociale est en train que révéler que ceux d'en haut, de plus en plus, ne peuvent plus gouverner comme avant, parce que ceux d'en bas ne veulent plus vivre comme avant.
Et c'est bien pour cela que la bourgeoisie française est en train de mettre toutes ses forces dans la bataille pour diviser le mouvement, l'éparpiller, enfermer les étudiants dans les facs pour pouvoir les "nettoyer au karcher", comme elle l'a fait cette nuit à la Sorbonne.
Sur toutes les chaînes de télé, on a pu voir aujourd'hui les images que la bourgeoisie attendait avec ces commentaires, comme le disait Claire Chazal : "Le mouvement a pris un tournant, celui de la violence". Évidemment, il s'agit non pas de la violence de la police, mais de celle des enfants de la classe ouvrière présentés comme des casseurs, comme de la racaille !
Pourquoi l'homme de main de l'État policier, de notre belle démocratie française, Monsieur Sarkozy, a-t-il une fois encore déchaîné la répression ?
Parce que les étudiants ne veulent pas de la misère capitaliste, parce qu'ils ne veulent pas se retrouver au chômage à la fin de leurs études! Parce qu'ils sont entrés dans la Sorbonne pour apporter leur solidarité et de la nourriture à leurs camarades qui étaient en train de crever de faim. Ces étudiants ont ont été tabassés, arrêtés, tout simplement parce qu'ils ont donné le mauvais exemple de la solidarité dans la lutte.
Mais pour pouvoir tenir la route sur le long terme, dans la lutte de classe, les bataillons les plus conscients du prolétariat doivent garder en mémoire ce que Marx et Engels disaient dans le Manifeste Communiste de 1848 : "les communistes ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien". Ils ne doivent jamais oublier que l'arme la plus tranchante de la classe ouvrière, c'est d'abord sa conscience, contrairement à la violence aveugle des jeunes émeutiers des banlieues.
Face à la violence des milices du capital aux ordres de Monsieur Sarkozy, il faut opposer la conscience de classe dans la lutte !
Les éléments les plus conscients de la classe ouvrière doivent aussi se rappeler ce que Marx et Rosa Luxemburg disaient : "Contrairement aux révolutions du passé, la révolution prolétarienne est la seule révolution de l'histoire qui ne peut arriver à la victoire qu'à la suite de toute une série de défaites." C'est justement parce que la révolution prolétarienne "tire sa poésie de l'avenir" que les révolutionnaires ne doivent jamais céder à la démoralisation et à l'impatience.
Cette année, la République d'Irlande a commémoré les 90 ans du soulèvement nationaliste de Pâques en 1916. Avec le temps, la façon dont cet événement est célébré a changé. De nos jours, il est présenté comme le socle fondateur de la fierté nationale et c'est un jour de liesse pour la bourgeoisie irlandaise : il représenterait le prétendu Tigre indomptable celtique. Le "sacrifice du sang" de nombreux patriotes irlandais, et non pas l’exploitation sans merci de la force de travail des prolétaires sur toute la planète, est mis en avant comme étant la cause du "miracle" des hauts niveaux de croissance de l’économie irlandaise moderne.
Mais tandis que les termes de cette commémoration rituelle changent avec les années, l’idée de base propagée par la classe dominante en Irlande reste la même. Cette idée, c'est que l’indépendance nationale aurait résulté de l’unanimité de toutes les classes, de toutes les courageuses forces "rebelles" de la société irlandaise. Surtout, la mythologie bourgeoise du soulèvement de Pâques le considère comme le produit de l’unité entre le mouvement nationaliste et le mouvement ouvrier, representés par les deux leaders de l’insurrection contre la domination britannique : Patrick Pearse à la tête des "Volontaires irlandais" et le socialiste radical James Connolly qui commandait la milice appelée "Armée des citoyens irlandais".
Afin de maintenir ce mythe, il est régulièrement occulté qu’une figure ouvrière de l’époque s’était opposée au soulèvement de 1916. Cet oubli de la bourgeoisie irlandaise (y compris de ses ailes radicales et soi-disant "marxistes" du Sinn Fein) est très frappant car ce leader, Sean O’Casey, devait devenir un des plus grands dramaturges du 20e siècle. Sa fameuse pièce, La Charrue et les Etoiles (The Plough and the Stars), qui est aujourd’hui reconnue comme l’une des plus grandes œuvres de la littérature mondiale moderne, est une dénonciation virulente du soulèvement de Pâques. Cette pièce est une épine dans la chair de la bourgeoisie irlandaise, car elle rappelle la vérité historique qui vit non seulement O’Casey, mais une partie de la classe ouvrière en Irlande, refuser de participer ou de soutenir le soulèvement.
L’Armée des Citoyens Irlandais (Irish Citizen’s Army, ICA) était une milice mise sur pied durant les six mois où Dublin avait été bloquée pour protéger les ouvriers de la sauvagerie de la répression étatique dirigée contre la combativité des ouvriers des transports. "La Charrue et les Etoiles"” était la bannière de l’ICA. C’était un des étendards les plus poétiques du mouvement ouvrier. La charrue symbolisait le retournement du sol de la société capitaliste par la lutte de classe, le travail patient de semaille des graines du futur, mais aussi le besoin impérieux de la récolte quand elles sont à maturité. Quant aux étoiles, elles expriment la beauté et la noblesse des buts et des idéaux du mouvement ouvrier.
La pièce de O’Casey du même nom est une virulente mise en accusation de la trahison de ces idéaux par la participation de l’ICA à l’insurrection nationaliste de 1916. Tandis que la lutte avait lieu dans le centre ville, les habitants des bas quartiers de Dublin mouraient de pauvreté et de tuberculose. O’Casey montre qu’il n’y a rien dans les prétendus grands idéaux des nationalistes qui puisse apporter un meilleur sort ou un réconfort moral aux ouvriers et aux pauvres. Il montre l'existence de l’autre côté de la rue, visible depuis les habitations occupées par les insurgés, de gens affamés qui occupent aussi des bâtiments, non pas dans le but de soutenir l'insurrection, mais pour piller de la nourriture dans les magasins.
Pour exprimer son indignation, O’Casey emploie une série d’images puissantes. Le deuxième acte se passe dans un café. Dehors a lieu la réunion durant laquelle, le 25 octobre 1915, l’ICA s’est alliée aux Volontaires Irlandais. C’est le moment-clé de la trahison des positions de classe de la charrue et des étoiles. Mais cette scène a lieu à l’insu des ouvriers qui se trouvent à l’intérieur du pub. Tout ce qu’on peut voir et entendre est l’ombre en profil de la “voix de la fenêtre”, menaçante comme un cauchemar, comme un fantôme de mort s’imposant sur la vie. C’est la voix du leader nationaliste Pearse, exaltant les vertus du sacrifice de sang pour la cause de la nation. "A l’intérieur", les ouvriers sont enflammés par ce discours. La scène du café montre la façon dont la classe dominante entraîne les ouvriers hors de leur terrain de classe en obscurcissant leur réalité matérielle et en détruisant leur conscience. Alors que Pearse prêche l’héroïsme patriotique consistant à verser le sang, l’intoxication que cela entraîne parmi les occupants du café conduit à une suite de querelles, à une caricature de compétition capitaliste. O’Casey montre comment l’insurrection de Pâques, loin de s’opposer à la barbarie de la Première Guerre mondiale qui se déroule en même temps, a donné à cette barbarie une autre forme. Elle est devenue le premier maillon de la chaîne de la guerre et de la terreur qui a conduit, au début des années 1920, de la guerre irlandaise d’indépendance contre la Grande-Bretagne à la guerre civile au sein de la bourgeoisie du nouvel Etat irlandais. Ces évènements, au cours desquels des degrés de sauvagerie jusqu'alors inconnus apparurent, annonçaient ce qui devait advenir au 20e siècle, particulièrement au cours des “luttes de libération nationale”.
Un personnage important de la pièce de théâtre se trouve être la prostituée Rosie Redmond. Le symbolisme en est clairement identifiable, le renouveau littéraire anglo-irlandais de l’époque aimant peindre l’Irlande ou le nationalisme gaélique sous les traits d'une femme (comme par exemple dans la pièce de W.B. Yeats, Cathleen Ni Houlihan).
Au quatrième acte, les hommes jouant aux cartes sur le couvercle du cercueil d’un habitant des bas quartiers constituent une métaphore sur comment les travailleurs, en renonçant à se battre pour leurs intérêts, en sont réduits à n’être que des pions impuissants dans les luttes pour le pouvoir de forces qui leurs sont étrangères. Ce sont des victimes, pas les protagonistes de l’histoire.
En février 1926, lors de la quatrième représentation de cette pièce à l’Abbey Theater de Dublin, il y eut une émeute. La classe dominante fraîchement installée au pouvoir comprit immédiatement que les fondations mêmes du nouvel Etat étaient menacées par la démolition du mythe de 1916, "crucifixion et résurrection" de la nation irlandaise. Dans le quatrième livre de son autobiographie, Inishfallen, Fare Three Well, O’Casey raconte comment il était apostrophé par les veuves des rebelles de 1916 la nuit en quittant le théâtre. L’une d’elles lui avait crié : "Je veux te faire savoir qu’il n’y a pas une seule prostituée d’un bout à l’autre de l’Irlande". L’auteur émigra à Londres un mois après l’émeute (s'il était resté il aurait pu assister à la destruction par le feu de la version cinématographique d’Hitchcock tirée de sa pièce Junon et le paon à Limerick en 1930, trois ans avant que les hordes nazies ne commencent à brûler les livres en Allemagne).
Depuis longtemps, il était devenu persona non grata à Dublin, du fait de ses positions sur le soulèvement de Pâques. Dans la pièce elle-même, O’Casey traite ironiquement de son image publique. Le personnage dont se sert l’auteur pour exprimer son opinion est celui d’un révolutionnaire de salon lâche et dogmatique nommé le Covey (un terme de l'argot de Dublin signifiant pédant, "Monsieur-Je-sais-tout"). C’est lui qui déclare que l’ICA a trahi La Charrue et les Etoiles tout en assistant à la révolution nationaliste des classes moyennes, et qui qualifie le discours de Pearse de "drogue" en critiquant le soldat socialiste britannique Stoddard pour avoir abandonné l’internationalisme face à la guerre mondiale.
La pièce La Charrue et les Etoiles est le couronnement d’une transformation remarquable dans le développement artistique et dans la vision du monde de Sean O’Casey. Tout d’abord, il fut l’auteur de pièces de propagande pleines d’argumentations complexes (dans le style de son contemporain George Bernard Shaw, célébré à Dublin), mais généralement considérées de faible valeur artistique. Dans la première moitié des années 1920, il produit, presque coup sur coup, trois grandes pièces dramatiques, la "trilogie de Dublin". Il s’agit de pièces historiques à caractère contemporain, traitant chacune de façon polémique d’un événement majeur : L’Ombre d’un Franc-tireur (la guerre de l’IRA contre la domination britannique), Junon et le Paon (la guerre civile irlandaise), et La Charrue et les Etoiles. Plus tard, ses pièces atteignirent rarement à nouveau la même qualité artistique. Cette production inégale a conduit certains à parler de "l’énigme O’Casey". Les nationalistes irlandais ont essayé d’expliquer le déclin relatif de cette créativité à partir de 1930 par son émigration, comme s’il ne pouvait produire de grand art sans avoir le "sol natal" sous les pieds. Mais rapidement après avoir gagné Londres, O’Casey écrivit une autre pièce historique puissante, The silver Tassie. Elle est basée sur son expérience de patient dans un hôpital de Dublin (étant soigné pour des maladies qui résultaient directement de sa pauvreté), où il partageait des salles avec de nombreuses victimes de la Première Guerre mondiale qui faisait rage alors. C’est une furieuse condamnation de la guerre impérialiste (que l’Abbey Theater sous contrôle de l’Etat refusa de donner).
En réalité, l’épanouissement d’O’Casey était possible grâce aux idées qui l’inspirèrent à l’époque – celles qui sont mises en avant par le surgissement de luttes ouvrières dès le début de la Première Guerre mondiale, et leur confirmation à travers la révolte ouvrière contre la guerre, surtout la révolution de 1917 en Russie. Il fut un des premiers à mettre la vie des prolétaires au centre de la littérature mondiale, montrant la richesse et la diversité de leurs personnalités. Il fut peut-être le premier à mettre en scène le langage le plus populaire. Il se plaisait dans le langage imagé, le rythme irrésistible et les exagérations baroques des habitants des taudis de Dublin, sachant mettre en valeur la façon dont ils se servaient de la rhétorique pour enrichir leurs vies austères et y gagner le sens de la dignité.
En ce sens, son évolution artistique est inséparable des changements dans sa vision générale du monde. A l’origine, O’Casey était un nationaliste républicain irlandais fanatique. Né dans une famille éduquée mais frappée par la pauvreté, il ne suivit que trois années de scolarité et devint très jeune un ouvrier non-spécialisé et sous-alimenté. A l’époque, le taux de mortalité infantile à Dublin était plus élevé que celui de Moscou ou de Calcutta. Malgré le handicap d'une grave maladie des yeux, il s’éduqua tout seul, devenant un lecteur avide de littérature. A un âge précoce, il devint militant de la Ligue Gaélique, de la Fraternité Républicaine Irlandaise et d'autres groupes nationalistes. Mais du fait même de sa condition d’ouvrier, il était presque inévitable que son développement artistique dépende largement de l’évolution du mouvement socialiste. Ce fut le développement de la lutte prolétarienne qui lui fournit cette sensibilité créatrice, tout comme son déclin artistique ultérieur fut lié à la perversion de ses principes avec la défaite et le reflux de la révolution mondiale dans les années 1920 (O’Casey devint alors un stalinien indécrottable).
A 18 ans, O’Casey fut licencié pour avoir refusé d’enlever sa casquette en venant toucher sa paie. En 1911, il fut impressionné par la grande grève du prolétariat britannique dans les chemins de fer. Mais ce qui le gagna au mouvement ouvrier fut le grand conflit ouvrier de Dublin en 1913. D’une part, il coïncidait avec l’arrivée (de Liverpool) de Jim Larkin, le leader du mouvement de 1913. Larkin fut pour O’Casey un révélateur du fait que le socialisme révolutionnaire était quelque chose de très différent de la mentalité syndicale. Dans la vision de Larkin, le prolétariat ne se battait pas seulement pour manger, boire et se loger, mais un combat pour conquérir une véritable humanité. L'accès à la sensibilité envers la musique et la nature, le développement de l’éducation et de la connaissance, étaient perçus par lui comme des moments indispensables vers l'émergence de la culture d'un monde nouveau.
Comme O’Casey devait l’écrire plus tard , Larkin "apportait de la poésie dans la lutte des ouvriers pour une vie meilleure" .
Pour lui, ce fut une révélation. Dans l’Irlande de l’époque, être catholique était synonyme d’être pauvre et Irlandais, être protestant d’être riche et Anglais. Mais O’Casey venait d’un milieu protestant. L’intensité de son nationalisme initial, le changement de son nom (il était né John Casey) furent probablement motivés par des sentiments de culpabilité ou d’infériorité.
Tout cela lui parut aussitôt dérisoire et il vécut cette nouvelle vision du monde comme une libération.
Mais ce fut bien sûr l’âpreté du conflit de 1913 qui transforma le regard d’O’Casey. Pour la première fois se produisit une rupture ouverte entre le prolétariat et le nationalisme irlandais. Dans le livre trois de son autobiographie, Le tambour sous les fenêtres, O’Casey se souvient que les rangs des Volontaires Irlandais étaient “quadrillés de patrons qui avaient ouvertement cherché à affamer les femmes et les enfants des ouvriers, suivis humblement par des jaunes et des briseurs de grève venant des éléments les plus arriérés parmi les ouvriers eux-mêmes, la plupart d’entre eux voyant dans cette agitation un moyen en or d’avoir de bons emplois, alors tenus en Irlande par les jeunes fils à papa bons-à-rien de notables anglais."
De son côté, cette autre force nationaliste majeure en Irlande qu’était l’Eglise catholique organisait, par l’intermédiaire de ses prêtres, des bagarres pour empêcher les enfants des familles lock-outées d’être envoyés en Angleterre et pris en charge par les "païens", c’est-à-dire les familles socialistes. Le tambour sous les fenêtres raconte comment un couple appartenant à une organisation catholique militante se rendit au quartier général de la grève à Liberty Hall pour rappeler les ouvriers à la "foi religieuse".
"Questionné par Connolly pour savoir si le chevalier et sa dame prendraient cinq enfants dans leur foyer, le couple resta silencieux ; questionnés pour savoir s’ils en prendraient deux, ils restaient toujours silencieux ; et tournèrent les talons pour sortir avant qu’on ne leur demande s’ils en prendraient un seul ."
Il devint clair que le seul soutien à la vague de lutte des ouvriers irlandais était le prolétariat international. La réalité vivante avait ainsi démontré que la vieille position interprétée comme étant celle du marxisme orthodoxe, selon laquelle les ouvriers anglais et irlandais ne pouvaient agir ensemble que dans la perspective de la séparation nationale, n’était plus à l'ordre du jour.
Dans un sens, l’Irlande, comme l’Empire russe, faisait de l’expérience de 1913 une sorte de "1905" à elle : une répétition générale pour la révolution prolétarienne. De telles luttes pré-révolutionnaires sont une part essentielle de la préparation de la lutte pour le pouvoir. Cela était bien compris par la Gauche marxiste dans la période qui suivit les grèves de masse et les soviets en Russie en 1905. C’est pourquoi Rosa Luxembourg et Anton Pannekoek dénoncèrent l’empêchement de telles "répétitions générales" par le parti social-démocrate en Allemagne non seulement comme une preuve de lâcheté mais comme le début de la trahison.
Mais en Irlande, 1913 ne fut pas le prélude à la révolution socialiste. En ce sens, son évolution ne ressemble pas à celle de l’Empire russe mais à une partie spécifique de celui-ci : la Pologne. Le prolétariat polonais avait magnifiquement participé aux grèves de masse de 1905. Mais en Pologne, comme en Irlande, quand le moment fut mûr pour la révolution mondiale, les ouvriers furent désarmés par l’établissement d’un Etat nation.
En tant que secrétaire du Comité de Secours des Grévistes en 1913, O’Casey avait été en charge des fonds recueillis par les familles des ouvriers mis au chômage. Après la défaite de la grève en janvier 1914, il fut un des premiers à proposer une réorganisation de la milice d’auto-défense des ouvriers, l’ICA, sur une base permanente – et fut élu secrétaire honoraire du nouveau Conseil de l’Armée. Alors que le conflit de classe ouvert était terminé à ce moment-là, cette politique n’avait de sens que dans la perspective de la préparation pour l’insurrection armée. L’éclatement de la guerre impérialiste mondiale la même année ne fit que confirmer cette perspective.
Mais quelle devait être la nature de cette insurrection : socialiste ou nationaliste ? L’ICA était une milice prolétarienne. Mais son vrai nom – Armée des Citoyens irlandais – reflétait le poids mort du nationalisme irlandais, que la lutte de 1913 n’avait qu’en partie dépassé. Et la "Grande Guerre" vit l’apparition d’un renouveau de l’influence du nationalisme radical dans les organisations ouvrières.
La Première Guerre mondiale, qui ouvrit la période de décadence capitaliste, constitua une frontière de classe historique à presque tous les niveaux, y compris psychologique. On peut prendre l’exemple de Patrick Pearse, "commandant en chef" du soulèvement de 1916. Bien que patriote extrémiste, il était connu pour sa noblesse de caractère et ses idées progressistes en matière d’éducation. Mais après que la guerre eut éclaté, il donna une série de discours publics qui ne peuvent être décrits que comme ceux d’un dément. Il devint nationaliste dans le plein sens du terme, se réjouissant des sacrifices des jeunes vies de toutes les nations impliquées dans la guerre, clamant que ce sang qui giclait était comme du vin nettoyant le sol de l’Europe.
Il est significatif que James Connolly se laissa prendre très tôt au charme de cette vision atavique du sacrifice de sang. Connolly avait toujours appartenu à l’aile gauche de l’Internationale socialiste. Né à Edimbourg dans une terrible misère, sans scolarité, autodidacte comme O’Casey, c’était un homme de profondes convictions et d’un grand courage personnel. Néanmoins, l’effondrement de l’Internationale et la folie de la guerre mondiale l’avaient déstabilisé.
A partir de 1915, il commença à annoncer publiquement une insurrection à venir dans la presse ouvrière, emmenant les militants de l’ICA faire des exercices militaires comme l’assaut de bâtiments publics sous les yeux des autorités britanniques. Vers la fin, c’est Connolly qui pressait les Volontaires Irlandais de ne plus repousser l’insurrection, disant qu’il se mettrait sinon de lui-même à la tête de ses 200 "soldats" de l’ICA.
Les historiens irlandais contemporains, comme son dernier biographe Donald Nevan, se sont attachés à montrer que Connolly ne partageait pas la vision de Pearse du sacrifice de sang. Ils citent la série d’articles sur "L’insurrection et la guerre" que Connolly écrivit en 1915 comme preuve qu’il croyait que l’insurrection de 1916 avait une chance réelle de succès. Et en effet, cette série représente une contribution importante à l’étude marxiste de la stratégie militaire. Par exemple, dans l’article sur l’insurrection de Moscou de 1905, un des points mis en lumière est qu’elle n’avait pas été défaite militairement, mais "dissoute de la même façon qu’elle était apparue", dès qu’il fut évident que ni les ouvriers de Saint-Pétersbourg ni les paysans ne suivaient plus sa direction. Ils se fondirent dans les masses prolétariennes protectrices autour d’eux.
Mais dans l’une des controverses au sein de l’ICA entre O’Casey et Connolly avant 1916, ce dernier défendait le point de vue opposé. Cette discussion concernait la question de revêtir ou non des uniformes. De façon évidente, c’est O’Casey qui défendait le même point de vue prolétarien que les insurgés de Moscou, selon lesquels les combattants doivent éviter une bataille perdue d‘avance afin de préserver leurs forces. “Si nous faisons étalage de ce que nous sommes, et de ce que nous faisons, nous prendrons la répression en pleine face et nous nous mettrons la corde autour du cou. Revêtir d' un uniforme – ce serait le pire de tout… Coincés Dans un endroit dangereux, nous aurions une chance de nous en échapper dans nos vêtements de travail de tous les jours. On pourrait alors se glisser dans la multitude, sans se faire remarquer .” (Cité dans Les tambours sous les fenêtres). En définitive, O’Casey proposa à Connolly un débat public, et écrivit un article sur le problème – qui ne fut jamais publié.
O’Casey démissionna de l’Armée des Citoyens Irlandais après que la motion interdisant la double appartenance à l’ICA et aux Volontaires Irlandais soit révoquée. Peu après, Larkin partit pour les Etats-Unis (où il participa à la fondation du Parti Communiste d’Amérique en 1919). A partir de ce moment, O’Casey et Delia Larkin se retrouvèrent de plus en plus isolés dans leur opposition à la trajectoire prise par Connolly. Comme O’Casey le dit dans son Histoire de l’Armée des Citoyens Irlandais (1919) “Liberty Hall n’était plus le quartier général du mouvement ouvrier irlandais, mais le centre du mécontentement national irlandais.”
La voie vers l’insurrection de 1916 était à présent ouverte. Mais cette route n’était pas empruntée par le prolétariat irlandais, qui s’était lancé dans la défense de ses intérêts de classe face à la guerre. Certains des derniers articles de Connolly écrits avant sa mort tragique étaient consacrés à cette question. Il se réfère aux grèves des dockers, des ouvriers du gaz et de la construction de Dublin, et aux luttes ouvrières à Cork, Tralee, Sligo, Kingstown (Dun Laoghaire) et d’autres centres industriels. Il écrit aussi sur la grande grève des ouvriers des cartoucheries de la région de Glasgow. Mais Connolly n’a pas une seule fois appelé les ouvriers irlandais à rejoindre le soulèvement de Pâques, ou même à se mettre en grève en signe de sympathie. Et quand il conduisit l’occupation du bureau de poste général le lundi de Pâques, son premier acte fut de faire en sorte que les employés présents ne soient pas sous la menace des armes. Il savait parfaitement bien que le prolétariat de Dublin, encore en colère contre les évènements de 1913, n’en aurait rien à faire d’un soulèvement nationaliste. Et c’était cette attitude des ouvriers qui devait donner à O’Casey la force d’écrire sa grande trilogie dramatique.
En définitive, ce fut le poison idéologique du "sacrifice de sang" de 1916 qui vainquit le mouvement autonome des ouvriers en Irlande pour de nombreuses générations. Car, sacrifice du sang, il y eut. Le jour précédent l'insurrection, la direction officielle des Volontaires Irlandais avait publiquement annulé le soulèvement, après que la tentative de récupérer des armes allemandes eût échoué (un détail qui montre à quel point ce combat faisait partie intégrante des rivalités impérialistes internationales).
L’insurrection fut soutenue contre toute attente par une petite minorité, dans le but de contraindre les autorités britanniques à exécuter les leaders. Il s’agissait d’une version moderne du mythe de la crucifixion et de la résurrection, qui devait prendre place à Pâques. Connolly lui-même fut vaincu. Nous savons par sa correspondance privée qu’il était athée, bien que pour l’extérieur, il le niait parfois pour ne pas s’aliéner les plus religieux des ouvriers. Mais pour la légende, il est mort en catholique dévôt.
C’est en créant des sentiments de culpabilité envers les héros insidieusement accusés d’avoir fait faux bond que la conscience de classe du prolétariat a été détruite. Comme O’Casey le dit : "Ils devaient aider Dieu à soulever l’Irlande : c’est au peuple tout entier de répondre pour eux à présent, et à jamais."
Pourquoi O’Casey fut-il capable de résister à cela ? Il était moins théoricien que Connolly. Même sur la question nationale, il n’était pas forcément plus clair que d’autres autour de lui. Mais il se sentait profondément attaché à ce qu’il comprenait de la dimension humaine de la lutte ouvrière, aux forces célébrant la dignité de l’humanité et à l’importance de la vie-même, face à la mort.
1916 annonçait ce que le capitalisme décadent réservait à l'ensemble de la société. Parce qu’il a conduit l’humanité dans une impasse, le capitalisme a alourdi le fardeau du passé pesant comme un cauchemar dans les cerveaux des vivants. Parce que lui seul détient la perspective d’une société future, le prolétariat révolutionnaire n’a pas besoin de glorifier la culpabilité, l'esprit de sacrifice ou la mort.
Dombrovski (mars 2006)
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Les nouvelles générations, étudiants et lycéens, sont aujourd'hui attaquées massivement par le gouvernement Chirac/Villepin/ Sarkozy qui veut faire passer par la force et par la violence, le Contrat Première Embauche pour généraliser la précarité. Les étudiants et lycéens qui ont protesté sans violences dans les manifestations le 7 mars et encore le 14 mars ne se battent pas seulement pour eux-mêmes. Ils manifestent massivement pour l'avenir de TOUTE la société, pour toutes les générations, pour les chômeurs et les travailleurs précaires, pour donner une perspective aux jeunes des banlieues et leur permettre de surmonter le désespoir qui les a poussés dans une violence aveugle en novembre dernier. Ils luttent contre la décomposition du tissu social, contre la concurrence de tous contre tous, contre le "chacun pour soi" !
La seule réponse qu'ils ont reçue, c'est la répression de l'État policier de Monsieur Sarkozy ! "L'ordre républicain" que cet État est censé préserver, c'est le "désordre" d'une société qui condamne au chômage, à la précarité et au désespoir des masses croissantes de jeunes qui se décarcassent pour essayer d'avoir une vie décente. C'est l'ordre de l'intimidation et de la matraque ! C'est la provocation des bandes réactionnaires de l'extrême droite auxquelles apportent une contribution involontaire quelques petits groupes d'inconscients qui s'imaginent affaiblir l'État en bombardant les CRS, sous les caméras des médias aux ordres, de canettes de bière ou de barrières métalliques ! Un "ordre" qui trouve un soutien puissant dans la manipulation et le black-out organisés par les médias, notamment par la télévision. Un "ordre" que soutiennent aussi les syndicats de salariés qui refusent de dénoncer les mensonges et les manipulations du journal télévisé, qui refusent, malgré leurs déclarations officielles, de faire des tracts et d'appeler à des assemblées générales massives dans les entreprises pour dire la vérité aux salariés. En bloquant l'information, les syndicats veulent empêcher les travailleurs salariés d'apporter immédiatement leur solidarité active contre les attaques, contre la répression des enfants de la classe ouvrière !
Face au blocage et au sabotage de l'extension de la solidarité à tous les secteurs de la classe ouvrière, nous, travailleurs et militants de la classe ouvrière internationale, appelons tous les travailleurs à se mobiliser immédiatement pour défendre l'avenir de leurs enfants menacés par la misère et la barbarie du gouvernement et de tous ses complices !
La solidarité et le courage des étudiants et lycéens en lutte sont exemplaires. La liberté d'expression et la culture du débat qu'on voit dans les assemblées générales massives des étudiants, des décisions et des motions visant à élargir, approfondir et organiser le mouvement adoptées à main levée après discussion, l'élection de délégués responsables devant l'assemblée, c'est la véritable "démocratie", c'est-à-dire une prise en main directe et responsable par les étudiants de leur lutte ! Et cela n'a rien à voir avec ce qui nous est servi par la classe dominante : l'enfermement dans un isoloir à intervalles réguliers pour désigner lesquels de ses "spécialistes", les politiciens, vont aller au Parlement et autres institutions défendre ses privilèges contre les exploités. La mobilisation et les assemblées des étudiants nous montrent le chemin. Si les travailleurs salariés restent passifs, s'ils se laissent intimider, paralyser et intoxiquer par les médias aux ordres du gouvernement et tous leurs complices, ils laissent les mains libres à la classe dirigeante pour cogner encore plus fort sur leurs enfants !
Cet "ordre démocratique" imposé par la minorité qui dirige la société, la classe bourgeoise, c'est le désordre social et le déchaînement du chaos dans un pays situés au coeur de l'Europe "civilisée". C'est l'effondrement de la morale et de la civilisation humaine que la classe dirigeante, et totalement irresponsable, est en train de sacrifier sur l'autel de ses misérables privilèges dont la seule "logique" est celle du profit.
Les étudiants et lycéens les plus conscients n'occupent pas les facs pour "casser du flic" ou du "facho". Monsieur de Robien ment ! Ce ne sont pas les étudiants qui ont détruit leur outil de travail (les livres) ou saccagé le "monument historique" de la Sorbonne car ils savent trop bien qu'il appartient au patrimoine culturel de l'humanité !
Les étudiants ne sont ni des vandales ni des terroristes ! Les médias de la télévision mentent !
Nous dénonçons la duplicité et la lâcheté de tous les bloqueurs de la vérité, ces complices du gouvernement Chirac/Villepin/Sarkozy. Ce sont eux qui prennent en otage la parole des étudiants !
Nous dénonçons l'hypocrisie de ceux qui prétendent que le CPE est une "mesure sociale" pour les jeunes des banlieues. Après le bâton, ils utilisent maintenant la carotte pour tenter d'opposer les jeunes des cités aux étudiants et lycéens en lutte !
Nous dénonçons les appels aux pogroms des hommes politiques et des médias qui présentent les étudiants et lycéens en lutte comme des vandales, des excités, des irresponsables "manipulés" par de "dangereux extrémistes".
Nous appelons tous les travailleurs, ouvriers, précaires, chômeurs, retraités à engager immédiatement un mouvement de protestation générale contre cet "ordre" qui exploite, jette dans le chômage et la misère, réprime de plus en plus de travailleurs, particulièrement les plus jeunes, mais aussi les plus âgés.
Nous les appelons à faire entendre leur voix, à participer massivement et dans le calme à la manifestation du samedi 18 mars contre le travail précaire et le chômage, contre la répression, contre les atteintes au droit de grève. Le droit de grève, la liberté d'expression, sont des acquis des luttes de la classe ouvrière du 19e siècle.
Nous, travailleurs et militants du courant de la Gauche Communiste (qui a lutté contre la boucherie des deux guerres mondiales), nous appelons les travailleurs de tous les pays à témoigner leur solidarité avec les enfants de la classe exploitée victimes de la brutalité du gouvernement français et de tous ses complices !
Non aux blocage de la vérité ! Non à la liquidation des acquis des luttes de la clase ouvrière ! Non à la répression contre les étudiants et enfants de travailleurs !
Solidarité et unité de tous les salariés avec les étudiants, lycéens, chômeurs et travailleurs précaires sauvagement attaqués par Messieurs Villepin, Chirac et Sarkozy !
Les travailleurs militants et sympathisants des sections du Courant Communiste International (Allemagne, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Inde, Italie, Mexique, Pays-Bas, Suède, Suisse, Venezuela) appellent tous les travailleurs salariés de la "république française" à manifester tous unis, sans violence mais avec détermination, le samedi 18 mars, derrière une seule banderole unitaire pour le retrait du CPE, contre la précarité et les licenciements, contre l'escalade de la violence aveugle provoquée par Monsieur Sarkozy et ses amis !
Ils appellent les jeunes des banlieues à faire confiance à leurs camarades étudiants et lycéens. Les étudiants et lycéens les plus conscients savent que "la haine" aveugle ne mène nulle part. Les étudiants et lycéens ne luttent pas pour "venger" les émeutiers des banlieues mais pour leur offrir une perspective d'avenir, contre leur exclusion du système scolaire et du monde du travail.
Courant Communiste International (16 mars 2006)
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[13] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_edn3
[14] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_edn4
[15] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_edn5
[16] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_ednref1
[17] https://fr.internationalism.org/Rint124/GCI.htm
[18] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_ednref2
[19] https://fr.internationalism.org
[20] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_ednref3
[21] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_ednref4
[22] https://fr.internationalism.org/rint124/gci.htm
[23] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_gci-contre-la-lutte#_ednref5
[24] https://fr.internationalism.org/tag/recent-et-cours/mouvement-etudiant
[25] https://fr.internationalism.org/tag/courants-politiques/aventurisme-parasitisme-politiques
[26] https://fr.internationalism.org/tag/5/38/allemagne
[27] https://fr.internationalism.org/files/fr/Tract_CPE_No_2.pdf
[28] https://fr.internationalism.org/icconline/2006/ficci-novembre#sdfootnote1sym
[29] https://fr.internationalism.org/rint125/france-etudiants
[30] https://fr.internationalism.org/icconline/2006_ficci-crs
[31] https://fr.internationalism.org/icconline/2006/ficci-novembre#sdfootnote2sym
[32] https://fr.internationalism.org/icconline/2006/ficci-novembre#sdfootnote1anc
[33] https://fr.internationalism.org/french/rint/114_xv_congress.html
[34] https://fr.internationalism.org/ri330/ficci.html
[35] https://fr.internationalism.org/content/defense-lorganisation-des-menaces-mort-contre-des-militants-du-cci
[36] https://fr.internationalism.org/icconline/2006/ficci-novembre#sdfootnote2anc
[37] https://fr.internationalism.org/tag/courants-politiques/ficci-gigcigcl
[38] https://fr.internationalism.org/cci2006/moyen_orient.htm#_ftn1
[39] https://fr.internationalism.org/cci2006/moyen_orient.htm#_ftnref1
[40] https://fr.internationalism.org/tag/5/56/moyen-orient
[41] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftn1
[42] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftn2
[43] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftn3
[44] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftn4
[45] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftn5
[46] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftnref1
[47] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftnref2
[48] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftnref3
[49] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftnref4
[50] https://fr.internationalism.org/icconline/oaxaca_amerique_latine.htm#_ftnref5
[51] https://fr.internationalism.org/tag/5/53/mexique
[52] https://fr.internationalism.org/files/fr/Tract_CPE_Lille.pdf
[53] https://fr.internationalism.org/tag/5/44/irlande
[54] https://fr.internationalism.org/tag/heritage-gauche-communiste/question-nationale
[55] https://fr.internationalism.org/files/fr/20030316-Tract-CPE-3.pdf