Près de sept ans après le suicide en prison du prédateur sexuel et pédophile, Jeffrey Epstein, et la découverte d’un très vaste réseau international de trafic sexuel, les archives et photos tirées d’un épais dossier, dont seulement une partie a été rendue publique, ne cessent d’alimenter les Unes des médias. Ce scandale nauséabond implique directement deux présidents américains, Donald Trump et Bill Clinton, mais aussi un nombre impressionnant de personnalités politiques de tous bords, compromises dans le monde entier, allant du Prince Andrew jusqu’à des ministres de plusieurs puissances européennes ou des célébrités du monde de la finance comme du spectacle, sans compter le patron du Forum de Davos, le président du CIO, des promoteurs, hommes d’affaires, avocats, tous impliqués jusqu’à la moëlle. Les ramifications très sophistiquées et méthodiquement organisées de «soirées privées», le financement faramineux et les complicités des plus hautes sphères de la classe dominante ont choqué la planète entière.
On voudrait nous faire croire que toute cette horreur n’est que le fait d’un pervers mégalomane et narcissique. Mais cette situation de dépravation et d’utilisation de sa position sociale pour exercer des chantages sexuels ne correspond nullement à un phénomène isolé. Il vient au contraire illustrer une pratique très largement répandue au sein de la classe dominante. Il suffit de rappeler quelques exemples notoires de ces dernières années : les soirées «bunga bunga» organisées par l’ex-premier ministre italien Silvio Berlusconi, en même temps patron d’une chaîne de télévision et grand homme d’affaires, s’assurant le service régulier de call girls dans les années 1990 ; l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, à l´époque président en exercice du Fonds Monétaire International et grand favori des élections présidentielles en France de 2012, qui avait tenté d’abuser d’une femme de chambre dans un hôtel de New York et qui a été ensuite mis en accusation par beaucoup d’autres femmes pour des comportements similaires[1] ; ou encore l’ex-président-colonel Khadafi dont une journaliste, Mémona Hintermann, avait témoigné qu’il avait cherché à la violer lors d’un séjour en Libye en 1984 en échange d’une interview.
De fait, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, les femmes ont toujours été exploitées comme objets sexuels ou d’échange. Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État ou August Bebel dans La Femme et le socialisme ont clairement montré et dénoncé les rapports d’exploitation des femmes par les hommes dans toutes les sociétés de classe marquées par la domination patriarcale. Mais, avec l’entrée en décadence des modes de production et d’exploitation successifs, les superstructures idéologiques ont tendu à se déliter davantage et ont poussé les classes dominantes en déclin à des comportements encore plus «déviants» et malsains.
Cela s’est notamment vérifié avec le déclin de l’aristocratie anglaise au XVIIIe siècle. Son libertinage et sa dépravation sont un thème récurrent du peintre William Hogarth. En France, à la même époque, notamment sous la Régence cynique de Philippe II de Bourbon, entre 1715 et 1723, le relâchement des mœurs et le succès des «fêtes galantes» au Palais-Royal témoignent du même phénomène. Ce phénomène devait d’ailleurs perdurer sous Louis XV et ses favorites, anciennes courtisanes anoblies et sous une forme plus discrète avec la vogue des «salons littéraires et artistiques».
Toutefois, dans le capitalisme, l’exploitation des femmes prend une dimension nouvelle avec la marchandisation du corps féminin, sorte de deuxième «défaite historique du sexe féminin»[2], symbolisée par «l’âge d’or des maisons closes» au XIXe siècle et sa généralisation de la prostitution «au service» des armées en exercice. Même si le capitalisme a atténué, en partie, la division sexuelle du travail à l’origine des sociétés de classes en intégrant les ouvrières dans le procès de production, il maintient fondamentalement le cadre de la soumission forcée des femmes aux hommes, en particulier à travers le mariage et son isolement dans la famille étroite, résumé dans la formule de Flora Tristan, reprise par Marx et Engels : «la femme est le prolétaire de l´homme».
Bebel en particulier a dénoncé avec virulence toute l’hypocrisie de la société bourgeoisie dans la période ascendante du capitalisme, en particulier dans les grandes familles bourgeoises : «Dans le mariage, la femme est achetée et devient la propriété légale du mari. […] Si le mariage représente l’un des côtés de la vie sexuelle du monde bourgeois, la prostitution en représente l’autre. Le premier est la face de la médaille, la seconde en est le revers»[3]. De fait, les rapports capitalistes non seulement perpétuent mais accentuent le rôle de la femme en objet sexuel, qui devient réellement la propriété privée de l’homme au point d’être réduite à une fonction d’outil au service du désir et des pulsions masculines. Les femmes prolétaires, en particulier, et notamment dans le cadre de leur exploitation au travail, sont forcées, sous la menace constante de la mise au chômage et d’être réduites à la misère et la pauvreté, à s’abaisser à subir toutes les humiliations.
Bien sûr, la prostitution, le viol et la pédophilie ont «toujours existé». Mais cette exploitation prend une forme encore plus extrême, abjecte et massive avec l’enfoncement du système capitaliste dans sa crise historique. La prostitution a désormais pris une ampleur industrielle inimaginable, tout comme l’exploitation des femmes et des enfants dans la pornographie. Les réseaux d’esclavage sexuel ultra-violents ont explosé en tirant profit de la misère croissante et de l’isolement de jeunes filles. La pornographie, de plus en plus ignoble et cruelle, s’est largement banalisée, y compris chez les plus jeunes. On estime qu’une femme sur huit a aujourd’hui subi un viol ou une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans, en grande majorité dans le cadre familial et dans les contextes de guerre où la statistique s’envole à une femme sur quatre ! Ce musée des horreurs est interminable. Alors que la bourgeoisie n’a plus aucune perspective à offrir que la guerre, la misère et le chaos généralisé, le pourrissement sur pieds de toutes ses structures sociales à des effets considérables, y compris sur le plan moral : «toutes ces manifestations de la putréfaction sociale qui aujourd'hui, à une échelle inconnue dans l'histoire, envahissent tous les pores de la société humaine, ne savent exprimer qu'une chose: non seulement la dislocation de la société bourgeoise, mais encore l'anéantissement de tout principe de vie collective au sein d'une société qui se trouve privée du moindre projet, de la moindre perspective, même à court terme, même la plus illusoire»[4].
Si ce phénomène touche toutes les couches de la société, il prend des formes extrêmes parmi la bourgeoisie pour qui l’accès à ces pratiques est largement facilité par la position dominante de ses membres. Ainsi, toutes les formes de corruptions croissent et prospèrent au sein de la bourgeoisie, notamment dans l’appareil politique, comme le déferlement de scandales dans la plupart des pays, à un niveau et avec une ampleur inégalée auparavant. À l’image de la gangstérisation croissante des appareils politiques et économiques, gangrenés par la corruption et les liens avec les milieux mafieux, Epstein, individu dépourvues de tout scrupule et formé dans les coulisses de la bourse de Wall Street, n’a cessé d’exercer des rapports de force, de chantage, de menaces et d’intimidation, tant de ses richissimes «clients» ou «protecteurs» sur lesquels il exerçait un chantage permanent en accumulant les dossiers, que vis-à-vis de ses victimes, soigneusement ciblées et choisies parmi les plus fragiles ou vulnérables, venant de milieux socialement défavorisés ou ayant connu une ambiance familiale difficile (drogues, alcoolisme, prostitution, abus sexuels…).
Ce n’est pas un hasard si Trump, fer de lance du populisme, lui-même en lien avec les milieux mafieux, a été un complice d’Epstein : «De nombreuses femmes ont déjà affirmé que Trump les avait violées lors de divers événements ou concours de beauté. On sait également que Trump a payé pour faire taire les deux femmes qui l'accusaient d’avoir eu des relations illicites avec lui, la star du porno Stormy Daniels et l’ancienne playmate de Playboy Karen McDougall. [...] Bien connue est aussi son association avec Epstein, qui a été accusé de viol, d’abus et, surtout, de trafic international d’enfants. Il apparaît avec Trump sur des dizaines de photos. Enfin Trump a également été reconnu coupable de trente-quatre chefs d’accusation de falsification de documents commerciaux, qui ont été révélés lors de l’enquête sur les paiements versés à Stormy Daniels».[5]
Mais pourquoi tant de publicité est-elle consacrée à cette affaire dans les médias ? Il y a bien entendu une exploitation idéologique de cette campagne médiatique. Il existe une dimension de règlement de compte entre factions bourgeoises rivales : les uns pour discréditer la politique «autoritaire, dictatoriale, fasciste» de Trump et tenter de le destituer ; les autres, dans le camp MAGA, pour alimenter leurs thèses délirantes sur un vaste complot fomenté par des «élites»… Mais il s’agit aussi d’alimenter une campagne pour la défense de la «démocratie menacée» polarisée sur la fausse opposition entre populisme et anti-populisme. C’est, d’une part, un piège dangereux tendu à la classe ouvrière pour la détourner de ses luttes. En même temps, cette campagne sert à détourner l’attention de l’enfoncement inexorable du capitalisme dans la barbarie : l’horreur de l’exploitation du corps des femmes et des enfants se réduirait à un individu, Epstein, et pourrait trouver sa solution dans «plus de démocratie», plus de «transparence», plus de «justice». En focalisant l’attention sur des individus, la bourgeoisie cherche à dissimuler que derrière ces ignobles personnages, le véritable responsable, c’est la société capitaliste pourrissante. Elle cherche ainsi à empêcher la prise de conscience que pour mettre fin à toutes ces horreurs, il faut en finir avec ce système.
Wim, 28 février 2026
[1]Cf. «Affaire DSK : la bourgeoisie est une classe de pourris [1]«, Révolution Internationale n° 424, (juillet/août 2011).
[2] Engels décrit le renversement du droit maternel au néolithique comme la «défaite historique du sexe féminin».
[3]Bebel, La femme et le socialisme, «La femme dans le présent».
[4] «THESES : la décomposition, phase ultime de la décadence capitaliste [2]« (mai 1990).
[5] « Comment expliquer le chaos de la politique bourgeoise ?», Revue Internationale n° 174.
Nous publions une lettre d’un jeune sympathisant en Suède qui nous a demandé comment le CCI analyse les récentes manifestations contre les expulsions dans ce pays. Nous partageons entièrement son point de vue : tout en reconnaissant la colère légitime qui pousse les gens à manifester contre les politiques d’immigration de plus en plus brutales adoptées par tous les États, cette colère, que ce soit en Suède, aux États-Unis ou ailleurs, est canalisée vers le terrain bourgeois de la « défense de la démocratie » ou des « droits de l’homme ».
Nous partageons également la critique formulée par ce camarade à l’égard de l’illusion, entretenue par le sympathisant de la Tendance communiste internationale (TCI), une organisation de la Gauche communiste, mentionné dans la lettre, selon laquelle ces manifestations pourraient d’une manière ou d’une autre être transformées en véritables mouvements de la classe ouvrière. Nous avons d’ailleurs récemment publié plusieurs articles montrant que cette illusion est propagée par la TCI elle-même.[1]
Je me demande comment le CCI perçoit les manifestations contre les fameuses « expulsions d’adolescents » qui ont lieu actuellement en Suède. J’ai vu les informations à ce sujet et je pense que toute personne honnête s’accorde à dire que les expulsions de familles avec enfants sont épouvantables. Mais certains groupes de gauche ont qualifié ces manifestations de « populaires » ou d’« autodéfense de la classe ouvrière », des idées que je considère comme erronées et nuisibles. Je crois que l’analyse du CCI concernant les manifestations contre l’ICE[2] s’applique également à notre équivalent en Suède. Le CCI a écrit que « les protestations contre l’ICE, aujourd’hui, ne sont pas une lutte de classe contre les attaques de l’État capitaliste envers les travailleurs immigrés, mais une campagne pour la légalité bourgeoise et la restriction par le Droit de la brutalisation des travailleurs immigrés ».
En Suède, nous observons un phénomène similaire aux problèmes posés par les manifestations américaines. Les gens manifestent pour une « politique d’accueil digne » et pour défendre les droits humains, en arguant que les immigrés qui contribuent à la société ne devraient pas être expulsés. En d’autres termes, ce mouvement de protestation ne critique pas réellement l’expulsion des travailleurs, mais seulement ces expulsions particulièrement ignobles de familles avec enfants. Le message des manifestations légitime également l’État bourgeois et ses « droits de l’homme » en critiquant les expulsions au motif qu’elles violent le droit international, mais pas parce que les expulsions dans leur ensemble sont contraires aux intérêts de la classe ouvrière. Lorsque des expulsions ont eu lieu sous les sociaux-démocrates et au début du mandat du gouvernement Tydo, nous n’avons pas vu de manifestations similaires ; ces manifestations n’ont donc aucun lien avec une critique générale de l’expulsion des travailleurs. On ne peut donc pas dire que ces manifestations aient été façonnées par la classe ouvrière, pour la défense de la classe ouvrière. Défendre les immigrés au motif que « leur travail contribue à la société » ne sert qu’à glorifier la position de la classe ouvrière en tant que classe exploitée. D’ailleurs, une telle pensée renforce également les barrières nationales, puisque les travailleurs suédois ne semblent pas devoir satisfaire aux mêmes exigences que les autres. Les communistes ne peuvent donc pas prendre position en faveur des manifestations, ni aux États-Unis ni en Suède, car celles-ci promeuvent des idées que les organisations communistes ne peuvent légitimer. Encourager les manifestations revient à faire le jeu de la bourgeoisie. D’ailleurs, tous les partis représentés au Parlement s’accordent à dire qu’il faut agir pour contrer les expulsions d’adolescents, en particulier les rouges-verts, de sorte que le mouvement de protestation revêt un caractère indéniablement bourgeois.
Malheureusement, tous les soi-disant communistes/socialistes semblent prendre position en faveur des manifestations.
Socialist Alternative[3] a pris part aux manifestations, limitant sa rhétorique à des slogans tels que « Arrêtez les expulsions, rétablissez le droit d’asile, le droit au regroupement familial, ainsi que les permis de séjour permanents et la citoyenneté pour tous ceux qui le souhaitent » ou « Investissez dans le bien-être social, pas dans l’armée. Lutte contre le bellicisme et le nationalisme diviseur », des revendications qui s’inscrivent entièrement dans le cadre du capitalisme.
Lorsque j’ai discuté avec une personne de mon âge qui sympathise avec la TCI, il a reconnu que les manifestations ne remettaient bien sûr pas en cause la légitimité de l’État bourgeois, mais que les manifestants luttaient néanmoins sur une « base de classe ». Comme je l’ai dit, j’ai du mal à considérer cela comme une vérité, étant donné que les objectifs généraux du mouvement de protestation sont soit un changement de gouvernement, soit une politique d’asile plus « éthique » (qui défend tout de même les expulsions !).
Bien sûr, il est possible de convaincre des travailleurs individuels qui participent à ce type de manifestations, mais ce qui n’est pas possible, c’est que les travailleurs prennent le contrôle du mouvement de protestation lui-même. Tout comme la classe ouvrière ne peut pas simplement prendre le contrôle de l’État bourgeois sous sa forme actuelle, les travailleurs ne peuvent pas non plus conquérir les mouvements de protestation bourgeois.
[1] Voir par exemple « Tomber dans le piège de la lutte pour la démocratie bourgeoise contre le populisme [16] », Revue Internationale n° 174.
[2] La police de l’immigration aux Etats-Unis. Cf. « Aux États-Unis aussi, la putréfaction du capitalisme mondial s’accélère », publié sur le site web du CCI. (NdT).
[3] Une organisation de la gauche du Capital aux États-Unis.
En réponse à l'escalade de la guerre au Moyen-Orient, le CCI a publié un nouvel article sur son site web (Le capitalisme, c'est la guerre ! Il faut renverser le capitalisme! [22]) et organise une réunion publique en ligne en français avec les buts suivants :
· Définir la position internationaliste contre tous ceux qui soutiennent l'un ou l'autre camp dans ce carnage inter-impérialiste
· Analyser l'évolution du capitalisme mondial et l'« avenir » catastrophique qu'il réserve à l'humanité
· Discuter des défis auxquels est confrontée la classe ouvrière, qui doit faire face à l'accélération de la guerre et du chaos.
Veuillez écrire à [email protected] [23] si vous souhaitez y participer
La réunion se tiendra en français. Le CCI organisera des réunions séparées, physiques et en ligne, dans plusieurs autres pays et langues. Veuillez consulter notre site web pour plus de détails (www.internationalism.org [24])
Les réunions publiques physiques en français se tiendront dans les villes suivantes :
Paris. 15H – 18H CICP. 21 ter rue Voltaire. Métro rue des boulets
Marseille. 15H- 18H. La Combinerie: 28 bd National 13001 Marseille
Lyon. 14H30 – 17H30 : 22 rue Alfred de Musset,(ni au 22A et 22B) 69100 Villeurbanne. Metro A. Descendre a Vaulx en Velin la soie
Lille 15H -18H MRES 5 rue Jules de Vicq. Metro Fives
Nantes : 15h-18h : Pôle associatif Félix Thomas, salle E, 39 rue Félix Thomas, 44000 NANTES - Tramway ligne 2 vers Orvault-Grand Val, arrêt Saint-Félix
Bruxelles. 14h 18h Pianofabriek- rue du Fort 35, St Gilles 1060-Bruxelles
Toulouse. 15H -18H : La chapelle, 36 rue Danielle Casanova, Toulouse
Les camarades qui ne peuvent se rendre dans les réunions organisées dans ces villes nous préviennent en nous envoyant un mail à cette adresse : https://fr.internationalism.org/ [25], un lien leur sera envoyé pour participation à une réunion en ligne.
Le matraquage médiatique et politique massif autour de la mort, le 14 février à Lyon, d’un jeune activiste d’extrême-droite, Quentin Deranque, à la suite des coups portés par des militants antifascistes, met de nouveau à l'ordre du jour l'utilisation par tous les secteurs politiques de la bourgeoisie de l'antagonisme entre fascisme et antifascisme.
Du côté de l'extrême droite, ce drame a été l'occasion d'une campagne massive de victimisation, une sorte de "preuve concrète et significative de la nocivité" de l'extrême-gauche dont seraient victimes les "patriotes" et "adeptes d'une vraie foi chrétienne". Ce secteur politique se présente aujourd'hui comme "pacifique", "non violent", tout en exhibant des portraits du jeune Quentin qui le font apparaître comme un "gentil garçon". Évidemment, on est très loin de la vérité : à 23 ans, Deranque avait déjà un pédigrée bien chargé. Ainsi, après un passage par l'Action Française, un groupe royaliste et antisémite, il a fondé un petit groupe à l'idéologie fasciste bien affirmée, Allobroges Bourgoins. Par ailleurs, c'était un ami proche d'un élément, Vincent Claudin, qui, sous les pseudos de JosephAntoine et PrimeDeRiviere (référence à José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange fasciste espagnole) a publié sur X, entre 2021 et 2026, 4 400 messages au contenu raciste, antisémite, homophobe et pro-Hitler. Par ailleurs, différentes études universitaires sérieuses ont mis en évidence que la violence physique mise en œuvre par les groupes d'extrême-droite est entre dix fois et vingt fois plus meurtrière que celle des groupes d'extrême-gauche (49 morts contre 5 entre 1986 et 2026 en France, 326 contre 17 entre 2015 et 2024 aux États-Unis).
Il faut noter que ce discours victimaire de l'extrême droite ne s'est pas seulement développé à l'intérieur des frontières de la France mais qu'il a acquis une dimension internationale. C'est ainsi que la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a écrit sur les réseaux sociaux que le meurtre de Deranque était "une blessure pour toute l'Europe". Quant à l'Administration des États-Unis, elle n'a pas voulu être en reste : l'ambassade américaine en France et le bureau de lutte contre le terrorisme du Département d'État américain ont annoncé qu'ils surveillaient la situation, car "le radicalisme violent de gauche est en hausse". Évidemment, ces déclarations n'ont rien de surprenant de la part de Meloni, une politicienne qui a fait ses classes au sein du Mouvement social italien, parti politique fondé en 1946 et se réclamant ouvertement de la tradition fasciste mussolinienne. De même, l'attitude des autorités américaines est dans la droite ligne du soutien ouvert et revendiqué de Trump et de ses amis aux forces politiques populistes d'extrême droite en Europe. Face à ces déclarations, le gouvernement français a réagi. À Meloni, le Président Macron a répondu : "Je suis toujours frappé de voir à quel point les personnes qui sont nationalistes, qui ne veulent pas être dérangées dans leur propre pays, sont toujours les premières à commenter ce qui se passe dans d'autres pays." (Déclaration faite en Anglais : "I’m always struck by how people who are nationalists, who don’t want to be bothered in their own country, are always the first ones to comment on what’s happening in other countries.") Quant aux semonces américaines, elles ont provoqué la convocation par le Ministre des Affaires étrangères français de l'ambassadeur des États-Unis à Paris (père du gendre de Trump) qui lui a fait un pied de nez en refusant d'obtempérer (contrairement aux usages diplomatiques).
Cela dit, cette réaction des autorités françaises sur le mode "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés" ne les pas empêchées de rependre à leur compte la dénonciation des "violences d'extrême-gauche". C'est ainsi que Gérald Darmanin, Ministre de la Justice de Macron, a déclaré, avant même qu'il y ait une enquête, que : "C’est l’ultragauche qui manifestement a tué. Aujourd’hui, c’est l’ultragauche qui a tué, c’est incontestable. (…) Les discours politiques violents mènent malheureusement à une violence très débridée sur les réseaux sociaux et dans le monde physique." Et il a accusé La France insoumise, le parti de Mélenchon, de "complaisance pour la violence politique".
En fait, nous avons ici une illustration de la politique mise en œuvre par les secteurs centraux de la classe bourgeoise : en soulignant les liens, réels, avec LFI des agresseurs de Deranque, lesquels appartiennent au groupe "Jeune Garde antifasciste", il s'agit de discréditer le plus possible Mélenchon (dont la Jeune Garde constitue le service d'ordre). Cette politique ne signifie nullement que Mélenchon soit un ennemi du système capitaliste (il a d'ailleurs été ministre sous Mitterrand et s'il parle de "révolution", il ajoute "citoyenne", c'est-à-dire qu'il la conçoit à l'intérieur des institutions bourgeoises). Mais, à l'heure actuelle, il est préférable pour la classe dominante de disposer d'une opposition de gauche combative, chargée de dévoyer la colère des exploités vers des impasses, plutôt que d'une gauche chargée de gérer les affaires du capitalisme (comme l'avait fait, par exemple, la "Gauche plurielle" du temps du gouvernement Jospin entre 1997 et 2002).
Cela dit, les messages de la grande majorité des partis bourgeois contre la "violence de l'extrême Gauche" n'ont pas seulement une vocation politicienne immédiate. Derrière la mise sur un même pied de la violence déployée par l'extrême-droite et celle de l'extrême-gauche, il y a une préparation idéologique en vue des futurs combats prolétariens. Dans ces combats, la classe ouvrière ne pourra pas faire l'économie de l'emploi de la violence. Sur un plan historique, l'acte de renversement du capitalisme, la révolution prolétarienne mondiale, sera nécessairement violent et armé face à une classe bourgeoise qui, comme déjà par le passé (pensons par exemple à la répression de la Commune de Paris en 1871), n'hésitera pas à déchaîner la violence la plus féroce et les pires massacres pour conserver son pouvoir. Mais même dans des luttes ouvrières défensives au sein du capitalisme, les prolétaires ne pourront s'éviter de faire appel à une violence de classe face à la répression policière ou aux attaques des milices à la solde des exploiteurs. Ils seront alors confrontés aux discours "démocratiques" qui s'empresseront de dénoncer les "violences de tous les côtés", de préférence lorsque ces violences seront le fait des exploités.
En outre, les organisations communistes qui défendront au sein de la classe ouvrière la perspective de la révolution mondiale, seront classées comme "organisations violentes", voire "terroristes" pour justifier la répression, l'emprisonnement et l'assassinat de leurs militants. Dès aujourd'hui, l'intransigeance des positions de la Gauche communiste, le refus par ce courant, dont fait partie le CCI, de tout compromis avec les formations bourgeoises ou de "soutien critique" de celles-ci sont dénoncées comme "preuve" de l'appartenance des véritables organisations révolutionnaires à cette "ultra gauche violente" dont fait partie, entre autres, la Jeune Garde. Les militants communistes n'ont rien à voir avec les braillards adeptes de la "castagne" que recrutent les groupes "anti-fa".
Cela dit, la menace probablement la plus dangereuse pour la classe ouvrière ne vient pas de ces discours mais bien du discours opposé, le discours antifasciste. L'histoire a fait la preuve en de nombreuses reprises que l'antifascisme est un poison mortel pour le prolétariat. Que les prolétaires se défendent contre des hordes fascistes, des hordes qui se basent sur les idéologies et les pratiques les plus répugnantes, xénophobes, racistes, suprématistes et haineuses envers la classe ouvrière, c'est tout à fait normal. Un des exemples d'une telle attitude est celle des prolétaires d'Italie, avec le soutien du Parti communiste, au début des années 1920[1]. Mais cette défense des bastions prolétariens (à l'époque il s'agissait notamment des Bourses du travail et des journaux ouvriers) contre les attaques des bandes mussoliniennes se basait fondamentalement sur la solidarité et la mobilisation du prolétariat pour la défense de ses intérêts de classe sans compromis aucun avec des forces de la bourgeoisie. En effet, le Parti communiste d'Italie (dirigé à l'époque par la Gauche de Bordiga) était bien conscient du danger que le combat contre cette lie de la société qu'est le fascisme fasse appel à une alliance de tous les "antifascistes", de tous les secteurs "démocratiques", une alliance qui conduit inévitablement le prolétariat à abandonner son terrain de classe pour aller sur celui de la bourgeoisie. Les exemples d'un tel désastre pour la classe ouvrière sont nombreux mais la période qui a précédé la Deuxième Guerre mondiale est sans conteste la plus significative. La Guerre d'Espagne de 1936 à 1939 a vu l'organisation la plus combattive du prolétariat de ce pays, la Confédération nationale du Travail anarchosyndicaliste (CNT), faire alliance avec les autres organisations antifascistes (socialistes, radicaux, staliniens, etc.) y compris en participant au Gouvernement de la République bourgeoise, et cela au détriment des intérêts de la classe ouvrière qui a été mobilisée comme chair à canon en défense de cette République laquelle, en mai 1937, sous la direction des staliniens, s'est livrée au massacre des ouvriers de Barcelone insurgés que les ministres anarchistes ont appelés à déposer les armes. Et ce n'était là qu'un premier pas vers une tragédie bien plus considérable, la Deuxième Guerre mondiale, dans laquelle ont été embrigadés par dizaines de millions les exploités des pays "démocratiques" au nom du même antifascisme. Et le pire de cette tragédie, c'est qu'elle n'a pu déboucher sur une nouvelle vague révolutionnaire comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale, et cela, en grande partie, grâce à l’idéologie démocratique antifasciste puisque la défaite du "camp fasciste" a été présentée comme une "victoire" pour les prolétaires, avec notamment la contribution éminente des partis staliniens dans des pays comme la France et l'Italie.
Aujourd'hui, Mélenchon et La France insoumise, qui prennent le risque de perdre des voix aux prochaines élections en continuant à apporter leur soutien à la Jeune Garde antifasciste, ont comme principal objectif de se présenter comme les "antifascistes" les plus déterminés et combatifs face à la montée de l'extrême-droite du Rassemblement national de Le Pen et Bardella. Et, en cas de victoire de ce parti aux prochaines présidentielles, LFI vise à prendre la place de principal parti d'opposition. Quant aux groupes comme la Jeune Garde qui basent leur idéologie sur l'antifascisme, ils ne peuvent que servir les intérêts de la bourgeoisie, et cela même si leurs membres s'imaginent être des combattants de la révolution. La polarisation sur le "danger fasciste", la volonté d'en découdre avec les groupes d'extrême droite, le désir de "casser du facho" (qui fait écho au désir de "casser du gaucho" des nervis fascistoïdes) constituent en réalité un dévoiement du véritable combat du prolétariat, d'un prolétariat qui doit être conscient que ses ennemis principaux ne sont pas les secteurs de la droite et de l'extrême-droite qui affichent ouvertement leur vocation anti-ouvrière. L'ennemi principal de la classe ouvrière ce sont les secteurs "démocratiques" dont la vocation est d'endormir les prolétaires pour qu'ils acceptent les sacrifices exigés par la bourgeoisie, de les désarmer quand ils engagent le combat contre les attaques capitalistes avant de les livrer à la répression des forces armées de l'État capitaliste. Et dans une telle situation, les exemples ne manquent pas d'une collaboration étroite entre les partis "démocratiques", notamment de "gauche", et les bandes de nervis d'extrême droite comme ce fut le cas lors de la révolution en Allemagne en 1919 où le gouvernement social-démocrate fit appel aux "corps francs", futures troupes de choc du nazisme, pour assassiner les prolétaires et les militants communistes, notamment ces deux figures lumineuses de la révolution que furent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.
Aujourd'hui, la véritable préparation du prolétariat aux futurs affrontements révolutionnaires ne passe pas par la constitution de groupes ou de partis "antifascistes". Ces groupes, parmi lesquels il faut compter aussi tous ceux de la mouvance trotskiste, n'ont d'autre utilité que de dévoyer les luttes du prolétariat vers des impasses et, finalement, à la paralysie face à la répression. La seule préparation réelle aux combats révolutionnaires n'est pas d'ordre militaire comme se l'imaginent beaucoup de jeunes séduits par le radicalisme héroïque de ces groupes mais d'ordre politique. C'est la préparation mise en avant patiemment par la Gauche communiste : la dénonciation des pièges tendus par tous les secteurs politiques de la bourgeoisie, la nécessité pour le prolétariat de tous les pays de conserver en toutes circonstances son indépendance de classe, le développement de sa conscience et de sa solidarité internationaliste.
FM
"… pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours." (Auguste Blanqui, "Le toast de Londres", 25 février 1851)
[1] Voir par exemple à ce sujet l'étude intitulée "Le Parti Communiste d’Italie face à l’offensive fasciste (1921–1924) [30]" publiée par la revue Programme Communiste (organe du courant "bordiguiste" de la Gauche communiste). Ce document cite notamment un dirigeant bordiguiste pour qui "le pire produit du fascisme a été l’antifascisme".
« Ce régime apprendra bientôt que personne ne doit défier la puissance et les forces armées des États-Unis ». Tels étaient les propos de Trump quelques minutes après les premiers bombardements massifs de l’Iran par l’aviation israélienne et américaine. S’en est suivie une riposte tous azimuts des gardiens de la révolution qui ont à leur tour lancé des salves de missiles vers Israël et les bases américaines dans toute la région. Écoles, hôpitaux, ports et aéroports, zones résidentielles et touristiques, les missiles pleuvent de toutes parts sur des populations terrorisées. C’est tout le Moyen-Orient qui s’embrase ! À l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan des victimes est encore inconnu mais les morts s’amoncellent dans de nombreuses villes iraniennes et plusieurs victimes sont à déplorer dans les localités visées par les gardiens de la révolution, dont les premiers soldats américains.
Trump, pour justifier ce nouveau massacre, prétend chercher à détruire un régime sanguinaire qui « mène une campagne ininterrompue d’effusion de sang et de meurtres de masse, visant les États-Unis, nos soldats et des innocents dans de très nombreux pays ». Quant à son comparse, Nétanyahou, il affirme vouloir carrément protéger « l’humanité » de « ce régime terroriste et meurtrier ». Ce serait même une « intervention humanitaire », d’après le fils du Shah, Reza Pahlavi !
De leur côté, les autorités iraniennes se posent en victimes : « le moment est venu de défendre la patrie et de faire face à l’agression militaire de l’ennemi. De même que nous étions prêts à négocier, nous sommes plus prêts que jamais à défendre notre pays ».
À entendre tous ces bonimenteurs, leurs tapis de bombes seraient motivés par la sécurité du monde et la défense des opprimés ! Cette propagande de guerre n’est qu’un abominable tissu de mensonges ! La réalité, c’est que le Moyen-Orient plonge dans un chaos guerrier d’une ampleur inédite. Et cela, huit mois à peine après l’opération Midnight Hammer déjà censée « anéantir » le programme nucléaire iranien et imposer par la force la « paix » et la stabilité dans la région.
Mais cette nouvelle opération militaire, baptisée du terrifiant sobriquet d’Epic Fury, est d’une toute autre ampleur que celle de juin 2025. Les États-Unis ont accumulé une véritable armada autour de l’Iran : des navires de guerre, des sous-marins, des centaines d’avions et des milliers de soldats. C’est un véritable massacre qui commence. Trump et Nétanyahou le savent parfaitement et ont immédiatement affiché la couleur : leur opération sera massive et particulièrement meurtrière. Pour le président américain, « nous allons détruire leurs missiles et réduire à néant leur industrie de missiles. Elle sera totalement anéantie. Nous allons anéantir leur marine. […] Et nous veillerons à ce que l’Iran n’obtienne pas d’arme nucléaire ». Avant d’appeler le « grand et fier peuple d’Iran » à « prendre en main [son] destin ». Autrement dit : à prendre les armes contre le régime et à se faire massacrer dans les rues !
En face, l’État iranien menace les États-Unis et Israël d’une « riposte écrasante ». Les missiles pleuvent par milliers mais la dictature de Téhéran peine à contrer la toute-puissance américaine. Le régime a été considérablement affaibli par les bombardements de juin 2025 et la destruction de ses alliés du Hezbollah et du Hamas. La seule réponse que Téhéran a pu apporter à la crise déclenchée par l’opération Midnight Hammer a consisté en une féroce répression de l’opposition. Mais que le régime s’effondre ou parvienne, malgré la mort de son « guide » Khamenei, à se maintenir, il fera couler le sang sans vergogne pour sa survie et n’hésitera pas à exporter la guerre. Car faute de pouvoir répliquer frontalement, l’État iranien a déjà activé ses milices et ses groupes armés, prêts à semer le chaos partout où cela sera possible, y compris par l’arme du terrorisme.
Dans les jours qui viennent, Trump ne manquera pas de fanfaronner et de vanter la toute-puissance de l’US Army. Au niveau mondial, ce nouveau conflit va sans aucun doute affaiblir les principaux adversaires des États-Unis. Au premier rang desquels la Chine qui, tributaire du pétrole iranien et d’un accès aux ports du Moyen-Orient pour développer ses nouvelles routes de la soie, a largement réapprovisionné le stock de missiles des gardiens de la révolution. L’ampleur de l’opération Epic Fury est, à ce titre, un nouveau message adressé aux ennemis de l’Amérique : « personne ne doit défier la puissance et les forces armées des États-Unis » !
Mais, comme après l’opération de 2025, comme après celle au Venezuela, cette nouvelle démonstration de force n’est qu’un coup d’éclat, une victoire en trompe-l’œil qui ne va ni stabiliser la région, ni résoudre aucun conflit. Au contraire, le désordre mondial va franchir un nouveau palier dans la barbarie ! Car contrairement à ce qu’affirme Trump, l’hypothétique effondrement du régime, loin d’apporter la stabilité, ne sera que le prélude à une nouvelle plongée dans l’horreur : un Iran instable et morcelé par des factions rivales et surarmées, l’éclosion de groupes terroristes incontrôlables, une spirale sans fin de vengeances claniques, religieuses ou ethniques, des populations terrorisées cherchant par tous les moyens à s’enfuir… Quoi qu’il arrive, le chaos va s’accroître considérablement !
En menaçant le verrou économique et pétrolier du détroit d’Ormuz, l’Iran menace aussi l’économie mondiale d’une crise plus profonde. C’est la raison pour laquelle Téhéran a aussitôt ciblé la zone. Nul doute que ses complices Houthistes feront tout leur possible pour mettre la Mer rouge et le Golfe d’Aden en état d’alerte permanent.
Tous les États, qu’ils soient petits ou grands, tentent déjà d’exploiter le chaos ambiant au profit de leurs sordides intérêts impérialistes. L’Arabie saoudite se dit prête à intervenir, tout comme le Hezbollah et les milices pro-iraniennes en Irak. La Chine, dont l’influence est aussi visée à travers cette opération, finira tôt ou tard par montrer les muscles, à Taïwan ou ailleurs, risquant un conflit militaire avec les États-Unis.
Il ne s’agit nullement d’une vision catastrophiste de la situation, mais de la conclusion logique que nous imposent tous les conflits guerriers de ces vingt dernières années : invasion de l’Afghanistan en 2001, guerre en Irak en 2003, implosion de la Syrie en 2011, guerre au Yémen en 2014, Gaza en 2023… à chaque fois, ces aventures guerrières n’ont conduit qu’à des situations catastrophiques et des fiascos, y compris pour les États-Unis, malgré la puissance de leur armée !
Derrière ces conflits sans fin, ponctués de promesses de paix incessantes et mensongères, la même dynamique est à l’œuvre : celle d’un capitalisme qui plonge inéluctablement l’humanité dans un chaos guerrier généralisé. De la Mauritanie à la Birmanie, un arc planétaire ininterrompu de conflits armés s’est durablement enraciné. En Europe avec le conflit en Ukraine, en Amérique Latine, en Afrique, en Océanie, partout la guerre se répand de façon incontrôlable et anarchique. Partout, le chaos règne et ni les États-Unis, ni les pays européens, ni la Chine, ni les Institutions internationales, aucun État, ni aucune faction bourgeoise n’est capable d’y mettre un terme. Les « cessez-le-feu » et les « négociations » se révèlent tous n’être que des interruptions momentanées et précaires, conclus pour mieux préparer les prochains affrontements !
Dès sa première allocution, Trump appelait les Iraniens à « s’emparer du pouvoir ». À Londres, à Berlin ou en Géorgie, quelques manifestants se sont même rassemblés pour soutenir l’opération américaine et la « démocratie ». Ces cris bellicistes sont d’ignobles guets-apens ! Des appels à se faire massacrer pour le Shah ou toute autre faction de la bourgeoisie iranienne ! Avec la fin potentielle du régime des Mollahs, il n’y aura pas de lendemain heureux. Ce sera toujours le même système, le même capitalisme, la même barbarie !
De l’autre côté, les Mollahs et leurs soutiens, à commencer par les partis gauchistes d’Occident, appellent le « peuple iranien » et la classe ouvrière à se mobiliser partout contre « l’agression impérialiste » des États-Unis. Des manifestations pro-Iran ont eu lieu dès le lendemain de la première attaque, à Téhéran-même, mais aussi en Irak ou au Pakistan avec plusieurs victimes devant l’ambassade américaine. Là aussi, ce ne sont que des appels à soutenir un camp impérialiste et à se faire massacrer au nom d’une clique de barbares sanguinaires !
La classe ouvrière n’a pas à choisir de camps ! Les prolétaires du monde entier ne doivent pas succomber aux sirènes du nationalisme ni prendre parti pour l’un ou l’autre des camps, que ce soit au Moyen-Orient ou ailleurs. Toutes les nations, toutes les bourgeoisies, qu’elles soient démocratiques ou autoritaires, de gauche ou de droite, populistes ou « progressistes », toutes sont va-t-en-guerre !
Malgré les discours bouffis de morale hypocrite, opposant la « civilisation » à la « barbarie », le « bien » au « mal », les « agresseurs » et les « agressés », les guerres ne sont que des affrontements entre bourgeoisies rivales. Dans ces conflits toujours plus nombreux, ce sont toujours les exploités qui sont pris en otage et qui se sacrifient pour les intérêts de ceux qui les oppriment et les tuent !
Pour mettre fin aux guerres, il faut renverser le capitalisme ! L’histoire a montré que la classe ouvrière est la seule force qui peut mettre fin à la guerre capitaliste. C’est la force du prolétariat révolutionnaire qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, en 1917 en Russie et en 1918 en Allemagne ! Ces mouvements révolutionnaires ont été capables d’imposer l’armistice aux gouvernements. Mettre définitivement fin aux guerres, partout, la classe ouvrière devra le conquérir en renversant le capitalisme à l’échelle mondiale !
Mais c’est encore un long chemin semé d’embûches. Face à la barbarie guerrière, nombreux sont ceux qui ont envie de résister, d’exprimer leur indignation. Et, en effet, si nous ne réagissons pas, le capitalisme nous entraînera vers le chaos et la destruction généralisée. Mais ceux qui se retrouvent aujourd’hui dans la rue, le font bien souvent derrière les slogans de la gauche du capital : « No Kings », « Stop génocide », « Free Palestine »… autant de mots d’ordre qui instillent l’idée que les causes de la guerre résident dans tel ou tel dirigeant, dans la folie d’un Trump, dans le colonialisme d’Israël, dans les délires religieux des juifs intégristes, dans l’impérialisme américain… Derrière une apparente radicalité, derrière des discours « pour la paix », pour le « droit des peuples », « pour la défense des agressés », il s’agit toujours de choisir un camp bourgeois contre un autre et d’en appeler à la défense de l’État « démocratique ». Aux États-Unis, des manifestations anti-Trump ont ainsi dénoncé l’absence de consultation du Congrès et de respect du « droit international », comme si une guerre « légale » était moins barbare !
Bien que la classe ouvrière n’ait pas encore la force nécessaire pour s’opposer directement aux guerres de la bourgeoisie et que la perspective révolutionnaire semble encore lointaine, ce chemin passe néanmoins par la résistance acharnée contre les attaques d’un capitalisme écrasé par le poids croissant de la crise et du militarisme. En refusant de sacrifier nos vies et nos salaires sur l’autel de la « compétitivité » ou de « l’effort de guerre », nous commençons à nous dresser contre le cœur même du capitalisme : l’exploitation de l’homme par l’homme.
Comme nous l’avons montré dans de nombreux articles, depuis 2022, nous assistons à un véritable réveil de la combativité ouvrière à l’échelle mondiale. En refusant les sacrifices imposés par l’économie de guerre, les travailleurs manifestent une solidarité concrète envers leurs frères de classe piégés sous les bombes. Et cette détermination à ne pas se laisser faire s’accompagne d’une maturation de la conscience politique : partout, de petites minorités s’interrogent sur l’organisation des luttes et l’avenir du système, sur le lien entre la crise et la multiplication des guerres. Pour les minorités révolutionnaires, l’heure est au débat et à l’action pour transformer ces réflexions souterraines en une force organisée capable de préparer les luttes révolutionnaires de demain.
EG, 1er mars 2026
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Avec le déchaînement de la guerre en Iran, une fois encore, le Moyen-Orient est mis à feu et à sang. Une fois encore, la puissance américaine a déployé une gigantesque armada dans la région.
Et maintenant, un déluge de bombes et de missiles s’abat sur les populations civiles, prises en otage par les rivalités impérialistes de tous les États belligérants.
Des écoles, des hôpitaux, des quartiers ouvriers sont détruits quotidiennement ! Femmes, enfants, vieillards tentent désespérément d’échapper au bain de sang, errant dans les décombres et les ruines, enjambant les cadavres qui jonchent les rues de Téhéran, de Beyrouth et bien d’autres villes encore.
Pour justifier cette nouvelle boucherie impérialiste, les ennemis de l’État iranien, Trump et Netanyahou en tête, appellent les prolétaires à continuer à descendre dans la rue contre le régime sanguinaire des mollahs, au nom d’une cause prétendument « humanitaire ». Ils les appellent à se faire massacrer en les livrant encore pieds et poings liés à la répression sanguinaire du régime des mollahs.
Ces va-t-en-guerre prétendent ainsi défendre la cause du peuple iranien et de tous les opprimés.
Pure hypocrisie et mensonges éhontés !
Avec la riposte de l’État iranien, l’escalade guerrière ne fait qu’aggraver davantage la barbarie et le chaos dans cette région du monde.
Trump a mis sous les feux de la rampe la mort de Khamenei, et de certains dignitaires de sa garde rapprochée, pour nous démontrer que la première puissance « démocratique » mondiale peut sauver l’humanité des dictateurs.
Avec le déploiement de l’opération Epic Fury, Trump démontre que les États-Unis, qui étaient les « gendarmes du monde », sont devenus le premier vecteur de déstabilisation à travers le monde. On peut être sûrs que la pax americana va continuer à enfoncer le Moyen-Orient dans un chaos de plus en plus sanglant. Avec l’implication d’autres États et d’autres cliques bourgeoises (Arabie Saoudite, Hezbollah, milices pro-iraniennes en Irak).
Ne nous berçons pas d’illusions ! Ni les États-Unis, ni aucun autre État bourgeois ne peut apporter à l’humanité la paix, la prospérité, ni un quelconque nouvel « ordre mondial ». Bien au contraire. La « paix » dans le capitalisme a toujours été la paix des tombes ! L’Ukraine, Gaza, le Liban, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, le Soudan, le Congo… toutes ces zones de conflits guerriers montrent ce qui attend toute l’humanité, sur toute la planète, si le capitalisme n’est pas renversé.
Ces champs de ruines sont couverts d’appels incessants au patriotisme, à l’Union Sacrée derrière les drapeaux nationaux, derrière le fanatisme des cliques religieuses dans les pays dominés par toute sorte d’intégrismes.
Même si le régime des mollahs s’effondre, aucun nouveau régime ne pourra apporter à la population iranienne une quelconque accalmie ni stabilité. Tant que le capitalisme dominera la planète, les guerres et le chaos ne pourront que continuer à s’intensifier.
Dans cette nième guerre impérialiste, comme dans toutes les autres auparavant, le prolétariat ne doit pas se laisser prendre en otage pour des intérêts qui ne sont pas les siens.
Il n’a rien à y gagner ! Car cette guerre n’est pas la leur ! Se laisser embrigader derrière telle ou telle clique bourgeoise, se ranger derrière un camp contre un autre, c’est défendre les intérêts de nos exploiteurs.
Ce qui a servi de prétexte à l’escalade guerrière, c’est la répression sanglante des manifestations massives en Iran, dues à l’aggravation de la crise économique et de la paupérisation non seulement des petits commerçants, mais surtout de la classe ouvrière.
Dans cette révolte du « peuple » iranien contre la dégradation vertigineuse de leurs conditions matérielles d’existence, les prolétaires étaient noyés au milieu des autres couches non-exploiteuses de la population. Dans cette révolte du désespoir, ils n’ont pas pu s’affirmer comme classe autonome.
Mais les ouvriers iraniens, qui ont une longue tradition de luttes militantes, n’auront d’autre choix que de se battre contre la hausse des prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité. Car ils ne peuvent plus aujourd’hui nourrir leurs enfants ! En Iran, comme dans les pays les plus développés : « trop, c’est trop ! »
Nous ne pouvons pas rester spectateurs des massacres en Iran ! Nous ne pouvons pas rester indifférents.
Cette guerre n’est pas un conflit lointain et « exotique ».
Nous, prolétaires du monde entier, nous sommes tous concernés par ce qui se passe là-bas !
Ce sont nos frères et sœurs de classe qui tombent au Moyen-Orient, chaque jour, par dizaine de milliers sous les bombes et la mitraille de nos exploiteurs et massacreurs.
C’est notre sang que tous ces charognards versent sur l’autel du capitalisme !
Les prolétaires de tous les pays peuvent et doivent exprimer leur solidarité envers la classe exploitée et massacrée en Iran.
Mais pas en se laissant endormir par les partis de gauche et d’extrême gauche du capital qui dénoncent uniquement les bombardements massifs de l’impérialisme yankee en apportant leur soutien à l’État iranien. Quant à la dénonciation de la nature illégale de l’intervention, c’est pour mieux prôner la guerre « légale » des coalitions internationales. C’est le même piège que la défense de la guerre « humanitaire ». Toutes les guerres sont impérialistes ! Comme le disait Lénine au sujet de la Société des Nations : l’ONU, l’OTAN… sont tous des repaires de brigands.
La seule solidarité que les prolétaires de tous les pays doivent témoigner à leurs frères et sœurs de classe en Iran (et dans tous les États du Moyen-Orient), c’est la lutte massive contre « leur » propre bourgeoisie nationale, contre leurs exploiteurs et massacreurs, contre tous les États et leurs gouvernements de droite comme de gauche.
C’est la même classe dominante qui sème la terreur et la mort en Iran et qui nous impose ici les vagues de licenciements, la précarité et le chômage croissant.
C’est le même système d’exploitation, le capitalisme mondial, qui nous plonge dans la misère et déchaîne sa barbarie guerrière !
Le bain de sang qui inonde aujourd’hui l’Iran et le Liban constitue un appel à la responsabilité du prolétariat de tous les pays, particulièrement à ses bataillons les plus expérimentés d’Europe occidentale, des nations les plus « riches » et développées du capitalisme.
Ce n’est qu’en développant ses luttes autonomes sur son propre terrain de classe, contre l’exploitation capitaliste, que le prolétariat des pays situés dans le cœur historique du capitalisme pourra offrir un avenir à toute l’humanité, en entraînant avec lui les exploités du monde entier.
Le capitalisme est né en Europe dans la boue et le sang. C’est dans cette partie du monde que la classe ouvrière a déjà fait la cruelle expérience des deux guerres mondiales.
Souvenons-nous que c’est le développement de la vague révolutionnaire en Russie et en Allemagne qui a contraint la bourgeoisie des grandes puissances « démocratiques » à mettre fin au premier holocauste mondial de 1914-18
La classe ouvrière des pays centraux du capitalisme a une longue expérience des affrontements de classe contre les croisades impérialistes de « leur » bourgeoisie nationale. Elle a une longue expérience des mystifications idéologiques qui n’étaient que des prétextes pour les enrôler sur les champs de batailles au nom de la défense de la « démocratie » contre les régimes dictatoriaux, de la civilisation contre la barbarie, etc.
Parce qu’elle a des intérêts antagoniques à ceux de ses exploiteurs, la classe ouvrière est la seule force de la société qui peut mettre un terme aux guerres, aux tueries et au chaos dans lequel le capitalisme plonge inexorablement toute l’espèce humaine !
Pour en finir avec la dictature de la bourgeoisie mondiale, pour édifier une nouvelle société sans guerre et sans exploitation, les prolétaires du monde entier doivent développer des luttes massives, unies et généralisées au-delà des frontières nationales. Car les prolétaires n’ont pas de patrie ! En Russie ou en Ukraine, à Gaza ou en Israël, partout, toujours, les ouvriers doivent refuser de tuer leurs frères et sœurs de classe, fraterniser, se retourner contre leurs exploiteurs.
Pour parvenir à développer la perspective révolutionnaire, la classe ouvrière doit d’abord refuser de se laisser embrigader derrière les drapeaux nationaux, refuser de servir de chair à canon, refuser tous les sacrifices imposés par la classe dominante pour la défense de l’État et de l’économie nationale !
Lutter massivement contre les effets dévastateurs de la crise économique mondiale, une crise permanente et sans issue, c’est commencer à aller à la racine du chaos sanglant et de la barbarie guerrière, c’est le début du chemin de la nécessaire politisation des luttes. Pour marcher vers la révolution les prolétaires doivent développer leur conscience de classe.
En développant nos combats contre les empiétements du capital, contre la barbarie guerrière, nous devons affirmer notre unité et notre solidarité de classe internationale, une classe qui n’a aucun intérêt particulier à défendre.
Face à la gravité des enjeux posés par la plongée du capitalisme dans sa décomposition, et face à ce nouveau carnage en Iran, un seul mot d’ordre :
À bas la guerre ! À bas le capitalisme !
Solidarité internationale
de toute la classe ouvrière !
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !
Courant Communiste International
Nous publions, ci-dessous, une déclaration commune d’Internationalist Voice (IV) et du CCI sur la nouvelle guerre au Moyen-Orient, une initiative prise par IV, qui a, à juste titre, appelé à une déclaration commune des groupes de la Gauche communiste face cette avancée majeure vers la barbarie.
Alors que les flammes de la guerre faisaient rage de toutes parts, Trump a lancé sa campagne électorale au milieu d’une frénésie médiatique, se présentant comme un artisan de la paix. Il a promis qu’une fois élu, il mettrait fin à toutes les guerres, projetant une image d’homme épris de la paix, allant jusqu’à prétendre mériter le prix Nobel de la paix. Cependant, le retour au pouvoir de Trump n’a pas seulement échoué à mettre fin aux guerres, mais a, en réalité, intensifié les tensions militaires : la guerre en Ukraine se poursuit, le carnage à Gaza a persisté malgré le cessez-le-feu, et simultanément, les tensions militaires entre la Thaïlande et le Cambodge, les conflits entre l’Inde et le Pakistan, les affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan, les guerres au Myanmar, en Syrie, au Soudan et au Nigeria, ainsi que les tensions militaires au Venezuela, se sont poursuivis. Aujourd’hui, une guerre à grande échelle a éclaté au Moyen-Orient, impliquant ou affectant une quinzaine de pays. De nos jours, la guerre n’est plus simplement un événement militaire ; elle reflète de plus en plus le système capitaliste à l’ère barbare de l’impérialisme et le mode de vie qu’il engendre.
Les guerres impérialistes ne sont pas simplement le résultat de décisions prises par des dirigeants bellicistes ; elles expriment plutôt la nature même du système capitaliste à l’époque actuelle. Quel que soit le masque que porte chaque État, qu’il se nomme démocratique ou qu’il soit ouvertement dictatorial, qu’il prétende être épris de paix ou qu’il brandisse ouvertement l’étendard de la guerre, tous partagent une caractéristique fondamentale : le sacrifice de la classe ouvrière et des opprimés comme chair à canon dans les guerres impérialistes. Sans exception, tous ces États portent la responsabilité de ces guerres, et tous sont des criminels de guerre.
Contrairement à la démagogie et aux mensonges des gangsters bourgeois, qui prétendent que les États-Unis et Israël, par des frappes « chirurgicales », cherchent simplement à éliminer des responsables politiques et militaires et à cibler les infrastructures militaires de la bourgeoisie islamique, la réalité est tout autre. Dans la pratique, toutes les parties visent également les infrastructures civiles : usines, écoles, zones résidentielles, raffineries, lieux de travail, salles de sport, marchés, et même cliniques et hôpitaux sont bombardés. Le commandant de l’État-major américain a déclaré que l’ampleur des premières 24 heures de l’opération actuelle contre l’Iran était deux fois supérieure à celle de l’opération contre l’Irak en 2003. La vérité est la suivante : toutes les parties sont complices de la perpétration de crimes de guerre.
Trump parle le langage des bandits et tire même une fierté de ses crimes. Ainsi, Trump déclare crânement : « Personne ne devrait remettre en cause la force et la puissance des forces armées des États-Unis. J’ai bâti et reconstruit notre armée au cours de mon premier mandat. Et il n’existe aucune armée sur Terre qui s’approche ne serait-ce qu’un peu de sa puissance, de sa force ou de sa sophistication ».
Pendant la Première Guerre mondiale, Rosa Luxemburg a fait valoir que, pour normaliser les crimes de guerre, la violence objective devait s’accompagner d’une sorte de brutalité dans la pensée et les sentiments, de sorte que l’effusion de sang ne soit pas seulement considérée comme quelque chose d’ordinaire, mais devienne même une source de fierté. Les bellicistes d’aujourd’hui confirment clairement l’analyse historique de Luxemburg. Trump est l’expression la plus évidente de cette attitude. Tel un bandit, il vante fièrement l’armée la plus meurtrière et la plus destructrice au monde, une armée qu’aucune autre force n’est capable d’affronter. En d’autres termes, ce belliciste ne se contente pas d’accueillir la guerre à bras ouverts, il la considère comme une scène sur laquelle exhiber la puissance et la supériorité technologique des États-Unis
Seule la classe ouvrière peut mettre fin aux guerres capitalistes.
Le capitalisme impose des guerres impérialistes à l’humanité parce qu’il ne se heurte pas à une réponse sérieuse et organisée, fondée sur les classes, de la part de la classe ouvrière mondiale. Mais cela n’élimine pas, au contraire, la responsabilité des internationalistes et, en particulier, de la Gauche communiste de faire face à cette réalité : défendre sans relâche l’internationalisme prolétarien, dénoncer la nature impérialiste de ces guerres et en clarifier les fondements matériels et de classe devant la classe ouvrière.
Il faut le proclamer d’une voix claire et retentissante : tous ces conflits vont à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière. Il faut affirmer ouvertement que les conséquences de la guerre impérialiste au Moyen-Orient ne se limiteront pas à la région, car le capitalisme est un système mondial, et son impact destructeur pèsera lourdement sur les épaules des ouvriers du monde entier. Surtout, il faut souligner que le véritable ennemi se trouve chez nous, que ce soit à Téhéran, à Tel-Aviv, à Washington, à Londres, à Berlin, à Paris ou partout ailleurs où le capital, l’État et l’armée s’allient contre la classe ouvrière.
L’histoire a montré que la seule force capable de mettre fin à la machine de massacre de la bourgeoisie (la guerre) est la classe ouvrière. C’est la menace d’une révolution en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale qui a contraint la bourgeoisie à signer l’armistice. Il en a toujours été ainsi : les criminels de guerre ne battent en retraite que sous la menace prolétarienne, simplement pour se préparer à la guerre de classe contre le prolétariat. Bien que la classe ouvrière mondiale ne se trouve pas actuellement dans une telle position, le développement de la lutte des classes peut ouvrir cet horizon au prolétariat.
La guerre est devenue un mode de vie pour le capitalisme à l’ère de l’impérialisme. Le capitalisme ne peut offrir d’avenir ; il ne fait que répandre la brutalité et la barbarie dans des régions toujours plus nombreuses. C’est une illusion d’espérer que les bellicistes mettent fin à la guerre. La paix offerte par les bellicistes ne peut jamais être qu’un intermède au sein d’un capitalisme animé par la guerre. De cette paix capitaliste ne peuvent émerger que les flammes des guerres futures.
Seule la guerre de classe des ouvriers peut offrir une alternative à la barbarie du capitalisme, car le prolétariat n’a pas de patrie à défendre, et sa lutte doit transcender les frontières nationales et se développer à l’échelle internationale. Seule la classe ouvrière mondiale, en transformant la guerre capitaliste en une guerre contre le capitalisme et en le renversant finalement à l’échelle mondiale, peut éliminer la base matérielle des guerres impérialistes et apporter une paix durable à l’humanité.
Les travailleurs n’ont pas de patrie !
À bas la guerre impérialiste !
Vive la lutte de classe !
Courant communiste international [50]
20 mars 2026
Les perspectives qu’offre la situation mondiale suscitent partout un profond sentiment d’angoisse. La guerre se propage à travers la planète, démentant les dirigeants mondiaux qui inondent les médias de vaines promesses de paix. L’offensive américano-israélienne contre l’Iran et le Liban, ainsi que les contre-attaques de l’Iran et de ses proxys ont mis tout le Moyen-Orient à feu et à sang. La guerre en Ukraine dure depuis quatre ans maintenant et rien n’indique qu’un règlement soit en vue. Regardez plus à l’est et vous verrez des affrontements entre l’Afghanistan et le Pakistan, entre le Pakistan et l’Inde, le Cambodge et la Thaïlande. Regardez à l’ouest et vous verrez le conflit génocidaire au Soudan, la guerre apparemment sans fin au Congo, les combats entre les gangs islamistes et l’État nigérian… Pendant ce temps, chaque nouveau rapport scientifique sur le changement climatique confirme que le système capitaliste est incapable de faire face à la destruction de l’environnement. Et la barbarie militaire qui s’intensifie, non seulement accentue la déstabilisation de l’économie mondiale déjà en grande difficulté, mais entraîne aussi des catastrophes écologiques supplémentaires, en rendant pratiquement impossible pour les États du monde entier de consacrer ne serait-ce que le minimum de ressources à l’atténuation de l’impact du réchauffement climatique.
Il n’est guère étonnant que l’anxiété, le nihilisme et les sentiments apocalyptiques soient partout en hausse, générant des réactions de plus en plus irrationnelles de la classe dominante. On a rapporté, par exemple, que des officiers supérieurs de l’armée américaine ont prononcé des sermons enflammés devant les troupes engagées dans la guerre contre l’Iran, expliquant la guerre comme suit : aurait été oint par Dieu pour inaugurer l’Armageddon et le retour de Jésus ! Mais beaucoup soupçonnent, à juste titre, que la guerre au Moyen-Orient est un signe tangible que les dirigeants mondiaux perdent pied face à cette dérive vers un monde de guerres, vers de nouveaux niveaux de barbarie et d’autodestruction, et que l’avenir même de l’humanité est menacé.
Face aux désastres engendrés par les guerres et le chaos croissant, de petites minorités à travers le monde prennent conscience que derrière cette spirale mortelle se cache tout un système social, un système de domination de classe qui démontre son incapacité à répondre aux besoins de l’humanité ; un système sénile et putréfié qui «survit» et se défend en infligeant catastrophe sur catastrophe à la population mondiale. C’est le capitalisme à l’ère de sa décadence et de sa décomposition.
Mais l’idéologie de la classe capitaliste dresse de nombreux obstacles à l’approfondissement et à l’extension d’une véritable compréhension de la réalité sociale.
Il est évident (y compris pour de larges pans de la classe dirigeante elle-même) que la guerre contre l’Iran a été déclenchée sans aucun plan ni objectif clair, et que les objectifs déclarés changent d’un jour à l’autre : cette impressionnante (et extrêmement coûteuse) mobilisation de la puissance militaire américaine vise-t-elle simplement à empêcher l’Iran de développer l’arme atomique, de détruire ses capacités militaires, ou vise-t-elle à renverser purement et simplement le régime des mollahs ? Sans objectif précis, comment le conflit prendra-t-il fin ? A-t-il été évalué la capacité de l’Iran à riposter non seulement en tirant des missiles et des drones partout au Moyen-Orient et même au-delà, en adoptant une stratégie de la terre brûlée dans toute la région, mais aussi, et probablement de manière plus significative, en portant un coup dur à l’économie mondiale en fermant le détroit d’Ormuz, voie de communication essentielle pour le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique ?
Ce manque de plan cohérent derrière la guerre s’explique généralement en pointant du doigt Trump et ses acolytes, et en particulier la personnalité narcissique ou égocentrique de Trump, son incapacité à penser de manière cohérente, ou ses signes croissants de sénilité. Trump est en effet tout cela.
Mais comme le dit le proverbe, «à chaque situation son homme». Le fait qu’un tel individu puisse être placé à la tête du pays le plus puissant du monde en dit long sur la nature et la trajectoire du système capitaliste, qui est non seulement obsolète depuis plus d’un siècle, mais qui, depuis la fin des années 1980, est entré dans la phase terminale de son déclin. Son incapacité à offrir un avenir à l’humanité, et même d’imaginer tout futur, produit inévitablement des «dirigeants» de plus en plus incapables d’anticiper et qui sont eux-mêmes dans un état de déni face à ce qui nous attend. L’insistance de Trump à affirmer que le changement climatique est un immense «canular», ou que l’Amérique est à l’aube d’un «nouvel âge d’or», sont quelques symptômes de cette myopie irrationnelle.
L’improvisation, la maladresse et la rancune de Trump et de sa clique d’incapables contribuent à accélérer la tendance de la puissance américaine à agir, non plus comme le principal rempart de l’ordre capitaliste mondial, mais comme une force de déstabilisation croissante sur toute la planète. Cette tendance est toutefois bien antérieure au règne de Trump. Au début et au milieu des années 2000, par exemple, dans nombre de nos articles et résolutions internationales, nous avions noté que, face au désordre croissant des relations impérialistes apparu après l’effondrement du bloc russe, les États-Unis devenaient eux-mêmes le principal promoteur du chaos mondial, malgré (ou plutôt à cause de) leurs efforts pour défendre leurs intérêts par des démonstrations brutales de puissance militaire. Ce qui s’est passé en Irak en est l’exemple par excellence : le renversement spectaculaire du régime de Saddam Hussein n’a pas empêché l’Irak de plonger dans un immense bain de sang et une fragmentation sans fin. L’Irak est même devenu un foyer de déstabilisation régionale, avec de nombreuses milices incontrôlables et de groupes terroristes, à l’image de Daesh, qui ont essaimé dans la région et au-delà.
De par ses conséquences militaires, politiques, économiques et écologiques, la guerre contre l’Iran porte cet effet à un niveau bien supérieur, avec pratiquement tout le Moyen-Orient entraîné dans le bourbier et des dommages catastrophiques pour l’économie mondiale. Ce conflit aspire dans son tourbillon de plus en plus d’États et de factions. Mais cela tient fondamentalement au fait que la tendance sous-jacente du capitalisme à sa «désintégration interne» (pour citer l’Internationale communiste de 1919) progresse à pas de géant depuis plusieurs décennies déjà.
Attribuer toute la responsabilité de cela seulement à Trump et à sa faction a une fonction idéologique bien précise : faire croire que si cette bande pouvait être remplacée par des politiciens «sérieux» et «démocrates», la trajectoire profonde d’un capitalisme condamné pourrait être inversée. D’où la prétendue nécessité de se préparer pour le prochain scrutin, de soutenir le Parti démocrate ou même la frange la plus sensée du Parti républicain dans leurs campagnes visant à se débarrasser de Trump, à remettre des «responsables» aux commandes du gouvernement et à contribuer à restaurer un «ordre fondé sur des règles» au niveau international. En somme, cet argument est un moyen d’empêcher la maturation et la diffusion d’une conclusion très différente : que le véritable problème n’est pas tel ou tel politicien ou parti capitaliste, mais le capitalisme lui-même, y compris la mascarade de la démocratie parlementaire et les institutions internationales (ONU, OTAN, etc.) qui existent pour perpétuer sa domination mondiale.
Il en va de même pour l’illusion selon laquelle l’impérialisme israélien pourrait mener une politique de paix si Netanyahou et les fanatiques religieux de son gouvernement pouvaient être évincés lors des prochaines élections, alors que tous les partis politiques israéliens, de droite comme de gauche, se rallient sans vergogne à l’attaque contre l’Iran. Ou encore que la torture et le massacre des dissidents en Iran prendraient fin si le règne cruel des mollahs était remplacé par des partis d’opposition démocratiques, voire par un retour au pouvoir de la dynastie Pahlavi.
Et cela s’applique également à l’argument selon lequel Trump et ses clones dans d’autres pays constituent une menace pour la démocratie, qu’ils nous mènent «vers le fascisme». Il est vrai qu’avec le trumpisme, nous voyons l’État recourir de plus en plus à des méthodes directement répressives, à une violence au sein de ses propres villes qui n’a d’équivalent que la violence infligée aux villes iraniennes. L’utilisation de l’ICE comme une sorte de garde prétorienne du dirigeant, servant à imposer une terreur ouverte à la population des États-Unis, fait certainement écho à des régimes autoritaires antérieurs comme le fascisme de Mussolini ou le nazisme de Hitler, alors que les conditions historiques qui ont donné naissance à ces régimes sont très différentes aujourd’hui. Mais le mensonge principal dissimulé derrière cette apparence de vérité consiste à nourrir l’illusion que pour lutter contre de tels exemples de répression, contre les arrestations et expulsions de prolétaires immigrés, il suffirait de suivre les forces d’opposition bourgeoises et ses protestations autour de la défense de la «véritable démocratie américaine». En bref, des campagnes qui appellent le prolétariat à se fondre dans la masse des citoyens et à se rallier derrière des slogans politiques bourgeois, plutôt que de s’unir et de s’organiser autour de ses propres intérêts de classe. Ces intérêts, bien qu’ils se posent en premier lieu principalement au niveau économique, incluent de façon certaine la défense de nos frères de classe contre la répression d’État. Mais l’histoire a montré que lorsque les travailleurs abandonnent leur propre lutte de classe et suivent les appels à rejoindre un front «populaire» derrière des factions soi-disant «progressistes» de la bourgeoisie pour «arrêter le fascisme», ils se livrent pieds et poings liés à la barbarie de l’ennemi de classe. Lors de la prétendue révolution espagnole de 1939-1939, par exemple, les travailleurs ont ainsi été combattus non seulement par Franco et ses troupes, mais aussi par les milices du Front populaire, notamment lors des barricades de Barcelone en mai 1937.
La bourgeoisie «démocratique» aux États-Unis et en Europe occidentale pleure la disparition de «l’ordre international» mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cet «ordre» est en miettes suite aux menaces américaines contre le Groenland, un pays «allié» de l’OTAN, à l’enlèvement de Maduro, à la tentative de créer un «Conseil de la paix» sous la présidence de Trump à la place de l’ONU, et au divorce entre les ex-alliés de l’Europe et les États-Unis, mis en évidence par le refus des partenaires américains de l’OTAN de s’engager dans la guerre de Trump et de participer au déblocage du détroit d’Ormuz.
Mais qu’était, en réalité, cet «ordre international» ? Il s’agissait dès le départ d’un ordre américain, formé avant tout pour contrer la montée de l’URSS en tant que puissance impérialiste mondiale. La formation du système à deux blocs a effectivement imposé une certaine discipline aux pays placés sous la «protection» des États-Unis ou de la Russie. Mais il ne faut jamais oublier que les dirigeants des deux blocs étaient toujours prêts à maintenir leur autorité de «parrain» par des coups d’État, des assassinats et surtout par d’interminables guerres par procuration, comme en Corée, au Vietnam, en Afrique et ailleurs, des guerres menées au nom de l’»endiguement du communisme» ou de la «libération nationale» et qui ont coûté des millions de vies. C’était un «ordre» sur lequel planait en permanence la menace d’un holocauste nucléaire.
Lorsque le bloc russe s’est effondré en 1989, le CCI a prédit que nous allions désormais entrer dans une phase dominée par le «chacun pour soi» dans les relations internationales, une vague montante de chaos et d’imprévisibilité qui n’a pas annulé la tendance du capitalisme décadent à la guerre, mais lui a simplement donné une forme différente. Pendant des premières années de cette nouvelle phase, les États-Unis ont agi en tant que «gendarme» mondial, tentant d’utiliser leur supériorité militaire pour maintenir leurs anciens alliés dans le rang et endiguer la vague de chaos et de déstabilisation. Mais comme nous l’avons déjà dit, les actions américaines telles que la première guerre du Golfe ou les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, au début des années 2000, ont eu l’effet inverse : elles ont accéléré l’éclatement des anciennes alliances et plongé les pays envahis dans le chaos. Depuis lors, nous avons vu ce processus de décomposition s’accélérer de plus en plus, générant un environnement de plus en plus mortifère, marqué par des moments clés comme la pandémie du Covid au début des années 2020 qui a vu des nations prétendument attachées aux «règles et à la communauté internationale» mener de véritables actes de piraterie et s’arracher des masques et du matériel médical jusque sur les tarmacs des aéroports pour faire face à l’effondrement du système de santé. La pandémie de Covid a également vu toute la logistique de production mondialisée et d’échanges s’enrayer brutalement. Après cet événement s’en est suivi une cascade de conflits de grande ampleur comme l’invasion russe de l’Ukraine et la guerre entre Israël, le Hamas et le Hezbollah. L’assaut américano-israélien contre l’Iran, et la contre-attaque de l’Iran contre les pays voisins et le commerce mondial, signifient que la dérive vers une barbarie militaire incontrôlée a acquis une nouvelle dimension, confirmant ce que l’Internationale communiste affirmait dans son premier Manifeste de 1919, face aux ruines laissées par la Première Guerre mondiale qui a marqué l’entrée du capitalisme dans son époque de déclin : «le résultat ultime du mode de production capitaliste est le chaos».
On pourrait penser que l’objectif de Trump était, comme peu avant au Venezuela, de mater un régime ennemi et de porter un coup à la Chine, le principal challenger des États-Unis et dont l’Iran est un partenaire impérialiste d’importance sur le plan économique et stratégique. Mais, loin d’imposer par la force l’hégémonie américaine au Moyen-Orient, ce conflit a entraîné les États-Unis dans un nouveau bourbier : soit Trump s’enferre dans un conflit de destructions sans fin, soit il retire son armée en laissant un immense chaos derrière lui. Quoi qu’il en soit, l’Amérique non seulement est humiliée et plus que jamais isolée, mais elle aussi a dû retirer ses forces du Pacifique, affaiblissant sa position face à la Chine. Et tout cela pour seul résultat que de semer le chaos chez l’ennemi et s’infliger un retour de flamme immédiat. En face, l’Iran est également entré dans une pure logique de terre brûlée, si le régime doit périr (ce qui est de moins en moins probable dans l’immédiat), il le fera en semant le chaos et la barbarie.
Cette logique d’autodestruction, de conflits d’ampleur toujours plus importante où personne ne gagne, est l’image même du capitalisme. Ce système est véritablement à l’agonie et s’il n’est pas renversé, il entraînera l’humanité tout entière dans l’abîme avec lui. C’est pourquoi il est si important que la classe ouvrière et ses minorités révolutionnaires rejettent toute illusion selon laquelle cette trajectoire mortelle pourrait être inversée en changeant de dirigeants politiques, en redynamisant les institutions mondiales ou en «démocratisant» l’État. Notre ennemi n’est pas tel ou tel politicien ou parti politique, tel ou tel pays, mais le mode de production même qui se nourrit de l’exploitation et engendre la guerre, et auquel seule la lutte révolutionnaire de la classe exploitée dans tous les pays peut mettre fin.
Amos
Le samedi 28 février 2026 s’est tenue à Cologne une réunion de Transnational Social Strike Plattform (TSSP), au cours de laquelle deux questions principales étaient mises en avant :
Après une courte introduction des organisateurs, dans laquelle il a été de notre point de vue justement souligné que nous n’avons aucun camp à choisir dans une guerre (le mot utilisé par l’orateur était « campisme »), le CCI a posé une question : mettre en avant l’idée de « l’Europe en guerre » ne tend-il pas à restreindre la dynamique de guerre à la seule Europe ? Bien sûr, depuis le début de la guerre en Ukraine nous voyons en Europe de menaçants pas en avant du militarisme (en Allemagne, l’ex-chancelier Scholz a parlé d’un « tournant historique » [« Zeitenwende »] tout en doublant les dépenses militaires), peu de temps après le début du mandat 2.0 de Trump en janvier 2025 l’Union Européenne a annoncé un paquet de dépenses militaires de 800 milliards d’euros afin de créer une industrie de guerre plus indépendante des Etats-Unis. Et la réinstauration du service militaire dans plusieurs pays (par exemple la France, l’Allemagne, immédiatement ou pas à pas) est un nouveau pas en avant dans la remilitarisation. L’exposé a justement souligné que cette évolution s’accompagne d’une militarisation des frontières, de l’expulsion de réfugiés et de mesures répressives à l’intérieur même du pays.
Le CCI a également posé la question d’éventuellement élargir la perspective pour y inclure la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, laquelle joue un rôle majeur dans nombre de conflits (par exemple l’intervention des Etats-Unis au Venezuela dans le but d’y faire reculer l’influence de la Chine), ou l’Iran, allié dont la Chine risque également d’être « privée ». En même temps, nous assistons à toute une série de guerres en Afrique, au Proche-Orient, au réarmement du Japon et du sud-est asiatique. En résumé, à travers le prisme de l’« Europe en guerre », on ne prend pas toute la mesure du militarisme dont la puissance destructrice s’étend au monde entier. La réunion avait lieu juste quelques heures avant le déclenchement de l’offensive des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, et seulement quelques jours après le bombardement de la capitale de l’Afghanistan pleine de réfugiés, Kaboul, par le Pakistan. Nous avons expliqué que le militarisme et sa spirale de destructions se développait sur la planète entière, et s’accompagnait d’une destruction environnementale toujours plus dévastatrice. En se restreignant à la guerre en Europe, ne sous-estime-t-on pas le danger que court l’humanité toute entière ?
L’intervention du CCI visait à clarifier qu’il ne faut pas se concentrer sur une région particulière (le rôle de la machine de guerre américaine, la politique de l’impérialisme russe, le réarmement chinois, les ambitions militaires de l’Inde, par exemple, montrent bien le contraire), mais plutôt de voir qu’il s’agit d’un phénomène mondial, historique et qui met en question un système capitaliste qui n’est plus qu’une impasse et ne peut survivre qu’à travers plus de destructions et de terreur, ce qui rend absolument indispensable la nécessité de son dépassement au niveau mondial.
Quand on pose dans la réunion la question des effets et de la perception ressentis par les participants qui viennent de plusieurs pays européens, ils dénoncent pour commencer toute cette campagne d’intimidation de la population et ces tentatives de recruter des soldats grâce à des messages publicitaires totalement mensongers, ainsi que le fait que cela ne mène en réalité qu’à des coupes et des restrictions budgétaires. Mais compte-tenu du fait que les pays de l’UE ont accepté le budget militaire de 800 milliards d’euros déjà mentionné, le financement illimité de la Bundeswehr allemande, l’augmentation du financement de l’OTAN à 5% du PIB pour chaque pays membre, l’augmentation du budget militaire américain de 900 milliards de dollars à 1500 milliards, il y a une difficulté à poser clairement la question : qui va payer la facture ?
Dans une intervention, nous avons souligné que c’est la classe ouvrière qui va devoir passer à la caisse, soit par une invitation à allonger le temps de travail (soit la semaine de travail, soit la durée de vie active), des coupes budgétaires sur la santé et l’éducation, l’augmentation des prix de l’énergie, des loyers, etc., en plus des autres détériorations liées à la crise économique, suppressions d’emplois, licenciements, intensification des rythmes de travail, baisses de salaires, etc. La question centrale : la classe dominante peut-elle répercuter la totalité de ces coûts sur la classe ouvrière, et cette dernière est-elle prête à se serrer la ceinture, et en fin de compte à donner sa vie pour la machine de guerre, n’a été que trop peu abordée. Mais en ne posant pas cette question, on a éludé celle, cruciale, de l’évaluation du rapport de force entre le Capital et le Travail. Par exemple, nous pensons aussi que depuis 2022 dans un certain nombre de pays européens, mais aussi aux Etats-Unis, une série de luttes de la classe ouvrière a eu lieu contre la précarisation croissante de ses conditions de vie, laquelle est en grande partie causée par la militarisation croissante de la société. Ces luttes, même si elles sont naturellement insuffisantes, sont une expression du fait que la classe ouvrière est toujours une force capable de peser contre ce que la classe dominante lui promet. Elles montrent que dans le rapport de force entre bourgeoisie et prolétariat, la balance ne penche pas entièrement en faveur de la bourgeoisie.
Il a été certes mentionné à quel point les tentatives de recruter de la chair à canon et des soldats aveuglés par l’idéologie pour la Bundeswehr ou d’autres armées par le biais de campagnes publicitaires sont grossières et sournoises, alors que la majorité des jeunes et des autres générations sont opposés à la guerre. Tout cela n’a été ni réellement évalué, ni approfondi.
Mais comme les besoins de l'économie de guerre et les mesures d'austérité associées vont poser de nouveaux défis à la classe ouvrière, pour lutter contre ces mesures il va falloir faire le lien entre crise et guerre et nous préparer à cette nécessité, et nous positionner vis-à-vis d’elle, il y avait un grand risque, lors de cette réunion, de ne pas se préparer aux besoins réels de la lutte.
Une participante a par exemple regretté que le syndicat IG-Metall salue et soutienne entièrement les commandes d’armement à l’industrie métallurgique, et qu’on ne puisse pas réellement compter sur les syndicats. Mais il n’a pas été évoqué le fait que les syndicats (et en Allemagne ils ont été précurseurs sur ce point) ont passionnément soutenu toute la machine de guerre du Capital allemand en appelant en août 1914 à l’Union sacrée, et que quatre ans plus tard ils ont collaboré avec l’armée et le SPD pour réprimer de façon sanglante le soulèvement de la classe ouvrière en Allemagne.
Au cours de la dernière partie de la réunion, lorsqu’a été posée la question de quoi faire, tout le dilemme dans cette approche est devenu clair. Il est juste et indispensable d’être actif, de briser le silence, de chercher collectivement à se regrouper. Mais sur quelles bases et avec quelles attentes ? De notre point de vue, il faut se protéger de l’illusion qu’il est possible d’obtenir quelque chose « ici et maintenant ».
Après que de nombreux participants ont rapporté, « action après action », de nombreuses initiatives, l’une après l’autre, et bien que l’impression qui transparaissait était qu’en termes d’efficacité, on ne pouvait aboutir à aucun succès réel, sauf qu’on avait réussi justement à mettre des militants en réseau, on avait en quelque sorte peur de poser la bonne question : qui peut exercer une pression pouvant faire céder le gouvernement et le Capital ? Comment parvenir à construire un rapport de force capable de paralyser le bras criminel de la classe dominante, voire toute la machinerie ? Peut-on y parvenir sans dépasser le système en tant que tel ? En d’autres termes, peut-on se débarrasser de la guerre sans dépasser le système ?
Comme déjà dit, beaucoup ont lancé avec beaucoup d’énergie de nombreuses initiatives, mais pas la recherche de la véritable force centrale, la classe ouvrière. Comme nous l’avons mis en avant lors de cette partie de la discussion, la classe ouvrière a démontré au cours de l’histoire que c’est elle, et non le pacifisme, qui peut mettre un terme à la guerre, mais qu'en fin de compte, c'est le système dans son ensemble qui doit être renversé. En bref, il ne faut rien de moins qu’une révolution, une révolution mondiale.
Les organisateurs de cette réunion avaient très justement mis dans leur invitation le « campisme » (terme désignant le fait de prendre parti pour l’un ou l’autre camp dans une guerre), mais au cours de la réunion pas une fois le terme « internationalisme » n’a été prononcé. Comment est-il cependant possible de relever tous les défis du combat contre le système capitaliste si nous ne parvenons pas à mettre en avant la nécessité d’une lutte commune de toute la classe ouvrière, au-delà de toutes les frontières qui la divisent ?
Par conséquent notre intervention s’est achevée par un appel à ne pas foncer tête baissée dans l’activisme, mais à poser la question de quelle force est susceptible de renverser le capitalisme, même si cela peut sembler improbable à première vue, compte-tenu des indéniables difficultés que rencontre actuellement la classe ouvrière. Mais si on ne pose jamais cette question et qu’on ne reconnaît pas où et comment il faut agir, ni combien le chemin pour dépasser le système sera long et difficile, on court le danger en fin de compte de sombrer dans la démoralisation… et bien sûr le système reste intact. Tant que nous n’examinerons pas sans concession les pièges de l’activisme, notre volonté de résister au système capitaliste s’éteindra sans perspective. En se lançant dans des actions effrénées, les unes après les autres, on fuit toute clarification politique. Mais ne serait-ce pas notre devoir de montrer comment la classe ouvrière doit lutter, même lorsqu’on ne s’attend pas à ce qu’elle se mobilise directement contre la guerre, mais que ce combat conscient contre la guerre nécessite le développement de la résistance de la classe ouvrière et que, pour cela, il faut mettre au centre du développement de la conscience le lien entre guerre et crise et notre appauvrissement ? Il est indispensable de clarifier ces questions.
Courant Communiste International
Le 05/03/2026
Liens
[1] https://fr.internationalism.org/icconline/2011/affaire_dsk_la_bourgeoisie_est_une_classe_de_pourris.html
[2] https://fr.internationalism.org/french/rint/107_decomposition.htm
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