Soumis par Revue Internationale le
Avec le déclenchement de la guerre en Iran, la reprise des bombardements cet été et l’extension du conflit dans tout le Proche-Orient, l’intensification du conflit en Ukraine, la nouvelle dégradation de l’économie mondiale, la catastrophe écologique en cours, le monde capitaliste poursuit sa spirale destructrice qui prend désormais une qualité nouvelle, d’une extrême gravité. Une situation qui confirme que le système capitaliste n’a, par lui-même, qu’une seule et unique issue à proposer: une dynamique vers la destruction finale de l’humanité.
La spirale mortifère du capitalisme
La guerre en Iran, qui a débuté le 28 février dernier n’est pas la simple addition d’un conflit supplémentaire à celui en Ukraine, cette «opération spéciale» qui ne devait elle-même ne durer que peu de temps, «quelques jours» tout au plus... La guerre s’est installée durablement dans le monde capitaliste et celle en Iran a des conséquences bien plus vastes. Elle confirme ce que nous avions déjà souligné au moment de la pandémie de Covid-19: «que les calamités qui s’abattent sur le monde tendent à se combiner de plus en plus, à s’entretenir et à se stimuler les unes les autres en une sorte de tourbillon infernal»[1]. Ce «tourbillon infernal» permet de comprendre le contexte de ce nouveau conflit en Iran fait de dégradation simultanée et brutale des conditions de vie dans le monde, une situation hors de contrôle, particulièrement aggravée depuis cet été. Cette guerre en Iran marque une qualité nouvelle[2] dans la phase de décomposition du système, qui exprime l’enkystement et la propagation de la politique guerrière avec des destructions aveugles de grande ampleur, l’accélération du tous contre tous. Cette qualité nouvelle a pour origine au moins deux facteurs politiques essentiels et d’envergure:
- Le premier facteur est le fait que l’affaiblissement des États-Unis est sans précédent, l’effondrement de leur crédibilité et l’étalage ultra rapide de leur impuissance font qu’ils ne peuvent plus jouer le «gendarme du monde». Sans boussole, les États-Unis ne parviennent plus à éteindre le feu qu’ils ont allumé en Iran, fruit de leurs décisions irrationnelles.
- Le second facteur est relatif au déclenchement d’un conflit, très largement désapprouvé, qui n’est régit par aucune règle du droit international et de la guerre, sans objectif ni autorité crédible d’aucun des belligérants. Ainsi le conflit en Iran ouvre une nouvelle ère où tout l’ordre international qui avait été institué après 1945 par les deux grands du camp vainqueur, principalement les États-Unis, disparaît désormais de manière définitive. Après la chute de l’URSS et son effondrement au début des années 1990, ce sont désormais tous les vestiges, tous les liens de plus en plus ténus de l’ancien bloc occidental qui se volatilisent. Les anciens alliés deviennent exclusivement et plus que jamais rivaux.
Aujourd’hui, les conflits intenses et sans issue se multiplient et s’enlisent dans des bourbiers sans fin. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, celui d’Ukraine témoigne d’un acharnement de part et d’autre qui prend des proportions qui poussent les belligérants au-delà de l’épuisement imaginable. En juillet, avait lieu la frappe russe sur un immeuble de Kiev (faisant 30 morts), la plus meurtrière depuis l’ouverture des hostilités. Aux frappes russes répond la multiplication de frappes ukrainiennes en profondeurs sur le sol russe, avec son lot de victimes, de pollutions et de dégâts matériels colossaux. La Chine, tout en étant minée de l’intérieur par des tensions réglées en urgence par des purges au sommet de l’État, continue de se faire menaçante, notamment vis à vis de Taïwan mais ne parvient pas à imposer ses propres ambitions au monde. Pour leur part, les États-Unis se retrouvent complètement isolés, humiliés, alimentant au premier chef cette fragmentation du monde où tous les États concurrents et rivaux se méfient désormais les uns des autres.
Une telle insécurité continue de légitimer les dépenses militaires qui montent en flèche, plombant et accentuant les contradictions d’une crise économique de surproduction déjà dévastatrice,[3] ouvrant la voie vers une conjoncture inconnue, bien pire que la crise de 2008 ou celle de la Grande dépression des années 1930. Les dépenses colossales d’armements alimentent l’économie de guerre et accompagnent la dynamique du militarisme, entraînent les pires effets sur la société et notamment la classe ouvrière, provoquant inflation, chômage, misère. De manière symbolique, cette crise économique est jugée en Allemagne comme «la plus grave depuis 1945». L’Allemagne, pays qui fut la vitrine même de l’Europe occidentale durant la guerre froide, voit l’image de son «miracle» littéralement torpillée, provoquant un véritable séisme dans ses fleurons, en particulier de l’industrie automobile, qui ne parvient plus à se relever, enlisée dans une «crise structurelle et sociale». D’ores et déjà, les usines Volkswagen prévoient de supprimer 100,000 postes dans les années à venir, Mercedes envisage de prolonger le temps de travail de 30 à 40%, Bosch souhaite supprimer 13 000 emplois. Comme partout, sont envisagées d’autres attaques massives, comme par exemple sur la santé ou les retraites prévues de passer de 67 à 70 ans!
Les conséquences pour tous les travailleurs sont en fait incalculables. La crise frappe et entraîne toujours plus les prolétaires vers la paupérisation absolue. Partout dans le monde, la tendance est à la baisse des salaires, au dumping social, à une précarisation croissante des conditions de travail. En Europe, par exemple, l’explosion en cascade du «détachement de salariés», c’est à dire la mobilité de salariés à moindre coûts, généralisée chez les sous-traitants, institutionnalise un véritable trafic d’êtres humains, souvent non-déclarés, aux rémunérations inférieures aux conditions minimales, dépassant souvent les durées maximales de travail légales, logeant dans des taudis indignes, dans les passoires thermiques des marchands de sommeil. Les travailleurs sont de plus en plus précarisés, corvéables à merci. Selon les statistiques de l’office européen, Eurostat, «un Européen sur cinq est en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale». Et le conflit régional au Proche orient, qui n’est pas près de se terminer, ne peut qu’accentuer tous les effets combinés de la crise.
L’accélération du changement climatique qui évolue plus rapidement que prévu, comme en a témoigné la canicule qui a frappé de plein fouet toute l’Europe, laisse dire à certains commentateurs que nous avons «changé d’ère». Les trois premières vagues de canicules, par leur précocité et intensité, ont été inédites. Les températures records ont provoqué une surmortalité avec près de 10,000 décès rien qu’en Allemagne. Selon les chiffres de l’OMS, on compte ces quatre dernières années, plus de 200,000 morts en Europe à cause de la chaleur. Des méga-feux «hors norme» ont accompagné une sécheresse exceptionnelle. Une situation cataclysmique! Alors que l’été est loin d’être terminé, au moment de rédiger de cet article, beaucoup de cours d’eau sont à sec et la planète brûle! En France, près de 130,000 hectares sont partis en fumée: plus de 50% de plus qu’il y a un an seulement. Même les pays du nord sont touchés. En méditerranée, les incendies sont légion depuis des décennies, mais ils prennent aujourd’hui des proportions Dantesques. En Espagne, par exemple à Saragosse, près de 13,000 hectares se sont volatilisés en seulement 3 jours et 170 000 hectares ont été réduits en cendres sur tout le territoire! Le nord-est des États-Unis a suffoqué sous les fumées des mégas incendies du Canada, au point où avait même été envisagée la possibilité de transférer la finale de la coupe du monde de football de New York vers une autre ville. Partout, le manque criant de moyens face à ces destructions, d’une échelle sans précédent, s’accompagne d’idéologies irrationnelles, allant du climatoscepticisme au messianisme débridé, comme en témoigne la rhétorique jusqu’au-boutiste d’un Netanyahou, d’un Pete Hegseth ou de la droite évangélique américaine, expressions de l’obsolescence et de la dangerosité croissante du mode de production capitaliste.
La nécessité absolue de la révolution
Face aux cauchemars actuels et ceux que nous réserve le système capitaliste, il n’est qu’une seule issue: la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière. Parce qu’elle est au cœur de la production, en tant que classe exploitée génératrice de richesses tout en en étant privée, la classe ouvrière est la seule classe révolutionnaire capable de s’unir par-delà les frontières pour renverser le système moribond qui menace de destruction toute l’humanité. Pour cela, le prolétariat devra lutter de manière consciente sur son propre terrain, c’est à dire comme classe autonome afin de défendre ses conditions de vie attaquées, et par là même retrouver le chemin de son expérience historique oubliée, retrouver ce qui fait son identité de classe perdue pour aller bien au-delà d’une simple résistance aux attaques du capital. La classe ouvrière devra mener une lutte intense et massive, développer une réflexion en profondeur afin de déjouer les obstacles, notamment ceux qui obscurcissent et entravent les conditions de son combat, elle devra renouer avec toute l’expérience du passé,[4] pour retrouver sa capacité d’initiative et toute la mémoire du meilleur de l’expérience et de la tradition du mouvement ouvrier. Les organisations révolutionnaires, ancrées dans la tradition de la Gauche communiste ont d’ores et déjà un rôle central à jouer, incontournable et vital pour orienter le mouvement et déjouer les pièges tendus par ses ennemis, les fausses alternatives; pour guider le combat sur le long chemin à parcourir, celui d’une classe qui devra s’affirmer pour défendre la seule perspective viable, nécessaire et encore possible, celle du Communisme.
WH (28 juillet)
[1]Extrait du Manifeste sur les 50 ans du CCI.
[2] Lire notre article L’accélération de la décomposition capitaliste pose ouvertement la question de la destruction de l’humanité, Revue internationale n°169 et nos articles sur le conflit en Iran sur notre site.
[3] Voir notre article sur la crise économique (à paraître).
[4] Voir notre article sur les leçons de la lutte de 2006 contre le CPE -Contrat Première embauche- ( à paraître).






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