Aujourd'hui, un an après la "réforme" sur les retraites, le prolétariat en France est confronté à une nouvelle attaque violente et frontale de sa bourgeoisie : la remise en cause de la Sécurité sociale et des dépenses de santé.
Une nouvelle attaque généralisée du capitalismeCelle-ci va toucher tous les ouvriers et se traduire par une aggravation
considérable de leurs conditions de vie et une intensification
de leur exploitation.
Les mesures déjà annoncées prévoient simultanément
:
Concrètement, les maladies non physiquement décelables
comme la dépression nerveuse, l'angoisse, le stress, la fatigue
qui deviennent de plus en plus le lot commun des ouvriers confrontés
quotidiennement à la dégradation de plus en plus insupportable
de la vie sociale et à l'intensification de l'exploitation seront
systématiquement suspectées de fraude à l'assurance
maladie.
Le cumul de ces ponctions allant toutes dans le même sens caractérise
l'ampleur de l'accélération de la nouvelle attaque actuelle.
Ainsi, plus personne n'est épargné, ce sont d'emblée
tous les prolétaires, toutes générations confondues,qui
vont subir de plein fouet cette attaque, dans le secteur privé
comme dans le secteur public, les retraités comme les actifs,
les chômeurs comme les salariés. Après avoir vu
leur retraite considérablement amputée et avoir perdu
l'espoir de s'assurer une vie décente au cours des dernières
années de leur existence, les prolétaires se voient en
plus aujourd'hui privés du droit de tomber malade et de se soigner.
La classe ouvrière, désormais à peu près
taillable et corvéable à merci, est ainsi brutalement
ramenée à un niveau de misère, de précarité
et d'exploitation comparable à celui qu'elle subissait au 19e
siècle, mais cette fois sans pouvoir escompter une amélioration
de sa condition tirée des progrès du capitalisme.
Contrairement au battage des médias qui la présentent
comme une série de mesures hâtivement ficelées,
cette attaque a été cette fois encore dûment planifiée
et préparée depuis des mois. La bourgeoisie s'est donnée
tous les moyens pour la mener avec le moins de danger possible de s'exposer
à une réaction incontrôlable de la classe ouvrière.
Après l'annonce télévisée des principales
mesures le 17 mai, entre deux échéances électorales,
ce qui est toujours une période où la bourgeoisie a le
moins à craindre une mobilisation ouvrière, tout doit
aller très vite : dans la foulée, les "partenaires
sociaux", essentiellement les syndicats, sont officiellement consultés
et reçus ; le 25 mai, le texte du projet de loi est déposé
au Conseil d'Etat, à la mi-juin, il passe au conseil des ministres
avant d'être débattu et adopté au parlement en juillet,
en plein milieu des vacances d'été.
D'emblée, les médias minimisent la portée des mesures
annoncées et mettent en avant qu'il ne s'agit que de mesurettes
constituées de bric et de broc et non la grande réforme
annoncée depuis des mois à grands renforts de publicité.
Les syndicats eux-mêmes sont loin de jeter de l'huile sur le feu
et se contentent d'appeler à une journée de mobilisation-test
pour le 5 juin, alors qu'une série d'autres mobilisations est
annoncée sur d'autres motifs, dans des secteurs particuliers.
Ainsi les fonctionnaires sont appelés à faire grève
le 25 mai pour protester contre la non revalorisation des salaires dans
la fonction publique et les coupes budgétaires alors que les
hauts-fonctionnaires d'Etat s'attribuent dans le même temps des
primes supplémentaires, donnant une large publicité aux
échos sur le train de vie princier du couple Sarkozy. Les électriciens
et les gaziers sont également appelés à se mobiliser
tous les jours et à manifester "massivement" le 27
mai et le 15 juin contre le changement de statut d'EDF et de GDF et
au nom de "la défense du service public".
Mais surtout, la bourgeoisie française pour dissuader les ouvriers
d'entrer massivement en lutte lui tend un piège électoral
et annonce cette attaque majeure et cette intensification de l'exploitation
capitaliste en pleine période électorale pour mieux détourner
le mécontentement des ouvriers du terrain de la lutte de classe
et le pousser à s'exprimer dans les urnes. Déjà
traditionnellement, les périodes électorales ne sont pas
les plus favorables pour la classe ouvrière et sont profondément
démobilisatrices. Mais aujourd'hui, la campagne électoraliste
de la bourgeoisie est particulièrement adaptée pour intoxiquer
au maximum la conscience des ouvriers et miner leur riposte aux attaques
sur la Sécurité sociale. La bourgeoisie utilise à
présent l'impopularité de Raffarin et de ses gouvernements
successifs pour lui faire porter le chapeau d'une nouvelle attaque,
quitte à le sacrifier par la suite. Ainsi, toute la bourgeoisie
orchestre-t-elle une vaste campagne idéologique mettant en avant
que, puisque le gouvernement Raffarin est le responsable des attaques,
il faut confirmer la baffe qu'il a prise aux élections régionales,
il faut continuer à le sanctionner avec son équipe à
travers le bulletin de vote aux élections européennes.
Depuis les élections régionales, au sein de l'appareil
politique de la bourgeoisie, les syndicats et les gauchistes eux-mêmes
appellent sans relâche les ouvriers à se mobiliser avant
tout sur le terrain électoral et à exprimer leur mécontentement
dans les urnes, apportant ainsi la meilleure caution à la parole
de Raffarin lui-même au moment de l'attaque sur les retraites
"Ce n'est pas la rue qui gouverne". Les ouvriers sont encouragés
massivement par les syndicats et les gauchistes à faire du bulletin
de vote une arme efficace pour atteindre cet objectif dérisoire
devenu un mot d'ordre largement répandu : "virer Raffarin",
ce dernier étant désigné comme unique responsable
des attaques et de tous les maux du capitalisme.
Il faut rappeler que les attaques sur la Sécurité sociale
adoptées par les équipes de droite actuelles sont la poursuite
et l'intensification des mesures déjà prises par la gauche
quand elle était elle-même au gouvernement. Il faut se
souvenir que l'argumentation utilisée pour justifier ces attaques
est elle aussi identique. Ainsi, par exemple, la "responsabilisation"
des patients face au "trou de la Sécu" et aux soi-disant
"abus" des dépenses de santé avait été
l'enveloppe idéologique de l'institution du forfait hospitalier
par le "communiste" Ralite en 1983. La fameuse CSG avait été
instituée par le gouvernement Rocard, au nom de la "solidarité
sociale" alors que la prolongation de la CRDS (contribution pour
le remboursement de la dette sociale) dont le PS critique aujourd'hui
le poids sur les générations futures avait déjà
été précédemment pérennisée
jusqu'en 2014 par le gouvernement Jospin. Quant à la politique
intensifiée aujourd'hui sur le déremboursement des médicaments,
il faut rappeler que c'est Madame Aubry qui l'avait initialisée.
Il n'est pas une seule des mesures adoptées, intensifiées
ou renforcées aujourd'hui qui n'ait été préparée,
ébauchée ou entreprise par la gauche au gouvernement.
Derrière cela, il s'agit bien entendu de mystifier les ouvriers
et de tenter de les persuader que la lutte ne sert à rien, que
seul le bulletin de vote peut changer les choses. C'est une gigantesque
escroquerie.
De tous temps, la bourgeoisie a cherché à persuader les
prolétaires que "lutter ne sert à rien". Or,
face au développement et à la succession des attaques
capitalistes, le seul moyen de se défendre est de lutter. La
classe ouvrière n'a pas d'autre choix. Car si elle ne le fait
pas, la bourgeoisie va continuer à cogner toujours plus fort,
sans retenue.
Quel est l'enjeu véritable de la situation ? Il s'agit pour la
bourgeoisie de masquer aux yeux de la classe ouvrière que la
véritable signification de l'attaque sur la Sécurité
sociale est la même que celle sur les retraites l'an dernier,
sur les chômeurs il y a quelques mois. Ces attaques n'ont rien
à voir avec une "situation transitoire" liée
à une "mauvaise conjoncture économique" ou encore
avec une "mauvaise répartition des richesses" comme
le prétendent les altermondialistes ou les gauchistes de "Lutte
Ouvrière". Le démantèlement accéléré
de l'Etat providence n'est pas particulier à la France. Partout,
dans tous les pays industrialisés, qu'ils soient gouvernés
par la gauche ou par la droite, les ouvriers subissent avec l'aggravation
de la crise économique mondiale, la même remise en cause
des "acquis sociaux" et de toute la protection sociale qui
avait été mise en place, notamment en France, pour mieux
amener les prolétaires "à retrousser les manches"
pour faire redémarrer l'économie nationale à la
fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela révèle au grand
jour la faillite historique du système capitaliste qui n'a rien
d'autre à offrir à l'humanité que toujours plus
de misère, de massacres, de barbarie, de famines, d'épidémies.
C'est justement pour cela qu'il n'existe pas d'autre perspective pour
les ouvriers que de renverser le capitalisme à l'échelle
mondiale et de le remplacer par une autre société, basée
non plus sur la recherche du profit et l'exploitation mais sur la satisfaction
des besoins humains.
Ce n'est que par la lutte que la classe ouvrière peut freiner
les attaques du capitalisme, reprendre confiance en ses propres forces
et prendre conscience qu'elle est seule capable d'offrir une alternative
à l'impasse du capitalisme.
Plus que jamais, il s'agit pour la bourgeoisie de faire obstacle à
la prise de conscience au sein de la classe ouvrière que, face
à ces attaques massives, les prolétaires sont poussés
à entrer en lutte massivement, ensemble, à s'unir autour
des mêmes revendications.
Mais pour cela, les prolétaires ne peuvent faire confiance ni
aux syndicats, ni aux gauchistes. Si la bourgeoisie peut se permettre
aujourd'hui cette nouvelle attaque, moins d'un an après avoir
fait passer sa réforme des retraites, c'est parce que la classe
ouvrière n'a pas pu faire reculer la bourgeoisie sur les retraites,
parce qu'elle est tombée dans les pièges tendus conjointement
par le gouvernement, les syndicats et les gauchistes. C'est la défaite
subie l'an dernier qui permet à la bourgeoisie de préparer
des attaques encore plus lourdes et généralisées
contre les prolétaires.
Pour pouvoir faire face à ces attaques, les ouvriers ne doivent
ni se laisser démoraliser, ni retomber dans les pièges
que leur tend inévitablement la bourgeoisie. Ils ne doivent en
particulier plus faire la moindre confiance à ceux qui prétendent
défendre leurs intérêts et qui sont précisément
les mêmes que ceux qui les ont conduits dans cette défaite
l'an dernier, les syndicats et les organisations gauchistes.
C'est une des principales leçons que la classe ouvrière
doit pleinement tirer de la défaite du printemps 2003. Il faut
rappeler comment les syndicats et les gauchistes ont déjà
manoeuvré les ouvriers dans ces moments décisifs, notamment
en enfermant la lutte sur le terrain du corporatisme. Déjà,
la bourgeoisie avait choisi le moment de porter son attaque sur les
retraites et avait mis en place un dispositif pour que l'explosion inévitable
de la colère ouvrière soit stoppée par la trêve
des congés d'été. L'essentiel de sa manoeuvre a
consisté à provoquer un secteur particulier, celui de
l'Education nationale, au moyen d'une attaque spécifique particulièrement
sévère, en vue d'obtenir que sa lutte se polarisant sur
cette attaque la concernant en propre, il s'isole du reste de la classe
désamorçant ainsi le risque d'une mobilisation généralisée
de la classe ouvrière face à l'attaque sur les retraites.
Alors même que les syndicats freinaient la lutte dans les autres
secteurs (RATP, SNCF) sur la question des retraites, ils encourageaient
les enseignants à se battre sur l'attaque spécifique concernant
la décentralisation. Les syndicats ont été le fer
de lance de l'enfermement dans la corporation, qui a joué un
rôle décisif dans la défaite du printemps 2003.
Ainsi, en poussant à la focalisation des enseignants sur cette
attaque spécifique, ils ont à la fois permis de faire
passer l'attaque sur les retraites au second plan des préoccupations
des enseignants et installé sur le devant de la scène
une attaque dans laquelle l'ensemble de la classe ouvrière ne
pouvait plus se sentir immédiatement concernée. Cette
manoeuvre de division a été parachevée avec la
période des examens que les syndicats "radicaux" et
les gauchistes ont menacé de bloquer, provoquant ainsi des réactions
d'hostilité envers les enseignants de la part de prolétaires
dont les enfants risquaient de faire les frais de ce blocage. Enfin,
après avoir semé l'illusion que la détermination
des enseignants à eux seuls pourraient faire reculer le gouvernement
et avoir épuisé leur combativité dans une grève
longue, les syndicats ont activement poussé les enseignants à
faire porter le chapeau de la défaite aux autres secteurs de
la classe ouvrière qui n'auraient pas manifesté leur solidarité
envers les travailleurs de l'Education nationale. Les syndicats et les
gauchistes ont ainsi favorisé et suscité la division des
ouvriers, non seulement en permettant de faire passer l'attaque sur
les retraites pour tous les ouvriers mais en infligeant un goût
de défaite encore plus amer et démoralisant pour le secteur
de l'Education nationale.
La classe ouvrière pour pouvoir se défendre et freiner
les attaques de la bourgeoisie est amenée à surmonter
le poids de la démoralisation des défaites précédentes,
à réaffirmer et développer son combat de classe.
Pour être en mesure de déjouer les pièges que lui
tendra inévitablement la bourgeoisie, elle devra discerner quels
sont ses ennemis. En particulier, les différentes fractions de
la bourgeoisie, avec en leur sein les syndicats et les gauchistes, vont
s'appuyer sur le même type de manoeuvres d'enfermement pour empêcher
la mobilisation la plus large et unitaire possible de la classe ouvrière
et faire passer l'attaque sur la Sécurité sociale et le
système de santé.
C'est ce qu'ils font dès à présent en tentant de
détourner la classe ouvrière d'une riposte massive et
en cherchant à l'attirer sur le terrain de la bourgeoisie, vers
l'impasse des urnes.
La classe ouvrière n'a pas d'autre choix que de se battre le
plus massivement et le plus unitairement possible sur son terrain de
classe pour être en mesure de résister aux attaques de
la bourgeoisie. Elle doit réapprendre à ne compter que
sur ses propres forces pour développer son combat de classe.
Tous les jours, des heurts meurtriers se déroulent dans chaque ville irakienne comme à Kerbala le 19 mai dernier. Des massacres de populations civiles se perpétuent comme dans le village de Makredid où une fête de mariage a été bombardée faisant au moins 40 morts, principalement des femmes et des enfants. Les exécutions sommaires d'otages à l'arme blanche par des groupuscules fanatisés et armés toujours plus nombreux deviennent monnaie courante. Mais ce qui est nouveau dans la situation, c'est l'apparition sur les écrans de télévision du monde entier des tortures infligées aux prisonniers irakiens d'Abou-Ghraib. Il est certain que ces tortures ne doivent pas concerner que cette seule prison, pas plus qu'elles n'auraient seulement commencé qu'au mois de mai de cette année.
L'Etat américain est entré à nouveau en guerre contre l'Irak de Saddam Hussein au nom de la lutte contre le terrorisme, les Etats voyous, pour la défense de la civilisation et de la démocratie. Les tortures infligées aux prisonniers irakiens mettent clairement en lumière la véritable nature de la démocratie. En matière de barbarie, elle n'a rien à envier à n'importe quelle autre forme de dictature du capital. Les Etats-Unis ne sont pas le premier Etat démocratique à utiliser massivement la torture. Sans avoir besoin de remonter trop loin dans le temps, il suffit de se rappeler le rôle joué par la démocratie française au Rwanda en 1994, organisant cyniquement un génocide et des tortures à grande échelle qui allaient entraîner le massacre sauvage d'un million de personnes. Mais plus clairement encore, pendant la guerre d'Indochine, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale menée au nom de la lutte contre le monstre fasciste, l'armée française ne se prive pas d'utiliser massivement la torture. Parmi d'innombrables témoignages celui du jeune lieutenant-colonel Jules Roy est frappant dans sa dramatique ressemblance avec ceux qui nous parviennent aujourd'hui d'Irak : "Sur toutes les bases aériennes, à l'écart des pistes, étaient construites des cahutes, qu'on évitait et d'où, la nuit montaient des hurlements qu'on feignait de ne pas entendre... Je demandai à l'officier qui m'accompagnait ce que c'était 'Rien, des suspects '. Je demandai qu'on s'arrêtât. J'allai à la pagode. J'entrai : on amenait les files de Nha Que devant les tables où les spécialistes leurs brisaient les couilles à la magnéto" (Mémoires barbares, éd. Albin Michel, 1989). De ce point de vue, les tortures infligées également par l'armée française pendant la guerre d'Algérie à la fin des années 1950 n'ont rien à envier à celles pratiquées en Indochine. En Algérie, la torture a été promue par les chefs de l'armée française : Massu, Bigeard, Graziani au rang d'une véritable torture de masse. Dans chaque place du territoire algérien, il y avait un officier de renseignement tortionnaire officiel, entouré de son équipe de paras "spécialisés". Contrairement à ce qu'affirment tous les idéologues et autres défenseurs de l'ordre bourgeois, la démocratie, tout au long de son histoire, comme toute autre forme d'organisation du capital, n'a jamais cessé d'utiliser les moyens les plus barbares pour arriver à ses fins. Les larmes de crocodiles versées par le gouvernement français sur les horreurs perpétrées en Irak apparaissent ici clairement pour ce qu'elles sont : pure hypocrisie ! Il est indéniable que la révélation des tortures perpétrées en Irak ne se traduise par un nouvel affaiblissement du leadership américain. Il est évident que les principales puissances rivales des Etats-Unis ne pouvaient qu'utiliser à nouveau cet affaiblissement dans le sens de la défense du renforcement de leurs sordides intérêts nationaux.
C'est à cette logique qu'obéit le renforcement sans précédent de la coopération stratégique et militaire entre la France et la Russie. La mise en place de contacts réguliers entre leurs ministres de la défense et leurs chefs d'Etat-major, ainsi que le déroulement de manœuvres navales d'envergure sont l'expression directe de cette nouvelle politique impérialiste. Mais plus directement encore "La France a fait savoir la semaine dernière par la voix de son ministre des Affaires étrangères, M. Barnier, qu'elle n'enverrait pas de soldats en Irak 'ni maintenant, ni plus tard'" (Dépêche Internet du Monde datée du 20/05/04). Jusqu'à présent les dirigeants français s'en étaient tenus à une toute autre position. Ils affirmaient jusqu'ici que pour envisager une participation militaire de la France en Irak, il ne pouvait y avoir d'autre voie qu'un retour de l'ONU à la tête des opérations. Cette porte est dorénavant définitivement fermée. L'impérialisme français vient même de refuser d'accéder à la demande de C. Powell, chef de la diplomatie américaine, d'envoyer des soldats en Irak avec une mission limitée consistant seulement à protéger le personnel de l'ONU. Quelle que soit l'ampleur des massacres et des tortures infligées à la population irakienne, les puissances rivales des Etats-Unis ne peuvent que se réjouir secrètement de l'affaiblissement du leadership américain en Irak. Plus encore, elles pousseront celui-ci, au mépris de tout respect pour la vie humaine, dans un enlisement toujours plus profond dans le bourbier irakien.
Il est un fait évident, maintenant visible par tous, l'Irak est un pays en plein chaos. La guerre y est permanente et couvre tout le pays. L'armée américaine et ses alliés de la coalition s'enlisent dans un bourbier toujours plus grand, manifestant une perte de contrôle grandissante de la situation. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, le 9 avril 2003, les Etats-Unis s'enfoncent chaque jour un peu plus dans une violence qu'ils parviennent de moins en moins à contrôler. Attentats, prises d'otages et combats de rue se multiplient. La révolte chiite menée par le leader Moqtadta Al Sadr continue à s'étendre malgré les appels au calme lancés par l'ayatollah Al Sistani. L'attentat commis le 17 mai, qui a tué le président du gouvernement provisoire irakien est un nouveau revers important pour l'impérialisme américain. Il matérialise le refus par les diverses fractions ethniques irakiennes d'entériner la carte politique américaine, de la mise en place d'un gouvernement démocratique irakien aux ordres de Washington. En un peu plus d'une année de guerre, l'impérialisme américain se retrouve face à un front du refus, hier encore impensable, composé des différentes fractions ethniques et religieuses : Kurdes, Chiites, Sunnites.
Tous aujourd'hui s'opposent à la présence américaine sur le sol irakien. Pour les Etats-Unis il n'existe plus de porte de sortie. G.W. Bush ne peut pourtant que réaffirmer que le transfert de souveraineté serait malgré tout maintenu au 30 juin. Un président américain intérimaire, un premier ministre et d'autres ministres devraient être désignés dans les semaines à venir d'après l'administration américaine. L'inquiétude devant l'évolution de la situation en Irak, se manifeste par une demande de donner plus de latitude aux Irakiens, en matière de sécurité et d'installations militaires de la part des principaux alliés de Washington. S. Berlusconi en visite tout récemment aux Etats-Unis, a même fait savoir qu'il avait pour projet : "le transfert complet de souveraineté à un gouvernement provisoire irakien au 30 juin, dans le cadre d'une nouvelle résolution du conseil de sécurité de l'ONU." Toutes ces tentatives de nommer un gouvernement provisoire en Irak, alors que le pays est occupé militairement par les Américains, sont vouées à l'échec. Ce gouvernement n'aurait aucune légitimité aux yeux de l'ensemble des Irakiens, quelle que soit leur ethnie ou religion. Ce gouvernement apparaîtrait nécessairement comme une création américaine et serait sans doute combattue en tant que tel. L'affaiblissement accéléré du leadership américain se manifeste également par un processus d'éclatement de la coalition. Depuis le retrait commencé des troupes espagnoles, des pays comme le Honduras, la Thaïlande et, en Europe, la Pologne, le Danemark, la Hollande ont fait savoir leur inquiétude grandissante et leur éventuel projet de retrait pur et simple de leur participation aux forces de la coalition. J.P. Balkemende, chef d'Etat des Pays Bas, le 11 mai dernier, suite à la mort du premier soldat hollandais en Irak a déclaré : "que la présence future et la légitimité des 1300 soldats sur place dépendront du rôle futur des Nations Unies en Irak." La situation de chaos est telle dans ce pays que la bourgeoisie américaine, républicains et démocrates confondus, est aujourd'hui dans l'incapacité de tracer une réelle perspective à la politique américaine sur le terrain. En effet, tant le retrait pur et simple des troupes engagées, comme celui de leur maintien sur place, voire de leur renforcement, n'offre aucune perspective de stabilisation de la situation.
Depuis quelques jours, l'Etat israélien poursuit une offensive militaire d'envergure, dans le Sud de la bande de Gaza, près de la ville de Rafah. Cette nouvelle opération militaire baptisée "Arc-en-ciel", se traduit par des dizaines de morts et la destruction de zones entières d'habitations. Le mois dernier, Sharon, chef de l'Etat israélien, en visite aux Etats-Unis et sortant d'une entrevue avec Bush présentait au monde son nouveau plan de paix, qui consistait, entre autre, au retrait programmé des colonies israéliennes de la bande de Gaza. En guise de plan de paix, les Palestiniens et notamment les femmes et les enfants, auront eu droit aux bombardements, tirs de missile et autres mortiers dans leurs villages. Ce plan de paix est en fait un plan de guerre qui vise à rejeter les Palestiniens au-delà du Jourdain et d'écraser dans le sang toute résistance dans la bande de Gaza. Cette politique de Sharon, de fuite en avant dans la guerre se révélera à terme totalement suicidaire pour toute la région, y compris pour l'Etat d'Israël.
Le Moyen-Orient est, comme l'Irak, à feu et à sang. La guerre et le chaos ne peuvent que s'y accélérer. Face à la gravité de la situation, et devant le processus accéléré de déstabilisation de tout le Moyen-Orient, le conseil de sécurité permanent de l'ONU a demandé à travers une résolution à l'Etat d'Israël "qu'il soit mis fin à la violence " Les arrières pensées des requins impérialistes siégeant en permanence à l'ONU ne fait aucun doute. Cette organisation de la bourgeoisie, contrairement aux discours mensongers qui sont perpétuellement avancés, n'est que le lieu de confrontations diplomatiques des rivalités inter-impérialistes. Chaque Etat n'y défend que ses propres intérêts. En ce sens, la résolution adoptée en opposition à l'opération militaire "Arc-en-ciel" n'a rien à voir avec un sentiment d'humanité, totalement étranger à ce type d'organisation. Cette prise de position n'est, ni plus ni moins, qu'un des moments d'affrontement entre puissances impérialistes dominantes. Le front antiaméricain qui s'y est exprimé par le vote de cette résolution participe de fait au développement de la guerre et du chaos au Moyen-Orient.
Mais le fait que les Etats-Unis soient amenés dans cette circonstance à s'abstenir au moment du vote en dit long sur l'affaiblissement de la première puissance mondiale. L'ambassadeur américain adjoint, J. Cunningham a justifié cette abstention en expliquant que la résolution ne prenait pas suffisamment en compte "le contexte des opérations militaires" destiné selon Israël a prévenir des attaques anti-israéliennes. L'incapacité de l'administration américaine à retenir son allié privilégié israélien s'étale ainsi au grand jour. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis n'ont été entraînés dans un tel processus d'affaiblissement. Cette situation est lourde de conséquences pour l'avenir. La décomposition de la société capitaliste qui s'exprime avec violence au Proche et au Moyen-Orient ne peut que s'accélérer dans la période à venir, d'affrontements militaires en attentats suicides toujours plus irrationnels. Il est à craindre notamment d'ici l'éventuelle nomination fin juin d'un gouvernement provisoire pro-américain en Irak, une montée en puissance de la violence qui n'épargnera plus aucun secteur de la population irakienne. Ce monde capitaliste en faillite qui s'écroule ainsi irrémédiablement met en danger de mort pas seulement la population d'Irak ou du Moyen-Orient, mais à terme celle de l'humanité toute entière.
Tim (20 mai)
"Après la baffe électorale des élections régionales, à la tonalité clairement anti-libérale, la droite n'en demeure pas moins résolue à faire passer son programme de démolition sociale (...) Dans ces conditions, il est clair que les prochaines élections européennes devront enfoncer le clou : le gouvernement C.R.S. (Chirac, Raffarin, Sarkozy) et sa politique libérale n'ont plus la moindre légitimité. Par la rue et par les urnes, ils doivent être chassés" (Bulletin de la Fédération des Bouches-du-Rhône de la Ligue Communiste Révolutionnaire). Sur la même longueur d'onde, Lutte Ouvrière déclare dans son n° 1867 : "A coup sûr, les élections européennes offrent une nouvelle occasion de désavouer la politique de ce gouvernement à plat ventre devant le grand patronat et le Medef et qui, après avoir amputé les retraites, s'attaque à l'assurance maladie, au droit de se soigner convenablement. Ce serait dommage de ne pas se saisir de l'occasion." (Editorial d'Arlette Laguiller).
Au moment où le gouvernement concocte des
mesures draconiennes avec la collaboration des syndicats pour démanteler
la protection sociale, alors qu'il est nécessaire que les ouvriers
se mobilisent, se rassemblent, s'organisent pour lutter face à
cette nouvelle attaque, les organisations trotskistes LO/LCR invitent
les prolétaires …à aller "massivement"
déposer leur bulletin de vote dans l'isoloir, le 13 juin aux
élections européennes pour sanctionner une deuxième
fois le gouvernement. Les trotskistes entretiennent ainsi l'illusion,
comme aux régionales, que c'est dans les urnes que la riposte
ouvrière peut s'exprimer. Il est pourtant manifeste que le résultat
des élections régionales n'a en rien permis d'améliorer
le sort des ouvriers comme il n'a en rien permis de ralentir les attaques
de la bourgeoisie. Le sens réel de la contribution des trotskistes
est qu'ils sont les fers de lance d'une vaste campagne idéologique
orchestrée par la bourgeoisie autour des élections européennes
qui vise à détourner au maximum les ouvriers du chemin
de la lutte de classe.
"L'autre raison de faire campagne dans ces élections européennes
est de pouvoir y dire ce que personne d'autre ne dira, que nous sommes
partisans de l'unification de l'Europe, justement parce que nous sommes
internationalistes, communistes", déclare LO dans son n°
1865. C'est le même discours de fond que tient aussi la LCR :
"Nous ne sommes pas opposés à l'idée d'une
organisation des peuples à l'échelle européenne,
ni même à l'échelle mondiale".
Les Etats-Unis d'Europe ? L'unité européenne au nom de
l'Internationalisme prolétarien et du Communisme ? Quelle mystification ! Cela
n'a jamais été le point de vue de l'internationalisme
prolétarien et des communistes puisqu'il est clair pour eux que
seule la lutte de la classe ouvrière à l'échelle
internationale peut venir à bout du capitalisme et de ses divisions
nationales. "Prolétaires de tous les pays, unissez vous"
pour renverser le capitalisme disait le Manifeste communiste dès
1848 parce que précisément la classe ouvrière n'a
pas de patrie ni de frontières à défendre fussent-elle
dans le cadre d'un regroupement ou d'une coalition d'Etats. Après
l'altermondialisme, les trotskistes appellent à construire "une
autre Europe". Pas l'Europe des capitalistes, mais "l'Europe
sociale", "l'Europe des travailleurs", proclament-ils.
Pour la classe ouvrière, il ne s'agit pas de construire "une
Europe des travailleurs" mais de renverser le capitalisme, d'abolir
les frontières, de détruire les rapports d'exploitation
à l'échelle mondiale, et cela ne se fera certainement
pas par les urnes. La propagande des trotskistes en faveur de l'unité
européenne a une toute autre fonction. "Les travailleurs,
la population, ont intérêt à une Europe unie, sans
frontières entre les peuples, aussi large que possible. Mais
cette Europe ne pourra être sociale ni être véritablement
unifiée que si elle est débarrassée de la dictature
des groupes financiers". (Editorial d'Arlette Laguiller, dans LO
du 14 mai, intitulé "Pour une Europe unie, débarrassée
de la dictature des financiers"). Ce n'est donc pas du système
d'exploitation capitaliste qu'il faut se débarrasser mais simplement
"de la dictature des groupes financiers" qui, selon LO, "serait
responsable du chômage, des bas salaires, des retraites amputées
et de l'assurance maladie menacée". Ce n'est donc pas ce
système d'exploitation qui doit être détruit, mais
les méchants patrons, les abominables représentants du
capital financier et leurs larbins gouvernementaux qui doivent être
chassés. "Pour une Europe libre : muselons le Capital",
réclame encore LO dans une de ses affiches électorales.
Les soi-disant mesures sociales que vante et préconise LO ne
sont en fait que de la poudre aux yeux qui reviennent à chercher
à persuader la classe ouvrière qu'elle n'a pas intérêt
à détruire le capitalisme par ses luttes pour instaurer
le communisme, mais plutôt voter pour changer l'équipe
gouvernementale et entretenir la mystification européenne pour
tenter de les persuader encore mieux de rester sur le terrain électoral
de la bourgeoisie. Ils n'hésitent même pas à transposer
le fonctionnement des assemblées générales ouvrières
ou des conseils ouvriers sur le parlement européen bourgeois
en réclamant "des députés européens
élus et révocables à tout moment" (LO n°1866
du 7 mai). On ne saurait jeter davantage de confusion dans les consciences
ouvrières. Cela revient à chercher à crédibiliser
le vieux mythe d'une Europe unie, de la construction européenne
de la bourgeoisie aux yeux des ouvriers. Si les trotskistes sont aujourd'hui
aux avants-postes de la mystification bourgeoise, tout ce barouf ne
sert qu'à une chose, à appâter un maximum d'ouvriers
pour les pousser une fois de plus vers les urnes de la bourgeoisie.
Les trotskistes se trouvent ainsi en première ligne de la propagande
bourgeoise en alimentant le mythe de la construction de l'unité
européenne, en cherchant à dénaturer dans la conscience
des ouvriers les principes internationalistes. Mais en fait, le mythe
qu'ils entretiennent sur la construction européenne s'inscrit
directement dans une logique de concurrence impérialiste des
Etats européens avec les Etats-Unis d'Amérique. Les trotskistes
contribuent à enfermer les ouvriers dans le cadre bourgeois,
celui des frontières, des élections, de la démocratie,
derrière les partis de gauche et les syndicats. Ce faisant, ils
s'érigent contre le développement de la lutte de classe
et contribuent à paralyser les réactions ouvrières
contre les attaques de la bourgeoisie.
Après un
mois de tumulte juridique et de battage médiatique autour du
sort des "recalculés" (sinistre euphémisme pour
désigner les 265 000 chômeurs privés prématurément,
en janvier dernier, de 7 mois d'indemnités suite à la
réforme de l'Unedic !), le dénouement est subitement tombé
de la bouche du ministre de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo.
En effet, ce "Monsieur social" du gouvernement Raffarin III
a tout simplement annoncé le 3 mai la réintégration
des "recalculés" dans le système d'assurance
chômage, soit près de 600 000 personnes d'ici à
fin 2005. Décision officialisée par le Conseil d'Etat
le 11 mai avec l'annulation de l'agrément de la convention Unedic
de décembre 2002 à l'origine de ce recalcul des prestations
de centaines de milliers de chômeurs.
Il n'en fallait pas plus pour présenter les multiples procédures
juridiques engagées auprès de 76 tribunaux, par les syndicats
et associations de chômeurs (AC !, Apeis, CGT et MNCP), sous le
jour d'"une grande victoire historique des chômeurs",
"la victoire de milliers de pots de terre contre le supposé
grand pot de fer" selon le comité national chômeurs-CGT
ou encore "une gifle pour le Medef et le gouvernement", d'après
les trotskistes de LO et de la LCR.
Mais peut-on imaginer un seul instant que la justice de la classe dominante,
celle qui est délivrée par la bourgeoisie et dans ses
intérêts, puisse prendre ne serait-ce qu'un moment fait
et cause pour la classe ouvrière ? Bien sûr que non, et
le mouvement ouvrier sait déjà depuis belle lurette tout
ce que l'on peut attendre de la Justice dans la société
bourgeoise : "Parmi bien d'autres institutions de l'Etat bourgeois,
la justice sert à opprimer et à tromper les masses ouvrières.
Cette institution respectable prononce ses jugements en se basant sur
des lois faites dans l'intérêt de la classe des exploiteurs.
Aussi, quelle que soit la composition du tribunal, la justice qu'il
rend est limitée à l'avance par les articles d'un Code
qui consacre les privilèges du Capital et l'absence de droits
des masses ouvrières." (ABC du communisme, Nicolas Boukharine
et Eugène Préobrajenski, 1919.)
Dès lors, que peuvent bien cacher ces lauriers qu'agite frénétiquement
la bourgeoisie ? De quel genre de victoire pour la classe ouvrière
nous parle-t-on ?
Ni les jugements favorables à la réintégration
des chômeurs, rendus par les tribunaux de Marseille et Paris,
respectivement le 15 avril et le 11 mai, ni la décision du Conseil
d'Etat, n'ont remis en cause la réforme de l'Unedic. Bien au
contraire, toute cette mascarade juridique n'a fait que renforcer cette
attaque massive et brutale. Si l'Etat a lâché du lest pour
les chômeurs entrés dans le système d'assurance
chômage avant le 31/12/2002, ceux dont la situation avait déjà
été recalculée, ce n'est que pour mieux enraciner
la réforme face à l'ensemble de la classe ouvrière.
C'est, en fin de compte, la vieille tactique empruntée au monde
militaire qui consiste à faire croire à son ennemi qu'il
remporte une victoire parce que l'on fait mine de battre en retraite
alors que dans le même temps l'offensive se met en place.
D'abord, concernant certaines catégories de chômeurs, dont
les médias se sont bien gardés de faire cas, aucune mesure
rétroactive n'a été envisagée. Par exemple,
les salariés ayant perdu leur emploi entre 50 et 55 ans doivent
toujours subir une réduction de 22 mois d'indemnisation, qu'ils
soient inscrits sur les listes de l'ANPE avant ou après le 1/01/2003
(voir RI 331).
Ensuite, pour la grande majorité "La décision annoncée
par Jean-Louis Borloo maintient [l'essentiel] de la convention signée
en décembre 2002. Tous les chômeurs entrés après
le 1/01/2003 n'ont droit qu'à 23 mois [au lieu de 30 avant la
réforme] d'indemnisation. Ensuite, il n'y a que les dispositifs
d'Etat : Allocation spécifique de solidarité [ASS], RMI,
voire rien du tout." (Libération du 4/05/2004.)
Il faut ajouter que dans le cadre de la réforme de l'assurance
chômage, l'ASS doit être, dorénavant, limitée
dans le temps (2 ou 3 ans) et, malgré la promesse de Chirac de
réviser ce dossier, cette nouvelle attaque commencera à
faire ses premières victimes dès le mois de juillet prochain.
Enfin, le PARE (plan d'aide au retour à l'emploi), instauré
par le gouvernement Jospin en janvier 2001 et qui a déjà
permis la radiation de centaines de milliers d'ouvriers des listes de
l'ANPE, se trouve désormais entièrement consacré
puisque les jugements successifs des tribunaux de Marseille et Paris
lui ont reconnu une valeur de contrat. Ce même argument qui a
servi à la réintégration des "recalculés"
n'est en réalité qu'une étape juridique concoctée
par la bourgeoisie pour aller encore plus loin dans la précarisation
du travail et l'assouplissement des procédures de radiation du
système d'assurance chômage. En effet, si un chômeurs
refuse un emploi, quel qu'il soit, les Assedic pourront considérer
qu'il y a rupture de contrat et par conséquent supprimer illico
presto les indemnités perçues. Le président du
Medef, Ernest-Antoine Seillière, ne s'y est pas trompé
en déclarant :"Nous avons applaudi au jugement de Marseille
[…] parce que nous avons toujours voulu que le PARE soit un contrat".
Voilà "la belle victoire" que célèbre
dans une grande messe œcuménique syndicats, trotskistes,
anarchistes officiels (type Alternative Libertaire), gauche plurielle,
jusqu'à la députée UMP Christine Boutin.
En agitant ostensiblement "la victoire des recalculés",
la bourgeoisie entérine sa réforme en suscitant le faux
espoir chez les ouvriers suivant lequel, malgré les attaques
violentes portées contre ses conditions de vie, le "petit
pot de terre" peut prendre parfois le dessus sur le "grand
pot de fer" car "il existerait finalement une justice en ce
bas monde". Le prolétaire n'a plus qu'à se résigner
en attendant que la bourgeoisie (qui, à la fois, fait office
de juge et de bourreau) rende son verdict. La belle affaire !
Plus qu'un faux espoir, il s'agit d'une énorme mystification
dont le but est d'atomiser les ouvriers, au chomage ou non, en les poussant
à se défendre, isolés les uns des autres, dans
les Palais de justice de la classe dominante et d'empêcher ainsi
leur union sur le seul et unique terrain où ils représentent
une force redoutable, celui de la lutte de classe.
Alors que la faillite du système capitaliste oblige la bourgeoisie
à saigner encore plus le prolétariat en lui supprimant
ses retraites, ses indemnités chômage et bientôt
le remboursement de ses soins médicaux, ce dernier doit prendre
conscience qu'il ne peut y avoir de justice pour les exploités
dans un tel monde. Il n'y a qu'une sentence possible, la révolution
communiste, et c'est au prolétariat qu'il revient, non seulement
de la prononcer mais aussi de l'exécuter.
Le 17 avril de cette année,
le PCF a fêté le centenaire de la naissance du journal L'Humanité. Cet
anniversaire, particulièrement marqué par un numéro spécial censé retracer la
vie de ce journal, avait été lancé depuis près d'un an à coups de forums et de débats,
agrémentés d'articles rassemblés sous une même rubrique appelant à "des
futurs d'humanité". Prenant des poses "communistes" et
"révolutionnaires", le PCF s'y vautre dans un de ses exercices
préférés : la falsification de l'histoire du prolétariat et de la sienne
propre. Il serait fastidieux et inutile de reprendre l'ensemble des exemples
qui montrent qu'il s'agit d'une nouvelle tentative du PCF de détruire la
conscience ouvrière et toute réflexion sur ce qu'est le PCF : un parti
bourgeois à part entière.
Mais au-delà même de cet effort du PCF pour prouver à la bourgeoisie toute sa
fidélité, cette mise en scène autour de la création de L'Humanité s'intègre dans les différentes tentatives du PCF visant à
ravaler sa façade rongée par plus de soixante ans de soutien indéfectible aux
pires horreurs du stalinisme en opérant un énième lifting
"communiste", version plus "humaniste".
Dans les années 1990, suite à l'effondrement du bloc de l'Est et devant la
faillite ouverte historique du capitalisme stalinien, le PCF avait cherché à se
refaire une santé en se prévalant d'un "nouveau projet communiste",
d'une "mutation" en son sein, pour tenter de se laver de l'image
stalinienne qui lui collait à la peau dans la classe ouvrière. Il avait tenté
en l'occurrence de faire croire à un retour aux sources, à ce qui avait été un
moment de ses origines, à savoir la constitution en 1920, sous la poussée de la
Révolution russe et du mouvement ouvrier mondial, d'un parti authentiquement
prolétarien, expression véritable de la vague révolutionnaire internationale de
1917 et du début des années 1920. Dans ce but, on avait vu l'apparition d'une
"Gauche communiste", issue du PCF et se réclamant des acquis de la
Révolution russe mais aussi et surtout mettant l'accent sur l'apport des groupes
révolutionnaires qui cherchèrent à tirer les leçons de 1917 et qui poussèrent à
une réflexion de fond sur la dégénérescence des années 1920-1930. Il s'est
avéré que la tentative a fait long feu car elle n'a pas permis au PCF de se
doter d'une virginité révolutionnaire à travers la mise en place de cette
prétendue "Gauche communiste" née du PCF, et non pas l'expression
vivante de la réflexion issue du camp révolutionnaire suite à la dégénérescence
de l'Internationale communiste dès les années 1920[2] [10] (2).
Alors que le PCF a passé le plus clair de son existence à combattre les
héritiers de la social-démocratie, on le voit à présent s'en prévaloir et
relier son "fil rouge" avec l'avant-Première Guerre mondiale et avec
cette social-démocratie tant honnie, manière d'affirmer qu'il serait le
représentant unique et authentique de la filiation entre le mouvement ouvrier
du passé et celui d'aujourd'hui. Il y a deux raisons à cela. La première est
une fois de plus d'éloigner le spectre du stalinisme qui plane peu ou prou
encore sur lui en se faisant l'héritier de la période du mouvement ouvrier
d'avant la Révolution russe, liée directement et de façon profondément
mensongère par les médias bourgeois au stalinisme. C'est d'ailleurs pour cela
que le PCF s'efforce d'en salir et d'en dénaturer la vraie signification, pour
mieux s'en démarquer et du même coup se démarquer du stalinisme lui-même. Le
PCF révèle donc ici une nouvelle fois le caractère profondément bourgeois de sa
nature.
La deuxième raison est de contribuer à faire oublier que la social-démocratie a
trahi le prolétariat en 1914 par l'union sacrée aux côtés de la bourgeoisie
dans la guerre mondiale et que c'est même la SFIO (Section Française de
l'Internationale Ouvrière), représentée par le journal L'Humanité, qui a directement envoyé des millions de prolétaires à la
mort jusqu'en 1916 sous les différents gouvernements Viviani.
Lorsque le PCF se constitue en 1920 à Tours, ce sera avec nombre d'anciens
sociaux-démocrates qui, s'ils n'avaient pas tous trahi en 1914, étaient très
fortement gangrénés par l'opportunisme. Ce fut d'ailleurs un signe manifeste de
cet opportunisme congénital du PCF qu'il reprenne le titre du journal de
Jaurès. Ce dernier, s'il était sans conteste un socialiste convaincu et un
ardent et authentique défenseur des intérêts ouvriers, était tout autant plutôt
un socialiste "humaniste" sans attache profonde avec le marxisme, et
s'il était un pacifiste des plus militants, il n'en était pas moins un patriote
parmi les plus ardents.
Il faut répéter ici que le PCF, ainsi que tous les partis staliniens, qu'ils
aient disparu ou qu'ils soient encore actifs, n'est plus depuis le début des
années 1930 une organisation de défense des intérêts ouvriers.
Depuis plus de soixante-dix ans, le PCF a été un défenseur inconditionnel du
capital national et un des plus dangereux et pernicieux ennemis de la classe
ouvrière, un des pires représentants de la contre-révolution stalinienne en
France et dans le monde.
Rappelons qu'il a été un des fers de lance de l'opposition au mouvement de Mai
68 en France, dénonçant et attaquant physiquement nombre de grévistes.
Et c'est au travers de sa participation active au gouvernement, au début des
années 1980 et dans les années 1990, qu'il a encore assumé sa fonction de parti
anti-ouvrier.
[1] [11] Nelson Mandela, présenté (et pas seulement par le PCF !) comme l'exemple vivant du vieux lutteur héroïque n'est qu'un ancien petit chef mafieux et nationaliste, longtemps à la solde du bloc russe. Ce récent ex-chef de l'Etat sud-africain a été avant tout un des plus féroces responsables de la répression anti-ouvrière et contre les populations noires ou blanches, après comme pendant "l'apartheid". On est bien loin de la continuité avec Marx et Engels !
[2] [12] Même le "Mouvement pour la paix" qui restait son seul fonds de commerce est parti en lambeaux avec sa participation au gouvernement de la gauche plurielle qui a lui-même voté comme un seul homme la participation de l'impérialisme français aux expéditions guerrières en Afrique comme derrière les Etats-Unis en Irak en 1991 ou contre la Serbie en 1999.
Fin avril dernier, en Thaïlande, des affrontements ont opposé les forces de sécurité du pays à des groupes de jeunes musulmans armés qui ont lancé des attaques contre des postes de police dans trois provinces du pays. Ces affrontements violents se sont soldés par la mort de tous les assaillants armés de quelques fusils, de machettes et d'épées, armes pour le moins rudimentaires face à tout l'arsenal des forces de l'ordre étatique ! Celles-ci n'ont pas fait de quartier : lorsque certains des assaillants se sont retranchés dans une mosquée, l'armée a donné l'assaut et les a tous liquidés. Au total, 107 morts chez ces jeunes musulmans : pas de survivant.
Pour la bourgeoisie thaïlandaise elle-même, les objectifs
et les instigateurs de la révolte restent mystérieux :
de terroristes islamistes séparatistes supposés, le gouvernement
est passé à l'accusation de "trafiquants d'armes",
de "simples bandits" à la solde de politiciens véreux.
Ainsi, pour d'autres spécialistes bourgeois, "ces événements
s'expliquent entièrement par des paramètres locaux"
(Libération du 28 avril). Sans nier ces paramètres locaux
de minorités musulmanes au sein d'une population thaïe majoritairement
bouddhiste au Sud du pays, il n'y a pas vraiment besoin de remonter
à la fin du XVIIe siècle pour chercher les racines culturelles
ou religieuses de cette révolte, que ce soit ici ou ailleurs
dans le monde. Derrière tous les sentiments nationalistes, religieux,
communautaires, on trouve souvent une population en proie à une
misère permanente. Cette misère s'est accentuée
au fil de l'aggravation de la crise économique, en Thaïlande
comme ailleurs. D'autant plus dans des provinces excentrées,
délaissées le plus souvent par l'Etat, réprimées
régulièrement par la dictature militaire dès que
s'exprimait le moindre souffle de révolte. C'est encore le cas
aujourd'hui sous le règne de la démocratie. Pour fuir
cette misère, beaucoup tentèrent d'émigrer vers
la Malaisie, pays plus "prospère". Les traitements
n'y furent pas meilleurs.
Depuis quelques années, la situation n'a fait que s'aggraver.
Après l'effondrement du mythe de l'économie florissante
des "dragons asiatiques" comme la Thaïlande et la Corée
en 1997, des pans entiers de la population sont à l'abandon,
avec comme seule perspective soit de se prostituer dès le plus
jeune âge dans les zones urbaines du pays ou sur les sites touristiques
où se concentrent le "marché" du tourisme sexuel,
soit survivre de trafics divers, enrôlés par les diverses
cliques mafieuses ou fondamentalistes.
Ces révoltes sont des révoltes sans perspective qui illustrent
tout le degré de désespoir de ces jeunes. Elles illustrent
surtout la décomposition grandissante de la société
capitaliste.
Ce que montre cette révolte en Thaïlande, c'est que le degré
de décomposition et d'incohérence de ce monde devient
tel que, pour des secteurs entiers d'une population exclue, déclassée
ou laissée à l'abandon, penser à une autre perspective
de vie apparaît comme une illusion : seule la mort apparaît
réaliste et libératrice.
Cette décomposition spectaculaire est aussi marquée en
Cisjordanie ou à Gaza où ce sont des files entières
de jeunes musulmans qui font la queue pour s'enrôler comme candidats
au "martyr" pour le Hamas ou le Hezbollah. De jeunes candidats
à l'attentat-suicide ont souvent exprimé le fait qu'ils
n'avaient pas peur de mourir puisqu'ils étaient déjà
morts !
Au fond, le désespoir et la misère sociale sont les mêmes.
Par contre, au Moyen-Orient, la logistique et la manipulation guerrière,
impérialiste sont d'un autre niveau : la bourgeoisie palestinienne
et ses diverses fractions utilisent à leurs propres fins impérialistes
cette chair à canon désespérée qui n'a plus
d'autre envie que de mourir "pour la cause". La bourgeoisie
sait se servir de ce désespoir, comme au Moyen-Orient, et cherche
en permanence à l'utiliser pour mener sa guerre inter-impérialiste.
Mais, en l'occurrence, le désespoir de ces jeunes musulmans thaïlandais
est devenu tel qu'il échappe même au contrôle et
à l'utilisation, pour des fins politiques ou militaires, de telle
ou telle fraction de la bourgeoisie, qu'elle soit islamiste, séparatiste
ou démocratique. Voilà la conséquence ultime de
ce monde en putréfaction qui n'offre plus de perspective viable
ni même d'illusion alternative dans le cadre de son système.
Et cela n'est pas cantonné aux seuls pays du "tiers-monde".
Déjà, cette irrationalité s'exprime à des
degrés divers dans tous les aspects de la vie sociale, politique
et économique du monde capitaliste.
Sans le renouveau de la lutte prolétarienne sur un terrain de
classe à l'échelle internationale, sans l'affirmation
de sa perspective révolutionnaire pour elle-même et en
définitive pour l'ensemble de l'humanité, la pourriture
du monde capitaliste, sa décomposition sur pied ne peut que continuer
à apporter la mort et l'enfoncement dans une barbarie sans limite.
L'élargissement tant
attendu de l'Europe à vingt-cinq pays a enfin eu lieu le Premier mai 2004. Et
il a bien sûr donné lieu à de grandes festivités dans les capitales
européennes. Comme après le sommet de Maastricht fin 1991, on nous a gavé de
grandes déclarations sur cette grande Europe, "continent enfin uni dans sa
totalité"[1] [14]
et de façon pacifique. Et avec la perspective des élections du 13 juin, il est
certain que les trompettes de la propagande bourgeoise vont résoner à nouveau.
Encensé comme un "tournant historique", l'élargissement de l'Union
Européenne (UE), "formidable machine à exporter la paix et la
stabilité"[2] [15]
constituerait "l'acquis principal" et "l'achèvement le plus
remarquable de l'Europe"[3] [16].
L'auto-célébration de la bourgeoisie ne doit pas faire illusion. Lorsque les
bourgeois s'entendent entre eux, c'est sur le dos des ouvriers, sinon ils ne
songent qu'à s'empoigner.
La poursuite de l'intégration européenne, commandée par l'intérêt commun des
puissances de l'Europe de l'Ouest à créer un glacis de relative stabilité pour
endiguer le chaos social et économique généré par l'implosion du bloc de l'Est
en 1989, est loin de signifier "l'unité". Terrain d'affrontement
privilégié des deux guerres mondiales, elle constitue l'épicentre des tensions
impérialistes et il n'y a jamais eu de réelle possibilité de constitution d'une
véritable unité qui permettrait de surpasser les intérêts contradictoires des
différentes bourgeoisies nationales. En effet, "à cause de son rôle historique comme berceau du capitalisme et de sa
situation géographique, (…) l'Europe au 20e siècle est devenue la clé de la
lutte impérialiste pour la domination mondiale."[4] [17]
A une époque, la division du monde en deux blocs impérialistes lui conférait
une relative stabilité, alors que la CEE (Communauté Economique Européenne)
était l'instrument des Etats-Unis et du bloc occidental contre son rival russe,
l'Europe pouvait avoir une certaine réalité. Suite à la Seconde Guerre
mondiale, la construction de la communauté européenne a été soutenue par les
Etats-Unis pour former un rempart contre les velléités d'avancée de l'URSS en
Europe, et conçue pour renforcer la cohésion du bloc occidental. Bien que
contenues et disciplinées par le "leadership" américain face à la
nécessité de faire front à l'ennemi commun, d'importantes divisions n'ont
cependant jamais cessé d'opposer les principales puissances européennes.
L'effondrement du bloc de l'Est en 1989 a entraîné la dissolution du bloc
adverse et la réunification de l'Allemagne qui accédait ainsi à un rang
supérieur de puissance impérialiste, décidée de mettre à profit cette opportunité
de postuler à la direction d'un nouveau bloc opposé aux Etats-Unis. Les raisons
qui contraignaient les Etats d'Europe occidentale à "marcher
ensemble" ont volé en éclats et le phénomène s'est brutalement aggravé
depuis quinze ans. Aussi, contrairement à tout le battage sur la marche en
avant inexorable vers l'unité d'une grande Europe, c'est bien plutôt vers
l'aggravation des tensions en son sein et des divergences d'intérêts qu'elle
va.
Ce bouleversement historique a relancé la lutte pour l'hégémonie mondiale et la
redistribution des cartes sur le continent européen. La lutte acharnée entre
tous ces champions de la paix et de la démocratie pour le partage des
dépouilles de l'ex-bloc russe a conduit, pour la première fois depuis 1945, au
retour de la guerre en Europe au début des années 1990 en ex-Yougoslavie (et au
bombardement par les forces de l'OTAN d'une capitale européenne, Belgrade, en
1999) où France, Grande-Bretagne et Etats-Unis, eux mêmes rivaux, s'opposent,
par alliés interposés, à l'expansion allemande vers la Méditerranée, via la
Croatie. La guerre en Irak a également encore montré l'absence fondamentale
d'unité et les profondes dissensions et les rivalités entre nations
européennes.
Depuis 1989, on voit l'Allemagne qui n'a pas cessé de manifester clairement
ses prétentions impérialistes dans son aire d'expansion traditionnelle de la
"Mitteleuropa", sous couvert de la construction européenne. Elle
espère utiliser son poids économique sans équivalent dans les principaux pays
de l'Est européen, ainsi que la proximité institutionnelle créée par
l'élargissement pour arrimer ces pays à sa sphère d'influence. La bourgeoisie
allemande ne peut cependant que se heurter d'un côté au chacun pour soi de ces
différentes nations et de l'autre à la détermination des Etats-Unis d'y
développer leur influence, par le biais en particulier de l'OTAN. "Cinq des nouveaux membres - l'Estonie, la
Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie et la Slovénie - ont été accueillis en grande
pompe, le 29 mars, à Washington, dans les rangs de l'OTAN, un mois avant leur
intégration dans l'UE. La Hongrie, la Pologne et la République Tchèque font
partie de l'Alliance depuis 1999. Les Etats-Unis font déjà campagne pour que la
Bulgarie et la Roumanie, les deux autres nouveaux partenaires de l'OTAN, soient
admises, à leur tour, dans l'UE."[5] [18] Les
Etats-Unis comptent sur les pays de la "nouvelle Europe" pour
paralyser son rival le plus dangereux et font le calcul que "plus l'UE s'étend, moins elle s'approfondit,
et que cela complique la formation d'un contrepoids politique à la puissance
américaine"[6] [19],
comme le montrent les tiraillements à propos de l'adoption prochaine de la
Constitution de l'UE.
Si, à l'Est, en dépit du chacun pour soi régnant, l'Allemagne renforce les
potentialités d'accroître à terme son influence impérialiste, à l'Ouest elle se
heurte en revanche à la fois à la France et à la Grande-Bretagne, qui ne
peuvent que réagir à ce développement potentiel de l'impérialisme allemand.
La Grande-Bretagne, qui avait refusé en leur temps les accords de Maastricht,
joue depuis et plus que jamais le rôle de soutien des Etats-Unis, faisant
flèche de tous bois pour alimenter la zizanie entre les puissances européennes.
Principal soutien à l'intervention militaire américaine en Irak, elle subit non
seulement le discrédit de l'échec américain, mais se retrouve de plus en plus
isolée en Europe. L'impact du bourbier irakien a fait voler en éclats la
coalition "pro-américaine" formée par Londres, Madrid et Varsovie
contre les ambitions franco-allemandes d'opposition aux Etats-Unis. L'adoption
d'une orientation pro-européenne par le nouveau gouvernement Zapatero annonçant
son retrait d'Irak, la prive de son principal allié en Europe. Cette défection a
eu pour effet de précipiter la Pologne, ébranlée et divisée sur le choix de ses
orientations impérialistes dans une crise politique qui a débouché sur la
démission de son premier ministre et l'implosion du parti au pouvoir. En dépit
des difficultés qu'elle rencontre, la Grande-Bretagne sera contrainte de
continuer son travail de sabotage de toute alliance continentale durable en
Europe.
Pour la France, qui rêvait de s'émanciper de la tutelle américaine depuis les
années 1950, il n'est pas question de laisser l'Allemagne se fabriquer sur
mesure une Europe sous son influence, ni surtout d'accepter le rôle subalterne
que l'Etat allemand veut lui réserver dans le cadre de l'élargissement
européen. C'est pourquoi elle espère trouver dans le renforcement et l'élargissement
de l'UE les moyens de se garantir un contrôle "communautaire" capable
de brider les ambitions de l'Allemagne. C'est encore pourquoi on la voit
réactiver ses liens "historiques" avec la Pologne et la Roumanie et,
fait plus récent, développer ceux tissés pour s'opposer à l'intervention
américaine en Irak avec la Russie. En la matière, il faut souligner que cette
dernière est tout à fait intéressée à cette "alliance" avec la
France, du fait de sa propre inquiétude à se voir dépossédée de son ex-zone
d'influence à l'Est de l'Europe, les limites de l'UE et de l'OTAN avançant
jusqu'à ses frontières. Ceci afin de prendre l'Allemagne en tenaille sur son
revers. D'autre part, au sein de l'UE, la France se mobilise pour reprendre de
l'influence sur les pays du Sud de l'Europe, notamment l'Espagne, contre la
position hégémonique de l'Allemagne et si elle répond aux sollicitations de la
Grande-Bretagne de développer la défense européenne et de construire en commun
un porte-avions, c'est pour étoffer ainsi face à l'Allemagne l'atout que
constitue la puissance militaire dont cette dernière est dépourvue.
A quoi rime dans de telles conditions toute cette campagne sur la mythique
"unité européenne" ? A servir de propagande idéologique et entretenir
l'illusion sur un monde capitaliste qui sue par tous ses pores la mort et la
misère.
La tendance au chaos et le règne du "chacun pour soi" ne sont en rien
l'apanage des pays de l'ex-bloc de l'Est ou du "tiers-monde". La
disparition de la division de la planète en deux blocs, en donnant le signal du
déchaînement de la guerre de tous contre tous, place l'Europe elle-même au
coeur des antagonismes impérialistes et rend déjà totalement illusoire toute
idée d'une unité de l'ensemble des capitaux nationaux qui la composent. Plus
encore, entre d'un côté‚ la détermination des Etats-Unis avec dans leur
sillage, la Grande-Bretagne qui défend ici ses propres intérêts, de maintenir à
tout prix leur suprématie sur le monde et de l'autre la montée en puissance de
l'Allemagne, qui tend à se poser de plus en plus en rival des Etats-Unis,
l'Europe ne peut que devenir l'enjeu ultime de cet affrontement.
[1] [20] Le Monde des 2 et 3 mai 2004
[2] [21] Le Monde du 4 mai 2004.
[3] [22] Le Monde du 4 mai 2004.
[4] [23] Voir Revue Internationale n°112, "L'Europe : alliance économique et champ de manœuvre des rivalités impérialistes".
[5] [24] Le Monde du 29 avril 2004.
[6] [25] Le Monde du 29 avril 2004.
Au mois d'avril s'est tenu le 16è congrès de la section du CCI en France. Ce congrès a constitué une étape très importante dans la vie de notre organisation. En effet, il y a deux ans, le 15è congrès de RI avait été transformé en Conférence extraordinaire du CCI du fait que notre organisation avait traversé la crise la plus dangereuse de son histoire avec la constitution en son sein d'un groupuscule parasitaire dénommé "Fraction interne du CCI" et qui s'était formée sur la base de réunions secrètes fomentées à l'insu de l'organisation et visant à détruire les principes de fonctionnement unitaires et centralisés du CCI.
Cette conférence extraordinaire avait permis à tous les
militants de prendre la mesure de la gravité des agissements
destructeurs de cette prétendue "fraction interne",
notamment la circulation de rumeurs suivant lesquelles les organes centraux
du CCI seraient manipulés par un flic, le vol d'argent appartenant
au CCI, de documents internes susceptibles d'être livrés
à la police (et notamment le fichiers d'adresses de nos militants
et de nos abonnés). Mais ce qui a surtout fini par convaincre
les camarades qui avaient encore des hésitations sur le caractère
trouble et destructeur de cette "FICCI", c'est son comportement
politique consistant à kidnapper à l'aéroport de
Roissy deux délégués de notre section mexicaine
qui, bien qu'ayant rejoint la "fraction", avaient accepté
de participer à cette conférence extraordinaire pour y
défendre leurs désaccords. Alors que leur voyage avait
été payé par le CCI, ces deux délégués
ont été "cueillis" à l'aéroport
par deux membres de la FICCI qui les ont empêchés de rejoindre
notre conférence. La FICCI a refusé de rembourser au CCI
le prix des deux billets d'avion (voir notre article dans RI n°323,
"Le combat pour la défense des principes de fonctionnement
de l'organisation"). Ce comportement de petits gangsters, de même
que les méthodes visant à faire circuler des calomnies
dans tout le CCI pour semer la méfiance, le trouble et la confusion
et détruire l'organisation avaient justifié que ce congrès
de RI se transforme en conférence extraordinaire avec comme principal
objectif celui de mener le combat pour sauver le CCI et ses principes
organisationnels.
Deux ans plus tard, la section en France, à l'occasion de son
16è congrès se devait donc en premier lieu de tirer le
bilan de ce combat.
Comme tous les congrès de RI, celui-ci avait une dimension internationale
puisque toutes les sections du CCI y étaient représentées.
La section en France, appuyée par l'ensemble des délégations
internationales, a tiré un bilan très positif de son activité
au cours des deux dernières années. Malgré les
attaques qu'elle a subies de la part de la FICCI et qui ont contraint
le CCI à se mobiliser pour défendre sa principale section,
RI a été capable de poursuivre son activité au
sein de la classe ouvrière. Elle a su resserrer les rangs en
son sein pour mener le combat contre les manœuvres parasitaires
de la FICCI en dénonçant publiquement ses comportements
de mouchard (voir notre article "Les méthodes policières
de la FICCI" dans RI n°330). Ce combat n'a pu se réaliser
que grâce au rétablissement de la confiance et de la solidarité
au sein de l'organisation basée sur une réappropriation
collective des principes du mouvement ouvrier.
Le congrès a mis en évidence que la section en France
est aujourd'hui plus unie et plus soudée que jamais. Elle a fait
la preuve ces deux dernières années de sa capacité
à défendre les principes organisationnels du CCI, et notamment
ses principes de centralisation.
Le congrès de RI a tiré un bilan très positif du
travail réalisé par son nouvel organe central qui a été
à la hauteur de ses responsabilités comme l'ont révélé
les textes préparatoires à ce congrès.
Aujourd'hui, la principale section de RI est totalement débarrassée
des clans et des clivages basés sur des loyautés purement
affinitaires à tel ou tel individu.
Ainsi, la résolution d'activités adoptée à
l'unanimité par ce congrès affirmait que : "La section
en France est sortie renforcée de cette crise qui lui a permis
de retrouver un esprit de fraternité en son sein et une compréhension
en profondeur du poison que représentent pour le tissu organisationnel
les dénigrements et la calomnie (…) Les divergences et désaccords
peuvent s'exprimer dans un climat de confiance mutuelle sans qu'ils
ne débouchent sur des attaques et conflits personnels."
(point 3). "La centralisation est l'expression organisée
de l'unité de l'organisation. En ce sens, elle est étroitement
liée à celle de la solidarité et de la confiance
qui sont les deux principes de base de la classe porteuse du communisme
(…) C'est également grâce au renforcement de la centralisation
à tous les niveaux (international, territorial, local) que la
section a été capable de se mobiliser pour soutenir et
défendre la section Nord de RI contre les manœuvres d'encerclement
de la FICCI, en faisant vivre la solidarité et en s'appuyant
sur la confiance entre camarades (…) Cette capacité de la
section à renforcer sa centralisation afin de développer
la solidarité en son sein et opposer un front uni dans le combat
contre la FICCI (notamment en interdisant aux mouchards l'entrée
de nos réunions publiques) a largement contribué à
renforcer la confiance de nos contacts envers le CCI. Ainsi, loin d'inspirer
la méfiance, le doute, les suspicions, cette politique centralisée
de défense de l'organisation et du milieu politique prolétarien
a au contraire renforcé la crédibilité du CCI.
C'est justement notre capacité à montrer au grand jour
ce qu'est la confiance et la solidarité en notre sein qui a permis
à nos contacts d'assimiler en profondeur les principes élémentaires
de la classe porteuse du communisme. C'est ce dont témoignent
aujourd'hui le rapprochement et la fidélisation de nos sympathisants,
de même que la volonté d'engagement de certains d'entre
eux." (point 5).
C'est dans ce contexte de renforcement de l'unité de l'organisation,
de rétablissement de la confiance et de la solidarité
qui doit unir les militants d'une organisation communiste, que la section
du CCI en France a pu intégrer dans ses rangs de nouveaux camarades
et qu'elle peut aujourd'hui assumer ses responsabilités face
aux nouveaux éléments qui se rapprochent ou veulent adhérer
au CCI.
Alors que la conférence extraordinaire qui s'était tenue
il y a deux ans avait été entièrement polarisée
autour de la question de la défense de l'organisation menacée
de destruction par les agissements de la FICCI, le 16è congrès
de RI a pu de nouveau se pencher sur l'analyse de l'évolution
de la situation internationale afin de dégager des perspectives
d'activités non seulement pour la section en France mais pour
tout le CCI.
Des rapports avaient été préparés et discutés
dans toutes les sections sur les trois aspects fondamentaux de la situation
internationale : la crise économique du capitalisme, les affrontements
impérialistes et l'évolution de la lutte de classe. Cependant,
le congrès a pris la décision de concentrer la discussion
sur ce dernier point dans la mesure où les deux autres, particulièrement
sur les conflits uimpérialistes, avaient été amplement
discutés lors du précédent congrès international
alors que la situation, comme l'avaient mis en évidence les débats
préparatoires, n'avait pas soulevé de questions nouvelles.
Tel n'était pas le cas, en revanche, en ce qui concerne l'évolution
de la lutte de classe. En particulier, le congrès a entériné
l'analyse adoptée par l'organe central du CCI à l'automne
dernier (voir notre article dans RI n° 347) concernant le tournant
que connaît la dynamique de la lutte de classe depuis un an et
dont les grèves du printemps 2003 en France contre la réforme
du système des retraites a constitué la manifestation
la plus évidente dans les pays centraux d'Europe occidentale.
Les débats de ce congrès ont été particulièrement
riches et animés. Ils ont permis un approfondissement des questions
concernant le lien entre combativité et conscience au sein de
la classe ouvrière. En particulier, la section en France et l'ensemble
des délégations internationales se sont clairement prononcées
sur la nécessité de se dégager des schémas
du passé pour comprendre la dynamique actuelle du rapport de
force entre les classes. Ainsi, il s'est dégagé de ce
congrès une analyse claire et homogène sur le fait que
les luttes de la période actuelle bien qu'elles n'aient pas connu
un développement à la mesure des attaques massives portées
par la bourgeoisie avec l'effondrement de l'Etat-providence, contiennent
des potentialités beaucoup plus significatives sur le plan de
la réflexion en profondeur sur la faillite historique du capitalisme
et la nécessité de construire un autre monde. Ce sont
justement ces potentialités, résultant de la situation
objective de faillite du système capitaliste (aggravation simultanée
de la crise et de la barbarie guerrière) qui expliquent que la
bourgeoisie, pour saper la prise de conscience du prolétariat,
soit aujourd'hui contrainte de prendre les devants en promouvant une
fausse alternative : la mystification de l'altermondialisme (non seulement
en France mais à l'échelle internationale).
En ce sens, les débats qui ont animé ce 16e congrès
de RI ont permis à notre organisation de prendre la mesure des
enjeux de ce tournant dans la lutte de classe. Bien que le redéploiement
de la combativité ouvrière n'ait pas encore permis au
prolétariat de retrouver son identité de classe et de
reprendre confiance en lui-même, les questions de fond qui surgissent
aujourd'hui (Vers où va la société ? Quel avenir
ce système peut-il offrir à nos enfants ? Un autre monde
est-il possible ? etc.) sont porteuses d'un développement de
la conscience de classe beaucoup plus profond que celles qui se posaient
dans les vagues des luttes des années 1970-80.
En particulier, le congrès a clairement mis en évidence
que le surgissement de minorités (souvent en rupture avec le
gauchisme et l'anarchisme) et d'éléments à la recherche
des positions de classe dans tous les pays (et qui ont pris contact
avec le CCI afin de participer activement au combat des organisations
révolutionnaires) constituent aujourd'hui une illustration particulièrement
éloquente de cette maturation de la conscience au sein de la
classe ouvrière.
Le congrès s'est donc donné comme tâche prioritaire
d'adapter son intervention en fonction de cette analyse du tournant
dans la lutte de classe. C'est d'ailleurs cette orientation que notre
organisation avait déjà mise en application en menant
le combat contre l'idéologie altermondialiste depuis l'été
2003 à travers une intervention déterminée dans
notre presse et dans les différentes kermesses de la bourgeoisie
(Forum Social Européen, Forum Mondial de Bombay, etc.). Au sein
des luttes elles-mêmes, la tâche que le CCI doit se donner
ne peut se limiter à une intervention immédiatiste, au
risque de tomber dans l'ouvrièrisme et de faire le jeu des gauchistes,
mais a pour objectif majeur de développer la réflexion
au sein de la classe en poussant les ouvriers à prendre conscience
de l'impasse du capitalisme qui apparaît de plus en plus clairement
comme un système n'ayant pas d'autre avenir à offrir à
l'humanité qu'une misère et une barbarie croissantes.
C'est avec une vision historique et à long terme que les révolutionnaires
se doivent d'examiner les changements dans la situation de la lutte
de classe. Ce qui nécessite de la patience, en sachant que les
combats que la classe ouvrière a développés depuis
le printemps 2003 (en France, en Italie, en Grande-Bretagne, en Autriche,
etc.) étaient certes des escarmouches au regard de l'ampleur
des attaques portées, mais n'en sont pas moins significatifs
de ce tournant dans la dynamique générale de la lutte
de classe.
Les travaux de ce 16e congrès de RI, la richesse des débats qui l'ont animé, en particulier le fait que tous les militants aient pu s'exprimer (y compris les camarades nouvellement intégrés dans le CCI) dans un climat de confiance, ont témoigné de la vitalité de notre organisation et du redressement de sa section en France. Les discussions sur la situation internationale ont révélé une volonté d'approfondissement de la méthode, basée sur une vision historique, avec laquelle les révolutionnaires doivent examiner la dynamique de la lutte de classe. Ce congrès a pu ainsi dégager des orientations claires d'activités pour la période actuelle. Le tournant dans la situation de la lutte de classe "exige que les révolutionnaires soient à leur poste pour être facteur actif dans le développement des luttes ouvrières et pour stimuler la réflexion et l'évolution des jeunes éléments à la recherche d'une perspective de classe. Cette responsabilité des révolutionnaires est difficile, mais la conscience de cette responsabilité ne doit pas nous faire baisser les bras. Au contraire, elle doit constituer un stimulant permanent pour notre activité. Elle doit renforcer la conviction et la détermination des militants à poursuivre le combat (y compris contre les infamies du parasitisme) (…) Aujourd'hui encore reste valable ce que Marx écrivait il y a près de 150 ans : "J'ai toujours constaté que toutes les natures vraiment bien trempées, une fois qu'elles se sont engagées sur la voie révolutionnaire, puisent constamment de nouvelles forces de la défaite et deviennent de plus en plus résolues à mesure que le fleuve de l'histoire les emporte plus loin." (Lettre à J. Philip Becker). (Résolution d'activités, point 14).
RIL'idéologie
dominante, à travers d'incessantes campagnes, véhicule
tout un arsenal de mensonges et de mystifications qui ont pour but de
creuser le fossé le plus large possible entre la classe ouvrière
et son expérience du passé. A tel point qu'il est plus
que fréquent d'entendre autour de nous s'exprimer des doutes
sérieux sur la classe ouvrière, sur son existence même,
et donc encore davantage sur sa capacité à affronter une
bourgeoisie considérée comme toute puissante.
Ces doutes ne remettent pas tellement en cause la nécessité
d'un "autre monde". Il y a aujourd'hui de plus en plus de
réflexions qui naissent sur la nécessité de changer
la société dans laquelle nous vivons. La bourgeoisie ne
s'y est pas trompée quand elle a mis en route son incroyable
battage altermondialiste. Ces questionnements ne sont peut-être
pas toujours très développés, mais quand ils existent,
ils arrivent toujours à la question centrale : qui peut changer
ce monde ? Les révolutionnaires disent : la classe ouvrière,
et elle seule. Les altermondialistes disent : l'individu, le citoyen.
Il faut combattre cela, il faut réaffirmer avec force le fait
historique incontournable qui fait de la classe ouvrière la seule
classe révolutionnaire dans le capitalisme. Et il faut avant
tout être particulièrement fermes sur le fait que cela
est pleinement valable aujourd'hui, quoiqu'on dise sur la classe ouvrière.
Ces doutes et ces remises en cause de la nature révolutionnaire
du prolétariat aujourd'hui ont plusieurs origines. Il y a d'abord
un constat immédiat et figé de la situation actuelle de
la classe ouvrière laquelle, elle-même, dans son immense
majorité, ne se reconnaît pas comme classe ; ce constat
est valable : la classe ouvrière a aujourd'hui, en grande partie,
perdu son identité de classe.
Ensuite, pour envisager la perspective de renverser le capitalisme,
il faut aussi avoir confiance en soi. Or, la classe aujourd'hui montre
qu'elle n'a pas cette confiance qu'elle avait manifestée en 1968,
de même que dans les années 1970 et 1980, lorsqu'elle développait
des vagues de luttes pour s'imposer contre les licenciements et la montée
du chômage ; et a fortiori il est clair que la classe ouvrière
n'a pas la confiance en elle qu'elle avait manifestée en 1917.
Est-ce qu'elle peut encore récupérer cette combativité,
cette confiance en soi, son identité de classe, sa perspective
propre, en tant que classe ?
Il est vrai qu'après l'effondrement du bloc de l'Est et l'effondrement
du stalinisme, la bourgeoisie, au niveau mondial, s'est employée
à bien enfoncer dans la tête de la classe ouvrière
que stalinisme égale communisme et marxisme et que tout cela
vient de s'effondrer, effaçant toute perspective d'avenir pour
le prolétariat. Cette campagne, massive, a eu un poids très
important. Ce poids n'a fait que renforcer encore les discours de toujours
de la bourgeoisie sur le fait que, de toutes façons, même
dans le meilleur des cas, la perspective du renversement du capitalisme
et de l'instauration d'une véritable société communiste,
c'est-à-dire enfin de la communauté humaine, est peut-être
une vision noble mais purement utopique étant donné ce
qu'est "la nature humaine", marquée par l'esprit individualiste,
de concurrence, la violence, etc.
En réponse à ces doutes, et face au poison idéologique
de l'altermondialisme qui considère le marxisme comme de l'idéalisme
et de l'utopie, nous affirmons au contraire que la classe ouvrière
est toujours capable de renverser le capitalisme. Pour cela, nous nous
appuyons sur plusieurs éléments. D'abord, la classe ouvrière
existe toujours. Contre les mensonges de la bourgeoisie sur la disparition
de la classe, assimilée aux ouvriers en bleu de chauffe, nous
affirmons que le prolétariat existe et n'a pas disparu. Tant
que le capitalisme existera, il ne pourra se passer d'une classe ouvrière.
Il ne faut pas oublier que la classe ouvrière est la seule véritable
source de création de richesses dans le capitalisme ; sans elle,
il n'y a pour ainsi dire pas de possibilité pour le capitalisme
de faire du profit. Ce profit provient in fine de l'exploitation de
la classe ouvrière par les capitalistes, et c'est contre cette
exploitation que la classe ouvrière est amenée à
lutter. Donc tant que la classe ouvrière existera, elle sera
obligée de lutter contre l'exploitation qu'elle subit, ce qui
contient, de façon générale, l'hydre de la révolution.
Les luttes récentes, en France, en Autriche, en Italie, en Grande-Bretagne,
malgré toutes leurs limites, viennent rappeler que les ouvriers
ne sont pas prêts à se laisser faire.
La faiblesse actuelle de la classe ouvrière est cependant réelle,
et elle s'explique : d'abord, dans l'histoire, ce n'est qu'à
certains moments qu'elle a pu manifester qu'elle n'était pas
seulement classe exploitée, mais aussi classe révolutionnaire,
et ceci à cause même de ses conditions de classe exploitée
: en 1848, en 1871, en 1905, en 1917. Ensuite, sa situation de faiblesse
actuelle s'explique par plusieurs facteurs : le fait qu'à la
suite du mouvement de mai 68, à cause de sa méfiance envers
le stalinisme, une méfiance fondée, elle avait rejeté
même les organisations prolétariennes. Ce faisant, elle
avait posé ses combats sur des bases politiquement bien trop
étroites et, de plus, elle avait encore des illusions sur le
fait que le capitalisme pouvait lui garantir encore un avenir. Enfin,
les campagnes consécutives à l'effondrement du stalinisme
lui ont porté un coup très rude, lui faisant payer la
faiblesse politique qu'elle avait manifestée malgré sa
combativité ; cela a mis en évidence que la confiance
qu'elle montrait, dans ses phases de luttes précédentes,
ne reposait pas sur des bases politiques suffisamment profondes. Le
développement lent de sa conscience a connu un coup d'arrêt
très fort avec les événements de 1989, coup d'arrêt
et même recul qui ont été le fruit de ces événements,
bien exploités par la bourgeoisie.
Où en est la classe ouvrière aujourd'hui ? Face aux attaques
qualitativement différentes de celles des années 1970
et 1980, non seulement on voit qu'elle tend à redévelopper
sa combativité, même si c'est avec difficulté et
manque de confiance en elle, mais on voit, surtout, une maturation en
son sein qui commence, un questionnement. Ce questionnement qui se développe
aujourd'hui plus particulièrement dans une minorité significative
au niveau international exprime une tendance à ce que les questions
de fond sur la faillite du capitalisme qui n'étaient pas posées,
ou très insuffisamment dans les années 1970 et 1980, le
soient maintenant.
Il faut ajouter que c'est essentiellement une nouvelle génération
de prolétaires qui se pose ces questions de fond : "on nous
avait parlé d'une ère de paix et de prospérité
au début des années 1990 ; or depuis, on voit le développement
de la guerre, de la misère, du chômage, la dégradation
des conditions de vie, le développement du chaos et de la barbarie,
jusque dans le cœur même du capitalisme." Le terme "barbarie",
dans les années 1980, n'était utilisé que par les
révolutionnaires ; aujourd'hui il est dans la bouche de prolétaires
qui se posent des questions.
La massivité des attaques va obliger la classe ouvrière
à développer des combats de plus en plus massifs. Cela
ne se fera pas immédiatement, de manière mécanique
et linéaire. Le processus sera heurté, en dents de scie,
il y aura des moments difficiles. Mais bien plus important que de savoir
à quel rythme va se redévelopper cette combativité,
le phénomène que l'on observe de questionnement sur des
thèmes politiques globaux et de fond, contient la potentialité
d'une politisation des luttes à venir, sur des bases bien plus
profondes que celles des années 1970 et 1980. Cette politisation
potentielle est contenue dans ces questions de fond parce qu'elles orientent
vers une remise en question du capitalisme. Dans cette dynamique se
trouve la possibilité, pour la classe, à cause des luttes
de plus en plus massives qu'elle devra mener, de "se voir",
de se "reconnaître" en tant que classe, de retrouver
son identité de classe et, avec cela, le sens de la solidarité
prolétarienne, la possibilité de l'extension des luttes.
La tendance à la politisation la poussera à lutter de
façon plus déterminée et consciente.
Tout cela illustre le fait que le cours historique aux affrontements
de classe reste ouvert, ce qui veut dire que la classe ouvrière,
potentiellement, porte toujours en elle la possibilité de retrouver
la confiance en elle et de développer la conscience des enjeux
de ses combats et de sa responsabilité historique en leur sein.
Ce développement de la conscience, aujourd'hui, n'est pas spectaculaire,
il est même lent, il est fragile, mais malgré cela, il
est profond.
Comme nous l'avons dit plus haut, les révolutionnaires ne sont
pas les seuls à avoir compris cette situation, la bourgeoisie
l'a même sans doute comprise avant eux. Elle ne reste pas les
bras croisés. Elle développe ses poisons idéologiques
comme l'alter-mondialisme pour tenter de faire avorter ce développement
de la conscience dans la classe. En effet, bien plus que de la combativité
de la classe, c'est de sa conscience qu'elle a peur. C'est ce développement
qu'elle redoute. Elle se sert et elle continuera à se servir
de la décomposition de sa société pour la retourner
contre le prolétariat, contre sa réflexion, contre le
développement de sa solidarité.
Nous allons donc vers une bataille idéologique de la bourgeoisie
pour tenter de pourrir le développement de la conscience. A côté
de l'alter-mondialisme et son lot de nationalisme et de réformisme
capitaliste d'Etat, on voit par exemple déjà aujourd'hui
comment est expliquée chaque fermeture d'usine pour empêcher
les prolétaires d'y voir une expression de la faillite du capitalisme
; on voit comment sont expliquées les guerres, comme produits
de la folie ou de la cupidité de certains dirigeants ou gouvernement,
voire de leur tyrannie…
Une chose doit être claire : le combat pour la révolution
ne se limite pas à celui de l'insurrection, il est quotidien.
C'est ce combat quotidien, pour développer la clarté politique,
pour combattre les mystifications de la bourgeoisie, qui, dès
aujourd'hui, la prépare.
La responsabilité des organisations révolutionnaires dans
ce processus actuel est essentielle. Il est nécessaire que les
révolutionnaires puissent intervenir dans les luttes et au sein
des minorités qui se posent des questions, afin de faire fructifier
cette maturation politique. Dans cette intervention, il faut dénoncer
tous les pièges et les mystifications de la bourgeoisie, se fonder
sur l'expérience historique de la classe, montrer la force de
la théorie marxiste, véritable arme de combat pour la
classe ouvrière et transmettre les acquis programmatiques et
organisationnels à la nouvelle génération à
la recherche d'une perspective révolutionnaire. Cette génération
est un terreau pour la préparation du futur parti, qui est indispensable
à la révolution, et pour une politisation plus large et
profonde des luttes. Les révolutionnaires doivent rappeler et
démontrer, haut et fort, que la classe ouvrière est toujours
capable de renverser le capitalisme et que le processus actuel de prise
de conscience de l'impasse du capitalisme, malgré le fait qu'il
soit encore embryonnaire, en est une claire manifestation.
Plus que jamais, nous voyons à quel point la lutte de classe
oppose les deux classes ennemies et à quel point la classe ouvrière,
loin d'être morte, conserve au contraire toutes ses potentialités.
C'est la confiance dans ces potentialités, dans le futur, qui
doit guider l'intervention des révolutionnaires. Nous devons
être parfaitement conscients, et c'est le marxisme qui nous permet
de le comprendre, que si la classe ouvrière ne parvient pas à
détruire le capitalisme, aucune autre force dans la société
n'en est capable. Si la classe ouvrière ne retrouve pas sa conscience
de classe révolutionnaire, le capitalisme ne pourra être
stoppé dans sa spirale destructrice. C'est pourquoi, quelles
que soient les difficultés qui attendent la classe ouvrière
sur son chemin, quelle que soit l'ampleur de la tâche qui attend
les révolutionnaires dans ce processus, il n'y a pas d'autres
voies possibles. Quand les révolutionnaires du début du
20e siècle posaient la question en ces termes : "socialisme
ou barbarie", ils résumaient on ne peut mieux l'alternative
placée devant l'humanité. Et au sein de cette humanité,
l'avenir repose sur la classe ouvrière et ses minorités
d'avant-garde.
Links
[1] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/situation-sociale-france
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/59/irak
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/56/moyen-orient
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/guerre-irak
[5] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/vie-bourgeoisie-france
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/gauchisme
[7] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/trotskysme
[8] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/36/france
[9] https://fr.internationalism.org/ri347/PCF_Humanite.htm#_ftn1
[10] https://fr.internationalism.org/ri347/PCF_Humanite.htm#_ftn2
[11] https://fr.internationalism.org/ri347/PCF_Humanite.htm#_ftnref1
[12] https://fr.internationalism.org/ri347/PCF_Humanite.htm#_ftnref2
[13] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/119/asie
[14] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn1
[15] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn2
[16] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn3
[17] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn4
[18] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn5
[19] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftn6
[20] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref1
[21] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref2
[22] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref3
[23] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref4
[24] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref5
[25] https://fr.internationalism.org/ri347/Union_europeenne#_ftnref6
[26] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/35/europe
[27] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/resolutions-congres
[28] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/defense-lorganisation
[29] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/courrier-des-lecteurs