"J'ai été élu pour mettre en œuvre des réformes profondes, pour moderniser la France, et ces réformes se feront" déclarait encore Sarkozy lors de son interview télévisée du 20 septembre. Il est clair que dans la bouche des hommes d'Etat, "réformer" signifie attaquer et attaquer sans cesse les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière. L'enchaînement de ces attaques énoncées quelques jours auparavant est impressionnant :
Il s'agit là d'une série d'attaques massives touchant toutes les catégories de la classe ouvrière que le gouvernement Sarkozy dit vouloir réaliser en quelques mois, voire quelques semaines.
Pourquoi enchaîner en rafales des attaques d'une telle ampleur ?
Tout simplement parce que se profile une croissance catastrophique, ramenée à 1,5%, avec une dette publique vertigineuse qui contraint la bourgeoisie française à tenter de combler son retard par rapport à ses principaux rivaux et à donner un sérieux tour de vis. Quand le premier ministre Fillon déclare de façon alarmiste que l'Etat "est en situation de faillite", cela veut dire en clair que la bourgeoisie veut faire payer à la classe ouvrière la faillite de son Etat.
Si la bourgeoisie a décidé de s'attaquer en priorité aux régimes spéciaux de retraites, ce n'est pas pour des raisons purement économiques : ces mesures ne peuvent représenter qu'une part dérisoire dans le budget. Par contre, dans la série de toutes les attaques prévues, c'est celle qui permet de mieux tenter de diviser la classe ouvrière, d'enfoncer un coin pour déclencher ensuite d'autres attaques encore plus lourdes. C'est au nom de l'équité et de la justice sociale que cette "réforme" est mise en avant. On cherche à présenter les catégories d'ouvriers qui en bénéficient encore comme des privilégiés. Il faut rappeler pourquoi, ces régimes spéciaux ont été octroyés il y a 60 ans. Il fallait convaincre les ouvriers de "retrousser les manches" comme l'exhortait le PCF au profit de la "reconstruction nationale" d'après guerre. Ainsi, les salariés d'EDF ou de GDF ont en échange été astreints de travailler dans l'urgence, de nuit comme de jour sur des lignes à haute tension ou sur des canalisations, dans des conditions particulièrement dangereuses. Une autre contrepartie est que leurs salaires ont été maintenus à des niveaux relativement modestes. De même, à la SNCF ou à la RATP, la pénibilité des horaires ou du métier se double d'un haut niveau de responsabilité vis-à-vis des passagers. La classe ouvrière n'a rien à gagner à la suppression des régimes spéciaux qui touche déjà directement de larges parties des familles de prolétaires mais il doit être particulièrement clair que laisser passer ces mesures, c'est surtout laisser la porte ouverte à toutes les autres attaques qui s'annoncent encore plus féroces. Demain, ce sera le tour des fonctionnaires d'être dans le collimateur et présentés comme des nantis, comme les ouvriers réduits au chômage ou les salariés en arrêt maladie désignés comme des profiteurs, etc.... Cette logique qui prétend agir au nom de l'intérêt collectif, de la solidarité et de la justice sociale ne débouche que sur toujours plus de sacrifices pour les prolétaires. Elle a déjà permis d'imposer l'allongement de la durée des cotisations et de diminuer les pensions de retraite, elle entraîne vers le démantèlement de toute protection sociale, elle n'offre pas d'autre perspective que de faire plonger dans la misère une partie croissante des ouvriers. Il s'agira toujours de travailler plus pour gagner moins.
Pour en sortir, il ne faut nullement compter sur la gauche et le PS qui défendent les mêmes objectifs que le gouvernement. François Hollande lors des Universités d'été de La Rochelle déclarait "la France, globalement, doit travailler plus, mais en s'organisant autrement", Ségolène Royal elle aussi lors de la campagne présidentielle était intervenue pour préconiser "une remise à plat du système des retraites". Quant au "jeune loup" du PS, Manuel Valls, il plagie carrément Sarkozy lors d'une interview dans le journal Les Echos : "Les régimes spéciaux doivent être alignés sur le régime général." Il ne faut pas oublier que c'est le socialiste Rocard et son fameux Livre Blanc en 1986 qui a commencé à s'attaquer à la question des retraites, et tous les gouvernements, de gauche comme de droite, s'en sont par la suite largement inspiré.
Face à toutes ces attaques, il n'y a qu'un seul chemin permettant de lutter contre la dégradation continuelle des conditions de vie : se réunir, se rassembler, dépasser et refuser la division concurrentielle entre secteurs, catégories, entreprises dans laquelle la bourgeoisie cherche à nous enfermer. Les besoins de la classe ouvrière en lutte, ce sont les assemblées générales ouvertes à tous les travailleurs, du privé comme du public, en activité, retraités ou réduits au chômage, ce sont aussi les manifestations les plus larges et les plus massives où les ouvriers d'autres secteurs sont entraînés dans la lutte. C'est seulement de cette manière que les prolétaires seront capables d'imposer collectivement un rapport de forces susceptible de faire reculer les attaques de la bourgeoisie, comme l'a démontré la lutte des étudiants et lycéens contre le CPE au printemps 2006 que la bourgeoisie cherche aujourd'hui à faire oublier.
Est-ce ce type de riposte unie et solidaire que les "spécialistes de la lutte", les syndicats, sont en train de préparer ? Evidemment non ! La réelle "spécialité" de ces organes d'encadrement et de quadrillage de la classe ouvrière depuis des décennies, c'est bien la division des rangs ouvriers et le sabotage des luttes ! Ils déploient leur énergie pour que l'abolition des régimes spéciaux ne soit surtout pas l'étincelle d'une lutte plus générale contre toutes les attaques anti-ouvrières. Ainsi, une fois encore, les syndicats poussent les prolétaires à accepter de négocier au cas par cas, secteur par secteur, branche par branche. Ce n'est pas la réforme elle-même qu'ils critiquent (avec laquelle plusieurs leaders syndicaux, Chérèque de la CFDT ou Mailly de FO en tête, ont publiquement manifesté leur accord sur le fond) mais c'est uniquement "la méthode Sarkozy" qui prétend passer en force. C'est de la pure hypocrisie car il y a un partage du travail entre le gouvernement et les syndicats. Il n'y a jamais eu autant de rencontres et de concertation entre les syndicats et les ministres. Leur but, c'est de focaliser l'attention des ouvriers sur la méthode de négociation, ce qui permet d'occulter le contenu de l'attaque. Alors, les syndicats freinent des quatre fers la mobilisation pour ne pas attiser la colère des travailleurs : c'est un mois après l'annonce officielle de la réforme des régimes spéciaux qu'ils programment une journée d'action le 18 octobre. Chaque syndicat y va de son couplet pour faire entendre qu'ils ne sont pas vraiment d'accord entre eux : la CFDT et FO ont manifesté leur réticence à "mélanger les problèmes" sous prétexte que la SNCF et la RATP n'auraient pas les mêmes statuts que les gaziers3 et les électriciens et que chacun devrait faire entendre ses propres revendications, la CGT met en avant la nécessité d'une riposte unitaire pour le 18 octobre (et seulement pour le 18) mais elle se distingue à la RATP en refusant de mettre en avant le maintien des 37,5 annuités pour le départ à la retraite tandis que Sud-Rail et les autonomes de la RATP appellent à une grève illimitée dans leur secteur à partir du 18 octobre. Le choix de cette date n'est pas fortuit : la date de "bouclage" de la réforme (15 jours) sera passée et les syndicats pourront prétexter qu'ils sont mis devant le fait accompli, ce qui renforcera leur protestation contre la "méthode Sarkozy" mais ils pourront aussi justifier par la suite qu'il faudra se plier devant la loi. C'est un jour de semaine, donc, la paralysie des transports impliqués - SNCF, RATP - relancera le débat autour du "service minimum" récemment adopté par le gouvernement et devrait favoriser la division entre public et privé. Enfin, cette paralysie des transports devrait empêcher les ouvriers de se retrouver trop nombreux ensemble dans la rue.
Car ce que redoutent par-dessus tout les syndicats comme l'ensemble de la bourgeoisie, c'est que les ouvriers expriment à travers une mobilisation massive leur unité et leur solidarité de classe !
W (26 septembre)
1) La Grande-Bretagne sert de modèle à l'avenir qui nous attend en matière de retraites : il y a actuellement 10 millions de retraités, 20% vivent au dessous du seuil de pauvreté, 2,5 millions perçoivent moins de 50% de leur salaire d'actif. Face à cette paupérisation, beaucoup sont obligés d'accepter, tant qu'ils en ont la force, quantité de "petits boulots". Les départs à la retraite se font après 44 ans d'activité, ce qui fait pour les hommes un départ à 65 ans, le rapport Turner prévoit de passer cet âge de départ à 67, voire 68 ans.
2) Comme cela vient de se passer en Allemagne à Deutsche Telekom où les salariés pour conserver leur emploi ont été "revendus" à des entreprises privées, moyennant une amputation de 50% de leurs salaires.
3 Ceux-ci sont d'ailleurs invités à protester avant tout contre leur privatisation et contre la fusion récente entre GDF et Suez.
Tout irait très bien. Ce ne serait pas grave. Il ne faudrait pas s’affoler. Que de discours hypocrites et mensongers. La bourgeoisie le mois dernier, au moment où éclatait la nouvelle phase d’accélération de la crise économique mondiale du capitalisme, appelée crise des “subprimes”, désirait à tout prix nous vendre sa salade idéologique, qui se voulait tout particulièrement rassurante. La crise financière ne serait que passagère. Elle serait même salutaire et souhaitable, afin de corriger certains excès spéculatifs de quelques requins de la finance mal intentionnés. Seulement voilà, depuis lors et en quelques semaines seulement, la réalité est venue balayer en un tour de main tous les discours de ces bonimenteurs appointés par la bourgeoisie.
En effet, il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour voir cette crise de l’endettement et du crédit se propager à toute l’économie. Comme il était prévisible que l’économie américaine entrerait alors très rapidement en récession. Ceci est déjà un fait acquis. Dans ce pays, l’économie perd 100 000 emplois par mois. Les employés des banques sont fortement touchés, et les licenciements massifs pleuvent quotidiennement.1 D’ailleurs, même en Suisse, pays symbole de l’aisance du niveau de vie en régime capitaliste, les licenciements sont à l’ordre du jour, comme vient de l’annoncer l’organisme bancaire le Crédit Suisse. Aux Etats-Unis, dans le seul secteur de la construction, les suppressions de postes se chiffrent d’ores et déjà par dizaines de milliers. Ce secteur est, sans aucun doute pour le moment, le plus touché par la crise. Les constructions de bâtiments et de maisons neuves face à un stock croissant d’invendus, viennent de connaître un violent ralentissement, alors que ce secteur était un des piliers majeurs de la croissance. L’inhumanité et l’indifférence de la bourgeoisie n’ayant pas de limite quand il s’agit de son intérêt, ce sont près de 500 000 ouvriers émigrés travaillant dans ce secteur qui ont vu brutalement leur emploi supprimé. Ces travailleurs de nationalité mexicaine vont se voir, eux et leurs familles lorsque celles-ci ont pu les rejoindre aux Etats-Unis, reconduire à la frontière sans autre forme de procès. Cette pratique infecte de la part de la bourgeoisie préfigure le type de comportement dont est capable cette classe d’exploiteurs, lorsqu’elle n’a plus besoin des ouvriers. Mais le prix que doit dès maintenant payer la classe ouvrière à la crise capitaliste ne s’arrête pas là !
Qui aurait pu imaginer il y a quelques semaines encore, voir des ouvriers former des files d’attentes dans les rues devant des agences bancaires, venir dès l’aurore tenter de retirer en catastrophe leurs économies de toute une vie ? Ceci se passe aujourd’hui à Londres devant les succursales de la Northern Rock, huitième institution financière d’Angleterre et troisième plus gros prêteur sur le marché immobilier. Incapable de rembourser sa montagne de dettes, cette institution financière en appelait à la banque d’Angleterre et au gouvernement afin de ne pas se retrouver instantanément en faillite. Ceux-ci se portaient immédiatement garants et assuraient publiquement que tous ceux qui avaient déposé de l’argent dans cette banque seraient remboursés intégralement. En fait, tous ces capitalistes se moquent totalement qu’après une vie de travail et de privation, des milliers d’ouvriers se retrouvent du jour au lendemain sans un sou. Leur peur est ailleurs. Nothern-Rock n’est que la première victime après Countrywide aux Etats-Unis et plusieurs autres banques en Allemagne, de cette crise généralisée de l’endettement et du crédit. Ce que craignent tous ces messieurs, c’est l’effet de contagion. Toutes les banques partout dans le monde en grands prédateurs qu’elles sont, ont plus ou moins utilisé les économies déposées à leurs guichets afin de spéculer sans vergogne, prenant toujours plus de risques afin de ramasser toujours plus gros. Pire encore, s’endettant elles-mêmes à tour de bras, elles ont poussé encore et encore à ce que des familles ouvrières avec de tout petits salaires s’endettent sans limite pour consommer. Que se passerait-il si tous ceux qui ont placé leurs économies en banque, pris de panique à juste titre, se précipitaient à tous les guichets pour réclamer leur argent ? Malgré les promesses de la bourgeoisie, rien ne leur serait rendu. C’est pour cela qu’il y a des files d’attentes devant la Northern Rock.
C’est bien face à la crainte des faillites de tout le système bancaire que la bourgeoisie a réagi. En Grande-Bretagne et à l’image des Etats-Unis, la dette des ménages est supérieure à 100% du produit intérieur brut et est constituée à 80% par les emprunts immobiliers. Autrement dit, tout le travail accumulé pendant un an dans tout ce pays, sans rien consommer ne suffirait même pas à rembourser ! Après l’explosion de la bulle spéculative et immobilière en août aux Etats-Unis et en attendant celle des autres pays développés, c’est maintenant au tour de l’Angleterre de connaître le même sort.
Les principales banques centrales du monde et notamment la Réserve fédérale américaine ainsi que la Banque centrale européenne avaient déjà injecté au mois d’août des sommes colossales pour soutenir l’économie et empêcher autant que possible les faillites à la chaîne.
Mais tout cela n’a pas suffi. Au cours des dernières semaines les bourses étaient toujours à la baisse et l’activité américaine en plein ralentissement. La banque centrale américaine a alors baissé en une seule fois le taux auquel elle prête de l’argent à toutes les banques et autres institutions de crédit de 0,50 point de base. En termes clairs, et comme par magie, elle vient de créer artificiellement une somme colossale d’argent nouveau, qu’elle sort de nulle part si ce n’est de ses ordinateurs. De manière immédiate et à très court terme cela a certes un impact très limité sur l’économie. Mais cela n’empêchera pas la phase de crise actuelle de continuer à se développer. Bien plus, cette politique d’un endettement toujours plus profond et généralisé, qui est à la base de l’actuelle accélération de la crise, ne peut pour demain que préparer des catastrophes économiques toujours plus violentes et profondes.
Tino
Lors de sa visite à l'usine Liebherr en Alsace (Colmar), au début du mois de septembre, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il allait engager "un gigantesque plan contre la fraude" aux allocations chômage. Il a déclaré par ailleurs : "ce n'est pas normal que quand on est au chômage on refuse un emploi qui correspond à votre qualification, parce que ce sont les autres qui paient". Avec sa volonté accrue de masquer les chiffres réels du chômage (voir RI n° 382), le gouvernement augmente d'un cran sa politique de flicage. Accusés de "fraude" et d'être des "profiteurs du système", les chômeurs sont dans les faits systématiquement fichés et traqués par les services de l'Etat. Le rapprochement des fichiers UNEDIC et de l'ANPE, à cet effet, constitue un véritable mouchard. Comme le confie avec indignation un agent de l'ANPE sous anonymat : "Le vrai bouleversement, c'est le suivi mensuel des chômeurs fondé idéologiquement sur une logique de résultat. Tout le monde s'attend à ce que la multiplication des convocations entraîne des radiations et des cessations d'inscriptions" 1. Par le recoupement de renseignements, "Big-brother" pourra exercer une pression constante plus forte. L'objectif est double : radier un maximum de chômeurs afin de ne plus les indemniser et les faire disparaître des statistiques, utiliser pour le reste un volant de main d'oeuvre servile aux coûts extrêmement bas. Toutes les informations recueillies sur la vie du chômeur seront non seulement à la disposition des boîtes d'intérim et de prestataires privés, qui peuvent eux aussi effectuer un contrôle au nom de leur appartenance au "service public pour l'emploi", mais également à disposition de la police et de la justice. Entre autres renseignements, ces fichiers attestent de la présence de l'allocataire sur le territoire, de sa situation familiale, des revenus de son conjoint, son nombre d'enfants à charge, sa disponibilité comme demandeur d'emploi. Grâce au DUDE (Dossier unique du demandeur d'emploi) et son "service personnalisé plus rapide", tout un arsenal d'intimidation et de stigmatisation passe ses victimes à la moulinette. Tous les chômeurs sont soumis à une véritable "chasse à l'homme", particulièrement les chômeurs de longue durée qui sont en ligne de mire car davantage suspectés de vivre "aux crochets de la société", de même que les enfants d'immigrés - car estampillés "délinquants" - ainsi que les familles pauvres - car trop "assistées" - menacées en permanence de mise sous tutelle de leurs allocations familiales. Au bout de six mois de chômage, le bureaucratique "parcours de type 3" de l'ANPE déclenche déjà un véritable harcèlement : tous les huit jours, le chômeur est convoqué par un "référent", obligé de se déplacer parfois des centaines de kilomètres dans la journée pour un rendez-vous bidon, induit dans un "parcours" qui doit "aboutir à un résultat" : c'est-à-dire offre pourrie, déqualification, CDD, intérim, stage ou... radiation (laquelle s'applique dès le deuxième refus d'un emploi "correspondant à la qualification du demandeur d'emploi et pas trop loin de son domicile", éléments subjectifs s'il en est) ! Afin d'obtenir la "flexibilité" souhaitée, le chantage à la perte des droits et revenus sera encore accentué ! Les chômeurs n'apparaissent plus depuis longtemps comme tels, ils ne sont, pour l'Etat, que des " fainéants" qui refusent de se "prendre en charge" ! Dans le langage de l'administration, un chômeur est un DE (demandeur d'emploi), bref, une sorte de "quémandeur". L'ANPE et l'UNEDIC, dont les agents sont progressivement transformés et regroupés en véritable "brigade anti-chômeurs", sont partie prenante d'un engrenage répressif d'autant plus insidieux qu'il "dématérialise" les victimes : tout est fait par la hiérarchie pour qu'on ne voit plus, derrière une énième procédure de radiation, un être humain en détresse, mais simplement, dans le langage bureaucratique professionnel des initiés, un dossier "GL2" ou encore "202" ! Bien entendu, afin de saper toute démarche de révolte chez les victimes, les mécanismes de la culpabilité, l'isolement et la détresse, sont exploités à outrance par l'infâme propagande d'Etat et ses médias. La logique du capitalisme en crise se doit, afin d'assurer son ordre et sa rentabilité, de "transformer les chômeurs en précaires , en coupables, coupables de ne pas faire l'effort de réinsertion (la "réinsertion" étant le terme réservé antérieurement aux condamnés), ces efforts consistant à se soumettre aux injonctions de l'ANPE, présence à toutes les convocations, quels qu'en soient les motifs, participation à des stages absurdes et vides de sens, acceptation de travailler gratuitement, sans aucune excuse pour s'y soustraire, pas plus la garde d'un enfant malade que le manque de moyen de locomotion, ou, le comble, que quelques heures de travail le jour de la convocation".2 Il n'est pas étonnant que lorsque l'ANPE rémunère un cabinet privé pour évaluer un chômeur, seules les évaluations qui le desservent sont prises en compte. Le chômeur n'a pas de véritable choix : ou il accepte des travaux pénibles, peu rémunérés et il sombre davantage dans la précarité ; ou alors il refuse ces mêmes travaux proposés et il plonge sans aucune ressource dans l'exclusion totale. Cette pression terrifiante permet de mettre en concurrence sauvage les chômeurs afin de faire baisser partout les salaires bloqués depuis des années et rognés de toutes parts maintenant par le retour de l'inflation.
Avec de telles méthodes, il serait étonnant que les chiffres du chômage ne parviennent pas à baisser. Mais pour qu'ils continuent à diminuer, malgré le rejet croissant d'ouvriers hors de la production capitaliste, il faudra sans cesse que la bourgeoisie accentue son arsenal répressif et pousse les chômeurs à l'épuisement.
Il n'y a aucune illusion à se faire, derrière le masque hypocrite de la démocratie, de la "lutte pour l'emploi", la dictature implacable du capital s'exerce impitoyablement par son Etat tentaculaire et policier. Un Etat qui ne peut que multiplier les intimidations et les attaques massives du fait de l'enfoncement dans une crise économique sans issue. Le véritable choix, pour les chômeurs comme pour les autres ouvriers, c'est donc de résister et de mener un combat uni et solidaire. Seule la lutte de classe pourra en effet briser l'isolement et offrir à terme une perspective autre que celle de la misère et de l'exploitation.
WH
1) Témoignage sur le site CQFD [4].
2) Témoignage sur le site Rue 89 [5].
Dans la nuit du 7 au 8 septembre dernier, à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, près d'une centaine de squatters ivoiriens ont été délogés du campement qu'ils avaient établi depuis le mois de juillet à la suite d'une première expulsion de quelques familles de leur logement occupé illégalement, et en solidarité avec elles. Cette brutale opération policière est le résultat d'une décision de justice obtenue par la municipalité d'Aubervilliers quelques jours auparavant.
Jusque là, cet événement tragique et inhumain reste malheureusement un fait divers que la décomposition sociale a fait entrer dans la banalité. Les discours fermes et décidés de Nicolas Sarkozy sur la nécessité de produire des résultats tangibles en matière de lutte contre l'immigration clandestine trouvent là leur traduction immédiate au plan local. Sauf que ce qui aurait pu paraître cohérent de la part d'une municipalité UMP l'est déjà moins de la part de la mairie d'Aubervilliers, dirigée par le PCF, qui a toujours été parmi les premiers à dénoncer vigoureusement les politiques de l'immigration des gouvernements de droite, et qui s'est toujours fait le fer de lance à gauche de la promotion d'une politique du logement humaine et respectueuse des besoins des plus démunis.
En 2005 le PCF "[refusait] l'expulsion des immigrés et [appelait] l'ensemble des forces démocratiques à résister" (www.pcf.fr [7]) et en 2006, le même parti écrivait : "Expulsions : Sarkozy veut du chiffre. (...) Il faut que les avions partent à l'heure, il faut que les pilotes n'aient pas d'état d'âme et que les passagers ne disent mot et consentent. Il faut s'il est besoin menotter les élus. La machine à expulser doit fonctionner. Elle fonctionne jusqu'à l'absurde" (Ibid).
Que la bourgeoisie se rassure : d'état d'âme, il n'y en a pas quand c'est le PCF lui-même qui est aux commandes. La dénonciation d'une logique "absurde" s'efface derrière les "procédures contrôlées et démocratiques" d'attribution de logements sociaux, selon les propres termes du maire d'Aubervilliers, et que la clique stalinienne au pouvoir dans la commune entend bien faire respecter par la justice et par la force, cette même justice et cette même force qui sont pourtant aux mains d'un Sarkozy honni par son inhumanité et sa brutalité aveugle.
Les femmes et les enfants traînés violemment par les forces de l'ordre apprécieront cette fermeté "communiste" à sa juste valeur. Mais peut-être n'est-il pas inutile de leur rappeler qu'en la matière, le parti stalinien n'est est pas à son coup d'essai. Loin de là ! En 1979, des maliens qui refusaient d'être expulsés d'un foyer de Vitry-sur-Seine avaient goûté à la délicate intervention d'un bulldozer. En 1992, c'est à Montreuil-sous-Bois, autre fief du PCF, que des ouvriers immigrés était jetés dans la rue, pendant que dans la plupart des communes de la "ceinture rouge" parisienne (nom donné en raison de l'encerclement de Paris par des communes de banlieue aux mains des staliniens), le PCF participait comme tout parti bourgeois à faire raser les quartiers d'ouvriers pour réaliser en fait des profits dans la construction immobilière.
Cette politique n'est ni circonstancielle, ni liée à quelques corrompus qui occuperaient les mairies en question. La politique anti-immigrés pratiquée par le PCF relève de son attachement ancien à la défense du capital national. Voici ce que nous écrivions à ce sujet il y a presque dix ans : "Au nom du "travailler français", il organise des actions-commandos contre le minerai "allemand" et exige le refus d'embauche de main-d'oeuvre "étrangère" (notamment lors de la grève des marins, en novembre 78). Faisant de la surenchère sur les mesures anti-immigrés adoptées par le ministre Stoleru, il réclame carrément au gouvernement Giscard "l'arrêt de la politique d'immigration" et pousse aux expulsions d'immigrés dans les communes qu'il dirige en réclamant la fixation d'un "quota d'immigrés". Le chauvinisme du parti stalinien passe par des campagnes racistes et xénophobes qui n'ont rien à envier à ce que mettra bientôt en avant à son tour le Front National. Ainsi, plusieurs maires staliniens de la région parisienne prennent des initiatives contre l'augmentation du nombre d'immigrés dans leur commune. (...) en février 1981, le si "démocrate" et "débonnaire" secrétaire général actuel, Robert Hue organise une manifestation dans sa commune de Montigny-lès-Cormeilles pour faire expulser une famille marocaine sur laquelle il a fait courir la fausse rumeur qu'elle se livrait à du trafic de drogue" (voir Le PCF contre la reprise de la lutte de classe (1968-1989) dans RI n° 283, 284 et 285, octobre à décembre 1998).
Et quand il s'agit d'obtenir du soutien dans sa politique, le PCF peut compter sur tous les courants de sa classe pour voler à son secours. La ministre du logement, d'abord, Christine Boutin qui a rappelé qu' "une décision de justice doit être appliquée, sinon nous ne sommes plus un Etat de droit". Et quand Rama Yade, la froide Cruella mascotte du gouvernement, vient verser ses larmes de crocodile auprès des familles dont elle ne peut qu'ignorer la profonde détresse qu'ils vivent, c'est Lutte ouvrière qui vient tancer la vilaine Rama en lui rappelant que la plupart des communes UMP de la banlieue parisienne ne respectent pas les 20 % de logements sociaux imposés par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) et qu'"elle ignore donc volontairement l'attitude de ses amis politiques sur ce terrain-là pour ne consacrer son temps et ses critiques qu'aux communes dirigées par le Parti communiste !" (LO du 14 septembre). Une honte, en effet : après tout, les communes staliniennes, si elles ne font pas mieux que leurs voisines de droite, elles ne font pas pire non plus ! Elles prennent et appliquent simplement les décisions rendues nécessaires par les intérêts d'un capital en crise, qui jette toujours plus de prolétaires à la rue, sans aucun moyen de survivre et sans s'en soucier le moins du monde.
Cette politique menée depuis des décennies par le PCF ne peut que pousser au dégoût quand on voit qu'ils osent encore imprimer l'Humanité tous les jours sur leur journal historique. Il y a bien longtemps que le sort de l'humanité ne figure plus dans la liste des préoccupations d'une clique politique certes moribonde mais qui défendra son camp et sa classe, la bourgeoisie, sans fléchir, jusqu'à son dernier souffle.
G (24 septembre)
L'identification du communisme avec le stalinisme constitue le plus grand mensonge du siècle dernier ! Ce régime barbare ne fut absolument pas le successeur mais bien le fossoyeur de la Révolution d'octobre 1917.
Durant la Première Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 20, la lutte de la classe ouvrière s'est répandue à travers le globe. La révolution russe, par son insurrection victorieuse, constitua le plus haut point atteint par cette vague internationale1. Mais comme l'annoncèrent les spartakistes et bolcheviks "c'est ici que commence la fatalité de la Révolution russe. La dictature du prolétariat en Russie est, au cas où une révolution internationale prolétarienne ne viendrait pas la soutenir à temps, condamnée à une défaite exemplaire auprès de laquelle la fin de la Commune de Paris ne serait qu'un divertissement2" (Lettres de Spartacus n°8, août 1917). Et effectivement, la "révolution internationale prolétarienne ne [vint] pas la soutenir à temps", la vague fut brisée, la lutte cessa de s'étendre et la bourgeoisie triompha finalement dans un bain de sang immonde. Et c'est tout naturellement en Russie que la contre-révolution se fit la plus brutale, haineuse et revancharde !
La bourgeoisie mondiale réussit en effet à contenir ce mouvement gigantesque de la classe ouvrière qui ébranlait la planète. Surmontant la frayeur que lui inspirait la perspective de sa propre disparition, elle a réagi tel un fauve blessé, jetant toutes ses forces dans la bataille, ne reculant devant aucun crime. Par la ruse et la répression, les mensonges et les massacres, elle a vaincu les masses ouvrières insurgées. Elle a écrasé dans le sang les prolétaires en Allemagne en 1919, en 1921, en 1923, n'hésitant pas à assassiner froidement des militants tel que Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht ou Léo Jogiches. En même temps, elle entourait la Russie révolutionnaire d'un "cordon sanitaire" sous la forme d'un blocus livrant à la pire des famines des dizaines de millions d'êtres humains (famines qu'elle s'est évidemment empressée de mettre sur le compte du mouvement révolutionnaire lui-même). Par un soutien massif en hommes et en armements aux armées blanches du tsarisme déchu, elle y a déchaîné une guerre civile effroyable, provoquant des millions de morts et détruisant totalement l'économie.
Cette contre-révolution engendra un monstre : le stalinisme. Alors que tous les révolutionnaires et la classe ouvrière pensaient qu'une défaite serait synonyme d'un écrasement du pouvoir prolétarien par les armées blanches, ce n'est pas seulement de "l'extérieur" mais aussi de "l'intérieur" qu'a surgi et finalement triomphé l'ennemi. Le dénouement de la Commune de Paris en 1871 fut tragique mais clair : les troupes de la bourgeoisie française ont massacré et repris le pouvoir en main. Par contre, en Russie, la bourgeoisie mit un masque : au nom du socialisme, elle écrasa... le socialisme, au nom des ouvriers, elle massacra et réduisit à la misère des millions... d'ouvriers, au nom du parti bolchevik, elle exécuta et déporta des milliers de militants... du Parti bolchevik !
Il est important de se rappeler que pendant les semaines cruciales d'octobre 1917, comme durant les mois précédents, il s'est manifesté au sein même du parti bolchevik un courant qui reflétait le poids de l'idéologie bourgeoise en s'opposant à l'insurrection et que Staline en était déjà un dangereux représentant. Pendant l'insurrection elle-même, l'aventurier politique Staline "disparut", en réalité pour voir de quel côté le vent allait tourner. La lutte de Lénine et du parti bolchevik contre le "stalinisme" en 1917, contre les manipulations, contre le sabotage hypocrite de l'insurrection devait reprendre au sein du parti dans les années suivantes mais, cette fois, dans des conditions historiques infiniment moins favorables.
Non, le stalinisme n'est décidément pas le produit de la révolution d'Octobre 17 ! Il en est son bourreau ! De concert avec toutes les autres bourgeoisies, il a déchaîné la plus sanglante et la plus terrible contre-révolution de l'histoire. Non content d'imposer une exploitation forcenée de la classe ouvrière, d'exercer sa terreur, de remplir ses geôles, de livrer à la déportation et à la mort des dizaines de millions de prolétaires sur plusieurs générations, tout ce qui pouvait subsister d'Octobre 17 a été férocement piétiné, décimé, anéanti sous ses coups. Cet acharnement s'est traduit en particulier par l'élimination systématique au sein du parti bolchevik de tous les révolutionnaires défendant les principes révolutionnaires et internationalistes d'Octobre 17. La déclaration officielle en 1927 du "socialisme dans un seul pays" par Staline, symbole du triomphe de la bourgeoisie et de son nationalisme viscéral, fut le coup de poignard mortel anéantissant la nature même de la lutte de millions d'ouvriers à travers le monde : l'internationalisme et la solidarité de classe !
Pour triompher, le stalinisme est passé sur le corps de la classe ouvrière et sur l'âme de la révolution prolétarienne !
Beatrix
1) Lire l'article de ce journal Octobre 1917 : La révolution prolétarienne est nécessaire et réalisable.
2) L'insurrection des ouvriers parisiens en 1871 se termina par "la semaine sanglante" et l'écrasement de la Commune par les troupes versaillaises. Les insurgés payèrent un prix élevé : 25 000 d'entre eux furent exécutés sommairement et 10 000 condamnés légalement (sic !) à mort.
Le Japon fait partie des plus grandes puissances économiques du monde. La classe ouvrière y est exploitée depuis des décennies de façon extrêmement féroce et brutale. Dans une société totalement déshumanisée, les ouvriers sont mis perpétuellement en concurrence ; ils passent des journées interminables à leur bureau ou à la chaîne et n'ayant pas le temps matériel de rentrer chaque soir, ils passent souvent la nuit dans des sortes de chambres-lits sarcophages placées à côté des lieux de travail. Néanmoins, jusqu'à maintenant, tout cela tenait par la promesse d'un travail à vie, stable et pas trop mal rémunéré.
Mais depuis une dizaine d'années, la récession s'est installée. La paupérisation et la précarité sont venues frapper de plein fouet cette classe ouvrière pressurisée, en particulier les derniers venus sur le "marché du travail" : les jeunes. Cette frange de la population se faisant nommer le "précariat", compilation très parlante de "précarité" et "prolétariat", a aujourd'hui des conditions de vie totalement insupportables.
Au Japon, comme partout ailleurs, le lot quotidien des jeunes est fait de boîtes d'intérim et de suite de petits boulots précaires et mal payés. Dans le meilleur des cas, quand ils parviennent à enchaîner tout un mois de petits contrats, ils peuvent "espérer" gagner 600 euros. Et ce sont des cadences infernales qui les attendent contre ces salaires de misère, ils effectuent à 3 le travail de 10. Pour une frange entière de la classe ouvrière, se loger ou même se nourrir devient une tâche chaque jour plus impossible.
Dans ces conditions, les cafés manga1 sont devenus des sortes de refuge surréalistes contre la fatigue et le froid. Les jeunes s'y entassent, juste pour dormir, sans pouvoir ni manger ni boire : "En janvier 2007, un garçon de 20 ans a été arrêté pour n'avoir pas payé ses consommations dans un café manga [...], où il avait passé trois jours. Il avait en tout et pour tout 15 yens (10 centimes d'euro) en poche. Il était entré dans l'établissement pour se protéger du froid et n'avait mangé en trois jours qu'un plat du jour et une assiette de frites. L'employé d'un autre café manga m'a raconté qu'une fois un client était resté une semaine et que, pendant ce temps, il n'avait rien consommé en dehors de quelques boissons"2.
Le plus ignoble de l'affaire est la pression culpabilisante de la classe dominante. Là-bas aussi, les chômeurs et les précaires sont accusés par la bourgeoisie d'être des fainéants, des bons à rien profiteurs du système. Soumis à cette propagande nauséabonde que "chacun est responsable de son sort", cette jeunesse jetable et corvéable à merci est rongée par la culpabilité de n'arriver à rien. Cette pression est telle qu'elle se traduit par des vagues de suicides massives et d'automutilation. Au Japon, le suicide est devenu la première cause de décès des jeunes de 20 à 39 ans !
Néanmoins, depuis 2002, les jeunes japonais commencent à redresser progressivement la tête et à exprimer leur colère. Des manifestations de révoltes éclatent régulièrement contre cette société. En 2006, une importante fronde pour la gratuité des logements s'est levée. Dans le cortège des manifestants, on pouvait lire des slogans comme "Nous habitons des immeubles vétustes", "Nous logeons dans des pièces de 4 tatamis et demi [environ 7,4 m2]", "Nous ne pouvons plus payer notre loyer !", "Des logements gratuits !"....
Comprendre que leur situation n'est pas due à leur paresse mais à une crise profonde de cette société est une nécessité vitale et c'est ce début de réflexion qui est en train de se développer dans les rangs de cette jeunesse ouvrière : "Il est évident que, si la vie des jeunes est devenue aujourd'hui à ce point précaire, cela n'a rien à voir avec un problème psychologique personnel ou avec leur volonté, mais cela est dû au désir malsain des entreprises, qui veulent continuer à profiter d'une main-d'œuvre jetable qui leur permet de rester compétitives à l'échelle internationale".
Néanmoins, une étape décisive manque encore pour pouvoir ouvrir réellement des perspectives de lutte : la capacité à se reconnaître comme une partie d'un tout beaucoup plus large, la classe ouvrière. C'est seulement alors que les luttes pourront dépasser le stade de la réaction immédiate et impuissante. Pour l'instant, se sentant isolés et coupés du reste de la classe ouvrière, la colère de tous ces jeunes précaires ne peut déboucher que dans l'impasse et le désespoir. De façon significative, la chanson tournant en boucle lors des manifestations, crachée par les hauts-parleurs, est celle du groupe des Sex Pistols, No future.
La jeunesse du Japon n'est pas une exception. En Allemagne, les jeunes se voient contraints d'accepter les jobs gouvernementaux à un euro de l'heure. En Australie, par exemple, "un quart des Australiens entre 20 et 25 ans ne sont ni engagés dans un travail à plein temps ni dans les études, soit 15% de plus qu'il y a 10 ans et peu de choses auront changé quand ils auront 35 ans"3. En France, en 2006, la bourgeoisie a tenté d'imposer un nouveau type de contrat d'embauche facilitant les licenciements sans préavis ni indemnités, le fameux CPE (Contrat première embauche rebaptisé malicieusement par la jeunesse Contrat poubelle embauche4). Mais cette fois là, la jeunesse ouvrière sut déclencher une large mobilisation. Cette lutte fut victorieuse et enthousiasmante, la bourgeoisie fut contrainte de retirer son attaque. Elle démontre que la perspective existe pour les jeunes générations de se relier au combat collectif de leur classe.
Map
1) Cafés ouverts 24 h sur 24 où les clients lisent des bandes-dessinées et surfent sur Internet.
2) Courrier international du 5 juillet 2007.
3) La Tribune 10/08/07.
4) Lire notre article "Le mouvement contre le CPE en 2006 : une lutte exemplaire pour la classe ouvrière [12]".
Nous publions ci-dessous l’adresse envoyée au 17e Congrès du CCI par le groupe Internasyonalismo des Philippines, dont une délégation a été invitée au Congrès mais n’ a malheureusement pas pu y assister pour diverses raisons matérielles. Les camarades sont en contact avec le CCI depuis plus d’un an, et ont entrepris de développer une présence de la Gauche communiste aux Philippines, dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. C’est grâce à leurs efforts que le CCI a pu ouvrir son propre site en langue Filipino [14], et nos lecteurs peuvent suivre et participer dans les discussions des camarades d’Internasyonalismo (en anglais et en Filipino) sur leur blog.
Le Congrès a fortement salué cette adresse. Elle est non seulement une expression de la solidarité communiste internationale envers le CCI et les autres groupes qui étaient présents au Congrès. Elle a apporté une contribution importante aux débats et aux travaux du Congrès, notamment sur la question syndicale telle qu’elle s’exprime dans des pays comme les Philippines, et sur la question du développement de la Chine en tant que puissance impérialiste en Orient.
Camarades,
(...) Depuis presque 100 ans, les ouvriers aux Philippines ne savaient rien au sujet des positions de la Gauche communiste, et encore plus, les révolutionnaires ici n’avaient pas la possibilité de les lire ou les étudier, spécialement dans les années 1920 et 1930. Maintenant, même si nous sommes très peu de communistes internationalistes aux Philippines, nous ferons de notre mieux pour contribuer aux débats et discussions collectives dans le Congrès du CCI à travers ce texte.
Nous avons étudié et discuté collectivement les trois projets de documents pour le XVIIe Congrès. Pouvons-nous présenter ce qui suit au Congrès ?
D’une manière générale, nous avons été d’accord avec les positions et le contenu des trois projets de documents -le projet de rapport sur la lutte de classe, le rapport sur l’évolution de la crise du capitalisme, le rapport sur les conflits impérialistes. Les documents sont basés sur l’internationalisme et la dynamique présente du système en décomposition et la lutte des classes, aussi bien que sur les interventions actuelles des minorités révolutionnaires à l’échelle mondiale. Ceux-ci sont conformes avec la méthode matérialiste historique du marxisme.
« Qu’avec l’actuelle évolution des contradictions, la question la plus critique pour l’humanité est la cristallisation d’une conscience de classe suffisante pour l’émergence de la perspective communiste » et “l’importance historique de l’émergence d’une nouvelle génération de révolutionnaires ». (Rapport sur la lutte de classe pour le 17ème Congrès international).
Dans l’ensemble, nous sommes d’accord que la solidarité de classe est la chose la plus importante pour nous en tant que révolutionnaires. La maturation de la conscience de classe peut être mesurée au niveau de la solidarité de classe parce que cette dernière est l’expression concrète de l’auto-organisation et du mouvement indépendant du prolétariat.(...)
Aujourd'hui, ce qui est le plus important est de chercher les chemins de la solidarité de classe pour s’élever sur les bases de l’internationalisme et d’un mouvement de classe indépendant. Mais, nous voulons proposer au Congrès de souligner ce qui suit :
1. La nature réactionnaire des syndicats dans le capitalisme décadent pourrait retenir le vrai développement de solidarité à l’échelle internationale.
Dans les pays avancés, les syndicats (de gauche et de droite) ont été exposés aux yeux des ouvriers ; dans les pays où le capitalisme est plus faible, les syndicats de gauche sont encore de fortes mystifications pour les ouvriers parce que généralement les patrons capitalistes sont anti-syndicats. Pour ces ouvriers, les syndicats gauchistes sont des expressions d’engagement et de défense des intérêts ouvriers même si un nombre croissant de la classe se pose des questions sur les promesses et les résultats de ces syndicats gauchistes.
A l’époque de lutte massive, quand les assemblées ouvrières sont la forme appropriée des organisations de la classe, ouvrir ces assemblées aux syndicats par solidarité, c’est mettre en péril la lutte indépendante de la classe et aussi risquer que ces assemblées se transforment en instruments des syndicats, aussi bien que de tomber victime des conflits entre syndicats des différentes organisations gauchistes.
Dans les années 1970 jusqu’aux années 1980, les luttes ouvrières massives aux Philippines n’étaient pas menées par les syndicats mais par les alliances d’ouvriers constituées dans les luttes. La composition de ces alliances étaient des ouvriers syndiqués et non syndiqués avec le soutien des classes moyennes. Les syndicats étaient avec les alliances, mais ils n’étaient pas décisifs. Les ouvriers non syndiqués étaient décisifs parce qu’ils étaient majoritaires dans les alliances.
Mais les syndicats, menés par les gauchistes, organisaient les ouvriers non syndiqués dans les alliances, augmentant donc leurs membres en l’espace de quelques années. Durant la vague de luttes suivante au milieu des années 1980 et jusqu’à maintenant, les alliances ont été soit transformées en fédérations syndicales ou ont été placées sous le contrôle des syndicats.
2. Il devrait être souligné que, main dans la main pour rechercher la solidarité de classe, il y a la vigilance et la résistance opportune contre toutes manœuvres et sabotage des syndicats dans les assemblées ouvrières afin de ne pas faire dérailler la généralisation de la lutte, spécialement dans une situation comme celle des Philippines où le sectarisme et la concurrence dans les différentes fédérations syndicales et les différentes organisations gauchistes sont très forts.
3. Dans la recherche de la solidarité de classe, les larges masses d’ouvriers devraient être mises aussi en garde contre les dangers du syndicalisme tout comme nous mettons toujours en garde les ouvriers des dangers de toute sorte de réformisme et gauchisme.
Nous sommes complètement d’accord avec l’analyse de l’évolution de la crise du capitalisme. Toutefois, nous aimerions insister sur les points suivants :
1. L’augmentation de l’industrie appelée centrale est aussi une manifestation de la crise dans les pays capitalistes avancés, spécialement les USA. Cette outsourcing industrie loue des centaines de milliers de jeunes travailleurs à la fois aux Philippines et en Inde. Presque tous ces ouvriers sont contractuels ou ont des postes précaires et travaillent de longues heures.
2. La Chine aussi envahit l’économie philippine, mais nous sommes encore en train de rassembler des informations pour savoir dans quelle ampleur et si elle supporte une faction de la classe dirigeante de Filipino pour rivaliser contre la politique de contrôle des USA.
Des RTW fabriqués en Chine, des micro plaquettes et même un projet ferroviaire d’un multi-billion de dollars ont pénétré le pays. Beaucoup de grosses entreprises philippino-chinoises investissent en Chine et beaucoup d’officiels gouvernementaux, du niveau local au niveau national, sont allés en Chine pour le marché. Beaucoup de ces membres officiels regardent la Chine comme un modèle de développement.
L’impérialisme américain est bien conscient de cela et il exerce des pressions sur le gouvernement Arroyo sur cette question.
Ce rapport est compréhensif et détaillé. Nous sommes d’accord qu’aujourd’hui, le chaos et la barbarie empirent jour après jour, mais que la capacité du prolétariat international n’est pas encore suffisante pour les arrêter et pour balayer finalement le capitalisme international. Par conséquent, il y a un besoin urgent pour la Gauche communiste du monde entier de déployer plus d’efforts dans leurs interventions dans les luttes prolétariennes. Avec tous ces rapports, il y a, aujourd’hui, le besoin urgent que tous les communistes internationalistes dans le monde devraient coordonner leurs activités et leurs interventions à l’échelle mondiale. Le prolétariat pourra seulement hâter son accumulation de force et élever sa conscience de classe à travers les efforts communs des minorités révolutionnaires dans le monde. Par conséquent, le sectarisme des autres organisations de la Gauche communiste est très dommageable pour le prolétariat international dans son combat contre son puissant ennemi de classe (...)
Pour le succès du XVIIe Congrès International du CCI.
Internasyonalismo 21 mai 2007
L’ineffable French doctor Kouchner est de retour. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Sarkozy n’a de cesse de vouloir crever l’écran et de faire parler de lui, comme son nouveau patron.
Après sa visite “surprise” aussi bien que stérile à Bagdad, il s’est empressé de critiquer le premier ministre irakien et d’appeler à son départ en l’accusant de ne pas travailler à la stabilisation de son pays. En fait, ce voyage à Bagdad fin août se voulait un élément marquant d’une offensive diplomatique française et cherchait à donner plus de coffre à la voix de la France dans l’arène internationale et en particulier au Moyen-Orient. Mieux encore, il s’est permis de menacer directement l’Iran d’un recours à la guerre si cet Etat s’obstinait à poursuivre son programme nucléaire militaire. Kouchner n’a rien fait d’autre que de reprendre les propos de Sarkozy qui avait appelé fin août à des “sanctions croissantes” contre Téhéran, mais “hors ONU” et au sein de l’Union Européenne pour mieux afficher ses prétentions de leader de l’Europe.
Evidemment, la présence de Kouchner dans le gouvernement Sarkozy, après avoir mangé au râtelier stalinien du PCF puis à celui de Mitterrand, n’a rien d’étonnant. Mais aujourd’hui, il dévoile la vraie nature de “va-t-en guerre”, de son engagement “socialiste” et de “grand humaniste”. Depuis 1968, il n'a cessé d’être présent dans nombre de conflits, en Afrique et dans les Balkans en particulier, comme représentant patenté d’organisations humanitaires médicales, puis comme représentant de “l’ingérence humanitaire” de la France. En fait, il a toujours été un des meilleurs “VRP” de l’impérialisme français. Une caméra à l’horizon d’un champ de bataille et de misère et… surgit Kouchner, un sac de riz sur le dos en Somalie ou un enfant famélique dans les bras au Darfour. C’est de cette image de chevalier blanc justicier dont se sert encore Sarkozy. N’oublions pas que c’est le socialiste Mitterrand qui a créé le concept “d’ingérence humanitaire” pour mieux faire passer la pilule de l’intervention militaire, dont ne s’est pas privée la France en ex-Yougoslavie, au Kosovo, en Afrique ou au Moyen-Orient. En cela, Kouchner est resté fidèle à son ancien maître, pour faire vivre dans les médias ses “convictions”, et son image de “combattant de la paix”, mais aussi et surtout pour mieux servir et adapter les intérêts de l’impérialisme français au style Sarkozy.
Mulan (29 septembre)
Depuis peu, le CCI organise des réunions publiques à Caen, ville qui fut l'un des berceaux du mouvement de Mai 1968. Notre organisation a toujours eu à cœur de faire de ses réunions des lieux de discussion ouverts et fraternels où la classe ouvrière exprime ses questions, ses doutes, son combat. Ainsi, lors de la réunion de juin, la discussion fut particulièrement riche et animée.
Néanmoins, même si ce débat fut foisonnant, un point a fait l'objet d'un intérêt particulier. Les participants nous ont en effet demandé "comment expliquer simplement ce que le CCI appelle la 'décadence du capitalisme' ?". Il est évident aujourd'hui que la société "déraille", que tout dans le capitalisme tourne à la catastrophe. Mais au-delà de ce constat, pour comprendre en profondeur les causes des charrettes de licenciements et du chômage massif, des guerres et des famines... il faut effectivement se demander pourquoi le capitalisme est un système décadent et condamné historiquement à mourir.
Toute société de classes naît, vit et meurt. Son histoire se divise toujours en une période d'ascendance où elle développe ses potentialités, et une période de décadence, où elle devient un frein au progrès de l'humanité. L'esclavagisme antique s'est développé durant quelques millénaires pour ensuite péricliter lentement et être balayé par le féodalisme. L'effondrement de l'empire romain est un exemple de décadence connu de tous. Le féodalisme ou, autrement dit, le servage, a lui aussi connu une longue expansion suivie d'une descente aux enfers répandant peste, choléra et famine.
Le capitalisme, qui s'est développé à partir du 16e siècle, a suivi la même trajectoire ascendante puis décadente, mais à une vitesse incroyable. Le dynamisme de cette société d'exploitation fut en effet remarquable. Marx écrivait à son propos :
"C'est elle qui, la première, a fait voir ce dont est capable l'activité humaine. Elle a créé de toutes autres merveilles que les pyramides d'Egypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques ; elle a mené à bien de toutes autres expéditions que les invasions et les croisades"1.
En l'espace de deux siècles, les xviiie et le xixe siècles, "la bourgeoisie envahit toute la surface du globe ; partout elle doit s'incruster, partout il lui faut bâtir, [...] elle démolit toutes les murailles de Chine et obtient la capitulation des barbares les plus xénophobes. Elle contraint toutes les nations, sous peine de courir à leur perte, d'adopter le mode de production bourgeois ; elle les contraint d'importer chez elle ce qu'elle appelle la civilisation, autrement dit : elle en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un monde à son image"2.
Quelle force a poussé le capitalisme à conquérir si rapidement toute la planète en une sorte de boulimie frénétique ? La nécessité de vendre ses marchandises "à l'extérieur" ! En effet, le capitalisme ne peut jamais absorber lui-même toutes les marchandises qu'il produit. La raison en est simple : la bourgeoisie ne peut vendre qu'une partie, et une partie seulement, de ses marchandises à la classe ouvrière.
"La demande émanant du travailleur productif lui-même ne peut jamais suffire à toute la demande, parce qu'elle ne recouvre pas entièrement le champ de ce qu'il produit. Si c'était le cas, il n'y aurait plus aucun bénéfice ni, donc, de raison pour le faire travailler. L'existence même d'un profit réalisé sur une marchandise quelconque implique une demande autre que celle émanant du travailleur qui l'a produite"3. En clair, la bourgeoisie ne gagne rien en vendant ses produits à la classe ouvrière ; c'est seulement son propre argent qui lui revient après être passé dans la poche des travailleurs. Pour faire du profit, elle se doit de vendre une partie de sa production aux paysans, aux artisans... à toutes les couches de la société qui, aux quatre coins du globe, n'ont pas encore "adopté le mode de production bourgeois". C'est pourquoi lorsque, au 19e siècle, les conquêtes n'étaient pas assez rapides et que par conséquent les marchés "extérieurs" devenaient insuffisants, la surproduction apparaissait et la crise éclatait :
"Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s'abat sur la société, - l'épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu'une famine, une guerre d'extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ; l'industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce"4.
Le capitalisme a donc dû étendre son marché au monde entier. Mais en absorbant ainsi progressivement les marchés "extérieurs", il réduisit d'autant les débouchés dont il avait besoin pour vivre. Prenons une image pour mieux comprendre. Un poussin se développe à l'intérieur de l'œuf en absorbant le blanc qui l'entoure. Une fois formé, quand le poussin occupe tout l'espace et que sa nourriture commence à manquer, il se libère en brisant sa coquille. La société capitaliste se développe en quelque sorte de la même manière ; son "blanc", ce sont les marchés extra-capitalistes. Seulement, une fois tout l'espace conquis, elle n'a nulle coquille à briser. Elle essaye donc de croître dans cet espace devenu trop petit. Chaque partie (les nations) tente de survivre au détriment de l'ensemble de l'organisme. C'est exactement ce qui s'est passé au début du xxe siècle, le capitalisme est devenu un monstre, une société décadente, et la Première Guerre mondiale a éclaté !
En effet, à la veille de 1914, "pour la première fois, le monde se trouve partagé entièrement, si bien qu'à l'avenir il pourra uniquement être question de nouveaux partages, c'est à dire du passage d'un "possesseur" à un autre, et non de la "prise de possession" de territoires sans maître5».
Toutes les régions du globe étant conquises par le capitalisme, chaque capital national n'a plus d'autre ressource que de prendre un marché à un autre capital.
Le xixe siècle, période d'ascendance du capitalisme, n'a pas été un siècle de paix... loin s'en faut. Des guerres parfois dévastatrices, comme les guerres napoléoniennes ou la Guerre de Sécession, ont eu lieu ; elles ont parfois mobilisé des ressources économiques et humaines considérables. Les armes se sont sophistiquées et, déjà lors de la Guerre de Sécession (1860-65), les armes automatiques et canons de gros calibre, les cuirassés et sous-marins font leur apparition. Mais la différence fondamentale avec la période de décadence et les guerres du 19e siècle est que les guerres de l'ascendance ne concernaient que des régions peu étendues et non tous les continents du globe comme les deux guerres mondiales. Elles n'ont jamais eu un caractère permanent contrairement aux conflits depuis 1945. La Première Guerre mondiale marque de ce point de vue un tournant ; l'absurdité du conflit, aboutissant à exterminer des classes d'âge entières, mobilisant toutes les énergies des belligérants jusqu'à les ruiner, n'était que la préfiguration de tous les conflits qui ont eu lieu depuis.
Aujourd'hui, l'état de guerre permanent se traduit par des dépenses militaires énormes dans tous les pays, atteignant directement et indirectement la moitié ou plus des ressources de tous les États. Des sommes inouïes, jamais vues, sont englouties dans la production d'outils de destruction toujours plus sophistiqués. La science, l'industrie, les médias, en bref toute la société est directement ou indirectement au service de l'économie de guerre. La fascination de la société capitaliste pour le militarisme et la guerre est l'indubitable signe de l'agonie de ce système.
Tout comme la guerre, la crise économique change radicalement de nature avec la décadence. Avant la Première Guerre mondiale, la crise de surproduction constituait un palier entre chaque phase d'expansion du marché, un "battement de cœur d'un système en pleine santé". Par contre, en décadence, la surproduction devient un phénomène chronique.
Plus personne ne se souvient de la crise des années 1882-1886, bien qu'elle a abouti à la faillite d'une partie des compagnies ferroviaires américaines et à la manifestation du 1er Mai 1886 à Chicago, si durement réprimée que le 1er Mai est devenu la Fête du Travail. La crise de 1890-95 n'a guère laissé plus de souvenir, malgré les 15 000 faillites, dont celles de 600 banques, enregistrées aux Etats-Unis au cours de la seule année 1893 6. Par contre, la crise de 1929 est restée dans l'histoire. La différence est simple : les deux premières n'ont pas duré longtemps et l'expansion qui les a suivies a effacé leur souvenir des mémoires. Il n'en est rien pour la crise de 1929, vu la catastrophe planétaire qu'elle a générée et les conséquences les plus absurdes qu'elle a entraînées : on se souvient des traders de Wall Street qui se suicidaient après le "Jeudi noir", des locomotives brésiliennes brûlant le café invendable, de la moitié des Etats américains revenant au troc faute d'argent et de banques, toutes en faillite, de l'exode vers le mirage californien des paysans américains ruinés7. En Allemagne, le souvenir de la catastrophe monétaire de 1923, lorsqu'il fallait une valise de billets pour aller acheter son pain, existe toujours et les 6 millions de chômeurs de 1932 sont encore dans les mémoires. Et enfin, tout le monde connaît l'épouvantable dénouement de cette crise, la Seconde boucherie impérialiste mondiale.
Surtout, jamais une crise au xixe siècle n'a duré plus de quatre ans. Que dire alors de la crise actuelle, qui vient de fêter ses quarante ans ? Aujourd'hui, ce sont les périodes d'expansion qui deviennent rares et la crise économique, la règle. Cette crise permanente se traduit, phénomène nouveau par rapport au 19e siècle, par un chômage de masse. Et le slogan du président américain Hoover, celui de la Grande dépression de 1929, qui disait que "la prospérité est au coin de la rue", ne fait que montrer l'aveuglement de la bourgeoisie par rapport à son propre système économique : la croissance repartira bien un jour !
Depuis 1929, il n'y a certes plus eu de krach d'une telle ampleur, un tel arrêt de l'économie. Il est vrai que la bourgeoisie a su tirer les leçons de la "Grande dépression" en "interdisant" le protectionnisme, en organisant les flux financiers à l'échelle internationale et, surtout, en ayant recours à un endettement systématique et massif. Pour autant, elle n'a en rien résolu le problème du manque de débouchés et de la surproduction. Elle n'a fait qu'étaler sa crise historique dans le temps, aux récessions succédant d'autres récessions toujours plus brutales. Il y a eu ainsi d'importantes crises ouvertes en 1970, en 1974-1975, en 1980-1982. Au début des années 80, les économies des pays du tiers-monde se sont effondrées. Dans les années 1990, dont le début était marqué au fer par l'effondrement de l'ancien bloc soviétique, la crise économique est venue à nouveau frapper violemment les pays les plus puissants de la planète, en particulier les Etats-Unis et la Grande Bretagne, dès 1992. Les différents "miracles" dont la bourgeoisie s'enorgueillissaient ont successivement fait faillite comme l'ont montré la crise asiatique de 1997 et l'éclatement de la bulle Internet en 2001. Et nous sommes aujourd'hui de nouveau, en cette fin d'année 2007, au commencement d'une nouvelle phase récessive qui promet d'être particulièrement violente. Face à toutes ces crises, la bourgeoisie n'a eu pour seule "solution" que de poursuivre encore et toujours plus sa folle fuite en avant dans l'endettement, préparant ainsi chaque fois une nouvelle récession plus profonde et généralisée. L'endettement mondial est devenu faramineux. En 2002, le montant total des dettes étatiques à l'échelle de la planète était de 60 000 milliards de dollars, soit le double du produit mondial brut annuel ! Et encore, depuis lors, cette folle course vers cet endettement n'a fait que s'emballer.
Au milieu de ce monde de ruines et de convulsions s'est développé comme un cancer l'organe garant de la conservation sociale : l'Etat. Celui-ci s'est immiscé dans les rouages les plus intimes de la société et en particulier dans sa base économique. Tel le dieu Moloch de l'Antiquité, sa machine monstrueuse, froide et impersonnelle a dévoré la substance de la société civile et de l'homme. Et loin de constituer un quelconque "progrès", le capitalisme d'Etat qui s'est emparé de l'ensemble de la planète est une des manifestations les plus brutales de la putréfaction de la société capitaliste.
Pas un domaine social, politique, économique, culturel n'échappe à sa domination. Toute l'économie nationale est aujourd'hui régie par l'État. C'est lui qui est en général un des plus gros employeurs du pays, qui dicte ses conditions aux banques en déterminant les conditions du crédit, gère l'économie via ses propres besoins de financement et la gestion de la monnaie, accorde ou pas son soutien aux exportateurs, autorise ou pas les importations. C'est lui qui négocie avec les autres États les conditions du commerce mondial, qui détermine en partie les salaires directs et l'ensemble du salaire social via les assurances-maladie ou vieillesse, les retraites, quand il ne fixe pas carrément la production et son prix, comme dans les anciens Pays de l'Est !
Dans toutes les périodes de décadence, le développement hypertrophié, boursouflé, de l'État est une caractéristique des plus marquantes. Le militarisme et la police s'infiltrent sensiblement dans tous les domaines ; la police secrète, l'espionnage des citoyens, de l'adversaire potentiel autant que de l'ennemi de classe, sont des activités intenses de l'État capitaliste. Le résultat en est d'ailleurs qu'aucun organisme officiel de quelque ampleur ne saurait échapper à la tutelle de l'État, que ce soit les partis politiques officiels ou les syndicats, tous financés par la manne étatique, de façon directe ou indirecte.
Derrière le masque de la démocratie bourgeoise, on ne trouve de fait que le totalitarisme d'une classe qui impose sa domination sans partage à la société toute entière.
La société capitaliste a toujours été beaucoup plus intéressée par le profit immédiat que par le bien-être de l'humanité. Au prix de la barbarie et de la misère, elle est malgré tout parvenue au xixe siècle à générer un progrès pour l'humanité, la mettant en théorie à l'abri de la pénurie matérielle, mais aussi lui faisant mieux comprendre son propre monde et sa propre nature. Mais aujourd'hui, ce système moribond n'est plus capable que d'entraîner l'humanité dans sa propre autodestruction. Sa fin n'est donc pas une belle utopie, c'est une absolue nécessité ! Etre idéaliste, c'est croire qu'il y a encore un avenir au sein de cette société ! Pourtant, si l'avenir promis par ce capitalisme est chargé de nuages noirs et de douleur, la classe ouvrière n'a pas à être prostrée et à se réfugier en d'impuissantes lamentations.
Il ne faut pas voir dans la misère que la misère ! La crise est la meilleure alliée du prolétariat. C'est elle qui va accélérer le processus de prise de conscience de l'impasse du monde actuel. C'est elle qui, à terme, va précipiter de plus en plus massivement dans le combat la classe ouvrière !
Bart
1) Le Manifeste du Parti communiste.
2) Idem.
3) Marx, Fondement de l'économie politique.
4) Idem.
5) Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme.
6) C. Fohlen et F. Bédarida, Histoire générale du travail, t.3.
7) Exode immortalisé par Steinbeck dans son roman les Raisins de la colère.
Links
[1] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[2] https://fr.internationalism.org/ri382/la_crise_immobiliere_un_symptome_de_la_crise_du_capitalisme.html
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/crise-economique
[4] https://cqfd-journal.org/
[5] https://www.nouvelobs.com/rue89/
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/36/france
[7] https://www.pcf.fr/
[8] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/situation-sociale-france
[9] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/immigration
[10] https://fr.internationalism.org/en/tag/histoire-du-mouvement-ouvrier/revolution-russe
[11] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/stalinisme
[12] https://fr.internationalism.org/ri378/mouvement_contre_le_cpe_en_2006_une_lutte_exemplaire_pour_la_classe_ouvriere.html
[13] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/63/japon
[14] https://fil.internationalism.org/
[15] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/243/philippines
[16] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/gauche-communiste
[17] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/vie-bourgeoisie-france
[18] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/reunions-publiques
[19] https://fr.internationalism.org/en/tag/questions-theoriques/decadence
[20] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/decadence-du-capitalisme