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"L'affaire Wikileaks" est un prétexte de plus pour fliquer les ennemis du système

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  • Révolution Internationale 2011 - n° 419 - 428
  • Révolution Internationale n° 419 - février 2011

En fin d’année 2010, et pour une courte période, l’affaire Wikileaks fut au centre de tous les médias. Le soufflé est assez vite retombé, le battage a été tellement énorme qu’on peut légitimement se demander à qui il profitait réellement.

Les faits sont bien connus. Fin novembre, suite à une campagne médiatique à sensation et minutieusement préparée, Wikileaks a commencé à rendre publique une partie des centaines de milliers de câbles diplomatiques classés du gouvernement américain. Dans le même temps, plusieurs groupes de presse à travers le monde (The New York Times, le Monde, The Guardian, El Pais, et le magazine allemand Der Spiegel), à qui Wikileaks avait donné ces fichiers avant leur publication, ont commencé à publier des articles basés sur ces documents. Quiconque a cru que des “secrets d’État” des États-Unis étaient sur le point d’être publiés, a dû être bien déçu. Si l’on fait exception de quelques ragots amusants, ce qui a été rendu public jusqu’à présent n’apporte pas grand chose à ce qui est déjà largement connu de la politique des États-Unis dans le monde. Aussi embarrassant que soient ces câbles diplomatiques pour certains individus dont les opinions ont été diffusées (américains et étrangers), ils sont loin d’être une “bombe”, comme certains commentateurs de la gauche et de la bourgeoisie en général le prétendaient.

C’est finalement Robert Gates, secrétaire d’Etat américain à la défense, qui a peut-être fait la meilleure évaluation de l’importance de la publication de ces documents pour la bourgeoisie américaine :

“J’ai entendu dire que ces publications sur notre politique étrangère étaient une catastrophe, un bouleversement, etc. Je pense que ces descriptions sont assez nettement exagérées. Le fait est que les gouvernements traitent avec les États-Unis parce que c’est dans leur intérêt, non parce qu’ils nous aiment, non parce qu’ils nous font confiance, et non parce qu’ils croient que nous pouvons garder les secrets. Certains gouvernements traitent avec nous parce qu’ils nous craignent, d’autres parce qu’ils nous respectent, la plupart parce qu’ils ont besoin de nous. ... Est-ce gênant ? Oui. Est-ce délicat ? Oui. Les conséquences pour la politique étrangère des Etats-Unis ? Plutôt modeste, je pense.” Quoi qu’il en soit, malgré l’avis de ce représentant très apprécié de la classe dominante des États-Unis, il y a encore des opinions très polarisées sur Wikileaks et la publication de ces documents classés du gouvernement américain. Il y a notamment l’idée de considérer Wikileaks comme une sorte de “cyber” organisation terroriste. Le Département de la Justice lui-même a annoncé qu’il étudiait les poursuites possibles contre Wikileaks et son principal représentant Julian Assange, éventuellement en vertu de la loi sur l’espionnage de 1917, une loi draconienne adoptée dans le contexte de la Première Guerre mondiale, qui punit de la peine de mort ou de longues peines de prison ceux qui diffusent des informations préjudiciables à la sécurité des États-Unis.

Surfant sur cette assimilation avec le terrorisme, les bourgeoisies du monde entier ont commencé à mettre en avant les dangers de l’Internet, réseau décentralisé, sans contrôle, où des irresponsables vent mettre en péril la “liberté” et la “démocratie”. En d’autres termes, là où dans la presse dite traditionnelle, le journaliste un peu trop aventureux est vite bâillonné par ses dirigeants plus “responsables”, sur Internet tout le monde peut s’inventer rédacteur en chef et publier tout et surtout n’importe quoi.

Dans un sens, c’est vrai. Il n’est pas nécessaire de passer beaucoup de temps dans la “blogosphère” pour recevoir un flot d’informations pour la plupart sans intérêt, voire fausses. De même, Julian Assange, au risque de le décevoir, n’est pas le premier à avoir rendu public le fait que, par exemple, nombre de bourgeoisies dans le monde considèrent Nicolas Sarkozy comme un personnage autoritaire et agité.

Mais ce qui intéresse la bourgeoisie dans cette affaire, c’est surtout de pointer le prétendu danger d’une expression politique incontrôlée sur Internet. Derrière Wikileaks, la bourgeoisie fait l’amalgame avec tous les sites, forums, blogs qui, de plus en plus nombreux, portent une critique au système, qui expriment une réflexion et une analyse sur la société capitaliste et qui favorisent la discussion et la rencontre d’éléments qui partagent cette réflexion. Et qui de fait, et potentiellement, représentent bel et bien un danger pour elle. En prédisant pour bientôt une guerre nucléaire intergalactique parce que Wikileaks a révélé des informations aussi sensibles que le fait que les diplomates américains trouvaient Hugo Chavez quelque peu excentrique, la bourgeoisie s’autorise tous les flicages, toutes les intrusions, tous les blocages, au nom de la sécurité et de la défense de la “démocratie”.

Désormais, quiconque “révélera” que, par exemple, le capitalisme est la cause de toute la misère qui dévaste le monde, est susceptible d’être fiché comme “terroriste” et de ce fait, de subir la surveillance et la répression réservées à cette catégorie.

Cette affaire a pu sans aucun doute troubler le sommeil de quelques bourgeois mais, avant tout, le battage allait bien au-delà de la peur que la bourgeoisie a pu ressentir, pour au contraire légitimer toujours plus sa répression contre tous les ennemis de son système. Et il est particulièrement significatif que ce renforcement du flicage de tous et toutes s’effectue au nom de la “défense de la démocratie” ! Voilà effectivement ce qu’est la démocratie bourgeoise : sous une vitrine qu’elle s’efforce de rendre extérieurement polie et respectable, se cache toujours l’horrible visage d’une classe dominante viscéralement mensongère, exploiteuse et répressive !

GD (25 janvier)

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