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En Guadeloupe, un an après, le LKP sabote toute possibilité de reprise de la lutte de classe

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Un an après la plus grande mobilisation ouvrière de son histoire, la Guadeloupe va-t-elle revivre une grève générale ? Tout semble en effet réuni pour que la lutte reprenne. La situation de la classe ouvrière dans ce département d’outre-mer n'a guère évoluée depuis les accords qui ont mis fin, le 4 mars 2009, à 44 jours de grève, de manifestations et de rassemblements ouvriers.

Sur les 133 revendications qui fondent cet accord, quelques unes resteront emblématiques du mouvement : la modération de l'augmentation du prix du carburant et des principaux produits de consommation et, surtout, la prime de 200 euros versée aux plus défavorisées.

En réalité, le prix du carburant reste suffisamment élevé pour que toute une frange de la population ne puisse y avoir accès en quantité suffisante pour répondre à ses besoins, et il a subi deux augmentations de 10 centimes chacune en moins d'un an, sur arrêté de l'État. Mais au-delà de ça, la situation des ouvriers guadeloupéens reste fondamentalement marquée par le chômage et la surexploitation. Comment pourrait-il en être autrement quand la crise majeure que vit le capitalisme enfonce toujours plus le prolétariat mondial dans la misère ? Nombre d'entre eux sont contraints de quitter l'île, dont la situation sociale reste marquée par une forte instabilité. Le tourisme, source essentiel de revenus pour l'économie locale, est en berne. La peur est en chacun et il suffit parfois de quelques déclarations ou rumeurs pour recréer des files d'attentes aux stations-services ou aux caisses de supermarchés.

Quant à la fameuse prime de 200 euros, son mode de calcul, savamment élaboré par d'ingénieux polytechniciens ou énarques, ainsi que la complexité du montage des dossiers, écarte bon nombre de travailleurs logiquement éligibles. Bref, comme nous le prévoyions sans grande difficulté à l'époque, en empruntant les mots célèbres de Charles Pasqua, « les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ». 1

On peut donc facilement déduire de cette situation que la colère des ouvriers de Guadeloupe reste intacte, et même, qu’elle s’est renforcée par une profonde désillusion après une si grande lutte, de si belles promesses et finalement... rien.

Et le LKP dans tout ça, que fait-il ? On pourrait attendre de ce grand collectif de syndicats et d'associations, dirigé par un leader syndicaliste radical et charismatique, Elie Domota, qu'il soit à la pointe du combat pour le respect des engagements de l'Etat. Après tout, ne se présente-t-il pas comme l'initiateur du mouvement de 2009, comme l'architecte de la victoire et de l'accord final ?

On pourrait attendre en effet de lui qu'il marque un grand coup, un an après la lutte. On a même cru un moment qu'il appelait à la grève générale. Mais non, on a dû mal comprendre : « C'est très curieux, nous n'avons jamais lancé d'appel à la mobilisation générale le 20 janvier. Nous avons déposé un préavis de grève à partir du 9 janvier et nous allons définir dans les jours qui viennent les modalités d'action » 2

En fait, le LKP semble balader son monde. Fin novembre, il lance un appel à une grève générale de 48h, passé largement inaperçu, dont la manifestation finale rassemblera 10 000 personnes. Il n'y en aura guère plus le 9 janvier dernier, dans le cadre d'un appel à la grève illimitée qui ne sera rendue publique que localement. 3

Le 20 janvier, date anniversaire, ce sera un meeting, juste un meeting. Mais en parallèle, il continue de brandir la menace d'une nouvelle grève générale. Attention, vous n'avez encore rien vu ! D'ailleurs, vous ne verrez peut-être jamais rien : « Une chose est sûre, nous appellerons à la grève mais on ne sait pas encore à quelle date. Le problème sera réglé dans la rue s'il le faut » 4

Il est clair que le LKP mesure parfaitement la colère des ouvriers et qu'il fait tout pour à la fois garder le leadership du mouvement et canaliser cette colère dans des actions ponctuelles et des menaces en l'air. En cela, il est aidé par la difficulté, au niveau mondial, pour le prolétariat de se battre face à l'aggravation de la crise qui ne lui permet pas encore de concrétiser sa combativité véritable par de véritables luttes.

Mais il est aidé aussi par toute la bourgeoisie, qui use d'une arme classique, son terrain fétiche, celui de l'électoralisme et de la démocratie. En organisant des référendums sur l'autonomie relative et la réforme des institutions en Martinique et Guyane, le gouvernement, soutenu par une partie de la gauche, a cherché à déplacer l'enjeu sur le terrain pourri de la division. Il a en partie réussi, comme le montre la mobilisation dans ces scrutins. Mais le « non » massif montre aussi toutes les limites de cette manœuvre. D'ailleurs, la bourgeoisie s'est bien gardée de faire le même coup en Guadeloupe, où il aurait été sans aucun doute perçu comme une provocation.

Les ouvriers doivent donc rester vigilants face au radicalisme affiché du LKP. Il voudrait désamorcer leur colère, les promener et les mener dans des impasses qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Ce n'est pas derrière ce type d'organisations que la classe ouvrière pourra construire un vrai rapport de force face à la classe dominante. C'est au contraire en s'en détachant et en ne confiant sa lutte et son destin à personne d'autre qu'à elle-même.

GD (29 janvier)

 

1) « Guadeloupe, Martinique, La Réunion : pourquoi la bourgeoisie a-t-elle reculé ? », RI n° 400, avril 2009.

2) Lemonde.fr, 9 janvier.

3) AFP, 19 janvier

4) Lexpress.fr, 19 janvier.

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