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La fausse Internationale du progrès et de la paix dans un capitalisme qui sombre dans la guerre et le chaos

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La Fondation social-démocrate allemande Friedrich Ebert, arborant fièrement le nom du traître social-démocrate Ebert, chancelier du Reich en 1918-19, puis président de la République de Weimar qui a écrasé dans le sang pour le compte de la démocratie bourgeoise, les mouvements révolutionnaires prolétariens en Allemagne en 1919 et les années suivantes, a mis en avant sur son site web un événement qui, selon ses propres termes, illustre comment il est possible d’apporter des réponses progressistes et de coopération internationale à la crise, ainsi que de résister à la loi de la jungle qui s’emparer du monde, notamment sous l’impulsion de la politique d’extrême droite. Il s’agit de la soi-disant « «Mobilisation Progressiste Mondiale», qui s’est tenue en avril dernier à Barcelone et qui a axé ses discussions sur des aspects tels que l’espoir, le progrès social, le bien commun, la paix et la protection de l’environnement. Elle a aussi multiplié les discours sur la lutte contre « l’extrême droite de la peur » et contre ces «oligarchies et milliardaires qui font passer les profits avant la santé et les droits sociaux».

Mais que se cache-t-il réellement derrière cette mobilisation qui, selon le gouvernement espagnol, «a réuni plus de 3.000 participants issus de 100 organisations progressistes provenant des cinq continents» ?

Le mensonge d’une internationale progressiste… de la bourgeoisie

Pedro Sánchez, le président du Parti socialiste espagnol, a réussi à s’imposer comme l’une des figures de proue de l’«anti-trumpisme». La chaîne française ARTE lui a consacré une émission intitulée «Pedro Sánchez est-il le meilleur rempart contre l’internationale trumpiste ?», où il était présenté comme le leader de l’actuelle «Internationale socialiste». En tant que président d’un pays en retrait sur la scène internationale, il a attribué à l’Espagne l’image de principal opposant politique des États-Unis, d’ailleurs avec «l’aide» de Trump lui-même et de ses plaintes récurrentes concernant l’insuffisance des investissements militaires espagnols dans le cadre de l’OTAN. Le gouvernement espagnol est dès lors communément présenté comme le champion de la défense nécessaire et possible de la démocratie. Il promeut l’idée qu’il est possible de rétablir un capitalisme fondé sur le droit international, de rétablir un «ordre international fondé sur des règles». Un capitalisme qui pourrait maintenir le système issu de l’après-guerre, avec des normes diplomatiques partagées, des accords commerciaux et des alliances multilatérales stables et prévisibles, ainsi qu’une série de règles susceptibles de permettre une gestion plus rationnelle de la crise mondiale du système, voire de retarder autant que possible les effets de la destruction environnementale croissante, etc. Le gouvernement espagnol symboliserait donc un capitalisme un peu plus pacifique, capable de s’opposer à des «guerres absurdes» comme celle en Iran, ou à des guerres génocidaires comme celle à Gaza.

Ce 1er mai a été marqué en Espagne par une manifestation officielle avec l’implication explicite et directe du gouvernement, avec pour slogans «non à la guerre» et «des droits, pas des tranchées». Dès lors, la Mobilisation progressiste internationale sert un objectif idéologique très clair : elle s’inscrit dans la continuité de toute une campagne idéologique internationale au nom de la résistance pour la démocratie contre le trumpisme-populisme. Ces campagnes reprennent sans hésitation toute la logique de «la lutte contre l’extrême droite réactionnaire», établissant des identifications entre la montée du populisme-trumpisme et le fascisme, dans le but clair d’enfermer les travailleurs dans la logique bourgeoise de la défense de la démocratie et d’empêcher les luttes ouvrières de rattacher les attaques contre les conditions de vie à l’accélération brutale du militarisme à laquelle ce système est condamné.

Cette «idéologie de la résistance progressiste» a déjà été largement mise en œuvre en Espagne par le gouvernement de gauche actuel. Dans des articles précédents, nous avons mis en avant comment les attaques contre nos conditions de vie, la dégradation de l’environnement, la violence contre les femmes, etc., sont dénoncées comme étant la responsabilité des «grands oligarques et des sombres pouvoirs économiques» et comment il incomberait aux citoyens de résister à ces attaques sous la bannière de la démocratie, ce qui permettrait «de les atténuer, de les adoucir, d’essayer de contenir la soif de profit des pouvoirs économiques au profit des citoyens et en particulier des plus défavorisés[1]». La rencontre de Barcelone s’inscrit pleinement dans la campagne mystificatrice visant à mettre en avant l’illusion d’une sorte d’internationale progressiste capable de s’opposer à une autre prétendue internationale d’extrême droite réactionnaire.

Cependant, la dynamique du capitalisme, loin de mener la société humaine vers le progrès, est celle d’un système en déclin déjà depuis plus d’un siècle, qui conduit l’humanité à sa destruction. Loin de pouvoir maintenir une capacité de cohésion et de coopération internationales pour gérer de manière plus globale les effets destructeurs et chaotiques du système dans le temps, nous assistons au contraire aujourd’hui à une tendance de plus en plus marquée à l’enlisement du système dans la décomposition et à la perte de contrôle et de cohésion de celui-ci. Après la guerre en Iran, la rupture définitive entre les États-Unis et l’Europe se confirme plus nettement, allant de pair avec une tendance à la fragmentation des institutions qui ont permis une certaine planification et une certaine cohésion internationale après la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour en livre un témoignage, comme par exemple la menace d’un retrait important des troupes américaines d’Allemagne, les allusions constantes de Trump selon lesquelles «nous n’avons pas besoin d’eux, ils ont le problème de l’Ukraine à leurs portes et un océan nous sépare», l’incapacité de ses supposés alliés à prévoir ces annonces allant dans tous les sens (le président français Macron soulignait au Japon l’importance d’avoir des partenaires stables et prévisibles sur lesquels compter), la décision de déclencher la guerre en Iran que même le chancelier allemand Merz a osé qualifier publiquement d’inutile et d’humiliante pour les États-Unis. On assiste de plus en plus clairement à l’émergence d’un désordre mondial où les alliances sont de plus en plus circonstancielles et éphémères.

Sous le masque de la solidarité, la fragmentation internationale et la rébellion des seconds couteaux

Aussi, derrière les apparences d’une nouvelle «Internationale progressiste» qui promet de freiner l’avancée d’un capitalisme autoritaire et irresponsable, se cache en réalité non pas une tendance à la cohésion, mais à la fragmentation des alliances et des organismes internationaux.

En effet, les pays qui prétendent former une alliance à Barcelone ne sont nullement en train de constituer une alliance solide et prometteuse, mais représentent une convergence circonstancielle, fragile, très dépendante du contexte politique de plus en plus fragmenté de chaque pays afin de faire valoir leurs propres intérêts mesquins. Par exemple, en Espagne, on observe de plus en plus une fragmentation du paysage politique et une tendance de la faction Sánchez à s’imposer par une stratégie du «moi ou le chaos[2]», y compris à travers son rayonnement international en tant que leader de l’anti-trumpisme, pour justifier son maintien au gouvernement. Par conséquent, la menace d’une arrivée de la droite au gouvernement en Espagne ferait tomber à l’eau cette sorte d’alliance progressiste qui ne va pas, loin s’en faut, «au-delà des cycles de gouvernement».

Certes, la politique traditionnelle de la bourgeoisie espagnole depuis la Seconde Guerre mondiale consiste à jouer le rôle de «pont» entre le «Nord» et le «Sud», visant à renforcer ainsi son importance géostratégique et diplomatique. Mais de tels jeux géostratégiques deviennent de plus en plus risqués dans le contexte actuelle d’explosion du «chacun pour soi» impérialiste. En jouant si ouvertement au «rebelle» face aux États-Unis, en exacerbant à outrance la rupture avec la première puissance mondiale, l’Espagne renforce les tensions entre les différents intérêts impérialistes des pays de l’UE, le positionnement impérialiste de chaque partenaire européen n’étant pas exactement identique. Dans le même ordre d’idées, la tentative espagnole de se rapprocher de la Chine sans accord ni stratégie commune au sein de l’UE ne peut qu’accroître les tensions entre pays européens.

En Amérique latine, divers pays entretiennent simultanément des relations avec la Chine, la Russie, les États-Unis et l’Europe, et voient la «rencontre progressiste» de Barcelone comme un moyen de s’affirmer sur la scène internationale. Cependant, le contexte n’appelle pas à des alliances stables, bien au contraire : ce que les experts appellent une «tendance à la multilatéralité» signifie en réalité une tendance croissante au chacun pour soi. On peut juger de la superficialité de cette «alliance progressiste» en voyant comment le gouvernement brésilien se présente d’abord comme un fer de lance de l’anti-trumpisme, pour se retrouver quelques semaines plus tard en train de négocier directement avec Trump à la Maison Blanche. La timide participation du gouvernement mexicain de Sheinbaum est également fortement motivée, face à la menace de chaos que les États-Unis promettent de générer en Amérique, par la nécessité d’accroître la marge de manœuvre mexicaine face à un environnement américain perçu comme de plus en plus imprévisible, agressif et potentiellement déstabilisateur pour l’Amérique latine. Derrière la tendance d’une série de pays à se comporter en «rebelles», il y a avant tout des bourgeoisies qui jouent leur propre jeu, et même, au sein de chaque État, il y a de plus en plus des factions qui se fragmentent en fonction de leurs propres intérêts de clan ou de faction.

Derrière la politique du «tous contre l’ancien gendarme du monde», derrière la rhétorique de résistance de «gauche progressiste», les bourgeoisies adoptent de plus en plus une politique d’«adaptation résignée», sans aucune alternative de fond, si ce n’est la tendance au désordre anarchique généralisé qui, globalement, est le produit du «chacun pour soi».

Opero, 16 mai 2026


[1] Voir notre article «Le “virage à gauche” du PSOE», CCI Online, octobre 2022

[2] Voir notre article «Sánchez ou le chaos et la droite», CCI Online, mai 2024

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