Avortement dans la Constitution: Les femmes ne seront jamais libres sous le joug du capitalisme

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L’inscription de « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution française a fait grand bruit dans les médias. Dans un contexte de crise politique, d’attaques réduisant tous les budgets sociaux et d’une crise économique rognant fortement les revenus, le gouvernement Macron affaiblit tente à nouveau de polariser l’attention en cherchant à donner l’illusion d’un possible progrès dans la société capitaliste pourrissante. Cette prétendue liberté n’est pas, loin de là, une garantie, la loi n’étant d’ailleurs nullement contraignante en la matière. En réalité, ce nouveau « droit » offert par l’État français ne change absolument rien à la condition des femmes qui souhaitent interrompre leur grossesse. Il n’y a là qu’une opération d’enfumage destinée à enfoncer dans les crânes de la classe ouvrière que l’État est le garant des « libertés individuelles » et qu’il est capable d’améliorer le sort des exploités dans le cadre même du capitalisme.

En outre, cette campagne idéologique est une tentative pour Macron de contrer la montée du RN tout en obtenant les bonnes grâces de l’électorat de gauche et du centre. Dans une période où le droit à l’avortement recule dans de nombreux coins de la planète, cette inscription dans la constitution rassemble et a poussé Marine Le Pen à affirmer haut et fort en novembre 2022 qu’il « apparaît tout à fait décalé d’ouvrir un débat qui, s’il existe aux États-Unis, n’existe pas en France, aucune force politique n’envisageant de remettre en cause l’accès à l’IVG » alors que le RN « fait toujours preuve d’ambiguïtés sur la question ».

Tout cette campagne autour de la Constitution française n’est donc qu’une pure fumisterie, largement teintée de cynisme, qui plus est. Les casseroles de certains ministres et députés accusés d’agressions sexuelles, tout comme la façon dont Macron a réagi quand ont éclaté les scandales et les propos ignobles de l’acteur Depardieu, suffisent à mesurer les hautes préoccupations de l’exécutif envers les femmes…

Derrière tout le rideau de fumée médiatique et les gesticulations du gouvernement, la réalité reste celle d’une inévitable continuité de l’oppression de la femme qui relève fondamentalement de l’oppression du capital. Des « libertés », le capitalisme en offre à qui en veut ! Mais la liberté dans le capitalisme, c’est d’abord celle de répondre aux besoins du capital et de l’exploitation des travailleurs. Quelles sont les conditions de travail des femmes ? Dans les hôpitaux exsangues et en sous-effectifs ? Dans des écoles manquant de moyens ? Dans les usines aux cadences infernales ?

La démarche des révolutionnaires russes étaient bien différentes lorsqu’ils furent les premiers à légaliser l’avortement en 1920. Après la Première Guerre mondiale, alors que la main d’œuvre manquait cruellement, aucune bourgeoisie au monde ne voulait entendre parler d’avortement.

Aujourd’hui, là ou le prolétariat est le plus concentré et expérimenté, c’est l’inverse ! Dans un contexte ou le prolétariat international reprend le chemin de la lutte et exprime de nouveau sa combativité, la bourgeoise cherche à tout prix à empêcher la possibilité d’une lutte autonome et solidaire. En cela, les luttes parcellaires, comme celle du féminisme, sont un moyen de canaliser la colère et de diviser le prolétariat en cherchant à le détourner de son véritable combat de classe.

Les partis de gauche ne sont pas en reste pour en rajouter une couche, que ce soit Lutte Ouvrière appelant à combattre pour obtenir des moyens en faveur de l’IVG ou le NPA qui crie victoire en s’octroyant la réussite d’un combat pour le droit des femmes. Ce faisant, ils participent à enfermer les prolétaires dans ces combats parcellaires et inoffensifs pour le capital. La condition des femmes est indigne oui, mais comme l’écrivait Bebel en 1879 : « Quelle place doit prendre la femme dans notre organisme social afin de devenir dans la société humaine un membre complet, ayant les droits de tous, pouvant donner l’entière mesure de son activité, ayant la faculté de développer pleinement et dans toutes les directions ses forces et ses aptitudes ? C’est là une question qui se confond avec celle de savoir quelle forme, quelle organisation essentielle devra recevoir la société humaine pour substituer à l’oppression, à l’exploitation, au besoin et à la misère sous leurs milliers de formes, une humanité libre, une société en pleine santé tant au point de vue physique qu’au point de vue social. Ce que l’on nomme la question des femmes ne constitue donc qu’un côté de la question sociale générale. Celle-ci agite en ce moment toutes les têtes et tous les esprits ; mais la première ne peut trouver sa solution définitive qu’avec la seconde » (1)

Une société qui repose sur la concurrence de tous contre tous dans la recherche de toujours plus de profit ne laisse qu’une seule liberté, celle de servir le capital ou mourir. Pour le capital une femme enceinte est une usine à produire de la chair à usine ou de la chair à canon. L’enfant à naître devra au cours de sa vie être l’un ou l’autre, sinon il ne survivra pas. Aujourd’hui Macron se désespère de voir la natalité chuter en France mais faut-il s’en étonner ? Avoir un enfant n’est pas non plus une liberté quand, pour l’élever, il faudra lui garantir un toit, à manger, une éducation, des soins, une présence, de l’affection, un avenir… tout ce que la société capitaliste n’est plus en mesure d’offrir, bien au contraire.

Les libertés du capitalisme sont un leurre. Pour se libérer des chaînes du capital, et libérer l’humanité aujourd’hui menacée par l’irrationalité capitaliste, il appartient à la classe ouvrière de se lever et lutter pour scier les barreaux derrière lesquels le capital l’enferme.

GD, 15 mars 2024

 

1 Bebel, La femme et le socialisme (1879).

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