Histoire du mouvement ouvrier : James Connolly s’oppose à l’indépendance irlandaise

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L’article qui suit a été écrit par James Connolly. Il a été adressé sur le forum de la Gauche Communiste www.revleft.com par un camarade des Etats-Unis qui a commencé à la poster sous le nom de Stagger Lee. Nous avons suggéré qu’il soit publié sur notre site web et lui avons demandé d’écrire une courte introduction.

Introduction

Cet article du socialiste irlandais James Connolly (1868-1916) a été publié pour la première fois dans le journal La République des ouvriers en 1899. Il s’appuie sur la défense marxiste, donc internationaliste, de la libération du prolétariat. Dans ce texte, Connolly présente les slogans de “libération” nationale, puis les juxtapose avec une courte remarque mettant en lumière les impasses du nationalisme comme voie pour la libération de la classe ouvrière. Il montre combien les appels romantiques à la “liberté” dans le contexte du nationalisme n’ont pas de caractère de classe et n’en auront jamais. Connolly finit par un appel à l’unité, pas en tant que nation, mais en tant que classe. Il n’appelle pas à la libération de la bourgeoisie irlandaise, mais à celle de la classe ouvrière. Les ouvriers n’ont pas de patrie, mais une lutte. Les mots de Connolly sonnent aussi vrai aujourd’hui qu’ils l’ont été à l’époque.

Article de James Connolly

Libérons l’Irlande !
Peu importe une telle base, le matérialiste pense au travail et aux salaires, à des maisons propres, ou à des vies sans l’ombre de la pauvreté.
Libérons l’Irlande !
Le propriétaire foncier   ; n’est-il pas aussi un Irlandais, et pourquoi devrions-nous le haïr   ? Ah non, ne parlons pas durement de notre frère - ouais, même quand il augmente notre loyer.
Libérons l’Irlande !
Le capitaliste profiteur, qui nous vole les trois-quarts de notre labeur, qui suce la moelle même de nos os quand nous sommes jeunes, et nous jette ensuite à la rue, comme un outil usagé, quand nous avons vieilli prématurément à son service, n’est-il pas Irlandais, et peut-être patriote, alors pourquoi devrions-nous être sévères à son égard   ?
Libérons l’Irlande !
“Le pays qui nous nourrit et nous porte.” Et le propriétaire foncier qui nous fait payer la permission d’y vivre.
Vive la liberté !
”Libérons l’Irlande”, dit le patriote qui ne touche pas au socialisme.
Rejoignons-nous tous ensemble et écrasons le brutal Saxon. Rejoignons-nous tous ensemble, dit-il, toutes classes et croyances confondues.
Et, dit l’ouvrier de la ville, après avoir écrasé le Saxon et libéré l’Irlande, que ferons-nous   ?
Oh, vous retournerez ensuite dans vos taudis, comme avant.
Et vive la liberté !
Et, disent les ouvriers agricoles, après avoir libéré l’Irlande, quoi ensuite   ?
Oh, alors vous pourrez aller grapiller les restes de la rente du propriétaire foncier ou tâter de l’intérêt des usuriers comme avant.
Vive la liberté !
Après que l’Irlande soit libre, dit le patriote qui ne touche pas au socialisme, nous protégerons toutes les classes et, si vous ne payez pas le loyer, vous serez éjecté tout comme avant. Mais ceux qui vous expulsent, sous la houlette du shérif, porteront les uniformes verts et la Harpe sous la Couronne, et l’officier qui vous jettera à la rue sera estampillé des armes de la République irlandaise. Alors, ne vaut-il pas le coup de se battre pour cela   ?
Et quand vous ne trouverez pas de travail et, renonçant à la lutte pour une vie de désespoir, vous entrerez à l’asile des pauvres, la fanfare du régiment le plus proche vous escortera jusqu’à la porte au son du “St. Patrick’s Day” (1).
Oh, qu’il fera bon vivre dans ces jours-là !
“Avec le Drapeau Vert flottant au-dessus de nous” et une armée toujours grandissante de chômeurs marchant sous le Drapeau Vert, espérant qu’il y ait quelque chose à manger. Tout comme maintenant !
Oh, qu’il fera bon vivre dans ces jours-là !
Et vive la liberté !
Maintenant, mes amis, je suis aussi Irlandais, mais je suis un peu plus logique. Le capitaliste, dis-je, est un parasite de l’industrie, aussi inutile au stade présent de notre développement industriel qu’un autre parasite dans le monde végétal ou animal l’est pour la vie d’un animal ou d’un végétal sur lequel il se nourrit. La classe ouvrière est la victime de ce parasite – de cette sangsue humaine, et c’est le devoir et l’intérêt de la classe ouvrière d’utiliser tous les moyens en son pouvoir pour évincer ce parasite de classe de la position qui lui permet de faire sa proie des forces vitales du Travail.
Aussi, dis-je, organisons-nous en tant que classe pour rencontrer nos maîtres et détruire leur pouvoir   ; organisons-nous pour les chasser de la position qu’ils détiennent sur la vie publique grâce à leur pouvoir politique   ; organisons-nous pour arracher à leurs griffes de voleurs la terre et les usines où ils nous réduisent en esclavage   ; organisons-nous pour laver notre vie sociale des tâches du cannibalisme social, de la prédation de l’homme sur son camarade humain.
Organisons-nous pour une vie pleine, libre et heureuse POUR TOUS OU POUR PERSONNE.
James Connolly