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Public-Privé : la même exploitation, la même lutte !

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  • Révolution Internationale - 2009 - n° 397 à 408
  • Révolution Internationale n° 406 - novembre 2009

Dernièrement, les syndicats, la gauche et l’extrême-gauche ont lancé, ensemble et unis, une grande opération médiatique pour lutter contre la privatisation de La Poste en organisant un référendum intitulé “votation citoyenne”. Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, s’est même réjoui de mener cette action “révolutionnaire” aux côtés du PS. Et face à l’horrible vague de suicides chez France Telecom, tous les syndicats et toutes les organisations de gauche ont dénoncé avec virulence la privatisation de l’entreprise qui induit d’après eux ces “méthodes de management” insoutenables et cette “pression pour atteindre des résultats”.

Indéniablement, aujourd’hui, chaque processus de privatisation est accompagné d’un cortège d’attaques : flexibilité, intensification des cadences, harcèlements, licenciements... Mais est-ce sur le terrain de la “défense du service public”, comme ils nous le proposent, que l’on peut combattre cette forte dégradation des conditions de vie et de travail ?

La droite met en œuvre les privatisations préparées par… les gouvernements de gauche !

Tout d’abord, une mise au point s’impose. Les différents partis de gauche ont beau jeu aujourd’hui de pousser des cris d’orfraie face aux horreurs induites par la privatisation de France Telecom ou pour dénoncer le changement de statut de La Poste. Ce sont eux qui hier, quand ils étaient au pouvoir (1), ont préparé la privatisation de France Télécom et d’Air France entre 1997 et 1998, ce sont eux qui ont décidé de l’“ouverture à la concurrence du marché de La Poste” en 2000, ce sont eux qui ont programmé les privatisations (ou l’ouverture du capital) de Thomson, du Gan, du CIC, du CNP, d’Eramet, du Crédit Lyonnais, d’Aerospatiale, d’Autoroutes du Sud de la France… Quant aux syndicats, durant ces différentes périodes, aucun d’eux n’a mené campagne ni appelé à des manifestations. Quand la droite a modifié le statut d’EDF en 2004, les syndicats étaient vent-debout. Mais quand les mêmes mesures sont prises par la gauche, ils sont alors ventre à terre.

Toutes les gesticulations actuelles de la gauche et des syndicats ne sont donc que pure hypocrisie.

L’Etat “protecteur” : un piège idéologique

Les ouvriers de La Poste et de France Telecom sont légitimement inquiets et en colère. Mais aller chercher la protection de l’État, est-ce vraiment la solution ? Car en luttant “contre la privatisation et pour la défense des services publics” c’est bien de cela qu’il s’agit. En formulant ainsi les revendications de la lutte, les syndicats, la gauche et l’extrême-gauche veulent faire croire à la classe ouvrière que l’Etat peut être de leur côté, qu’il peut les protéger contre les méfaits du capitalisme et de l’exploitation. Cette idéologie s’appuie sur plusieurs idées répandues :

– les fonctionnaires ont des conditions de travail privilégiées, ou en tout cas moins dures que dans le privé ;

– les entreprises d’Etat sont là non pour faire du bénéfice mais pour rendre service à la collectivité ;

– la vague de nationalisation des années 1945-1950 a permis une amélioration substantielle des conditions de vie et de travail.

Vérifions tout cela point par point : il est vrai que certains postes de bureau, dans les administrations, sont souvent moins pénibles. Cela dit, même cette idée très répandue est à relativiser car aujourd’hui dans les bureaux comme ailleurs, les conditions de travail se détériorent. Les collègues partant à la retraite n’étant pas remplacés (ou même parfois ceux qui mutent), la charge de travail pour ceux qui restent augmente considérablement. Ensuite, de nombreux fonctionnaires ont des boulots épuisants physiquement ou nerveusement. Il ne faut pas oublier que c’est à l’Education nationale, chez les enseignants, que le taux de suicide est le plus élevé. Les charges horaires d’une infirmière des Hôpitaux de Paris ou d’un interne, par exemple, sont insoutenables.

Enfin, l’Etat est le champion des emplois précaires. Il paye certains “emplois aidés” (comme les assistants d’éducation) sous le SMIC horaire. Il multiplie ainsi les CDD de 2 mois par-ci, 3 mois par-là. Certains sont ainsi embauchés durant des années en vivant en permanence dans le stress de ne pas être renouvelés ! Un récent fait d’actualité résume à lui seul toute l’inhumanité dont est capable l’Etat : des travailleurs africains sans papiers se sont filmés en train de charrier des seaux fumants remplis de goudrons à 300  °C, sans gants ni bottes, et ce durant toutes les heures de la nuit dans les tunnels du métro parisien. Qui était leur patron ? L’Etat ! Enfin, pour être précis, car l’Etat n’est pas avare d’hypocrisie, le patron était un sous-traitant d’un autre sous-traitant embauché par la RATP, entreprise semi-publique ! (2)

Les entreprises d’Etat, comme toutes les entreprises, sont là pour faire du bénéfice. L’exploitation n’y disparaît pas comme par enchantement. Ainsi, les grèves très combatives des employés de La Poste dans les années 1970, 1980, 1990 démontrent à l’évidence que ce “service public” n’était pas aussi social et humain que le prétendent la gauche et les gauchistes. Ce n’est pas pour rien que l’Etat, comme toute entreprise capitaliste aujourd’hui, supprime des postes chaque année, et par dizaines de milliers ! Nos détracteurs souligneront que certaines branches (comme la Sécurité sociale ou l’Education nationale) ne font pas de profits, qu’elles sont juste là pour le bien de la collectivité. Cela rejoint la question des nationalisations des années 1945-1950.

Les privatisations actuelles et les nationalisations de l’après-Seconde Guerre mondiale sont en fait le fruit d’une seule et même logique : la volonté de chaque Etat de s’appuyer sur des entreprises compétitives pour défendre ou accroître ses parts sur le marché mondial. Seul le contexte a changé. En 1945, chaque bourgeoisie nationale tentait de “reconstruire” son économie. Pour ce faire, il fallait absolument que l’Etat prenne directement en main les secteurs clefs de l’économie nationale : les transports, l’énergie, l’éducation, la santé. Pour ces deux derniers, il s’agissait d’avoir une main-d’œuvre qualifiée et en bonne santé, autrement dit des travailleurs très productifs, prêts à travailler pleinement et sans limite, à se “sacrifier” sur l’autel de la défense du capital national. Les déclarations du secrétaire général du PCF, M. Thorez, devenu ministre d’Etat de la Fonction publique entre 1945 et 1947 et vice-président du Conseil, qui appelaient les ouvriers français à “Produire, [car] c’est aujourd’hui la forme la plus élevée du devoir de classe” et à “retrousser les manches” sont tout à fait explicites.

Si les services publics rendent donc effectivement “service” à une communauté, il ne s’agit pas de la communauté en général mais de cette communauté particulière nommée “bourgeoisie nationale”.

La politique de défense des services publics et de lutte contre la privatisation est donc un piège tendu à la classe ouvrière. Le but est de lui faire oublier que l’Etat est son pire ennemi. Ce n’est rien d’autre qu’une tentative de jeter les ouvriers dans la gueule du loup.

En diminuant par dizaines de milliers le nombre de fonctionnaires, en créant de nouveaux impôts et taxes, en diminuant les remboursements des frais médicaux, en allongeant l’âge de la retraite, en orchestrant en sous main les restructurations dans les grandes entreprises… l’Etat mène des attaques féroces contre toute la classe ouvrière. Le comprendre, c’est permettre une lutte unie de tous les ouvriers contre le représentant principal du capital.

Privé-public : une même exploitation, une même lutte ! Ce n’est qu’en empruntant ce chemin que l’on pourra réellement honorer la mémoire de ceux qui n’ont pas supporté cette pression, notamment ce travailleur de France Telecom qui disait : “j’espère que mon geste servira à quelque chose.”

Dam (22 octobre)

 

1) En particulier le gouvernement Jospin et sa “majorité plurielle” : PS, PCF et Verts.

2) Cette vidéo est consultable sur la page de cet article ou ici. Nous conseillons à tous nos lecteurs de visionner ce témoignage édifiant.

Lutte de classe en France

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