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Alors que les médias nous serinent que “des signes de reprise économique sont déjà là” en France et que “le bout du tunnel” dans la conjoncture internationale nous est promis à l’horizon 2010, les ouvriers font au contraire l’amère expérience d’une nouvelle accélération de la vague de licenciements, de fermetures de sites ou d’entreprises (alors qu’au printemps dernier, le rythme des “plans sociaux” avoisinait déjà les 200 chaque mois). Le nouveau “Pôle emploi” (né de la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC) est débordé. Alors que l’hexagone connaît sa pire période de récession depuis 1949, il est prévu que près de 600 000 emplois (source Mediapart) seront détruits dans le secteur privé pour l’année 2009. Le chiffre officiel du chômage est reparti à la hausse en juillet et son taux devrait repasser la barre au-dessus des 10 % en France d’ici la fin de l’année. 650 000 jeunes arrivent sur le marché du travail et bien peu d’entre eux, même parmi les surdiplômés, ont l’espoir de décrocher un emploi. Cet été, les ixes Rencontres d’Aix-en-Provence, organisées par “le Cercle des économistes”, ont souligné avec gravité les “chiffres, terrifiants de l’OCDE. D’avril 2008 à avril 2009, le chômage a crû de 40 % dans les pays les plus riches. De 2007 à 2010, il devrait même y avoir 26 millions de chômeurs en plus, un bond de 80 %, sans précédent en si peu de temps. “Le plus gros de la détérioration reste à venir”, a mis en garde Martine Durand, responsable de l’emploi (…)” (1).
Aux Etats-Unis, après une forte saignée en 2008 et le choc brutal dans le secteur clé de l’automobile, “les annonces de suppressions de postes augmentent de 31 % (…) Les chiffres de juillet portent à 994 048 le nombre de postes dont la suppression a été annoncée depuis le début de l’année, ce qui correspond à un bond de 72 % sur un an” (2). La population active diminue, et rien que pour le mois de juillet, on compte 422 000 actifs de moins aux Etats-Unis, un rythme bien plus rapide qu’en juin (155 000) (3). Dans ces conditions, il devient quasiment impossible de retrouver du travail. C’est pour cela que les chômeurs de longue durée, dont le nombre ne cesse de croître de façon vertigineuse, mais aussi maintenant les travailleurs fraîchement licenciés, renoncent à rechercher un emploi. Par ailleurs, la campagne présidentielle du médiatique Obama annonçait qu’une des priorités de sa réforme était de garantir une couverture sociale digne de ce nom, une réelle protection de la santé. Ce à quoi on assiste, comme partout, c’est au contraire à une dégradation très forte puisque les salariés jetés à la rue ne peuvent tout simplement plus se soigner. En effet, selon l’institut Gallup, plus de cinq millions de personnes ont perdu leur contrat d’assurance faute d’argent. Et d’ici la fin de l’année, on pourrait compter 50 millions d’exclus ! (4)
L’Allemagne, qu’on nous présentait il y a quelques décennies comme un “modèle”, est également frappée de plein fouet par la crise. Le numéro un allemand de l’énergie, EON, dans son groupe basé à Düsseldorf, prévoit par exemple la suppression de 10 000 postes en Europe. En plus d’un véritable chantage à l’emploi sur place, et qui partout se généralise, il est précisé que “les mesures de (gestion du) personnel inévitables seront mises en œuvre (…) avec des temps partiels, des retraites anticipées, des non-renouvellements de contrats à durée déterminée ou des départs volontaires” (5).
Partout, pour tous les prolétaires qui ont encore la chance d’avoir un travail, la précarité est devenue la règle avec une pression devenue insoutenable. Le chantage à l’emploi pour baisser les salaires tend à s’étendre pour faire face à une concurrence exacerbée. Certaines entreprises commencent à exiger des baisses de salaires allant de 20 à 40 % ! Dans certains cas, comme à British Airways, on en est même arrivé à demander aux salariés du travail gratuit ! Partout encore, il est prévu de faire reculer l’âge de la retraite, d’augmenter la pression fiscale, de réduire drastiquement les budgets sociaux et les salaires des fonctionnaires ! Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que le nombre de suicides liés aux conditions de travail se mette à grimper, notamment en France, où on note “une organisation du travail qui produit 300 à 400 suicides par an et une montée des pathologies mentales” (6). Ceux qui résistent au rythme de la concurrence y laissent leur santé, prennent de plus en plus de risques qui conduisent à des accidents du travail. Désormais, il y a 1,2 million d’accidents du travail par an et 3000 par jour dans le monde. Ces accidents du travail font désormais plus de morts que les guerres !
Face à cette dégradation violente de ses conditions de vie, le prolétariat démontre qu’il trouve la force et le courage de se battre, même dans un contexte difficile.
Durant l’été, la question des licenciements a tenu la vedette à travers l’hypermédiatisation de certaines luttes et à cause du caractère illégal de ces actions, présentées comme modèle d’une “radicalisation” des luttes ouvrières. Il n’en est rien ! Même si ces luttes restent significatives d’une volonté de se battre, elles restent l’expression d’un manque de perspective.
Par exemple, le 31 juillet, la mort dans l’âme et la rage au ventre, les 366 ouvriers de l’usine New Fabris de Châtellerault, licenciés suite à la liquidation de leur entreprise, ont voté (vote à bulletins secrets, organisé par les syndicats) l’acceptation de la dérisoire indemnité de 12 000 euros, imposée par le ministre Estrosi. Pire, l’indemnité de licenciement se limite à 9000 euros (le versement du complément est conditionné par l’hypothétique revente, via la direction, du matériel et des machines de l’usine). La veille, le 30 juillet, une ultime manifestation dans la ville avait rassemblé entre 2000 et 3000 personnes et obtenu la participation d’autres entreprises des environs (ouvriers de Magnati Marelli, des hospitaliers du CHU, des postiers, des journalistes licenciés de la Nouvelle République ainsi que des délégations syndicales de Continental, de Molex, d’Aubade, de l’usine Ford de Bordeaux, ou de plusieurs sites comme Renault, Valeo, Thales, TDF, Freescale…) mais, contrairement à ce que cette mobilisation d’autres secteurs ouvriers pouvait faire espérer, leur sort était déjà scellé. En effet, depuis un mois et demi, ils avaient été isolés et placés sous les projecteurs des médias en menaçant de faire sauter l’usine et en plaçant devant celle-ci des bonbonnes de gaz… vides, contre une modeste revendication de prime de départ de 30 000 euros7. Dans la foulée de cas similaires, comme celui des 480 employés de l’usine Nortel de Châteaufort dans les Yvelines (qui avaient renoncé 15 jours auparavant à ce “moyen de pression” ou ceux de JLG à Tonneins dans le Sud-Ouest), l’accent a été mis sur une série de séquestrations de patrons ou de cadres (Caterpillar à Grenoble, Molex près de Toulouse…).
Toutes ces actions ou ces “menaces” sont avant tout l’expression d’un sentiment d’impuissance. Alors que les médias ont mis en avant que l’utilisation de ces moyens de lutte était l’expression d’une “radicalité” débordant les appareils syndicaux, qui s’exprimait ainsi à cause de la faiblesse des syndicats, la réalité est exactement à l’opposé. Ce sont en fait les cadres syndicaux locaux de l’entreprise qui n’ont cessé d’encourager en sous-main le recours à ce type d’actions (même si elles sont hautement désapprouvées par les centrales nationales syndicales elles-mêmes).
Xavier Mathieu, un de ces délégués CGT “radicaux” de l’usine Continental à Clairoix, a déclaré au micro de France Info le 17 août en s’en prenant aux dirigeants des grandes centrales syndicales : “Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille”. C’est tout à fait vrai. Ce “coup de gueule” contre les dirigeants syndicaux nationaux est partagé par beaucoup d’ouvriers, syndicalistes “à la base”, qui cherchent à mettre en avant une aspiration illusoire de “faire du vrai syndicalisme”. Mais il arrange également bien les syndicats comme l’ensemble de la bourgeoisie, car il traduit une tentative nécessaire pour redorer l’image du syndicalisme, singulièrement terni depuis le sabotage des luttes de ces dernières années qui ont permis aux différents gouvernements de faire passer la liquidation des régimes spéciaux de retraite, puis toutes ses autres attaques.
Les syndicats comme l’ensemble de la bourgeoisie profitent du fait que la pression actuelle du chômage et des licenciements massifs ne favorisent pas le développement de luttes massives mais, au contraire, la dispersion des réactions ouvrières comme la tendance à provoquer une certaine paralysie momentanée de l’ensemble de la classe ouvrière qui voit ces réactions avec une sympathie réelle. Face aux fermetures d’entreprises, l’arme de la grève tend à perdre son efficacité, accentuant le sentiment d’impuissance des travailleurs. Les ouvriers se retrouvent souvent dos au mur, poussés à réagir chacun dans leur coin, à cause de ce désarroi, de ce sentiment d’impuissance qu’elles génèrent, avec le traumatisme lié à la perte d’emploi. Mais la bourgeoise pourra de moins en moins utiliser cette situation pour susciter une division, voire une opposition entre ceux qui perdent leur travail et ceux qui ont le “privilège” de le conserver. S’il est difficile pour la classe ouvrière de riposter par une réponse d’envergure face aux attaques, celle-ci n’a pas pour autant renoncée à lutter pour la défense de ses intérêts alors que le manque actuel de perspective immédiate pousse la plupart d’entre elles, notamment dans les pays développés, à rester encore fortement sous l’emprise des syndicats.
L’expérience montre à la classe ouvrière qu’elle est capable de développer une réflexion collective animée par le besoin de développer ses luttes. Ce n’est qu’en tirant la leçon de la situation présente que seule la lutte unie et solidaire peut freiner la brutalité des attaques et de l’exploitation, et qu’elle sera en mesure de résister aux chantages de la bourgeoisie. Et c’est à travers la reconquête de sa capacité à prendre en mains ses luttes qu’elle pourra franchir une nouvelle étape dans son combat contre le capitalisme. Cette perspective est toujours présente.
W (28 août)
1) come4news.com [2]
2) www.latribune.fr [3].
3) www.lepoint.fr [4]
4) www.humanite.fr [5]
5) romandie.com
6) www.lemonde.fr [6]
7) Le Nouvel observateur du 23 juillet va jusqu’à reconnaître que les 30 000 euros réclamés par les salariés de New Fabris ne pèsent plus que 22 fois le SMIC alors qu’en 1988, les ouvriers licenciés des chantiers navals de La Ciotat avaient reçu de l’Etat une prime de départ de 30 500 euros en 1988, équivalant à 40 SMIC de l’époque, soit une baise de 45 % en 20 ans !
La direction de Freescale (ex Motorola), à Toulouse, a annoncé le 22 avril la fin de la production à Toulouse, ce qui représente plus de 800 licenciements, auxquels se rajoutent ceux du secteur de la téléphonie, 250 personnes et ceux de l’importante sous-traitance sur la région. En tout, cela va concerner plus de 3000 salariés. Cela intervient quasi en même temps que la fermeture de l’usine de Crolles, près de Grenoble, celle d’East Kilbride en Ecosse ainsi que celle de Sendai au Japon. Cette “restructuration” doit être réglée avant fin 2011.
Il s’agit là d’une des nombreuses attaques aux conditions de vie de la classe ouvrière que le capitalisme en faillite lui réserve. Pour les familles frappées par les licenciements, ici comme ailleurs, c’est l’angoisse d’une perspective de misère car chacun sait que s’il parvient à retrouver un travail, il y a de grandes chances pour que ce soit un emploi de survie sous payé. Pas étonnant que ces ouvriers, eux aussi, aient ressenti ces annonces comme un grand coup sur la tête. Lancer immédiatement un appel à la solidarité des autres ouvriers de la région, cela n’est même pas évoqué par les syndicats, ce qui n’est pas fait pour nous étonner, mais qui est à souligner. Les ouvriers, eux, sous l’impulsion d’une minorité d’entre eux, vont développer des efforts pour organiser leur lutte.
Leur première réaction est qu’il ne faut pas se faire d’illusions sur le discours de la direction concernant les reclassements. D’ailleurs, début mai, lorsque le directeur réunit l’équipe de nuit (l’usine fonctionne en 6 équipes) pour lui présenter le cabinet conseil qui allait s’occuper des reconversions, il est pris à partie par les ouvriers qui lui demandent s’il ne se moque pas d’eux, le traitant de menteur. La quasi-totalité des 120 ouvriers présents ce soir-là se sont levés et ont quitté la salle. Face à la colère qui se développe, la direction et les syndicats orientent vers des AG par équipe. Parmi les ouvriers, les plus combatifs proposent qu’une fois par semaine il y ait une AG commune afin que les décisions soient prises collectivement. Cette proposition recueille l’accord des ouvriers et les syndicats sont obligés de suivre. Face aux divisions syndicales bien connus, les ouvriers demandent aux syndicats de laisser de côté leurs querelles et de s’unir en intersyndicale, pensant par là qu’ils seraient mieux défendus. FO, UNSA, CFE-CGC, CGT, CFDT et CFTC annoncent alors comme une grande réussite qu’ils sont d’accord pour créer une intersyndicale. Cette intersyndicale propose que chaque équipe élise 4 délégués chacune afin d’assister, comme observateurs, aux négociations avec la direction. Il deviendra clair pour beaucoup d’ouvriers qu’il s’agissait là d’une ruse des syndicats ayant pour but de faire semblant d’accepter que les ouvriers participent, tout en les transformant en simples observateurs. Cela leur permettait de garder le contrôle total sur les événements. Face à cette ruse, une minorité d’ouvriers interviendra dans l’AG pour défendre la souveraineté de celle-ci, dire que c’est elle qui doit décider et non l’intersyndicale. Cela recueillera l’approbation d’une partie des ouvriers.
La direction propose alors une série de négociations qui ont lieu chaque jeudi. Évidemment, les négociations n’avancent pas. Direction et syndicats les font traîner pour démoraliser les ouvriers. Les querelles entre les syndicats se réveillent bien opportunément afin de commencer à organiser la division. La majorité des ouvriers est exaspérée. A la mi-mai, l’AG de l’équipe de nuit décide de ne plus laisser les syndicats mener les discussions et décident qu’il revient aux ouvriers de porter eux-mêmes leurs revendications à la direction. Cela est discuté à l’AG commune qui suit, celle du lundi. C’est alors que la majorité des syndicats déclare qu’elle ne reconnaît plus la souveraineté de l’AG et appelle ses adhérents à des AG parallèles dans le but de faire des “propositions constructives à la direction !” (cela permettra en effet à la direction de trouver les propositions de FO très constructives !). La CGT et la CFDT, quant à elles, déclarent qu’elles continuent à reconnaître la souveraineté de l’AG (mais nous le verrons, pour mieux reprendre les choses en main). Du coup, à cette AG, ce sont les ouvriers délégués par chacune des équipes qui mènent les débats. On y parle d’interpeller la direction sur la lenteur des négociations et de menacer d’organiser l’AG devant l’usine pour faire connaître le mouvement.
A l’AG commune suivante, il est discuté d’un communiqué-tract à distribuer autour de soi ainsi qu’à la manif du 13 juin, occasion pour essayer de rencontrer d’autres ouvriers. L’idée du tract est acceptée mais les syndicats, en fait, vont essayer de ne pas le porter à la connaissance des médias pour y substituer leur propre communiqué. C’est sous la pression des ouvriers qu’ils le feront.
Face à l’impasse des négociations qui perdure, la colère des ouvriers les pousse à des débrayages pendant lesquels ils vont distribuer leur tract aux automobilistes qui passent devant l’usine. Au cours de ces distributions, de nombreux ouvriers manifestent leur solidarité. Mais la conscience de la nécessité d’une recherche active de solidarité avec les autres ouvriers n’est encore qu’embryonnaire et les syndicats l’étoufferont rapidement. De fait, pour la manif du 13 juin, les syndicats avaient préparé leur coup, et il a marché. Ils distribuent des sifflets aux ouvriers lesquels, au lieu d’aller parler avec ceux de Molex par exemple, se défoulent avec leurs sifflets, toute discussion étant ainsi impossible. Les ouvriers n’ont pas réussi à dépasser ce barrage syndical.
Le 18 juin, la colère domine encore. Une grève éclate, elle durera 72 heures. Une fois terminée, les syndicats vont essayer de la faire redémarrer, alors qu’on est à la veille des vacances, dans le but évident d’épuiser les plus combatifs. Une minorité rappelle alors que la dernière AG avait dit que ce n’était plus, à la veille des vacances, le moment de lutter dans l’isolement total. Des syndicalistes les accusent alors d’être contre la lutte. L’un d’eux tentera même d’en découdre physiquement. Mais devant le vote de l’AG qui se prononce contre la grève maintenant, ce dernier se sentira obligé de s’excuser, ce qui sera l’occasion de faire une déclaration bien accueillie par l’AG sur le fait qu’entre ouvriers, on essaie de se convaincre, mais on n’en vient pas aux mains.
Quelle pourra être la suite à la rentrée ? CGT et CFDT ont repris les choses en main. Il n’y a pas encore une conscience suffisamment claire de ce que représentent les syndicats et du fait qu’ils sont des rouages de l’Etat au sein de la classe ouvrière. Mais une réflexion commence.
Pendant les 72 heures de grève un ancien ouvrier de cette usine est venu apporter sa solidarité et a raconté la grève de 1973 en disant notamment : “nous, on n’avait pas fait confiance aux syndicats et on s’était organisé entre nous” et cela a frappé les ouvriers.
Oui, il faut garder le contrôle des AG et réaliser que ce qui constitue une force : la solidarité ouvrière. La distribution du tract aux automobilistes et l’accueil chaleureux reçu montrent que cette solidarité existe potentiellement et qu’il nous faut la développer (1). Il ne s’agit plus alors de la lutte des Freescale, des Molex ou des Conti, mais d’une lutte de la classe ouvrière. Et cela seul fait peur aux entreprises et à l’Etat, et donc aux syndicats. Cela nous permet de renforcer la confiance en nous.
G (5 juillet)
1) Non comme le proposaient les syndicats en allant se montrer au Tour de France cycliste !
Mi-août 2009, 200 000 hectares de forêts ont déjà brûlé sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Telles sont les estimations du très sérieux “Système européen d’information sur les feux de forêt” (EFFIS) qui souligne que ce chiffre dépasse de 20 000 hectares ceux de 2008 (hors incendies égaux ou de moins de 40 hectares, dont le nombre est au final loin d’être négligeable). Grèce, Espagne, Italie, Turquie, France, mais aussi Portugal au printemps, Suède et Norvège en juin, ont connu une année particulièrement catastrophique, alors que les pouvoirs publics européens se vantaient d’avoir pu réduire drastiquement les plus de 480 000 hectares brûlés annuellement depuis 1980. En Californie, des dizaines de milliers de citadins ont dû être précipitamment évacués d’urgence à plusieurs reprises ces derniers mois. En Italie du Sud, 4000 touristes ont dû être évacués in extremis face à l’avancé des flammes, etc.
Evidemment, sont incriminées au premier chef les conditions météorologiques particulièrement défavorables de cette année, au regard de 2008, où “le niveau de risque d’incendie était faible sur le pourtour méditerranéen” en raison de l’été pluvieux. Mais en Grèce, malgré ce risque diminué d’incendies, 15 000 ha avaient brûlé près de la ville de Rhodes et alors que l’année précédente, en 2007, un incendie avait tué 77 personnes et brûlé 250 000 ha de forêts au nord d’Athènes... Le gouvernement grec n’avait pris aucune mesure pour garantir à la population un minimum de sécurité. Résultat, cette année, avec la sécheresse de l’été, c’est aux portes mêmes de la capitale que le feu a une nouvelle fois sévi, avec une virulence accrue. Durant trois jours, l’incendie a fait rage, le gouvernement ne laissant à la population que le choix d’être évacuée ou de mourir dans les flammes. Un même gouvernement qui constate encore que les feux de cette année ne dépassent guère la moyenne observée depuis 1980 ! Cette incurie des dirigeants grecs a une fois de plus provoqué la colère de la population et a été largement soulignée. Les médias français n’ont d’ailleurs eu de cesse d’enfoncer le clou. Ils ont été bien moins loquaces pour dénoncer les incendies qui ont ravagé 1300 hectares près de Marseille, de même que les 7000 ha détruites en Corse, comme par hasard aux sorties de trois zones urbaines. Bien sûr, des conditions de sécheresse peuvent rendre incontrôlables des départs de feu, bien sûr, on ne peut pas tout prévoir ; mais ce qui est sûr et certain, c’est l’implication des promoteurs immobiliers ou des exploitants de l’agriculture intensive, purs produits d’un capitalisme en folie qui sont prêts à tout pour leurs profits en accord et avec l’appui mafieux des notables locaux et des grands commis d’Etat délivrant des permis de construire dans les zones à haut risque. C’est ensuite en toute hypocrisie que ces derniers font semblant de se mobiliser pour persuader “l’opinion” qu’ils cherchent à résoudre le problème. Ainsi, l’hebdomadaire satirique le Canard enchaîné a-t-il dénoncé dans son édition du 5 août la triste mascarade à laquelle se livrent les pouvoirs publics français afin de faire croire à une intense activité contre les incendiaires. On arrête deux boucs-émissaires pyromanes ici ou un autre lampiste là, et le tour est joué !
Le feu, l’eau, la terre et l’air : le capitalisme contamine ou rend dangereux, voire meurtrier pour l’homme, tous les éléments naturels.
Wilma (27 août)
Les camarades de “l’Alliance des révolutionnaires socialistes” ont écrit à propos d’une lutte qui a éclaté dans l’usine de machines agricoles de la ville de Kherson en Ukraine, en février de cette année. La lutte est partie sur des revendications ouvrières (notamment d’obtenir 4,5 millions de grivnas de salaires impayés depuis des mois) mais aussi sur la demande de la nationalisation de l’usine. D’un côté, la clique “orange” représentée par le responsable de l’administration locale (un parachuté “orange”) et par le nouveau syndicat “indépendant”, de l’autre la majorité “bleu-blanc” de l’administration de Kherson et le propriétaire de l’usine.
En fin de compte, les ouvriers ont été dupés sur toute la ligne. L’administration régionale a gracieusement octroyée 2 millions de grivnas... non pas aux ouvriers, mais au propriétaire qui devait soi-disant payer les salaires avec ! Et cette somme de surcroît devait être prélevée sur l’argent destiné aux salariés de la fonction publique ! Tout cela étant présenté comme un “compromis” par les délégués syndicaux. Les camarades de l’ARS tirent une conclusion claire : “Les masses ouvrières ne doivent avoir confiance en aucune des cliques bourgeoises, en aucun groupe de pouvoir, en aucun syndicat officiel, parti, Etat ou capitaliste, ils ne doivent pas se transformer en instrument d’un quelconque regroupement bourgeois ; ils doivent préserver leur propre indépendance de classe, ils doivent combattre pour leur propre émancipation. Notre tâche, la tâche des protagonistes de la révolution sociale, est de populariser une telle conscience”.
(voir l’article complet ici [8].)
Depuis l’effondrement des régimes staliniens et du bloc de l’Est, les organisations de l’anarchisme officiel se targuent d’avoir les mains propres dans l’affrontement qui a opposé de 1945 à 1989 les blocs de l’Est et de l’Ouest et entretiennent la légende d’une opposition irréductible aux blocs militaires : “Les anarchistes se divisèrent sur le problème des blocs. La majorité décida de s’opposer à l’Est et l’Ouest…” 1.
En réalité, après 1945, pendant la Guerre froide, une partie des organisations anarchistes prend officiellement position en faveur de la défense du “monde libre”, comme la SAC (Sveriges Arbetares Centralorganisation) en Suède. Lors de la confrontation directe entre les forces armées du bloc de l’Est et les forces américaines et de l’ONU en Corée en 1950-53, certains, à l’instar des membres du groupe de la Révolution Prolétarienne, au nom de la logique du choix du “moindre mal” et en vertu de la défense de la démocratie, prennent ouvertement une position pro-américaine. C’est le cas de A. Prudhommeaux, N. Lazarevitch, G. Leval mais aussi de militants espagnols et bulgares : “Il y a deux impérialismes mais j’en connais un particulièrement dangereux et totalitaire avec esclavage à la clé. L’autre porte en son sein un moindre danger… Je ne suis pas pour le retrait des troupes américaines de Corée… En Corée, je ne vois qu’un criminel de guerre et c’est Staline. Il est responsable directement des bombardements stratégiques qui déciment la population coréenne…” (2). Inversement, d’autres stigmatisent l’impérialisme américain comme le principal fauteur de guerre.
Ceux des anarchistes qui, telle la FA, disent refuser tous les camps en présence en s’affirmant “contre Staline, sans être pour Truman, contre Truman sans être pour Staline” n’agissent pas pour autant en internationalistes et n’échappent pas à la logique de choisir un camp impérialiste contre un autre. Ainsi, lorsque l’URSS se lance dans la course aux armements pour rivaliser avec les Etats-Unis, le “combat pour le 3e front” “entraîne la FA à dénoncer le réarmement allemand en soutenant les pacifistes de ce pays, à participer à la campagne “Ridgway (3) go home’” (4) animée par le PCF. Par la caution critique qu’elle apporte à cette campagne, la FA se situe complètement dans le sillage du PCF ; elle remplit la fonction de rabatteur des ouvriers sur celui-ci et... sur sa défense inconditionnelle du bloc impérialiste russe !
D’autre part, les actions provocatrices contestataires jouent le même rôle de rabatteur sur les institutions étatiques bourgeoises : la lutte “réellement anti-impérialiste” du “3e front révolutionnaire” de la FA se concrétise par la propagande lors des élections législatives de 1951 “en faveur de bulletins ainsi rédigés : “Ni dictature orientale, ni dictature occidentale, je veux la paix” (5) ou bien par la mise en spectacle d’actions, telles l’intrusion en février 1952 “dans la grande salle du Palais de Chaillot où se tient une réunion plénière de l’ONU. Une profusion de tracts intitulés : “3e front : A bas la guerre !” est lancée dans la salle et les délégués américains et soviétiques reçoivent des projectiles inoffensifs” (6).
Loin de constituer un moyen permettant à la classe ouvrière de se renforcer politiquement, ce type d’actions sur le terrain des institutions de l’Etat bourgeois, outre son innocuité, entretient dans la classe exploitée l’illusion qu’elle aurait une quelconque utilité pour l’issue finale de son combat révolutionnaire. Cela ne fait au contraire que renforcer la soumission de la classe ouvrière à la mystification démocratique et aux organes de la domination capitaliste en obscurcissant la nécessité de les détruire. D’ailleurs, la Fédération communiste-libertaire (FCL) présentera des candidats aux élections législatives de 1956 ! Au moment de la liquidation de la IVe République et l’appel au pouvoir du général De Gaulle en 1958 pour régler le problème colonial, “dans toute la presse libertaire, les appels concordent pour sauver la République menacée. (...) Les anarchistes dans leur grande majorité, choisissent la République et la politique du moindre mal...” (7). En avril 1961, face au putsch des généraux à Alger, qui refusent l’indépendance de l’Algérie, “la FA participe aux différents comités regroupant plusieurs organisations de gauche (...) les anarchistes sont parmi les premiers à défendre les libertés démocratiques, et ce en dépit des réfutations ultérieures” (8).
Surtout, le soutien constant aux prétendues luttes de libération nationale va concrétiser le choix d’un camp impérialiste contre un autre. En érigeant en principe, comme le fait la FA, le fait que “Les anarchistes réclament pour la population d’Outre-mer le droit à la liberté, au travail dans l’indépendance, le droit de disposer de leur propre destinée en dehors des rivalités de clans qui déchirent le monde actuel. Ils les assurent de leur solidarité dans la lutte qu’ils doivent mener contre l’oppression de tous les impérialismes...” (9). Les courants anarchistes s’installent parmi les meilleurs serviteurs de la mystification du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils se retrouvent ainsi à l’unisson de l’idéologie officielle de chacun des blocs (aussi bien de la doctrine Jdanov du bloc de l’Est qui s’affirme comme “le vrai défenseur de la liberté et de l’indépendance de toutes les nations, un adversaire de l’oppression nationale et de l’exploitation coloniale sous toutes ses formes” (10) que de la doctrine américaine qui stipule que “dans ces zones-clé tout doit être fait pour y encourager les formes démocratiques et l’accès à leur indépendance”). Chaque épisode de la guerre impérialiste à laquelle se livrent les blocs soviétique et occidental par nations interposées trouvera sa justification dans ces “théories”, chacune reprise à différentes sauces mais avec le même résultat désastreux pour le prolétariat.
Les anarchistes français travestissent la guerre d’Indochine en “un épisode révolutionnaire” (FA en 1952) ou y voient une “guerre de classe” (FCL en 1954) et proclament la légitimité de “la lutte du prolétariat indochinois” et la nécessité de la “solidarité ouvrière avec le Viêt-minh”.
Ce soutien politique aux luttes de libération nationale ira même jusqu’à l’implication physique. Pendant la Guerre d’Algérie, de nombreux libertaires rejoignent les “porteurs de valise”, les réseaux de soutien au FLN (11). “La position de soutien critique en faveur d’une Algérie socialiste et autogestionnaire” de la FCL au nom de la solidarité “avec les peuples soumis, contre les impérialismes” se concrétise par un soutien matériel actif aux partis nationalistes algériens du MNA, puis du FLN quand ce dernier devient hégémonique après 1956. “Les maquis de l’ALN (Armée de libération nationale) se partagent entre les deux obédiences. Nous le savons d’autant mieux que nous avons parmi nous, à la FCL, des camarades algériens de tendance FLN mais que nous avons rendu des services aux maquis MNA en jouant le rôle d’intermédiaire pour obtenir des “fournitures” (lire : des armes) pour leurs combattants” (12).
Ces prises de position par certains anarchistes, même critiques, en faveur des luttes de libération nationale, ont directement concouru à la soumission des masses à l’impérialisme. Ces courants anarchistes portent une part de responsabilité dans la soumission du prolétariat et des classes exploitées à la barbarie des conflits militaires qui ensanglantent la planète. Prisonniers de la logique d’établir une distinction entre les différents gangsters impérialistes (au nom des droits du plus faible), ils ne font que servir directement de sergent-recruteur au sein du prolétariat, ou de caution au profit de l’un ou de l’autre des camps impérialistes en présence. Le martèlement pendant des décennies de ces mystifications, auxquelles ils ont prêté main-forte, a contribué à retarder la sortie de la contre-révolution et la reprise par le prolétariat de la lutte autonome sur son propre terrain de classe et pour ses propres objectifs.
En effet, les courants officiels de l’anarchisme, qui ont exercé leur influence hégémonique sur la majorité des anarchistes après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin de la contre-révolution en 1968 et même encore après cette date, n’ont servi qu’à cristalliser et stériliser une réflexion grandissante sur la réalité “communiste” des pays stalinisés. Ces courants ont ainsi utilisé un sentiment de révolte par rapport à ce monstrueux mensonge du communisme dans les pays de l’Est pour répandre des idées comme l’antimilitarisme, le pacifisme, etc., qui, bien que participant d’un véritable questionnement sur la guerre, ne pouvaient que saper la réflexion de beaucoup d’éléments en les canalisant vers l’immédiatisme, l’activisme ou l’individualisme, au détriment de repères et d’une conscience historique des rapports de classes. Ce faisant, ils ont notamment contribué à pousser ceux qui cherchaient à rejeter le “modèle” imposé du stalinisme à se réfugier dans “la défense de la démocratie”, c’est–à-dire dans l’autre camp impérialiste, dont ils se présentaient également comme les pourfendeurs les plus radicaux.
Cependant, après 1968, avec la fin de la contre-révolution et le retour du prolétariat sur la scène de l’histoire, est réapparu ce phénomène déjà constaté à d’autres moment de l’histoire : des éléments politisés ont réellement tenté de trouver la voie révolutionnaire à travers ou à partir de l’anarchisme.
Le développement aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux des révoltes étudiantes des années 1960, qui font de l’opposition à la guerre menée par les Etats-Unis au Vietnam leur thème le plus mobilisateur, indique que la chape de plomb de l’idéologie stalinienne commence à se fissurer. En effet, les partis staliniens n’y ont aucune influence alors qu’ils dénoncent l’intervention américaine au Vietnam contre des forces militaires soutenues par un bloc soviétique prétendument anticapitaliste. Surtout, le mensonge du stalinisme “communiste et révolutionnaire” se disloque avec l’entrée en lutte d’une nouvelle génération de jeunes ouvriers lors de la grève générale de 1968 en France et des différents mouvements massifs de la classe ouvrière partout dans le monde ensuite. C’est la fin de la contre-révolution et l’idée de la révolution communiste est remise à l’ordre du jour.
Par leur anti-stalinisme, les organisations anarchistes exercent, dès après la répression du mouvement en Hongrie en 1956, une certaine attraction, auprès d’étudiants essentiellement. Si elles se renforcent numériquement, cependant, les vieilles organisations existantes ne satisfont pas les jeunes qui les jugent sclérosées. L’ensemble du milieu se recompose (13).
Dans ce bouillonnement de la reprise de la lutte des classes internationale, il se trouve à nouveau au sein du milieu anarchiste des minorités et des éléments qui se mettent en recherche des positions de classe du prolétariat et qui tentent de se donner une cohérence révolutionnaire à partir de l’anarchisme. Ainsi, une partie du nouveau milieu libertaire s’ouvre-t-elle à des organisations qui développent certaines positions de classe (Socialisme ou barbarie), ou même au milieu politique prolétarien, en particulier son pôle conseilliste organisé, incarné par “Informations et correspondances ouvrières”. C’est ainsi que le groupe “Noir & rouge”, par exemple, se démarque de la FA et, reconnaissant “la primauté de la lutte des classes”, propose une “actualisation et une adaptation des principes de l’anarchisme.” Le groupe affirme la nécessité du débat et défend “le contact avec d’autres camarades ne se réclamant pas forcément de l’anarchisme”. Il dénonce la sacralisation de la “révolution espagnole” qui “interdit toute critique” (14). Dans sa quête des formes de luttes propres aux travailleurs, le groupe se tourne vers les apports politiques de la Gauche communiste germano-hollandaise et de Pannekoek. Il participe à la rencontre internationale organisée par ICO à Bruxelles en 1969 aux côtés de Paul Mattick, ancien militant de la Gauche communiste allemande émigré aux Etats-Unis, et Cajo Brendel animateur du groupe conseilliste hollandais “Daad & Gedachte”.
L’importance politique de cette réflexion au sein du milieu anarchiste autour des questions du renforcement et des moyens de la lutte des classes du prolétariat a été masquée par son caractère limité. En effet, comme ce questionnement s’est enclenché autour du pôle du milieu prolétarien du conseillisme organisé qui fera faillite et disparaîtra dans le milieu des années 1970, le groupe “Noir & rouge” sera entraîné dans ce naufrage et disparaîtra dans la foulée, occasionnant un important gâchis d’énergies militantes. Le contexte général des illusions du prolétariat sur la possibilité pour le système capitaliste de trouver une issue à sa crise économique, ainsi que les difficultés du prolétariat dans la politisation de son combat pour affirmer la perspective de la révolution, vont être exploités à fond par les gauchistes de toute obédience pour briser tout effort de conscience orienté vers la révolution.
Toutefois, une partie de ces nouveaux éléments issus de l’anarchisme va malgré tout parvenir à se frayer une voie vers le nouveau milieu politique prolétarien renaissant avec le retour du prolétariat sur la scène de l’histoire.
Scott
1) Postface de M. Zemliak au livre de Max Nettlau, Histoire de l’Anarchie, Artefact, p. 279.
2) Lettre de S. Nin, 24.08.50, citée par G. Fontenis, l’Autre communisme, Acratie, p. 134.
3) A l’occasion de la venue en France en mai 1952 du commandant en chef des forces de l’OTAN, Ridgway, le PCF livre ses troupes à de véritables combats de rue face à d’imposantes forces de police qui feront un mort et 17 blessés dans les rangs ouvriers.
4) G. Fontenis, op. cit., p. 149.
5) Idem, p. 134.
6) Idem, p. 149.
7) Sylvain Boulouque, les Anarchistes français face aux guerres coloniales (1945-1962), Atelier de création libertaire, p. 61.
8) Idem, p.65.
9) Résolution du congrès de la Fédération anarchiste d’octobre 1945, sur increvablesanarchistes.org.
10) Joukov, Crise du système colonial, Moscou, 1949.
11) Comme le revendique Alternative libertaire : “On oublie trop souvent que les réseaux “porteurs de valise” qui ont soutenu les indépendantistes algériens pendant la guerre n’ont pas débuté leur existence en 1957 avec l’action de P. Jeanson puis H. Curiel. Au lendemain de la l’insurrection de la Toussaint 1954 en effet, les seules organisations à soutenir l’indépendance algérienne se situaient à l’extrême-gauche. Il s’agissait du Parti communiste internationaliste (PCI-trotskiste) et la FCL. En Algérie même, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA), lié à la FCL, entre en lutte contre l’Etat français, pour l’indépendance du pays, dés la Toussaient 1954. La police française liquidera le MLNA puis la FCL entre 1956 et 1957. Les libertaires poursuivront néanmoins la lutte contre le colonialisme, au sein des Groupes anarchistes d’action révolutionnaires (GAAR) ou, pour les rescapés de la FCL, au sein de Voie communiste.”
12) G. Fontenis, op. cit., p. 209.
13) Par exemple, en 1965, en Italie, divers groupes, les Groupes d’initiative anarchiste, quittent la FAI ; les jeunes du nord de l’Italie se détachent de la FAGI pour constituer les Groupes anarchistes fédérés. En France, l’Organisation révolutionnaire anarchiste se sépare de la FA en 1970 pour se rapprocher des autres organisations d’extrême-gauche non libertaires, et deviendra par la suite l’Organisation communiste libertaire.
14) Citations extraites de Cédric Guérin, Pensée et action des anarchistes en France : 1950-1970, raforum.apinc.org.
La confirmation de la validité du marxisme ne concerne pas seulement la question de la vie économique de la société. Au cœur des mystifications qui s’étaient répandues au début des années 1990 résidait celle de l’ouverture d’une période de paix pour le monde entier. La fin de la Guerre froide, la disparition du bloc de l’Est, présenté en son temps par Reagan comme “l’Empire du mal”, étaient censé mettre un terme aux différents conflits militaires à travers lesquels s’était mené l’affrontement entre les deux blocs impérialistes depuis 1947. Face à ce type de mystifications sur la possibilité de paix au sein du capitalisme, le marxisme a toujours souligné l’impossibilité pour les Etats bourgeois de dépasser leurs rivalités économiques et militaires, particulièrement dans la période de décadence. C’est pour cela que, dès janvier 1990, nous pouvions écrire :
“La disparition du gendarme impérialiste russe, et celle qui va en découler pour le gendarme américain vis-à-vis de ses principaux “partenaires” d’hier, ouvrent la porte au déchaînement de toute une série de rivalités plus locales. Ces rivalités et affrontements ne peuvent pas, à l’heure actuelle, dégénérer en un conflit mondial (...). En revanche, du fait de la disparition de la discipline imposée par la présence des blocs, ces conflits risquent d’être plus violents et plus nombreux, en particulier, évidemment, dans les zones où le prolétariat est le plus faible” (Revue internationale no 61, “Après l’effondrement du bloc de l’Est, stabilisation et chaos”).
La scène mondiale n’allait pas tarder à confirmer cette analyse, notamment avec la première guerre du Golfe en janvier 1991 et la guerre dans l’ex-Yougoslavie à partir de l’automne de la même année. Depuis, les affrontements sanglants et barbares n’ont pas cessé. On ne peut tous les énumérer mais on peut souligner notamment :
– la poursuite de la guerre dans l’ex-Yougoslavie qui a vu un engagement direct, sous l’égide de l’OTAN, des Etats-Unis et des principales puissances européennes en 1999 ;
– les deux guerres en Tchétchénie ;
– les nombreuses guerres qui n’ont cessé de ravager le continent africain (Rwanda, Somalie, Congo, Soudan, etc.) ;
– les opérations militaires d’Israël contre le Liban et, tout récemment, contre la bande de Gaza ;
– la guerre en Afghanistan de 2001 qui se poursuit encore ;
– la guerre en Irak de 2003 dont les conséquences continuent de peser de façon dramatique sur ce pays, mais aussi sur l’initiateur de cette guerre, la puissance américaine.
Le sens et les implications de la politique de cette puissance ont depuis longtemps été analysés par le CCI :
“le spectre de la guerre mondiale a cessé de menacer la planète mais, en même temps, on a assisté à un déchaînement des antagonismes impérialistes et des guerres locales avec une implication directe des grandes puissances, à commencer par la première d’entre elles, les Etats-Unis. Il revenait à ce pays, qui s’est investi depuis des décennies du rôle de “gendarme du monde”, de poursuivre et renforcer ce rôle face au nouveau “désordre mondial” issu de la fin de la Guerre froide. En réalité, s’il a pris à cœur ce rôle, ce n’est nullement pour contribuer à la stabilité de la planète mais fondamentalement pour tenter de rétablir son leadership sur celle-ci, un leadership sans cesse remis en cause, y compris et notamment par ses anciens alliés, du fait qu’il n’existe plus le ciment fondamental de chacun des blocs impérialistes, la menace d’un bloc adverse. En l’absence définitive de la “menace soviétique”, le seul moyen pour la puissance américaine d’imposer sa discipline est de faire étalage de ce qui constitue sa force principale, l’énorme supériorité de sa puissance militaire. Ce faisant, la politique impérialiste des Etats-Unis est devenue un des principaux facteurs de l’instabilité du monde” (Résolution sur la situation internationale, 17e congrès du CCI, point 7).
L’arrivée du démocrate Barak Obama à la tête de la première puissance mondiale a suscité beaucoup d’illusions sur un possible changement d’orientation de la stratégie de celle-ci, un changement permettant l’ouverture d’une “ère de paix”. Une des bases de ces illusions provient du fait qu’Obama fut l’un des rares sénateurs américains à voter contre l’intervention militaire en Irak en 2003 et qui, contrairement à son concurrent républicain McCain, s’est engagé pour un retrait de ce pays des forces armées américaines. Cependant, ces illusions ont été rapidement confrontées à la réalité des faits. En particulier, si Obama a prévu de retirer les forces américaines d’Irak, c’est pour pouvoir renforcer leur engagement en Afghanistan et au Pakistan. D’ailleurs, la continuité de la politique militaire des Etats-Unis est bien illustrée par le fait que la nouvelle administration a reconduit dans ses fonctions le secrétaire à la Défense, Gates, nommé par Bush.
En réalité, la nouvelle orientation de la diplomatie américaine ne remet nullement en question le cadre rappelé plus haut. Elle continue d’avoir pour objectif la reconquête du leadership des Etats-Unis sur la planète au moyen de leur supériorité militaire. Ainsi, l’orientation d’Obama en faveur de l’accroissement du rôle de la diplomatie a en grande partie pour but de gagner du temps et donc de reculer le moment d’inévitables interventions impérialistes des forces militaires américaines qui sont, actuellement, trop dispersées et trop épuisées pour mener simultanément des guerres en Irak et en Afghanistan
Cependant, comme le CCI l’a souvent souligné, il existe au sein de la bourgeoisie américaine deux options pour parvenir à ces fins :
– l’option représentée par le Parti démocrate qui essaie d’associer autant que possible d’autres puissances à cette entreprise ;
– l’option majoritaire parmi les républicains consistant à prendre l’initiative des offensives militaires et à l’imposer coûte que coûte aux autres puissances.
La première option fut notamment mise en œuvre à la fin des années 1990 par l’administration Clinton dans l’ex Yougoslavie où cette administration avait réussi à obtenir des principales puissances d’Europe occidentale, notamment l’Allemagne et la France de coopérer et participer aux bombardements de l’OTAN en Serbie pour contraindre ce pays à abandonner le Kosovo.
La seconde option est typiquement celle du déclenchement de la guerre contre l’Irak en 2003 qui s’est faite contre l’opposition très déterminée de l’Allemagne et de la France associées en cette circonstance à la Russie au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Cependant, aucune de ces deux options n’a été en mesure, jusqu’à présent, de renverser le cours de la perte du leadership américain. La politique du “passage en force”, qui s’est particulièrement illustrée durant les deux mandats de George Bush fils, a conduit non seulement au chaos irakien, un chaos qui n’est pas près d’être surmonté, mais aussi à un isolement croissant de la diplomatie américaine illustré notamment par le fait que certains pays qui l’avaient soutenue en 2003, tels l’Espagne et l’Italie, ont quitté le navire de l’aventure irakienne en cours de route (sans compter la prise de distance plus discrète du gouvernement de Gordon Brown par rapport au soutien inconditionnel apporté par Tony Blair à cette aventure). De son côté, la politique de “coopération”, qui a la faveur des démocrates, ne permet pas réellement de s’assurer une “fidélité” des puissances qu’on essaie d’associer aux entreprises militaires, notamment du fait qu’elle laisse une marge de manœuvre plus importante à ces puissances pour faire valoir leurs propres intérêts.
Aujourd’hui, par exemple, l’administration Obama a décidé d’adopter une politique plus conciliante à l’égard de l’Iran et plus ferme à l’égard d’Israël, deux orientations qui vont dans le sens de la plupart des Etats de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne et la France, deux pays qui souhaitent récupérer une partie de l’influence qu’ils ont eue par le passé en Iran et en Irak. Cela dit, cette orientation ne permettra pas d’empêcher que se maintiennent des conflits d’intérêt majeurs entre ces deux pays et les Etats-Unis notamment dans la sphère Est-européenne (où l’Allemagne essaie de préserver des rapports “privilégiés” avec la Russie) ou africaine (où les deux factions qui mettent à feu et à sang le Congo ont le soutien respectif de la France et des Etats-Unis).
Plus généralement, la disparition de la division du monde en deux grands blocs impérialistes rivaux a ouvert la porte à l’émergence des ambitions d’impérialismes de second plan qui constituent de nouveaux protagonistes de la déstabilisation de la situation internationale. Il en est ainsi, par exemple de l’Iran qui vise à conquérir une position dominante au Moyen-Orient sous le drapeau de la “résistance” au “Grand Satan” américain et du combat contre Israël. Avec des moyens bien plus considérables, la Chine vise à étendre son influence sur d’autres continents, particulièrement en Afrique où sa présence économique croissante vise à asseoir dans cette région du monde une présence diplomatique et militaire comme c’est déjà le cas dans la guerre au Soudan.
Ainsi, la perspective qui se présente à la planète après l’élection d’Obama à la tête de la première puissance mondiale n’est pas fondamentalement différente de la situation qui a prévalu jusqu’à présent : poursuite des affrontements entre puissances de premier ou second plan, continuation de la barbarie guerrière avec des conséquences toujours plus tragiques (famines, épidémies, déplacements massifs) pour les populations habitant dans les zones en dispute. Il faut même s’attendre à ce que l’instabilité que va provoquer l’aggravation considérable de la crise dans toute une série de pays de la périphérie ne vienne alimenter une intensification des affrontements entre cliques militaires au sein de ces pays avec, comme toujours, une participation des différentes puissances impérialistes. Face à cette situation, Obama et son administration ne pourront pas faire autre chose que poursuivre la politique belliciste de leurs prédécesseurs, comme on le voit par exemple en Afghanistan, une politique synonyme de barbarie guerrière croissante.
De même que les “bonnes dispositions” affichées par Obama sur le plan diplomatique n’empêcheront pas le chaos militaire de se poursuivre et de s’aggraver dans le monde ni la nation qu’il dirige d’être un facteur actif dans ce chaos, la réorientation américaine qu’il annonce aujourd’hui dans le domaine de la protection de l’environnement ne pourra empêcher la dégradation de celui-ci de se poursuivre. Cette dégradation n’est pas une question de bonne ou mauvaise volonté des gouvernements, aussi puissants soient-ils. Chaque jour qui passe met un peu plus en évidence la véritable catastrophe environnementale qui menace la planète : tempêtes de plus en plus violentes dans des pays qui en étaient épargnés jusqu’à présent, sécheresse, canicules, inondations, fonte de la banquise, pays menacés d’être recouverts par la mer… les perspectives sont de plus en plus sombres. Cette dégradation de l’environnement porte avec elle également une menace d’aggravation des affrontements militaires, particulièrement avec l’épuisement des réserves d’eau potable qui vont constituer un enjeu pour de nouveaux conflits.
Comme le soulignait la résolution adoptée par le précédent congrès international :
“Ainsi, comme le CCI l’avait mis en évidence il y a plus de 15 ans, le capitalisme en décomposition porte avec lui des menaces considérables pour la survie de l’espèce humaine. L’alternative annoncée par Engels à la fin du xixe siècle, socialisme ou barbarie, est devenue tout au long du xxe siècle une sinistre réalité. Ce que le xxie siècle nous offre comme perspective, c’est tout simplement socialisme ou destruction de l’humanité. Voilà l’enjeu véritable auquel se confronte la seule force de la société en mesure de renverser le capitalisme, la classe ouvrière mondiale” (Point 10).
Liens
[1] https://fr.internationalism.org/files/fr/RI_404.pdf
[2] https://come4news.com/
[3] https://www.latribune.fr/
[4] https://www.lepoint.fr/
[5] https://www.humanite.fr/
[6] https://www.lemonde.fr/
[7] https://fr.internationalism.org/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[8] https://fr.internationalism.org/icconline/2009/lutte_de_classe_en_ukraine_contre_la_revendication_de_nationalisation.html
[9] https://fr.internationalism.org/tag/vie-du-cci/correspondance-dautres-groupes
[10] https://fr.internationalism.org/tag/courants-politiques/lanarchisme-internationaliste
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[12] https://fr.internationalism.org/tag/vie-du-cci/resolutions-congres