Au second semestre 2025, plusieurs pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, où la misère est intense et généralisée, ont été secoués par des révoltes populaires. Les protestations ont débuté en Indonésie en août, suivies par le Népal et les Philippines en septembre. Elles se sont ensuite propagées dans des pays d'Amérique latine (Pérou) et d'Afrique (Maroc, Madagascar et Tanzanie). Au total, huit révoltes ont éclaté en seulement quelques mois. La colère a été attisée par des problèmes tels que la corruption, l'injustice, les inégalités et le manque de transparence, dans des pays durement touchés par la déstabilisation économique du capitalisme mondial. Les médias dominants ont instrumentalisé ces manifestations, affirmant que la jeunesse, la génération Z[1], allait changer le monde. Mais le monde a-t-il réellement besoin de ces révoltes et contribuent-elles à mettre fin à la barbarie ?
Les trois pays étudiés dans cet article sont confrontés à une grave crise économique. Le Népal compte parmi les pays les plus pauvres du monde et est confronté à une forte inflation, au chômage, à un faible niveau d'investissement et à une économie en difficulté. Son économie se maintient à flot principalement grâce aux transferts de fonds de centaines de milliers de jeunes travaillant à l'étranger. L'économie indonésienne est soumise à de fortes tensions, et tout indique que le pays approche d'un point de rupture budgétaire, avec un chômage important, des licenciements massifs dans le secteur industriel et des ménages confrontés à une crise du coût de la vie brutale. Les Philippines luttent contre une pauvreté chronique, des inégalités de revenus considérables, le sous-emploi et une crise alimentaire naissante.
Dans ces trois pays, le nombre de jeunes est en augmentation. Aux Philippines, près de 30% de la population a moins de 30 ans ; en Indonésie, c’est le cas d’environ la moitié des 270 millions d’habitants et au Népal, il s’agit de plus de la moitié des 30 millions d’habitants. En Indonésie, le chômage des jeunes dépasse les 15%, et au Népal, il dépasse les 20%. Pour une grande partie de la jeunesse, les perspectives sont extrêmement sombres. C’est l’une des raisons de l’implication massive des jeunes dans les révoltes populaires.
Ces trois pays sont en proie à une corruption endémique et disposent d’une législation anticorruption exhaustive pour la combattre. De hauts fonctionnaires, des hommes politiques et des chefs d’entreprise sont régulièrement poursuivis pour corruption. Pourtant, la corruption n’a jamais reculé. Dans l’indice de corruption « Transparency International's 2024 Corruption Perceptions Index », ces trois pays figurent encore parmi les plus corrompus : l’Indonésie se classe 99e, le Népal 107e et les Philippines 114e sur 180 pays. Lors des manifestations au Népal, en Indonésie et aux Philippines, la corruption persistante de la clique au pouvoir était l'un des enjeux centraux.
En Indonésie, les manifestations du 25 août ont été déclenchées par l'annonce d'une allocation logement de 50 millions de roupies par mois pour les parlementaires. Cette annonce intervenait dans un contexte de licenciements massifs (plus de 80.000 travailleurs), d'une hausse de plus de 100% de la taxe foncière et de coupes budgétaires drastiques de l'État, notamment dans l'éducation, les travaux publics et la santé. Face à ce mouvement, la Coalition des syndicats (KSPI) a tenté de prendre le contrôle de la situation par une grève générale le 28 août, formulant des revendications économiques comme la hausse du salaire minimum national, la fin de la délocalisation, le gel des licenciements, la réforme de la fiscalité du travail et la révision des lois anticorruption. Cependant, le 29 août, un incident mineur –la mort d'un livreur percuté par une voiture de police– a envenimé la situation et des émeutes ont éclaté pendant une semaine dans tout le pays. Au cours de ces émeutes, des dizaines de bâtiments publics et privés ont été incendiés et plus de 2.000 personnes ont finalement été arrêtées.
Au Népal, le déclencheur immédiat des manifestations a été l'interdiction par le gouvernement de 26 plateformes de médias sociaux le 4 septembre. Ce blocage a été perçu comme une tentative de soustraire à toute responsabilité les élites politiques corrompues. Les banderoles et les pancartes brandies lors des manifestations dénonçaient le népotisme, la corruption et l'impunité. Pour une génération confrontée au chômage, à l'inflation et à la désillusion envers les partis traditionnels, le népotisme et la corruption incarnent un système défaillant. Les manifestations ont commencé à s'intensifier lorsque la police anti-émeute a fait usage de balles réelles les 8 et 9 septembre, tuant plus de 70 manifestants et en blessant plus de 2.000. Dès lors, la réaction des jeunes est devenue ouvertement violente : incendies criminels et pillages ciblés, incendie du Parlement, agressions et poursuites de politiciens et incendies de leurs maisons.
Aux Philippines, les manifestations ont été déclenchées par un scandale de corruption lié aux projets de protection contre les inondations. Une enquête portant sur des milliers de projets a révélé que nombre d'entre eux n'avaient jamais été achevés et que d'autres n'existaient même pas. Malgré l'augmentation annuelle des budgets alloués à la lutte contre les inondations, des centaines de communautés restaient vulnérables face à la montée des eaux. L'État philippin a immédiatement lancé une enquête pour divulguer l'ampleur de la corruption des fonctionnaires et des politiciens impliqués dans ces projets. Parallèlement, la colère s'est accrue avec la diffusion sur les réseaux sociaux de photos et de vidéos montrant le train de vie fastueux des enfants de politiciens et de familles riches, communément appelés « bébés népotistes ». Ces événements ont déclenché des manifestations anticorruption le 21 septembre, où, rien qu'à Manille, 150.000 personnes sont descendues dans la rue. Cette mobilisation s'est déroulée sous le slogan : « S'il n'y avait pas de corrompus, il n'y aurait pas de pauvres ». Le 16 novembre, elle a été suivie d'une autre mobilisation massive de plus d'un demi-million de personnes.
Ces trois pays sont frappés par les conséquences de multiples crises. Aux Philippines, par exemple, les phénomènes météorologiques extrêmes récurrents s'accompagnent d'instabilité économique, d'une crise alimentaire naissante et des effets persistants de la pandémie de COVID-19. L'effet cumulatif de ces crises les rend bien plus graves que la somme de leurs composantes, les populations les plus pauvres étant les premières victimes. Et chaque année, les effets de la décomposition du capitalisme ont un impact plus important sur la vie quotidienne dans ces pays.
Contrairement à ce que pensent les manifestants, la mauvaise gestion de l'État ou la corruption de tel ou tel politicien ou faction bourgeoise, qui sont pourtant bien réelles, ne constituent qu'un symptôme de la putréfaction de l'ensemble du système capitaliste, qui affecte également l'économie. La souffrance et la misère dans ces pays sont fondamentalement dues à l'économie capitaliste, qui traverse une crise sans précédent et sacrifie toujours plus de pans de la population mondiale dans une tentative de prolonger son agonie. La crise historique du capitalisme se traduit par une absence totale de perspectives d'avenir pour la masse de la population, et en particulier pour les jeunes, qui souffrent d'un chômage de masse.
Les révoltes populaires n'ont pas de caractère de classe spécifique et sont par définition hétérogènes. Elles sont incapables de développer une perspective autre que celle d'un État-nation libéré de ses inévitables dérives. Les révoltes populaires ne sont pas dirigées contre l'État bourgeois, mais seulement contre ses effets pervers. La violence est une caractéristique inhérente aux protestations populaires lorsque les revendications ne sont pas satisfaites immédiatement ou de manière satisfaisante. En ce sens, elles sont des exemples frappants de comment l'impuissance et le désespoir peuvent se transformer en une rage aveugle.
Mais les affrontements avec les forces répressives, l'occupation des bâtiments gouvernementaux, la traque des membres du gouvernement et même la participation massive des travailleurs à ces actions ne confèrent pas à ces révoltes un caractère révolutionnaire potentiel, malgré les efforts répétés de l'extrême gauche capitaliste pour nous le faire croire[2].
En Indonésie, le mécontentement s'accumulait depuis des mois et lorsque le président a refusé de céder aux revendications le 28 août, une simple étincelle a suffi pour déclencher des émeutes sans précédent depuis des décennies. La colère s’est retournée contre les symboles mêmes de l'État bourgeois. Mais la destruction de commissariats, de parlements régionaux, de gares routières et ferroviaires n’a évidemment pas rapproché d'un iota la solution à leur misère.
D’aucune manière même, car les manifestations sont régulièrement exploitées, manipulées par des cliques bourgeoises et utilisées à leur avantage. La lutte contre la corruption aux Philippines, contre les inégalités de revenus en Indonésie ou contre l'interdiction des réseaux sociaux au Népal, etc.; tous ces prétextes offrent aux organisations bourgeoises un excellent paravent pour régler leurs rivalités, comme ce fut le cas lors de la manifestation anticorruption du 17 novembre à Manille, récupérée par une secte chrétienne en faveur du camp de Duterte[3].
Toutes ces manifestations aboutissent soit à une victoire amère, lorsque l'ancienne faction bourgeoise est remplacée par une nouvelle, soit à une répression d'État pure et simple, soit aux deux. Et la réponse de l'État à ces manifestations est généralement brutale : au Népal, elle a fait plus de 70 morts et des centaines de blessés, et en Indonésie, des milliers d'arrestations. Les révoltes populaires, reflet d'un monde sans avenir, caractéristique par excellence de la phase de décomposition du système, ne peuvent que propager les maux d'un capitalisme en putréfaction[4].
Les revendications des protestations restent superficielles et n'abordent en rien les racines de la misère : l'économie capitaliste, fondement de la vie sociale sous le capitalisme. Par conséquent, aucune concession faite aux protestations populaires ne change ni la situation particulière des démunis ni la situation générale du pays, comme les manifestants doivent rapidement l'admettre, à leur grand déplaisir. La seule solution à la misère croissante est le renversement du capitalisme par le prolétariat mondial.
Les protestations populaires ne constituent en aucun cas un tremplin vers la lutte des classes. Elles représentent au minimum un obstacle majeur, au pire un piège dangereux. Car les revendications formulées lors de ces mouvements « diluent le prolétariat dans l'ensemble de la population, estompant la conscience de son combat historique, le soumettant à la logique de la domination capitaliste et le réduisant à l'impuissance politique »[5]. Le prolétariat a tout à perdre en se laissant entraîner dans une vague de protestations populaires, totalement aveuglées par les illusions démocratiques quant à la possibilité d'un État capitaliste « propre ».
Au lieu de participer à ces révoltes, les travailleurs doivent imposer leurs propres slogans et organiser leurs propres réunions, dans le cadre d'un mouvement qui leur soit propre. Le prolétariat est la seule force de la société capable d'offrir une alternative aux conditions toujours plus insupportables d'un capitalisme obsolète. Mais cela ne peut réussir à l'intérieur des frontières d'un seul pays, surtout lorsque le prolétariat ne représente qu'une faible proportion de la population totale, que les concentrations prolétariennes sont plutôt dispersées et que les travailleurs ont peu d'expérience de la lutte contre la démocratie bourgeoise et les multiples pièges que cette classe lui tend. Ce n'est qu'en développant une lutte commune avec les masses laborieuses des pays du cœur du capitalisme, qui ont accumulé une longue expérience de la mystification démocratique, que sera possible le renversement nécessaire du capitalisme et l'émancipation de l'humanité.
Novembre 2025 / Dennis
[1] Selon la bourgeoisie, une révolution de la génération Z déferle sur le monde. Elle salue les mouvements de protestation qui ont réussi à renverser des gouvernements en place, sans pour autant avoir fondamentalement transformé la société capitaliste. Assimiler de tels événements à une révolution vise à discréditer le point de vue de la classe ouvrière.
[2] La section anglaise de l'Internationale communiste révolutionnaire (ex-IMT) donne comme titre à l'un de ses articles : «De l'Italie à l'Indonésie, de Madagascar au Maroc : une vague de révolution, de rébellion et de révolte déferle sur le monde.»
[3] Philippine massive anti-corruption protests hijacked by evangelical sect [1], Europe Solidaire Sans Frontières
[4] La Tendance communiste internationale (TCI) a fait preuve d'un opportunisme flagrant en publiant une déclaration sur les manifestations au Népal (Statement on the Protests in Nepal [2]), signée par la section sud-asiatique du NWBCW. En soutenant l'appel lancé à la génération Z népalaise à « mener une lutte politique et violente », elle les incite en réalité à se lancer dans des actions aventuristes qui s'apparentent à un suicide !
[5] Face à la plongée dans la crise économique mondiale et la misère, les "révoltes populaires" constituent une impasse [3], Revue Internationale 163.
Depuis un an, l’approfondissement de la crise mondiale du capitalisme, la déstabilisation croissante de l’économie mondiale, la politique économique disruptive de l’«America first» de Trump et l’explosion des dépenses militaires en Europe suite au divorce au sein de l’OTAN, imposent à l’ensemble des bourgeoisies européennes d’intensifier fortement les attaques contre les budgets sociaux et les salaires des travailleurs. Cela est particulièrement vrai pour la Belgique qui par ailleurs subit le poids d’une lourde dette souveraine et d’un fort déficit du budget de l’État, dénoncé par l’UE.
Depuis un an, mettant à profit des résultats électoraux inopinément favorables, la bourgeoisie belge a mis en place un nouveau gouvernement de centre-droit sous la direction de Bart De Wever qui prévoit d’amblée dans son programme gouvernemental près de 26 milliards d’euros de réduction budgétaire afin de réduire la dette de l’État (105% du PNB) et qui annonce un nouveau train de mesures pour près de 10 milliards afin de limiter le déficit budgétaire, tout en doublant dans le même temps le budget de la défense nationale.
Depuis un ans donc, les travailleurs sont confrontés à de fortes attaques contre les dépenses sociales de l’État, en particulier concernant le droit au chômage (limité dorénavant à un maximum de deux ans, ce qui entraînera l’exclusion de 100.000 chômeurs à partir de 2026), les retraites (pénalisation de toute retraite anticipée et atteintes aux régimes de retraite des fonctionnaires et des enseignants), les allocations de santé (un demi-million de malades de longue durée risquent de perdre leurs allocations en raison d’efforts «insuffisants ou non coopératifs» pour reprendre le travail). De plus, au niveau des salaires, les primes pour les heures supplémentaires ou le travail de nuit sont drastiquement réduites et le gouvernement prévoit de «suspendre temporairement et partiellement» l’indexation automatique des salaires et des prestations à l’inflation en 2026.
Dès l’annonce des plans gouvernementaux fin 2024, les syndicats se sont empressés d’occuper le terrain social en annonçant diverses actions afin d’encadrer toute réaction ouvrière. Cependant, la réaction des travailleurs est vive, dépasse les prévisions des syndicats et les oblige à amplifier les actions et surtout à multiplier les manifestations nationales à Bruxelles.
Examinons de plus près la dynamique. Dès les premières fuites concernant ces plans, les syndicats ont décidé d’organiser une première journée d’action le 13 décembre 2024, dans le but de centrer le mécontentement sur les directives de l’Union européenne. Cette première journée a réuni quelque 10.000 manifestants, surtout des délégués syndicaux, mais la manœuvre ne réduit pas le mécontentement. Au contraire, celui-ci a continué de croître, comme en témoigne la deuxième journée d’action du 13 janvier, que les syndicats voulaient restreindre à «la défense des retraites dans l’«enseignement». En réalité, la participation a atteint 30.000 manifestants issus de secteurs de plus en plus nombreux et de toutes les régions du pays. Le 27 janvier, une manifestation sectorielle régionale «historique» du personnel l’enseignement francophone a rassemblé 35.000 participants contre les coupes sombres imposées par le gouvernement régional, avec la présence à nouveau de nombreux travailleurs d’autres secteurs et régions. La communication du programme d’austérité du gouvernement «Arizona» n’a fait qu’aviver la contestation et la troisième manifestation nationale du 13 février, visant selon les syndicats la «défense des services publics», a réuni près de 100.000 manifestants de tous les secteurs, qui ont exprimé leur volonté de dépasser le saucissonnage sectoriel et régional du mouvement imposé par les syndicats et qui ont appelé à mener un combat global contre les attaques du gouvernement. Malgré les tentatives de démobilisation des syndicats durant le printemps au moyen de grèves générales d’un jour passives où tout le monde reste chez soi ou de grèves sectorielles à répétition et très impopulaires dans les chemins de fer avec même une division entre syndicats, la dernière manif nationale du 25 juin, à la veille des vacances, réunissait encore près de 50.000 manifestants exprimant une combativité toujours intacte.
Au-delà des chiffres, il faut mettre en évidence les caractéristiques de cette dynamique de combativité montante :
Même si la dynamique de combativité de ces six premiers mois de 2025 en Belgique n’arrive encore d’aucune manière bien sûr à détecter, voire à s’opposer aux manœuvres de dévoiement et de sabotage des syndicats, le développement de la résistance se situe fermement sur le terrain de la lutte de classe et ses caractéristiques pointées ci-dessus rejoignent celles des luttes de l’été de la colère au Royaume-Uni en 2022, du mouvement contre la réforme des retraites en France pendant l’hiver 2023, des grèves aux États-Unis, notamment dans l’industrie automobile et chez Boeing, fin 2023 et début 2024. Ainsi, la mobilisation de la classe ouvrière en Belgique s’inscrit dans la dynamique internationale de la «rupture».
Il est en effet fondamental de comprendre que cette dynamique de la lutte ouvrière en Belgique n’est pas isolée mais constitue une des expressions de la rupture avec des années de soumission passive des travailleurs aux attaques de la bourgeoisie, d’atomisation, mais aussi la maturation souterraine, le processus de réflexion en cours. «La résurgence de la combativité ouvrière dans un certain nombre de pays est un événement historique important qui n’est pas le résultat des seules conditions locales et ne peut s’expliquer par des circonstances purement nationales. Portés par une nouvelle génération de travailleurs, l’ampleur et la simultanéité de ces mouvements témoignent d’un véritable changement d’humeur de la classe et d’une rupture avec la passivité et la désorientation qui ont prévalu de la fin des années 1980 à aujourd’hui»[1].
La bourgeoisie tente de faire oublier les acquis des mobilisations ouvrières de début 2025
Cependant, le «break» des vacances d’été a largement été mis à profit par les syndicats pour prendre les devants et mettre au point une tactique insidieuse avec l’intention de contrer cette dynamique montante de combativité et de rassemblement au-delà des secteurs, et ceci sous les apparences de façade de la radicalité. Ainsi, ils ont d’abord appelé à une nouvelle manif nationale le 14 octobre avec l’intention de «battre tous les records», tout en prenant soin d’entraver la dynamique de combativité et de réflexion. Ils distribuent plus de 75.000 billets de train gratuits à leurs membres pour venir passer la journée à Bruxelles et évitent tout regroupement ou discussion à la fin de la manif, grâce entre autres aux confrontations des Black Blocs avec la police qui ont favorisé une dissolution rapide de la manif. Bref, les syndicats ont réussi à donner l’image trompeuse d’une grande radicalité à travers les 130.000 participants tout en dissolvant largement au sein du rassemblement toute expression de combativité ou de réflexion.
Ayant réussi à se présenter à la tête du combat, les syndicats annoncent alors dans la foulée deux types de mouvements, présentés comme des pas supplémentaires dans la montée en puissance de la lutte : une série de 3 journées de grèves débouchant sur une grève générale le dernier jours du 24 au 26 novembre et la mise en place d’actions radicales dans certains secteurs, comme par exemple la possibilité d’une semaine de grève pour les cheminots en décembre.
Lorsque les syndicats annoncent des «actions offensives», la méfiance est de mise. Et de fait, en y regardant de plus près, il apparaît clairement que les actions annoncées visent précisément à miner les acquis des luttes de décembre 2024 à juin 2025 :
Par ailleurs, la prise d’initiative syndicale est appuyée par toute une série de campagnes, propagées en particulier par les gauchistes du PTB, visant à récupérer les éléments plus ‘critiques’ autour des mobilisations pour Gaza et un État palestinien ou contre la violence faite aux femmes.
Enfin, les médias bourgeois n’arrêtent pas de ressasser le caractère «irresponsable» de la résistance ouvrière face aux menaces contre la sécurité nationale (battage autour des drones non identifiés au-dessus de bases militaires) et face au danger de faillite du plus «mauvais élève de la classe européenne») si on ne coupe pas dans le budget. Même les syndicats adhèrent à cet argument et reconnaissent que tout le monde doit faire des efforts et se serrer la ceinture à condition que cela soit "équitable", et ceci dans le prolongement de la campagne développée par la gauche et l’extrême-gauche de l’appareil bourgeois qui clame que «les grandes fortunes aussi doivent accepter des sacrifices».
A l’évidence, les syndicats ont pris les devants et la dynamique de progression de la lutte a atteint pour le moment un palier car elle se heurte à une multitude d’obstacles : non seulement ceux qui, comme nous le voyons dans le cas des syndicats, sont mis en place par l’État capitaliste pour empêcher le développement d’une véritable force de lutte des exploités, mais aussi ceux qui sont le produit de la descente vers la misère, la guerre et la barbarie qu’entraîne le capitalisme mondial dans sa phase finale de décomposition. Confronté à ces obstacles, les travailleurs ne recouvrent que très lentement la conscience d’être une force sociale et historique, la classe ouvrière. Dans le contexte actuel de décomposition du capitalisme, caractérisé par la fragmentation, le repli sur soi, la crainte du futur, renouer avec son identité de classe internationale et la perspective révolutionnaire qu’elle contient, est un défi difficile et tortueux.
Cependant, si la résistance de la classe ouvrière est momentanément anesthésiée en Belgique, cela ne signifie nullement qu’elle est terrassée et cela pour plusieurs raisons :
Les confrontations de classe qui secouent aujourd’hui la Belgique sont particulièrement illustratives du contexte dans lequel se développeront les combats ouvriers dans la période actuelle, plus particulièrement dans les pays industrialisés, avec des attaques tous azimuts du fait de l’accélération de la crise économique, interagissant comme dans un tourbillon avec l’expansion du militarisme et la propagation du chaos. Qu’elles aboutissent ou non à faire reculer (forcément momentanément) le gouvernement, ces combats ne sont pas vains. En relevant la tête collectivement, en refusant la résignation, les travailleurs préparent les luttes futures et, pas à pas, malgré les défaites inévitables, nous posons les bases d’un monde nouveau. C’est uniquement par la lutte que le prolétariat peut prendre conscience qu’il est la seule force capable d’abolir l’exploitation capitaliste.
R. Havanais / 24.11.2025
[1] «Résolution sur la situation internationale du 25e congrès international du CCI», Revue Internationale 170 (2023).
Le Courant communiste international organise une permanence en ligne (en français) le samedi 22 novembre 2025 de 15h à 18h. Ces permanences sont des lieux de débat ouverts à tous ceux qui souhaitent rencontrer et discuter avec le CCI. Nous vous invitons vivement à venir débattre afin d’approfondir la réflexion sur les enjeux de la situation, confronter les positions et les questionnements, contribuer à la clarification des questions politiques.
Les camarades qui souhaitent participer à cette permanence en ligne nous adresseront à l’adresse suivante un message pour confirmer leur participation, [email protected] [13] ou dans la rubrique « contact [14] ».
Les modalités techniques pour se connecter à la permanence seront communiquées par mail ultérieurement.
Notre organisation, le Courant communiste international, a été fondée en janvier 1975, il y a un peu plus d’un demi-siècle. Pour marquer cette occasion, nous avons publié un nouveau Manifeste : « Le capitalisme menace l’humanité : la révolution mondiale est la seule solution réaliste [16] », qui analyse le contexte historique de la réémergence de la Gauche communiste internationale à la fin des années 1960, mais aussi les bouleversements profonds qui ont eu lieu depuis lors et qui démontrent clairement que le mode de production capitaliste menace la survie même de l’humanité avec un tourbillon catastrophique de guerres, d’effondrement écologique et de crises économiques et politiques. Mais le Manifeste soutient également que la capacité de la classe ouvrière mondiale à défendre ses propres intérêts et, à plus long terme, à renverser ce système pourri, est toujours intacte.
Cette réunion publique internationale est organisée afin de discuter de l’analyse de la situation mondiale présentée dans ce Manifeste. Mais ce document insiste également sur la responsabilité historique des organisations révolutionnaires du prolétariat, sur leur rôle indispensable dans la maturation des conditions subjectives de la future révolution prolétarienne.
La présentation à la réunion sera faite en anglais, mais nous assurerons également la traduction de cette contribution et de toutes les autres en plusieurs autres langues (français, espagnol, portugais et éventuellement d’autres).
Pour participer à la réunion, écrivez-nous à [email protected] [17] ou rendez-vous dans la rubrique « Contactez-nous » de notre site web.
Liens
[1] https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77071
[2] https://www.leftcom.org/en/articles/2025-09-11/statement-on-the-protests-in-nepal%22
[3] https://fr.internationalism.org/content/9992/face-a-plongee-crise-economique-mondiale-et-misere-revoltes-populaires-constituent
[4] https://fr.internationalism.org/tag/geographique/indonesie
[5] https://fr.internationalism.org/tag/conscience-et-organisation/courant-communiste-international
[6] https://fr.internationalism.org/tag/personnages/rodrigo-duterte
[7] https://fr.internationalism.org/tag/courants-politiques/tci-bipr
[8] https://fr.internationalism.org/tag/questions-theoriques/decomposition
[9] https://fr.internationalism.org/tag/5/40/belgique
[10] https://fr.internationalism.org/tag/situations-territoriales/lutte-classe-belgique
[11] https://fr.internationalism.org/tag/personnages/trump
[12] https://fr.internationalism.org/tag/personnages/bart-wever
[13] mailto:[email protected]
[14] https://fr.internationalism.org/contact
[15] https://fr.internationalism.org/tag/vie-du-cci/permanences
[16] https://fr.internationalism.org/content/11681/capitalisme-menace-lhumanite-revolution-mondiale-seule-solution-realiste
[17] mailto:[email protected]
[18] https://fr.internationalism.org/tag/vie-du-cci/reunions-publiques