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La critique de Rosa Luxembourg sur le "droit à l’auto-détermination des peuples" a été reprise et approfondie par les fractions communistes de gauche qui se sont détachées de l’internationale Communiste dégénérescente. Dans les années 30,40 et 50, des groupes révolutionnaires comme Bilan et Internationalisme ont démontré que l’idéologie de "l’auto-détermination nationale" était devenue un simple écran de fumée pour camoufler les antagonismes inter-impérialistes qui avaient précipité le monde dans la deuxième guerre mondiale et avaient menacé de les plonger dans une troisième. Leur travail a été poursuivi par un groupe comme Internacionalismo au Vénézuela dans les années 60, qui a eu le courage de dénoncer les mouvements de guérilla nationaliste en Amérique du Sud et la "guerre de libération nationale" au Vietnam. Dans les années 70 et 80, le CCI a repris le flambeau de cette tâche politique essentielle. Dans cet article nous voulons nous centrer sur la façon dont la question nationale est posée aujourd’hui, dans la phase finale du capitalisme, la phase de décomposition généralisée.
Quand nous parlons de phase de décomposition de la société capitaliste, nous voulons dire une phase dans laquelle il y a une sorte d’impasse entre les deux classes de la société, le prolétariat et la bourgeoisie.
Aucune de ces deux classes n’est pour le moment capable d’imposer sa solution à la crise historique du système, guerre mondiale ou révolution. Mais la crise continue ses ravages, entraînant la société dans un effondrement généralisé. Les contradictions accumulées tout au long de la décadence du capitalisme atteignent des sommets et toute la vie sociale s’effondre dans le chaos, chaque composante du système luttant désespérément pour sa survie à court terme.
Sur le plan international, cette orientation vers le chacun pour soi s’exprime dans une tendance des conflits impérialistes entre capitaux nationaux à échapper à toute discipline, à tout contrôle central ; cette situation s’est considérablement aggravée du fait de la remise en cause de la division du monde en deux blocs, datant de 1945. A l’intérieur de chaque capital national, mais plus particulièrement dans les pays les plus faibles, cette même tendance prend la forme d’une multitude de conflits nationaux, régionaux, religieux ou ethniques, de pogroms et de guerres civiles.
C’est donc une caractéristique de cette période de voir la terrible résurgence du nationalisme sous toutes ses formes. Mais cette "renaissance" du nationalisme est diamétralement opposée aux mouvements nationaux progressistes qui apparaissent aux 18e et 19e siècles. A cette époque, de tels mouvements étaient un facteur de dépassement de l’esprit de clocher féodal, de création d’entités capitalistes à grande échelle et d’une économie mondiale unifiée. Aujourd’hui, les mouvements nationalistes expriment et intensifient le démantèlement de l’économie mondiale et des entités capitalistes qui la constituent. Dans un monde qui a besoin de l’unité la plus globale pour résoudre ses problèmes (guerres, famines, pollution, etc.), le nationalisme est une force totalement réactionnaire.
Au début du 20e siècle, Rosa Luxemburg avait déjà prédit que la tentative de garantir le "droit à l’auto-détermination" à chaque petite nation (une politique défendue par d’importants éléments du mouvement ouvrier, comme Lénine et les bolcheviks) aboutirait à une grotesque régression vers le passé. En rapport avec les exigences contradictoires des diverses nationalités dans les Balkans, elle écrivait : “l’idée d’assurer à toutes les 'nations’ la possibilité de l’auto-détermination est équivalente à revenir du développement capitaliste aux petits fiefs médiévaux des 15e et 16e siècles.” ("La Question Nationale", 1908-1909.)
Aujourd’hui, la situation dans les Balkans et l’ex-URSS est une sinistre confirmation des prédictions de Rosa Luxemburg. Il y a toute une kyrielle de "peuples" et de "républiques" qui veulent leur propre Etat national, un phénomène issu de l’effondrement du stalinisme, mais qui a été également un facteur actif de celui-ci. Mais, contrairement aux mouvements nationaux progressistes des 18e et 19e siècles, ceux-ci ne représentent pas la moindre possibilité de développement du capitalisme. Et, malgré toute la propagande nauséabonde à propos de la capacité de ces "nouvelles nations” à se transformer en entreprises commerciales dynamiques sur le "marché libre”, même des commentateurs bourgeois lucides reconnaissent l”’infaisabilité" économique de ces nations.
Dans le cas de la Yougoslavie, il n’y a qu’à regarder une carte pour se rendre compte que l’indépendance de la Croatie est un non-sens économique et géographique : pour aller de Dubrovnik à Vukovar, par exemple, on ne passe pas par Zagreb, mais par Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Et celle-ci, comme la Serbie, est une "nation" dont les ressources sont actuellement dilapidées par la guerre.
La situation est semblable dans l’ex-URSS. Dans la caricature stalinienne d’économie planifiée, en fait une forme d’anarchie bureaucratique, il y avait un niveau absurde de concentration d’industries spécifiques dans des régions particulières, ce qui signifie que la plupart des républiques sont totalement dépendantes des fournitures à bon marché de matières premières en provenance d’autres parties de l’ex-Union, en général les régions les plus industrialisées.
Comme l’écrivait un analyste économique dans "The Guardian" : "Considérons la viabilité de l’industrie chimique en Biélorussie, une de celle qui emploie le plus de monde dans cette république. La république n’a que des réserves insignifiantes de pétrole. Il est fourni par la Russie à des prix nettement en dessous de la moyenne mondiale. Elle n’a pas non plus de capacités significatives de production d’électricité. Son réseau est desservi par la production nucléaire de l’Ukraine, à nouveau pour un prix nettement moindre que le coût économique réel Forcez cette industrie chimique à acheter ces produits aux prix du marché, comme la Russie et l’Ukraine menacent de l’imposer, et c’est la mort assurée. Les Biélorusses pourraient essayer de vendre à leur tour aux prix du marché, mais qui voudrait acheter les produits chimiques biélorusses, de seconde qualité, alors qu’il est possible de s’en procurer de meilleurs à l’Ouest? Le parlement a beau protester de sa bravoure, l’indépendance serait un suicide économique.” (The Guardian, 28.8.91.)
Cela est encore plus vrai pour les républiques d’Asie. Certains commentateurs affirment que seules les républiques baltes (qui ont des liens historiques plus étroits avec l’Europe occidentale, et plus particulièrement l’Allemagne), la Russie et l’Ukraine disposent d’un minimum de bases pour se "lancer” dans la jungle du marché mondial, et que le reste de l’ex-URSS serait laissé à l’abandon, comme l’ont déjà été l’Afrique et l’Asie.
Les bourgeoisies occidentales, et avec elles Gorbatchev, Eltsine et d’autres "hommes d’Etat" ont beau mettre leurs espoirs dans l’émergence d’une sorte de "CEE” orientale liant les nouvelles républiques par une coopération économique amicale, la réelle tendance aujourd’hui, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est, n’est pas à la coopération supra-nationale mais à une concurrence de plus en plus féroce et vicieuse entre nations, conduisant à des conflits impérialistes entre entités étatiques naissantes.
En effet, l’effondrement de l’URSS a déjà fait sentir ses conséquences au-delà des frontières des républiques qui la constituaient. Tant dans l’ex-URSS que dans la plupart des États d’Europe de l’Est, il y a des divisions nationales au sein des divisions nationales. A ce propos aussi, Rosa Luxemburg avait déjà souligné, au début du siècle, dans un autre passage de l’article déjà cité, que sur le territoire de pratiquement toute "minorité nationale opprimée", il y en avait une autre, plus petite et encore plus opprimée, qui se réveillerait lorsque le groupe plus grand atteindrait son grand but "d’auto-détermination" : les Allemands et les Slovaques sur le territoire tchèque, les Lituaniens en Pologne, etc.
Une fois de plus, l’histoire a pleinement confirmé les prédictions de Luxemburg : il n’y a qu’à se rappeler comment le problème sans solution de la minorité allemande en Tchécoslovaquie est devenu un des prétextes du déclenchement de la seconde guerre mondiale. Mais dans la phase de décomposition capitaliste, les divisions ethniques de ce genre sont devenues une véritable plaie sociale. C’est vrai de l’Afrique, où les divisions tribales ont pris un tour meurtrier en Afrique du Sud, au Liberia, en Ouganda et dans beaucoup d’autres pays ; en Inde et au Sri Lanka, où toute une série de factions nationales, ethniques, religieuses et de castes sont enfermées dans une spirale de massacres mutuels. Et c’est par-dessus tout vrai, une fois encore, en Europe de l’Est et dans l’ex-URSS.
La Tchécoslovaquie, nouvellement "démocratique", menace d’exploser sous la pression des rivalités entre Tchèques et Slovaques. La Yougoslavie sombre dans la guerre entre les républiques qui la constituaient, mais à l’intérieur de chacune de ces républiques, il y a des enclaves de minorités nationales demandant leur autonomie ou la préservation de liens avec des pays auxquels elles s’identifient (les Serbes en Croatie, les Albanais en Serbie, et toute une mosaïque de minorités en Bosnie-Herzégovine). Et c’est pareil dans l’ex-URSS : il y a d’importantes minorités russes dans les pays baltes qui réclament leur indépendance, il y a des Arméniens en Azerbaïdjan, des minorités turques en Ouzbékistan... dans tous les cas, la montée des mouvements nationalistes dans ces républiques a conduit à des persécutions et des pogroms contre des minorités moins nombreuses. En Ouzbékistan et en Azerbaïdjan par exemple, ces pogroms ont déjà coûté des milliers de vies humaines.
Jusqu’à présent, ces bains de sang se sont limités aux républiques périphériques, mais il ne faut pas oublier que la fédération russe est elle-même un patchwork de groupes ethniques et religieux, de régions, de territoires et de peuples "autonomes", chacun d’eux étant susceptible de se joindre au mouvement général de fragmentation, transformant la Russie elle-même en un énorme champ de bataille.
La face réelle du nationalisme aujourd’hui est précisément ce spectacle dantesque des Croates massacrant des Serbes, des Azéris assassinant des Arméniens, des nostalgiques du fascisme et de la monarchie appelant à l’extermination des Juifs et à la renaissance de la Grande Russie, des divisions fratricides entre les couches les plus pauvres et les plus opprimées de la société. Ce n’est pas un retour au passé. C’est l’expression pure d’une société en plein délire. Le produit de la décomposition sociale et économique et la complète absence de toute perspective pour le futur ne sont prétexte qu’à des pogroms, des orgies de meurtres et de destructions. C’est le visage terrifiant du suicide de l’humanité.
L’actuelle frénésie nationaliste en URSS et en Europe de l’Est met un point final à la mythologie de "l’auto-détermination nationale". Lénine et les bolchéviks croyaient qu’accorder ce "droit" serait un pas pour dépasser les divisions nationales, et donc pouvoir s’occuper des problèmes réels de la lutte de classe. Mais c’est précisément lorsque ce "droit" est garanti que les divisions nationales, loin de s’atténuer, se décuplent. Les divisions nationales ne peuvent pas être exorcisées par des appels à plus de nationalisme. Il leur faut une médecine toute différente : celle de la lutte de la classe ouvrière, qui met fin à toute division nationale et ouvre la voie à un futur de solidarité pour l’humanité.
CDW
Cinquante-huit personnes tuées, 2323 autres blessées, 11.824 interpellations par la police, 717 millions de dollars de dégâts, 10.000 maisons particulières ou magasins détruits ou endommagés. Tel est le bilan de trois jours et nuits d’une flambée de violence mêlant, dans une confusion extrême, les agressions à caractère raciste (des Noirs vis-à-vis des Latino-américains ou des Blancs), les pillages organisés et l’action ouverte des gangs armés, les pillages spontanés de la population totalement déshéritée s’engouffrant, toutes races confondues, dans les supermarchés éventrés, l’autodéfense meurtrière des petits commerçants protégeant leur bien et la répression sauvage de la police barrant l’accès aux quartiers bourgeois à l’aide des fusils antiémeutes.
La cause profonde de ces évènements est l’approfondissement et la généralisation de la misère à tout le pays depuis le début des années 80, et son accélération brutale depuis le début des années 90 résultant de la récession ouverte qui frappe les Etats-Unis. Ainsi, ce sont actuellement 23 millions de personnes qui vivent avec des bons de nourriture auprès des soupes populaires, et plus de 30 millions qui ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté. En plus de celles-là, 37 autres millions ne peuvent s’acheter aucune protection sociale. Une partie de la classe ouvrière se trouve de ce fait réduit à la clochardisation. Faute de pouvoir se payer un logement, une fraction importante du prolétariat est sans abri, contrainte de dormir sur les trottoirs, dans des voitures, ou dans les cinémas pornos parce que les seuls endroits restant ouverts la nuit.
Les Noirs sont les plus affectés par la pauvreté. C’est ce qui explique pourquoi le taux de mortalité de leurs enfants est deux fois plus élevé que chez les Blancs, ou encore pourquoi ils figurent au premier rang des statistiques de la délinquance (la principale cause de décès des hommes de cette couleur dans la tranche d’âge des 15-34 ans est l’homicide; en 1989, 23% des individus entre 20 et 29 ans se trouvaient en prison ou en liberté surveillée).
Dans les ghettos des grandes villes, souvent à majorité noire, se sont constituées de véritables poches d’une misère sordide. L’accumulation de celle-ci, depuis des années, a conduit à une putréfaction de la vie sociale, se traduisant dans le comportement individuel par le développement forcené du chacun pour soi, et de la haine raciale, par la fuite effrénée dans la folie et le suicide à travers l’usage de drogues de plus en plus dures, et, dans les relations si l’on peut dire civiles, par la loi de la jungle, le poids croissant de l’autorité des gangs qui se font la guerre pour le contrôle des quartiers. Los Angeles est probablement la ville du monde où la décomposition a investi le plus profondément toute la vie sociale : plus de 100 000 jeunes, appartenant à des mafias, se répartissent le commerce au détail de la drogue et, armes au poing, se disputent la mainmise sur les rues. Ainsi, la lutte des gangs y a-t-elle provoqué la mort de 700 personnes en 1991.
La décomposition de la vie de la société n’est pas une particularité de Los Angeles, ni des USA, contrairement à ce que sous-entend la bourgeoisie française. Bien que ce soit dans des proportions différentes, elle affecte tous les pays du monde, et il suffit de regarder du côté des pays de l’Est ou du Tiers-Monde pour se rendre compte des ravages qu’elle exerce sur l’ensemble de la planète. De même, certaines de ses manifestations caricaturales, telle la consommation de drogues dures chez les jeunes générations, qui pouvait autrefois faire figure de spécificité américaine, font aujourd’hui leur apparition dans tous les pays d’Europe.
Comme nous l’avons déjà mis plusieurs fois en évidence[1] (notes 1 et 2), la multiplication des phénomènes de la décomposition devient une donnée majeure de la société bourgeoise et caractérise la phase actuelle de pourrissement sur pied du capitalisme. Celui-ci ne se limite pas à la dégradation irréversible de la vie sociale, mais se présente comme une désagrégation générale de la société, résultant de l’accumulation pendant deux décennies de toutes les caractéristiques du capitalisme décadent, exacerbées par l’enfoncement dans la crise économique : guerres et massacres aux portes des grands pays développés, populations entières menacées de disparition par les famines en Afrique, massacres interethniques dans les ex-républiques soviétiques, .épidémies, destruction de l’environnement, catastrophes ferroviaires, aériennes, etc.
Ainsi, c’est parce qu’ils sont une manifestation typique de cette décomposition et qu’ils interviennent dans le pays industrialisé le plus puissant de la planète, aux portes de la Silicon Valley, région où se trouve concentrée la technologie la plus avancée du monde, que la situation des ghettos de Los Angeles et les évènements dont ils ont été le théâtre constituent une illustration édifiante du caractère insurmontable des contradictions que porte en lui le capitalisme et de sa faillite en tant que mode de production.
Une telle situation de pourrissement de la société constitue également un danger pour la classe ouvrière : "Plus le capitalisme va s’enfoncer dans sa propre décadence, plus il va prolonger son agonie, moins la classe ouvrière des pays centraux sera épargnée par tous les effets dévastateurs de la putréfaction de ce système.
Ce sont en particulier les nouvelles générations de prolétaires qui sont aujourd’hui directement menacées par ce danger de contamination qui gangrène toutes les couches de la société. Le désespoir menant au suicide, l’atomisation, la débrouille individuelle, la drogue, la délinquance et tout autre phénomène de marginalisation - telle la clochardisation des jeunes chômeurs, qui n’ont jamais été intégrés dans le processus de production - sont autant de fléaux qui risquent d’exercer une pression vers la dissolution et la décomposition du prolétariat et, partant, d’affaiblir ou même de remettre en cause sa capacité à réaliser sa tâche historique de renversement du capitalisme[2] (2)."
La situation d’une ville comme Los Angeles apparaît condenser tous les effets négatifs que la décomposition fait peser sur la classe ouvrière. Ces émeutes ont seulement accentué certains d’entre eux. Les lynchages de Blancs ou de Latino-américains par des Noirs, mais aussi le fait que bien des boutiques qui n’ont pas été incendiées portaient l’inscription "propriétaire noir" ont sans conteste participé à alimenter une tendance déjà croissante au développement du racisme dans l’ensemble du pays. Or, celui-ci est un puissant facteur de division des rangs ouvriers.
Ces évènements ont également, à un niveau plus immédiat, concouru à "pourrir” la réflexion que suscite immanquablement dans la classe ouvrière la faillite économique du système, particulièrement patente à travers les licenciements massifs. En effet, ils influencent nécessairement cette réflexion dans le sens de penser que des conditions de vie de plus en plus difficiles, en particulier pour la fraction de la classe ouvrière qui se trouve au chômage, au lieu de pousser à la lutte contre le système qui en est responsable, ne peuvent qu’engendrer la violence aveugle et barbare.
La bourgeoisie, à travers ses médias, s’est évidemment appliquée à amplifier le message négatif que ces évènements en eux-mêmes délivrent à la classe ouvrière.
L’utilisation idéologique de ces faits contre la classe ouvrière nous montre une fois de plus que, si la bourgeoisie est évidemment impuissante à enrayer la décomposition de son système, cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne fasse que la subir.
Des émeutes de la misère étaient et demeurent inévitables aux USA. La bourgeoisie avait d’ailleurs parfaitement conscience que "l’incendie couvait", selon les termes employés le 26 mars par le sénateur démocrate du New Jersey. Si elle ne détenait pas le pouvoir d’en empêcher l’irruption, elle s’est par contre donné les moyens de faire en sorte que celle-ci se produise au moment et dans les conditions où ça l’arrangeait le mieux. Ainsi, toute la publicité faite autour du procès des flics qui avaient sauvagement tabassé l’automobiliste noir Rodney King répondait en réalité au dessein d’accroître la tension dans le ghetto de Los Angeles, et le verdict d’acquittement a constitué une véritable provocation destinée à mettre le feu aux poudres. La suite des évènements confirme qu’il s’est agi d’une manœuvre de la bourgeoisie, celle-ci laissant carrément le champ libre à la formation et à la propagation de l’émeute à l’intérieur du périmètre du ghetto de South Central, totalement déserté par les forces de l’ordre lorsque fut prononcé le verdict. Plus tard, des responsables de la police, questionnés sur cette absence mystérieuse, s’en expliqueront en invoquant une série de défections matérielles et humaines. Qui peut croire au caractère circonstanciel de ces manquements s’agissant de l’appareil répressif de la bourgeoisie la plus puissante, la mieux renseignée et certainement la mieux équipée pour faire face à ce type de situation. On peut d’autant moins y croire que les forces de police avaient, les jours précédents, été mobilisées en nombre, justement en prévision d’un verdict dont la bourgeoisie avait évidemment déjà décidé qu’il serait scandaleusement provocateur. D’ailleurs, les quartiers bourgeois de Beverley Hill et de Hollywood furent quant à eux solidement protégés par des dispositifs de police équipés de la panoplie complète antiémeutes. C’est ce qui explique que la richesse opulente de ces districts n’ait pas été prise en cible par les émeutiers et que la violence ait ainsi été canalisée et libérée dans des affrontements barbares au sein de la population des ghettos où se mêlent la pègre, le sous-prolétariat, certaines fractions de la classe ouvrière au chômage et la petite-bourgeoisie commerçante.
La bourgeoisie retire de cette manœuvre deux types d’avantages. Les premiers consistent en ceci que, la tension étant retombée au sein du ghetto de Los Angeles, et désamorcée dans ceux des autres métropoles américaines, se trouve ainsi diminué, pour un certain temps, le risque d’éclatement de nouvelles émeutes, prenant par surprise la bourgeoisie, échappant à son contrôle, s’attaquant aux quartiers bourgeois pour les piller et les saccager, et cela dans plusieurs villes simultanément. Une telle éventualité, qui est effectivement contenue dans la situation d’appauvrissement brutal d’une grande partie de la population aux USA, requérant de la part de l’État une répression inouïe pour rétablir l’ordre, bien qu’elle ne participe évidemment en rien de faire avancer la lutte de classe, ne fait pas pour autant l’affaire de la bourgeoisie, tout au contraire, en particulier en pleine période électorale.
Les seconds avantages pour la bourgeoisie se situent au niveau idéologique contre la classe ouvrière. Nous en avons déjà évoqué les aspects liés à la décomposition. Un autre trait, essentiel, concerne la relance de la fausse opposition droite/gauche que ces évènements permettent d’opérer, et qui trouve une chambre d’écho dans l’actuelle campagne électorale. La situation de quasi guerre civile à Los Angeles alimente en "thèmes sociaux" les démocrates qui, par la bouche de leur gouverneur de l’Arkansas, peuvent se livrer à une analyse "radicale" des émeutes en déclarant que "les gens pillent parce qu’ils ne font plus partie du système*. L’action "politique" des démocrates s’est promptement trouvée renforcée par l’entrée en scène des syndicats, sur les lieux de travail. Ainsi, le 4 mai, ils ont entraîné dans la grève, sur le terrain interclassiste de l’antiracisme, la moitié des 28.000 employés municipaux de Washington.
La boucle est bouclée, et confrontée à un véritable raz de marée de licenciements, la classe ouvrière se voit proposée comme fausse solution à la misère et aux émeutes autodestructrices l’électoralisme et le syndicalisme, c’est-à-dire les pièges qui ont affaibli sa lutte pendant des années.
Même acculée par les contradictions de son système responsable de toutes les calamités qui s’abattent sur l’humanité, la bourgeoisie nous montre, une fois de plus, qu’elle est capable des pires machinations pour maintenir son ordre. La classe ouvrière doit donc le plus possible prendre conscience qu’elle va devoir développer sa lutte contre un ennemi qui, de lui-même, n’abandonnera jamais sa domination sur la société, fût-ce au prix de la pire barbarie qu’engendre chaque minute supplémentaire de cette domination.
Si seule, évidemment, la victoire de sa lutte révolutionnaire est capable de mettre définitivement un terme au capitalisme et au pourrissement actuel de la société, déjà, le développement de ses combats de classe par le prolétariat, avec ses propres méthodes de lutte, contre les attaques de la bourgeoisie constituera un antidote aux effets de la décomposition pour de larges franges de la classe ouvrière, en leur évitant de sombrer dans le désespoir, l’individualisme, la délinquance et le néant. Pour toutes ces raisons, la lutte de classe est le seul avenir du prolétariat.
M.
Nous publions ci-dessous une lettre d’une de nos lectrices qui, indépendamment de ses jugements de valeur et critiques à l’emporte-pièce de notre activité, manifeste une volonté passionnée de mener un combat dans le monde actuel. Dans un monde où il apparaît de plus en plus clairement que l’humanité est menacée par les guerres, les famines, les accidents écologiques et nucléaires, les épidémies; un monde où les discriminations raciales ou ethniques conduisent à des déchaînements de barbarie aveugle (comme en Yougoslavie
ou à Los Angeles), les réactions de révolte contre toute cette pourriture sont tout à fait légitimes. Malheureusement la révolte, en soi, contre te) ou tel aspect de la domination capitaliste (le racisme, la guerre, la destruction de l’environnement, le danger du nucléaire, etc...) non seulement ne suffit pas, mais elle ne peut conduire au mieux qu’à l’impuissance, au pire qu’à participer à des mouvements qui, loin de servir les intérêts des exploités, servent en réalité ceux de la bourgeoisie et de son système décadent et barbare.
Quel dommage que des groupes comme le vôtre préfèrent œuvrer en cercle fermé, loin de la vie réelle ; c’est aussi à cause de cela que le capitalisme prospère...
Salutations fraternelles, N.C. (Rouen)
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■ Nous comprenons le dégoût légitime de tous ceux qui, comme notre lectrice, veulent défendre les intérêts des exploités face à la misère, l’oppression, l’injustice qui frappent telle ou telle partie de la société (les "jeunes", les "noirs", les "immigrés", les "femmes", etc.). La classe ouvrière ne peut pas ne pas se sentir concernée par cette oppression et ces injustices puisque c’est elle qui en est la première victime. Mais la question que pose notre lectrice est la suivante : est-ce à travers une multitude de luttes partielles, hétéroclites, contre telle ou telle "injustice" (telle que le racisme, par exemple) qu’on peut mettre fin à cette situation ?
Ces dernières décennies ont vu se développer des "mouvements sociaux" (pour reprendre les termes de notre lectrice) : antinucléaires, anti-racistes, écologistes, féministes, régionalistes, etc. Ce qui caractérise tous ces mouvements, c’est d’abord le fait qu’il regroupent toutes sortes d’individus, certes pour la plupart "sincèrement révoltés", mais qui proviennent de toutes les classes de la société. On y retrouve aussi bien des ouvriers que des éléments de la petite-bourgeoisie, quand ce n’est pas des représentants de la classe dominante elle-même qui, non seulement participent à ces mouvements, mais en prennent encore l’initiative (la plupart de ces "mouvements" sont aujourd’hui animés par les partis bourgeois de gauche ou d’extrême-gauche).
Dans ces grands "élans humanitaires" qui mêlent indistinctement toutes les catégories de la population, toutes les classes et couches sociales, les prolétaires ne peuvent que se retrouver noyés dans un pseudo-combat où leur identité et leur autonomie de classe est complètement dissoute au milieu de tout ce fatras interclassiste. Ce terrain pourri par excellence ne peut que conduire les ouvriers à abandonner leur propre terrain de lutte contre le système capitaliste et à se laisser dévoyer par l’idéologie "réformiste" et stérile de ces mouvements sans perspective.
D’ailleurs, ces agitations interclassistes qui véhiculent l’illusion qu’on peut aujourd’hui remédier aux "défauts de la société capitaliste", en luttant pour que ce système soit plus "juste" et plus "démocratique" (Cf. la revendication du "droit de vote" pour les immigrés), ne constituent pas un phénomène nouveau.
Dans le ressac de l’explosion sociale qui l’avait terrorisée, après 1968, la bourgeoisie s’était déjà efforcée de récupérer tout sentiment de révolte contre son système, en détournant toute tentative de contestation de l’ordre capitaliste sur le terrain d’une multitude de luttes partielles, éclatées, cloisonnées et enfermées dans des thèmes spécifiques où chaque problème était traité en soi, "combattu" indépendamment des autres manifestations de l’oppression capitaliste. On avait ainsi assisté à l’éclosion et à la médiatisation d’une série de mouvements de toutes sortes : pour la "libération" des femmes, pour l'avortement, pour la défense des homosexuels, contre le racisme, contre les centrales nucléaires, etc... Dans une ambiance pop-mu-sic et psychédélique, les "jeunes", les "étudiants", les "mecs cools", les "nanas branchées", les "homos” étaient conviés à communier dans la nouvelle religion des luttes "au quotidien" du journal "Actuel" ou de "Hara- Kiri". Quant à la classe ouvrière, les idéologues patentés de la bourgeoisie ou les anciens soixant’huitards récupérés (tel Cohn- Bendit) avaient décrété qu’elle s’était tout simplement "embourgeoisée" et que son combat de classe révolutionnaire appartenait désormais au passé (ces fameux "schémas anciens" que critique notre lectrice 1)
Que sont devenus les animateurs de ces mouvements soi-disant "contestataires" et très "médiatisés" des années 70 ? Ils sont devenus, pour la plupart, de respectables gestionnaires du capital national. Lalonde et Kouchner sont ministres. Les femmes "libérées" sont directrices de maisons d’édition. Quant aux ouvriers immigrés qui ont encore la "chance" d’avoir du travail, malgré tous les "collectifs anti-racistes" qui prétendaient défendre leurs intérêts, ils continuent, eux, d’être exploités comme les autres prolétaires, et leur seul avenir, c’est celui de l’exclusion, du chômage et de la misère la plus totale. Malgré toutes les grandes manifestations pacifistes orchestrées contre la guerre du Vietnam dans les années 70 et tout récemment encore lors de la guerre du Golfe, le monde continue à être mis à feu et à sang par les rivalités impérialistes des différentes bourgeoisies nationales. Les protestations contre les centrales nucléaires n’ont ni empêché qu’elles soient construites n’importe comment, ni qu’elles continuent à être exploitées de façon totalement aveugle et irresponsable par le capital.
Ainsi, les vagues "collectifs pour l’égalité des droits" d’aujourd’hui et dans lesquels milite notre lectrice sont exactement de la même eau que tous ces mouvements interclassistes "qui regroupent des citoyens" et dans lesquels les éléments prolétariens ne peuvent que nier leur appartenance de classe. Cette lutte "au quotidien" que préconisent ces "collectifs" est non seulement parfaitement impuissante et totalement étrangère au combat de la classe ouvrière mais, de plus, elle constitue aujourd’hui une arme redoutable de la bourgeoisie contre le prolétariat. C’est en effet, grâce à ces mouvements anti-racistes, pacifistes, écologistes etc. que la classe dominante s’efforce aujourd’hui de pousser les prolétaires à abandonner leur propre terrain de lutte autonome contre le capitalisme, non seulement pour se fondre dans la "population en général", mais encore pour resserrer les rangs derrière telle ou telle fraction de la bourgeoisie. Qu’on se souvienne, par exemple, de la grande manifestation "anti-raciste” de "protestation" nationale contre la profanation des tombes juives du cimetière de Carpentras organisée par le PS en 1989, et à la tête de laquelle se trouvait Mitterrand et son copain Harlem Désir. La bourgeoisie a su parfaitement exploiter la mystification de Tanti-racisme" pour sceller, derrière cette grande manifestation "populaire", l”'union sacrée" entre exploiteurs et exploités.
C’est bien parce que les révolutionnaires sont conscients des dangers que représentent aujourd’hui jpour le prolétariat tous ces mouvements qui prétendent contester tel ou tel aspect partiel de la domination capitaliste qu’ils doivent non seulement "rester extérieurs" à ces mouvements (c’est malheureusement ce que nous reproche notre lectrice), mais encore les dénoncer aux yeux des prolétaires, pour ce qu’ils sont en réalité : un poison mortel pour la seule lutte capable de mettre fin à l’oppression capitaliste sous toutes ses formes, la lutte de classe.
En réalité, la fonction essentielle de tous ces "mouvements interclassistes" consiste à empêcher les éléments sincèrement révoltés d’aller à la racine des problèmes en se posant la question de fond : qui est responsable de tous ces maux ? Qui est responsable des discriminations raciales, des guerres, de la pollution, des accidents nucléaires et autres catastrophes ? Car c’est uniquement en allant à la racine des choses, en comprenant que tous ces maux trouvent leur origine dans le mode de production capitaliste, qu’on peut alors répondre à la question : quel type de lutte peut réellement faire cesser un tel état du monde. Qui peut proposer une alternative autre que le fameux cautère sur une jambe de
bois ? C’est bien parce que toutes les injustices sociales trouvent leur source commune dans le mode de production capitaliste que le seul moyen d’y mettre fin, c’est de s’attaquer à ce système dans son ensemble. Et la seule force de la société qui puisse abattre le capitalisme, c’est la classe dont les intérêts sont totalement antagoniques à ceux de la bourgeoisie : la classe ouvrière, laquelle ne pourra affirmer sa force, renverser le capitalisme et construire une autre société qu’en défendant de façon autonome ses intérêts de classe exploitée, en refusant de se laisser dissoudre et atomiser dans des mouvements qui englobent toute la "population".
Ainsi, si aujourd’hui, la bourgeoisie utilise toutes ces agitations dispersées et enfermées dans des spécificités particulières, c’est justement parce que ces "luttes" participent à masquer la responsabilité du capitalisme dans la barbarie actuelle, et par conséquent à nier (au nom d’un hypothétique résultat immédiat) la nécessité de détruire ce système de fond en comble.
Les révolutionnaires ne combattent pas pour supprimer à coups de "réformes" illusoires telle ou telle situation malheureuse du système qui fait bouger les petits bourgeois pleurnichards (racisme, pollution, sexisme, etc), et où ces derniers entraînent derrière leur idéologie du "peuple de gauche" des individus sincèrement écoeurés par toute la misère et les horreurs du monde actuel. Les révolutionnaires combattent patiemment, à long terme, pour développer un rapport de force en faveur de la classe ouvrière, pour défendre les intérêts généraux du prolétariat dans son ensemble (et pas seulement des ouvriers "immigrés"). Leurs tâches consistent à participer activement au développement de la conscience et de l’unité du prolétariat face à toutes les entreprises de division, de dévoiement, de mystification, de la bourgeoisie. Lutter et militer dans ce sens signifie favoriser le développement et l’affirmation des luttes de la classe ouvrière sur le seul terrain qui soit le sien, celui de la défense de toutes ses conditions de vie face à l’austérité et à la misère que lui impose quotidiennement le capitalisme en crise. Contrairement à ce que pense notre lectrice, ce combat des révolutionnaires ne se développe pas "en cercle fermé, loin de la vie réelle", mais au contraire partout où peut s’exprimer la vie réelle de la seule classe capable d’offrir un avenir à l’humanité, c’est-à-dire partout où le prolétariat peut et doit s’affirmer comme classe distincte du reste de la société : dans ses assemblées générales, dans ses grèves et manifestations, dans ses comités de luttes, ses cercles de discussions, les meetings des groupes révolutionnaires, et tout autre lieu où il peut forger ses armes politiques en vue du renversement du capitalisme.
Seul le combat de la classe ouvrière contre l’exploitation et la misère contient, avec sa dimension historique, la possibilité de supprimer toutes les discriminations du capitalisme par l’abolition des classes sociales et de l’esclavage salarié.
A.G.
1 La situation en France confirme et s’inscrit pleinement dans le cadre de la situation internationale sur les plans essentiels des tensions impérialistes et du chaos mondial, de la crise économique et de la lutte de classe. En effet, sur le plan impérialiste, avec la tendance générale au "chacun pour soi", avec la dissolution de fait du bloc occidental, la France a perdu les "garanties de stabilité" de son rang dans le monde qui découlaient du rôle spécifique qu’elle avait au sein de ce bloc, et elle se trouve happée dans la dynamique générale de chaos amplifiée par la tendance à la formation de nouveaux blocs. Elle subit de plein fouet, à l’instar de tous les autres pays du cœur du capitalisme, les effets dévastateurs de la crise économique mondiale et doit affronter une guerre commerciale de plus en plus déchaînée. La lutte de classe y a été marquée, avec la même profondeur que dans les autres, pays d’Europe Occidentale, par le recul de la conscience dans la classe et la paralysie de la combativité ouvrière.
C’est dans ce cadre global qu’il faut donc appréhender les spécificités du capital national et de la bourgeoisie en France imprimant leurs marques sur les orientations et options de la politique impérialiste de ce pays, sur sa capacité à affronter la guerre commerciale, de même que sur les conditions que va trouver la classe ouvrière pour le redéveloppement de ses luttes.
2 La politique impérialiste de la France est caractérisée par le fait qu’elle fait partie des "grands" tant au niveau de sa place sur le plan économique (quatrième exportateur mondial) qu’au niveau de sa puissance militaire et par la possession de zones d’influence stratégique particulièrement en Afrique. Mais en même temps, elle ne peut revendiquer une place de tout premier plan et rivaliser ni avec les USA bien sûr, ni même avec l’Allemagne dont la puissance économique et l’influence en Europe la surpassent largement.
Dans la situation ouverte par la disparition des anciens blocs, et pour défendre au mieux ses intérêts dans le monde, la France ne peut que chercher à marchander son alliance entre Washington et Berlin. Si, à l’heure actuelle, elle se range plutôt aux côtés de l’Allemagne, c’est essentiellement parce qu’elle compte en tirer beaucoup plus qu’en se ralliant aux USA (avec ces derniers elle ne peut accéder qu’à une place de second lieutenant derrière la Grande-Bretagne). Dans ce but, la France cherche à exploiter ses avantages sur son puissant allié tant sur le plan des armements (vente de matériel militaire sophistiqué comme le "Rafale", mise en place de projets militaires communs) que sur celui des positions géostratégiques (accéder à la Méditerranée). Cependant l’impérialisme français est contraint en même temps de se protéger des appétits de l’Allemagne, appétits d’autant plus redoutables que celle-ci est un pays voisin qui a longtemps été l’un de ses principaux rivaux. A cette fin, il essaie de contenir la montée en puissance de cet "allié" d’aujourd’hui en cherchant à le brider dans le carcan de la CEE (c’est pour cela, et parce que c’est le cadre dans lequel elle espère pouvoir exprimer ses ambitions, que la France est actuellement le défenseur le plus décidé de l’Europe) ou d’y faire contrepoids en jouant circonstanciellement la carte des USA (comme au début de la crise yougoslave).
Ce qui marque donc (et qui marquera encore plus à l’avenir) la politique d’alliance impérialiste de la France, c’est l’instabilité et l’insécurité qui raccompagne inévitablement.
L’option pro-allemande a déjà valu à la France les représailles des USA au Tchad et en Algérie (ce qui l’a amenée à réagir énergiquement pour défendre ces positions, importantes pour elle), de même qu’elle avait déjà été punie, par son éjection du Moyen-Orient, pour les velléités d’indépendance vis-à-vis de l’autorité américaine qu’elle avait exprimées lors de la crise du Golfe. Demain, les USA n’auront aucune hésitation à employer tous les moyens pour la déposséder d’autres zones d’influence, en particulier en réduisant au maximum sa marge de manœuvre en Méditerranée et l’éjectant de la corne de l’Afrique.
Quelles que soient les péripéties qui marqueront le jeu des alliances, la bourgeoisie française est parfaitement consciente qu’elle ne pourra pas faire l’économie d’une participation directe sur le terrain à de futures confrontations impérialistes. C’est pour cela qu’elle se prépare dès à présent aux besoins de celles-ci, tant en ce qui concerne la nécessaire adaptation d’une partie de son armement, que l’implication
future du contingent qui constitue une pièce maîtresse du dispositif militaire français.
3 La situation économique de la France, déjà actuellement difficile, va considérablement s’aggraver, du fait bien sûr de la crise mondiale, mais également pour les raisons plus particulières suivantes :
- le tarissement de débouchés dont elle avait pu bénéficier et constitués par la reconstruction de la partie Est de l’Allemagne;
- la perte d’importants marchés militaires, au Moyen- Orient en particulier, où les USA se sont accaparé depuis la guerre du Golfe la grande majorité des débouchés militaires dans la région;
- la tendance à l’affaiblissement de sa compétitivité face à ses principaux concurrents qui va peser plus lourd dans un contexte de guerre commerciale exacerbée. Celle-ci résulte des facteurs suivants :
Afin de résister au mieux dans la guerre commerciale, la France va être amener à défendre de façon encore plus acharnée ses alliances commerciales actuelles et même à en contracter de nouvelles, parfois circonstanciellement, comme on peut le voir déjà aujourd’hui quand elle joue :
4 La situation de la lutte de classe en France depuis ces deux dernières années n’a pas présenté de spécificité, par rapport à la dynamique générale dégagée au niveau international, et cela tant en ce qui concerne le recul dans la conscience que l’absence de combativité, malgré des attaques considérables de la part de la bourgeoisie française, en particulier sous la forme de licenciements. Aux évènements mondiaux et aux campagnes de la bourgeoisie qui sont à l’origine de cette situation, il faut ajouter l’utilisation par la classe dominante d’une stratégie mise en place dans plusieurs pays d’Europe visant à déclencher des luttes prématurées afin d’accentuer le désarroi de la classe ouvrière. Cette stratégie, dont la situation en France a fourni un exemple très significatif, s’est traduite à l’automne 91 par toute une série de grèves (infirmières, Renault) orchestrées par les syndicats, le PCF et les gauchistes en collusion avec le gouvernement.
Cependant, sans que l’on puisse présager ni du moment ni du rythme de reprise des luttes, la combativité de la classe ouvrière va de nouveau s’exprimer, alors que les exigences de la guerre économique mondiale, ainsi que le maintien voire le renforcement du fardeau des dépenses militaires, vont contraindre la bourgeoisie française à porter des attaques de plus en plus massives et frontales contre la classe ouvrière qui, en particulier, vont se traduire par des licenciements massifs dans les secteurs les plus importants, une augmentation importante du chômage, une intensification de l’exploitation sur le lieu de travail, la compression de tous les budgets sociaux, notamment de la santé, et des coups très
durs portés sur les retraites.
Contrairement à ce qu’a été capable de faire le PS pendant 10 ans, c’est-à-dire diluer, masquer, camoufler des attaques cependant importantes, celles qui sont portées aujourd’hui et surtout celles qui sont à venir, d’une ampleur jamais vue par les générations actuelles de la classe ouvrière de ce pays, ne manqueront pas de faire renaître la combativité et de participer au développement de la conscience dans la classe ouvrière.
5 La situation de faiblesse relative de sa classe politique, faiblesse aggravée depuis 1981, n’a pas fondamentalement handicapé la bourgeoisie française dans la défense de ses intérêts impérialistes. Sur ce plan elle a été, durant toutes ces années, et même dans la situation plus difficile pour elle oj> verte par l’effondrement du bloc de l’Est, capable d’agir au mieux de ses possibilités, sans trop de faux pas.
Sur le plan intérieur, malgré l’affaiblissement important des forces de gauche aujourd’hui dans l’opposition -syndicats, gauchistes et surtout PC depuis l’effondrement du stalinisme- malgré l’usure très sérieuse qu’a subie le PS, tout particulièrement ces derniers mois, la bourgeoisie a montré sa capacité à gérer la situation notamment face à la classe ouvrière.
De même, la montée de l’extrême-droite -fraction qui ne peut en aucune manière être appelée aux affaires dans la période actuelle- confirmée par les élections cantonales et régionales de mars 92, si elle exprime la faiblesse relative de la classe politique ainsi que le développement de la décomposition de la société, ne signifie pas, en revanche, une tendance à la perte de contrôle par la bourgeoisie de son jeu politique comme le montre sa capacité à préparer activement, et dès à présent, la relève du PS à la tête de l’Etat par la droite classique, même si cette dernière reste affaiblie par ses propres divisions qui risquent d’être aggravées par les choix de politique étrangère (pro Allemagne et pro US).
De même, si la multiplication des scandales qui éclatent au grand jour en impliquant ostensiblement de larges franges de Ta classe politique, (le PS au premier rang d’entre elles), est bien sûr le résultat du développement de la décomposition générale de la société et en particulier de la classe dominante, il convient cependant d’être clair sur le fait que ce phénomène n’a pas la même ampleur ni surtout les mêmes conséquences, quant à la cohésion de l’Etat, comme c’est le cas, de façon spectaculaire, dans certains pays de la périphérie, et notamment les pays anciennement dirigés par des régimes staliniens.
C’est pour toutes ces raisons qu’il serait faux et illusoire de parler de crise politique de la bourgeoisie française.
Bien au contraire, la situation actuelle illustre sa capacité d’utiliser à son avantage ses propres faiblesses ainsi que les manifestations de sa propre décomposition.
Il en est ainsi de l’utilisation qu’elle fait de la montée du parti de Le Pen. Aujourd’hui, toute la publicité faite autour du thème de la montée du fascisme, rehaussée par l’organisation de mobilisations et manifestations en résistance à celle-ci, ont pour but de développer une idéologie de défense de la démocratie.
Cette manœuvre, qui s’inscrit dans les campagnes que mène sur le même thème la bourgeoisie à l’échelle internationale pour tenter d’entraîner la classe ouvrière hors de son terrain de classe, a de surcroît en France des objectifs plus spécifiques : il s’agit d’un volet d’une politique visant à recréer une gauche dans l’opposition, s’articulant à terme autour du PS, ou d’une scission de celui-ci, passé dans l’opposition. En effet, la seule force électorale oppositionnelle de gauche, le PC, est extrêmement affaiblie. Le principal syndicat, la CGT, est contrôlé par ce même parti. Il est donc urgent pour la bourgeoisie de s’employer à reconstituer son front anti-ouvrier, vu l’état actuel de celui-ci et la nécessité qu’elle aura d’affronter le renouveau de la combativité ouvrière. C’est dans cette perspective qu’il faut également comprendre les tentatives de la CGT, ainsi que l’a manifesté son dernier congrès, pour prendre certaines distances vis-à-vis du PC
Cependant, même s'il est faible, le nouveau front anti- ouvrier que la bourgeoisie tente à l’heure actuelle de reconstituer pourra se montrer, dans un premier temps en particulier, d’une efficacité redoutable contre une classe ouvrière affaiblie reprenant le chemin de ses luttes.
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