En
France, alors que la plus forte récession depuis la Seconde Guerre
mondiale (comme en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne ou aux
Etats-Unis) est annoncée pour 2009, le gouvernement Sarkozy tente de
faire passer un certain nombre de « réformes » destinées
à frapper de nombreux secteurs, dans un contexte de mécontentement
social qui tend de plus en plus à se généraliser. Face à une
telle situation, la bourgeoisie déploie une série de manœuvres en
tous genres. En particulier, les syndicats, qui ne cessent
d’émietter et d’éparpiller toute riposte ouvrière depuis des
mois, ont été contraints d’appeler à une grève générale
interprofessionnelle, mais seulement… le 29 janvier, pour se donner
le temps de se concerter avec le reste de la bourgeoisie.
Dans
toutes les couches de la société, la paupérisation et la précarité
se font brutalement sentir, et en particulier chez les nouvelles
générations encore scolarisées. Face au mur du chômage et à
l’avenir bouché que leur réserve le capitalisme en crise, les
jeunes générations de prolétaires, surtout dans les lycées et les
collèges, où les trois-quarts sont des enfants d’ouvriers, se
mobilisent de plus en plus fortement. Ces lycéens et ces étudiants
se réfèrent en outre de plus en plus fréquemment à l’expérience
et aux méthodes de leurs aînés qui se sont mobilisés massivement
contre le CPE en 2006 et contre la LRU en 20071.
L’agitation n’a d’ailleurs pas cessé au cours de ces derniers
mois avec les luttes contre les suppressions massives de postes dans
l’Education nationale et la suppression programmée des RASED
(Réseaux d’aide pour les élèves en difficulté). L’aspect le
plus significatif de l’expression de ce ras-le-bol et de cette
combativité montante est que malgré le « recul » du
ministre Darcos reportant d’un an sa réforme sur les programmes
des lycées (classes de seconde), reniant ainsi piteusement sa
tonitruante déclaration 48 heures auparavant : « Je
ne serai pas le ministre de l’hésitation nationale »,
la mobilisation des lycéens n’a pas faibli. Au contraire, elle
s’est amplifiée, comme en témoigne la journée du 18 décembre où
150 000 lycéens se sont retrouvés dans les rues à travers
tout le pays, au lendemain même de la reculade du ministre, pour
réclamer l’abrogation pure et simple de la réforme. De nombreux
établissements scolaires étaient toujours bloqués à Bordeaux,
Lille, Brest, Toulouse ou Paris à la veille des vacances de fin
d’année. Ils promettent de faire repartir le mouvement dès la
rentrée : une grève massive est annoncée pour le 17 janvier
dans le secteur, provoquant un nouveau pas en arrière de Darcos,
désormais hanté par la crainte « d’une
agitation sociale allant bien au-delà de la réforme des lycées »2,
qui promet de « tout
reprendre à zéro »
et de convoquer des Etats généraux sur l’école début 2009. Il
faut dire que ce « recul » a été dicté par Sarkozy
proclamant partout qu’il redoutait le déclenchement d’une
« série
d’affrontements sociaux, voire des événements violents en
France »
et toute la presse s’est fait l’écho de cette « grande
peur » : « Climat
tendu dans les lycées, malaise et crise chez les salariés : la
classe politique s’inquiète d’une possible agitation sociale, à
l’image de la Grèce. » « Après la Grèce, la France
peut-elle s’enflammer ? »
(titres de 1ère
page de Libération
du 12 décembre), « Social,
jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude, la
droite comme la gauche scrutent attentivement les événements de
Grèce »
(manchette du Monde
du 13 décembre) ou, selon l’éditorial de Marianne
signé N. Domenach, « Le
feu, d’un bout à l’autre du monde ? » :
« ‘Il
suffirait d’une étincelle’,
s’alarment des élus inquiets, carrément angoissés à gauche,
mais pas non plus rassurés à droite… Beaucoup savent qu’un
mistral télévisuel est capable de propager n’importe quel feu
social. »
Au PS, Julien Dray3
a proclamé explicitement que « le
syndrome grec menace l’ensemble des pays parce qu’on est dans une
crise très grave, avec une explosion des inégalités sociales ».
Et en effet, les jeunes générations en lutte se reconnaissent dans
la révolte et la mobilisation actuelle des étudiants en Grèce
envers lesquels un profond sentiment de solidarité se dégage (comme
le démontre la participation nombreuse de lycéens aux
manifestations contre la répression en Grèce). Cette crainte de
la bourgeoisie explique l’attitude provocatrice des forces de
l’ordre pour inciter à l’affrontement comme à Lyon le 18
décembre (voir article page 3) visant à discréditer le mouvement
lycéen et à les faire passer pour des casseurs. De la même façon,
on a vu les médias mettre sans cesse en avant des faits divers avec
des histoires horribles sur les jeunes, depuis la montée de la
délinquance, de la consommation de drogue ou d’alcool dans leurs
rangs jusqu’à une campagne savamment orchestrée diffusant
insidieusement l’équation jeunes = révolte = violence aveugle =
casseurs en puissance, mettant en scène des affrontements
meurtriers entre bandes rivales notamment à Paris et dans les
banlieues. Il s’agit non seulement d’agiter le spectre imminent
de nouvelles émeutes dans les banlieues mais surtout de tenter de
couper ces jeunes générations du reste de la classe ouvrière, de
les isoler au moment même où leur mobilisation se traduit par une
solidarité de classe entre toutes les générations dans les
mouvements sociaux. Aujourd’hui, par exemple en province, ces
lycéens multiplient les initiatives pour préparer une mobilisation
plus large dans les semaines à venir, et sont en train de tisser des
liens avec d’autres salariés, comme ils cherchent à créer des
comités de solidarité avec les étudiants et les travailleurs grecs
victimes de la répression.
Mais ce sont aussi les plans sociaux et les annonces de licenciements qui «se multiplient à un rythme jamais vu »4 avec une hausse brutale du chômage et une baisse du pouvoir d’achat, sous l’effet de l’accélération brutale de la crise économique mondiale. Il faut dire que le reste des attaques dans les établissements scolaires est passé : suppression de 3000 RASED dont la disparition pure et simple est programmée à court terme, réforme de l’école primaire5, des IUT pour réduire l’afflux dans cette filière, tandis que les effets des 13 500 suppressions d’emplois dans l’enseignement commencent à se faire sentir chez les lycéens comme chez les enseignants. Dans le même temps, c’est l’ensemble de la fonction publique et des services publics où les réformes sont appliquées en douce qui est durement touchée. Quant au secteur privé, outre la nouvelle législation sur le travail le dimanche dans les grandes surfaces et les grands magasins, c’est la grande lessive des emplois : en France, près de 50 000 emplois ont été détruits en un semestre (entre début avril et fin septembre). Mais l’INSEE annonce d’ores et déjà une perte de 147 000 emplois (hors du secteur marchand agricole) au cours du second semestre 2008 et en prévoit 214 000 autres pour le semestre suivant. A elle seule, l’industrie enregistrerait la suppression de 71 000 emplois cette année et de 81 000 au 1er semestre 2009. Le PIB chuterait de 0,8 % au cours du 4e trimestre 2008. Comme ailleurs dans le monde, le secteur de l’automobile est le plus massivement touché : plusieurs semaines de mise au chômage technique chez Renault ou PSA. Par ailleurs, Renault a annoncé la suppression de 4000 emplois en 2009, PSA-Peugeot-Citroën va virer 3550 salariés (dont 850 sur son site de Rennes), chez les équipementiers Valeo a annoncé 5000 suppressions d’emploi dans le monde (dont 1600 en France), Faurecia, 1215 emplois en moins d’ici 2011 (dont 700 dès 2009), en particulier dans l’Essonne, l’Orne, en Loire-Atlantique et dans les Vosges, Tyco Electronics, 520 et d’innombrables sous-traitants du secteur sont menacés de faillite. Dans la sidérurgie, ArcelorMittal a annoncé pour sa part 9000 suppressions d’emplois dans le monde dont un plan de 1400 « départs volontaires » applicable début 2009 en France. 1000 postes de cadres seront supprimés chez Alcatel Lucent qui prévoit également de se passer des services de 5000 sous-traitants. Depuis la fusion de 2006 entre ces 2 groupes, 16 500 suppressions d’emplois dans le monde (dont 1800 en France) ont été décidées en 3 ans.
Dans l’industrie pharmaceutique et la chimie, 927 suppressions d’emploi sont annoncés chez Sanofi-Aventis, 740 chez MBO, 700 licenciements chez Pfizer France dont 500 visiteurs médicaux sur 1250 et 200 employés commerciaux au siège . Depuis début 2008, 17 plans sociaux ont été annoncés dans cette branche devant supprimer 4350 postes sur 3 ans. Dans le même temps, 5000 à 6000 visiteurs médicaux seront supprimés, soit plus de 20% des effectifs de cette filière. La liste de tous ces plans de licenciements dévoilés depuis deux mois serait trop longue à énumérer ici.
Les
320 milliards d’euros débloqués pour les banques passent d’autant
plus mal que, pendant ce temps là, il est demandé aux prolétaires
de se serrer la ceinture (70 % de salariés ont constaté une
brutale et forte dégradation de leur pouvoir d’achat au cours de
l’année).
Doté d’un cynisme sans borne, pendant que l’Etat français met en œuvre ces attaques en règle, son gouvernement prétend faire en sorte de travailler à améliorer le sort des salariés.
Dans
le fameux plan de relance pour l’économie de 26 milliards d’euros
de Sarkozy, qui va entraîner un quasi-doublement du déficit
budgétaire qu’il faudra payer au prix de « sacrifices »
encore plus lourds, la seule mesure présentée comme
« sociale » est une « prime de solidarité active
» de fin d’année de 200 euros ne servant que de dérisoire
cache-misère pour 3,7 millions de travailleurs pauvres ou
d’allocataires du RMI. Le reste est dévolu au « sauvetage »
des grandes entreprises de l’automobile ou de travaux publics. Et
encore, la plupart des mesures ne sont que de la poudre aux yeux :
ainsi l’augmentation du nombre de prêts à taux zéro ne peut
qu’inciter de nouveaux ménages à revenus modestes ou victimes de
licenciements à s’endetter jusqu’au cou et à se retrouver dans
la situation de millions d’Américains jetés à la rue et sans
ressources du jour au lendemain. Quant à la prime à la casse dans
le secteur automobile : seuls ceux qui ont les moyens d’acheter
une voiture neuve vont toucher cette prime. Ceux qui veulent acheter
une voiture d’occasion pas chère, n’en trouveront maintenant
plus à moins de 1000 euros ! Une fois de plus, ce ne sont pas
ceux qui en ont le plus besoin qui en profiteront !
Comme en Grèce, avec la précarité, les licenciements, le chômage, les salaires de misère qu’impose sa crise mondiale, l’Etat capitaliste ne peut apporter partout que davantage de police et de répression. Seul, le développement international de la lutte et de la solidarité de classe entre ouvriers, employés, lycéens, étudiants, chômeurs, travailleurs précaires, retraités, toutes générations confondues, peut ouvrir la voie à une perspective d’avenir pour abolir ce système d’exploitation.
W. (20 décembre)
1 Comme le montre par exemple des extraits de cet appel des étudiants grévistes de l’Université de Clermont-Ferrand datée du 19 décembre : « Les étudiants de Clermont Gergovia-Carnot, réunis en Assemblée Générale (…) appellent l’ensemble des Universités du pays à se battre contre le démantèlement de l’Éducation que le gouvernement cherche à nous imposer par la force, de la maternelle au doctorat.(…) Nous sommes en grève avec blocage, ni spectateurs, ni résignés, mais déterminés pour dire que tous ensemble nous pouvons gagner ! Le CPE nous l’a montré. En revanche, nous perdrons si nous nous battons isolément. La LRU nous l’a malheureusement enseigné aussi. Alors maintenant, le temps des lamentations est terminé ! On ne courbe plus l’échine ! (…)
Etudiants en France, les Italiens mobilisés contre la casse de l’Éducation depuis plusieurs mois nous montrent la voie. Les Grecs confirment cette voie ! C’est celle que nous avons ouverte par notre résistance historique contre le CPE ! Leur mot d’ordre « L’Éducation ne paiera pas leur crise ! » doit être le notre.
Tous en bataille, donc, en grève coordonnée dès janvier pour faire plier ce gouvernement et son projet de société !
Nous, ici, on ne « lâchera pas le steack ! »
2 Déclaration sur Europe 1 le 16 décembre 2008
3 Par ailleurs, ce dirigeant socialiste « pur et dur » fait actuellement l’objet d’une enquête pour d’importants détournements de fonds à titre personnel provenant du syndicat lycéen FIDL et de l’association SOS-Racisme.
4 Le Monde du 16 décembre
5 Son arrogance provocatrice pour justifier les suppressions de postes en maternelle où il réduisait le rôle des enseignants à « changer les couches » est restée en travers de la gorge des enseignants.
A la veille de la trêve des confiseurs, la jeunesse lycéenne est descendue massivement dans la rue. Face à l’avenir bouché que le capitalisme leur réserve, ces enfants d’ouvriers ont clairement démontré toute leur combativité. Surtout, leur mouvement a été animé d’un fort sentiment de solidarité et d’unité, mettant en avant la nécessité de relier leur lutte à l’ensemble des mouvements sociaux (1).
Face à cela, les syndicats ont dressé un véritable cordon sanitaire pour empêcher par tous les moyens le mouvement lycéen de réussir à réaliser cette jonction avec leurs aînés. Ils ont saboté ouvertement le mouvement !1
Les syndicats lycéens, la FIDL et l’UNL, ont tout fait pour empêcher les autres prolétaires de se joindre aux lycéens et de discuter avec eux. Ils ont caché délibérément les lieux et heures des manifestations ! Impossible de trouver ces informations dans la presse ou sur leurs sites Web ! Il fallait aller fouiller sur les forums ou les blogs lycéens qui, eux, appelaient les travailleurs à les rejoindre. Les assemblées générales organisées par ces mêmes syndicats, ces “spécialistes de la lutte” (sic), étaient des huis-clos fermés aux “éléments extérieurs”, rendant impossible pour un ouvrier solidaire de leur lutte d’y participer !
Et en matière de sabotage de l’unité, les syndicats des enseignants ne furent pas en reste. Chaque fois, ils ont pris soin de séparer enseignants et lycéens, en choisissant des jours de manifestation tout simplement différents ou en convoquant des assemblés générales dans des lieux et à des moments bien distincts. Tout a été fait pour que les enfants d’ouvriers et les travailleurs ne puissent même pas se croiser !
Ce faisant, les syndicats confirment une nouvelle fois leur véritable nature de chiens de garde du capital :
Quand la bourgeoisie cogne, les syndicats sabotent la solidarité ouvrière !
1) Lire notre article : “Lycéens, étudiants, chômeurs, travailleurs… C’est tous unis qu’il faut lutter [4] ”.
Comme chaque année au moment des premiers froids, des personnes parmi celles qui sont les plus vulnérables, les plus dépourvues de tout, meurent dans des conditions insupportables. Comme chaque année, les raisons de leur mort font l’objet de campagnes hypocrites et ignobles relayées par l’ensemble des médias. Mais ils ont beau faire, alors que chacun perçoit très bien que les drames humains liés au développement de la crise économique vont se multiplier dans les années à venir, les morts de froid de cette année marquent profondément chaque membre de la classe ouvrière.
Non, ce n’est pas le froid qui tue mais cette société qui jette impitoyablement à la rue une partie de plus en plus grande de ses travailleurs comme s’ils n’étaient que des mouchoirs jetables. Et cette année, comme déjà en 2003, alors que l’on a retrouvé plusieurs morts dans le bois de Vincennes, un autre dans sa voiture ou encore un mort dans la cité de Carcassonne, une polémique totalement indécente s’est développée autour de ces “découvertes” macabres. Faut-il les obliger à rejoindre les centres d’hébergements à partir d’une température négative ou respecter leur dignité en les laissant mourir dans la rue ? C. Boutin et N. Sarkozy proposent… une réflexion sur l’opportunité de rendre obligatoire l’hébergement des SDF pendant les grands froids !
Mais à qui peut-on faire croire que c’est un choix de mourir de froid en 2008 ? Si des hommes ou des femmes qui se retrouvent dans un tel état d’abandon et de délabrement physique et psychique préfèrent une mort solitaire et combien douloureuse, ne peut-on s’interroger sur le niveau d’humanité de cette société ? Ils refuseraient même les petits nids douillets et chauffés que seraient les foyers d’hébergement pour s’enfoncer dans des bois à la périphérie de Paris, une des plus belles villes du monde paraît-il. Broyés, vidés de toutes leurs forces par cette société inhumaine, il ne leur reste plus que l’errance et le désespoir.
Ce que sont réellement ces foyers d’hébergement n’échappe plus d’ailleurs à grand monde, avec une promiscuité extrême, des vols, des bagarres, des lieux insalubres. Aucune dignité, aucune reconnaissance en tant qu’être humain, ce n’est pas pour rien que, malgré leur terrible situation, beaucoup de SDF refusent de s’y entasser. Nous sommes loin du lieu d’accueil chaleureux et humain que l’on aimerait nous décrire. D’autant plus que même ces lieux de misère ne sont pas en quantité suffisante : le “SAMU social” refuserait
environ 200 personnes par jour en raison du manque de place. Nous sommes loin du “choix” que nous présente la bourgeoisie qui, de toute façon, n’est pas à un mensonge près.
Un SDF sur trois a un travail, le plus souvent comme ouvrier ou employé sans qualification, nous dit une des dernières enquêtes de l’INSEE. Mais même le plus petit loyer est trop important pour leur salaire de misère. Même une exploitation de la force de travail à plein temps ne permet pas aux plus pauvres de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, comme celui de se loger.
Dans les restos du cœur, chaque année, les personnes accueillies sont de plus en plus nombreuses, dont 14 % de “travailleurs pauvres” et 14 % de retraités. De nombreux jeunes, qu’ils soient étudiants ou non, vivent et dorment dans leur voiture, des retraités dont les maigres ressources servent à payer un logement de misère n’ont déjà plus qu’un seul recours : aller à la soupe populaire.
La crise économique a fait un bond historique au cours de ces derniers mois et certaines images nous reviennent. En effet, nous avons tous inscrits dans nos mémoires, même si c’est par générations interposées, les files d’attente de gens qui cherchent de quoi manger après la crise de 1929, ou pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Le souvenir des tickets d’alimentation n’est pas si loin dans la mémoire collective. Comme d’ailleurs le souvenir des bidonvilles de Nanterre ! Et effectivement, des abris de fortune faits de planches ou de toiles qui prolifèrent à nouveau un peu partout, que ce soit le long du périphérique à Paris ou ailleurs.
En France, d’après les sondages, la moitié de la population pense qu’elle peut devenir SDF un jour, et beaucoup pensent que la situation des SDF ne peut que continuer à s’aggraver. Il y a pourtant déjà entre 86 000 à 100 000 personnes sans abri.
Cette année, d’après l’association Emmaüs, il y a eu 265 décès de SDF et l’espérance de vie de ceux qui sont contraints de vivre dans la rue ne dépasse pas 43 ans.
Il faut se rappeler le grand nombre de victimes lors de la canicule de l’été 2003 en France, plus de 15 000. Ce n’est pas le froid ou le chaud qui tuent mais c’est le capitalisme. Ce sont les conditions de vie de cette société qui ne correspondent pas aux besoins humains.
Map (17 déembre)
Nous publions ci-dessous un compte-rendu à chaud qui nous a été transmis par des militants du CCI qui, lors de la diffusion de leur presse dans une manifestation lycéenne à Lyon, ont pu constater à la fois l'inquiétude de ces jeunes pour leur avenir, leur combativité et les provocations policières qui tentent ainsi de pourrir le mouvement.
Le 18 décembre 2008, s'est déroulée à Lyon, comme dans beaucoup d'autres villes en France, une manifestation de lycéens et de collégiens, rassemblant largement plus de 9000 personnes. Tous ces jeunes exprimaient ainsi leur rejet des réformes du gouvernement et du Ministre de l'éducation, le tristement célèbre Darcos. Mais comme au moment de la lutte contre le CPE en 2006, les jeunes générations manifestaient surtout ici, par leur lutte, leur angoisse pour un avenir qu'ils ressentent à juste titre comme de plus en plus bouché, incertain et précaire. Cette manifestation se déroulait de manière résolue, mais sans aucune violence d'aucune sorte. Et contrairement à ce que disent déjà certains journaux bourgeois comme Libération (qui, sous le titre « Lycéens et policiers blessés en marge de la manif à Lyon », publie une photo d'une voiture en flamme avec, en arrière fond, une poignée de jeunes casseurs... photo censée résumer cette journée), la manifestation n'a pas dégénéré parce que les jeunes auraient incendié une voiture ou jeté des pierres sur les forces de l'ordre. Tout cela est faux ! Tout se passait calmement quand, sans aucun avertissement, sans aucune provocation de la part des lycéens, les forces de répression, CRS en tête, ont commencé brutalement à bombarder la manifestation de bombes lacrymogènes, provoquant une fuite panique chez la plupart de ces jeunes manifestants dont la moyenne d'âge ne devait pas dépasser 15 ou 16 ans ! Pratiquement toutes les rues étaient barrées par des rangs de CRS, bouclier en avant et matraque au poing. Seules quelques rues étaient laissées libres.
Quant à la voiture incendiée, c'est l'acte d'une petite poignée de jeunes ''casseurs", largement en marge du cortège. La véritable violence est venue clairement d'ailleurs, des forces de répression de la bourgeoisie. Et la question à se poser est la suivante : pourquoi cette violente attaque de la part des CRS ? Le premier effet des différentes charges policières a été visible immédiatement : panique, fuite et éparpillement de la majorité des lycéens. La manifestation s'est donc arrêtée là. Toute possibilité de se rassembler sur une grande place pour parler tous ensemble de la suite à donner au mouvement, comme par exemple de prendre la décision d'aller discuter avec les étudiants des facultés de Lyon et de chercher leur solidarité, était ainsi réduite à néant.
Mais plus encore, ces méthodes policières de répression ne sont en fait que de la provocation et de l'intimidation : si les lycéens, ulcérés par cette attaque, s'étaient eux-mêmes réellement battus contre les CRS, ou avaient REELLEMENT participé à des dégradations ou destructions importantes de voitures ou de biens publics, que n'aurait-on pas lu ou entendu ce soir dans les journaux, sur les radios et autres chaînes de télévision ! Il aurait été alors encore plus facile de présenter les manifestants comme des bandes de délinquants violentes organisée et autres casseurs. Pour tous ces lycéens (manifestant d'ailleurs pour certains pour la première fois), pour leurs parents, pour les travailleurs solidaires comme les enseignants, le message et clair : « Si vous manifestez, c'est à vos risques et périls, c'est dangereux ». Voilà l'objectif de fond d'une telle violence : distiller la peur pour qu'une grande partie de ces futurs chômeurs restent prudemment chez eux, malgré leur colère et leur frustration. Voilà le message qui leur est directement destiné. Heureusement, contrairement aux mensonges des journalistes, ces lycéens ne sont pas tombés dans la provocation. Une mère de famille participant à cette manifestation n'en croyait pas ses yeux, devant l'ampleur de la violence policière. Elle se proposait même d'aller, inquiète de la tournure prise par les événements, parler aux CRS afin de tenter de les raisonner et pour qu'ils cessent leurs provocations.
Une première leçon doit être tirée immédiatement de tout cela, car ce genre de manœuvre va se reproduire à l'avenir : en cas de provocation policière et si l'on ne peut pas rester tous ensemble dans la rue ou sur une place en fin de manifestation, il est nécessaire de prévoir à l'avance des lieux où l'on puisse se retrouver le plus massivement possible pour discuter. Cette information peut tout à fait être diffusée au départ de la manifestation ou même pendant son déroulement.
L'autre
enseignement majeur de cette expérience concerne l'ensemble des
luttes futures. Comme lors de la manifestation du 18 décembre à
Lyon, il ne faut absolument pas tomber dans la provocation de la
violence policière recherchée par l'Etat pour discréditer le
mouvement lycéen et étudiant qui se développe, pour l'isoler de
l'ensemble des prolétaires. Ce que le pouvoir et le gouvernement
craignent en définitive le plus, c'est notre force de classe
collective, notre capacité de réflexion pour agir de manière
solidaire et massive.
Lyon (18 décembre)
Cet article est une traduction d’Acción proletaria, organe du CCI en Espagne.
Chez Ford à Valence, chez Renault en Castille, chez Citroën en Galice..., on renvoie des milliers de travailleurs chez eux avec la promesse qu’après les vacances de Noël ils pourront “reprendre leurs postes de travail” (aura-t-on vendu d’ici là les milliers d’hectares de véhicules stockés sur d’immenses parkings ?). Dans certains cas, comme chez Iveco à Madrid, on fait du chantage aux ouvriers pour qu’ils acceptent de baisser leur salaire ou de perdre des jours d’allocation de chômage partiel, pour ainsi éviter, momentanément évidemment, le maudit ERE (1). Il va sans dire, en plus, qu’il ne s’agit pas d’une crise limitée au secteur de l’automobile. Elle touche aussi les communications (licenciements de la moitié des effectifs de l’opérateur par câble ONO et maintenant l’ERE de 500 travailleurs de l’opérateur historique espagnol, Telefónica) ou des entreprises comme CASA (aéronautique). Les prévisions officielles affirment qu’en Espagne près de 120 000 travailleurs seront affectés cette année par ce genre d’ERE, qui viennent s’ajouter (malgré l’entêtement du ministre du Travail à démentir les chiffres) aux… trois millions de chômeurs, selon les prévisions pour l’année 2008.
La propagation de cette plaie de suppressions d’emploi temporaires ou définitives (les premières étant, comme on l’a vu, le simple prélude des secondes), fait se répandre dans les rangs ouvriers une sombre inquiétude commune :
– aux camarades “anciens” sur lesquels plane la menace d’une retraite de plus en plus dégradée ou l’impossible retour à l’emploi après avoir été licenciés à 40 ou 50 ans ;
– aux plus jeunes qui, tant bien que mal, essayaient de survivre avec une succession de contrats précaires, dans des conditions draconiennes en terme de temps de travail et de salaire, et qui se voient maintenant jetés au chômage avec une allocation misérable ou contraints d’accepter des conditions de travail encore pires ;
– aux ouvriers “natifs”, formés, génération après génération, au sein d’un prolétariat qualifié, travaillant dans des usines de haute technologie, comme celle de Nissan ;
– aux ouvriers des entreprises sous-traitantes, comme celles de nettoyage (on l’a vu avec les licenciements chez Acciona à l’intérieur même des usines Nissan) et qui souvent sont composées de camarades immigrés récemment arrivés.
Cette inquiétude qui se généralise à tout le prolétariat contient aussi un grand potentiel pour le développement de la solidarité de classe. Il y a trois ans, les camarades de chez SEAT ont affronté un plan de 600 licenciements (Révolution internationale no 365 et 306, février et mars 2006), mais c’était à un moment où le climat social était encore très marqué par la rengaine de la “période la plus longue de croissance économique en Espagne”. Ce n’est pas ici le lieu pour démontrer que c’était plus de la propagande qu’autre chose, mais dans une telle “ambiance” sociale, on pouvait faire passer les problèmes des ouvriers de chez SEAT comme étant dus à la voracité particulière de Volkswagen, ou à des circonstances spécifiques à l’entreprise.
Ce n’est pas le cas aujourd’hui, parce que, comme nous l’avons vu et comme quiconque peut le voir, tous les secteurs de notre classe sont attaqués par la crise capitaliste !
Mais cette solidarité, qui surgit des attaques et des souffrances qui nous sont communes à tous, a besoin d’être cultivée et développée par les travailleurs eux-mêmes, en l’imposant contre les tentatives de division et de fragmentation de la riposte ouvrière de la part des gardiens de l’exploitation capitaliste que sont les syndicats. Dans ce sens, il y a deux leçons essentielles à tirer des luttes les plus récentes.
Justement parce que les entreprises touchées par la crise sont nombreuses, la rue devient un lieu privilégié pour additionner la combativité des camarades venant d’endroits différents. C’est ainsi qu’on l’a compris au début de la lutte chez Nissan, quand d’autres ouvriers qui, à cause des effectifs moindres ou de l’éloignement géographique de leur centre de travail, ont compris qu’ils se sentiraient plus forts, plus soutenus, à la chaleur des mobilisations de la Zona franca (2). Par exemple, les travailleurs de Tyco Electronics sont allés à la manifestation du 23 octobre, mais aussi les chauffeurs de la compagnie municipale de transports, les employés d’Acciona, etc. On a pu voir cette même tendance, encore plus forte, lors de la manifestation du 5 novembre, où il y a eu plus de 20 000 travailleurs de nombreuses entreprises, ce qui a représenté la plus grande concentration ouvrière à Barcelone depuis de nombreuses années.
Mais, peu à peu, cette tendance a commencé à faiblir, conduisant, au contraire, à manifester “chacun dans son coin”. Ainsi, les syndicats convoquent ceux de La Frigo un jour et ceux de chez Nissan un autre jour. On organise des actions à Manresa pour ceux de Pirelli, et à Sarriá de Ter pour ceux de Torras Papel (3)... Cette dispersion des appels renforce, qu’on le veuille ou non, une vision locale du conflit de classe, alors que la réalité montre d’une façon criante qu’il s’agit d’un conflit social qui touche tous les secteurs.
Mais il ne suffit pas de se rassembler de façon passive. Nous, ouvriers, n’arriverons pas à avoir la force nécessaire pour affronter l’avalanche des attaques qui nous tombe dessus, en faisant simplement grossir le nombre des manifestants. La force de la classe réside aussi dans sa capacité à s’unir au-delà de toutes les divisions crées par l’exploitation capitaliste (l’entreprise, le secteur, la nation,...) en défense d’intérêts communs, et surtout dans sa capacité à prendre conscience que la défense de ses intérêts la poussent à un affrontement radical contre les lois du système. C’est pour cela qu’il est vital de faire des manifestations un lieu où se développent cette solidarité et cette conscience.
En cela, on ne peut que se heurter, évidemment, à la “mise en scène” syndicale des manifestations. Quand les syndicats ne morcellent pas la combativité en plusieurs mobilisations, ils la fragmentent au sein d’une même manifestation, faisant marcher les travailleurs derrière la banderole de “leur” entreprise. Avec en plus, le son et lumière habituel de ces manifestations (l’insupportable bande sonore avec coups de sifflets et pétards) fait exprès pour empêcher la moindre conversation entre les travailleurs présents. L’excuse de cette habituelle mise en scène est de dire, comme on nous l’a dit dans une des manifestations où nous sommes intervenus, que les ouvriers doivent aller dans ces mobilisations pour “se faire entendre”. Il est vrai qu’il est important de transmettre à toute la société notre indignation face au futur de chômage et de misère auquel on nous condamne. Mais bien plus nécessaire que “d’attirer l’attention de l’opinion publique” ou de “rendre visible le conflit” aux médias bourgeois grâce à des “actions” plus ou moins spectaculaires, il faut faire de ces manifestations des moments et des lieux où l’on écoute ses camarades qui viennent des autres lieux de lutte, où l’on peut faire ressentir notre solidarité mutuelle, mais aussi s’informer, échanger des expériences, tirer les leçons des pièges que nos frères ont dû éviter, les leçons que nous tous avons pu tirer des différentes luttes, etc.
Les assemblées, le vrai cœur de la lutte, subissent un détournement syndical du même genre. Au lieu d’y fomenter la participation et le débat entre travailleurs, elles se transforment en une espèce d’insupportable “journal télévisé” où se succèdent les interventions syndicales sur les mille méandres de telle ou telle négociation avec tel ou tel représentant de l’administration ou du patronat. Il s’agit là de remplacer ce qui constitue la véritable force des travailleurs (la confiance dans leurs propres forces collectives construite sur le terrain du débat collectif) par, en définitive, tout ce qui les affaiblit (la soumission et la dépendance à des chefs syndicaux). C’est ainsi que nous avons pu voir le 12 novembre comment la manifestation des ouvriers de chez Nissan s’est terminée en “assemblée” publique devant le siège du Parlement de Catalogne, où les travailleurs ont été invités à écouter ce que les différents capos (chefs) syndicaux leur ont raconté sur la session parlementaire où l’on avait abordé la situation chez Nissan. Si l’on veut savoir quel genre d’intentions a le gouvernement “tripartite” de Catalogne (PS +IU+ERC) (4) face aux plans de licenciements des multinationales, ce n’est pas la peine de perdre son temps dans le vent du Parc de la Ciudadela : il suffit d’aller le demander aux camarades licenciés chez SEAT en 2006 !
Face à ce détournement des assemblées, on doit développer les initiatives ouvrières pour qu’elles deviennent des moments où la classe dans son ensemble s’implique dans la lutte. C’est cette tendance qu’on a pu observer en filigrane lors de la lutte des étudiants en France au printemps 2006 qui s’est concrétisée par la suite avec toute sa force lors de la grève des métallurgistes de Vigo. L’assemblée générale dans la rue montra qu’elle n’était pas seulement un moyen pour unifier dans la lutte les travailleurs d’une multitude de petits ateliers et d’entreprises, et le moyen pour ressentir la force collective face aux provocations du patronat (licenciements) ou de l’État (brutalité policière), mais aussi la forme pour incorporer dans la lutte des camarades d’autres secteurs (chômeurs, licenciés...) qui, isolés, se sentent trop faibles pour affronter le capitalisme.
Dans ce même sens vont les initiatives qu’on a pu voir se développer lors des mobilisations récentes d’étudiants en Espagne. Parfois, lors de ces mobilisations, les assemblées sont devenues un lieu ouvert où l’on reçoit fraternellement les travailleurs (5) et d’autres camarades qui s’opposent solidairement aux plans de réductions sociales et de “précarisation” de la main d’œuvre. Elles sont aussi conçues comme un lieu d’impulsion du débat et d’éclaircissement sur la situation sociale actuelle et sur les expériences précédentes de résistance aux plans scélérats du capitalisme.
La classe capitaliste sait parfaitement que les mesures qu’elle va adopter pour essayer de contrer la récession la plus brutale de l’histoire ne vont pas avoir l’assentiment résigné de la classe ouvrière. Pour la classe exploiteuse, il ne s’agit donc pas “d’éviter” le mécontentement ouvrier, mais de faire en sorte que celui-ci s’exprime de la manière la plus fragmentée et faible possible. C’est en ce sens qu’elle concentre toutes ses énergies et tous ses moyens.
Quand elle pense pouvoir endormir les travailleurs avec des rêves d’un futur “prometteur”, elle n’hésite pas à les alimenter. Il y a peu de temps, l’UGT de chez Ford à Valence réunissait une assemblée d’adhérents. Devant la porte on montrait les futurs modèles rutilants qui seront fabriqués dans les usines d’Almusafes, après la bien connue mais “inévitable” compression d’effectifs pour rendre ce site plus compétitif... Combien de fois ont-ils dû entendre ces balivernes les camarades de chez Nissan ou de Seat à Barcelone, de chez Ford, bien sûr, ou de General Motors en Aragon,... : derrière la réduction d’effectifs, derrière les sacrifices salariaux, on nous parlait toujours de l’avenir des emplois, du futur des prochaines générations ouvrières...
Ces mensonges servent aussi à faire croire aux ouvriers qu’il y a des solutions partielles dans le cadre de leur entreprise, de leur secteur, ce qui finit par les éloigner de leurs camarades de travail d’autres entreprises. Ainsi, par exemple, avec la tromperie de la “viabilité industrielle” de l’usine Nissan, non seulement on essaye d’enfermer ces camarades dans la défense des intérêts de leurs exploiteurs (en justifiant les sacrifices “nécessaires” pour que l’entreprise produise avec plus de “rentabilité” tel qu’elle l’a déjà fait lors de précédentes réductions d’effectifs ou de limitations des salaires dans cette même année 2008), mais surtout dans l’affrontement avec leurs camarades des autres entreprises.
Si la bourgeoisie arrive à disperser la combativité ouvrière en faisant en sorte, par exemple, que les ouvriers de Seat restent endormis en croyant que l’ERE temporaire qui les menace est purement conjoncturelle, alors qu’elle frappe avec des licenciements définitifs des travailleurs de Nissan, capables de mener des mobilisations radicales mais isolées à cause de cette progressive fragmentation des luttes, elle aura réussi à obtenir un triomphe momentané mais important. D’un côté, elle aura réussi à faire passer des attaques significatives dans les concentrations les plus puissantes du prolétariat espagnol (6) et, de plus, elle aura contrecarré momentanément la tendance à la solidarité qu’on voit poindre chez les ouvriers, en forçant une réponse dans la dispersion.
Cet enjeu est très important pour la classe ouvrière. Voilà la raison de notre appel à tous les travailleurs, aux camarades qui veulent s’impliquer dans le renforcement des différentes luttes ouvrières, pour lutter contre cette fragmentation, pour développer la solidarité et la conscience unitaire du prolétariat.
Etsoem (21 novembre)
1) “Expediente de regulación de empleo”, nom donné en Espagne aux plans de réduction des effectifs et autres plans de restructuration, tous ces euphémismes typiquement bureaucratiques pour nommer les licenciements massifs. En 2008, il y a eu en Espagne plus de 3000 ERE. Selon le site “kaos en la red”, plus de 2700 ERE, qui ont affecté plus de 42 000 ouvriers, ont été acceptés par les syndicats.
2) Territoire au sud de Barcelone, grande concentration industrielle et de services.
3)
On a pu même voir comment la CNT convoquait les travailleurs de la
Jardinière de San Just d’Esvern à manifester sur les ramblas
de “leur” village.
4) Gouvernement de gauche : socialistes, ex-staliniens, verts et indépendantistes catalans.
5)
Lire l’article sur la lutte
à Alicante [6].
6) Après le démantèlement de la sidérurgie, des chantiers navals, des mines…, les usines du secteur de l’automobile sont restées, à côté du secteur public, les plus grandes concentrations prolétariennes d’un prolétariat industriel espagnol passablement affaibli.
Nous présentons d’abord quelques traductions de documents issus directement de cette lutte et votés par l’Assemblée générale (AG) des travailleurs d’AFEMA.
Nous, travailleurs d’AFEMA, sommes entrés en lutte pour défendre nos conditions de vie et pour des services gratuits et de qualité.
Nous savons que cette situation est un problème général de toute la classe ouvrière qui voit tous les jours ses conditions de vie attaquées. Nous pensons que la seule solution se trouve dans l’union et l’extension de nos luttes pour n’en faire qu’un combat. C’est pourquoi nous convoquons une assemblée générale de travailleurs.
Nous proposons l’ordre du jour suivant, tout en restant ouverts à vos propositions :
– présentation et mise en commun des situations particulières de chaque entreprise ou de chaque camarade ;
– analyse de la situation générale ;
– propositions d’actions conjointes et solidaires ;
– permanence de l’assemblée en tant qu’espace de rencontre entre travailleurs ;
– etc.
Nous vous attendons tous
le jeudi 27 novembre à 18 h 30
au Centre Loyola
Cette assemblée est ouverte, nous vous invitons à l’étendre à tous les travailleurs et camarades.
Plate-forme des travailleurs
des services socio-sanitaires
Les administrations attaquent les droits
des usagers et des travailleurs de la santé mentale
Les usagers (des personnes malades mentales et leurs familles) et les travailleurs d’AFEMA vivent aussi la crise. A cause de la désastreuse gestion de la santé mentale par les pouvoirs publics pendant des années, notre situation est aujourd’hui franchement difficile.
Comme d’autres associations, AFEMA est une ONG qui gère des services et des centres subventionnés publiquement. Il s’agit de services destinés à des personnes handicapées. Les administrations n’ont jamais beaucoup payé, elles l’ont fait tard et mal, mais aujourd’hui la situation est devenue scandaleuse.
Les retards de paiement et l’absence de subventions mettent en danger de disparition les ressources, qui étaient déjà rares, allouées à ces personnes, comme ils mettent les travailleurs en danger de perdre leur emploi, nous sommes déjà souvent en difficulté pour toucher régulièrement nos salaires, avec tous les problèmes que cela entraîne.
Nous avons donc décidé de nous mobiliser. Nous ne pensons pas que cette lutte soit exclusivement la nôtre. Notre situation est le produit de la situation de crise et de faillite générale au niveau international, ainsi que de la mauvaise gestion des administrations publiques en particulier, faisant partie de l’attaque générale contre les conditions de vie des travailleurs et de la population en général.
C’est pour cela que nous pensons que notre lutte est celle de tous :
– à cause du danger de disparition des services sociaux-sanitaires nécessaires à la population ;
– à cause des attaques à répétition contre les conditions de vie des travailleurs.
Les usagers sans ressources, les travailleurs sans salaires !
Les usagers et les travailleurs d’AFEMA
en lutte pour un service gratuit de qualité !
Les Administrations ne paient plus et négligent les services de santé.
Les usagers et leurs familles sont en danger de se retrouver sans ressources.
Nous, les travailleurs, ne touchons plus de salaire
et risquons de perdre nos emplois.
Pour un service gratuit de qualité pour les personnes malades mentales.
Pour les droits des travailleurs et des usagers de la santé mentale.
Soutenez les mobilisations !
Mercredi 19 à 19 heures :
Réunion d’information ouverte aux membres, aux familles, aux amis, aux travailleurs, aux professionnels… salle du Centre Loyola.
Vendredi 21 à 11 heures :
Manifestation de protestation face à l’immeuble du PROP de la Rambla (Alicante).
Vendredi 28
Manifestation à Valence (à confirmer)
Association des familles et des malades mentaux d’Alicante
Plate-forme des travailleurs des services sociaux-sanitaires
Nous sommes tous conscients de ce qui est en train de nous “tomber dessus” : la crise s’accélère et les licenciements, le chômage, les baisses de salaire, etc., se multiplient, démontrant que le capitalisme et ses divers gouvernements, quelle que soit leur couleur, n’ont qu’une réponse face à la crise : le déchaînement d’attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière et de toute la population laborieuse.
L’inquiétude se répand, l’envie de se battre, la prise de conscience se développent dans des secteurs croissants de la classe ouvrière. Cela ne se concrétise pas encore dans une lutte massive ou des mouvements généralisés. En partie parce que les travailleurs n’ont pas encore atteint un niveau suffisant de puissance, en partie parce que la bourgeoisie, à travers ses appareils syndicaux et politiques, occupe tout le terrain et parvient à dévoyer, diviser et désorganiser la moindre possibilité de riposte des travailleurs.
C’est dans ce contexte qu’a surgi la lutte des travailleurs sociaux-sanitaires de AFEMA (Alicante) qui, quelle que soit l’évolution de sa dynamique, constitue d’ores et déjà un exemple pour la lutte des autres travailleurs.
Les camarades se sont unis solidairement avec les familles affectées par les impayés et autres manœuvres douteuses du gouvernement autonome. Ils n’ont pas lutté chacun dans leur coin, enfermés dans le cadre étroit du corporatisme, mais ont su reconnaître leur intérêt commun et se rassembler dans une même lutte.
Les camarades ne conçoivent pas leur lutte comme une affaire particulière et spécifique à “leur secteur”, mais la considèrent comme faisant partie de la lutte générale de tous les travailleurs. La crise s’abat sur nous tous sans distinction. Aucun travailleur ne se sent à l’abri. La crise est générale, aussi la lutte des ouvriers doit être générale.
Les camarades se sont organisés en assemblées générales ouvertes à qui veut y contribuer et apporter ses propres problèmes. Ils ont ainsi renoué avec la pratique des luttes ouvrières du passé mais aussi de luttes plus récentes comme celles de Vigo en 2006, lorsque les travailleurs du métal en lutte la prirent en mains et organisèrent immédiatement des assemblées générales ouvertes aux autres travailleurs et à toute la population (1).
Plus important même, ils ont décidé d’organiser une assemblée générale ouverte à tous pour discuter des problèmes de tous et voir comment pouvoir agir ensemble. Cet exemple peut inspirer les travailleurs de Barcelone victimes en ce moment de 400 plans de restructuration (et qui ont appelé à une manifestation le 29 novembre). Il faudra lutter pour une assemblée générale commune, même si cette proposition s’opposera à une réaction générale de ces faux amis des travailleurs que sont tous les syndicats.
1) Lire notre article “Grève de la métallurgie à Vigo en Espagne : Une avancée dans la lutte prolétarienne [8]”.
Les horribles attentats de Bombay, dans un hôpital, dans un café et des hôtels pour touristes, dans un centre juif, dans la salle d’attente de la gare principale, ont déjà été désignés comme le “11 septembre indien”.
Alors que les Etats-Unis se sont servis des atrocités du 11 septembre 2001 pour justifier le déchaînement de leur barbarie militaire en Afghanistan et en Irak, cette comparaison a un sens précis : elle contient la menace implicite que le statut de “victime” de l’Inde sera utilisé pour justifier un renforcement de sa militarisation, voire une reprise du conflit, contre le Pakistan. Non seulement les Etats-Unis avaient déjà averti l’Inde de la possibilité d’attentats, mais les services secrets indiens avaient, à de nombreuses occasions, été informés de la possibilité même d’attaques sur Bombay. De là, on peut déduire l’hypothèse vraisemblable que l’Etat indien ait laissé se perpétrer ces attentats afin de justifier une politique plus agressive envers le Pakistan – ce qui est aussi comparable à la politique de l’Etat américain en septembre 2001.
D’un autre côté, s’il cherche des prétextes pour faire la guerre, l’Etat indien peut déjà mettre en avant nombre d‘attentats contre d’autres villes indiennes au cours de ces six derniers mois, notamment à New-Delhi, Jaipur, Bangalore, Ahmedabad et Guwahati, et, rien que pour cette année, on dénombre plus de 400 morts dans de tels attentats. Le terrorisme à Bombay n’est donc pas la seule expression, même si elle est la plus dramatique, du conflit permanent entre l’Inde et le Pakistan qui perdure, sous une forme ou une autre, depuis l’indépendance de l’Inde.
En particulier, l’Inde et le Pakistan se sont battus pour le contrôle du Cachemire en 1947, 1965, 1971 et, à nouveau, à travers les attaques aériennes indiennes contre les combattants musulmans en mai 1999. Après ce dernier conflit, des incidents continuels ont émaillé ces dernières années, comme l’attaque sur le parlement indien en décembre 2001 dans lequel 14 personnes ont trouvé la mort. Cet attentat avait conduit en 2002 ces deux puissances nucléaires au bord de la guerre totale avec la mobilisation aux frontières des forces armées qui se faisaient face.
Le conflit n’a pas seulement impliqué les forces armées “officielles” des deux pays mais aussi les groupes terroristes, le plus souvent mis sur pied en sous-main par leurs services secrets respectifs. En particulier, l’ISI (services secrets pakistanais) contrôle et dirige les groupes Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed et leurs interventions au Cachemire. Bien que l’Etat pakistanais ait formellement mis hors-la-loi ces groupes en 2002 , ils agissent toujours avec le consentement et l’appui d’importantes fractions de la classe dominante pakistanaise. Il n’est pas surprenant que l’Etat indien (comme les médias du monde entier) ait accusé ces groupes d’être responsables des attentats de Bombay. Quels qu’ils soient, ils ont agi dans la même tradition de brutalité et de barbarie qui caractérise et jalonne la longue histoire de ce conflit.
Les Etats-Unis ne se sont pas désintéressés des événements. Une des priorités en politique étrangère de Barack Obama (en continuité avec Bush, et le secrétaire d’Etat à la défense Gates, qu’a conservé Obama) est l’offensive contre les forces combattantes en Afghanistan qui sont basées au Pakistan. Ayant besoin de l’aide du Pakistan dans la “guerre contre le terrorisme”, Washington ne veut pas que les forces pakistanaises abandonnent leurs positions actuelles pour se déplacer aux frontières du Cachemire, ce qui aurait pour conséquence d’empirer les relations entre l’Inde et le Pakistan et de miner la stratégie américaine dans la région. Il est également difficile pour les Etats-Unis de retenir l’Inde, car la bourgeoisie indienne peut s’empresser de souligner que les Etats-Unis eux-mêmes sont en train de s’enfoncer dans un bourbier par rapport à leurs offensives contre Al-Qaida ou les talibans.
La bourgeoisie indienne elle-même semble divisée. Certains commentateurs ont suggéré que l’Inde ne devrait pas attaquer le Pakistan car la priorité serait de renforcer la position de l’armée au sein d’un Etat pakistanais très fragile, et qu’il y a au moins des possibilités de dialogue avec les dirigeants pakistanais dans la configuration actuelle. Certains autres ont insisté sur le fait que le conflit total était, tôt ou tard, inévitable et que la situation actuelle se trouvait déjà hors du contrôle des politiciens indiens et pakistanais.
Une chose est certaine, c’est le danger inhérent à la situation présente. Les deux Etats possèdent l’arme nucléaire. Les deux ont des forces armées qui sont déjà mobilisées, et pas seulement au Cachemire : l’armée pakistanaise livre déjà des combats au nord-ouest du pays et au Baloutchistan, et l’Inde au Nagaland et dans certains Etats contre l’insurrection naxalite (1). Plus important, les deux pays ont des liens avec des impérialistes plus puissants : l’Inde développe une alliance avec les Etats-Unis et le Pakistan une entente anti-indienne de longue date avec la Chine.
Peut-être qu’au stade actuel, l’Inde et le Pakistan, avec les efforts intéressés des Etats-Unis embusqués en arrière-plan pour brider le chaos, seront encore capables de contenir leur impulsion vers le conflit armé ouvert, mais l’orientation vers la guerre des rivalités inter-impérialistes reste fondamentale dans le capitalisme et, en ce sens, menace potentiellement de convulsions une des régions les plus peuplées du monde. Si les attentats de Bombay ont été effroyablement meurtriers, les massacres que le capitalisme nous réserve lorsqu’il lâche la bonde de son arsenal de destruction planétaire confirme qu’il est un système d’organisation sociale qui n’a plus que l’anéantissement à offrir à l’humanité.
Car (5 décembre)
1) Le naxalisme est le nom donné à un mouvement composé de plusieurs groupes armés en activité dans quinze États de l’Inde. Les naxalites, influencés par le maoïsme, cherchent à “organiser les paysans pour provoquer une réforme agraire par des moyens radicaux y compris la violence”. Le terme “naxal” dérive de Naxalbari, un village situé dans le district de Darjeeling au nord du Bengale occidental d’où le mouvement est issu (source : Wikipedia).
A l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht le 15 janvier 1919, commandité par le Parti socialiste d’Allemagne (SPD), nous republions ci-dessous un article publié pour la première fois en 1946 dans l’Etincelle, journal de la Gauche communiste de France, qui est l’organisation à laquelle le CCI se rattache politiquement. En 1989, au moment de l’effondrement des régimes staliniens, les partis de droite et mêmes “socialistes” ont célébré la “mort du communisme” et la “victoire définitive” du capitalisme libéral et démocratique : il s’agissait de démoraliser la classe ouvrière, de la détourner de toute aspiration vers une autre société, de paralyser sa combativité. Aujourd’hui, alors que le “grand vainqueur” du prétendu “communisme” révèle toujours plus l’ampleur de sa faillite économique, que le prolétariat retrouve un peu partout le chemin de sa perspective historique, les partis de gauche, “socialistes”, “communistes” et gauchistes, s’apprêtent une nouvelle fois à utiliser les noms des “trois L” (Lénine, Liebknecht, Luxemburg) pour détourner les prolétaires du combat auquel ces grandes figures du mouvement ouvrier ont consacré et donné leur vie (et notamment contre la boucherie impérialiste de 1914-1918). A l’époque, la vérité sur les “trois L” était un moyen de résister à la terrible contre-révolution qui pesait sur le prolétariat. Aujourd’hui, c’est un instrument du combat de cette classe pour déjouer les pièges que la bourgeoisie ne se privera pas de semer sur le chemin de sa perspective révolutionnaire. C’est pour cela que cet article garde aujourd’hui toute son actualité.
« Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d’oppresseurs les récompensent par d’incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d’en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d’entourer leur nom d’une certaine auréole afin de ‘consoler’ les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l’avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire” (Lénine, l’État et le Révolution).
Évoquer ces trois figures, leur vie, leur œuvre, leur lutte, c’est évoquer l’histoire et l’expérience de la lutte internationale du prolétariat durant le premier quart du xxe siècle. Jamais vies d’hommes furent moins privées, moins personnelles, plus entièrement liées à la cause de l’émancipation révolutionnaire de la classe des opprimés, que les vies de ces trois figures des plus nobles du mouvement ouvrier.
Plus que toute autre classe dans l’histoire, le prolétariat est riche en belles figures révolutionnaires, en militants dévoués, en lutteurs infatigables, en martyrs, en penseurs et hommes d’action. Cela est dû au fait que, contrairement aux autres classes révolutionnaires dans l’histoire, qui ne luttaient contre les classes réactionnaires que pour substituer leur propre domination et l’asservissement de la société à leurs propres intérêts égoïstes de classe privilégiée, le prolétariat, lui, n’a pas de privilèges à conquérir. Son émancipation est l’émancipation de tous les opprimés et de toutes les oppressions, sa mission est celle de la libération de l’humanité entière, de toutes les inégalités et injustices sociales, de toute exploitation de l’homme par l’homme, de toutes les servitudes : économique, politique et sociale.
C’est en détruisant révolutionnairement la société capitaliste et son État, en construisant la société socialiste sans classes, que le prolétariat, remplissant sa mission historique, ouvrira une nouvelle ère de l’histoire humaine, l’ère de la véritable liberté et de l’épanouissement de toutes les facultés de l’homme. Aussi, dans la période de déclin du capitalisme, seul le prolétariat et sa lutte émancipatrice offrent un terrain historique où s’exprime tout ce qu’il y a de progressif dans la pensée, dans les aspirations, dans l’idéal et dans tous les domaines de l’activité humaine. C’est dans cette lutte libératrice du prolétariat que l’histoire a placé la source vivifiante des plus hautes qualités morales humaines : désintéressement, abnégation, dévouement absolu à la cause collective, courage. Mais on peut affirmer, sans crainte de tomber dans l’idolâtrie, qu’à ce jour, hormis peut-être les fondateurs du socialisme scientifique, le prolétariat n’a pas trouvé de meilleurs représentants, de guides plus grands, de figures plus nobles, pour symboliser son idéal et sa lutte, que ceux de Lénine, Luxembourg et Liebknecht.
Le prolétariat n’a ni dieux, ni idoles. L’idolâtrie est le propre d’un état arriéré et primitif des hommes. C’est aussi une arme pour la conservation des classes réactionnaires, pour l’abrutissement des masses. Rien n’est plus funeste à la lutte révolutionnaire du prolétariat que la tendance qu’on essaie de lui imprimer au fétichisme et à l’idolâtrie.
Le prolétariat, pour vaincre, a besoin d’une conscience toujours plus grande, plus aiguë, de la réalité et de son devenir. Ce n’est pas dans une mystique, aussi noble que soit la cause, qu’il peut puiser la force de marcher en avant et accomplir sa mission révolutionnaire, mais uniquement dans une conscience critique extraite de l’étude scientifique et de l’expérience vivante de ses luttes passées. La commémoration de la mort de Lénine, Luxemburg et Liebknecht, ne peut jamais être pour les révolutionnaires un acte religieux.
Le prolétariat, pour poursuivre sa lutte, a sans cesse besoin d’étudier son propre passé afin d’assimiler l’expérience, d’en prendre conscience, de s’appuyer sur l’acquis historique et aussi pour dépasser les erreurs inévitables, corriger par la critique les fautes commises, renforcer ses positions politiques par la prise de conscience des insuffisances et lacunes en complétant son programme, et enfin pour résoudre les problèmes dont la solution est restée inachevée hier.
Pour les marxistes révolutionnaires qui répugnent à l’idolâtrie et au dogmatisme religieux, commémorer les “trois L”, c’est puiser dans leur œuvre et dans leur vie, leur expérience, les éléments pour la continuité de la lutte et l’enrichissement du programme de la révolution socialiste. Cette tâche est à la base de l’existence et de l’activité des fractions de la Gauche communiste internationale.
Il n’y a pas d’exemple plus révoltant de déformation, de falsification plus éhontée d’une œuvre d’un révolutionnaire, que celui que la bourgeoisie a fait de l'œuvre de Lénine. Après l’avoir pourchassé, calomnié, poursuivi d’une haine implacable durant toute sa vie, la bourgeoisie mondiale, pour mieux duper le prolétariat, a fabriqué un faux Lénine à son usage.
On se sert de son cadavre pour rendre inoffensifs son enseignement et son œuvre. On se sert de Lénine mort pour tuer le Lénine vivant.
Le stalinisme, meilleur agent du capitalisme mondial, s’est servi du nom de ce chef de la Révolution d’Octobre pour accomplir la contre-révolution capitaliste en Russie. C’est en citant Lénine qu’ils ont massacré tous ses compagnons de lutte. Pour entraîner les ouvriers russes et du monde dans le massacre impérialiste, ils présentent un Lénine, “héros national russe”, partisan de la “défense nationale”.
L’action de Lénine, qui fut un ennemi acharné de chaque instant du capitalisme russe et mondial et de tous les renégats passés au service du capitalisme, ne peut être retracée dans le cadre d’un article. Son œuvre trouve sa plus haute expression dans les trois points suivants qui se situent à l’aube, à la maturité et à la fin de sa vie.
C’est d’abord la notion du parti qu’il donne en 1902 dans Que faire ?.
Sans parti politique révolutionnaire, enseigne-t-il, le prolétariat ne peut ni faire la révolution, ni prendre conscience de la nécessité de la révolution. Le parti, c’est le laboratoire où se fait la fermentation idéologique de la classe. “Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire”. Construire, cimenter le Parti de la révolution sera le fond de toute son œuvre. Octobre 1917 apportera la confirmation historique de la justesse de ce principe. C’est grâce à l’existence de ce parti révolutionnaire que fut le Parti bolchevik de Lénine que le prolétariat russe a pu sortir victorieux en Octobre.
C’est ensuite la position de classe contre la guerre impérialiste en 1914. Non seulement le prolétariat repousse toute défense nationale en régime capitaliste, mais il doit œuvrer, par ses luttes de classe, à la défaite de sa propre bourgeoisie, pour le défaitisme révolutionnaire, oeuvrer par la lutte de classe révolutionnaire, par la fraternisation des soldats des deux côtés des frontières impérialistes, à la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, pour la révolution socialiste.
Lénine dénoncera tous les faux socialistes qui ont trahi le prolétariat pour se mettre au service de leur bourgeoisie ; il dénoncera violemment les gens qui, tout en se disant du bout des lèvres contre la guerre, hésitent à rompre avec les traîtres et les renégats. Il proclamera la nécessité de la formation d’une nouvelle Internationale et des nouveaux partis, où les traîtres et les opportunistes n’auront pas droit de cité. Enfin, il démontrera que l’époque impérialiste est la dernière période du capitalisme, la période des guerres impérialistes, et que seul le prolétariat, par la révolution, peut y mettre fin. Cette thèse de Lénine a été confirmée par l’éclatement de la révolution en Russie et ensuite en Allemagne, qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. Elle s’est à nouveau confirmée d’une façon tragique, quand les défaites de la révolution et l’écrasement physique et idéologique du prolétariat ont posé la condition de la reprise de la guerre impérialiste mondiale que fut la guerre de 1939-45. Enfin, Lénine a démontré en 1917, dans la pratique, que la transformation de la société ne peut se faire par la voie pacifique de réformes, mais nécessite la destruction violente, et de fond en comble, de l'État capitaliste et l’instauration de la dictature du prolétariat contre la classe capitaliste.
La victoire de la Révolution d’Octobre, la construction de l’Internationale communiste, parti de la révolution mondiale, les thèses fondamentales de l’Internationale communiste sont le couronnement de l'œuvre de Lénine et le point culminant, la position la plus avancée atteinte par le prolétariat dans la période précédente.
La mort de Lénine coïncide avec le reflux de la révolution et les défaites du prolétariat. Dans cette période de recul, l’absence de Lénine a pesé lourdement sur le mouvement révolutionnaire. L'œuvre si riche de Lénine n’est pas exempte d’erreurs et de lacunes. C’est aux révolutionnaires aujourd’hui qu’il appartient de corriger et de dépasser les erreurs historiques du prolétariat. Mais Lénine, par son œuvre et son action, a fait faire un pas de géant et décisif sur le chemin de la révolution et restera, à ce titre, un guide immortel du prolétariat.
L’œuvre de Rosa Luxemburg est encore, aujourd’hui, profondément ignorée, non seulement des larges masses, mais même des militants avertis.
L’apport de Rosa dans la théorie marxiste fait d’elle l’élève et la continuatrice la plus brillante et la plus profonde de Karl Marx.
Son analyse de l’évolution de l’économie capitaliste donne la seule explication scientifique de la crise ultime et permanente du capitalisme. Il est impossible d’aborder sérieusement l’étude de notre époque de l’impérialisme, de l’inéluctabilité de la crise économique et des guerres impérialistes, sans se baser sur l’analyse pénétrante de Rosa. En donnant une solution scientifique aux problèmes de la reproduction élargie et de l’accumulation du capital qui se trouvaient inachevés chez Marx, Rosa a dégagé le socialisme d’une impasse pour le placer dans sa nécessité objective.
Mais Rosa Luxemburg ne fut pas seulement une grande théoricienne et une économiste érudite, elle fut avant tout une combattante révolutionnaire.
Chef de file incontestée de la gauche de la social-démocratie allemande, elle a, de bonne heure, dénoncé l’enlisement opportuniste de la IIe Internationale. A la tête de la gauche, avec son compagnon d’armes Karl Liebknecht, elle romp, durant la guerre de 1914-18, avec la social-démocratie de trahison au service de la bourgeoisie et de Guillaume II.
Des années de prison pour son action contre la guerre n’ont pas calmé son ardeur. Sortie de prison, elle organise le Spartakusbund et engage la lutte pour la révolution socialiste en Allemagne. Sur bien des points, l’histoire a confirmé la justesse des positions de Rosa en opposition avec Lénine, et notamment sur la question nationale et coloniale, où Rosa dénonçait l’erreur de la position de la libération nationale et du “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes” qui, étant d’essence bourgeoise et historiquement réactionnaires, ne peuvent que détourner le prolétariat des petits pays opprimés de son terrain de classe et renforcer de ce fait le capitalisme international.
Les événements dans les pays baltes, la révolution nationale turque, comme toute une série de révolutions “nationales”, et la Chine en 1927, devaient expérimentalement donner une confirmation tragique aux avertissements de Rosa.
Les nouveaux partis que le prolétariat doit construire aujourd’hui ne peuvent présenter un pas en avant qu’en reprenant la thèse fondamentale de Rosa sur la question nationale, et en l’approfondissant. Certaines autres critiques, et certains avertissements de Rosa à la Révolution russe, concernant la liberté et la violence dans la révolution, doivent servir de matériaux, conjointement avec l’expérience ultérieure de la Russie, à l’établissement du nouveau programme des partis de classe.
Karl Liebknecht est l’autre grande figure de la révolution allemande de 1919. Député au Reichstag, il rompt la discipline du groupe parlementaire et prononce du haut de la tribune du Parlement le réquisitoire contre la guerre impérialiste.
“L’ennemi est dans notre propre pays”, proclamera sans cesse Liebknecht, et il appellera les ouvriers et les soldats à la fraternisation et à la révolte. Son souffle ardent galvanisera les énergies révolutionnaires, et la révolution en 1918 le trouvera avec Rosa Luxemburg à la tête des masses prolétariennes, à l’extrême pointe de la bataille.
En assassinant Karl et Rosa, en momifiant Lénine, la bourgeoisie n’a pu que retarder son propre anéantissement.
La social-démocratie allemande, pour sauver le capitalisme de la menace de la révolution, déchaînera la plus sanglante répression contre le prolétariat. Mais le massacre de dizaines de milliers de prolétaires ne lui suffira pas. Tant que Rosa et Liebknecht sont en vie, elle ne se sentira pas rassurée. Aussi c’est eux qu’elle cherche, qu’elle vise et qu’elle finit par atteindre, en les faisant assassiner par sa police, lors d’un transfert de prison. Hitler n’avait rien inventé ; Noske, ministre socialiste et chien sanglant de la bourgeoisie, lui a donné la première leçon et lui a ouvert la voie, tout comme Staline lui a appris la manière de transformer des millions d’ouvriers et paysans en prisonniers politiques, ainsi que le massacre en masse des révolutionnaires.
L’assassinat de Rosa et de Karl devait décapiter la révolution allemande et la révolution mondiale pour des années. L’absence de ces chefs fut un handicap terrible pour le mouvement ouvrier international et l’Internationale communiste.
Mais le capitalisme peut assassiner les dirigeants de la révolution, il peut momentanément fêter sa victoire sur le prolétariat en le jetant dans des guerres impérialistes nouvelles. Il ne peut toutefois résoudre les contradictions de son régime qui le précipitent dans les gouffres de la destruction généralisée.
Lénine, Karl et Rosa sont morts, mais leur enseignement reste vivant. Ils restent le symbole de la lutte à mort contre le capitalisme et la guerre, par la seule voie qui s’offre à l’humanité, par la révolution prolétarienne.
C’est en suivant leur trace, en continuant leur œuvre, en s’inspirant de leur exemple et de leur enseignement, que le prolétariat international fera triompher la cause pour laquelle ils sont tombés : la cause du prolétariat et du socialisme.
L'Étincelle
(janvier-février 1946)
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