Comme nous l'avons déjà dénoncé dans notre presse, l'attaque que subissent les ouvriers de la RATP, de la SNCF ou EDF contre les régimes spéciaux de retraites ne sont qu'une première étape des attaques contre les conditions de vie de la classe ouvrière. Demain, ce sera au tour de tous les ouvriers de voir leur régime de retraite remis en cause. En même temps, les attaques contre la protection sociale sont mises en place avec les franchises sur le remboursement des médicaments.
Les étudiants en lutte l'ont bien compris quand les grévistes élargissent leurs revendications, non seulement au retrait de la loi de réforme des universités,mais aussi pour la défense des régimes spéciaux et le retrait des franchises médicales qui sont mises en place.
Le spectre de la lutte contre le CPE réapparaît et les syndicats tant ouvriers qu'étudiants font tout leur possible pour qu'une telle dynamique ne puisse pas s'enclencher à nouveau, dynamique capable de donner une perspective au combat de toute la classe ouvrière en France mais aussi à l'échelle internationale.
Nous avons déjà rendu compte sur notre site de l'intimidation des syndicats (voir «un exemple de sabotage syndical dans les universités»). Notre intervention partout où nos forces nous l'ont permis, dans les AG ouvrières et dans les universités, a rencontré le soutien et la sympathie de beaucoup d'ouvriers et d'étudiants. C'est ainsi qu'en province, un groupe de jeunes étudiants 1] est venu discuter avec nos camarades et nous a transmis leur propre expérience du sabotage syndical de la lutte.
Ce que ces camarades ont vécu dans la lutte et nous ont transmis est révélateur du mépris de ces soit-disant «organisations ouvrières» pour le mouvement lui même. La seule chose qui compte est qu'il n'échappe pas à leur contrôle et ne puisse pas constituer une véritable force autonome qui permettrait aux ouvriers et aux étudiants de développer une véritable solidarité et une confiance accrue dans leur lutte commune.
Nous allons citer ce que ces camarades nous ont écrit :
Et les camarades concluent :
Contrairement aux apparences, donc, l'orientation du mouvement ne résulte pas, ici, de la volonté et des décisions des AG, mais des manoeuvres occultes de syndicats comme l'AGET-FSE, SUD Etudiant ou encore des organisations politiques comme la JCR.
Nous avons soutenu dans l'AG la proposition de ces camarades d'envoyer une délégation étudiante la plus large possible aux assemblées générales des cheminots. Cette proposition a été votée par l'AG. Mais déjà, le présidium autoproclamé a fait savoir qu'il n'était pas possible d'aller massivement aux AG des cheminots, en prétextant les nombreuses actions à mener simultanément. Au final, ce ne sont donc que 3 étudiants qui ont reçu mandat de l'AG pour cette délégation : un militant de l'AGET-FSE, un militant de la JCR et « une indépendante » comme l'écrive les camarades. Eux mêmes s'étaient présenté au vote de l'AG pour constituer la délégation, mais, n'étant pas connus face aux figures syndicales présentes dans l'AG, ils n'avaient aucune chance d'être mandatés.
Mais laissons la parole à ces camarades :
Pris la main dans le sac de ses magouilles, l'AGET-FSE n'a rien trouvé de mieux que de reprocher aux camarades d'avoir pris des initiatives, soi-disant au nom des AG étudiantes. C'est en leur nom propre que ces camarades sont allés aux assemblées générales des cheminots, où ils ont été bien accueillis et ont pu prendre la parole, proposant aux cheminots de venir dans les AG étudiantes (ce qui a été fait), proposant une distribution de tract commune au métro.
Comme le disent ces camarades :
La solidarité naissante entre ouvriers et étudiants, le fait que des retraités non cheminots aient pu prendre la parole dans les AG de cheminots, tout cela montre les avancées de cette lutte : le combat des cheminots n'est pas leur combat,mais celui de la classe ouvrière qu'elle soit encore sur les bancs de la fac ou qu'elle soit retraitée. Cela, les syndicats ne peuvent pas l'accepter et ont tout fait pour que de telles manifestations de solidarité ne se propagent pas plus largement.
Le 22 novembre, les camarades ont participé à la manifestation étudiante, dans les rues de Toulouse. Laissons leur encore la parole :
La force de la lutte c'est la lutte elle-même. Ces quelques éléments rapportés ci-dessus nous le montrent. D'un côté un mouvement qui commence à poser dans la pratique la nécessité de la solidarité dans la lutte de tous les ouvriers, des étudiants jusqu'aux retraités. Dans la continuité de luttes comme le CPE en France, seule l'unité la plus large des ouvriers peut permettre de constituer un rapport de force capable de faire reculer la bourgeoisie dans ses plans d'austérité et de misère qu'elle nous réserve.
Face à cela, la bourgeoisie et son Etat ont mis en place leurs syndicats et les organisations gauchistes comme les JCR.
Ces quelques exemples montrent que cette perspective est en marche. Une importante victoire pour la classe ouvrière sera de reconnaître quels sont ses véritables ennemis.
C'est ce qu'elle a commencé à faire dans cette lutte.
[1] - un membre de ce groupe se dit trotskiste bien que ne faisant pas partie d'une quelconque organisation et ils signent leurs écrits : Des communistes : branche Marx, Lénine, Trotsky.
[2] AGET -FSE : Association Générale des Etudiants de Toulouse, Fédération Syndicale Etudiante
[3] JCR : Jeunesses Communistes Révolutionnaires, organisation de jeunesse de la LCR, Ligue Communiste Révolutionnaire
Le lundi 19 novembre, dans une grande ville de province, un petit groupe d'étudiants venus à notre dernière réunion publique a amené une délégation de vieux travailleurs politisés, membres du CCI, dans deux AG de cheminots. Dans la mesure où les syndicats avaient pris soin de bien quadriller les AG par secteurs, nos camarades se sont séparés pour prendre la parole dans deux AG : une du personnel de la gare et une des conducteurs.
Dans les deux AG, l'accueil des cheminots a été très chaleureux. Dans celle du personnel de la gare, notre camarade s'est présenté en disant qu'il n'était pas cheminot, qu'il était travailleur retraité mais qu'il venait leur apporter sa solidarité, ajoutant que, si c'était possible, il aimerait prendre la parole pour exprimer ses idées concernant cette solidarité. La réponse des cheminots qui l'ont accueilli a été de le remercier d'être venu témoigner sa solidarité. Ils ont ajouté : « bien sûr, vous pourrez parler ».
L'AG a commencé vers 11h30 et s'est terminée vers 12h30. Pour diriger cette AG, une brochette de représentants des syndicats était là : FO, CFDT, CFTC, CGT, SUD... Chacun y est allé de son speech pour rappeler les revendications, pour dire qu'il fallait établir un rapport de forces de « haut niveau », pour présenter la négociation qui était annoncée comme une perspective de la lutte, pour affirmer que c'étaient les AG qui décidaient, mais le tout dans une enveloppe très corporatiste. En effet, non seulement c'était une AG de secteur, mais le souci de la situation des étudiants et des autres fonctionnaires pour envisager une lutte commune était totalement absent de leurs interventions. Un délégué syndical a même affirmé que la perspective était de lutter pour « obtenir des réformes » et non pas de lutter tous ensemble parce que l'orientation des syndicats n'était pas de tout « révolutionner ». Le représentant de la CFDT, quant à lui, a dit que la fédération départementale n'était pas d'accord avec l'échelon national qui avait appelé à arrêter la grève.
Suite à ces discours, un jeune cheminot s'est dirigé alors vers notre camarade retraité venu apporter sa solidarité et lui a dit : « Si vous voulez parler, vous pouvez. » Les porte parole des syndicats, comprenant l'enjeu de la situation, ont dit qu'il fallait attendre encore un peu avant de lui donner la parole car il fallait d'abord procéder au vote sur la reconduction de la grève et ensuite écouter encore des propositions d'actions (qui montrent que, à la veille de la manifestation du 20 novembre, les représentants syndicaux ont été obligés de « prendre le train en marche" à toute vitesse alors que dans les entreprises de la Fonction publique ils n'avaient fait aucun appel à engager la lutte en solidarité avec les cheminots)[1] : « aller aux guichets pour inviter ceux qui travaillent à aller à la manif de mardi, et leur dire qu'ils ne risquent rien à le faire », ou encore « distribuer un tract le lendemain matin de bonne heure au métro ».
Il est évident que les syndicats n'avaient nullement envie que cette "minorité" d'étudiants viennent "semer le désordre" dans leur chasse gardée, en ouvrant dans les AG de cheminots leur "boîte à idées", comme lors du mouvement contre le CPE au printemps 2006 (voir notre supplément "Quelles leçons de la lutte contre le CPE ?"). Ce type d'AG organisée, dirigée et sabotée par les syndicats ne prévoyait pas et ne permettait pas un réel débat, un véritable échange d'idées. Et pourtant, il y avait une vraie combativité et un réel mécontentement. Sur 117 votant, 108 cheminots se sont prononcés pour la reconduction de la grève.
C'est seulement après le vote que notre camarade retraité a donc pu parler au micro (car, bien sûr, pour les syndicats, les propositions faites par les "éléments extérieurs" qui ne sont pas concernés par la grève, n'ont pas à être discutées par les cheminots). Voici le contenu de son intervention :
« Je ne suis pas cheminot, je suis retraité. Mais je tiens à apporter ma solidarité à votre lutte. Vu de "l'extérieur", aujourd'hui, il y a plusieurs luttes contre des attaques qui toutes touchent les conditions de travail et de vie des travailleurs. Vous qui luttez pour préserver vos retraites, les étudiants, qui sont de futurs ouvriers, et qui luttent contre une réforme qui va transformer certaines universités en "facs poubelles", les travailleurs de la fonction publique (comme ceux de l'Éducation Nationale) vont manifester demain car leurs conditions de travail deviennent insupportables et de nombreux postes vont être supprimés. Toutes ces luttes sont une même lutte pour la défense de nos conditions de vie. Tout à l'heure, j'ai entendu dire qu'il fallait imposer un rapport de forces de "haut niveau", je suis bien d'accord. Mais comment faire ? Je pense qu'il faut lutter tous unis. C'est parce qu'il y a eu une grande solidarité des salariés avec les étudiants que, face aux manifestations massives contre le CPE, le gouvernement a fini par reculer. Demain, il faut aller nombreux à la manif ; mais aussi, je pense que ce serait bien s'il n'y avait qu'une seule banderole sur laquelle serait inscrit quelque chose comme "Cheminots, étudiants, fonctionnaires : tous unis dans la lutte !" Et puis, à la fin de la manif, au lieu de rentrer sagement à la maison ou d'aller au bistrot, il faudrait que les cheminots aillent discuter avec les étudiants, avec les fonctionnaires, les fonctionnaires avec les étudiants et les cheminots. Il faut discuter entre nous, cela nous permettra de commencer à construire l'unité dont nous avons besoin. Car, face aux attaques, la seule façon de nous défendre, c'est de construire cette unité ».
Cette intervention a été accueillie par des applaudissements chaleureux.
Avant que l'AG ne commence, notre camarade retraité avait un peu discuté avec les cheminots des mensonges des médias. Ces mensonges sont évidents pour tout le monde, sauf pour les aveugles et les sourds (et les manifestants du dimanche de "Liberté Chérie"). A la fin de l'AG, il a pu discuter de nouveau avec un petit groupe de jeunes cheminots. Il leur a demandé : « Que pensez-vous de l'idée d'une banderole unique ? ». La réponse de l'un d'eux a été : « A la base, on serait plutôt pour, mais ce sont les fédérations qui ne veulent pas. »
On ne saurait être plus clair sur les manoeuvres de division des syndicats. Néanmoins, bien qu'elle soit contrecarrée par les syndicats, l'idée des nécessaires unité et solidarité de toute la classe ouvrière fait son chemin.
Dans l'autre AG, celle des conducteurs, l'accueil de nos camarades accompagnés par des étudiants a également été chaleureux. Ils ont pu intervenir pour défendre la même orientation que celle mise en avant par notre camarade retraité. Les étudiants ont repris avec enthousiasme l'idée d'une banderole unique. Les interventions des étudiants et de nos camarades ont été bien accueillies malgré le fait que les conducteurs avaient encore l'illusion qu'à eux seuls ils peuvent se défendre efficacement parce qu'ils peuvent "bloquer" le trafic. C'est pourtant l'union des travailleurs et pas seulement un "blocage" qui fait la force de la classe ouvrière. Le fétichisme du "blocage" est aujourd'hui la nouvelle tarte à la crème des syndicats pour empêcher toute réelle extension et unification des luttes et permettre au gouvernement de faire passer ses "réformes".
Depuis le 18 octobre, la construction de cette unité se heurte en permanence au travail de division des syndicats. Mais, comme le disait ce petit groupe d'étudiants dans une discussion que nous avons eue après les AG, « les attaques de la bourgeoisie contre tous les secteurs de la classe ouvrière sont si globales que cette situation ne peut que favoriser la tendance vers l'unité des luttes ».
Ce petit groupe d'étudiants a parfaitement compris que, comme le disait un étudiant de l'université de Paris 3-Censier en 2006, « si on reste tout seuls, on va se faire manger tous crus ». Et c'est parce qu'ils ne voulaient pas que leurs camarades cheminots restent isolés et finissent par se faire eux aussi matraquer par les milices du capital qu'il sont allés chercher la solidarité des vrais communistes (dont certains ont connu les passages à tabac par les bonzes syndicaux du service "d'ordre" de la CGT dans les années 1970 et 1980). Mais il est vrai que depuis la chute du mur de Berlin, la CGT (et le P"C"F) s'est beaucoup "démocratisée". Ces étudiants qui ont été capables de déverrouiller les AG des cheminots (séquestrés dans la prison du "local syndical"), ont dit à nos camarades de la "vieille" génération : « c'est super d'avoir des parents comme vous ! ». C'est un état d'esprit qui se situe aux antipodes de celui de certains étudiants "contestataires" de la fin des années 1960 (marqué par le "conflit des générations") et qui, en rébellion contre leurs parents qui avaient vécu la terreur des régimes nazis et staliniens, voulaient parquer "tous les vieux dans les camps de concentration" ![2]
L'intervention de nos camarades n'avait pas pour but de venir faire de la pêche à la ligne et de vendre des "cartes du parti" car le CCI n'est pas une organisation qui (contrairement aux trotskistes et aux organisations de la "gauche plurielle") participe au cirque électoral bourgeois. Elle ne vise pas non plus à "récupérer le mouvement" comme se l'imaginent les doux rêveurs "anti-parti" et les vrais "récupérateurs" de tout bord.
Quant à ceux qui continuent encore à crier "Au loup !" en mettant en garde contre les "bolcheviks au couteau entre les dents", on ne peut que leur conseiller d'apprendre l'histoire réelle et non celle racontée de façon mensongère, depuis des décennies, par les idéologues patentés du capital et les plumitifs de la propagande bourgeoise (les médias et la petite bourgeoisie de l'intelligentsia républicaine). Les nouvelles générations de la classe ouvrière, qu'ils soient cheminots ou encore étudiants, découvrent ce qu'est la vraie "démocratie" et la vraie solidarité (même s'ils ont encore les illusions de la jeunesse et ne peuvent faire l'économie de l'expérience). Le courage dont ils ont fait preuve pour commencer à "contester" les directives des bonzes syndicaux et faire vivre la vraie culture de la classe ouvrière montre que l'avenir de l'humanité est bien entre leurs mains.
GM
[1] Ça vaut la peine de relever que, dans beaucoup de lieux de travail du secteur public (hôpitaux, ASSEDIC, etc.), les tracts syndicaux (notamment de le CGT) appelant à la grève et la manif du 20 novembre sont arrivés dans les services... le lendemain. En certains lieux, les panneaux syndicaux ont été nettoyés de tous les tracts sur la situation actuelle.
[2] Quarante ans après, il n'est pas étonnant que certains jeunes qui ont "mal vieilli" et sont devenus les serviteurs zélés de la bourgeoisie aient maintenant envie de "liquider" le spectre de Mai 68 en "gazant" les étudiants (qui revendiquent aussi le droit de rêver un peu) ou en les enfermant dans les geôles du capital. Mais il est vrai que les édu-castreurs qui veulent nettoyer la vitrine des universités françaises en cirant les bottes de Monsieur Le Pen, ont les idées bien courtes ...
Nous publions ci-dessous un compte-rendu adressé par un lecteur qui était présent au rassemblement organisé par des cheminots syndiqués et non syndiqués devant la direction de la SNCF le jour des négociations "tripartites" du 21 novembre (au lendemain de la grande manifestation des fonctionnaires) entre le gouvernement, les syndicats et la direction de l'entreprise.
Je vous remercie de publier ces quelques informations que j'ai pu recueillir en allant devant le siège de la SNCF à Paris (Montparnasse) le 21 novembre. D'après ce que j'ai pu comprendre en discutant avec les cheminot(e)s qui étaient là et en écoutant ce que les gens disaient autour de moi, ce rassemblement a été appelé par le syndicat SUD (opposé à la CGT) et les non syndiqués qui ont invité tous les usagers à y participer (mais comme les syndicats n'ont pas appelé à la grève dans la fonction publique après la manifestation du 20, il était difficile de pouvoir réunir davantage de monde). Il y avait un gros attroupement de cheminot(e)s, la plupart avec des badges et des drapeaux verts de SUD (c'étaient des cheminots des dépôts de Montparnasse et Austerlitz qui étaient au syndicat SUD ou non syndiqués ; certains avaient ou étaient sur le point de déchirer leur carte syndicale). Ils avaient l'air anxieux et attendaient la fin des négociations pour connaître le résultat. Il y avait aussi quelqu'un qui tenait un drapeau de FO et un autre qui essayait de distribuer des autocollants de la CNT. D'autres gens sont venus ensuite distribuer des tracts politiques. D'autres personnes, qui travaillaient dans l'Éducation nationale et la santé, sont aussi venues. Les gardes mobiles (pas agressifs) étaient là aussi pour protéger l'accès au siège de la SNCF où les négociateurs étaient en réunion.
Au début de l'après-midi, Bernard Thibault n'était toujours pas sorti de la réunion et les cheminots commençaient à trouver le temps long. Des cheminots ont dit en rigolant : "il est en train de prendre l'apéro avec les huiles de la direction". Des bruits ont circulé qu'il n'y avait pas de représentant du gouvernement dans ces négociations. Finalement, pour faire patienter les gens, le délégué de SUD a sorti un micro et a organisé une petite AG dans la rue en donnant la parole à tous ceux qui voulaient parler. Les cheminot(e)s étaient très en colère mais avaient une attitude très correcte. Ils ont été très dignes pendant tout le rassemblement (même si certains ont allumé des feux de Bengale à la fin, mais ce n'était pas dangereux). Le délégué de SUD a dit qu'il était contre la reprise du travail (car on ne peut pas reprendre le travail sans rien obtenir après neuf jours de grève). Le gars qui portait un badge de la CNT a pris le micro et a commencé à lever la tête vers les gardes mobiles qui étaient sur la balustrade, il s'est adressé à Sarkozy en criant : "On va t'enculer, le nabot des Carpates !" Les gardes mobiles ont gardé leur calme et ont observé tout ça de loin. Les cheminots étaient mal à l'aise et l'un d'entre eux a dit aux personnes présentes (qui ont demandé s'il y avait d'autres syndicalistes de la CNT ici) qu'il n'y avait pas de syndicat CNT chez eux. Pendant la discussion, quelqu'un a jeté une canette de bière en verre au milieu de l'AG. Un jeune homme qui s'est présenté comme cheminot (avec un badge SUD) a pris aussi longuement la parole et a dit que, vu la retraite qu'il allait toucher, il préférait aller "dealer de la cocaïne". Des cheminot(s) de SUD ont dit qu'ils ne l'avaient jamais vu chez eux.
C'était un peu la confusion et les cheminots avaient un air très grave. A ce moment, quelqu'un a sorti des canettes de bière et a commencé à faire un peu de bruit. Des usagers se sont demandé si ce n'était pas des provocations pour saboter l'AG (quelqu'un a dit : "ils sont venus faire du spectacle" car il y avait des gens qui filmaient et prenaient des photos). Les gardes mobiles étaient devant le rassemblement et il n'y a pas eu de débordement. Des cheminots ont compris qu'il y avait une nouvelle tentative de division et que le gouvernement cherchait à pourrir la grève. Un cheminot qui a compris le danger a dit assez fort à ses camarades : "on reprend le travail mais dans l'unité !". Une cheminote a dit à un usager : "si je reprends, ce sera la tête haute". Un autre, qui discutait avec quelques usagers, a dit qu'il valait peut-être mieux suspendre la grève pour garder les forces et remettre ça plus tard, à un moment plus stratégique. Il a dit aux usagers qu'il en avait marre de faire des grèves pour rien et de perdre à chaque fois autant d'argent en se battant pour les autres. "Il faudrait que les autres s'y mettent à leur tour". Il voulait raconter aux usagers son expérience et a dit des choses très intéressantes du style : "il faut compter à peut près une semaine. Si au bout de 6 à 8 jours, la grève ne s'étend pas, ce n'est pas la peine de continuer". Il y a eu des discussions où des usagers, et des étudiants (venus malgré la grève des transports), ont dit aux cheminots de ne pas se démoraliser. Les gens étaient scandalisés. Il y avait un fort sentiment de solidarité et de colère contre les syndicats car c'était évident pour tout le monde qu'ils étaient des traîtres et qu'il fallait que la fonction publique se mobilise. Mais quand et comment était la question.
L'idée d'une solidarité financière a aussi circulé si les cheminots n'obtiennent pas le paiement des jours de grève. Comme les cheminots en avaient un peu assez de faire le poireau, au bout d'un certain temps (au milieu de l'après-midi), le délégué syndical a annoncé l'arrivée du responsable de SUD qui était présent dans la réunion tripartite et allait donner des nouvelles. Étrangement, le micro avait disparu et tous les cheminots ont dû se rapprocher pour pouvoir entendre sa déclaration car il parlait très bas. Les usagers qui étaient à l'arrière n'ont presque rien entendu. Il a annoncé que SUD appelait à la reconduction de la grève et qu'il avait été décidé un calendrier de négociations jusqu'au 20 décembre. Bref, les cheminots étaient encore maintenus en haleine. Mais personne n'a cru à ce nouveau "calendrier" (dans le meilleur des cas, le gouvernement leur donnera une aumône). Des cheminots (et des usagers) ont dit qu'il fallait arrêter avec des "négociations"-magouilles dans le dos des grévistes. Ce rassemblement a eu lieu dans un climat assez tendu car, le matin même, la radio avait annoncé que des cheminots avaient fait des sabotages sur des voies ferrées du côté de Poitiers et les menaces de sanction étaient annoncées. Tout le monde était scandalisé et a compris que cette "nouvelle" était un avertissement aux cheminots qui voudraient encore faire reculer le gouvernement. Un cheminot a dit que ce n'était pas forcément une fausse nouvelle (c'est déjà arrivé qu'une petite minorité de cheminots désespérés et entraînés dans des actions "coups de poing" des syndicats fassent ce genre de chose).
A.
Ce témoignage est significatif de la méfiance et de la colère croissante contre les dirigeants syndicaux considérés comme des "traîtres", ceux qui "magouillent dans le dos des grévistes" et "prennent l'apéro avec la Direction". Il révèle aussi qu'une réflexion se fait jour sur la question "comment lutter ?" En particulier, la question de l'élargissement des luttes et de la solidarité entre différents secteurs (au sein de l'entreprise et en dehors) fait son chemin. L'idée que c'est rapidement que cet élargissement doit se réaliser avance également de même que celle qu'il est préférable de "reprendre dans l'unité" plutôt que de laisser la bourgeoisie pourrir le mouvement afin de démoraliser les ouvriers, de les dégoûter de la lutte et lui laisser les mains libres pour continuer à attaquer.
Cela dit, il est clair que le chemin est encore long car, pour le moment, une bonne partie de la colère contre les syndicats "traditionnels", particulièrement la CGT, est récupérée par un syndicat "radical" comme SUD.
Un contact nous a fait parvenir ces photos et cecommentaire que nous reproduisons tels quels ci-dessous comme témoignage vivantet parlant que la recherche de solidarité entre tous les secteurs en lutte faitson chemin parmi les jeunes générations de prolétaires.
Camarades,
Cematin, comme tous les matins, je me suis rendu au boulot sans grandenthousiasme et en traînant franchement des pieds... sans savoir qu'une surprise,et une belle, m'attendait à Fontainebleau.
J'aieu en effet le plaisir de découvrir la rue Grande,principale artère de la ville, jalonnée de slogans. Tous les abris-bus etquelques palissades étaient tagués : on pouvait y lire notamment « A bas les privilèges des riches - GREVE »,« STOP aux privilèges des riches -Vive la république sociale - GREVE », « GREVE - Ils nous respectent pas - GREVE »...
Déjà,ces messages témoignaient d'un esprit combatif... mais ce qui m'a donné le plusde baume au cœur pour le reste de lajournée, ce fut de lire un peu plus loin (je les ai mis en gras) : « Lalutte des cheminots est la nôtre - SOLIDARITE » et « La lutte des cheminots est la nôtre - MARREdes privilèges des riches » !!!!
Quelcontraste entre cet esprit de solidarité et les conneries propagandistes que maradio débitait au même instant dans ma bagnole, du type « regardez comment les cheminots, ces nantis,emmerdent et prennent en otage tous les pauvres travailleurs », etc.,etc.
Ensuivant la piste laissée par ce chemin de slogans (à la façon du Petit-Poucet),je me suis retrouvé devant... un lycée. J'ai essayé de me renseigner auprès desjeunes s'ils savaient qui avait fait ça (en saluant de tels actes)... ils n'ontpas voulu me répondre (fort logiquement)... mais leur très large sourire en disaitlong...
Oui !« La lutte des cheminots est la nôtre - SOLIDARITE » !!!
Jérôme,le 19 novembre.
PS :je vous joins aussi quelques photos que je me suis évidemment empressé deprendre.
Cheminots - solidarité!
Cheminots - marre des riches!
Links
[1] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/36/france
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/situations-territoriales/lutte-classe-france
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/interventions
[5] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/sncf
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/vie-du-cci/courrier-des-lecteurs