Depuis l'attaque énorme contre les retraites en France au printemps dernier, cela n'arrête pas. C'est une véritable déferlante ininterrompue d'attaques que la bourgeoisie et son gouvernement lancent contre toute la classe ouvrière. Déjà, ces attaques n'ont pas cessé pendant tout l'été et elles ont continué en redoublant encore de violence depuis la rentrée de septembre. Elles se sont succédées en n'épargnant aucune catégorie d'ouvriers, ni aucun secteur. Le gouvernement ne prend même plus de gants pour faire passer ses mesures anti-ouvrières. Jamais encore les prolétaires n'avaient dû subir si brutalement de tels coups de massue à répétition. Cela signifie, en premier lieu, que la crise économique mondiale connaît une telle accélération qu'elle ne laisse plus d'autre choix à la classe dominante que de cogner durement, de manière frontale et massive, à visage découvert. Mais c'est surtout la nature même des attaques que porte la bourgeoisie qui démontre que le système capitaliste se trouve dans une impasse, qu'il exprime sa faillite et révèle toutes ses contradictions en impliquant une détérioration dramatique des conditions de vie de toute la classe ouvrière.
Déjà, depuis plus de deux décennies,
la montée inexorable du chômage est le principal
révélateur de la faillite du capitalisme. L'attaque
contre les retraites du printemps en constituait une confirmation
édifiante. Aujourd'hui, l'attaque directement portée
contre les ouvriers licenciés et réduits au chômage
signifie non seulement que le capitalisme jette une masse croissante
de prolétaires à la rue mais qu'en plus, elle les
affame et les réduits à la misère, ouvrant la
voie à une paupérisation massive.
Des centaines de
milliers de familles ouvrières vont se retrouver brutalement
plongées dans la misère noire. Dès janvier 2004,
850 000 chômeurs seront directement frappés. Entre 130
et 250 000 perdront immédiatement leurs droits de toucher leur
allocation Assedic et, à terme, ce sont non seulement tous les
chômeurs mais toutes les futures victimes des licenciements qui
seront concernées.
En décembre 2002, un accord
cosigné par le patronat et les syndicats CGC, CFDT et CFTC
avait réduit la durée des allocations chômage
dans le but "d'équilibrer les comptes de l'Unedic"
(la caisse d'indemnisation des chômeurs), variables selon les
catégories et l'âge des chômeurs (de 30 à
23 mois pour les moins de 50 ans, de 45 à 36 mois au-delà)
en même temps qu'il augmentait les prélèvements
sur les salaires réservés au chômage de tous les
salariés. Mais ce n'est pas tout, car pour la première
fois, la bourgeoisie se permet une mise en application rétroactive
à cette attaque qui ne s'appliquera pas seulement aux nouveaux
chômeurs mais à tous ceux qui percevaient déjà
leur allocation sous le régime précédent qui
perdront du même coup entre 7 et 15 mois
d'allocations.
Aujourd'hui, c'est, à son tour, l'allocation
de solidarité spécifique (ASS) qui servait de
complément à l'Assedic (jusqu'ici versée sans
condition de durée au-delà de l'indemnisation de
l'Unedic aux chômeurs en fin de droits) que le gouvernement
prévoit de limiter à deux ans pour ceux qui vont tomber
dans cette catégorie à partir de 2004 et à trois
ans pour ceux qui bénéficiaient déjà de
l'ASS auparavant tandis que les plus âgés vont perdre
les 40% de majoration dont ils bénéficiaient jusque
là.
Cette allocation complémentaire, désormais
plafonnée à 925 euros de revenu par personne ou à
1500 euros pour un couple, indemnisant les ménages pouvant
justifier d'une activité salariée de cinq ans dans les
10 années précédant la mise au chômage,
allait de 13,56 euros par jour pour les moins de 55 ans à
19,47 euros pour les autres et était perçue par 420 000
personnes sur les 2,5 millions de chômeurs encore indemnisés.
Cette nouvelle mesure va condamner les chômeurs concernés
à vivre du seul RMI et à la clochardisation directe. Le
gouvernement ne va pas s'arrêter là. A l'horizon, se
prépare une refonte des organismes de chômage et
plusieurs ministres, de Sarkozy à Fillon ont déjà
annoncé qu'une fusion entre les agences pour l'emploi (ANPE,
où les chômeurs doivent à la fois pointer et se
voir contrôler) et les caisses d'allocation-chômage (les
Assedics regroupés dans l'Unedic) était à
l'étude, dans le but d'effectuer un filtrage encore plus serré
des chômeurs indemnisés.
Dans la foulée, le
gouvernement se prépare à modifier la législation
du travail rendant les contrats à durée déterminée
(CDD) plus "flexibles" et accentuant fortement leur
précarité. Au lieu de contrats d'une durée de 18
mois, ce seront désormais des contrats de "mission"
ou de "projet", autrement dit des contrats à durée
indéterminée, limités à l'accomplissement
d'un chantier, d'un programme précis ou d'une opération
ponctuelle. Les titulaires de ces contrats déjà
largement sous-payés pourront maintenant être débauchés
du jour au lendemain par n'importe quelle entreprise publique ou
privée.
En même temps, les restrictions annoncées
dans le budget 2004 poursuivent et intensifient les coupes claires
chez les fonctionnaires : 5000 emplois seront supprimés dans
les ministères, sans parler du blocage des salaires. Face à
cela, le gouvernement exerce un chantage de plus en plus ouvert : il
revient à la charge pour instaurer un salaire "au mérite"
indexé sur la notation des chefs de service qui conditionnera
également les promotions dans l'administration. Les coups
pleuvent tous azimuts : 900 bureaux de poste dans des zones rurales
sont en passe d'être supprimés tandis qu'à la
SNCF les recrutements sont à nouveau gelés et 2000
emplois seront supprimés.
Les plans de licenciements
continuent de plus belle. Dans tous les secteurs, dans toutes les
branches, dans toutes les régions, les entreprises de toutes
tailles ferment ou licencient, jetant chaque mois dehors de nouvelles
dizaines de milliers de prolétaires. Au cours du 1er semestre
2003, 28 410 entreprises ont été déclarées
en faillite en France et quelque 60 000 emplois dans le seul secteur
de l'industrie ont officiellement disparu. Ce sont autant de
prolétaires qui vont grossir les rangs des chômeurs et
se retrouvés exposés rapidement au sort de la majeure
partie d'entre eux, à la rue, sans abri.
Mais ce qui attend aussi les prolétaires, ce
n'est pas seulement de crever de faim, de froid ou de chaud en plus
grand nombre, c'est aussi de crever de maladie. C'est la perspective
ouverte par le projet de réforme de la Sécurité
Sociale, qui a déjà commencé à se
traduire concrètement par une série de mesures
drastiques.
L'étalement des chiffres et des statistiques
concernant le déficit de la Sécurité Sociale a
permis au gouvernement de relancer une grande campagne idéologique,
aidé par un rapport de la Cour des Comptes qui pointe "la
dérive des dépenses de santé", visant à
conditionner "l'opinion publique" pour faire admettre la
nécessité et l'inéluctabilité de cette
attaque. On pointe du doigt l'irresponsabilité et les abus, le
gaspillage des patients et des médecins, les arrêts de
travail trop fréquents qui seraient complaisamment délivrés
par les médecins, et, également, le coût du
vieillissement de la population.
Dès aujourd'hui, sont
imposées "des mesures d'urgence" censées
combler une partie du "trou". On voit aussitôt
émerger l'augmentation du forfait hospitalier de 10%, forfait
institué en 1983 par le "camarade ministre PCF de la
Santé", Jack Ralite et dont la dernière hausse
remontait à 1996, ainsi que la poursuite de la politique de
"déremboursement" des médicaments. La hausse
du prix du tabac de 20% le 20 octobre (qui sera suivi d'une autre de
1 euro par paquet au 1er janvier 2004) est également présentée
comme une mesure en faveur de la Sécurité Sociale. On
nous prévient déjà : cela ne suffira pas et de
nouvelles mesures sont envisagées. Le gouvernement s'arrange
pour nous dire : vous échappez à pire puisqu'on vous
épargne -pour l'instant- d'autres mesures comme la taxe de 50
cents par boîte de médicament délivrée, la
taxe d'un euro par feuille de soin, ou une augmentation de la CSG.
De
façon concomitante, la bourgeoisie exploite cyniquement les
méfaits de la canicule. La grande campagne lancée et
qui doit se traduire par un "plan gouvernemental" en
octobre fustige le comportement des familles envers les parents âgés,
qu'on abandonne chez elle, dans les maisons de retraite ou dans les
hôpitaux au lieu de les prendre en charge et de les soigner
dans un cadre familial. Mais la "trouvaille" la plus
percutante du programme de solidarité en faveur du troisième
âge est la suppression d'un jour férié par an
pour les salariés (probablement le lundi de Pentecôte).
Non
seulement la bourgeoisie démontre son incapacité à
entretenir les ouvriers à la retraite comme ceux qu'elle
licencie mais elle ne tolère plus les ouvriers malades et les
met dans l'impossibilité de se soigner. Ainsi, elle n'est même
plus capable de veiller à la reproduction de la force de
travail des ouvriers alors que, depuis l'aube du capitalisme, le
souci "social" le plus élémentaire de son
système d'exploitation était de veiller à ce que
l'ouvrier reste physiquement apte à revenir travailler le
lendemain pour assurer sa productivité.
La bourgeoisie profite actuellement de la moindre
occasion pour grappiller ici et là sur le dos des salariés.
Déjà, durant l'été, elle a profité
de la période estivale pour décider une série de
hausses sur tous les principaux services publics (eau, gaz,
électricité, téléphone, transports,...)
et sur les loyers.
Tous les moyens sont bons et on assiste à
une attaque directe au porte-monnaie : augmentation de 2,5 % de le
taxe d'habitation, hausse de 3 cents par litre du gazole et de
l'essence, amendes majorées pour des "infractions"
de toute nature etc.
Le gouvernement étale avec le plus
grand cynisme et une arrogance sans bornes son mépris du sort
des prolétaires. Mais s'il adopte une telle attitude, s'il
cherche à afficher au grand jour sa toute puissance et à
habituer la classe ouvrière à courber l'échine
sous les coups, c'est parce qu'il profite de la cuisante défaite
infligée à la classe ouvrière au printemps
dernier. Et cette défaite n'a été rendue
possible qu'avec la complicité des syndicats avec lesquels le
gouvernement s'est partagé le travail. Ce sont eux qui sont
les vrais responsables de la défaite, ayant épuisé
et dévoyé la combativité ouvrière,
notamment dans le secteur de l'Education nationale (voir notre
précédent numéro et notre tract diffusé
fin juin et reproduit dans RI 338) 1 [1].
Ces mêmes syndicats n'avaient pas cessé de brailler
pendant les mois d'été que "la rentrée
serait chaude" tout en baladant les ouvriers avec la lutte des
intermittents du spectacle et les rassemblements "citoyens"
des altermondialistes. Le fait qu'au plus fort des attaques ils
soient aujourd'hui remarquablement absents du devant de la scène
est une nouvelle preuve édifiante de leur complicité
avec le gouvernement.
Voilà ce qui attend la classe
ouvrière quand elle accepte de lutter derrière les
syndicats. Face aux attaques massives de la bourgeoisie, les ouvriers
n'auront pas d'autre choix que de riposter massivement. Mais pour
pouvoir se battre efficacement la classe ouvrière ne peut pas
faire l'économie de tirer les leçons de sa défaite
du printemps dernier et comprendre quels sont tous les ennemis
auxquels elle devra se confronter.
Wim (24 sept.)
1 [2] Il n'est pas surprenant d'ailleurs que le gouvernement puisse enfoncer le clou de la défaite la plus amère pour les salariés dans le secteur de l'Education avec le prélèvement intégral des jours de grève sur leur paie, y compris les samedis. Pour couronner le tout, le gouvernement se permet d'annoncer la suppression pour l'année prochaine de 2500 postes de professeurs stagiaires et de 1500 postes de titulaires dans les établissements secondaires.
Si depuis l'attentat du 11 septembre sur les Twin Towers à New York la barbarie guerrière ne connaît qu'une accélération continue, nous le devons en premier lieu à l'affrontement impérialiste devenu aujourd'hui permanent entre les plus grandes puissances capitalistes de ce monde en putréfaction. Il n'y a plus de pause possible dans l'horreur. Les tensions inter-impérialistes ont atteint un niveau tel que chaque grande puissance met à profit tout moment de faiblesse ponctuel de l'adversaire pour lui porter de nouveaux coups. Telle est la vie quotidienne du système capitaliste mondial, dans sa sénilité avancée. Après l'effondrement du bloc soviétique en 1989, la bourgeoisie mondiale nous promettait un avenir radieux. Les prolétaires du monde entier ne devaient plus s'en faire. Maintenant débarrassé du "communisme", le capitalisme allait répandre la paix et la concorde à la surface de la planète. En fait de paix, le monde a connu depuis plus de dix années l'enfoncement dans la barbarie. L'effondrement du bloc soviétique et l'éclatement du bloc américain ont ouvert la boîte de Pandore du déchaînement inter-impérialiste de tous contre tous, des plus petits aux plus puissants. "Dans la nouvelle période historique où nous sommes rentrés (...) le monde se présente comme une immense foire d'empoigne où jouera à fond la tendance au 'chacun pour soi', où les alliances entre Etats n'auront pas, loin de là, le caractère de stabilité qui caractérisait les blocs, mais seront dictées par les nécessités du moment. Un monde de désordre meurtrier, de chaos sanglant dans lequel le gendarme américain tentera de faire régner un minimum d'ordre par l'emploi de plus en plus massif et brutal de sa puissance militaire." ("Militarisme et décomposition", Revue Internationale n°64) L'impérialisme américain, dominant de manière écrasante le reste de la planète, se devait d'assurer son maintien de superpuissance unique depuis l'effondrement du bloc de l'Est. Il se devait de faire régner de par le monde son leadership et de se préserver, autant que possible, de toute remise en cause de la part des autres grandes puissances impérialistes rivales. L'attentat du 11 septembre à New York allait donner le prétexte qu'il lui fallait pour lancer sa fameuse campagne internationale anti-terroriste, autour de ce qui était dorénavant qualifié d'axe du Mal et qui comprenait essentiellement l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Corée du Nord. En réalité la concrétisation de cette politique à travers la guerre en Afghanistan et en Irak avait un tout autre but. Il s'agissait pour les Etats-Unis de démontrer concrètement aux autres grandes puissances rivales (Allemagne, France et dans une moindre mesure Russie, Chine, Japon) leur incroyable supériorité militaire. Il s'agissait de faire passer un message clair et net : "Il y a un seul maître à bord, les Etats-Unis, et toute contestation de cet état de fait ne pourra qu'entraîner des représailles à la hauteur de l'affront subi."
La démonstration de force effectuée par les Etats-Unis en Irak, la facilité avec laquelle ils ont anéanti aux yeux du monde entier l'armée de Saddam Hussein pouvait laisser entrevoir une période de relative accalmie sur le front inter-impérialiste. Mais rien de tel ne s'est produit, contrairement à l'après-première guerre du Golfe. Il faut dire que depuis leur victoire militaire en Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis ne cessent de s'engluer toujours plus profondément dans une situation de moins en moins contrôlable. Les attentats y deviennent presque monnaie courante. Chaque jour des soldats de la coalition et notamment des soldats américains se font tuer. Les Etats-Unis s'enlisent en Irak, leur impuissance pour y établir un minimum de sécurité et de reconstruction se montre au grand jour. Les 170 000 soldats américains ne suffisent pas, au minimum 10 000 soldats de plus sont demandés. Le coût humain et financier exorbitant de la guerre en Irak a obligé les Etats-Unis a proposé une nouvelle résolution à l'ONU, celle-ci demandant aide militaire et financière aux grandes puissances rivales ! La réponse ne s'est pas fait attendre. The Irish Times, cité par le Courrier International résume bien la question : "La France et l'Allemagne divergent des Etats-Unis sur le futur de l'Irak" et le Financial Times de dire : "Les Américains affrontent une opposition européenne sur le plan de paix en Irak." Hypocritement, les dirigeants français et allemands font valoir qu'en l'état actuel des choses le projet de résolution n'est pas assez abouti et Gerhard Schröder d'avancer : "La proposition américaine n'est ni assez dynamique, ni suffisante" et Jacques Chirac de surenchérir : "le plus urgent est de transférer rapidement la responsabilité politique à un gouvernement irakien." Tout est bon à ces crapules capitalistes pour mettre encore plus dans l'embarras le bandit rival. Le sort de la population irakienne ou des soldats tués, ils s'en moquent totalement. Ce qui compte, ce sont les coups portés à l'impérialiste rival. C'est cela et rien d'autre que les prolétaires doivent comprendre. Les Etats-Unis sont maintenant en grande difficulté en Afghanistan et en Irak, mais comme le dit le titre de The Independant : "Les Etats-Unis ne sont pas encore assez désespérés pour imaginer de confier à l'ONU le pouvoir de gérer ses troupes." Soyons sûrs que la France ou l'Allemagne entre autres feront tout pour que les Etats-Unis s'enlisent au maximum en Irak. Soyons sûrs que les Etats-Unis feront tout pour faire payer dans un très proche avenir cette nouvelle contestation de leur leadership. Une réelle stabilisation de l'Irak nécessiterait que les grandes puissances abandonnent leurs velléités impérialistes grandissantes. Cela nécessiterait la coopération des impérialismes des pays du Sud-Ouest asiatique, région limitée par le Caucase, la Turquie, l'Iran et l'Egypte. Tout cela relève de l'utopie la plus totale, c'est exactement l'inverse qui va se passer : cette région ne peut s'enfoncer que dans un chaos grandissant.
Le 2 septembre dernier, Yasser Arafat a déclaré à CNN que "la feuille de route n'existait plus." Le Moyen-Orient connaît une nouvelle vague de violence, d'assassinats et d'attentats. Dans cette région du monde qui connaît la guerre, en fait depuis la création du "foyer national Juif" en Palestine en 1920, cela paraîtrait presque banal. Pourtant cela fait maintenant plus de six mois que l'impérialisme américain embourbé en Irak tente de faire pression sur l'Autorité palestinienne, mais surtout sur Ariel Sharon pour que celui-ci accepte cette fameuse feuille de route, et donc reconnaisse la création d'un Etat palestinien autonome. Peine perdue, le premier ministre Mhamoud Abbas, alias Abou Mazen a dû démissionner. Celui-ci a expliqué son départ en raison des divergences avec le président Yasser Arafat. Il a également mentionné la tiédeur de l'aide américaine pour soutenir "le processus de paix." La décomposition du capitalisme n'offre de fait qu'une seule perspective, celle de la logique de l'affrontement. Depuis l'attentat suicide palestinien à Jérusalem du 19 août, l'Etat israélien a de son coté mené plusieurs attaques de missiles héliportés dans les territoires occupés. Enfin le 6 septembre, le gouvernement Sharon tente de liquider le chef spirituel du Hamas, mettant en effervescence les rues palestiniennes. Les propos de Sharon "d'éliminer politiquement" Yasser Arafat, tout en crédibilisant le leader palestinien, s'inscrivent dans une montée irrésistible de la violence et de la guerre au Moyen-Orient. Et ce n'est pas la nomination au poste de premier ministre d'Ahmed Qorei, alias Abou Alaa, "ami d'Arafat" qui va calmer la situation. Parallèlement à la dégradation politique au Moyen-Orient, l'escalade militaire est évidente. L'échec de la "feuille de route" américaine est patente, les difficultés que rencontrent les Etats-Unis à contrôler le gouvernement Sharon et l'Etat israélien (qui est le plus fidèle allié des américains) est la meilleure illustration des difficultés croissantes des Etats-Unis à imposer leur loi sur la scène impérialiste mondiale.
Les tentatives incessantes de la superpuissance américaine d'imposer son autorité se traduisent aujourd'hui par un déploiement militaire gigantesque qui s'étend des confins de la Russie et de la Chine à tous les pays du Moyen-Orient excepté la Lybie, la Syrie et l'Iran. Jamais une superpuissance n'aura dominé militairement une telle étendue géographique. De l'Afrique au Pacifique, l'impérialisme américain impose sa puissance militaire. Mais loin de stabiliser le monde, chaque coup de force militaire des Etats-Unis renforce inévitablement le chaos et l'instabilité. Ainsi en va-t-il des deux dernières guerres menées dernièrement par la Maison Blanche. A Kaboul, Ahmed Karzai et l'armée américaine sont impuissants face aux guerres incessantes que se livrent les différentes ethnies et autres chefs de guerre. En Irak, chaque jour apporte son lot croissant de misère et de désolation pour la population, d'assassinats et d'actes de guerre toujours plus nombreux. Tout pas en avant sur le terrain militaire effectué par les Etats-Unis provoque immédiatement une réaction de bon nombre des autres grandes puissances impérialistes de ce monde. Les Etats-Unis sont pour le moment en difficulté. La France, l'Allemagne, la Russie et d'autres encore ne manquent pas de saisir tous les moments de faiblesse de l'Oncle Sam pour essayer de les accentuer au maximum. Il n'y a plus de règles dans cette période de décomposition avancée du capitalisme. La situation actuelle le démontre encore clairement. Chacun défend ses intérêts et passe les alliances qui lui sont les plus favorables sur le moment. Mais les Etats-Unis ne pourront en aucun cas en rester là. Plus ils seront contestés, attaqués dans leur rôle de superpuissance dominatrice, plus ils auront recours inévitablement à ce qui fait leur force : la puissance militaire. Laisser à sa seule logique le capitalisme en putréfaction ne nous promet que toujours plus de barbarie, de chaos et de conflits guerriers.
Tino (24 septembre)En quelques années seulement, le mouvement "alter-mondialiste" a pris une ampleur et occupé une place importante dans le dispositif "contestataire" au niveau mondial. Depuis sa naissance autour du Monde Diplomatique, le mouvement est arrivé aujourd'hui à englober une contestation multiforme, largement ouverte, cherchant la caution scientifique de "spécialistes" tout en n'oubliant pas d'afficher sa radicalité par quelques actions d'éclat devant la presse : affrontement avec la police, regroupement autour d'évènements d'envergure comme le contre-sommet de Larzac 2003 made in José Bové.
Tout, dans ses discours, ses écrits et ses revendications veut donner l'impression que l'altermondialisme porte une nouvelle théorie de l'analyse du monde actuel et qu'il offre à la fois la compréhension de tous ses dysfonctionnements et de la base à leur dépassement. Témoin de cette ambition, aujourd'hui le mouvement ne se limite plus à contester, ce que montre la transformation de son nom d'anti-mondialisation en alter-mondialisation. Désormais, le mouvement propose aussi. Il propose une alternative et une perspective, un autre monde possible.
Au delà de l'inanité de ses théories "scientifiques", le plus important reste de montrer en quoi ce mouvement est une émanation idéologique de la bourgeoisie, s'intégrant parfaitement dans son paysage politique, et dont la mission est de détourner toute tentative de la classe ouvrière pour comprendre le monde et en tirer les conséquences en terme de perspective, pour les ramener sur le terrain bourgeois de la défense de la démocratie, de l'Etat, etc. Il faut clairement dénoncer ce caractère anti-prolétarien et montrer en quoi il représente aujourd'hui un réel danger pour la classe ouvrière.
L'analyse des altermondialistes part d'une dénonciation du monde libéral qu'ont construit les grandes puissances dans les années 1980 et qui a mis le monde entre les mains des grandes firmes multinationales, offrant à leurs profits des ressources et services qui échappaient auparavant à leur emprise, voire au monde marchand : l'agriculture, mais aussi les ressources naturelles, l'éducation, la culture, etc. De là est venue une standardisation de produits telle la nourriture (la fameuse malbouffe) et un processus de marchandisation, de la culture par exemple.
Cette domination globale a conduit le monde à s'orienter sur la logique de profit et à se soumettre à la dictature du marché. Cette dictature retire le pouvoir politique des mains des Etats, et donc des citoyens : le gouvernement du monde par les multinationales est donc l'atteinte majeure faite à la démocratie.
Pour les alter-mondialistes, donc, "le monde n'est pas une marchandise", la loi du marché ne doit pas guider les orientations politiques. Celles-ci doivent revenir dans les mains légitimes des citoyens, et cette perspective doit guider chacun dans la défense de la démocratie contre le diktat financier.
Voyons quelle valeur on peut donner à cette analyse rapidement brossée ci-dessus. Disons-le tout de suite : les alter-mondialistes ont redécouvert la lune. En effet, quelle découverte que celle du fait que les entreprises capitalistes ne recherchent que le profit ! Quelle découverte que celle du fait que dans le capitalisme, tout bien se transforme en marchandise ! Quelle découverte, enfin, que celle du fait que le développement du capitalisme entraîne la mondialisation des échanges ! Le mouvement ouvrier n'a pas attendu les années 1990 et ces grosses têtes universitaires pour en faire l'analyse : tout est déjà dans le Manifeste Communiste, publié la première fois en 1848 :
"Elle [ la bourgeoisie] a dissout la liberté de la personne dans la valeur d'échange, et aux innombrables franchises garanties et bien acquises, elle a substitué une liberté unique et sans vergogne : le libre-échange (…) La bourgeoisie a dépouillé de leur sainte auréole toutes les activités jusqu'alors vénérables et considérées avec un pieu respect. Elle a changé en salariés à ses gages le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, l'homme de science."
"poussée par le besoin de débouchés toujours plus larges pour ses produits, la bourgeoisie envahit toute la surface du globe. Partout elle s'incruste, partout il lui faut bâtir, partout elle établit des relations."
"En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a déroulé le marché mondial sous les pieds de l'industrie".
Ainsi, les altermondialistes peuvent parler d'un autre monde sans même une seule fois faire référence à deux siècles de lutte et de construction théorique par la classe ouvrière à propos justement de cet autre monde. Et pour cause : cet autre monde proposé par les alter-mondialistes s'appuie sur la période qui va des années 1930 à la fin des années 1970, période qui pour eux constitue un moindre mal par rapport à la libéralisation qui a débuté au début des années 1980, en ce sens que l'Etat y avait une place importante d'acteur économique direct (ce qui résulte de l'application des préceptes de l'économiste anglais Keynes).
Cependant, "préférer" les années 1930-1970, c'est passer l'éponge un peu vite sur un certain nombre de caractéristiques de cette période.
C'est notamment "oublier" la deuxième guerre mondiale, "oublier" que la politique keynésienne aura été incapable de résoudre la crise de 1929, laissant la plupart des pays occidentaux à la fin des années 1930 avec un chômage massif et une production stagnante voire en baisse, "oublier" la situation catastrophique de la classe ouvrière après la guerre et ce pendant plusieurs années, "oublier" que sur cette période, pas un seul jour ne s'est déroulé sans guerre, faisant parmi les populations des dizaines de millions de morts.
C'est "oublier" aussi et surtout qu'à la fin des années soixante, le capitalisme tombe dans une crise qui engendrera un développement inexorable du chômage.
Voilà à quoi ressemblait ce monde qu'il ne fallait pas changer ! Voilà l'exemple que nous donnent les alter-mondialistes d'un "paradis perdu" à retrouver, que la libéralisation des années 1980 a anéanti !
De tels "oublis", qui bien sûr n'en sont pas, sont en fin de compte le fondement d'une manipulation idéologique classique de la bourgeoisie : celle qui consiste à systématiquement opposer deux alternatives en apparences contraires, mais dont aucune ne sort du cadre capitaliste.
Un des exemples de cette fausse alternative réside dans l'argument selon lequel l'Etat s'est retiré de l'économie, laissant le terrain libre aux firmes qui dès lors sabordent l'intérêt général et la démocratie. Cet argument laisse pantois. En effet, jamais l'Etat n'aura été aussi présent dans l'économie qu'aujourd'hui ! C'est lui qui régente les échanges mondiaux en fixant les taux d'intérêt, les barrières douanières, etc. Il est lui-même un acteur économique incontournable, avec une dépense publique qui ne cesse de prendre une part toujours plus importante dans le PIB et des déficits budgétaires toujours plus présents ! Voilà l'Etat "impuissant", "absent" : dans le pays montré en modèle de libéralisme, les Etats-Unis. Bien malin serait celui qui pourrait citer un secteur économique, politique, social, dans lequel l'Etat n'a pas un rôle important voire prépondérant.
L'Etat n'est pas le garant d'un monde meilleur, où les richesses seraient mieux réparties : c'est lui qui fait ce monde, par la guerre, les attaques sur les conditions de vie des ouvriers en réduisant les pensions, les couvertures sociales, etc. C'est lui qui saigne la classe ouvrière pour tenir sous les coups de la crise de son système !
Ce que recherchent ici les alter-mondialistes, c'est de laisser un seul choix possible à ceux qui mettent en question la situation mondiale : soit le libéralisme sauvage, soit le capitalisme d'Etat. Cette fausse alternative fait écran à la seule alternative possible : socialisme ou barbarie.
La source des guerres, de la misère, du chômage, ce n'est pas une soi-disant révolution libérale imposée par des firmes surpuissantes, mais bien la crise du capitalisme, une crise mortelle qu'aucune option politique de la bourgeoisie, du keynésianisme au libéralisme, n'a pu enrayer et ne pourra enrayer.
Pour autant, les altermondialistes, tout en criant leur "anticapitalisme", se limitent à dénoncer les excès de ce monde et à émettre des propositions de réformes destinées à sauvegarder la démocratie "en danger".
Les propositions des altermondialistes pour un "autre monde" révèlent un aspect important de cette idéologie. En effet, derrière ce qui semble être un patchwork de propositions, se dessine un point commun qui ne doit pas nous étonner : toutes ces idées annoncées comme nouvelles ne sont qu'une resucée du traditionnel réformisme de gauche que le mouvement ouvrier n'a de cesse de combattre.
Arrêtons-nous d'abord sur la promotion de l'économie solidaire, autrement dit la généralisation à toute la planète d'expériences d'autogestion et de coopératives qui chaque fois se résument à l'auto-exploitation des ouvriers. Derrière cette idée, il y a fondamentalement la question de l'initiative citoyenne selon laquelle chaque individu peut participer à l'amélioration des conditions de vie dans le monde. Cette conception nie la division de la société en classe et livre les prolétaires pieds et poings liés à la bourgeoisie en qualité de citoyens. Ainsi, engagés dans les méandres de la démocratie participative, les ouvriers devenus citoyens s'éloignent de leur prise de conscience en tant que classe, leur combat représentent la seule issue à la barbarie actuelle.
De même, l'idée d'une meilleure répartition et d'une meilleure gestion de l'économie est une illustration exemplaire de la remise à neuf que les altermondialistes opèrent sur le réformisme. En effet, cette idée, c'est celle des sociaux-démocrates depuis des décennies, celle d'une meilleure répartition des fruits de la croissance. Ce discours nie délibérément que le capitalisme est en crise et que la bourgeoisie n'en est pas à répartir les fruits de la croissance, mais à faire payer les pots cassés de la crise à la classe ouvrière.
Mais surtout, on en revient toujours aux mêmes questions : en effet, qui peut assurer cette meilleure répartition, meilleure que le marché, sinon l'Etat ? Derrière ces questions de répartition, se trouve donc un élément essentiel de la propagande altermondialiste : celle de la défense de l'Etat et du service public. Voilà le discours neuf ; celui du capitalisme d'Etat à la mode stalinienne, juste remis au goût du jour par un vernis scientifique.
Finalement, derrière cette défense de l'Etat comme acteur de la vie sociale, il y a fondamentalement une défense de la démocratie, contre la dictature des multinationales.
Dernier aspect qu'il nous faut pointer, c'est le prétendu internationalisme du mouvement altermondialiste. Certes, des organisations existent dans plusieurs pays, et sont en relation entre elles. Leurs orientations sont communes. Pour autant, on cherchera longtemps le rapport avec l'internationalisme prolétarien selon lequel tous les ouvriers à travers le monde ont les mêmes intérêts et qu'en cela ils forment une unité qui constitue un élément fondamental dans le rapport des forces avec la bourgeoisie.
Ce qui unit les altermondialistes n'est qu'une opposition systématique aux Etats-Unis. Fondamentalement, leur action est anti-américaine. Chaque fois, ce qui est visé dans la dénonciation des travers du marché mondial, c'est la domination américaine sur ce marché. Et dans la revendication d'un Etat plus fort, il y a avant tout la revendication d'Etats concurrents pour entraver au maximum le leadership des Etats-Unis. Là encore, les altermondialistes se placent à la remorque de l'Etat et invitent la classe ouvrière à abandonner tout principe internationaliste, toute unité et solidarité de classe, et à les suivre dans le nationalisme, qui a toujours conduit à faire du prolétariat la chair à canon de l'impérialisme.
Le fait que des thèmes réformistes aussi anciens soient dépoussiérés de la sorte par la bourgeoisie doit nous interroger sur les mobiles de la classe dominante : pourquoi a-t-elle poussé à ce point le mouvement altermondialistes sur le devant de la scène ?
La réponse se trouve à deux niveaux. D'abord, l'idéologie démocratique se fonde avant tout sur une opposition politique : l'électeur citoyen doit pouvoir choisir entre deux options qui doivent s'opposer significativement. Les expériences de la gauche au pouvoir ont amoindri la force de cette alternative et l'effondrement de l'URSS a coulé la perspective stalinienne. Face à une droite qui cogne, face à une gauche accusée de trahir ses principes quand elle est au pouvoir, la bourgeoisie doit pouvoir redorer le blason de son idéologie de gauche. L'altermondialisme fournit une explication et une alternative "crédible". La revendication d'une "vraie gauche" peut ainsi s'y retrouver, et exploiter ses vieilles recettes, tout particulièrement la critique des excès du capitalisme, évitant de critiquer le capitalisme en lui-même.
Ensuite, le développement de ce mouvement manifeste l'intérêt que porte la bourgeoisie au développement de la prise de conscience de la classe ouvrière. Il existe actuellement au sein du prolétariat une émergence d'éléments en recherche de cohérence politique face au tableau qu'offre la planète. Cette génération n'est en général que peu, voire pas du tout politisée, et en ce sens, largement méfiante à l'égard des appareils classiques de la bourgeoisie.
Par sa structure multiforme, politique de quasiment tous bords, associative, syndicale, libertaire, le mouvement altermondialiste est un moyen d'attirer les éléments en recherche dans le giron bourgeois. En cela, il détourne leurs questionnements légitimes vers les impasses classiques de la gauche et du gauchisme, cachant ainsi la seule perspective capable de dépasser l'inéluctable destruction de l'humanité offerte par le capitalisme, la société communiste, dont l'unique porteur est le prolétariat Il masque aussi que, dans son combat contre le capitalisme, la classe ouvrière sera amenée, non pas à défendre l'Etat, la gauche, la démocratie, mais bien à les combattre sans la moindre illusion sur leur nature bourgeoise.
C'est en comprenant la vraie nature de ce mouvement que le prolétariat pourra se dégager de ce carcan mortel et retrouver le chemin de la seule perspective possible pour l'humanité : celle de la révolution, celle du communisme.
L'aggravation de la crise économique mondiale a fait revenir depuis cinq ans la question du rôle de l'Etat dans l'économie sur le devant de la scène. En effet, son intervention est appelée avec insistance par certains secteurs de la bourgeoisie pour réglementer et relancer l'activité économique. Pour la gauche et les tenants du "plus d'Etat", des plus modérés style Jospin aux plus "radicaux" style trotskistes et staliniens, prônant la mise en place de mesures d'étatisation de la société comme à l'Est avant la chute du stalinisme, la crise actuelle serait avant tout celle du libéralisme. Un tel mensonge est en réalité destiné à masquer aux exploités la faillite du système qui s'exprime en particulier par la tendance inexorable du capitalisme depuis le début du siècle au développement du capitalisme d'Etat. Ce développement, s'il permet d'aplanir certaines contradictions du système, ne constitue en rien une solution à celles-ci.
La bourgeoisie essaie de nous rejouer le même air qu'au début
des années 1990 où, en pleine récession, elle rejetait
la responsabilité de celle-ci sur les fractions libérales
jusque là au pouvoir dans les plus grands pays industrialisés.
Elle doit absolument trouver des thèmes de mystification présentant
aux exploités une prétendue alternative, au sein du système,
afin de limiter les possibilités de remise en question de celui-ci.
Ainsi, afin d'éviter que l'aggravation de la crise et des attaques
ne favorisent au sein de la classe ouvrière une remise en cause
en profondeur du système, les fractions de gauche et d'extrême
gauche de la bourgeoisie cherchent à intoxiquer la conscience
des prolétaires en proclamant que les des solutions sont possibles
en redonnant notamment à l'Etat un rôle plus central que
le libéralisme lui aurait prétendument confisqué.
Or, c'est justement l'Etat lui-même, qu'il soit géré
par des partis de droite ou de gauche, qui orchestre les attaques les
plus massives depuis la fin des années soixante. C'est dans le
but de masquer cette réalité qu'on tente aujourd'hui de
raviver l'illusion que plus d'Etat, c'est, malgré tout, plus
de justice et de social. Toutes les démarches des Etats pour
sauver des entreprises, comme celle du gouvernement français
afin de faire sortir Alstom de la plongée dans la faillite totale
n'ont rien de social. En témoigne la prévision maintenue
de 3850 licenciements à Alstom en France ou bien des 10 500 à
venir dans quinze des banques japonaises qui perçoivent des fonds
publics.
L'Etat, garant de l'ordre social, est à la pointe de la défense
des intérêts de toute la bourgeoisie contre la classe ouvrière
et c'est donc lui qui les prend en charge.
Cette intervention grandissante de l'Etat dans l'économie n'est
nullement une nouveauté, celui-ci s'étant trouvé
être le principal acteur des sauvetages les plus spectaculaires
d'établissements financiers. Ainsi, par exemple, au début
des années 1990, c'est au contribuable américain que le
gouvernement du très libéral Bush a confié le soin
de renflouer les caisses d'épargne en faillite. Lors de la plongée
dans la crise de 1998, on a pu voir l'Etat japonais voler au secours
des institutions bancaires pour leur éviter la faillite. En septembre
de la même année, la Réserve fédérale
américaine, la toute-puissante FED, a fait de même en organisant
le sauvetage du fonds d'arbitrage "Long Term Capital Management",
au bord du dépôt de bilan.
Ce rôle central de l'Etat pour éviter des catastrophes
économiques constitue l'expression d'une loi générale
qui concerne autant le libéralisme qu'elle concernait feu le
stalinisme. Celle-ci, caractéristique du capitalisme décadent,
consiste à recourir à la force étatique pour faire
fonctionner une machine économique qui, spontanément,
livrée à elle-même, serait condamnée à
la paralysie, du fait de ses contradictions internes.
Depuis la Première Guerre mondiale, depuis que la survie de chaque
nation dépend de sa capacité à se faire une place
par la force dans un marché mondial devenu trop étroit,
l'économie capitaliste n'a cessé de s'étatiser
en permanence. Dans le capitalisme décadent, la tendance au capitalisme
d'Etat est une tendance universelle. Suivant les pays, suivant les périodes
historiques, cette tendance s'est concrétisée à
des rythmes et sous des formes plus ou moins accentués. Mais
elle n'a pas cessé de progresser, au point de faire de la machine
étatique le coeur même de la vie économique et sociale
de toutes les nations.
Le militarisme allemand du début du siècle, le stalinisme,
le fascisme des années 1930, les grands travaux du New Deal aux
Etats-Unis au lendemain de la dépression économique de
1929 ou ceux du Front populaire en France à la même époque,
ne sont que des manifestations d'un même mouvement d'étatisation
de la vie sociale. De même, les politiques de reconstruction après
la Seconde Guerre mondiale ont été prises en charge par
l'Etat avec, dans beaucoup de pays, y compris la libérale Grande-Bretagne,
la nationalisation de secteurs clés de l'économie. Et
depuis la réapparition de la crise ouverte à la fin des
années 60, c'est encore l'Etat qui prend en charge les politiques
de fuite en avant dans l'endettement ou de recours à la planche
à billets. Dans le capitalisme décadent, chaque pays doit
tricher avec la loi de la valeur s'il ne veut pas voir son économie
se désagréger sous le poids de contradictions insurmontables.
Ainsi, par exemple, les pays dits socialistes ont dû, pour survivre
malgré leur arriération économique, s'isoler du
marché mondial et pratiquer une politique de prix totalement
déconnectée de celui-ci. Autre exemple qui s'est trouvé
au centre des désaccords du récent sommet de Cancun, celui
de la politique de soutien complètement artificiel à son
agriculture menée par les pays de la PAC (Politique agricole
commune) européenne de façon à ce que cette dernière
reste compétitive et puisse se vendre sur le marché mondial.
Aux Etats-Unis, les "reaganomics", supposés constituer
un retour à un capitalisme "libéral", moins
étatisé, n'ont pas interrompu cette tendance à
l'emprise croissante de l'Etat dans la vie économique. Au contraire,
le "miracle" de la reprise américaine au cours des
années 1980 n'a pas eu d'autre fondement qu'un doublement du
déficit de l'Etat et une augmentation spectaculaire des dépenses
d'armements commandés par l'Etat.
De même, les politiques de "dérégulation"
et "privatisations" destinées à renforcer la
compétitivité nationale et appliquées pendant ces
années dans l'ensemble des pays industrialisés, ont été
décidées par l'Etat qui en a retiré également
un certain nombre d'avantages. Sur le plan social, elles ont facilité
le recours aux licenciements, puisqu'en apparence la responsabilité
n'en revenait plus en propre à l'Etat mais se trouvait diluée
sur autant de capitalistes privés.
Ainsi, non seulement l'Etat a-t-il une place prépondérante
au sein de l'économie nationale, en tant que principal client
et employeur de celle-ci, mais il détient entre ses mains un
ensemble de prérogatives qui lui en permettent le contrôle
absolu : il est le principal pourvoyeur de crédit et c'est lui
qui fixe le coût de tous les emprunts ; il édicte les règles
de la concurrence entre les différents agents économiques
au sein du pays et lui seul est en mesure de négocier de telles
règles vis-à-vis des autres pays ; il est le vecteur obligé
de l'obtention de gros contrats à l'export ; il détient
les moyens de faire ou défaire des montages et rachats industriels
et financiers ; il décide des nationalisations ou privatisations
; il fixe les impôts, gère le budget et édicte le
code du travail, instrument au service du capital pour organiser l'exploitation
et dont dépend la compétitivité du capital national.
A ce titre, le budget 2004 du gouvernement Raffarin est tout à
fait éloquent : c'est l'Etat qui désigne les priorités
de la politique économique, priorités visant à
stimuler la production en baissant les coûts de production, celui
de la main-d'œuvre au premier chef. L'orientation décidée
du gouvernement français en direction des chômeurs, sur
les retraites et la Sécurité Sociale met en évidence
comment l'Etat prend en charge la politique concertée d'attaques
antiouvrières, de même que les plans de licenciements approuvées
sinon carrément concoctées, même dans les entreprises
centrales du secteur privé, par l'Etat lui-même.
Contrairement à une légende savamment entretenue par la
bourgeoisie, il n'y a donc pas qu'à l'Est, avant l'effondrement
du stalinisme, que l'Etat a joué un rôle déterminant
dans l'économie, même s'il existe des différences.
Dans les autres pays du monde capitaliste, le contrôle étatique
sur la vie de la société n'est pas antagonique avec l'existence
de secteurs privés et concurrentiels qui empêchent une
hégémonie totale des couches parasitaires engendrées,
dans tous les cas, par la mainmise de l'Etat sur la vie sociale. Dans
les pays staliniens par contre, le développement extrême
de ces couches parasitaires issues de la bureaucratie étatique,
ayant pour seule préoccupation de se remplir les poches individuellement
au détriment des intérêts de l'économie nationale,
a conduit à cette aberration, du point de vue du fonctionnement
du capitalisme, qui devait nécessairement s'effondrer avec l'accélération
de la crise économique mondiale.
Ce que démontre toute l'histoire du 20e siècle c'est que, si effectivement l'Etat joue un rôle déterminant dans le fonctionnement du capitalisme, ce n'est pas, contrairement à ce que la gauche veut faire croire, dans l'intérêt des exploités, mais bien dans le seul but de prolonger la vie, coûte que coûte, de ce système décadent.
A l'occasion du trentième anniversaire du coup d'Etat sanglant de Pinochet au Chili le 11 septembre 1973 qui a mis fin au gouvernement de l'Unité Populaire d'Allende, toute la bourgeoisie "démocratique" a mis à profit la célébration de cet événement pour tenter une fois encore de dévoyer la classe ouvrière de son propre terrain de lutte. A cette occasion, la classe dominante cherche à faire croire aux ouvriers que le seul combat dans lequel ils doivent s'engager, c'est celui de la défense de l'Etat démocratique contre les régimes dictatoriaux dirigés par des voyous sanguinaires. C'est bien le sens de la campagne orchestrée par les médias consistant à faire le parallèle entre le coup d'Etat de Pinochet le 11 septembre 1973 et l'attentat contre les Tours jumelles à New York (voir le titre du journal Le Monde du 12 septembre : "Chili 1973 : l'autre 11 septembre"). Et dans ce chœur unanime de toutes les forces démocratiques bourgeoises, on trouve au premier plan les partis de gauche et les officines gauchistes (notamment les trotskistes de LO et de la LCR) qui avaient pleinement participé, aux côté du MIR chilien, à embrigader la classe ouvrière derrière la clique d'Allende, les livrant ainsi pieds et poings liés au massacre (voir notre article dans RI nouvelle série n° 5 : "Le Chili révèle la nature profonde de la gauche et des gauchistes"). Face à cette gigantesque mystification consistant à présenter Allende comme un pionnier du "socialisme" en Amérique latine, il appartient aux révolutionnaires de rétablir la vérité en rappelant les faits d'armes de la démocratie chilienne. Car les prolétaires ne doivent jamais oublier que c'est le "socialiste" Allende qui a envoyé l'armée pour réprimer les luttes ouvrières et a permis ensuite à la junte militaire de Pinochet de parachever le travail.
En considérant la coalition d'Allende comme celle de la classe
ouvrière, en l'appelant "socialiste", toute la "gauche"
a essayé de cacher ou de minimiser le rôle réel
d'Allende et aidé à perpétuer les mythes créés
par le capitalisme d'État au Chili.
Toute la politique de l'Unité Populaire consistait à
renforcer le capitalisme au Chili. Cette large fraction du capitalisme
d'État, qui s'est appuyée sur les syndicats (aujourd'hui
devenus partout des organes capitalistes) et sur les secteurs de la
petite bourgeoisie et de la technocratie s'est scindée depuis
quinze ans dans les partis communiste et socialiste. Sous le nom de
Front des Travailleurs, FRAP ou Unité Populaire, cette fraction
voulait rendre le capital arriéré chilien compétitif
sur le marché mondial. Une telle politique, appuyée sur
un fort secteur d'État, était purement et simplement capitaliste.
Recouvrir les rapports de production capitalistes d'un vernis de nationalisations
sous "contrôle" ouvrier n'aurait rien changé
à la base : les rapports de production capitalistes sont
restés intacts sous Allende, et ont même été
renforcés au maximum. Sur les lieux de production des secteurs
public et privé, les travailleurs devaient toujours suer pour
un patron, toujours vendre leur force de travail. Il fallait satisfaire
les appétits insatiables de l'accumulation du capital, exacerbés
par le sous-développement chronique de l'économie chilienne
et une insurmontable dette extérieure surtout dans le secteur
minier (cuivre) dont l'État chilien tirait 83% de ses revenus
dans l'exportation.
Une fois nationalisées, les mines de cuivre devaient devenir
rentables. Dès le début, la résistance des mineurs
contribua à détruire ce plan capitaliste. Au lieu d'accorder
crédit aux slogans réactionnaires de l'Unité Populaire
:"Le travail volontaire est un devoir révolutionnaire",
la classe ouvrière industrielle du Chili, particulièrement
les mineurs, a continué à lutter pour l'augmentation des
salaires, et a brisé les cadences par l'absentéisme et
les débrayages. C'était la seule façon de compenser
la chute du pouvoir d'achat pendant les années précédentes,
et l'inflation galopante sous le nouveau régime qui avait atteint
300% par an à la veille du coup d'État.
La résistance de la classe ouvrière à Allende a
débuté en 1970. En décembre 1970, 4000 mineurs
de Chuquicamata se mirent en grève réclamant des augmentations
de salaires. En juillet 1971, 10 000 mineurs du charbon se mirent en
grève à la mine de Lota Schwager. Dans les mines d'El
Salvador, El Teniente, Chuquicamata, La Exotica et Rio Blanco, de nouvelles
grèves s'étendirent à la même époque,
réclamant des augmentations de salaire.
La réponse d'Allende fut typiquement capitaliste : alternativement,
il calomnia puis cajola les travailleurs. En novembre 1971 Castro vint
au Chili pour renforcer les mesures anti-ouvrières d'Allende.
Castro tempêta contre les mineurs, et les traita d'agitateurs
"démagogues" ; à la mine de Chuquicamata, il
dit que "cent tonnes de moins par jour signifiait une perte de
36 millions de dollars par an".
Peu nombreux (les mineurs représentaient 4% de la force de travail,
c'est-à- dire environ 60 000 ouvriers) mais très puissants
et conscients de l'être, les mineurs obtinrent de l'État
l'échelle mobile des salaires et donnèrent le signal de
l'offensive sur les salaires qui surgit dans toute la classe ouvrière
chilienne en 1971. Toute la presse bourgeoise était d'accord
pour affirmer que "la voie chilienne au socialisme" était
une forme de "socialisme" qui a échoué. Les
staliniens et les trotskistes bien sûr ont acquiescé, en
conservant leurs différences talmudiques. De ces derniers, le
capitalisme d'Allende a reçu un "soutien critique".
Les anarchistes n'ont pas été en reste : "La seule
porte de sortie pour Allende aurait été d'appeler la classe
ouvrière à prendre le pouvoir pour elle-même et
de devancer le coup d'État inévitable" écrivait
le Libertarian Struggle (octobre 1973). Ainsi Allende n'était
pas seulement "marxiste". C'était aussi un Bakounine
raté. Mais ce qui est vraiment risible, c'est d'imaginer qu'un
gouvernement capitaliste puisse jamais appeler les travailleurs à
détruire le capitalisme !
En mai-juin 1972, les mineurs ont recommencé à bouger
: 20 000 se mirent en grève dans les mines d'El Teniente et Chuquicamata.
Les mineurs d'El Teniente revendiquèrent une hausse des salaires
de 40%. Allende plaça les provinces d'O Higgins et de Santiago
sous contrôle militaire, parce que la paralysie d'El Teniente
"menaçait sérieusement l'économie". Les
managers "marxistes", membres de l'Unité Populaire
ont vidé des travailleurs et envoyé des briseurs de grève.
500 carabiniers attaquèrent les ouvriers avec des gaz lacrymogènes
et des canons à eau. 4000 mineurs firent une marche sur Santiago
pour manifester le 14 juin, la police les chargea sauvagement. Le gouvernement
traita les travailleurs "d'agents du fascisme". Le PC organisa
des défilés à Santiago contre les mineurs, appelant
le gouvernement à être ferme. Le MIR, "opposition
loyale" extraparlementaire à Allende, critiqua l'utilisation
de la force et prit parti pour la "persuasion". Allende nomma
un nouveau ministre des mines en août 1973 : le général
Ronaldo Gonzalez, le directeur des munitions de l'armée.
Le même mois, Allende alerta les unités armées dans
les 25 provinces du Chili. C'était une mesure contre la grève
des camionneurs, mais aussi contre quelques secteurs d'ouvriers qui
étaient en grève, dans les travaux publics et les transports
urbains. Pendant les derniers mois du régime d'Allende, la politique
à l'ordre du jour devint celle des attaques généralisées
et des meurtres contre les travailleurs et les habitants des bidonvilles,
par la police, l'armée et les fascistes. En décembre 1971,
Allende avait déjà laissé Pinochet, l'un des nouveaux
dictateurs du Chili, se déchaîner dans les rues de Santiago.
L'armée avait imposé des couvre-feux, la censure de la
presse, et des arrestations sans mandat. En octobre 1972, l'armée
(la chère "armée populaire" d' Allende) fut
appelée à participer au cabinet. Allende avouait par là
l'incapacité de la coalition à mater et écraser
la classe ouvrière. Il avait durement essayé mais avait
échoué. Le travail dût être continué
par l'armée sans fioritures parlementaires. Mais au moins l'Unité
Populaire avait aidé à désarmer les travailleurs
idéologiquement : cela facilita la tâche des massacreurs
le 11 septembre 1973.
En réalité, Allende a pris le pouvoir en 1970 pour sauver
la démocratie bourgeoise dans un Chili en crise. Après
avoir renforcé le secteur d'État d'une façon qui
rentabilise la totalité de l'économie chilienne en crise,
après avoir mystifié une grande partie de la classe ouvrière
avec une phraséologie "socialiste" (ce qui était
impossible aux autres partis bourgeois) son rôle était
terminé. Exit the King. L'aboutissement logique de cette évolution,
un capitalisme totalement contrôlé par I'État, n'était
pas possible au Chili qui restait dans la sphère d'influence
de l'impérialisme américain et devait commercer avec un
marché mondial hostile dominé par cet impérialisme.
La "gauche" et tous les libéraux, humanistes, charlatans
et technocrates se sont lamentés sur la chute d'Allende. Ils
ont encouragé le mensonge du "socialisme" d'Allende
pour tenter de mystifier la classe ouvrière. Ils ont ressorti
le slogan pourri de l'anti-fascisme, pour détourner la lutte
de classe, pour cacher que les prolétaires n'ont rien à
gagner en luttant et mourant pour une quelconque cause bourgeoise ou
"démocratique". En France, Mitterrand et le "Programme
Commun de la Gauche", tous les curés progressistes et les
canailles bourgeoises ont entonné le chœur antifasciste.
Sous couvert de "l'antifascisme" et de soutien à l'Unité
Populaire, les divers secteurs de la classe dirigeante ont tenté
de mobiliser les travailleurs pour leur replâtrage parlementaire.
Face à cette nouvelle "brigade internationale" de la
bourgeoisie, la classe ouvrière ne peut que montrer du mépris
et de l'hostilité.
Les fractions de "l'extrême gauche" du capitalisme d'État
ont joué le même rôle dans ce concert que le MIR
dans celui d'Allende. Mais, leur soutien était "critique".
Or, la question n'est pas "parlement contre lutte armée",
mais capitalisme contre communisme, antagonisme entre la bourgeoisie
du monde entier et les travailleurs du monde entier. Les prolétaires
n'ont qu'un seul programme : l'abolition des frontières, l'abolition
de l'État et du parlement, l'élimination du travail salarié
et de 1a production marchande par les producteurs eux-mêmes, la
libération de l'humanité tout entière amorcée
par la victoire des conseils ouvriers révolutionnaires. Tout
autre programme est celui de la barbarie, la barbarie et la duperie
de la "voie chilienne au socialisme".
D'après RI "Nouvelle série" n°6
(4 novembre 1973)
Links
[1] https://fr.internationalism.org/ri339/edito.html#sdfootnote1sym
[2] https://fr.internationalism.org/ri339/edito.html#sdfootnote1anc
[3] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[4] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/question-syndicale
[5] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/guerre-irak
[6] https://fr.internationalism.org/en/tag/courants-politiques/anti-globalisation
[7] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/conscience-classe
[8] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/crise-economique
[9] https://fr.internationalism.org/en/tag/questions-theoriques/decadence
[10] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/capitalisme-detat
[11] https://fr.internationalism.org/en/tag/5/52/amerique-centrale-et-du-sud
[12] https://fr.internationalism.org/en/tag/heritage-gauche-communiste/mystification-parlementaire