Les partisans de la guerre nous avaient raconté que l'Irak de Saddam Hussein détenait un stock d'armes de destruction massive et en particulier des armes chimiques qu'il fallait trouver et détruire pour sauver la "paix du monde".
Intox ! Mensonges ! Ce qui est vrai, c'est que le sol irakien se retrouve
maintenant jonché et infesté de ces fameuses armes de
destruction massive par les tenants de cette propagande, notamment les
bombes à fragmentation, largement utilisées au cours des
20 000 raids aériens des forces américano-britanniques
qui ont largué à jets quasi-continus pendant 21 jours
d'affilée 33 000 bombes (sans compter des dizaines de missiles
Tomahawk et des dizaines de milliers d'autres obus déversés
dans les combats terrestres). Celles qui sont tombées sans éclater
menacent encore pour des années à tout moment la vie des
populations. Ils avaient également promis "la liberté
pour le peuple irakien", débarrassé du joug de l'odieux
dictateur Saddam Hussein.
Intox ! Mensonges encore ! Certes aujourd'hui, ils sont parvenus à
renverser l'affreux tyran sanguinaire mais la "libération"
du pays se traduit par de véritables troupes d'occupation qui
se sont empressées de réinstaller les anciens responsables
des forces de police et de répression de l'ancien régime
pour rétablir l'ordre. De l'autre côté, la seule
"libération" effective, c'est celle des appétits
et des rivalités de tous les nouveaux prétendants au pouvoir
en Irak, factions rivales au sein de chaque communauté, chefs
de tribus ou chefs religieux, leaders d'opposition ramenés dans
les valises des Etats-Unis, tous cherchant à imposer leur autorité,
qui sur une ville, qui sur une région, avec le soutien de tel
ou tel Etat voisin, ou de telle ou telle grande puissance. Pour la population,
cela ne peut lui apporter qu'un avenir fait d'insécurité,
d'instabilité, de chaos et de nouveaux massacres. C'est une véritable
boîte de Pandore qui s'est ouverte pour ce pays avec les futurs
affrontements politiques, interethniques, religieux qui se dessinent
déjà aujourd'hui, au lendemain de la guerre.
Ainsi, aucun de ces deux si nobles principaux objectifs proclamés
en faveur de cette guerre n'a été réalisé,
pas même sur le plan de la croisade anti-terroriste (à
part la capture d'un terroriste palestinien retiré de toute activité
depuis des années) puisque les preuves du lien entre le pouvoir
irakien et Al Qaïda que la coalition anglo-américaine prétendait
aussi détenir étaient des faux fabriqués de toutes
pièces. Il est clair que ces arguments étaient en réalité
de vulgaires prétextes idéologiques, des moyens de propagande
auprès des populations pour déclencher une guerre dont
le seul résultat aura été d'ajouter de nouvelles
nombreuses victimes à la longue liste des massacres de population
perpétrées par le capitalisme et une nouvelle manifestation
édifiante du déchaînement d'horreurs et de barbarie
par ce système.
Mais le même cynisme et la même hypocrisie se retrouvent
étalés au sein des principales puissances qui ont animé
un front anti-guerre. Dès que l'issue rapide de la guerre n'a
plus fait aucun doute, les grands principes et les idéaux dont
ils se réclamaient ont été aussi prestement abandonnés,
en particulier le fameux "respect du droit international"
devant "permettre de préserver la paix". Celui qu'on
a fait passer pour le chef de file mondial de la cause anti-guerre,
Chirac, déclarait "il faut savoir être pragmatique"
en se félicitant publiquement de la chute de Saddam. La France
prouve qu'il ne s'agissait que d'un sordide prétexte idéologique
quand elle prétendait vouloir agir dans le strict respect du
cadre des résolutions de l'ONU et des missions de ses inspecteurs.
C'était en fait pour pouvoir prendre la tête d'une campagne
dirigée directement contre les Etats-Unis. Le véritable
objectif de ce vernis anti-guerre, c'était de pouvoir affirmer
ses propres ambitions impérialistes en cherchant à contrecarrer
la domination de l'impérialisme américain sur la région.
La surenchère à laquelle on assiste aujourd'hui, dans
laquelle chaque grande puissance démocratique fait assaut de
"projets humanitaires" rivaux, est le vecteur d'un âpre
combat où l'enjeu réel pour chacun est de maintenir et
de justifier sa présence impérialiste dans la région.
Le même Chirac a poussé cette écoeurante démagogie
jusqu'à proposer la construction d'un pont aérien pour
sauver les enfants irakiens victimes de la guerre alors qu'en Irak,
il n'existe même plus d'infrastructure pour rétablir l'eau
et de voie praticable pour acheminer les ressources vitales élémentaires.
Ce n'est pas nouveau. Mitterrand était le premier à proposer
au milieu des années 1990 une aide humanitaire à la Bosnie
alors que la France venait de se faire sur le terrain la complice des
massacres des populations bosniaques à Srebrenica. D'ailleurs,
si la fonction idéologique de l'humanitaire fait de moins en
moins illusion pour voiler les pires massacres et aventures guerrières
ou pour réparer les crimes les plus odieux que les grandes puissances
ont elles-mêmes commis, les missions humanitaires sont devenues,
comme en Bosnie pour les Etats-Unis ou en Somalie pour la France, des
moyens indispensables pour assurer une présence impérialiste
et font partie intégrante de la machine de guerre des grandes
puissances.
Dans le même registre du cynisme, les puissances européennes
ont du mal à masquer leur dépit devant le fait que les
troupes américaines n'aient pas rencontré davantage de
difficultés en Irak car elles avaient misé sur une guerre
plus longue et meurtrière, sur davantage de résistance
dans les populations ou l'armée de Saddam, sur un exode massif
des populations et un grand nombre de réfugiés, espérant
ainsi que les méthodes et le manque d'efficacité des Etats-Unis
seraient discrédités.
Ce fut pourtant un enfer et un nouveau témoignage accablant
de la barbarie du capitalisme. D'innombrables images de tanks calcinés
et de ruines fumantes ont souligné l'ampleur de la désinformation
dans chacun des deux camps pour minimiser les pertes en vies humaines.
Un officier a pourtant parlé de "carnage" dans les
rangs de l'armée irakienne tandis que les ONG n'ont évoqué
qu'un nombre manifestement sous-évalué de victimes civiles.
Pendant trois semaines, des images terrifiantes se sont succédées,
des énormes cratères creusés en pleines zones d'habitation,
des hôpitaux débordés, dépourvus de moyens
matériels et sanitaires, regorgeant de blessés ensanglantés,
manquant de moyens au point de pratiquer des opérations sans
la moindre anesthésie, populations du Sud du pays privées
d'eau buvant à même le sol le contenu de flaques non potables,
au risque des pires épidémies.
Quant au coût économique et financier de la guerre, il
est à peine moins évasif. Le coût brut officiel
de l'opération militaire pour les Etats-Unis déjà
imprécis, au moins autour de 60 milliards de dollars (ou d'euros)
ne tient pas compte de l'entretien d'une armée d'occupation ni
du coût des investissements pour reconstruire le pays (qui, selon
la Maison Blanche, va être une mise à fonds perdus pendant
au moins deux ans pour l'économie américaine). Mais si
les Etats qui n'ont pas pris part à la guerre ont aussi refusé
de la financer, la mesure de rétorsion immédiate de la
bourgeoisie américaine a été la menace d'annuler
les dettes anciennes de l'Irak, ce qui va pénaliser les adversaires
des Etats-Unis créanciers de Saddam depuis des années,
et notamment la France. Qui va payer la note ? Bien entendu, la classe
ouvrière à qui dans chaque pays on va demander des sacrifices
en fonction de cette "conjoncture défavorable".
La guerre en Irak faisait partie depuis des années des plans de la bourgeoisie américaine. Les attentats du 11 septembre lui ont permis d'en accélérer la programmation au nom de la "guerre contre le terrorisme". Après l'Afghanistan, l'Irak était en tête de liste des pays désignés comme porteurs de "l'axe du mal". Au lendemain de cette guerre, ce qui ressort de la situation, c'est une escalade des périls, des risques accrus d'instabilité, d'affrontements et de chaos. Comme en Afghanistan où la guerre n'a rien réglé, où, en dehors de Kaboul, le pays reste aux prises aux luttes des fractions qui cherchent à établir leur contrôle, l'Irak et la région restent un baril de poudre. La Syrie, l'Iran, allié des Chiites, la Turquie avec l'épineuse question kurde, les différentes fractions en Irak même, tous vont chercher à défendre leurs intérêts contradictoires. Les Etats Unis vont poursuivre leur croisade sanglante pour maintenir leur place prépondérante. Et les Etats européens, vont leur mettre de plus belle des bâtons dans les roues en attisant de nouvelles tensions, en défendant chacun leurs propres intérêts. La guerre en Irak ne fait ainsi que marquer une étape dans la spirale guerrière où s'enfonce le capitalisme et va, à son tour, engendrer d'autres conflits meurtriers. Le monde capitaliste réserve partout le même avenir à l'humanité : la guerre et la barbarie, la misère et l'exploitation. Seule la destruction de ce système par la lutte internationale de la classe ouvrière pourra y mettre fin.
Wim (26 avril)
La classe ouvrière
a toutes les raisons d'être inquiète concernant les mesures
actuellement en projet sur les retraites dans la fonction publique.
En effet, elles constituent une attaque qui va aggraver brutalement
les conditions de vie de toute la classe ouvrière, et pas seulement
des fonctionnaires à qui elles s'adressent directement aujourd'hui.
En effet, elles constituent un tremplin pour une attaque de l'ensemble
de la classe ouvrière qui, après des décennies
d'exploitation va devoir travailler plus longtemps pour des retraites
de plus en plus maigres.
En 2008, tous les fonctionnaires devront avoir cotisé pendant
40 ans, au lieu de 37,5 ans pour pouvoir "bénéficier"
d'une retraite aux conditions actuelles. D'ici à cette date,
la mise en application de la mesure devrait être progressive.
Les critères permettant le calcul du montant de la retraite (inclusion
de primes, prise en compte des meilleures années travaillées,
…) vont être revus de manière à ce que nos
exploiteurs, l'Etat capitaliste en l'occurrence, puisse dépenser
moins une fois que ses salariés ne seront plus productifs.
L'objectif, déjà avoué, est qu'en 2012, tous les
salariés en reprendront encore pour une année supplémentaire
et davantage dans les années qui suivent.
Des cadeaux sont prévus pour faire avaler la pilule : ceux qui
iront au-delà des 40 ans de cotisations bénéficieront
d'une amélioration de leur pension, sans doute pour mieux payer
leurs funérailles.
En même temps, les cotisations prélevées sur les
salaires vont être fortement augmentées. Pour les jeunes
générations, l'obtention d'une pension de retraite "décente"
va devenir un véritable parcours du combattant. L'allongement
des études de plus en plus nécessaires pour intégrer
un poste de travail, les difficultés pour avoir un travail plus
ou moins fixe, les galères diverses par lesquelles il faut passer
pour "s'installer" dans un boulot plus ou moins acceptable,
les longues périodes de chômage, le travail à temps
partiel qui a explosé dans les derniers temps, tout cela va rendre
de plus en plus illusoire le "rêve" d'une fin de vie
à l'abri du besoin.
Un des principaux pans de ce qu'on appelle le "salaire social"
est en train de tomber en miettes puisque la hausse des cotisations
et la chute libre des pensions vont aboutir à ce qu'une grande
majorité de ces dernières descendent en dessous du niveau
du salaire minimum. Ainsi, il va arriver avec les retraites ce qui est
arrivé dans tous les domaines de l'exploitation capitaliste :
l'insécurité et la précarité s'installent.
L'indécence du pouvoir capitaliste, quelle que soit la fraction
de la bourgeoisie au gouvernement, de droite ou de gauche, a depuis
longtemps présenté cette attaque comme "nécessaire
pour sauvegarder le système de retraites" et "éviter
un lourd fardeau pour les générations futures". En
réalité, ces mesures n'ont d'autre cause que l'aggravation
de la crise du système capitaliste qui oblige la bourgeoisie
à porter des coups de plus en plus tranchants contre le "salaire
social". Qu'on en juge.
C'est Mitterrand qui avait institué en 1983 la retraite à
60 ans, après 37,5 ans d'activité. Il ne s'agissait pas
alors d'une avancée sociale, comme cela avait été
présenté mais d'une mesure démagogique destinée
à masquer l'ampleur du développement du chômage,
qui constitue la plus sévère des attaques contre la classe
ouvrière. C'est Rocard, autre "socialiste" qui, en
1991, prenait l'offensive sur les retraites en proposant, dans son fameux
"Livre blanc", de faire passer à 42 ans la durée
de cotisation pour être en droit d'obtenir une retraite à
taux plein. Balladur concrétisait en partie ce projet en portant
ces cotisations à 40 ans pour le secteur privé pendant
l'été 1993. Jospin le présidentiable, attentif
à réaliser ce que Juppé n'avait pu faire passer
frontalement en s'attaquant, en 1995, aux régimes spéciaux
du secteur public, avait envisagé une ensemble de "réformes
progressives" visant tout le secteur public et destinées
à allonger jusqu'à 42,5 ans la durée nécessaire
de cotisation. On peut être certain que si Jospin avait été
élu président, c'est un gouvernement de gauche qui aurait
pris en charge "l'œuvre" que Raffarin est aujourd'hui
en train d'accomplir.
Syndicats et patronat se déclarent d'accord pour constater qu'il
existe un problème des retraites. Même s'ils contestent
la validité de la réforme du gouvernement Raffarin, déclament
que c'est à l'Etat et au patronat de mettre davantage la main
à la poche pour financer les pensions, les syndicats partagent
dans le fond, et depuis longtemps, l'idée que quelque chose doit
être fait pour "sauver le système des retraites",
alors qu'il y aura de plus en plus de retraités et de moins en
moins de salariés actifs pour les payer.
Rien que la manière qu'ils ont en commun de poser le problème
démontre que, sur le fond, ils sont d'accord. En effet, pour
les syndicats, il s'agit aussi de demander aux exploités qu'ils
prennent en compte les contradictions du système qui les exploite,
non pas pour lui porter un coup fatal à travers la lutte, mais
bien pour faire en sorte qu'il puisse se perpétuer à travers
de nouveaux sacrifices.
Depuis le début du 20e siècle, la classe ouvrière
est contrainte de lutter, non pas pour améliorer ses conditions
de vie au sein du capitalisme mais pour freiner les attaques qu'elle
subit de la part de ce système en crise. Accepter la logique
de gestion du capital, c'est capituler d'emblée, c'est accepter
les licenciements car il n'y a plus assez de débouchés
à la productions capitaliste, c'est accepter la diminution du
salaire social (pensions, remboursement des soins, …), pour ne
pas affaiblir le capital national face à la concurrence internationale,
c'est accepter en fait toute attaque antiouvrière.
Jamais les syndicats ne reconnaîtront évidemment qu'ils
sont les serviteurs zélés du capital. Et pourtant cela
est amplement confirmé par la manière édifiante
dont ils se sont positionnés depuis plus de dix ans dans la nécessaire
lutte de résistance contre l'attaque sur les retraites.
En 1993, la majorité d'entre eux signaient en catimini les accords
avec Balladur, mais tous appelaient à la mobilisation contre
les mesures du même Balladur. Tout en divisant les ouvriers par
corporation au sein du privé, ils se sont particulièrement
appliqués à faire en sorte qu'au sein de la classe ouvrière
cette réforme soit considérée spécifiquement
comme celle du privé, de manière à opérer
une division entre les ouvriers du privé et ceux du public sur
la questions des attaques contre les retraites.
Le résultat de ce travail a été que les ouvriers
du privé ne se sont nullement sentis concernés par les
mobilisations syndicales de décembre 1995 contre la loi Juppé
visant les régimes spéciaux de retraites dans la fonction
publique.
Plus récemment, au mois de janvier, on a vu la CGT tenter de
faire adopter par la base un accord avec le gouvernant visant à
attaquer les retraites à EDF.
Beaucoup d'ouvriers, surtout dans la fonction publique, ont, sans doute,
pensé que face à cette attaque particulièrement
dure de la bourgeoisie contre la classe ouvrière, les manifestations
"unitaires" des syndicats comme celles du 3 avril pouvaient
constituer un levier pour résister. Il n'en est rien.
Face à l'attaque qui, simultanément, concerne l'ensemble
de la classe ouvrière, les syndicat ne pouvaient faire autrement,
sous peine de se démasquer, que de lancer des appels unitaires.
Mais derrière cette façade d'unité, il se poursuit
le même travail de division, basé pour l'instant sur la
division syndicale, certains syndicats acceptant en partie la réforme
gouvernementale, les autres remettant aujourd'hui en question la réforme
Balladur, d'autres mettant l'accent sur le niveau des pensions ou encore
l'augmentation des cotisation, etc… Tout cela de manière
à décourager dans la classe ouvrière une dynamique
de lutte unitaire.
Quelle que soit la capacité de la classe ouvrière, relativement
faible actuellement, de s'opposer de façon unitaire, malgré
le sabotage syndical, à la marche vers une dégradation
considérable des ses conditions de vie, il est de la plus haute
importance que, pour se renforcer dans sa lutte face aux attaques de
la bourgeoisie, soit prise en charge la discussion des questions fondamentales
suivantes :
- c'est la crise historique du capitalisme qui porte avec elles des
attaques de plus en plus lourdes contre toute la classe ouvrière
;
- c'est elle qui est aussi à l'origine de la fuite en avant du
monde dans la guerre et le militarisme, et qui implique aussi une intensification
de l'exploitation ;
- loin de renforcer la nécessaire riposte de la classe ouvrière,
l'action des syndicats ne fait que l'affaiblir.
Pto (25 avril)
Derrière
sa posture d'Etat-défenseur du droit international, de la
légalité onusienne et porte-parole des Etats victimes
des abus américains, c'est la défense de ses intérêts
impérialistes bien compris que la France cherche avant tout à
préserver.
Dans ce bras de fer, qui était joué
d'avance face au rouleau compresseur américain, les médias
français de tout bord politique ont appuyé à
fond la classe dominante au pouvoir, déversant à gros
bouillons un nationalisme abject et un pacifisme misérable
pour tenter d'obtenir le soutien de la population en général
et de la classe ouvrière en particulier, à ses
objectifs impérialistes.
Avec le commencement des
opérations guerrières et l'utilisation des armes de
destruction massive contre l'Irak, la télévision et la
radio sont passées à une autre phase : celle de
l'information "objective" sur le déroulement des
opérations, celle du compte-rendu en continu de l'avancée
des forces anglo-américaines sur le terrain où les
envoyés spéciaux ont pu avoir "accès aux
champs de bataille" et avoir "l'impression de pouvoir
travailler librement" comme l'affirmait un reporter de TF1, qui
ajoutait cependant : "J'espère que ce n'était pas
une illusion." (Le Monde, 18 avril 2003) Honnêtes,
objectifs, libres, les médias bourgeois ? Quelle odieuse
tromperie et quelle auto-mystification pour de nombreux journalistes
! En effet, la propagande la plus cynique et la manipulation la plus
subtile trouvent leur expression la plus achevée, la plus
efficace, sous l'apparence du masque démocratique. Cette
propagande idéologique est d'autant plus mystificatrice que
ses ficelles échappent à ceux qui se croient immunisés
contre la manipulation. Elle est d'autant plus efficace que les
médias, grâce aux finances et aux moyens d'Etats
puissants, parviennent à donner l'illusion de la "pluralité"
et de "l'indépendance". C'est un fait certain que,
pour cette guerre, des images, il y en a eu. Contrairement à
la première Guerre du Golfe en 1991 où la presse en
était réduite à photographier... les seules
images autorisées par le Pentagone : les écrans
télévisés de CNN, organe médiatique
officiel de l'Etat américain. A cette époque, ce que
l'on nous a donné à voir ressemblait à un
"wargame", un gigantesque jeu électronique
inlassablement commenté par d'éminents "spécialistes"
! Quant à savoir réellement ce qui se passait sur le
terrain, rien ne filtrait. Cette guerre était une GUERRE
PROPRE, sans mort ! Rien donc sur les 2000 bombes-laser ayant
"manqué" leur cible, pas une image sur le "résultat"
des tapis de bombes larguées depuis 10 000 mètres
d'altitude. Lorsque les journalistes évoquaient l'emploi de
fuel-air bombs (qui font éclater les poumons de tout être
vivant sur plus d'un km) c'était pour s'extasier devant la
sophistication des armes de haute technologie ! Comme toujours, ce
n'est que BIEN APRES le conflit que les "révélations"
et autres "découvertes" furent livrées, de
façon planifiée et au compte-gouttes, par les médias.
Soudain, on nous donnait le nombre de morts de cette boucherie : de
200 000 à 500 000 tués ! (voir notre Revue
Internationale n°105 et Révolution Internationale n°292).
Un tel bilan ne pouvait être rendu public immédiatement
car la France, entre autres, était impliquée dans la
croisade anti-irakienne.
Aujourd'hui, à les en croire, il
n'y aurait plus désormais de place pour la manipulation et la
désinformation. Cette guerre-ci n'aurait été
couverte qu'avec un véritable souci de "transparence"
et "d'objectivité.
Il est vrai que la tonalité
des commentaires a différé selon l'appartenance de
telle ou telle équipe de journalistes, à tel ou tel
pays. Si les médias américains ont d'un bout à
l'autre soutenu et applaudi la progression des forces américaines,
les journalistes français et ceux du "front du refus"
d'avant-guerre ont, quant à eux, "nuancé"
leurs appréciations des opérations, donnant ainsi
l'apparence d'une information plus "éclairée",
plus "posée", en un mot plus "objective".
Qu'en a-t-il été réellement ? En premier lieu,
pour couvrir cette guerre, les journalistes ont dû se soumettre
à des règles édictées par Washington, ils
ont dû accepter de signer ".. un document de trois pages
lors de leur 'incorporation', en février. Ils se sont ainsi
engagés à ne pas 'donner des informations détaillées',
ni à dire 'ce qu'ils vont faire'. Les 'intégrés'
peuvent se voir interdits de diffusion pour des 'raisons de
protection opérationnelle', la décision revenant au
chef d'unité" (Le Monde du 25 mars 2003). Quant aux
journalistes indépendants (les "wild cats"), ils ne
pouvaient que suivre les troupes. Comme l'avouait une journaliste
"indépendante" : "Nous nous sommes
auto-intégrés ( !)" On voit ce qu'il en est à
la base de la "liberté d'action et de mouvement" des
reporters ! En second lieu, il est également vrai que les
nouvelles du front sur la progression des troupes américaines
ont, de façon constante, été accompagnées
de la comptabilité des pertes militaires, concernant bien sûr
les troupes américaines et irakiennes mais aussi concernant la
population civile. C'est ainsi que nous sont parvenues des
informations sur les dommages "collatéraux" comme
l'explosion d'une bombe sur un marché de Bagdad, des images de
blessés irakiens dans les hôpitaux mais tout cela étant
filmé sous l'encadrement très strict des militaires et
policiers irakiens avant la chute de la capitale. Rien de plus
objectif que l'image d'horreur de ce petit enfant irakien amputé
et gravement brûlé comme de nombreux autres, nous
rétorquera-t-on ! A ceci près que l'insistance
appesantie et délibérée sur cette scène,
comme il en existe des milliers relevant de la même barbarie
dans toutes les guerres, loin de n'être qu'objective, visait en
fait à servir idéologiquement la cause du prétendu
"camp de la paix" contre les Etats-Unis. La publicité
accordée par la France, non sans une certaine jubilation à
peine dissimulée, à des déclarations et
informations semblant attester des risques d'enlisement de l'armée
américaine, faisait elle aussi partie de la guerre idéologique
dont les reporters de guerre sont les premiers soldats 1 [3].
Plus encore qu'en 1991, au nom de la "liberté de la
presse", cette guerre a vu se déployer massivement
propagande et contre-propagande. Ainsi il semble bien que les médias
français se soient pour le moins laissés aller (ou
berner) sur cette question de l'enlisement américain, sans se
soucier du peu de vraisemblance d'une telle thèse, les
capacités militaires irakienne ayant été
quasiment anéanties lors de la Guerre du Golfe de 1991 et
suite aux raids incessants qu'elles ont subis pendant les dix années
qui ont suivi. Quant au moral des troupes irakiennes, il était
au plus bas. On comprend ainsi l'embarras avec lequel les médias
français ont couvert la chute de Bagdad sous les acclamations
d'une foule probablement mobilisée à cet effet et, par
la suite, l'évidence de la victoire américaine sans que
se produisent les exodes massifs "redoutés" en
paroles, espérés en réalité par le "camp
de la paix".
Malgré la "transparence totale"
avec laquelle a été couverte cette guerre, il y a fort
à parier que, comme à l'accoutumée, on en
apprendra plus dans les mois et les années qui viennent. On
cherchera alors à nous faire croire que le capitalisme
"démocratique" est le seul système qui soit
aussi foncièrement honnête avec l'histoire puisque tout
peut être dit. En fait, ce "tout peut être dit en
démocratie" sert à justifier les moments où
tout doit être manipulé, déformé, caché.
Gage suprême d'impartialité, toutes les informations
distillées tout au long de l'expédition guerrière
l'ont en général été au "conditionnel",
avec les réserves d'usage dorénavant prescrites aux
journalistes, concernant les dégâts réels. Et ces
derniers ont été présentés comme étant
le résultat inévitable de toute guerre afin que ne
transparaisse pas trop ouvertement l'opposition persistante de la
bourgeoisie française à la politique américaine,
mais aussi afin de préserver l'avenir quant à une
éventuelle participation française à la
"reconstruction" de l'Irak ou dans les opérations
des vautours humanitaires. C'est le sens des propos hypocrites de
Raffarin mettant en garde contre l'anti-américanisme, après
l'avoir implicitement favorisé.
Sur le fond, les médias
ont toujours joué à la perfection le rôle que
l'on attendait d'eux : en mentant sur les mobiles réels de
l'opposition "du camp de la paix" à cette guerre
avant son déclenchement ; en cachant ce qui se passait sur le
terrain lors de la Guerre du Golfe de 1991 ; ou encore par
l'exposition crue des massacres qu'on nous a servie dans le cadre de
la préparation et du déroulement de la guerre du Kosovo
ou en Somalie. A chaque fois, ils ont braqué les projecteurs
sur l'événement sous un angle permettant de l'insérer
dans un scénario au service idéologique des plans et
intérêts impérialistes du moment et de tel ou tel
camp.
Le recours à géométrie variable au
droit international, aux opérations de sauvetage humanitaire
ne sont que le cache sexe d'une défense virulente, de la part
de la France, comme des autres pays, de ses propres intérêts
impérialistes, comme on l'a vu au Rwanda, où c'est la
France essentiellement qui a armé et entraîné les
escadrons de la mort, bourreaux de centaines de milliers de victimes
! Dans ce contexte, le rôle des médias est essentiel
pour servir la propagande de l'Etat, et il est d'autant plus efficace
quand il est assumé par des gens qui peuvent prétendre
à "l'indépendance" et qui, en général,
croient eux-mêmes à leur propre discours sans même
se rendre compte à quel point il leur est dicté. C'est
là la supériorité du mode "démocratique"
de domination bourgeoise par rapport aux méthodes dites
"totalitaires".
SB (26 avril)
1 [4] Dans tous les sens du terme d'ailleurs puisque beaucoup d'entre eux, présents sur le front dans des conditions particulièrement dangereuses, l'ont payé de leur vie. Morts au service du capital !
Moins d'un mois après le début de l'engagement des troupes de la coalition anglo-américaine en Irak, celles-ci maîtrisaient totalement la situation sur le plan militaire. Ainsi, une fois de plus, les Etats-Unis viennent de démontrer leur écrasante suprématie militaire et surtout leur capacité à la mettre en œuvre au service de leurs objectifs politiques. En effet, les troupes américaines d'occupation en Irak ont sous leurs pieds la deuxième réserve de pétrole mondiale, dont dépend de façon significative l'économie du Japon et de certains pays industrialisés en Europe occidentale, lesquels se trouvent ainsi en partie à la merci de Washington pour leurs sources d'approvisionnement énergétique. Le succès militaire que viennent de remporter les Etats-Unis en Irak inspire la crainte et le respect et les met plus que jamais en position dominante au Moyen-Orient. Signe de l'ascendant qu'ils viennent de prendre sur tous ceux qui contestaient leur hégémonie mondiale, la croisade anti-américaine s'est fortement atténuée. Et pourtant, c'est maintenant que vont commencer les vraies difficultés pour les Etats-Unis, à la faveur desquelles va renaître de plus belle la contestation de leur leadership, comme cela a été le cas depuis le début des années 1990, les contraignant à des déploiements militaires et des démonstrations de force de plus en plus gigantesques, prenant le monde pour champ de bataille.
La disproportion des forces en présence ne
pouvait que conduire à une victoire militaire écrasante
des Etats-Unis. D'un côté, une armée de métier,
bien entraînée, bien encadrée et bien nourrie,
sans états d'âme pour aller faire son "job",
dotée d'une puissance de feu inégalée avec à
son service des moyens technologiques eux aussi inégalés.
De l'autre, une armée en déroute, sans aviation, avec
un armement dépassé et en mauvais état de
fonctionnement, et peu encline à se faire massacrer pour
défendre un régime honni. Avant le conflit, les
prévisions américaines rendues publiques tablaient sur
une guerre éclair grâce au soulèvement attendu de
la population irakienne dès l'entrée en scène de
ses "libérateurs". Cela ne s'est pas produit, mais
tout laisse à penser que cette "erreur de pronostic"
a été délibérément commise au
service de la propagande destinée à vaincre des
réticences à entrer en guerre. De même,
lorsqu'après une semaine de guerre, Bush avait averti qu'il
fallait s'attendre à ce que le conflit soit long et difficile,
c'était également une tromperie destinée à
ce que soit accueilli avec soulagement une victoire américaine,
plus rapide et moins meurtrière que ce qui avait été
annoncé. Aucune guérilla urbaine n'a transformé
les villes conquises, notamment Bagdad, en un enfer pour
l'envahisseur. Des milliers d'Irakiens ont été tués
ou atrocement mutilés, les conditions de survie de la
population irakienne se sont considérablement aggravées,
mais les troupes américaines n'ont eu à confronter
aucun mouvement populaire d'hostilité. Les exodes massifs,
pour lesquels des camps sommaires de réfugiés avaient
été prévus dans certains pays limitrophes, ne se
sont pas produits non plus.
La réunion du "camp de la
paix" à Moscou le 11 avril, après la prise de
Bagdad mais avant la chute de Tikrit tablait d'ailleurs encore sur
l'irruption de difficultés de cet ordre affectant gravement la
politique américaine au Moyen-Orient. C'est ce dont témoignent
ces paroles de Poutine parlant en ces termes des forces d'occupation
en Irak : "Je crois qu'elles font leur possible pour éviter
une catastrophe humanitaire, mais le problème est d'une telle
ampleur qu'elles en sont incapables." Lors de cette même
réunion il avait d'ailleurs qualifié le projet
américain de "colonialisme" (cité par Le
Monde du 13-14 avril). Depuis lors, l'évolution de la
situation en Irak plaçant les Etats-Unis en position de force,
les critiques à leur encontre revêtent une forme
beaucoup plus "constructive".
Dans ces circonstances, il n'est pas étonnant
que les Etats-Unis aient rejeté catégoriquement et sans
ménagement les prétentions européennes à
vouloir jouer, à travers l'ONU, un rôle important en
Irak, avec l'argument massue et implacable que l'Europe n'avait aucun
projet, réalité que ses divisions venaient
effectivement de démontrer.
Néanmoins, la mise sur
pied par les Etats-Unis, en Irak, d'un gouvernement de transition
relève d'un véritable casse-tête tant il existe
des facteurs antagoniques qui doivent être pris en compte et
qui résultent soit de caractéristiques propres au pays
lui-même, soit de son environnement géopolitique.
Le
régime de Saddam Hussein avait dû faire face, lui aussi,
à certaines de ces contradictions sur le plan intérieur,
à commencer par l'existence de trois communautés
importantes, les Kurdes, les Chiites et les Sunnites avec à
leur tête des dirigeants peu enclins à composer entre
eux. Qu'à cela ne tienne, les communautés Kurdes et
Chiites avaient été écartées de
l'exercice du pouvoir, à tous les échelons. Son régime
étant lui-même haï de toute la population, Saddam
Hussein n'avait pu le maintenir en place que par l'exercice renforcé
de la terreur. Et lorsque, dans un tel contexte, le verrou saute
alors ce sont les forces poussant à l'éclatement et au
chaos qui tendent à l'emporter sur toutes les autres, comme on
l'a constaté en Yougoslavie en 1991 par exemple 1 [5].
C'est donc cette situation que les Etats-Unis doivent gérer
sans avoir la possibilité immédiate, comme Saddam
Hussein, de ligoter l'Irak dans un nouveau corset de fer, puisqu'ils
sont venus "apporter la démocratie". Même
s'ils sont inévitablement amenés à jouer un rôle
direct et prépondérant dans la gestion des affaires du
pays pendant toute une période, cette dernière doit
être mise à profit pour préparer la transition
vers une administration plus autonome vis-à-vis de l'Oncle
Sam. Et là, c'est plutôt mal parti si on en juge par la
première réunion du 15 avril à Nassiriya devant
réunir les opposants de l'exil et ceux de l'intérieur,
boycottée par plusieurs partis irakiens dont celui de Ahmed
Chalabi, chef du CNI (Congrès national Irakien) et considéré
juqu'alors comme l'homme des Américains. En fait, cet épisode
démontre non seulement que la diplomatie américaine ne
peut contenter tout le monde, mais aussi qu'elle ne peut pas faire
autrement que de s'appuyer sur une partie de la base de l'appareil de
Saddam Hussein, encore en place et constituée en particulier
par les chefs de tribu. C'est une des raisons pour lesquelles des
chefs du parti Baas (le parti de Saddam Hussein) avaient été
conviés à cette réunion. Une telle option
apparemment prise par les Etats-Unis n'est pas sans inconvénients
puisqu'elle ne peut que cristalliser un sentiment anti-américain
latent, comme en a témoigné le jour même de la
réunion à Nassiriya, une manifestation d'irakiens
renvoyant dos-à-dos "l'Amérique" et "Saddam".
Se trouvant dans l'impossibilité de faire jaillir du néant
un appareil d'Etat au niveau local, les Etats-Unis n'ont en effet pas
d'autre alternative que de tenter de s'appuyer sur ce qui existe, et
donc aussi, concernant la communauté chiite, le pouvoir des
chefs religieux, lesquels ont fait preuve ces derniers temps d'une
intense mobilisation pour "occuper le vide social" créé
par la chute de Saddam Hussein.
Bien que divisés, certains
leaders de cette communauté ont clairement averti les
Etats-Unis que gouverner sans les associer au pouvoir risquait de
"jeter les Chiites dans la rue et de provoquer un chaos dont ils
seraient, cette fois, les seuls responsables" (cf. les propos de
Sayyid Imad, un "homme fort" de Bassora, cités par
Le Monde du 13-14 avril). La récente démonstration de
force chiite réalisée depuis lors à l'occasion
du pèlerinage de Kerbala est venue ponctuer la mise en garde.
Outre la difficulté pour faire cohabiter les responsables de
la communauté chiite avec leurs anciens persécuteurs du
parti Baas, plus problématique encore est la question des
liens de ces premiers avec l'Iran chiite. En effet, faisant partie de
"l'axe du mal", selon la classification opérée
par les Etats-Unis, ce pays a de plus été mal inspiré
en développant des liens privilégiés avec
certains pays européens. Washington va-t-il devoir revoir ses
plans vis-à-vis de ce pays en vue de résoudre la
quadrature du cercle irakien ? C'est certainement une hypothèse
"à l'étude" dont vient de témoigner le
récent bombardement "secret" par les forces
américaines des bases, situées en Irak, de la guérilla
d'un mouvement d'opposition au gouvernement iranien.
Le problème
chiite n'étant pas résolu, il faut simultanément
prendre en compte celui posé par les Kurdes. Leur accorder
trop de poids au sein du nouvel Etat irakien contient le risque de
leur permettre d'assumer leur suprématie dans la région
où ils sont majoritaires et sur la ville de Kirkouk située
au cœur de riches gisements pétrolifères. Or, de cette
situation, la Turquie voisine n'en veut en aucun cas, à cause
de la menace que contient pour sa propre stabilité la création
d'un Etat kurde à ses frontières, compte tenu de
l'importante minorité kurde qu'elle comporte elle-même
en son sein. Jusqu'à aujourd'hui, les craintes turques ont été
prises en compte par les autorités américaines, qui ne
peuvent se permettre de se mettre Ankara à dos du fait de la
position stratégique de ce pays et de ses accointances
certaines avec l'Allemagne. Ainsi, les autorités américaines
ont demandé à leurs alliés peshmergas
(combattants kurdes), et obtenu d'eux, qu'ils retirent leurs forces
de Kirkouk. Mais, si une telle situation d'exclusion des Kurdes
devait se prolonger et se confirmer, ils pourraient alors être
tentés de compenser leur frustration de ne pas tirer parti de
la chute de Saddam Hussein en s'ouvrant à toute influence
opposée aux plans américains.
Des années d'un soutien presque
inconditionnel accordé par les Etats-Unis à Israël,
y inclus lorsque ce dernier impose sa férule de fer sur les
territoires occupés au prix d'exactions quotidiennes contre la
population palestinienne, ont nourri dans le monde arabe un sentiment
anti-américain et anti-israélien que l'occupation
américaine de l'Irak risque à présent de
cristalliser en hostilité ouverte. Face au développement
d'une telle situation que les rivaux des Etats-Unis ne manqueraient
pas d'exploiter, Washington n'avait d'autre choix, pour le
désamorcer, que d'imposer brutalement à son plus fidèle
et puissant allié dans la région qu'il renonce à
ses colonies et accepte la création d'un Etat palestinien. Y
parviendra-t-il à terme ? Ceci est une autre question.
Toujours est-il qu'en agissant de la sorte, les Etats-Unis
démontrent qu'ils sont conscients qu'ils doivent à tout
prix éviter l'isolement au Moyen-Orient mais aussi
internationalement. Sur ce plan aussi, ils ont des craintes à
avoir compte tenu des distances que la Grande-Bretagne est en train
de prendre vis-à-vis d'eux, et cela de façon presque
obligée si elle ne veut pas être vassalisée par
son ancienne colonie. C'est ainsi qu'on la voit affirmer plus
explicitement ses différences avec Washington sur des
questions clés comme celle de l'occupation de l'Irak, où
elle ne veut pas rester militairement plus de 6 mois et dont elle
commence à retirer ses troupes, et comme celle aussi du rôle
de l'ONU dont elle veut qu'il soit essentiel en Irak. Face à
cela, les Etats-Unis ont déjà envisagé une
parade consistant à tenter de mettre sur pied une armée
d'occupation et de maintien de l'ordre en Irak recrutée parmi
les pays européens ne s'étant pas opposés à
l'intervention américaine.
La stabilisation de la
situation à laquelle vient d'aboutir la victoire américaine
en Irak a permis aux Etats-Unis de réaffirmer leur leadership
mondial. Mais, en même temps, comme on vient de le voir, les
facteurs d'instabilité qui demain seront à l'œuvre
sont dès aujourd'hui clairement identifiables 2 [6].
Ainsi donc le calme après la victoire n'est que le prélude
à un chaos encore plus important porté par
l'antagonisme impérialiste entre les Etats-Unis et leurs
principaux rivaux. Et si ces derniers sont pour l'instant contraints,
du fait de la situation en leur défaveur, de mettre en
sourdine leurs propres prétentions, c'est une situation qui ne
durera pas. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir comment,
quelques mois seulement après la victoire américaine de
la guerre du Golfe en 1991, l'Allemagne remettait en cause l'ordre
mondial en provoquant l'explosion de la Yougoslavie par son appui à
la sécession de la Slovénie et de la Croatie. Et si,
sur ce plan, le même phénomène ne peut que se
répéter c'est néanmoins à chaque fois sur
une échelle beaucoup plus large et de façon toujours
plus dévastatrice.
Luc (22 avril)
1 [7] C'était d'ailleurs pour que "le verrou ne saute pas" que les Etats-Unis avaient délibérément laissé Saddam Hussein en place en 1991 après leur victoire militaire. C'était alors possible dans la mesure où les enjeux impérialistes ne commandaient pas encore de leur part une présence militaire directe sur le terrain. Saddam Hussein s'était alors pleinement acquitté de sa mission peu de temps après en infligeant une saignée meurtrière aux communautés chiites et kurdes.
2 [8] Aux difficultés auxquelles la bourgeoisie américaine doit faire face, il faut ajouter la reconstruction de l'Irak. Elle est contrainte de la mettre en oeuvre, au moins très partiellement, si elle ne veut pas se discréditer. Une source de financement possible pour celle-ci pourrait provenir de l'exploitation du pétrole à un niveau au moins équivalent à la production d'avant 1991. Or, pour en arriver là, deux ans de coûteux travaux de remise en état de marche des installations pétrolifères sont nécessaires. Qui va les financer ? Qui garantit que, ces travaux étant réalisés, l'exploitation du pétrole à un niveau supérieur à 1990 ne sera pas pénalisée par une baisse des cours de l'or noir?
Links
[1] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/guerre-irak
[2] https://fr.internationalism.org/en/tag/recent-et-cours/luttes-classe
[3] https://fr.internationalism.org/ri335/medias.html#sdfootnote1sym
[4] https://fr.internationalism.org/ri335/medias.html#sdfootnote1anc
[5] https://fr.internationalism.org/ri335/bgUS.html#sdfootnote1sym
[6] https://fr.internationalism.org/ri335/bgUS.html#sdfootnote2sym
[7] https://fr.internationalism.org/ri335/bgUS.html#sdfootnote1anc
[8] https://fr.internationalism.org/ri335/bgUS.html#sdfootnote2anc